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Les troubles de l’intégration visuelle - part 7 docx

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On observe, en effet, au niveau des trous maculaires en cours de formation, la présence d’un décollement de la zone corticale périfovéale du vitré, avec attachement du vitré au niveau de

Trang 1

graphie fluorescéinique de ces lésions démontre habi-tuellement une hypofluorescence précoce bloquée, suivie d’une coloration irrégulière de la lésion au temps mi-artérioveineux, suivie par une hyperfluorescence tardive tachetée alors que le motif de la coloration devient plus confluent (figure 4) Occasionnellement, l’hyperfluores-cence tardive tachetée d’une lésion métastatique ressemble à un nid d’abeille Par contraste, le motif fluorescéinique d’un mélanome amélanotique présente souvent une hyperfluorescence tachetée à un temps plus précoce Quoi qu’il en soit, l’angiographie fluorescéinique

ne permet pas toujours de faire la distinction de façon définitive entre ces deux entités

L’échographie en mode A montre généralement une réflectivité interne modérée à élevée, avec une pointe initiale élevée (figure 5a) L’échographie en mode B mon-tre habituellement une lésion plate/placọde ou bombée qui est solide sur le plan acoustique, et une absence

de signe d’excavation chorọdienne (figure 5b) Un autre aspect caractéristique est que ces lésions n’ont habi-tuellement pas la forme de champignons Une forme de champignon se produit généralement en présence d’un mélanome uvéal primitif, lorsque celui-ci traverse la membrane de Bruch Bien qu’ils soient rares, des cas de métastases chorọdiennes en forme de champignons ont déjà été rapportés, simulant un mélanome chorọdien8

observation est importante, puisqu’une affection

multifo-cale ou bilatérale n’est pas présente en cas de mélanome

amélanotique primitif

Lorsque l’iris est touchée, le patient présente le plus

souvent un nodule métastatique unilatéral, mais une

atteinte bilatérale est aussi possible (figure 3) Le nodule

métastatique de l’iris est habituellement blanc jaunâtre,

charnu, solitaire et situé dans la partie inférieure de l’œil3

La libération de cellules friables entraỵne souvent une iritis

secondaire, une injection épisclérale et,

occasionnelle-ment, un pseudohypopion Un glaucome secondaire

survient très fréquemment, soit dans presque 40 % des cas7

Un examen oculaire complet est justifié parce que jusqu’à

un tiers des cas présentent également une métastase

chorọdienne ipsilatérale associée7

Seulement 10 % de ces dépơts métastatiques sur l’iris présentent des vaisseaux

sanguins proéminents à l’intérieur de la tumeur,

contraire-ment aux mélanomes amélanotiques de l’iris, dans

lesquels des vaisseaux sanguins sont davantage visibles7

Les patients ayant une métastase au corps ciliaire

peuvent présenter un grand vaisseau sentinel sur la sclère

sus-jacente, une iridocyclite, une erreur de réfraction ou

une masse visible, le plus souvent sur la moitié inférieure

de l’œil

Les tests ancillaires

Divers tests ancillaires peuvent aider à poser un

diagnostic clinique de métastases chorọdiennes

L’angio-Figure 4 : Métastase chorọdienne.

Figure 4a : Photographie clinique d’une métastase chorọdienne juxtapapillaire d’un cancer du sein.

Figure 4b : L’angiographie à la fluorescéine en

4 phases montre une hypofluorescence précoce et une hyperfluorescence tachetée tardive typique d’une métastase chorọdienne.

Figure 2 : Photographie clinique d’un œil droit montrant

une tumeur carcinọde multifocale.

Figure 3 : Photographie clinique d’une métastase à

l’iris située dans le quadrant supérieur de l’iris droit.

(Courtoisie de Hugh McGowan)

(Courtoisie de Hugh McGowan)

a

b

Trang 2

Bien que la tomodensitométrie et l’imagerie par

résonance magnétique (IRM) puissent montrer une

métastase uvéale, ils sont d’une utilité limitée pour ce

qui est de préciser le diagnostic différentiel Ils jouent

un plus grand rơle dans l’évaluation systémique des

tumeurs malignes primitives et la détermination de

la dissémination métastatique à d’autres sites

Bien qu’elle ne soit pas souvent effectuée, on a

décrit une technique de biopsie intra-oculaire9

Cette technique peut être importante quand les aspects

cliniques et les tests ancillaires décrits ci-dessus ne

permettent pas d’établir de façon concluante si la

lésion est une métastase ou un mélanome, un

lym-phome ou un granulome inflammatoire primitifs

L’aspiration à l’aiguille fine peut être utile quand un

bilan systémique ne permet pas de diagnostiquer

une tumeur primitive et qu’un diagnostic tissulaire

est nécessaire pour mettre en place un traitement

approprié

Il est également prudent de diriger le patient vers

un oncologue médical et un radio-oncologue afin

d’établir le stade de la maladie du patient et de

choisir un traitement approprié

Le diagnostic différentiel

Le diagnostic différentiel d’une métastase

chorọ-dienne de couleur crème comprend le mélanome

amélanotique primitif, l’hémangione chorọdien

primitif, la cicatrice disciforme exsudative, ainsi que

le granulome chorọdien primitif1

Dans certains cas atypiques, il peut être difficile d’établir la distinction

entre le mélanome uvéal primitif et la métastase

Ophtalmologie

Figure 5 : Lésion métastatique à la chorọde.

Figure 5a : Échographie en mode A d’une lésion

chorọdienne montrant une réflectivité interne

moyenne.

Figure 5b : Échographie en mode B

correspon-dante d’une métastase chorọdienne montrant

une lésion bombée acoustiquement solide avec

décollement séreux de la rétine adjacent.

Figure 6 : Photographies cliniques et imagerie ancillaire

d’un mélanome amélanotique primitif.

Figure 6a : Photographie clinique d’un œil gauche montrant un mélanome amélanotique.

Figure 6b : Échographie en mode B corres-pondante montrant une lésion bombée avec décollement séreux de la rétine adjacent.

Figure 6c : Échographie en mode A corres-pondante montrant une réflectivité interne basse.

Figure 6d : Angiographie fluorescéinique correspondante au temps précoce montrant une hyperfluorescence précoce tachetée.

Figure 6e : Angiographie fluorescéinique au temps tardif montrant une hyperfluorescence retardée au centre, avec hypofluorescence bloquée en bordure.

a

a

b

c

d

e b

Trang 3

uvéale (figure 6) On comprend qu’il est important

d’établir cette distinction, parce que le traitement et

le pronostic varient significativement entre ces deux

affections Le tableau 1 illustre certaines des

carac-téristiques qui permettront de distinguer le

mélanome uvéal de la métastase uvéale

Le diagnostic différentiel d’une métastase non

pigmentée de l’iris comprend le mélanome

amélano-tique, le nỉvus amélanoamélano-tique, l’iritis

granuloma-teuse, le lymphome, la leucémie et le léiomyome7

Le diagnostic différentiel d’une métastase pigmentée de

l’iris comprend le mélanome primitif de l’iris, le

nỉvus pigmenté, l’adénome, ainsi que les kystes de

l’iris7

Des antécédents d’affection maligne en

con-jonction avec un examen clinique typique aideront à

préciser le diagnostic différentiel Dans les cas rares

ó le diagnostic demeure incertain, une biopsie par

aspiration à l’aiguille fine peut être indiquée

Le pronostic

En général, les métastases aux yeux et aux

annexes sont le signe d’un mauvais pronostic pour

l’af-fection primitive Le temps de latence entre le

diagnos-tic du carcinome primitif et l’atteinte du globe oculaire

dépend du type de tumeur Habituellement, les tumeurs

primitives qui tendent à produire des métastases

rapidement au globe oculaire sont les tumeurs au

poumon, au rein et à la prostate, alors que le cancer du

sein et le mélanome cutané métastasent plus

tardive-ment1

Dans leurs séries intitulées Metastatic Tumours

to the Eye and Orbit, Freedman et Folk ont constaté

que le laps de temps médian entre le diagnostic de la

tumeur primitive et le développement de métastases

chorọdiennes était d’environ trois ans avec le cancer

du sein et de un an avec le cancer du poumon10

La durée de survie médiane varie également

selon le type d’affection primitive diagnostiquée

Par exemple, la durée de survie médiane dans les

cas de métastases intra-oculaires d’un cancer du

poumon est de 6 mois, comparativement à 22 mois

dans les cas de cancer du sein Dans une revue plus récente, Shields et ses collaborateurs ont déter-miné que la durée moyenne de survie à la suite d’un cancer du sein avec métastases à l’uvée était

de 21 mois, avec un taux de survie global de 24 % à

5 ans4 La durée médiane de survie des patientes présentant un cancer du sein qui étaient plus âgées

ou qui avaient des métastases de l’orbite tendait à être plus longue que celle des patientes plus jeunes10 De façon similaire aux tendances obser-vées dans le cas des métastases chorọdiennes, les durées de survie médianes dans les cas de méta-stases à l’iris étaient de 13 mois en présence de cancer du sein et de 4 mois en présence de cancer

du poumon7 Les métastases oculaires de tumeurs carcinọdes seraient associées à des durées de survie plus longues, avec une survie moyenne de

34 mois selon une revue récente5

Le traitement

Les possibilités de traitement des métastases ocu-laires dépendent de la santé générale du patient, de

la nature de l’atteinte oculaire, et de la tumeur primi-tive sous-jacente De plus, tout traitement devra faire l’objet de discussions avec l’oncologue médical et le radio-oncologue traitants Il est certain que les patients qui présentent des métastases oculaires qui menacent leur vision et/ou des tumeurs qui aug-mentent rapidement de volume, pourraient béné-ficier d’une radiothérapie externe pour améliorer leur vision et leur qualité de vie La dose de radiation peut varier entre 20 Gy sur une semaine à une dose

de 40 Gy fractionnée sur 4 semaines, et on l’admi-nistre habituellement par une approche orbitale latérale2 La durée de survie des patients n’est habituellement pas assez longue pour que le patient éprouve des effets secondaires oculaires, tels qu’une rétinopathie induite ou des cataractes radio-induites En général, de 80 % à 90 % des patients répondent favorablement à la radiothérapie, et la tumeur s’aplatit en un à deux mois, alors qu’il faut légèrement plus de temps pour que le fluide sous-rétinien se résorbe1 Les autres méthodes de radio-thérapie comprennent la brachyradio-thérapie par plaques d’iode-125 (I-125), de même que la radiothérapie stéréotactique2

La chimiothérapie est une autre approche thérapeutique qui est efficace chez les patients qui présentent de petites lésions peu actives et, en parti-culier, chez les patients qui ont une maladie méta-statique dans des endroits autres que l’œil2 Chez les patients dont la maladie évolue en dépit de la chimiothérapie, la radiothérapie externe serait recommandée pour le traitement de la métastase intra-oculaire On choisira l’observation dans le cas des patients qui présentent des lésions inactives cliniquement, asymptomatiques ou de petite taille qui ne menacent pas la vision2 L’énucléation peut être indiquée chez les patients dont l’œil est rendu aveugle et douloureux ou dans les rares cas ó l’on

ne peut éliminer de façon concluante la possibilité que la lésion soit un mélanome uvéal primitif de grande taille

Ophtalmologie

Tableau 1 : Caractéristiques pour le diagnostic

différentiel

uvéal primitif uvéale

Couleur Peut être Jaune crème

amélanotique

champignon bombée Décollement de Généralement, DR Généralement,

la rétine (DR) peu important DR important

associé

Nombre de Unilatérale, Bilatérale et

Caractéristiques En mode A : En mode A :

à l’échographie réflectivité réflectivité basse

moyenne à élevée à moyenne

En mode B : En mode B : vide acoustique, solidité excavation de la acoustique chorọde, en forme

de champignon

Trang 4

8 Shields JA, Shields CL, Brown GC, Eagle RC Mushroom-shaped

choroidal metastasis simulating a choroidal melanoma Retina

2002;22(6):810-813.

9 Shields JA, Shields CL Diagnostic approaches to intraocular tumors.

In: Shields JA, Shields CL Intraocular Tumors: A Text and Atlas.

Philadelphia: WB Saunders Co.; 1992:20-22.

10 Freedman MI, Folk JC Metastatic tumours to the eye and orbit:

patient survival and clinical characteristics Arch Ophthalmol

1987;105:1215-1219.

Réunion scientifique à venir

25 février au 3 mars 2006

32 nd North American Neuro-Ophthalmology Society (NANOS) Annual Meeting

Tucson, Arizona Renseigements : Courriel : ekunsey@nanosweb.org

Site web : http://www.nanosweb.org/

meetings/nanos2006/

Université de Toronto Département d’ophtalmologie

et des sciences de la vision

Prochains événements

12 janvier 2006 CPI – DrRonald Casey, Edmonton, Alberta

“Optic Nerve Head and Retinal Fibre Layer Analysis:

A Digital Revolution”

19 janvier 2006 CPI – DrJeff Hurwitz, Chair, U of T Ophthalmology, Toronto

“What to do with the tearing patient when the lacrimal system is patent”

28 janvier 2006

2006 Toronto Cataract Course

Jan Spencer (416) 978-1617

9 février 2006 CPI – DrPaul Harasymowycz, Montréal, Québec

“Angle Closure Glaucoma: diagnosis and treatment”

Note : Les conférences des professeurs invités (CPI)

de cette année (septembre 2005 à mai 2006) seront tenues à :

The Hospital for Sick Children

555 University Avenue, Toronto Amphithéatre principal

Conclusions

Il est important que l’ophtalmologiste généraliste

comprenne bien la maladie métastatique intra-oculaire,

étant donné qu’il s’agit de l’affection maligne que l’on

trouve le plus fréquemment dans l’œil Les carcinomes, le

plus souvent ceux du sein ou du poumon, produisent

fréquemment des metastases à l’œil Cependant, comme

le patient n’a pas toujours des antécédents de carcinome

primitif, l’ophtalmologiste doit donc garder un niveau

élevé de suspicion clinique Les cas suspects devraient

faire l’objet d’un examen clinique complet, d’une

angiographie fluorescéine, d’une échographie, ainsi que

d’un bilan systémique, pour établir la distinction entre

des lésions semblables Le traitement le plus approprié

pour le patient dépend de la consultation avec

l’onco-logue médical et le radio-oncol’onco-logue, ainsi que de la

com-préhension de l’état visuel et général du patient La

majorité des patients présentant des lésions menaçant

leur vision répondent favorablement à la radiothérapie

externe Bien que la maladie métastatique intra-oculaire

soit associée à un mauvais pronostic sur le plan de la

survie des patients, une évaluation effectuée en temps

utile, un diagnostic précis et un traitement mis en place

rapidement peuvent aider à améliorer la qualité de vie de

ces patients

Le D r Somani est chargé d’enseignement de clinique au

Département d’ophtalmologie et des sciences de la vision, à

l’Université de Toronto Il fait partie du personnel du Princess

Margaret Hospital, University Health Network, Toronto.

Remerciements : L’auteur souhaite remercier E Rand Simpson,

qui a révisé le manuscript du présent article, les docteurs

Hugh D McGowan et Allan Connor, pour les photographies

cliniques, et le D r Charles J Pavlin, pour la biomicroscopie

ultrasonique La prise en charge clinique a été fournie par

Lee Penney, coordonnateur de l’oncologie oculaire, et par le

personnel de soutien de la clinique d’oncologie oculaire.

Références

1 Volpe NJ, Albert DM Metastases to the uvea In: Albert DM, Jakobiec

FA Principles and Practice of Ophthalmology Philadelphia: WB

Saun-ders Co.; 2000.

2 Shields JA Metastatic tumors to the uvea Int Ophthalmol Clin 1993;

33(3):155-161.

3 Shields CL, Shields JA, Gross NE, et al Survey of 520 eyes with uveal

metastases Ophthalmol 1997;104:1265-1276.

4 Demirci H, Shields CL, Chao AN, Shields JA Uveal metastasis from

breast cancer in 264 patients Am J Ophthalmol 2003;136:264-271.

5 Harbour JW, De Potter P, Shields CL, Shields JA Uveal metastases

from carcinoid Ophthalmol 1994;101(6):1084-1090.

6 Truong SN, Fern CM, Costa DL, Spaide RF Metastatic breast

carci-noma to the retina: optical coherence tomography findings Retina

2002;22(6):813-815.

7 Shields JA, Shields CL, Kiratli H, De Potter P Metastatic tumors to the

iris in 40 patients Am J Ophthalmol 1995; 119:422-430.

© 2005 Département d’ophtalmologie et des sciences de la vision, Faculté de médecine, Université de Toronto, seul responsable du contenu de cette publication Édition : SNELL Communication

Médicale Inc avec la collaboration du Département d’ophtalmologie et des sciences de la vision, Faculté de médecine, Université de Toronto MD

Ophtalmologie – Conférences scientifiques est une marque

de commerce de SNELL Communication Médicale Inc Tous droits réservés L’administration d’un traitement thérapeutique décrit ou mentionné dans Ophtalmologie – Conférences scientifiques doit

toujours être conforme aux renseignements d’ordonnance approuvés au Canada SNELL Communication Médicale se consacre à l’avancement de l’éducation médicale continue de niveau supérieur.

L’élaboration de cette publication a bénéficié d’une subvention à l’éducation de

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d’abonne-ment pour Ophtalmologie – Conférences Scientifiques doivent

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Veuillez vous référer au bulletin Ophtalmologie – Conférences

Scientifiques dans votre correspondence Les envois non

distribuables doivent être envoyés à l’adresse ci-dessus Poste-publications #40032303

S N E L L

La version française a été révisée par le professeur Pierre Lachapelle,

Montréal.

Trang 5

Conférences scientifiques

JANVIER/FÉVRIER 2006 Volume 4, numéro 1

COMPTE RENDU DES CONFÉRENCES SCIENTIFIQUES DU DÉPARTEMENT D’OPHTALMOLOGIE ET

DES SCIENCES DE LA VISION, FACULTÉ DE MÉDECINE, UNIVERSITÉ DE TORONTO

Département d’ophtalmologie

et des sciences de la vision Faculté de médecine Université de Toronto

60 Murray St

Bureau 1-003 Toronto (Ontario) M5G 1X5

Le contenu rédactionnel d’Ophtalmologie – Conférences scientifiques est déterminé

exclusivement par le Département d’ophtalmologie et des sciences de la vision, Faculté de médicine, Université de Toronto.

Département d’ophtalmologie

et des sciences de la vision

Jeffrey Jay Hurwitz, M.D., Rédacteur

Professeur et président

Martin Steinbach, Ph.D

Directeur de la recherche

The Hospital for Sick Children

Elise Heon, M.D

Ophtalmologiste en chef

Mount Sinai Hospital

Jeffrey J Hurwitz, M.D

Ophtalmologiste en chef

Princess Margaret Hospital (Clinique des tumeurs oculaires)

E Rand Simpson, M.D

Directeur, Service d’oncologie oculaire

St Michael’s Hospital

Alan Berger, M.D

Ophtalmologiste en chef

Sunnybrook and Women’s College Health Sciences Centre

William S Dixon, M.D

Ophtalmologiste en chef

The Toronto Hospital (Toronto Western Division and Toronto General Division)

Robert G Devenyi, M.D

Ophtalmologiste en chef

La prise en charge des trous maculaires

PA R DAV I D T WO N G, M D , F R C S C

Les trous maculaires sont des lésions de la pleine épaisseur du tissu rétinien et centrés

au niveau de la fovea Ils ont été décrits, pour la première fois, par Knapp, en 1869, dans un

cas de traumatisme oculaire 1 Au cours des 100 années qui ont suivi, d’autres descriptions

de trous maculaires ont été publiées et de nouvelles théories cherchant à en expliquer les

causes ont vu le jour; mais aucun traitement n’a été conçu La situation a toutefois

consi-dérablement évolué au cours des 20 dernières années En 1988, en effet, Gass a conçu la

théorie de la traction tangentielle du vitré 2 , et en 1991, Kelly et Wendel ont montré que

l’ablation chirurgicale du vitré pouvait traiter efficacement cette maladie 3 De nos jours, les

techniques modernes de diagnostic par imagerie permettent d’établir un diagnostic plus

précoce et de déterminer avec plus de précision l’état d’avancement de la maladie

Conjoin-tement, les techniques chirurgicales modernes, appuyées par des traitements

pharmaco-chirurgicaux d’appoint, ont permis d’augmenter le taux de fermeture des trous maculaires,

améliorant ainsi les résultats obtenus au niveau de la vision Ce numéro d’Ophtalmologie –

Conférences scientifiquesdécrit l’épidémiologie, l’histoire naturelle, le diagnostic et le

traite-ment des trous maculaires.

Epidémiologie

Les données sur la prévalence des trous maculaires situés dans l’épaisseur du tissu rétinien

sont limitées, et peu d’études basées sur la population ont été publiées sur ce sujet L’étude

Beaver Dam Eye a constaté que cette prévalence est de 0,3 % sur l’ensemble de la population

Cette prévalence passe de 0 % chez les sujets de moins de 54 ans, à 0,8 % chez les sujets âgés

de plus de 75 ans4 D’autres études ont confirmé ces chiffres.5,6On peut donc en déduire que

dans un pays comme le Canada, dont la population totale était estimée, en 2004, à 32 millions

d’individus, il y avait 96 000 personnes présentant des trous maculaires L’âge de la population

augmentant, on peut s’attendre à ce que l’incidence des trous maculaires augmente Pour des

raisons qui ne sont pas encore complètement élucidées, la probabilité d’avoir des trous

maculaires est trois fois plus élevée chez la femme que chez l’homme7 Est-ce que ce sont les

changements hormonaux ou démographiques (il y a, en effet, une proportion plus élevée de

femmes que d’hommes dans la tranche d’âge dite du « troisième âge ») qui sont à l’origine de

cette différence? : le débat est permanent sur ce sujet Les causes idiopathiques sont à l’origine

de 85 % du nombre total de trous maculaires, alors que les causes induites par un traumatisme

n’interviennent que dans 15 % des cas

Pathogenèse et évolution de la maladie

De nombreuses théories sur la pathogenèse des trous maculaires ont été élaborées au fil

des ans À l’origine, on expliquait la formation des trous maculaires par un traumatisme,

accom-pagné d’une séparation mécanique et d’une nécrose9 Plus tard, suite à de nouvelles

descrip-tions, on a constaté que les trous maculaires pouvaient se produire sans qu’il y ait eu de

traumatisme La théorie de la dégénérescence kystique s’est développée à partir du manque

d’explication de l’origine des trous maculaires non traumatiques Des kystes intra-rétiniens

situés au voisinage des trous maculaires ayant été décrits, il a été postulé que la

dégénéres-cence rétinienne constituait le mécanisme de formation des trous maculaires On croyait

égale-ment que la dégénérescence kystique était provoquée par la diminution du flux vasculaire liée

à l’âge Au fur et à mesure que ces kystes grossissaient, ils fusionnaient et formaient les trous

maculaires De nombreux traitements destinés à augmenter le flux vasculaire (les

vasodilata-teurs comme l’acide nicotinique) ont été mis en avant, mais sans succès apparent

Sachant que la traction du vitré constituait l’une des causes de déchirure rétinienne

périphérique, l’idée selon laquelle la traction antéro-postérieure du vitré était à l’origine de la

formation des trous maculaires a été décrite pour la première fois en 1924 Toutefois,

l’impos-sibilité de détecter une traction du vitré sur le trou maculaire a fait que cette théorie a été

diffi-MC

Département d’ophtalmologie et des sciences de la vision

FAC U LT Y O F M E D I C I N E

Un i v e r s i t y o f To r o n t o

Disponible sur Internet à : www.ophtalmologieconferences.ca

Trang 6

cilement acceptée D’autres auteurs ont essayé d’unifier

les théories Ils ont suggéré un « mécanisme combiné »,

associant la diminution de l’épaisseur de la macula aux

transformations induites par la formation de kystes due à

une insuffisance vasculaire, et, par la suite, à la traction

exercée par le vitré sur un tissu maculaire devenu plus

fin, conduisant, ainsi, à la formation des trous10

C’est seulement en 1988, quand Gass a créé un

sys-tème de classification, que l’attention s’est déplacée de la

traction antéro-postérieure du vitré vers la traction

tangen-tielle s’exerçant le long de l’interface vitro rétinienne, pour

expliquer la formation des trous maculaires Il en résulta

un regain d’intérêt pour les trous maculaires11 Gass a

sug-géré que la contraction tangentielle crée un déplacement

de photorécepteurs, avec perte de photorécepteurs12 Au

début, l’histopathologie des opercules n’a révélé aucune

perte de photorécepteurs Cependant, des études

histo-pathologiques plus récentes, menées sur des opercules de

trous maculaires, ont mis en évidence une certaine perte

de tissu fovéal, incluant des photorécepteurs13

Le passage d’un stade à l’autre, dans l’évolution des

trous maculaires, est lié à différentes forces de traction

•Au stade 1, la classification de Glass décrivait la

sépara-tion de la rétine et de l’épithélium pigmentaire rétinien

(EPR) provoquée par la traction Cependant, des données

récentes obtenues grâce à des études d’imagerie par

tomographie en cohérence optique (TCO), permettent de

penser que la localisation de cette séparation subit une

modification On observe, en effet, au niveau des trous

maculaires en cours de formation, la présence d’un

décollement de la zone corticale périfovéale du vitré, avec

attachement du vitré au niveau de l’ombilic Cette

trac-tion du vitré périfovéal au niveau de la fovéa peut

entraỵner la séparation des cellules de Muller des

photo-récepteurs, à ce niveau, créant, au début, un clivage au

niveau des couches intra-rétiniennes et, par la suite, une

cavité kystique14

•Au stade 1A, on observe une perte de l’ombilic avec le

clivage intra-rétinien et la traction exercée, ce qui crée la

tache jaune ponctuelle représentant probablement le

pig-ment xanthophylle

•Au stade 1B, comme la rétine fovéale se soulève de la

cavité vers la région rétinienne périfovéale on constate

une perte totale de l’ombilic et les points jaunes

fusion-nent pour former un anneau jaune

•Au stade 2, on observe une déhiscence de la paroi

supérieure de la cavité kystique, conduisant à un trou

maculaire de stade 2, avec un défaut rétinien <400 µm

•Au stade 3 : la traction tangentielle entraỵne la poursuite

de la déhiscence au niveau de la couche photoréceptrice,

et conduit à la formation d’un trou maculaire situé dans

l’épaisseur du tissu rétinien Cette traction tangentielle

peut également former l’opercule, dans la mesure ó elle

libère la paroi supérieure du kyste Cela permet à la face

postérieure de la membrane hyalọde de se séparer de la

rétine, tout en restant attachée au nerf optique, créant

ainsi un trou maculaire de stade 3 (Figure 1)

Une nouvelle traction va agrandir le trou,

tangen-tiellement

Un trou de stade 4 apparaỵt lorsque la membrane

hyalọde postérieure s’est séparée du nerf optique

Diagnostic

Les patients présentant des trous maculaires de stade

1 se plaignent rarement de troubles de la vision, alors que

ceux qui en sont aux stades ultérieurs se plaignent fréquemment de troubles de leur acuité visuelle centrale

ou métamorphopsie Au fur et à mesure que les trous s’agrandissent, la perte de vision augmente Le Tableau 1 montre en détail l’acuité visuelle à chacun des stades La distorsion du coussinet axial est courante : elle est due au déplacement des photorécepteurs15

L’examen clinique demeure la méthode la plus couramment utilisée pour détecter la présence de trous maculaires L’utilisation de verres de contact en biomicro-scopie oculaire à lampe à fente est bien supérieure, pour détecter les trous maculaires et pour déterminer leur stade d’avancement, à l’utilisation de verres tels que les verres 78D ou 90D, qui n’entrent pas en contact avec la cornée Si l’on consacre suffisamment de temps à l’exa-men clinique, on peut déceler les trous maculaires à tous les stades de leur évolution Au stade 1, les trous mon-trent des dépơts jaunes indiquant, un possible déplace-ment des pigdéplace-ments xanthophylles Au stade 2, on peut voir de petites déchirures, au niveau de la couche interne, avec traction vitréo-rétinienne adjacente Au stade 3, on constate une perte arrondie de tissu rétinien >400 µm, ainsi que la présence d’un opercule superposé Une pig-mentation jaune peut également être observée, au niveau

de l’EPR, au sein du trou: un manchon subrétinien liquide, environnant, peut également être observée Un anneau de Weiss révèle, habituellement, la séparation de

la membrane hyalọde postérieure, au stade 4

Plusieurs tests, réalisables en cabinet, peuvent aider à diagnostiquer un trou maculaire Le test Watzke - Allen, qui se pratique en biomicroscopie à lampe à fente, est

Figure 1 : Photo de la rétine montrant un trou maculaire

de stade 3, après élimination du rouge

Tableau 1 : Caractéristiques des différents stades

des trous maculaires

Stade 1 Stade 2 Stade 3 Stade 4

Bio- 1a-point jaune Diamètre Diamètre Diamètre microscopie à 1b-anneau du trou du trou du trou lampe à fente jaune <400 µm >400 µm >400 µm Vitré Attaché Attaché Attaché Séparé postérieur

Accuité 20/20 – 20/40 – 20/60 – 20/60 – CF visuelle 20/60 20/100 20/200

Fermeture

60 % 4 %-33 % 5 %-12 % 5 %-12 % spontanée

Candidat à

Non Excellent Bon Assez bon

la chirurgie

Trang 7

l’intérieur du trou et la présence d’une vision relative-ment bonne, font la différence entre les pseudo trous et les trous maculaires18 De plus, le test de Watzke – Allen, tout comme le test au faisceau de pointage laser sont négatifs dans le cas des pseudo trous Une TCO différen-cie facilement un pseudo trou d’un trou maculaire situé dans l’épaisseur du tissu rétinien

Il n’est pas rare que les patients présentent une mem-brane épirétinienne (MER) associée à un trou maculaire L’examen clinique révèle la présence d’une MER dans un trou maculaire dans 25 à 65 % des cas : toutefois, ce pour-centage peut atteindre 73 % des cas, avec un examen histopathologique Les études préliminaires n’ont pas permis de déterminer si les MER sont à l’origine ou contribuent à la formation des trous maculaires, ou si elles proviennent des déchirures ouvertes Toutefois, une étude du Groupe « Vitrectomy for Macular Hole Study (VMHS) » a montré que la prévalence des MER est plus élevée dans les trous les plus grands, de même que la taille des MER est corrélée avec la durée du trou19 Ceci

couramment utilisé Cette technique consiste à diriger, à

travers la fente, un faisceau étroit sur la fovea Ce test est

positif quand le patient perçoit une interruption ou un

rétrécissement du faisceau La sensibilité du test de

Watzke - Allen est de 95 % par rapport à l’examen

clini-que; toutefois, si on la compare à la TCO, cette sensibilité

réelle chute à 60 %.16Une variante du test de Watzke –

Allen consiste à diriger le faisceau laser de pointage sur

une tache de 50 µm de diamètre située au centre du trou

maculaire L’incapacité du patient à détecter le faisceau de

pointage révèle la présence d’un trou maculaire situé

dans l’épaisseur du tissu rétinien Il s’agit là d’un test

extrêmement sensible Un autre test réalisable en cabinet,

hautement sensible mais non spécifique: le test de la

grille de Amsler17

L’angiographie à la fluorescéine n’est ni sensible, ni

spécifique, pour la détection des trous maculaires En

effet, au stade 2, 3 ou 4, il existe un défaut d’ouverture

avec une hyperfluorescence précoce dans le trou due

au manque de pigment xanthophylle et de tissu Si la

chorọde est fortement pigmentée, l’hyperfluorescence

dans le trou maculaire peut être très faible, voire

inexis-tante Parfois, on observe une hypofluorescence à

l’inté-rieur du trou, due aux dépơts jaunes

L’échographie aux ultrasons mode B est utile pour

déterminer si une séparation de la membrane hyalọde

postérieure est intervenue et peut être utile pour préciser

l’état d’avancement de la maladie aux cours des derniers

stades Elle se limite, toutefois, à la détermination de la

présence et du stade d’évolution des trous maculaires

pré-coces La présence d’une membrane hyalọde postérieure

attachée permet de prévoir, avec une certitude renforcée,

la formation de trous maculaires dans le futur

La TCO est devenue la méthode de référence pour

détecter des trous maculaires : elle a supplanté presque

tous les autres tests, du fait de sa nature non invasive Elle

fournit une excellente définition de la pathologie et

per-met de déterminer le stade et la taille des trous

macu-laires La TCO est supérieure au test de Watzke – Allen en

termes de sensibilité Compte tenu de sa capacité à

détecter la membrane hyalọde postérieure, la TCO a été

particulièrement précieuse pour comprendre la

patholo-gie des trous maculaires (Figure 2) La détection précoce

d’une traction périfovéale du vitré permet d’identifier les

patients qui présentent un risque de formation de trous

maculaires, avant que ne surviennent les modifications

kystiques D’un point de vue pratique, la représentation

graphique d’un trou par l’imagerie TCO constitue un

excellent moyen pour éduquer les patients en leur

per-mettant de mieux comprendre leur pathologie La mise en

œuvre de la TCO a permis d’observer l’étiologie de la

maladie ainsi que le résultat des traitements

D’autres tests, tels que la micropérimétrie,

l’ophtalmo-scopie à balayage laser, peuvent détecter des scotomes et

mieux délimiter l’étendue des photorécepteurs atteints

Toutefois, l’impact de ces nouvelles techniques reste

encore à démontrer

Diagnostic différentiel

De nombreuses affections de la macula peuvent faire

penser à des trous maculaires Les membranes

épiréti-niennes (MERs) peuvent avoir un faux aspect de trous (on

les appelle « pseudo trous ») L’absence d’un manchon

liquide subrétinien, de taches pigmentaires jaunes à

Figure 2 : TCO de trous maculaires de stades 1 à 4

EPR = epithélium pigmentaire rétinien

Stade 1 – traction du vitré au niveau de la bordure périfovéale, avec

formation d’une cavité intra rétinienne.

Stade 2 – lambeau rétinien interne relié à la face postérieure de la membrane

hyalọde avec un trou dans l’épaisseur du tissu rétinien

A noter la formation de kystes.

Stade 3 – trou avec opercule superposé.

Stade 4 – séparation de la membrane hyalọde postérieure et trou maculaire.

1

2

3

4

EPR

Membrane hyalọde postérieure

Trang 8

constitue un argument supplémentaire en faveur de

la thèse selon laquelle les MERs se développent après

la formation du trou maculaire

Les trous lamellaires, qui résultent d’une perte

partielle de tissu rétinien peuvent également faire

penser à un trou maculaire L’étiologie précise des

trous lamellaires n’est pas claire, mais on pense qu’ils

sont créés par la séparation soudaine du vitré et de la

surface rétinienne, dans un trou en cours de

forma-tion Un pseudo opercule peut également être

observé, rendant le diagnostic plus difficile On pense

que le pseudo opercule représente le vitré condensé

La TCO fera la différence entre un trou lamellaire et

un trou maculaire (Figure 3)

Il existe d’autres entités pathologiques que l’on

peut confondre avec les trous maculaires, en

parti-culier avec les trous maculaires de stade 1, comme

l’œdème maculaire cystọde (OMC), la rétinopathie

séreuse centrale (RSC), la dégénérescence maculaire

liée à l’âge (DMLA) avec de larges druses centrales,

le syndrome de traction vitro-maculaire et la

rétinopathie solaire

L’histoire naturelle

On a identifié la traction oblique du vitré comme

étant un précurseur de la formation des trous

macu-laires En général, les trous maculaires progressent

du stade 1A au stade 1B en quelques semaines à

quelques mois En moyenne, la durée de la

conver-sion en trou dans l’épaisseur du tissu rétinien est de

4,1 mois, mais elle peut n’être que d’un mois Les

patients dont la vision est de 20/50 à 20/80 ont 66 %

de chance d’évoluer, par rapport à ceux dont la

vision est supérieure à 20/50, qui n’évolueront que

dans 30 % des cas Sur une période de 2 ans, 40 %

des trous de stade 1 se convertiront en trous de stade

319 Par conséquent, 60 % des patients atteints de

trous maculaires de stade 1 ne subiront pas de

con-version Des modifications résiduelles, cohérentes

avec un trou lamellaire, sont observées dans certains

cas ó la conversion ne s’est pas produite

Les patients porteurs de trous de stade 2

risquent, dans 67 à 94 % des cas, de voir ces trous

évoluer vers les stades 3 et 4 Ces trous peuvent,

dans 3 à 33% des cas, connaỵtre une résolution

spon-tanée qui peut prendre de 2 à 8 ans20,21 Les trous

s’a-grandissent jusqu’à plus de 400 µm dans 85% des

cas, avec un risque supérieur à 70% de perdre plus

de 2 dixièmes d’acuité visuelle Dans les trous de

Ophtalmologie

stades 3 et 4, on constate une nouvelle perte d’acuité visuelle accompagnée d’une extension du manchon liquide subrétinien, de modifications kystiques au sein de la rétine et d’une dégénérescence des photorécepteurs Si le manchon liquide subrétinien s’étend, le reste de la macula de même que, proba-blement, la rétine périphérique peuvent se décoller Toutefois, cela ne se produit habituellement que dans les cas de myopie supérieure à 6 dioptries22 Bien que rare, la fermeture spontanée du trou peut

se produire dans 5 % à 12 % des cas23

Le risque qu’un trou maculaire se développe dans le deuxième œil (l’œil sain) est de 3 à 22 % Chew et col ont rapporté que le risque de développement d’un trou maculaire était de 4,3 % dans les 3 ans, de 6,5 % dans les 4 à 5 ans et de 7,1 % après 6 ans24 L’usage de la TCO, dans le deuxième œil, a facilité l’identification des patients à risque élevé S’il existe une insertion oblique du vitré au niveau de la fovea, le risque qu’un patient développe

un trou maculaire est multipliée par 625 Bien que le risque d’un développement bilatéral soit faible, un suivi étroit et l’éducation des patients sur leurs symptơmes permettront un diagnostic et un traite-ment précoces

Traitement

Avant 1991, il n’existait aucun traitement contre les trous maculaires situés dans l’épaisseur du tissu rétinien Toutefois, à cette époque, Kelly et Wendel décrivaient la vitrectomie, le peeling de la mem-brane et le tamponnement gazeux comme des mé-thodes efficaces pour traiter les trous maculaires Depuis cette première description, les techniques se sont perfectionnées et ont permis la mise en œuvre

de stratégies extrêmement efficaces dans le traite-ment des trous maculaires

En ce qui concerne les trous maculaires de stade

1, un essai multi-centrique, randomisé, conduit par

le VMHS, a montré que les interventions chirurgi-cales n’apportaient aucun bénéfice De plus, étant donné l’évolution naturelle des trous de stade 1, – avec au moins 60 % de cas de résolution spontanée,

et une conversion en trous dans l’épaisseur du tissu rétinien se produisant en 4 mois en moyenne, –

la conduite habituelle consiste à observer et à surveiller pendant 3 à 4 mois La grille d’Amsler, permettant un auto-contrơle par le patient, permet d’apprécier l’évolution entre les visites de suivi

En ce qui concerne les trous de stades 2, 3 et 4,

la vitrectomie de la zone postérieure, la séparation

de la membrane hyalọde postérieure et le tampon-nement ont constitué des traitements très efficaces

Au départ, Kelly et Wendel ont montré que la ferme-ture du trou était efficace, au plan anatomique, dans

58 % des cas, avec, dans 42 % des cas, des patients qui gagnaient au moins 2 dixièmes d’acuité visuelle, après vitrectomie chirurgicale Le pourcentage de succès de la fermeture du trou passe à 73 % et le nombre de cas ó les patients gagnent au moins 2 dixièmes de vision passe à 55 %, quand les patients

se font opérer dans les 6 mois qui suivent le développement du trou maculaire

Figure 3 : Trou lamellaire Il y a encore du tissu

au dessus de l’EPR

EPR

Trang 9

Le recours à une chirurgie d’appoint et au

peel-ing de la membrane limitante interne (MLI) sont

intéressants et peuvent permettre d’améliorer les

pourcentages de succès Auparavant, le facteur de

croissance TGF-ß226, les plaquettes, le sérum

auto-logue, la thrombine et le sang total27, étaient utilisés

pour augmenter la fermeture anatomique

Con-ceptuellement, une fois que la traction à l’interface

du vitré est réduite, ces appoints favorisent la

ferme-ture du trou en créant une membrane permettant

d’obturer le trou On pensait que le succès connu par

la fermeture des trous allait s’amplifier Pourtant, les

échecs et la réouverture ultérieure des trous ont

stimulé de nouvelles recherches sur de nouvelles

façons de fermer les trous

En revenant au concept de Gass de traction

tan-gentielle, l’attention s’est portée sur la MLI considérée

comme pouvant être à l’origine de cette traction

Cer-taines études ont montré que le peeling de cette

mem-brane n’apportait aucun bénéfice alors que d’autres

ont démontré le contraire Bien que le but initial du

peeling de la MLI ait été de réduire la traction qui

s’exerçait sur la bordure du trou maculaire, il semble

que la stimulation de la gliose constitue un facteur

plus important dans le processus de réparation28

La MLI est fine et translucide, ce qui la rend

diffi-cile à enlever et peut expliquer pourquoi son ablation

a donné des résultats inconstants En utilisant le vert

d’indocyanine (ICG)pour colorer la MLI, on a rendu le

peeling de la MLI plus facile et plus sûr (Figure 4)29

Les pourcentages de succès, au plan anatomique, ont

augmenté de l’ordre de 90 %, avec une intervention

chirurgicale30 Toutefois, on a commencé à avoir des

doutes sur l’innocuité de cette méthode31 En effet, les

patients ayant subi un peeling de la MLI utilisant de

l’ICG semblaient avoir une capacité de récupération

de leur acuité visuelle amoindrie par rapport à ceux

qui n’avaient pas utilisé d’ICG On a, également, pu

observer des modifications de la pigmentation au

niveau de l’EPR environnant, après un peeling de la

MLI utilisant d’ ICG Le mécanisme exact de la

sur-venue de cette toxicité reste peu clair Des lésions

au niveau des mitochondries et l’osmolalité sont des

facteurs qui peuvent contribuer à cette toxicité

On a réalisé des études pour déterminer si, en utilisant des doses réduites d’ICG, pendant l’inter-vention, on pouvait améliorer la tolérance au niveau

de l’œil On a montré que des concentrations d’ICG inférieures à 0,5 mg/mL n’étaient pas toxiques sur des cultures de cellules d’ERP32, mais que les faibles concentrations diminuaient la coloration de la MLI par rapport aux concentrations plus élevées Il faudra faire de nouvelles études in vivo pour déter-miner les concentrations d’ICG qui ne provoquent pas de lésions

La toxicité possible de l’ICG a suscité un intérêt pour d’autres méthodes permettant d’améliorer la visualisation de la MLI Le Kenalog peut être utilisé pour mieux visualiser la MLI Bien qu’il ne colore pas la M LI, le kenalog adhère à la membrane hyalọde postérieure qu’il rend plus facile à détecter De plus, s’il se crée une bordure au niveau

de la MLI, les précipités de kenalog permettront de

la visualiser Toutefois, l’innocuité du kenalog est toujours questionnée Les effets à long terme, tels que la formation d’une cataracte, le glaucome, la toxicité vis à vis de l’EPR, n’ont pas été bien étudiés avec ce produit que l’on utilise comme adjuvant de visualisation

L’utilisation du bleu trypan pour améliorer la visualisation de la MLI est prometteuse Bien qu’il ne colore pas la MLI, la contre–coloration est semblable

à celle du kenalog et renforce la visualisation des bordures de la membrane : ce qui est utile pour le peeling de la MLI A ce jour, les études n’ont montré aucune toxicité Bien que ce produit ne soit pas encore autorisé au Canada, de récents travaux con-duits en Europe se sont révélés prometteurs33 Pour faciliter la fermeture des trous maculaires,

on a souvent recours à un tamponnement au gaz pour réduire le manchon liquide subrétinien et pour permettre la réobturation La durée de la position

« face vers le bas » varie de 24 heures à 3 semaines,

la plupart des chirurgiens optant pour 7 à 10 jours environ et utilisant le perfluoropropane (C3F8) de préférence à l’hexafluorure de soufre (SF6) Un autre gaz, le C2F6, est idéal pour la chirurgie du trou maculaire car sa durée se situe entre celle du SF6 et celle du C3F8 Il n’est toutefois pas autorisé au Canada L’huile de silicone, un tamponnement à long terme, peut-être utilisée pour les patients qui

ne peuvent pas supporter la position « face vers le bas » ou qui ont connu des échecs Mais pour des complications telles que le glaucome, la décompen-sation cornéenne, la nécessité de pratiquer une nou-velle ablation chirurgicale, un décalage significatif

de la réfraction, montrent que ce n’est pas le tamponnement idéal pour une réparation primaire Une vitrectomie auto-obturante chirurgicale, utilisant une technique à jauge de 23 à 25 est idéale pour la chirurgie du trou maculaire L’inconfort du patient et la réponse inflammatoire sont minimisés et

le patient récupère plus vite sans sutures Les taux de complications à long terme ne sont, à ce jour, pas différents de ceux que l’on observe avec les systèmes

à jauge de 2034

Ophtalmologie

Figure 4 : Peeling de la membrane limitante interne

(MLI), utilisant l’ICG (vert d’indocyanine).

Trang 10

24 Chew EY, Sperducto RD, Hiller R, et al Clinical course of macular holes: the Eye

Disease Case-Control Study Arch Ophthalmol 1999;117(2):242-246.

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33 Lee KL, Dean S, Guest S A comparison of outcome after indocyanine green and trypan blue assisted interal limiting membrane peeling using macular hole

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Le D r Wong déclare qu'il est Directeur médical et consultant pour Labtician Ophthalmics, Inc et a reçu des fonds de recherche et des honoraires à titre de conférencier et de consultant d’Alcon Canada.

Réunions scientifiques à venir

30 avril – 4 mai 2006

Réunion annuelle de l’Association for Research in Vision and Ophthalmology (ARVO)

Fort Lauderdale, Floride Renseignements : Tél : 240-221-2900

Fax : 240-221-0370 Site web : www.arvo.org

21 au 24 juin 2006

Réunion annuelle de la Société canadienne d’ophtalmologie (SCO)

Westin Harbour Castle Toronto, Ontario Renseignements : Ms Kim Ross

Courriel : kross@eyesite.ca Site web :

www.eyesite.ca/annualmeet-ing/2006/

Conclusion

Il y a 15 ans environ, un trou maculaire était une

maladie incurable De nos jours, des traitements

chirurgi-caux bien établis ont changé le pronostic global pour ces

patients On enregistre d’excellents taux de fermeture

dans plus de 90 % des interventions et les techniques de

visualisation renforcée de la MLI permettent de fixer de

nouvelles normes pour la récupération visuelle De

nou-veaux progrès, grâce aux nouvelles techniques

chirurgi-cales, continueront d’apporter aux patients des bénéfices

toujours plus grands En très peu de temps, nous avons

parcouru un très long chemin

Le D r Wong est professeur adjoint au sein du Département

d’ophtalmologie et des sciences de la vision (DOSV) à l’Université

de Toronto Il est directeur d’un programme de bourses de

recherche au sein du DOSV et chirurgien spécialisé en chirurgie

de la rétine à l’Hôpital St Michael.

Références

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© 2006 Département d’ophtalmologie et des sciences de la vision, Faculté de médecine, Université de Toronto, seul responsable du contenu de cette publication Édition : SNELL Communication

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La version française a été révisée par le professeur Pierre Lachapelle, Montréal.

Ngày đăng: 18/06/2014, 10:05

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