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Acte d’excuse en francais et en vietnamien

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Liste des tableaux 1 Taux des types d’excuse basés sur la raison réparatrice 2 Taux des types d’excuse basés sur la présence des interactants 3 Taux des types d’excuse basés sur la maniè

Trang 1

UNIVERSITE NATIONALE DE HANOI ECOLE SUPERIEURE DE LANGUES ETRANGERES

DEPARTEMENT DE FORMATION POST-UNIVERSITAIRE

NGUYỄN THỊ THÚY

ACTE D’EXCUSE EN FRANÇAIS ET EN VIETNAMIEN

LỜI XIN LỖI TRONG TIẾNG PHÁP VÀ TIẾNG VIỆT

Mémoire de fin d’études post-universitaires

Branche : Linguistique Code de la branche : 60.22.20

Hanọ – 2012

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UNIVERSITE NATIONALE DE HANOI ECOLE SUPERIEURE DE LANGUES ETRANGERES

DEPARTEMENT DE FORMATION POST-UNIVERSITAIRE

NGUYỄN THỊ THÚY

ACTE D’EXCUSE EN FRANÇAIS ET EN VIETNAMIEN

LỜI XIN LỖI TRONG TIẾNG PHÁP VÀ TIẾNG VIỆT

Mémoire de fin d’études post-universitaires

Branche : Linguistique Code de la branche : 60.22.20 Directrice de recherche : Pr.Dr NGUYỄN VÂN DUNG

Hanọ – 2012

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TABLE DES MATIERES

INTRODUCTION 7

CHAPITRE I FONDEMENT THEORIQUE 10

1 Cadre théorique 10

1.1 Acte de langage 10

1.1.1 Notion d’acte de langage 10

1.1.2 Classification des actes de langage 11

1.1.3 Formulations des actes de langage 11

1.2 Relation interpersonnelle dans l’interaction verbale 13

1.2.1 Relation horizontale 14

1.2.2 Relation verticale 14

1.3 Politesse 15

1.3.1 Notions de “face” et de “territoire” de E.Goffman 16

1.3.2 Modèle de politesse de Brown et Levinson 16

1.3.3 Modèle de politesse de C.Kerbrat-Orecchioni 17

2 Acte d’excuse 21

2.1 Essai de définition 21

2.2 Fonction des excuses 22

2.3 Structuration générale de l’échange 23

CHAPITRE II CONSTITUTION ET DESCRIPTION DU CORPUS 24

1 Constitution du corpus 24

1.1 Choix de la méthode de collecte des données 24

1.2 Présentation du corpus 26

1.2.1 Corpus en français 26

1.2.2 Corpus en vietnamien 27

1.3 Méthodes d’analyse des données 29

2 Description du corpus 29

2.1 Types d’excuse 29

2.1.1 Types d’excuse basés sur la raison réparatrice 29

2.1.2 Types d’excuse basés sur la présence des interactants 30

2.1.3 Types d’excuse basés sur la manière de réaliser l’excuse 31

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2.2 Relation interpersonnelle et excuse 32

2.2.1 Relation horizontale 32

2.2.2 Relation verticale 34

2.3 Excuse et face des interactants 35

2.3.1 Excuse et face du locuteur 35

2.3.2 Excuse et face de l’interlocuteur 36

2.4 Réaction à l’excuse 36

2.4.1 Réaction positive 36

2.4.2 Réaction négative 38

CHAPITRE III TYPES D'EXCUSE ET MOYENS DE REALISATION 41

1 Types d’excuse et moyens de réalisation de cet acte 41

1.1 Types d’excuse basés sur la raison répatrice 41

1.1.1 Formule prétendument réparatrice 41

1.1.2 Excuse rétrospective 43

1.1.3 Excuse prospective 44

1.2 Types d’excuse basés sur la présence des interactants 45

1.2.1 Excuse directe 45

1.2.2 Excuse indirecte 47

1.3 Types d’excuse basés sur la manière de réaliser l’excuse 48

1.3.1 Excuse explicite 48

1.3.2 Excuse implicite 50

1.3.3 Excuse mixte (explicite et implicite) 56

2 Bilan comparatif sur la réalisation de l’excuse en français et en vietnamien 60

2.1 Similitudes 61

2.2 Différences 62

2.3 Essai d’explication par les facteurs socio-culturels 63

CONCLUSION 66

BIBLIOGRAPHIE 68

ANNEXES 70

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Liste des tableaux

1 Taux des types d’excuse basés sur la raison réparatrice

2 Taux des types d’excuse basés sur la présence des interactants

3 Taux des types d’excuse basés sur la manière de réaliser l’excuse

4 Taux de la relation horizontale et de l’excuse

5 Taux de la relation verticale et de l’excuse

6 Taux des moyens linguistiques dans la réalisation de l’excuse

explicite, implicite et mixte (explicite et implicite)

Liste des graphiques

1 Taux des types d’excuse basés sur la raison réparatrice

2 Taux des types d’excuse basés sur la présence des interactants

3 Taux des types d’excuse basés sur la manière de réaliser l’excuse

4 Taux de la relation horizontale et de l’excuse

5 Taux de la relation verticale et de l’excuse

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INTRODUCTION

De nos jours, les échanges commerciaux, culturels et scientifiques entre la France et le Vietnam multiplient les occasions de contact Pourtant, la rencontre interculturelle entre les deux nations ne se révèle pas toujours facile car elle peut être perturbée par des obstacles de communication Notre propre expérience et notre observation des comportement langagiers nous permettent de constater que nos apprenants, malgré des années d’apprentissage du français, ont beaucoup de difficultés à s’exprimer lorsqu’ils s’engagent dans la conversation avec les Français Leurs difficultés ne se limitent pas seulement aux facteurs purement linguistiques

mais aux autres facteurs, de nature pragmatique et socioculturelle

Dans l’apprentissage d’une langue étrangère, à côté du savoir et du faire, l’acquisition du savoir-être est indispensable Selon Louis Porcher (2004: 35, 36), le savoir-être ou le “savoir se comporter” sur le plan communicationnel

savoir-“permet la réelle participation de l’étranger à la vie communicationnelle” et consiste

à être capable de “réaliser les actes de parole dans la situation adéquate avec les interlocuteurs appropriés, au moment opportun, ”

Facile à dire, difficile à faire pour les enseignants de langues étrangères Comment faire pour faire acquérir cette compétence aux apprenants? Il s’agit d’un très vaste domaine Le temps ne nous a pas permis de tout étudier, nous décidons donc, de faire une étude sur un seul acte de langage, l’acte d’excuse Les actes de langage constituent certes, depuis leur découverte par les philosophes d'Oxford, un objet d'étude privilégié qui a attiré beaucoup de chercheurs appartenant à des champs disciplinaires différents Ils constituent encore aujourd'hui un terrain de réflexion tout à fait fertile qui reste largement inexploré

A l'intérieur de deux réalités communicatives vastes, complexes et insaisissables du Vietnam et de la France, nous avons fait le choix de nous pencher sur un aspect communicatif précis et limité, un rituel verbal de

politesse, l’excuse, qui est chargé de signification

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Aux yeux des étrangers, les Vietnamiens disent rarement “Pardon”, moi” Est-ce que les Vietnamiens sont vraiment impolis? Ou bien les moyens pour réaliser l’acte d’excuse en français et en vietnamien sont différents ? Quels sont les moyens pour réaliser cet acte en deux langues? Curieuse de trouver des réponses à ces questions, nous décidons de faire une étude comparative sur le fonctionnement d’excuse en deux langues La deuxième raison de ce choix est d’ordre scientifique Cet acte de langage reste sous-investi dans le domaine de recherche en sciences du langage au Vietnam ainsi qu’à l’étranger, très peu de recherches ont été effectuées sur cet acte Cependant, l’excuse comme le remerciement, le compliment, les salutations, les invitations représentent un échange formellement et fonctionnellement typique D’ailleurs, lorsqu'on observe les interactions quotidiennes (françaises et vietnamiennes), on constate que l’excuse est un acte dont l'emploi fréquent remplit des fonctions communicatives qui lui sont bien spécifiques et qui méritent d'être étudiées

“Excusez-Ce sont les raisons pour lesquelles nous avons décidé de faire une étude sur cet acte Notre travail de recherche est intitulé « ACTE D’EXCUSE EN FRANÇAIS

ET EN VIETNAMIEN »

Les premières réflexions sur l’acte d’excuse nous ont menée à des questions suivantes : Quelles sont les caractéristiques de l’acte d’excuse ? Comment les Français et les Vietnamiens formulent-ils l’excuse ?

De là, nous avons formulé les hypothèses suivantes : Il y a des similitudes et des différences dans la formulation de l’excuse en français et en vietnamien Et ces différences peuvent être expliquées en partie par des facteurs socioculturels

Notre travail a pour but de vérifier les hypothèses de départ, faire émerger les similitudes et les divergences dans la réalisation de l’excuse en français et en vietnamien Il aidera sans doute les locuteurs à réduire les “ratés conversationnelles” (Kerbrat-Orecchioni, 1990:21) ainsi qu’à remédier aux chocs culturels et aux blocages dans les actes rituels qui viennent freiner l’apprentissage

du français et du vietnamien en tant que langues étrangères

Pour réaliser l’objectif de notre recherche, nous avons recours aux méthodes descriptive, analytique, comparative en partant de deux corpus littéraires

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contemporains: l’un en français et l’autre en vietnamien Il s’agit de décrire les deux systèmes d’excuse et de les comparer l’un à l’autre pour pouvoir observer clairement les ressemblances et les différences

Notre travail de recherche se compose de trois chapitres: fondement théorique; constitution et description du corpus; types d’excuse et moyens de réalisation

Dans le premier chapitre, nous reprendrons tout d’abord quelques notions de base de l’interaction verbale (l’acte de langage, la relation interpersonnelle dans l’interaction verbale et la politesse) qui servent de point de départ pour les deux parties suivantes Ensuite nous présenterons l’acte d’excuse (la définition, les fonctions, la structuration générale de l’échange réparateur)

Le deuxième chapitre sera consacré à la constitution et à la description du corpus Après la justification du choix et la présentation du corpus littéraire

contemporain, nous décrirons les formules d’excuse recueillies dans le corpus À

partir de ces descriptions, les caractéristiques de cet acte pourront être identifiées Dans le dernier chapitre, nous analyserons les types d’excuse en français et en vietnamien que nous avons observées dans notre corpus et désignerons des moyens linguistiques pour les réaliser Ensuite, nous ferons une étude comparative de leur réalisation en français et en vietnamien pour faire ressortir des similitudes ainsi que des différences dans cette réalisation dans les deux langues C’est aussi dans ce chapitre que nous voudrions faire émerger les facteurs socio-culturels qui influencent en partie les comportements langagiers dans la réalisation de l’excuse en français et en vietnamien

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CHAPITRE I

FONDEMENT THEORIQUE

Ce chapitre sert de point de départ pour notre analyse des caractéristiques et des formulations de l’excuse en français et en vietnamien que nous allons détailler dans les deux parties suivantes Premièrement, nous aborderons les conceptions théoriques concernant l’étude de l’acte d’excuse La deuxième phase sera réservée à l’analyse de l’acte d’excuse

1.1.1 Notion d’acte de langage

Suivant la conception traditionnelle, le langage sert seulement à décrire le monde réel Selon les linguistes traditionels, les énoncés ont la propriété d’être vrais

ou faux

Pourtant le philosophe britanique John L Austin (1970) a remarqué que le langage peut aussi réagir sur la réalité Il a distingué 2 types d’énoncés : énoncés constatif (décrire la réalité) et performatif (accomplir une action)

Ensuite, il a fait une distinction des actes de langage ou actes illocutoires (ou

acte effectué en disant quelque chose – quand dire, c’est faire, comme l’action de

promettre, d’ordonner, mais non point celles de marcher ou de tricoter) Les actes

illocutoires se distinguent de l’acte locutoire (ou acte de dire quelque chose); et de l’acte perlocutoire (ou acte effectué par le fait de dire quelque chose)

Selon John R Searle (1972: 52) “parler une langue, c’est réaliser des actes de langages” Chaque acte a un contenu propositionnel et une force illocutoire

particulière (acte de promesse, de reproche, de requête, de voeu, )

Trang 10

1.1.2 Classification des actes de langage

Searle a proposé une taxinomie d’actes de langage Les actes illocutoires y sont classés en 5 catégories1:

- Les assertifs : ils ont pour but d’engager la responsabilité du locuteur (à des degrés divers) sur la vérité de la proposition exprimée, sur l’existence d’un état de chose Les mots s’ajustent au monde, l’état psychologique est la conviction à propos

du contenu, quel que soit le degrée de force Exemple: “J’irai à Paris la semaine prochaine”;

- Les directifs : leur but est d’obtenir que l’interlocuteur fasse quelque chose

et cela peut aller de la timide suggestion à l’impérieuse exigence Le monde doit

s’ajuster aux mots, et l’état psychologique est le désir/ la volonté Exemple: “Viens chez moi ce soir!”;

- Les promissifs : ó le but est d’engager le locuteur à l’accomplissement d’une action, le monde doit s’ajuster aux mots, et l’état psychologique nécessaire

est la sincérité de l’intention Exemple: “Je viendrai.”;

- Les expressifs : ces actes visent à exprimer l’état psychologique sous condition de sincérité Pour les expressifs, il n’y a pas d’ajustement du monde aux mots (la direction vide s’ajustement), et le contenu attribue une propriété soit au

locuteur, soit à l’interlocuteur Exemple: “Pardonnez-moi”;

- Les déclaratifs : ils ont pour but d’instaurer une réalité, la correspondence entre mots et monde est directe (la double direction d’ajustement) Il n’y a pas d’état psychologique générique associé aux déclaratives, de par leur nature institutionnelle Dans cette catégorie, se trouvent tous les performatifs dont le fonctionnement repose sur l’existence dans le monde extralinguistique de telle ou telle institution Cette existence de l’institution est nécessaire pour que la

déclaration soit accomplie avec succès Exemple: “Je vous désigne président de cette association ”

1.1.3 Formulations des actes de langage

Des actes de langages peuvent être réalisés par les formulations directes et indirectes

1

Cité par Tran The Hung 2005 : 30

Trang 11

Au premier énoncé, l’énonciateur a recours à l’utilisation du verbe performatif

“conseiller” Quand on dit “je te conseille…”, on accomplit automatiquement l’acte

de conseil Les verbes performatifs indiquent explicitement l’acte accompli en même temps qu’il est énoncé Ils ne sont utilisés qu’à la première personne et au présent Un verbe ne peut pas être performatif “par nature”, il ne peut l’être qu’occasionnellement et dans certaines conditions d’emploi Il doit être employé à

la première personne au présent de l’indicatif Si le locuteur s’engage dans un acte, l’engagement est pris vis-à-vis d’un destinataire précis, qui doit être explicitement désigné dans l’énoncé

Au deuxième énoncé, le conseil est formulé sous forme de phrase impérative Cette formulation ne nomme pas l’acte accompli mais le marque de façon explicite C’est pour cette raison que les actes directs sont appelés encore actes explicites

En ce qui concerne les formes de phrases, celles-ci peuvent parfois être

polysémiques (Ex : Je viendrai ! Selon les contextes, cette phrase peut être une

promesse ou bien une menace.)

b Formulations indirectes

L’acte de langage indirect est un acte illocutoire accompli indirectement par l’accomplissement d’un autre Il existe deux types de formulations indirectes: formulation indirecte conventionnelle et formulation indirecte non conventionnelle

- L’acte de langage indirect conventionnel “fait partie d’un répertoire

d’actes de discours socialement reconnus”2

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Apparemment, c’est une question qui porte sur la capacité de l’interlocuteur

Pourtant, cette question ne demande pas une réponse de type Oui/ Non mais la

réaction de l’interlocuteur: il voudrait que l’interlocuteur ferme la porte

Il a été admis que hors de certains contextes particuliers, cette structure interrogative fonctionne conventionnellement comme une requête Autrement dit, la requête s’exprime conventionnellement par le biais d’une question Searle (1982 :

12) appelle “secondaire” l’acte de question et “primaire”, l’acte de requête Sous l’angle d’interprétation, la valeur de question est dite “littérale” et la valeur de requête, “dérivée”

- Pour la formulation indirecte non-conventionnelle, aucun indice ne dit que

l’on fait tel ou tel acte Ce sont les lois de discours et le contexte qui déterminent l’acte Voici un exemple :

Il fait chaud dans cette chambre

Cet énoncé prend la forme d’une assertion Cette assertion porte sur l’état de la porte Dans certaines circonstances, cet énoncé peut avoir la même valeur de demander d’ouvrir la porte Elle est alors “non-conventionnelle” Mais que faire pour comprendre que c’est une requête et pas une simple assertion? Il faut nous baser sur le contexte situationnel et les lois de discours ou le principe de coopération de Grice C’est lui qui permet d’interpréter la valeur primaire et la valeur dérivée de l’acte

En général, la formulation indirecte d’un acte de langage consiste à affirmer

ou interroger sur l’une des conditions de réussite de l’acte en question Revenant aux deux exemples cités ci-dessus, on trouve que le premier porte sur la condition

de réussite concernant le destinaire, plus concrètement sur sa capacité d’ouvrir la porte Dans le deuxième, l’énoncé porte sur l’état de chose au moment de l’énonciation

1.2 Relation interpersonnelle dans l’interaction verbale

Selon la définition de W Labov et D Fanshel (cité par Kerbrat-Orecchioni C

1996 : 41), une interaction est aussi “une action qui affecte les relations de soi et d’autrui dans la communication en face à face” Cela veut dire que la relation entre

les interactants se construit par le biais de l’échange verbal Kerbrat-Orecchioni

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distingue deux types de relations interpersonnelles : relation horizontale et relation verticale

ou cérémonielle, etc) ainsi que des signes verbaux, paraverbaux et non-verbaux Les premiers sont les caractéristiques externes et les secondes, les caractéristiques internes de l’interaction

En principe, la relation horizontale est négociable, et souvent négociée, de manière explicite ou implicite Généralement, la distance entre les interactants évolue au cours de l’interaction Cette évolution est le plus souvent dans le sens de rapprochement progressif

Ce type de relation est de nature symétrique La dissymétrie reflète tantôt une divergence dans la façon dont les interactants appréhendent leur relation horizontale, tantôt l’existence entre eux d’un rapport hiérarchique fort

Les marqueurs de la relation horizontale – les relationèmes horizontaux sont très nombreux Ils peuvent être de nature verbale : les termes d’adresse, les thèmes abordés dans l’interaction et les niveaux de langue utilisés Il existe également des relationèmes de nature paraverbale comme l’intensité articulatoire et le timbre de la voix, le débit, la rapidité des enchaînements et les chevauchements de parole En ce qui concerne les marqueurs non-verbaux, il faut parler de la distance spaciale, des gestes, du posture des interactants…

1.2.2 Relation verticale

Les participants à une interaction ne sont pas toujours égaux En effet, l’un d’entre eux peut avoir une position “haute”, de dominant et l’autre se trouve en position “basse”, de dominé Ainsi, contrairement à la relation horizontale, la relation verticale est principalement dissymétrique Pourtant, le dominé cherche

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toujours des stratégies de résistance et de contre-pouvoir, qui peuvent bien entendu réussir ou échouer, afin de reprendre le statut d’égalité

L’inégalité des interactants dépend tout d’abord des facteurs “externes” – des données contextuelles comme l’âge, le sexe, le statut, la maîtrise de la langue, la compétence, le prestige, voire la force physique … du locuteur et de l’interlocuteur Elle dépend également des caractéristiques “internes” de l’interaction qui proviennent de la production des marqueurs de la relation verticale – “des relationèmes verticaux” – “des taxèmes”

Les relationèmes verticaux sont abondants On distingue les “taxèmes de position haute” et les “taxèmes de position basse” Ainsi que les relationèmes horizontaux, les relationèmes verticaux peuvent être de nature non verbale (l’apparence physique et la tenue vestimentaire des interactants, l’organisation de l’espace communicatif, les postures, les regards, les gestes mimiques, …), de nature paraverbale (l’intensité vocale et le ton des interactants) ou de nature verbale Les marqueurs verbaux sont très divers: les termes d’adresse, l’organisation des tours de parole, l’interruption et l’intrusion, l’organisation structurale de l’interaction, les actes de langage produits durant l’interaction, les thèmes abordés dans l’interaction,

le vocabulaire et l’interprétation de l’interactant

1.3 Politesse

La politesse en question dans notre travail de recherche est la politesse linguistique Il est à remarquer qu’elle est liée à la relation interpersonnelle des interactants Elle a pour fonction de préserver le caractère harmonieux de cette

relation Selon Kerbrat-Orecchioni (1996 : 50) “ il est impossible de décrire efficacement ce qui se passe dans les échanges communicatifs sans tenir compte de certains principes de politesse” Ces principes gèrent essentiellement les

comportements du locuteur envers son interlocuteur mais aussi les comportements envers une troisième personne ou envers lui-même

La conception de la politesse a été étudiée et développée par plusieurs chercheurs parmi lesquels Goffman, Brown et Levinson ainsi que Kerbrat-Orecchioni

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1.3.1 Notions de “face” et de “territoire” de E Goffman

La face est définie, dans “ Les rites d’interaction” (Goffman 1974) comme “la valeur sociale positive qu’une personne revendique effectivement à travers la ligne d’actions que les autres supposent qu’elle a adopté au cours d’un contact particulier” Pour cet auteur, la face joue un rôle très important pour chaque

individu : elle l’attache C’est pour cette raison que chacun doit chercher à se protéger la face mais en préservant la face de son interlocuteur au cours de l’interaction Pour résoudre cette contradiction, il faut que chacun des interactants entreprenne, pour que ses actions ne fassent perdre la face à personne, y compris elle-même, ce qui est appelé “face work” que nous allons définir dans la partie qui suit

En ce qui concerne la notion du “territoire”, dans “La mise en scène de la vie quotidienne” (1973), Goffman a distingué huit catégories de “territoire”: l’espace

personnel, la place, l’espace utile, le tour, l’enveloppe, le territoire de la possession, les réserves d’information, les domaines réservés de la conversation

1.3.2 Modèle de politesse de Brown et Levinson

Suite à Goffman, Brown et Levinson ont entrepris des recherches sur la politesse L’étude de la politesse de Brown et Levinson se fonde sur la notion de

“face” empruntée à E.Goffman (Kerbrat-Orecchioni 1996:51) Dans leur théorie de politesse, ils ont étudié les notions de “face”, de FTA (face threatening act), de

“face want” (aménagement de face) et de “face work” (travail de face)

a Notion de “face”

Tout individu possède deux faces:

 la face négative : qui correspond en gros au territoiredu moi

 la face positive: qui correspond en gros au narcissisme, et à l'ensemble des images valorisantes

b Notion de FTA

Tout au long de l'interaction, les interlocuteurs sont amenés à accomplir un certain nombre d'actes verbaux et non verbaux qui menacent l'une ou l'autre de ces

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quatre faces Ces actes menaçant pour les faces sont appelés FTA (Face Threatening Act) Ils sont de quatre types:

 Actes menaçant pour la face négative de celui qui les accomplit Ex : l’offre, la promesse

 Actes menaçants pour la face positive de celui qui les accomplit Ex : les comportements autogradants comme l’excuse, l’autocritique, l’aveu

 Actes menaçants pour la face négative de celui qui les subit Ces actes peuvent être de nature non verbale comme les agressions visuelles, sonores ou olfactives ; les contacts corporels indus ; Ils peuvent également être de nature verbale : les questions indiscrètes, les actes dérangeants ou directifs comme l’ordre,

la requête, l’interdiction ou le conseil

 Actes menaçants pour la face positive de celui qui les subit Ex : le reproche, la critique, la réfutation, la moquerie, l’insulte, l’injure

c Notion de face want (ménagement de face)

Puisque la plupart des actes sont potentiellement menaçants pour la ou les faces des interactants, ces derniers doivent chercher à se ménager les uns les autres, c’est-à-dire limiter, éviter le plus possible de faire perdre la face à autrui ainsi qu’à eux-mêmes Le besoin, le désir de préservation des faces est appelé “face want” – ménagement de face

d Notion de face work (travail de face)

Pour entretenir une bonne relation interpersonnlle, il faut que les interactants protègent la face d’autrui et d’eux-mêmes Selon Brown et Levinson, on doit avoir recours aux différentes stratégies de politesse Le choix de telle ou telle stratégie dépend de plusieurs facteurs, parmi lesquels, les trois les plus importants qui englobent les autres sont le degré de gravité du FTA, la “distance sociale” entre les interlocuteurs et leur “relation de pouvoir”

1.3.3 Modèle de politesse de C.Kerbrat-Orecchioni

Kerbrat-Orecchioni est considérée comme la référence française en matière de politesse linguistique C’est elle qui a introduit la notion de FFA (Face Flattering

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Act) et a beaucoup travaillé sur la politesse négative vs positive ains que les

stratégies de politesse

a Notion de FFA (Face Flattering Act)

Brown et Levinson ont envisagé les actes potentiellement menaçants pour les faces des interlocuteurs et ils ont identifié la politesse le fait d’adoucir, limiter ou éviter ces FTAs Quant à Kerbrat-Orecchioni, elle remarque qu’à côté des FTAs, il existe des actes de langage susceptibles de valoriser les faces, par exemple l’invitation, le compliment, le remerciement, la félicitation, le voeu… Ces actes sont appelés FFAs (Face Flattering Acts) Les actes de langage se regroupent ainsi

en deux grandes catégories : ceux qui ont des effets positifs sur les faces des interactants tels que le compliment, le remerciement et ceux qui ont des effets négatifs sur leurs faces (l’ordre, la requête, le reproche…)

b Politesse négative vs positive

C’est à partir de la notion de FFAs que Kerbrat-Orecchioni donne les notions

de “politesse négative” et “politesse positive” La politesse négative est de nature

absentionniste ou compensatoire : elle vise à éviter de commettre un FTA ou à en adoucir l’effet La politesse positive est de nature productionniste : elle consiste à produire de temps en temps des FFAs et de les renforcer ou les hyperboliser

Selon elle, la politesse positive joue un rôle aussi important que la politesse négative Se montrer poli est non seulement minimiser les FTAs mais encore produire et hyperboliser les FFAs

Dans cette perspective, Kerbrat-Orecchioni a défini la politesse comme “ un système de règles de comportement visant à ménager (politesse négative) ou à valoriser (politesse possitive) les faces d’autrui sans attenter aux siennes propres”

c Manifestations linguistiques de la politesse

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Politesse négative

Comme tous les signes manipulés dans l'interaction, ces adoucisseurs peuvent être de nature paraverbale ou non verbale : voix douce, sourire ou inclinaison latérale de la tête Quant aux adoucisseurs de nature verbale, ils se répartissent en procédés substitutifs vs accompagnateurs

La meilleure façon d’être poli, c’est d’éviter de commettre les actes risquant

de menacer les faces de l’interlocuteur On l’appelle stratégie d’évitement Elle n’est cependant pas toujours appliquable dans l’interaction En fait, il arrive que l’on ne puisse pas éviter les actes menaçants dans de nombreuses situations On doit ainsi recourir aux procédés d’adoucisseur – terme emprunté à Brown et Levinson Les adoucisseurs peuvent être de nature non verbale ou paraverbale (par exemple, la voix douce, le sourire, l’inclinaison latérale de la tête pour l’acte de requête, de réfutation) et verbale Les derniers sont en grand nombre et se réalisent à travers les procédés substitutifs et accompagnateurs

- Procédés substitutifs:

Les procédés substitutifs visent à remplacer une formulation directe par une autre plus douce Le procédé le plus important, c’est la formulation indirecte de l’acte de langage Examinons cet exemple : Comme la critique est un acte

menaçant, au lieu de la formuler de manière directe comme “Ce n’est pas bien de faire ça”, on pourrait dire “ Je ne comprends pas pourquoi tu as fait ça ?” Le

locuteur adoucit ainsi la menace pour la face de son interlocuteur

À côté de la formulation indirecte, il existe des désactualisateurs modaux, temporaux ou personnels Voici des exemples :

“Vous ne devriez pas abuser de médicaments !” ( le conditionnel présent)

“Il est interdit de fumer ici!” (la construction impersonnelle)

“ On ne fume pas ici” (le pronom indéfini “on”)

“Ce problème n’a pas été correctement résoulu” (le passif)

On peut également adoucir des FTA en utilisant des pronoms personnels Le

“vous” de politesse contribue à atténuer la brutalité de l’adresse Le pronom “nous” marque l’idée de la solidarité Le pronom “on” peut remplacer “tu” si l’énoncé a un

Trang 19

contenu négatif (“Tu t’es trompé” “On s’est trompé”) ou “je” si l’énoncé a un contenu positif (“J’ai gagné” “On a gagné”)

Un autre procédé de substitution est le procédé rhétorique Il s’agit ici de la litote et de l’euphémisme qui s’appliquent souvent à l’acte de critique et de

reproche “Ce n’est pas très bien/ sympa/ utile/ …, ce que tu viens de faire”

- Procédés accompagnateurs :

Les procédés accompagnateurs sont les formules spécialisées qui accompagnent la formulation d’un FTA afin de l’adoucir

Le premier procédé accompagnateur est l’utilisation d’une formule spécialisée

comme “s’il te/vous plaît” ou “je t’/vous prie”

Le deuxième est l’emploi de “l’énoncé préliminaire” Par exemple, pour

amortir une demande d’informations supplémentaires, on dit “Je pourrais vous demander quelques renseignements supplémentaires ?”, “Je voudrais vous poser une question ?”…

Pour le troisième procédé, on parle des “réparations” : l’excuse et la justification

Le quatrième procédé est le minimisateur qui vise à minimiser la menace

potentielle d’un acte par la façon dont on présente l’acte “Je voudrais simplement/seulement/ …”, “C’est juste pour …”

Les modalisateurs constituent le cinquième procédé Ils consistent à établir une certaine distance entre le sujet d’énonciation et le contenu de l’énoncé, ce qui

rend l’opinion du locuteur moins catégorique et le rend alors plus poli : “Selon/ D’après/ Pour moi, …”, “ Je pense/ trouve/ crois que …”, etc

Le sixième procédé est l’utilisation des désarmeurs Ils visent à anticiper une

réaction négative potentielle du destinaire et à la désamorcer Ex : “ Je ne voudrais pas vous déranger mais …”

Le dernier procédé accompagnateur est l’emploi des amadoueurs : Chéri(e), Petit(e) chéri(e), Mon chou, …

En résumé, les procédés accompagnateurs de la politesse négative sont

nombreux et on peut en utiliser plusieurs en même temps Ex : “Excuse-moi, chéri,

Trang 20

je ne voudrais pas te vexer mais il me semble que tu as eu tort” (amadoueur +

excuse + désarmeur + modalisateur)

Selon l'Académie française (1986)3, c’est un nom féminin désignant :

- Raison qu'on allègue pour expliquer ou atténuer une faute ou se dispenser d'une obligation

- Circonstance propre à disculper Ex : Ses obligations professionnelles, familiales, lui sont une excuse Il ne manque pas d'excuses Cette faute est sans excuse

- Justification produite pour expliquer une absence, un retard Lettre, mot d'excuse Ellipt Ce professeur exige une excuse des parents

- Le plus souvent au pluriel Formule de civilité dont on se sert pour engager

quelqu'un à l'indulgence Ex: Je vous dois des excuses Veuillez accepter mes excuses Ellipt et fam Mes excuses, toutes mes excuses Exclam Pour introduire

une objection Mille excuses ! Pop Faites excuses!

Le Centre national de Ressources textuelles et lexicales4 définit l’excuse comme suit :

- Manifestation physique ou verbale visant à abolir la culpabilité résultant d'une faute, d'un manquement vis-à-vis de quelqu'un

- Comportement, affect, geste ou parole interprétable comme un argument

montrant que l'auteur d'une action jugée incorrecte n'a pu (ne pourra) agir autrement

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qu'il l'a fait (ou qu'il le fera) Pardon d'être entré ainsi, madame, mais je vous croyais chez vous

Selon les pragmaticiens, l’excuse est un acte représentatif des « échanges réparateurs » (remedial exchange) qui a pour but de «transformer ce qu’on pourrait considérer comme offensant en ce qu’on peut tenir pour acceptable » (Goffman, 1974: 54) L’excuse est, principalement, un acte consécutif qui présuppose un acte offensant préalable Néanmoins, elle présume parfois une offense simultanée ou bien future Quelle que soit l’excuse, préalable ou consécutive, son but est de restaurer l’équilibre rituel de l’interaction Cette restauration s’effectue par la neutralisation symbolique d’un acte offensant En effet, lorsque l’on offense quelqu’un, on est amené − si l’on désire que soit rétabli l’équilibre rituel − à faire en sorte de compenser notre infraction À cet égard, Bergman et Kasper (1993 : 82) 5 définissent l’excuse comme « une action compensatrice vis-à-vis d’une offense dans laquelle le locuteur a été causalement impliqué, et qui est cỏteuse pour l’allocutaire »

Dans ce sens, nous esquissons la définition suivante :

L’excuse peut être définie comme un acte de langage expressif qui a la force

de transformer ce qui a été offensif en ce qui peut être pardonnable Et l’excuse se concrétise par le fait que l’offensé reconnaỵt une telle intention de communication

2.2 Fonction des excuses

Présenter ses excuses est une sorte d’acte de mortification symbolique : on se reconnaỵt coupable, on s’offre volontairement au châtiment Cette façon d’agir a pour conséquence de se placer en position « basse » par rapport à son interlocuteur Mais c’est aussi lui donner l’occasion de montrer sa magnanimité

De plus, le rituel sert aussi à confirmer un certain ordre social Inscrire la réparation dans un échange, c’est en effet marquer symboliquement que l’accord et

le lien priment sur les aléas de la vie Le rituel des excuses, parce qu’il nécessite la collaboration de l’offenseur et de l’offensé, est bien une occasion supplémentaire de

5

Cité par Bellaachhab et Rawashdeh

(http://gramm-fle.ulb.ac.be/fichiers/colloques/Nantes2007/BELLACHHABRAWASHDEH.pdf)

Trang 22

célébrer la convivialité en confirmant à chacun sa place et le respect qu’on lui doit

Et dans les situations ó le risque d’éclat, de rupture ou de rejet est particulièrement important, il est indispensable que chacun marque sa volonté de revenir à l’équilibre normal

2.3 Structuration générale de l’échange réparateur

Tout échange réparateur comporte en principe 3 composantes :

- l’offense, commise par l’offenseur à l’encontre de l’offensé Les offenses qui

peuvent survenir au cours du déroulement d’une interaction sont multiples et variées En particulier elles peuvent être : délibérées, ou fortuites (gaffes, bourdes, impairs en tous genres) ; verbales (violations volontaires ou involontaires dans le système des tours de parole : interruptions, chevauchements, silences prolongés/ questions indiscrètes/ reproches/ dévalorisation de sa personne/ .) ; non verbales (le fait de bousculer quelqu’un, de le faire attendre, de pénétrer volontairement ou non dans ses « réserves », )

- la réparation (l’excuse), produite par l’offenseur ;

- la réaction à la réparation, émanant de l’offensé

Dans le cadre de cette recherche, faute de temps et de moyens, nous ne pouvons pas traiter toutes ces trois composantes de l’échange réparateur Nous nous sommes contentée d’étudier seulement la réparation c’est-à-dire la réalisation de

l’excuse

Trang 23

CHAPITRE II

CONSTITUTION ET DESCRIPTION DU CORPUS

Ce chapitre est réservé en premier lieu à la présentation du corpus, et en seconde lieu à la description des données concernant l’acte d’excuse recueillies dans notre corpus

1 Constitution du corpus

Dans cette partie, après avoir expliqué le choix de la méthode de collecte des données, nous présenterons les deux corpus : l’un en français et l’autre en vietnamien Enfin, nous aborderons les méthodes d’analyse des données

1.1 Choix de la méthode de collecte des données

Les méthodes de collecte des données dans l’étude des interactions verbales en général et de l’acte d’excuse en particulier sont diverses : enregistrement des interactions verbales authentiques, enregistrement des dialogues dans les films télévisés, enquête, textes littéraires Chacune présente ses avantages et ses inconvénients

Comme l’authenticité des interactions verbales joue un rôle décisif dans la recherche de l’acte de langage, nous avons pensé tout au début de notre recherche à enregistrer des interactions verbales Dans les conversations réelles, les actes de langages sont authentiques Cependant, cette méthode comporte certains inconvénients Tout d’abord, pour assurer l’authenticité des conversations, nous sommes dans l’obligation de les enregistrer en cachette, ce qui n’est pas conforme à

la déontologie des chercheurs De plus, la mise en place du micro caché n’est pas toujours facile En effet, nous ne pourrions pas prévoir quand les interlocuteurs s’échangent des excuses L’enregistrement des conversations complètes n’est cependant pas faisable Quant à l’enregistrement avec le micro au vu et au su des interactants, l’authenticité de l’interaction n’est pas toujours assurée Comme on le sait, en général, les excuses ne sont formulées que quand les interactants sont en conflit Si les interlocuteurs savent être enregistrés, ils cherchent normalement à ne pas se montrer impolis: ils recourent certainement à des adoucisseurs et évitent les expressions menaçantes pour les faces de l’interlocuteur et de lui-même En un mot,

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malgré ses avantages, nous sommes obligée de l’écarter comme méthode de collecte des données pour notre recherche

Nous avons également pensé à un corpus de dialogues dans les films télévisés Nous aurions pu ainsi collecter non seulement des données verbales mais aussi l’aspect paraverbal et non verbal de la réalisation de cet acte, ce qui joue un rôle considérable dans l’interprétation des reproches et des excuses Pourtant, après un certain temps, nous constatons qu’il ne convient pas non plus à notre recherche Le premier obstacle, c’est l’horaire de diffusion des films à la télévision Nous ne sommes pas toujours disponible à ces heures-là pour allumer un magnétoscope De plus, comme pour l’enregistrement des dialogues authentiques, cette méthode exige beaucoup de temps de transcription et la transcription des dialogues dans les films français n’est pas toujours facile pour nous qui ne sommes pas native de cette langue

Quant à l’enquête, elle n’est pas conforme à notre cadre de recherche Premièrement, elle nous pose des problèmes temporels et financiers Deuxièmement, les données collectées appartiendraient à un langage plutôt écrit qu’oral En dernier lieu, l’acte de langage ne serait pas très naturel, l’authenticité des données ne serait donc pas assurée

Tandis que les méthodes citées ci-dessus ne sont pas bien adaptées à notre condition de recherche, l’utilisation d’un corpus littéraire nous présente des

avantages considérables Il est tout d’abord «immédiatement disponible et quasiment inépuisable» (C.Kerbrat-Orrecchioni 1990:72-73) En effet, au Vietnam,

il est facile de trouver des textes littéraires vietnamiens dans les bibliothèques et les librairies Pour les œuvres littéraires françaises, il ne nous est pas trop difficile non plus de les recueillir De plus, avec un corpus de textes littéraires, nous ne devons pas faire la transcription, cela nous permet d’économiser beaucoup de temps et de nous concentrer sur l’analyse des caractéristiques de l’acte d’excuse et sur la comparaison de la réalisation de l’acte d’excuse en français et en vietnamien

Par ailleurs, le corpus littéraire est bien apprécié de R Barthes et F Berthet

1979 : 4)6 Ils considèrent le texte littéraire comme « une pratique de langage du

6

Cité par Nguyen Van Dung 2000 : 44

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plus haut niveau » dont « une de ses fonctions est de reproduire exemplairement des modes, des inflexions de discours » C’est pourquoi, « chaque fois que les sciences sociales ont à traiter d’un objet de langage (ou, pour être plus précis, d’un

« discours »), elles auraient bien tort de ne pas recourir au corpus littéraire sans doute »

En outre, C.Kerbrat-Orecchioni (1996 :48) voit aussi en les textes littéraires

matières à étude pour l’analyse conversationnelle : « Dans la mesure ó la littérature tend à la conversation ordinaire une sorte de miroir grossissant dans lequel viennent se condenser avec une simplicité, une évidence, une intelligibilité accrues, certains des faits pertinents, l’analyse conversationnelle peut ( ) trouver dans ce type de corpus, abondante matière à réflexion »

Ce sont les raisons pour lesquelles nous décidons de construire un corpus littéraire contemporain

1.2 Présentation du corpus

1.2.1 Corpus en français

Notre corpus se compose de cinq romans français contemporains, parce qu’en

premier lieu, c’est « le genre dominant, quantitativement et médiatiquement de la littérature française » (Arnaud Genon : 2004)7 En seconde lieu, ce genre littéraire français est abondant et disponible au Vietnam

Notre corpus ne comporte aucune nouvelle car les nouvelles françaises ne sont pas souvent disponibles chez nous De plus, les nouvelles que nous avons lues (trouvées) ne nous ont pas satisfaite : elles ne contiennent pas d’énoncés d’excuse Notre corpus est construit de 40 extraits de 5 romans entre 2003 et 2009 dont 3

ont obtenu le Prix Goncourt : La maỵtresse de Brecht de Jacques-Pierre Amette, édition d’Albin Michel 2003 : Prix Goncourt 2003 ; Le soleil des Scorta de Laurent Gaudé, édition d’Actes Sud 2004 : Prix Goncourt 2004 et Syngué sabour de Atiq

Rahimi, édition de P.O.L 2008 : Prix Goncourt 2008

Pour assurer la représentativité relative de la formulation de l’excuse en français, nous avons collecté les œuvres de différents écrivains Les œuvres choisies

7

site internet : www.fabula.org/revue/document126.php

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abordent les divers aspects de la vie: la vie familiale, l’amour, l’amitié, les relations

professionnelles, la guerre, etc Certains romans abordent différents thèmes: La maîtresse de Brecht (l’amour pendant la guerre froide); Le Soleil des Scorta ; Syngué sabour et La petite fille de Monsieur Linh de Philippe Claudel (la vie et le sentiment familiaux) ; La première nuit de Marc Levy (l’amour, l’amitié, le travail)

En ce qui concerne les personnages, comme nous ne pouvons pas trouver de corpus homogène, nous devons collecter des œuvres dans lesquelles les personnages sont de tranches d’âge, de milieux sociaux et de niveaux d’instruction différents En effet, ils sont âgés, adultes, jeunes, et même enfants Les uns vivent en ville, les autres en milieu rural Ils peuvent être professeur, archéologue, astrophysicien,

agent de la Stasi (services secrets est-allemands), officier, dramaturge, comédien,

horloger, agriculteur, retraité, etc Quant à leurs relations, elles concernent des amis, des amoureux, des collègues, des époux, curé et ses brebis, des connaissances,

… Cela offre une abondance de formules d’excuse et de réaction à l’excuse

vietnamiens L’écrivain Nguyen Ngoc (1991 : 12) a écrit « elle se classe au premier rang des productions littéraires » et « est le genre le plus représentatif de notre littérature » Aux yeux de la critique Bich Thu (1996 : 32), les nouvelles contemporaines « abordent de façon très rapide les problèmes urgents de la vie d’aujourd’hui » En deuxième lieu, les nouvelles contemporaines sont écrites dans

un langage contemporain, varié ; cela nous aide à recueillir les variations dans la formulation de l’excuse en vietnamien Enfin, la nouvelle contemporaine se

caractérise par « le rapprochement au langage quotidien, de tous les jours » et

« l’acceptation du langage parlé » (Dao Than 1994 : 16)8., ce qui est important

8

Ces auteurs ont été cités par Nguyen Van Dung 200: 46, 47

Trang 27

dans l’analyse des interactions verbales en général et de l’acte d’excuse en particulier

Notre corpus se compose de 36 extraits tirés de 23 nouvelles contemporaines Certains sont extraits d’une même nouvelle Les nouvelles choisies sont publiées

entre 2007 et 2011 Elles sont tirées des recueils : Truyện ngắn hay 2011 – Nxb

Thời đại (Recueil des meilleures nouvelles de l’année 2011, Edition du Temps),

Truyện ngắn hay 2009-2010 – Nxb Thanh niên (Recueil des meilleures nouvelles des années 2009-2010, Edition de la Jeunesse), Truyện ngắn hay 2007-2008 – Nxb

Lao động (Recueil des meilleures nouvelles des années 2007-2008, Edition du

Travail), Truyện ngắn hay 2007 – Nxb Hội nhà văn (Recueil des meilleures

nouvelles de l’année 2007, Edition de l’Association des Ecrivains)

Comme nous menons une recherche sur l’acte de langage, les nouvelles que nous avons collectées sont riches d’interactions verbales

Les nouvelles collectées traitent (de) différents thèmes : l’amour (Chờ nhật thực – Attendre l’éclipse ; Mối tình đầu – Le premier amour ; Ý tưởng chiều tà – Idée à l’après-midi ; ), la famille (Con dâu tôi – Ma belle-fille ; Đừng chảy sông

ơi – Ne coule pas, Fleuve ; Tiếng vọng – L’écho ; …), la vie de tous les jours (Chiếc giày pha lê – Une chaussure en cristal ; Xóm chùa thời ung thư – Hameau pendant

la période de cancer ; Đồng tiền rơi rụng - L'argent s'éparpille ; …), la guerre (Người đàn bà lội sương – La femme barbote dans la rosée)

En ce qui concerne les personnages, ils sont d’origines diverses : certains sont citadins, d’autres villageois La tranche d’âge, le niveau d’instruction et le milieu social des personnages varient également Quant à leurs relations, elles sont multiformes Les personnages peuvent être époux, parents et enfants, proches, amis, soldats, vendeur et client, collègues, … Comme le corpus en français, nous ne pouvons pas trouver de corpus homogène en vietnamien, les personnages sont différents, c’est pourquoi les réalisations de l’excuse et de la réaction à l’excuse sont riches

Pour pouvoir comparer la formulation de l’excuse en français et en vietnamien, nous traduirons littérairement et parfois littéralement les exemples du corpus vietnamien en français

Trang 28

1.3 Méthodes d’analyse des données

Afin de mener notre étude, nous avons recours à 3 méthodes d’analyses des données : méthode descriptive, analytique et comparative À partir des deux corpus construits, nous décrirons d’abord et analyserons ensuite les caractérisques de l’acte

de l’excuse ainsi que la formulation de l’excuse en français et en vietnamien Nous suivrons donc la méthode descriptive et analytique La description et l’analyse des formules d’excuse et de réaction à l’excuse dans les corpus nous permettent la comparaison pour dégager les similitudes et les différences dans la réalisation de l’excuse en deux langues Pour cela, nous utilisons la méthode comparative

2 Description du corpus

Cette partie vise à décrire des caractéristiques de l’excuse : les types d’excuse,

la relation entre l’offenseur et l’offensé, les effets de l’excuse sur les faces des interactants et les types de réactions à l’excuse

2.1 Types d’excuse

A partir des 76 interactions recueillies en deux langues dont 72 verbales et 4 non verbales, paraverbales ; nous essayons de proposer des types d’excuse suivants

2.1.1 Types d’excuse basés sur la raison réparatrice

En se basant sur la raison pour laquelle on s’excuse, on a 3 types d’excuse : formule prétendûment réparatrice, excuse rétrospective, excuse prospective Le tableau récapitulatif suivant représente le taux de ces types d’excuse

Interactions verbales en

français

Interactions verbale en vietnamien Formules prétendûment

Trang 29

Excuse prospective

Excuse en vietnamien

94%

6%

Formule prétendûment réparatrice Excuse rétrospective

Excuse prospective

Graphique 1 Nous trouvons bien que l’excuse rétrospective est le plus utilisée en français

ainsi qu’en vietnamien L’excuse prospective représente un taux d’utilisation assez

modeste en deux langues Quant à la formule prétendûment réparatrice, elle est

relativement répandue en français, elle existe aussi en vietnamien car en tant que

native de cette langue, je l’utilise dans certains contextes, par exemple :

- Xin lỗi bác nhưng cái này không phải do em làm

→ Excusez-moi mais ce n’est pas ce que j’ai fait

Cependant dans notre corpus, nous ne trouvons pas ce type d’excuse

2.1.2 Types d’excuse basés sur la présence des interactants

En se basant sur la présence de l’offenseur et l’offensé, on a 2 types d’excuse :

excuse directe, excuse indirecte Après la statistique, nous construisons le tableau et

le graphique de ces types d’excuse

Interactions verbales en

français

Interactions verbales en vietnamien Excuse directe 36/36 (100%) 34/36 (94,4%)

Excuse indirecte 0/36 (0%) 2/36 (5,6%)

Trang 30

Excuse en français

100%

0%

Excuse directe Excuse indirecte

Excuse en vietnamien

94%

6%

Excuse directe Excuse indirecte

2.1.3 Types d’excuse basés sur la manière de réaliser l’excuse

En se basant sur la manière de réaliser l’excuse, on a 3 types d’excuse : excuse explicite, excuse implicite, excuse mixte (explicite et implicite)

- Description de l’état d’âme

approprié (regret, honte, )

Trang 31

Graphique 3

En observant le tableau, le graphique, nous constatons nettement que les Vietnamiens préfèrent les excuses implicites tandis que les Français aiment les excuses explicites Quant aux excuses mixtes (explicite et implicite), le taux n’est pas très différent

Nous venons de présenter des types d’excuse qui se trouvent dans notre corpus Nous procéderons à leur analyse dans le chapitre suivant

2.2 Relation interpersonnelle et excuse

2.2.1 Relation horizontale

Trang 32

Dans l’interaction, les partenaires en présence peuvent se montrer plus ou moins « proches » ou au contraire « éloignés » : l’axe de la relation horizontale est

un axe graduel orienté d’un côté vers la distance ; et de l’autre vers la familiarité et l’intimité

Relation entre

l’offensé et

l’offenseur

Total des interactions en deux langues (/76)

Nombre d’interactions en français (/40)

Nombre d’interactions en vietnamien (/36)

Relation peu connue

Relation horizontale et excuse en

Graphique 4

En observant le tableau 4, on constate que les Français et les Vietnamiens font plus d’excuses auprès des « connus » que des « peu connus » : auprès des connus, 26/40 (65%) excuses en français et 27/36 (75%) en vietnamien, tandis qu’en relation plus distante nous comptons moins d’excuses : 14/40 (35%) en français, 9/36 (25%) en vietnamien

Concernant les relations familières, les excuses sont très nombreuses dans les

2 corpus, mais nous ne trouvons pas beaucoup d’excuses (16/76 interactions) dans les relations familiales : parents-enfants, frères-soeurs, mari-femme En effet, pour ces relations, en français, il n’y a que 7 interactions, en vietnamien il y en a 9

Trang 33

Nombre d’interactions en français (/40)

Nombre d’interactions en vietnamien (/36)

Relation de haut

en bas

Graphique 5 Dans nos 2 corpus, nous trouvons que la production et l’échange d’excuses sont présentes le plus fréquemment en cas de relation égalitaire : entre époux, entre amis, entre amoureux, entre collègues, (67,5% en français, 64% en vietnamien)

En cas de relation inégalitaire, les excuses sont émises plutôt de bas en haut (20%

en français, 33% en vietnamien) par exemple de l’enfant aux parents, de l’inférieur

au supérieur, de l’élève au professeur, du vendeur au client, Les excuses émises

de haut en bas sont aussi présentes mais peu nombreuses (13% en français, 3% en vietnamien)

Trang 34

En résumé, l’excuse se fait en général entre connaissances Plus la relation des interactants est distante, moins on s’échange d’excuses En ce qui concerne la relation verticale, l’excuse est particulièrement propice à la relation égalitaire Pour

la relation inégalitaire, elle est émise de bas en haut beaucoup plus fréquemment que de haut en bas

2.3 Excuse et face des interactants

Comme nous l’avons abordé dans la première partie, les actes de langage se regroupent en deux grandes catégories d’actes : actes valorisants pour la face (FFAs) et actes menaçants pour la face (FTAs) Avec ses caractéristiques, l’acte d’excuse ayant de mauvais effets sur la face des interactants est classé dans la deuxième catégorie Donc, la face de qui est menacée par l’excuse ? celle du locuteur ou de l’interlocuteur ? quelle face des interactants est menacée par cet acte ? la face positive ou négative ?

2.3.1 Excuse et face du locuteur

L’excuse est menaçante pour la face positive du locuteur En effet, quand quelqu’un présente ses excuses, cela montre qu’il a commis une erreur, une certaine faute Sa face positive est menacée L’excuse est donc un FTA pour la face positive

(Interaction 12 – corpus en français) Interactants : les 2 amoureux

- Je te demande pardon, je suis en retard, parce que les derniers jours, j’étais trop occupé

Trang 35

(Interaction 34 – corpus en vietnamien)

2.3.2 Excuse et face de l’interlocuteur

Quand l’interlocuteur reçoit l’excuse, il se place en position haute et met son partenaire en position basse L’excuse constitue donc un acte valorisant (un FFA) pour la face positive de l’interlocuteur

Ex : Interactants :Vackeers et Ivory – les 2 Professeurs, les 2 vieux amis

- Je ne me suis pas rendu compte que je m’étais endormi, c’est bien la première fois que cela m’arrive, je suis désolé de m’être ainsi imposé chez vous

- Cela n’a aucune importance, j’espère que ce vieux Chesterfield ne vous aura pas trop esquinté le dos

(Interaction 25 – corpus en français) Interactants : un homme et son ancien voisin

- Eh bien, « Han crapaud », ah, je ne l’ai pas fait exprès, tu es maintenant un cadre local

- Eh oui, après que j’apporte de l’électricité au village, - continue-t-il à raconter, - je suis bien estimé ici

(Interaction 25 – corpus en vietnamien)

2.4 Réaction à l’excuse

2.4.1 Réaction positive

L’offensé fait savoir à l’offenseur qu’il considère comme effectivement

réparé le dommage qu’il vient de subir Il accepte la réparation et octroie le pardon, explicitement ou implicitement

La réalisation peut être explicite de l’octroi du pardon comme “Je te/vous pardonne”, “Je te/vous excuse”, “Vous êtes tout excuse”, “Je vous demande pardon – Accordé!”

La réalisation implicite: la (dé)négation de l’offense comme “Y a pas de mal”, “Ce n’est rien”, “T’en fais pas”, “Ce n’est pas grave”

Le plus souvent, cette réaction prend la forme d’une minimisation ou même d’une dénégation de l’offense (dont l’existence n’est pas pour autant niée : l’offense

Trang 36

est reconnue comme telle, mais elle est en quelque sorte effacée par l’excuse) : Ce n’est pas ta faute, Ce n’est pas (si) grave En effet, dans les corpus en français et en

vietnamien, nous ne trouvons aucune réalisation explicite de l’octroi du pardon, il n’y a que des réalisations implicites

Ex : Interactants :Vackeers et Ivory – les 2 Professeurs, les 2 vieux amis

- Je ne me suis pas rendu compte que je m’étais endormi, c’est bien la première fois que cela m’arrive, je suis désolé de m’être ainsi imposé chez vous

- Cela n’a aucune importance, j’espère que ce vieux Chesterfield ne vous aura pas trop esquinté le dos

(Interaction 25 – corpus en français)

L’acceptation de l’excuse peut être accompagnée d’une reconnaissance de faute aussi L’offenseur fait des excuses auprès de l’offensé, celui-ci les accepte et

en même temps reconnaỵt la faute de sa part Voici un exemple :

Interactants : une jeune vendeuse et un client

- Il est certain que vous attirez l’attention de beaucoup de belles femmes

- Hé, ne te moque pas de personnes âgées – dit-il, son visage était grave

- Je dis la vérité – la jeune fille est paniquée et se montre très triste – Je le dis selon mon pressentiment, pourquoi dites-vous que je me moque de vous, je ne l’ose pas, je vous demande pardon

- Mais moi, j’en ai marre de moi-même, donc personne ne peut m’aimer

(Interaction 19 – corpus en vietnamien)

En outre, la réaction positive à l’excuse peut se réaliser par le matériel verbal Comme dans l’exemple ci-dessous, l’offensé utilise le regard, le sourire, les gestes pour octroyer le pardon

non-Interactants : Monsieur Bark et Monsieur Linh ou bien Monsieur Tao-lạ Monsieur Bark s’est tu Il pleure toujours Il a la nausée Une nausée qui vient

de très loin et qui le remue, le boxe, le bourre de coups, l’écrase La honte le travaille comme une bile

« Je vous demande pardon, Monsieur Tao-lạ, pardon pour tout ce que j’ai fait à votre pays, à votre peuble Je n’étais qu’un gamin, un sale con de gamin qui a tiré, qui a détruit, qui a tué sans doute Je suis un salaud, un vrai salaud »

Trang 37

Monsieur Linh regarde son ami Un grand sanglot le secoue, interminable, comme né du dernier mot qu’il vient de prononcer Cela ne se calme pas Tout le corps du gros homme tremble, on dirait un navire mis à mal par une tempête Monsieur Linh essaie d’entourer de son bras l’épaule de son ami, sans y parvenir car son bras est trop petit pour la grande épaule Il lui sourit Il s’efforce de mettre beaucoup de choses dans ce sourire, plus de choses que n’importe quel mot ne pourra jamais contenir

(Interaction 12 – corpus en français)

2.4.2 Réaction négative

L’offensé rejette la réparation, et refuse d’octroyer le pardon comme :

“Excuse-moi – Ça nous avance bien/ C’est trop tard/ Tes excuses tu peux les garder”

“Pardon – C’est trop facile de dire pardon!”

“Je suis désolé – Et moi donc!/ La peste soit de votre désolation”

De telles formules récusent dans son principe même l’acte de réparation, en soulignant et en commandant son caractère purement symbolique et formel: pas question d’admettre que de simples mots puissent venir compenser le préjudice subi, et d’accorder une absolution payée à si bas prix …

On distingue 3 types de réaction négative dont la fréquence ainsi que les effets interactionnels sont bien différents :

 Un enchaînement négatif nie l’existence préalable d’une offense, et met donc en cause l’opportunité de l’excuse :

Ex : Interactants : les 2 hommes inconnus

- Oh là là! Vraiment? Donc, nous vous demandons pardon sincèrement Essayez de nous comprendre, s’il vous plaît !

- Je suis celui qui doit vous remercier J'ai un pressentiment de quelque chose

de très sacré

(Interaction 18 – corpus en vietnamien)

Trang 38

 Un enchaỵnement apparemment négatif constitue en fait une acceptation polie de l’excuse : c’est « Pas de problème » et ses variantes que nous envisageons

au titre des réactions positives

Cette offense n’est pas considérée comme une vraie offense de la part de l’interlocuteur, d’ó la réplique

Ex : Interactants : Brecht et Maria

- Je suis désolé de ce que je viens de dire

- Tu n’as rien dit

- Si, j’ai dit que

- Je sais ce que tu as dit

(Interaction 4 – corpus en français) Interactants : les 2 amoureux

- Je te demande pardon, je suis en retard, parce que les derniers jours, j’étais trop occupé

- Pas de problème, tu te souviens encore de moi, c’est déjà bien

(Interaction 34 – corpus en vietnamien)

 Les vraies réactions négatives par lesquelles tout en admettant l’existence bien réelle de l’offense, on refuse d’accepter l’excuse :

Ex : Interactants : les 2 amoureux

- « Je te demande pardon, je suis seulement un remplaçant Un remplaçant n'est qu'un remplaçant, c'est tout, ma chère Je n'ai pas le droit de t'aimer ou t'adorer à n'importe quel moment

- Tu es très méchant

Quynh se lève, prend son vélo et repart.

(Interaction 36 – corpus en vietnamien)

Comme la réaction positive à l’excuse, la réaction négative peut également être exprimée par le matériel non-verbal

Ex : Interactants : un mari et sa femme :

[…] Ses paroles offensent accidentellement Mai, elle se met à pleurer :

Trang 39

- Je ne m'attends pas à ce que tu me maudisse, et tu offenses mon village

jusqu’à ce point

Tự se repentit :

- Je ne l’ai pas fait exprès, parce que je m’inquiète trop au caoutchouc

Mai laisse le bol et les baguettes, va à la salle de bains, un moment après elle revient, les yeux rougis par les larmes

(Interaction 1 – corpus en vietnamien)

Dans cet exemple, la femme n’accepte pas l’excuse de son mari, elle ne dit rien, elle se lève, va à la salle de bain et pleure

Dans ce chapitre, nous avons présenté le corpus, puis l’avons décrit Trois types d’excuse ont été identifiés Pour réussir cet acte, nous avons étudié les relations interpersonnelles, la face des interactants et la réaction à l’excuse A propos des relations interpersonnelles comportant la relation horizontale et verticale, plus la relation des interactants est distante, moins on s’échange d’excuses Quant à la relation verticale, l’excuse est particulièrement propice à la relation égalitaire Au sujet de la face des interactants, l’excuse est un acte menaçant pour la face positive de celui qui l’accomplit, au contraire un acte valorisant pour la face positive de celui qui le subit En ce qui concerne la réaction à cet acte, l’offensé peut soit accepter la réparation de l’offenseur - réaction positive soit la rejetter - réaction négative

Dans le chapitre suivant, nous analyserons plus en détail ces types d’excuse, et nous dégagerons les moyens linguistiques pour les réaliser

Trang 40

CHAPITRE III

TYPES D’EXCUSE ET MOYENS DE REALISATION

Dans ce chapitre, nous allons d’abord analyser les types d’excuse en français et

en vietnamien que nous avons observées dans notre corpus et désigner des moyens linguistiques pour les réaliser À partir de cette analyse, nous essaierons de dégager des similitudes ainsi que des différences dans la réalisation de l’excuse en français et

en vietnamien; et faire émerger les facteurs socio-culturels qui influencent en partie les comportements langagiers dans cette réalisation

1 Types d’excuse et moyens de réalisation de cet acte

1.1 Types d’excuse basés sur la raison réparatrice

En se basant sur la raison pour laquelle on s’excuse, on a 3 types d’excuse : formule prétendument réparatrice, excuse rétrospective, excuse prospective

1.1.1 Formule prétendument réparatrice (“Excusez-moi! » « Désolé ! »,

« Pardon ! » se colore d’une tonalité « agonale » (plus ou moins nette selon l’accompagnement prosodique et mimo-gestuel) :

« Excusez-moi », en cette acception, ne signifie nullement « excusez-moi », mais presque au contraire, « je ne suis pas du tout de votre avis » C’est en fait un

« excusez-moi mais », et c’est dans le mais qu’est tout le sens [ ] Il s’agit

d’excuses proférées à l’avance, le plus souvent sans contribution aucune, pour une offense encore à commettre : « Excusez-moi mais alors là, franchement, cette fois-

ci, vous déconnez complètement » (Renaud Camus 1985 :121).9

Ex :

Interactants : Adrian et son collègue Walter

- Croyez-moi, entre le suivi de votre courbe de température et les repas immondes de la cafétéria, j’ai eu le loisir d’écouter pas mal de vos inepties Seul réconfort dans cet enfer, les gâteaux que m’apportait votre délicieuse tante Elena

- Excusez-moi, Walter, mais qu’est-ce que c’est que ce nouveau genre avec Elena ?

9

Cité par Kerbrat-Orecchioni, L’ « échange » comme unité transphrastique dialogale L’exemple de l’excuse

Ngày đăng: 16/03/2021, 07:59

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