Elle paraitresider dans l'importance du probleme de la destinee de l'homme,agite par Pascal dans son projet d'apologie, ainsi que dans notre'difficulte persistante aIe comprendre entiere
Trang 2/l; TNlVEP.BITE DE BUGON l"s" ~ k =T.t4S8,f
FACULTE DES LETTRES )'f
Licencie es-lettres d'enseignement
Trang 3-A NOTRE.PROFESSEUR, ~Uill~lli POIRSON
Trang 4I ·~·~··~···I L7 NTRODUCTION+++++~++++++++++++++
II De llinteret de l'etude de Pascal et de la difficulte
=====================================================
Clest une preuve du genie superleur de Pascal et de laprofondeur de son hu~anisme, que cette permanence avec laquelleles Pensees ont, depuis plus de trois siecles, fait l'objet
d'innombrables recherches et de controverses departageant les
familIes d'esprits Jamais oeuvre de la reflexion humaine n'a re~u
tant de marque de consideration de la part des hommes; cette table encyclopedie pascalienne semble concerner l'enigme de l'exis-tence qui nous tient eternellernent en haleine dans notre poursuiteanxieuse de la verite
veri-Quelle est la raison de cette situation? Elle paraitresider dans l'importance du probleme de la destinee de l'homme,agite par Pascal dans son projet d'apologie, ainsi que dans notre'difficulte persistante aIe comprendre entierement •
Centre de la lutte au 17eme sie~le contre le libertinage,
"pivot au 18eme siecle de la resistance chretienne contre les
as-,
sauts de la philosophie, symbole, a l'epoque romantique, de la
grandeur tragique de la croyance et du doute, modele au temps dupragmatisme et du bergsonisme, d'une dialectique qui ne demande
,
pas ses armes a la seule raison, objet aujourd'hui encore, de
debats qui les tirent au catholicisme orthodoxe ou qui les sent, elles (~es Pensees) nlont pas fini d'emouvoir" (1) Des
repous-leur apparition et au cours des siecles, les Pensees n'ont jamais
-(1) J Bedier et P. Hazard :"Litterature fran9aise~ edition 1948Tome I, page 395 •
Trang 5cesse d'etre sujet d'actualite pour Ie probleme de l'homme, de lasociete, de Dieu, soit qu'elles etonnent et ravissent, soit qu'ellesinquietent et rebutent Tour ~ tour vu comme un misanthrope tragi-que et irreductible ou comme un heros chretien dont l'accent sublimecomble l'abime desespere de la vie, l'homme de Pascal promene safigure sombre ou sereine dans les pe~iodes de paix et de jouis-
sance,comme aux heures graves du doute et du desarroi des
ces Jusque dffilS les temps modernes ou l'humanisme prend Ie tere d'une philosophie transcendantale, Ie pascalisme conserve
carac-pleinement sa voix deliberative •
Ce qui motive d'autre part, la surabondance des debats,c'est la difficulte de comprendre Pascal; elle resulte principale-ment des faits suivants :
Les Pensees, ne constituent pas un ouvrage reserve et
,
acheve, mais llil melange de materiaux divers destines a plus dtuneconstruction projetee Apres la mort de Pascal, on les trouva sousforme de liasses et avec elles, plus de cinq cents fragments,
d'ecritures diverses et de formats varies, se rapportant ade bieux sujets : reflexions sur l'art d'ecrire, sur l'art de se
nom-conduire dans Ie monde, meditations sur des themes religieux, notesscientifiques, notes prises par Pascal "soit pour defendre Ie Jan-senisme et Port-Royal contre leurs ennemis, soit pour conserver le8reflexions personnelles que lui avaient inspirees ses lectures, sesconversations, ou les divers elements de sa vie" (1)
Les Pensees ainsi detachees les unes des autres et neformant pas un ensemble visiblement coherent, il est deli cat de
les interpreter, et l'on peut trouver des contradictions dans le8differentes manieres de les comprendre Jusqu'ici il y a un seul
accord des critiques: c'est leur croyance unanime a une ebauched'apologetique de Pascal, croyance fondee sur Ie fait que ce projetparait reunir les tendances profondes et la vocation reconnue de
(1) Louis Lafuma : Recherches pascal~ennes page 4 •
Trang 6Pascal Mais reste la tache de poser les pretendues uases de cetteapologie •
L'edition de Port-Royal de 1670 et le D~~2o~S sUf_ les
~~~s~es de n. Pascal de 1672 par Filleau de la Chaise sont les
premieres tentatives de reconstitution d'une apologie ~~is combiences hypotheses sont-elles encore alourdies de reserves ••• Comme l'aremarque Etienne Perrier, "il est impossible de bien entrer dans1a pensee et Ie dessein d'un auteur et surtout d'un auteur.mort"
Depuis le 17eme s~ecle, les editions modernes des Pensees
se sont succede et se sont inspirees de quatre principes de sement :
reclas-reproduire Ie desordre actuel du manuscrit original,comme les editions Michaut 1898, Tourneur, 1938, 1942, 1947;
reconstituer logiquement le plan de l'Apologie :Editions Faugere 1844, ~. Cheval~ 1925, H Massis, 1929 i
grouper les textes d'apres leur objet : Editions Bossut
solutions sont restees a l'etat conjectural
Mais il faut encore considerer d'autres causes rendantdelicate la comprehension de Pascal : Pascal est un esprit supe-rieur, complet et independant II domine par la puissance et lapolyvalence de son genie, par la force de son originalite, dans
de nombreux domaines : mathemati~ues, sciences physiques, rature II possede des secrets merveilleux qu'il renouvelle sanscesse "Tous ceux qui ont approche de lui ont eprouve cette sorte
litte-de frisson S4cre que provoquent le genie et Ie mystere" (1) Pascalfascine et subjugue et ne nous permet pas de penetrer aisement lesprofondeurs de son *me
Enfin, Pascal n'ecrit que pour la grandeur de Dieu Sa
-_.
(1) F Strowski : "Les Pensees de Pascal" page 51 •
Trang 7pensee et son art semblent s'evader du cadre de la litteratureordinaire Guide par une foi brQlante d'apotre, il se voit combat-tant pour l'unique cause chretienne I I a parfois des idees hardies
et peu orthodoxes qui genent ala fois incroyants et croyants Cemoraliste chretien tend par la force merne de son genie ase creerune vision et une synthese personnelles du christianisme Aussi,ses amis, pousses par des scrupu1es politiques et religieux, ont-ils dft attenuer les audaces enoncees dans les Pensees, ce qui leseloigne encore de leur vraie source •
C'est ainsi que "depuis sa mort, Pascal est en proie auxphilosophesll •
L'interet de l'etude de Pascal et 1a difficulte de lecomprendre conduisent naturellement aux discussions sur Ie contenuphilosophique des Pensees • Ces debats s'averent interminables
entre pascalisants et adversaires de Pascal autour d'un problemecentral: quel est 1e vrai caractere de l'humanisme pasca1ien :pessimisme ou optimisme ? Faisons un tour d'horizon des diverses
Deux courants d'opinions se contredisent dans ce jugement
de valeur depuis plus de trois siecles et ne semb1ent pas pres
d'avoir definitivement raison l'un de l'autre •
D'aucuns qui sont des rationalistes optimistes, se noncent pour Ie pessimisme de Pascal dormant, disent-ils, plUS
pro-d'une preuve; d'autres optent pour l'optimisme pascalien et en
montrent les differentes nuances •
Parmi les premiers, il y en a qui resolument, voient en
Trang 8Pascal un malade ou un hallucine :
Au 18eme siecle, le philosophe matel'ialiste ~ Mottl'ie;apl'es avoil' l'apporte la legende sur le vertige de Pascal (l'hallu-
cination constante d'un abime ~ gauche), ajoute : "Grand hommed'un cote, il etait ~ moitie fou de l'autre" (1)
Volt ?-ire lui-meme "avait reproduit la legende d'un abimeque Pascal avait cru voir ~ cote de sa chaise pendant la derniel'eannee de sa vie" (2)
de 1852), a parle de Pascal comme "d'un malade vivant dans unesolitude quasi monstl'ueuse, dont l'inquiete sensibilite s'accol'deaux bizarres violences du Jansenisme" (3)
1e medecin philosophe 1elut a demontre, en specialiste,
la these d'un Pascal hallucine ecrivant dans la souffrance et la
fievre, dans un travail intitule : "1lamulette de Pascal pour
servir ~ l'histoire des hallucinations, 1846" Du meme point de
ont conclu energiquement aun cas de maladie ou de desequilibrechez Pascal
D'un autre cote, de nombreux Critiques tels ?_~~tiere,
1897) (5) observent chez Pascal une pensee radicalement pessimiste,soit d'apres sa propre conception de 1a vie, Goit sous l'influenced'un jansenisme exalte
Certains jansenistes eux-memes, adversaires de Pascal
(1) Brunschvicg : Pascal, Fensees et opuscules, page 515
( 2) Boutroux :" Pascal" page 196
(3) G.Grand Les Pensees de Pascal, page 6
(4) Mesnard Pascal, l'Homme et l'Oeuvre, pp.169 , 170
(5) V.Giraud : Pascal, 1 'Homme, l'Oeuvre~ l'lnfluence - Paris
1922, page 198
Trang 9Yisse assez l'usage qu'il en youlait faire 11 y a meme quelquessentiments qui ne me paraissent pas tout ~ fait exacte et qui res-
,
semblent a des pensees hasardees" (1) Ce reproche du Port-RoyalisteNicole portant sur la confusion, l'incoherence et meme le faux desPensees semblent mettre en doute ~ la fois la clarte de la pensee
et la sincerite du coeur chez Pascal Dans le meme ordre d'idee,Leibnitz trouve que "ce chretien a l'esprit plein des prejuges deRome •• que de bonne heure son intelligence s'etait derangee parsuite d'austerites excessives (2); et Con~~~cet accuse Pascal
"d'avoir entierement abandonne sa liberte d'esprit, et meme de
raison en se laissant prendre ~ des miseres scolastiques ou tiques" (3)
mys-L'adversaire declare de Pascal comme du christianisme, cegrand denigreur, V?~_taire, assume la tache d'abattre le sombre
ennemi de l'humanite : "J'ose prendre le parti de l'humanite contre
ce misanthrope sublime, j'ose assurer que nous ne sommes ni si
mechants,ni si malheureux qu'il le dit" (Lettres philosophiques de1734) Flus tard encore, dans l'edition de Condorcet (1776) et unpeu avant sa mort, Voltaire remet sur la scene ill1 Pascal victime
de la superstition et l'accable de cor~entaires durement agressifs
11 le traite de "fou sublime", en jugeant paradoxale son idee dudepassement de l'homme Pour Voltaire l'homme se suffit ~ lui-meme;
(1) ihcole : Lettre ~ Ii. le liarquis de Sevigne Essai de morale
t.VIII (cite par G.Grand in "Les Pensees de Pascal",page 7)
(2) Leibnitz : cite par Boutroux dans son ouvrage "Pascal" page 195 (3) F Strowski : Les Pensees de Pascal, page 246.
Trang 10"IJotre scepticisme et notre exaltation, nos decouragements
et notre orgueil, notre besoin et notre difficulte de croire etd'aimer, il a senti tout cela •.• Le siecle de Chateaubriand, deGoethe, de Byron, est prepare a tout ce qu'on peut lui dire sur
la vanite de la science et de la pensee, l'empire de la coutume etl'illusion des milieux, l'ecoulement de toutes choses, le neant denos vertus et m~me de nos passions, le masque dont le moi se couvre,
en un mot, la comedie humaine, avec son dernier acte toujours glant ou on jette enfin de la terre sur la tete et en voila pourjamais" (1)
san-Voici, encore, l'image d'un Pascal tourmente par le doute
et dont la foi nlest qu'une pale flamme tremblante, comme le sentent ces vers de ~@e Ackermann ou de Sully Prud'homme :
11 .~
"l"Iais sous l'entassement des ruines vivantes,
"L'abime se rouvrait et pleine d'epouvantes,
-(1) V.Cousin : cite par F.Strow·ski dans "Les Pensees de Pascal"
pp 249, 250, et par BoutroU-."'\: dans son "Pascal",Edit Hachette, page 198
(2) Boutroux "Fascal" (Hachette) page 199
Trang 11Bourget nous montre un Pascal tragique et consume par
un ascetisme outre: "Pa8cal lUi, dit-il, n'est pas seulement Iejansenisme exalte, Ie plus grand devot de cette brUlante eglise;
i~ est l'ame religieuse dans ce qu'elle a de plus tragique et deplus epouvante" (1)
,
Pour [iaurice Barres, Ie mal de Pascal vient a la fois de
son corps et de son ame : "II faut d'abord considerer que Pascal aete torture de douleurs physiques, malade depuis S~ plus tendre
,
enfance jusqu'a sa mort C'etait une maladie mobile: il se disaitsujet au changement • j'!ais ces infirmites ne sont rien aupres dessubliilles tristesses dont Pascal etait la proie Son veritable mal,l'rolgoisse de Pascal, c'est la rigueur et l'intensite de la pen-see" (2)
x
Un insense, un misanthrope, illl walade inquiet ronge par
Ie doute, tel est donc Ie portrait qui ressort de ces commentaires
iJais voici l'autre valet du dipt,yque : voici l'autrevisage de Pascal
,
En effet, face a celL'C qui Ie trai tent de fou se dressentles critiques quitrouvent en Pascal un pui3sa~t b8nie createur,
un grand penseur des temps modernes :
.Q hf3 :te ?-2!.byjand crie son admiration: "II y avait un hommequi, ~ douze ans, avec de8 barres et des ronds1 avait cree les
mathematiques; qui, aseize, avait fait Ie plus savant traite desconic:.u.es qu'Oil Cllt "\i1 '- depui3 l '2fltiqui tf5; qui, ~ diJ: neuf, reduisi t
_ -. -(1) Bourget : cite par V.Giraud de.ns "Pascal, I'Homme, I'Oeuvre,
l'Influence", Edit B.de Boccard, 1922, p.243
(2) H Barres : "L'Angoisse de Pascal", EdH PIon, Paris 1923
pp 18 at 20 •
Trang 12en machine tine science qui reside tout entiere dans l'entendementj,qui a Vingt trois ans, demontra les phenomenes de la pesanteur del'air et detruisit une des grandes erreurs de l'ancienne physique,qui ayant acheve de parcourir Ie cercle des connaissances hu-maines • tourna ses pensees vers la religion • (1)
Brunschvicg de son cote affirme que Pascal est "un seur tel que les temps modernes n'en ont pas de plus profond"(2)
pen-Face aceux qui voient en lui un esprit tourmente par Iedoute, voici ce~ui puisent chez l'auteur des Pensees ala source
de vie, de joie et d'amour
De pieux admirateurs de Pascal trouvent en lui le principed'une foi et d'une certitude inebranlables :
genoux, se cachant les yeux adeux mains et criant : je crois" (3)
"Son oeuvre est avant tout une priere", comme Ie ditBrunschvicg (4)
3troilski marque la certitude de l'avenir que nous apportePascal: "Lorsque finit Ie 18eme siecle, Pascal reprenait une
influence forte sur les consciences tourmentees par l'inquietude
et en quete d'une assurance de la vie eternelle".(5)
Voici enfin un temoignage de 91a~d~1 parlant de saconversio~, : "Les livres qui ill'ont le plus aide a cette epoque
sont d'abord les Pensees de Pascal, ouvrage inestimable pour ceux
(1) Chateaubriand : (Genie du christianisme, 3eme partie, chapitre
6)
(2) Brunschvicg : Pascal Pensees et opuscules, page 302
(3) Chateaubriand cite par Boutroux dans son ouvrage : "Pascalll
page 198(4) Brunschvicg : Pascal : Pensees et opuscules, page 302
(5) F.Strowski : Les Pensees de Pascal, page 247
Trang 1310qui cherchent la foi" (1).
,
Enfin, face a cemc qui voierrtenlui un penseur sombre etterrifinrit,voici ceu::: qui voient en lui la hauteur d'ame du gene-reux ou le sublime du heros chretien :
Le jugement que Victor Giraud porte sur l'Apologie sereSUllle en quelques mots precis : ":81evation, Grandeur et noblesse
de cette conception qui a fait la grandeur et la force des
saints et des heros du christianismell
Voici ceux qui voient en lui non un fanatique partisanmais un frere Ainsi Boutroux affirmant que le christianisme dePascal est une source de vie et 11non une formule ou le mot d' ordre
"
d'un parti", que "tous les chretiens, taus les hommes sensibles a
la parole de l' apotre : "Dieu est am01.lr" , ~ quelque eglise Cly'ilsappartiennent, trouvent dans Pascal un frere, aUQuel ils s'unissen'
de coeur, pour devenir meilleurs et plus pieux par cette communion'
(3) •
Et, pour finir, voici ceux qui voient sous les Pensees,
la serenite et la joie
Cresson, un critique contemporain, y decouvre Ilune SOurCI
de joie ineffable pour le vrai chretien" (4)
"Quel homme a mieux connu le paisible amour?
Dieu ne fut plus sensible, Pascal portait en
la plus joyeuse" (5).
A aucun coeur,son corps l'ame
(1) Claudel : cite par G.G-r::md da"ls "Le::; ::.:'ensees de Pascali! p.8.(2) V.Giraud : "Pascal, l'homme, l'oeuvre, l'influence" E de
Boccar-d, Edit 1922, page 199
(3) Boutroux : "Pascal", page 202
(4) Cresson "Pascal, sa vie, son oeuvre, sa philosophiell
pp.64,6 '
(5) 11auriac Cite par G.Grand dans son ouvrage "Les Pensees de
Pascal", page 64
Trang 14Ainsi,alors que les partisans du pesslmlsme etalent tes les faiblesses, erreurs et miseres de l'ho~~e pascalien tel qu'figure dans les Pensees, les partisans de l'optimisme decelent
tou-en lui source de paix, de joie, d'herofsme, de saintete •
Toutefois, nous constatons que les penseurs de la miere categorie sont beaucoup plus nombreux que ceux de la seconde,
pre-ce qui justifie une etude objGctive par Ie voc8.bulaire, solutionque nous proposerons au paragraphe IV
Une remarque cependant s'impose d'emblee : rien ne
rester fidele a sa foi, on se rendra inevitablement au desespoir
de voir trainer indefiniment ces controverses •
Aussi sommes-nous tente de faire une troisieme demarche:chercher ce que peuvent fournir comme Iumiere sur Ie probleme, lesinfluences subies par Pascal, renseignement que nous nous proposonsd'etablir dans Ie paragraphe suivant •
Des influences livresques, on en releve peu Cependant,Pascal avec son extraordinaire sensibilite, et sa soif insatiable
de connaitre toutes choses, ne peut s'empecher de communiquer avecson milieu et d'en recev0ir des influences "C'est une ame qui secherche d'abord dans autrui et ne se trouve finalement qu'en elle-meme et en Dieu" (1) Connaitre ces influences, c'est etre plus
~ meme de saisir son fond secret et par Ia les sentiments intimesqui l'agitent }ais la recherche est epineuse, car Ie puissant
genie de Pascal a toujours agi sur son milieu dans Ie sens d'une
-(1) E ]audin : "La philosophie de Pascal" page 19
Trang 1512reforme ou d'une revanche.
Enumerons ici les influences les plus directes et lesseules notoires de :jO~t~~, de la Bible, du Jansenis~ et dessavants
Chez Pascal, on trouve a tout instant des reminiscences
si bien qu' il semble que Pa,scal pro cede de l';ontaigne Pascal recon,nait de vive voix cette dette ahontaigne dans son ~ntr.§Jien avec
M. de Saci
11 est impregne du scepticisme de i'Iontaigne qu'il peintavec un sens dramatique dans les passages relatifs au pyrrhonisme,aux puissances trompeuses, al'amour-propre, ala coutume et l'ima·gination, rapprochement avec les reflexions de Ilontaigne sur la
fortune et la coutume servant amontrer les erreurs et faiblesses
de l'homme "1e pyrrhonisme est vrai", dit-il, et ensuite fIle
,
pyrrhonisme sert a la religion" •
I-Tais Pascal n 'utilise (jontaigne que pour comba ttre l·[ontaigne
ou Montaigne, verse dans les idees de Sextus Empiricus, peint
l'homme comme un sujet plein d'erreur, de faiblesse et de misere
1'affreuse condition de l'homme est dans "la sourceprincipale des maulx qui le pressent, peche, maladie, irresolution,trouble, desespoir •.• Nous avons pour nostre part: l'inconstance,l'irresolution, l'incertitude, Ie deuil, la superstition, la solli-citude des choses avenir, voire apres notre vie, 1'ambition, La
jalousie, l'envie, les appetits desreglez, forcenez et indomptablef
la guerre, Ie mensonge, la desloyaute, la detraction et la site" (1)
curio-La vie est instabilite et ecoulement frenetique; elle eSl
,
en meme temps un songe perpetuel : "toutes choses sont sujettes a
(1) Montaigne : Essai II, Chapitre 12, page 173 - Edition Garnier
Paris 1952
Trang 16passer d'un changement en aultres, 121 raison qui y cherche illle
reelle 8ubsistance, se trouve deceuel; "~,rous veillons dormants, etveillants dormons" (1)
Pascal emploie egaleraent les armes de liontaigne pourcombattre Epictete, les Stoiciens et le grand Descartes chez les-quels il se complait ~ voir "la superbe raison si invinciblementfroissee par ses propres armes"
Pascal, anti-I1ontaigne, declare finalement : "Ce n' estpas dans Montaigne, mais dans moi que je trouve tout ce que je vois
L'influence de l'Jontaigne a comme contrepoids le desaveu
de i'Iontaigne, par la conclusion ~ laquelle Pascal parvient dant la vision de l'ho@ne que conserve Pascal est bien dans la
Cepen-premiere partie de l'Apologie, celle d'une "chetive creature"
D'autre part, apotre enflamme, Pascal ecrit sous ration de la Bible L'influence de ce livre s'exerce d'une fa90ndominante le long des !~psees et surtout depuis la section VII
avant tout de Port-Royal, a ete repensee a l'aide de certains
textes prophetiques et evangeliques Dans la peinture de la misere
de l'homme, le pessimisme de Montaigne et celui de Jansenius joignent celui des livres 0apientiaux Pour conclure le chapitre
re-"Opinion du peuple saine", Pascal rappel1e l'idee evangelique selonlaquelle, la sU:Jreme sagesse est Ie retour ~ l'enfance" (2).L'irnmor·talite de l'ame et la verite eternelle sont prouvees par 121 ~pe
Pascal L'amour et le culte de l'humanite percent a travers
(1) Montaigne : Essai II, Chapitre 12, Edit Garnier, page 113
Paris 1952
et l'oeuvre", page 166
Trang 1714l'amour et Ie culte de Dieu La recherche instinctive du bonheurchez l'hollliue est la vision lointaine du paradis Et surtout, le
peche originel est ala base de la construction psychologique del'homme pascalien
11 importe de souligner que la profonde sensibilite dePascal trouve son plein epanouissement sous llinfluence de son
de la guerison definitive des maux par l'effet de la grace divine,
de la victoire finale sur les tenebres, la vision du paradis, touicet ardent climat qui regne dans les P~nsee~, constitue la sourced'emotion chez Pascal, generatrice de son lyrisme mysolque •
Cette influence biblique se fait sentir jusque dans Iestyle des Fensees ou lIon retrouve la cadence des phrases sacrees
et un riche vocabulaire biblique s'elevant, d'apres l'estimation
,
de M Jungo, a 800 mots (1)
C'est une des influences majeures qu'a re9ues Pascal
Cependant, la plus grande action, et c'est la moinscontestable et la luoins contestee,- qui s'est exercee sur la vie
et la pensee de Pascal est certRinement celIe de Port-Royal
jan-seniste
,Jicole, Ie temoin le plus pres de Pascal, a pu dire
qu'il etait "la personne du moude la plus roide et la plus
in-flexible pour les dogmes de la grace efficace" (2)
Sa.int_~.:-:.il.e:uv~a compose ainsi sa fameuse trilogie senius, Saint-Cyran, Pascal" (2)
"Jan-~orte et Baudin canfessent "que ce Pascal historique cvaulu, de la volante la plus nette et la plus constante, enseignel
-~ ~ -~ (1) f'1ichel Jungo : "1e vocabulaire de Pascal", page 127
(2) Baudin : "1a philosophie de Pascal", Tome II, page 99
Trang 18Royal et de son vocabulaire "fortement teinte de jansenismes"(2).
1n quoi consiste Ie jauseniste authentique ? Doctrine
de Jansen, eveque d1Ypres, developpee dans son ~ugustinus publie
en 1640, consistant en une interpretation pessimiste du nisme
,
frappe de faiblesse et de misere, ne peut etre rendu a son innocen<
et sa felicite premieres que par la grace divine Cette Grace,graCEefficace, Dieu la donne paT la mediation de son fils unique, JesusChrist, aune minorite d'hommes qu'il a choisis de toute eternite
et suivant sa propre volonte : L'homme doit s'incliner devant cemystere incomprehensible a sa debile raison, n'adorer que Dieu,
principe et fin de tout, en s'offrant al'inspiration divine,dansl'attente de son salut En esperant un mouvement de la grace de
Dieu, il doit observer le silence, la separation, le detachement,
la penitence, la mortification; il doit se perdre enfin pour trr-uv<Dieu
Voici l'explication jansenisteeurl'origine de la misere
et de l'aveug1ement de l'homme :
"Des son origine,la race humaine porte toute entiere Iepoids d'une cond~ill1ation et sa vie, si l'on peut l'appeler ainsi,est totalement mauvaise iT'arrivons !lOUS pas au monde dans l'hor-
rible profondeur de l'ignorance? , (l'enfant) • n'i~10re-t-il
pas o~ il est? Ce qu'il est? Par qui il a ete cree? Par qui
-~._._ -_._-~ -_._ ~ (1) Baudin : "La philosophie de Pascal", Tome II, page 99.
(2) Jungo : "1e vocabulaire de Pascal", pages 166, 187
Trang 19de mordants soucis, de troubles, de souffrances, de craintes, de
joies malsaines, de disputes, de coleres, de parricides, de
cruautes, de sadisme, de mechancete, de luxures, de vantardises,
• d'impuretes, de fornications, d'adulteres, d'incestes,
d'in-famies contre nature , d'oppressions d'innocents, de calomnies,
de ruses, de fraudes, de faux temoignages, de jugements iniques •.•Aucune turpitude ne peut venir a l'esprit sans qU'on la retrouvedans la vie
Qui dira le joug qui pese sur les fils d'Adam ? Lachair ne cesse de s'opposer al'esprit et l'esprit ala chair afin
de nous empecher de faire ce que nous desirons." (1)
O~:position manifeste a la doctrine jesuite de l' absolueliberte et de la grace suffisante, ce jansenisme austere trouveson profond echo chez Fascal qui souligne la conduite du croyant:
"11 ne faut aimer que Dieu et ne hafr que soi-meme" (286),
orgueil et concupiscence; et les remedes : humilie,mortification", (493).
L'ascetisme qui impre~1e les Pensees est precisementl'accent du jansenisme chez Pascal
Toutefois la rigueur de cet etat d'ame se trouve attenueepar les moderations suivantes
Pascal en concevant son Apologie, ne devait pas en faireune oeuvre de severite, car il aurait risque d'eloigner de l'Egliseles croyantsj aussi a-t-il dit quelque part: "Ce qu'il nous impor-
te de connaitre est que nous sonwes miserables, corrompus, separes
de Dieu, mais rachetes par Jesus Christ" La grace ne serait plusdone une loi d'exception, mais une esperance generale La foi en
la Redemption est par ailleurs la conviction persoilllelle la plusassise de ce croyant
Pascal se preoccupant inlassablement du probleme dubonheur des hommes, a, du fait de son pragma.tisme, sinon ecarte
du moins adouci cette morale intransigeante cownandant le ment et la renonciation totale
detache-"Tous les hommes recherchent d'etre heureux, et cela
Trang 20,
tendent tous a ce but La volonte :lc.: fait j2.i"lZ'.is la moindre
de tous les honunes" (425) Cctt(; recl18rcho instinctive du bonheurempeche l'ho~~e d1aller a l'isole~ent tt la mortification, Ce querecommande le morale ja::1seniste
Enfin le sentimerlt d 'une guerlson gen.ere.le dc::s r.laW~ et
d 'une Providence qui so degage puissamment des ~~~n_sj_es (surtoutdepuis 10. section VII jusqu'a1:>. section XIII de Drl,1l1schvicg etdepuis le paragraphe 13 jusqu'au paragraphc 25 de la section pre-l'1iere de Lafuma.) est encore 18 t8fJlOignage d' U "le a ttenua -'cion del'esprit de rigueur chez le solitaire de Port-Royal
Bien plus, d'aucuns ont meme entrevu l'eloignemcnt de
,
Pascal a l'egard du jansenisme, tels le cure Beurrier dans ses
~r.ep_oj.T~, j·IauricG Blondel dans son ouvrage inti tule ".J;:~_JEn.s_~nisI:le
et l'antii~l_senisme_d_e_Pa~l;' et tant d'~'.Utres historiens de ce.l
Pas-Pascal lui-meme n'a-t-il pas declare dans l~ 169me vincialc que "Je no suis pas de Port-Royal" ? et dans un fragmentreste inedi t "Vous eli tes q'cl8 j (; suis janseniste; que 113 Port-Royal soutient les cinq propositions et qu'ainsi jc les soutienstrois E1ensonges" (1)
Pro-La derniere preuve est que Fasc2.1 est mort en catholiqueaVide de s'endormir dans l~ sein de l'Eglise
rteste 8. savoir ou.:llc influence lE'o seienc<o a exercee sur,.
la conception que: }'asc'::.l sc f".i t c.~ l=: :"!:'.turs de J.'homlUo et de sa
place dans le monde
La 17eme siecle connait des son debut do grands progressciontifiques L~s nouv~lles decouvertes ouvrent l'infini et fontreculcr l'ancien monde borne d'Aristote Pascal vit ~u milieu d'unmonde de savants mathematiciens et physicicns dont l'influcnce
s'excrce visiblc~cYlt sur l u i
ire de Fasc?l", page 160
Trang 2118Pour fixer les principes du r~tion~lisme p~scRlien, ilconvient de noter c1',"-bord les emprunts de P~3cr'.1 '.11 c:".rtesianisme.Cowae Descartes, P~sc~l ~ Ie culte de lQ pensee, et en meme temps
i l considere l'existence dnns l~ n~ture du corps d ' Wl pur tisme : Du principe des anim?ux-m"'.chines chez Desc2.rtes, on passe
Rutoma-
chez lui a celui de l'~betissement Df~utre pQrt, P~sc~l separe,comme Descartes, l~ pensee de l'etendue L'esprit geometrique dePascal est l~ deduction line~ire chez Descartes
Mais Pascal se declare contre Descartes sur plus d'unpoint Avec la raison critique, centre de ses analyses, Pascal
s'oppose aux affirmations metaphysiques aprioriques de Descartes;
et si Descartes s'adonne ~ l'optimisme de son rationalisme, au
contraire, Pascal met en doute la T8.ison humaine, doute qui inspiretant de pessimisme au titre des faiblesses de l' homme ".~e_s_c_~J;es
inutile et incertain" dit Pascal, en raison de cet antagonisme
Dans le domaine des mathematiques pures, Pascal a jeteavec Fermat (qUi lia des relations avec lui ~ partir de 1631) lespremieres bases de la theorie des probabilites Cette conceptionmathematique l'inspirera plus tard dans Ie fondement de son pro-babilisme en metaphys{que, en morale, en apologeti~ue.
Heritier des astronomes Copernic, Galilee, Kepler quiavaient ouvert l'infini du cosmos aux hommes, et des s~vants de laphysiologie vegetale, comme Swammerdam, pour le monde des infini-ments petits, Pascal est infinitiste sans reserve, comme tous lesphilosophes du 17eme siecle 1'2. description des deu 'X infinis, pen-see 72 de 1 ' edition Brunschvicg, e st bi8,l le reflet de ces connais-sances et de ces intuitio~lS divinatrices de Pascal; et l'absolutisme
de la pensee pascalienne en est COillIJ.e une consequence dais, pardessus tout, l'iclee du progres ind~~ini qui anioe l'aute~Y des
Pen~ees constitue la haute expression de son esprit scientifique,ainsi que Ie temoigne, ce mot de Pascal dans un fragment de prefacepour un traite du vide: "Toute la suite eles hommes pendant Ie
cours de tant de siecles do it etre consideree cop.@e un meme hommequi subsiste toujours et qui apprend continuellement."
En sciences physiques, remettant en honneur les experience:
ric> 'T'''''''''';("'o",11; 'P",,,,,,,,,1 r1f"'1Y1+ l'entmll'8,gp est l-Iersenne Gassendi,
Trang 22Dans l'ensemble, l'influence scientifique s'exeroe surPascal, dans le sens de l'optimisme Elle se manifeste par l'acqui-sition de la raison pratique et del' experience dont lao consequencEdirecte est le pragmatisme pascalien, et par la conception du pro-gres indefini de l'homme qui permett~acelle de la transcendance
de l'homme jusqu'a la participation a la gloire de Dieu : chez
Pascal, la science est bien au service de la religion
~~is ici, encore,- i1 faut le remarquer - l'influencedes savants, loin de prendre empire sur ce genie, ne fait que luifournir une matiere pour ses creations
Influence de !';ontaigne et de la Bible, influence de lascience, voil~ de quoi incliner Pascal aussi bien vers 1e
pessimisme que vers l'optimisme Or, l'etude que nous venons d'enfaire nous confirme la grande originalite de Pascal Savant et
croyant il a toujours attenue, amplifie, domine et ~eme contrarieces influences
x
En resume nous pouvons dire que ni l'interpretation descommentateurs, ni l'etude des influences Bur Ba formation spiri--,tuelle, ne nous fournissent un critere sur pour la conhaissance
du veritable etat d'ame de Pascal ou du vrai fond de son humanisme.Aussi souhaitons nous une quatrieme et nouvell~ demarche 1'ideenous est venue, afin d'apporter une modeste contribution aux re-
,
cherches pascaliennes, de proceder a un essai d'exegese par le
vocabulaire; la raison en est donnee dans ce qUi suit ,
-(1) Mesnard : "Pascal, l'homme et 1 'oeuvre" , page 174 •
Trang 23l'Tous opererons pour ainsi dire cette derobee de "feu"
Pascal ne sera plus soumis a la subjectivite des discussions des
"philosophes" dans le silence du passe, mais nous parlcra haut dans
le present avec toute l'objectivite de sa pensee et de sa langue
-(1) Goethe: Cite par Barres dans "L'angoisse de Pascal" page 7.
(2) Bedier et Hazard: La litterature frangaise, Edition 1948,
Tome I, page 382 •
Trang 241a double raison suiv2:.l1 te h~r~1fOU05~ealisable par
Pascal de nature exceptionnellement sensible et qui pensepar sentiment, se trahit exactement dans ses ecrits "Pas d'ecrivai!l
a dit G Lanson parlant de Pascal, qui soit plus engage dans seslivres de toute sa personne et de toutes les parties de son huma-nite" (1) C'est l'ame fremissante de Pascal qui revit dans lesPensees avec toutes ses emotions, ses l~~ieres et ses ombres
Comme un Anatole France qui evoque l'ombre du Petit Chose,nous revoyons un Pascal qui s'emerveille religieusement dans lacontemplation de l'univers, qui s'indigne et s'irrite violemmentdevant l'absurdite monstrueuse de la condition humaine, qui s'elance,
a la poursuite de la verite avec l'ebranlement de tout son etre •••Cette image affective et intellectuelle de Pascal, nous ne pouvons
la revoir dans sa realite puissante qu'avec Ie vocabulaire de
Pascal lui-meme o~ ce poete se prend en entier
En second lieu, l'art d'ecrire de Pascal etant con9ucomme l'expression sincere de la pensee, son vocabulaire constitueprecisement Ie moyen Ie plus efficace pour nous rendre son moi in~··
time Cet art s'accorde avec Ie temperament et l'instinct de vain Selon la Rhetorique de Pascal, Ie beau style est simplementl'heureux vehicule de la pensee que ce style exprime, et l'eloquence
consiste a reproduire Ie mouvement interieur de la pensee De la,
on peut capter ce "jaillissement perpetuel" du moi emotif de cal par l'analyse et la remise en place de son vocabulaire Pascal
Pas-a, d'autre part, Ie don d'employer Ie vocabulaire emotif et imagequi se developpe autour des leitmotive, des mots inspirateurs etguides de la pensee Son genie du rythme et de la metaphore puis-sante et son sens dramatique font naitre la vision des choses
Toutes ces qualites speciales du style nous permettront de realiser
la reproduction fidele de la spiritualite pascalienne avec gese des textes par Ie vocabulaire
l'exe-Avec ces donnees, il nous est possible maintenant fectuer un travail utile Nous analyserons
d'ef-(1) Bedier et Hazard : "La li ttera ture frl~~~~~~~~ge
Trang 25des Pensees et Ie grouperons autour des idees directrices ou desimages maitresses qui constitueront les themes de la pensee pas-calienne Nous comparerons finalement les resultats obtenus : les
la balance La position finale nous autorisera a conclure ala
predominance de l'un de ces deux aspects sur l'autre : pessimisme
ble du nombre tres restreint de dictionnaires et de lexiques que
,
nous avions a notre disposition
Nous faisons usage pour notre travail d'exegese, de tion des Pensees de Leon Brunschvicg Les citations de texte ren-voient aux numeros des pensees contenues dans cette edition
l'edi-La raison de notre choix porte sur l'edition de
Brunsch-,
vicg est que celle-ci se prete Ie mieux a une etude classique avec
la clarte de ses analyses, la logique de sa disposition interieure,
la riche documentation apportee par les notes qui y sont jointes,
et cela malgre notre tentation d'utiliser l'edition de Louis Lafumaqui, a~~ yeux des critiques modernes, parait posseder Ie classement
Ie plus proche du plan authentique de Pascal Par ailleurs, l'etudeobjective des Pensees, telle qu'elle est presentee dans notre solu-tion, conserve l'avantage d'etre indepcndant de tout choix, les
resultats auxquels elle doit aboutir etant toujours les memes,
parce qu'ils sont la reconstitution de la realite objective
Trang 26vocabulaire Au pr~sent chapitre, nous procedons a la mise en
pratique de cette solution
Le vocabulaire des Pensees est analyse et groupe autou:'des idees centrales, sous la for~e de the~es L'alizne~ent de cesthemes permettra la reconstitution objective de la spiritualitepascalienne Les,images maitresscs seront interpretees aux finsd'une comprehension complete
Les resultats de nos analyses noussement des themes obtenus, sur trois plans
du desespoir sera mis en parallele avec Ie theme oppose qui lui correspond dans Ie vocabulaire de la joie Cette disposition per-mettra de saisir immediatement les deux aspects altcrnatifs de
llame pascalienne : pC3simisme et optimisme •
Voici Ie plan ;eneral de notre developpement qui fectue sur le parallelc indiqu9 :
s'ef-L'horu~e enferme dans Ie temps
La verite
Trang 27Le dego~t, l'ennui
Le mepris de soi
L'ascetisme.
Chaos et desordre
L'ecoulement~deset le lfiensonge choses
Le mal sur terre
La victoire sur les tenebrespar la Redemption et la Gr~ce
C'est le developpement de ces themes majeurs en leursdet2l.ils qui consti tuera notre "demonstration;! par lc vocabulair~.
1e vocabulaire du desespoir met en SC2ne l'ho~~e sansDieu dans son affrecse condition de captif et de creature frustee.Par contre le vocabulaire de la ~oie donne l'image de l'hoTilllle avecDieu, releve de S8. misere, cOLscient de son bOllJ1sur et de sa 2;randeur
La pei11ture de la co,h:"i'cion l'"unail1e i:s.r :;:;:scal prend le sens d 'uneposition plystique : "Fui-;; obsc'vIT", secheresse, abar.clon, puis illu-mination, envol de l'~Ee, o0818ur en ~ieu.
( a)
Trang 28Pascal s'evertue amontrer la petitesse, l'ephemerite
et la contingence de l'homme sans Dieu
Tout d'abord "l'hoIllille est un neant a l'egard de l'infini,
,
un tout a l ' egard du neant, un milieu entre rien et tout" Dans
cette position, Ilho~e con~oit naturellement sa petitesse al'egard
de l'univers, et en presence de Dieu Une profusion de termes prime de fayon 161 plus convaincante l'insignifiance de 1'~tre humain
ex Petitesse (6 fOis) ex petit (4 fois) : "Le petit espaceque je remplis.~o1me dans l'infinie immensite des es-paces, (pensee 205)
- Ver de terre (2 fois) (434, 530)
- Imperceptible: notre corps imperceptible dans lesein de tout (72)
Ator.:e : des infinites qui m' enferment comme un atome(194)
En second lieu, l'ho~~e s'effraie de voir 1a trop breveduree de sa vie !
Duree infime de notre vie (72)
- Etres termines (121)
- Dne ombre qui ne dure 9u'un instant (194)
- Ce peu de temps qui mlest donne a vivre (194)
- La petite duree de rna vie absrirbee dans lleternite (201)
- Creatures passageres (479)
- Cette vie n'est qu'un instant (331)
- La vie • qui est la chose la plus fragile (213).
La repetition dramatique de cette formule de la fragilite sembleobseder au plus haut point l'~e du chretien dans son aspiration
Trang 29vers l'infini et le sta.ble •
raison d'~tre dans l'uLivers; il n'est fa.it pour aucune cause Sa
presence est absurde.:
Je ne sais qui m'a mis au monde, ni ce que c'est que
le monde, ni ~ue moi-m~me (194)
- J€l 1l~ sai_s c~_<L~_Cest Jr.-le rr,on corps, aue rQ.es sens,que mOL ~e et cette partie m~me de moi qui pense ceque 1e dis, qui fait reflexion sur tout et sur elle-
lIl~me et ne_se cO{lnal.:LB.9_tl.2.1us ol,'.e le reste
- Je ne sais d'ou i~ viens, je ne sais ou je vais (194)
- Pou~~oi je suis plut~t place_en ce lieu gu'en una'.ltre ? (194)
- Pour~oi C8 pe'.l_cL~ tem~~s gui ill I est donj.12 j._yivre (194)
- Je m'effraie et m'4to~I~de me voir ici plutet que la,car il n 2~ R9int sJ._e rat§ on pourquoi ici plutM que
la, pourquoi ~ rr~sen~ plutet que lors (205)
- ~~li lli'y ::;'_~i3 ? (205)
- Par l 'ordrL~<;]lh £~lieu et ce temps a-:t-il_etedest.; ne ~.~noi ? (205)
- ?our.: 9-u.:.9i_~~::-_~ O[~~~i_S3~~2_~_~3_-C e:-l_~_~ ~J.o.l:l1~e t)
Ciuel)e_r:.:':~t~.QT: & eu~ lo._.£=-'?-t~r~_<l~ Il~ 1& donn.er telle,
et ae choisir « ~ :"O},lJr~ r:·ll.:o_e :t_qil'un_aulr.:.~_<ians
1 'infini des~uels, il n'y a C)<:;El_Ll~C?. de ro.ison dechoisir l'~n gue 1 'autre (208)
- Je sens que j e PUiS.Q'_3voir l2 <2.int et.§, car le moiCOiisiste dans ;:;a penseei ioS,,-c moi gui pense nIauraispoint Eite, si ma mere e~t Eite tuee avant gue j'eusseEitEi animej donc ie ne suis pas un ~tre recessClire
Trang 30Pascal aboutit ainsi a la plus pessimiste image de l'!10!IlIl1e en
proie au mal definitif
La repetition inlassable et haletante des interrogatifs
"Pourquoi" "Qui"_ " des termes de npgation "-;e ne sais" des termes~ oJ ,
marquant la stupeur ".je m'effraie", ".je m'.§tonne" posent le bleme angoissant de la destinee Pascal aCCUIDu~e un vocabulaire
pro-de tension tragique 11 realise une vision lDIDineuse de l'hommeaveugle s'.§garant au milieu de l'univers muet, enveloppe dans'lesimpenetrables obscurites du ~ystere •
Mais si l'honme se ressent comme un ~tre p~tit, ephemere
et contingent, par contre il est conscient de sa grandeur, grandeur
d'U-.1'l "roi depossede" :
instinct de grandeur qui l'eleve et qu'il ne saurait reprimer
,
Cette puissance affaib1ie UU pre~ier homme tend a revenir
a sa plenitude •
Trang 31sa dignite et tout son merite (146)
L'ho!illlle n'est qU'Ull roseau, le plus faible de la nature,
- La grandeur de l ' hOilli,18 est gr&nde eil c e 91.1' i l se
- Toute 10 dignite de 1 'homme consiste en la pensee(365)
- Par l'espCice, l'univers me comprend et m'e:1g1outit
- La pensee est une chose admirable et incomparable •••
~Jous avons U~le si grande idee de l ' ~.Dle de l ' homme que
- 1~c::Y',-.nd6ur c:.e l ' lloffine eST si yi::;i·,Jle 'T~ I elle se tire
est ~i8?r8.ole : 11 est done
Depositaire du vrai ••• gloire •• de l'univers (72)
Trang 321e mot "grandeur" est repete 58 fois, Ie mot "grand" 18fois •
2) I 1a grandeur de l'hommE: par 1 'instinct /
~algre 1& vue de toutes nos ~issres ~ui noua touchentqUi nous tiennent a1~ gorge, DOUS avons un instinct q~~us ne2.0uvons ctf-ri::ter, C!u:L~_eleve (411)
- lIs ont un av.tre in.st i net secret aui reste de 1& deur de notre pre~icre nature (139)
gran S'elever dans Ie se:,tiJilent intCirieur Qui leur reste deleur grandeur passee (435)
/ Terr-D.es qui marqueet la grandeur de 1 'homIne en Dieu /
- Voler ~lu3 haut
- 1evez vos yeux vers Di8U
- Eleve au des sus de la na~ure - elle (la religtonchretienne) r§leve j-c1.squIala parti::;ipation de la di vinite m~me
- Excellence (5 fois) Caractere ineff&cable lenee (435)
d'excel HauteD~ d'~e cnretienne
- Dignite Digne (5 fois)Homme rendu sembla81e aDi~
- ?articipant de sa divinite
releve l'nomme apre3 lui ",voir ffion-+:re 3d "'JaSSE:8Se et s'} misere
l ' aut eur des PenE-eBS amalgame ici les clescrip-cions d.e [\';ontaigne
et d'~pictete dor~ il va tirer UDe vue qui est SieCLE: ~ais sur
le pl&n de l'apologie, l'homme averti ae sa ~randeur, co~e phe sur sa bassesse, sera mis en position de tracscendailce
triom-1e vQcabulaire de la grandeur de l'homme s'oppose au
Trang 33theme de "121 petitesse, 'i6 l'ephe;nerite et de la contingence del'hornme" •
(b)
Cependant em des aspects les plus lugubres du sort del'homme sans Dieu chez P",sc21, c' est 'lc1 ~touffalit sentimec.t decaptivite :
Pascal a 121 visioli de I'homme capt if Condarnne et suivi par Sa destinee, il est perpetuellement attache, enferme,enchatne dans sa prison terrestre :
pour-Je ne vsis que des infinites de toutes parts quim'enferment comme un atoffie (194)
- ,Ie me trouve attach~ aun coin de cette vaste etendue
(194 )
- Ce petit cacnot ou il 86 trouve loge (194)
jor;ne (200)
Ceux qui sont dans les chair.es (726)
Qu'on s'imagine ~n nornbre d'hommes dans les chaines et
tous condarnnes a ffiort, dont les uns etant chaque jour egorges a
121 vue des 2utres, ceux qui ~estent voien~ leu~ propre conditiondans celIe de leurs semblables et se regardant les uns les aut res
avec douleur et sans esperalice, attendent Cl lec'.r tour Voila
- Souffre les ch&1nes, (553)
- J'ai les m~ins li§es et l~ ~ouche muette (233)
Ceux qui ont ete lies (233)
- Abime uans l'infinie ilillllensi te des espaces quej'ignore (205)
Trang 34- 11e deserte et effroyable (ou on aur",it "trb.nsporte
- Transoortee et c8ptive (726)
(458)
- Esclavage : Sortir de l'esclavage da diable (519)
- Joug
L'ima~e du captif infiniment petit, enferme dans une
de toutes parts qui :n'enferment CO&Je un atome), est revelatrice
,
l'univers •
,
"~e me tro').ve attache a an coin de cette vaste etendue"
partie de l'univers"
l'evasion,-est eminemment suggl'evasion,-estive de sa captivite effrayante et de sa
Trang 35"
condamnation a la mort fatale
C'est un cauchemar susceptible d'emouvoir le plus ferent des hurnains •
indif-Mais avec la gr~ce divilie, il sera lib ere de ses cha1nespar les mains du Redempteur
LA DE1IVRAi'ifCE DE L 'HOb-TiE
La captivite est le sort de l'homme; il ne pourra en ~tre
"
delivre qu'avec 1& grace divine Sa liberte reconquise le rendra a
la vraie vie C'est Ie cri du triomphe de l'homme avec Dieu
Le vocabulaire et Ie style bibliques de Pascal, sent un effet de douce allegresse :
produi Sortez eli liberte (parole de Dieu) (726) (Ie motliberte est repete 9 fois)
- La verite les (les disciples) rendra libres (519)
- Les chretiens sont des enfants libres (671)(le mot libre est repete 11 fois)
Je suis Ie 3eigne~r Ton sGuveur (726)
- II (Jesus Christ) me sauvra en se sauvant (553)(sauver repete 7 fois)
Redempteur (18 fOis) - Redemntion (19 fois)
Trang 36IIJe tends les bras a mon liberateur", (737) : Clest uneimage double : du Souveur qUi vient enl6ver les chaines du captif,
et du captif qUi s'elance dans les bras du Sauveur ~lle est tressuggestive d'amour et de ferveur •
La notion de liberte rachet~e chez le JQnssniste est unenotion de gr~ce accord-§e "A l'8.b301~e lioert~ de l'hoill.W.e soutenuepar les J-§sui tes, les J<:tnser.istes op~osent :u.l t oute puissance de
10 v010l,-ts celeste" I',Slu L1iJ.i a::"::"ive :iU ci81 ps-r 1< voie des rites et des verius chreiiennes, et avec 10 gr~ce de Disu, doit
me-done se trouver dans 10 supr~me felicite
Pascal s'indigne, s'irrite jusqu'a 1 'exasperation devant
10 bizarrerie et l'absurdite de 10 condition humaine
-un monstre incompr~hensible (420) - voila un etrange monstre (406)quel lllonstre ? (434) - l"lonstrueux (3 fois) : chose monstrueuse (194)confusion'monsirueuse (435)
- Prodige (2 fois) : guel prodige ! (434),- autre prodige
Trang 37aussi etonnant (72) - prodigieux (3 foi3)
- Etrange (12 fois) : etrange insensibilit~,- et~ngerenversement,- etrange monstre,- chose etrange,- ~trange egarement,-etrangement •
- Extravagance (2 fois) extraveganc (4 iois) -
extrdva-~ (2 iois) - ~<i.Uxtr~y'agaQ.te Cr2&ture (194)
- Bizarrerie (2 fOis) - bizarre (4 fois)
- Paradoxe : guel paradoxe VOl~S ~tes ~ vous-m~me (434)
- Cor,trarie (9 lois) - eor:tndietion (11 ::Oi8) 91.'.el 3ujet
de contradiction? (434)
- iantCtisie (7 lOiS)
- :iingulier
,
Avec ce vocabulaire emotif nourri, a ~pith~te8 virulentes,
il rend un desenchantement et une stupeur d'~e inouis qui vont
saisir le libertin au plus fort de son ie-:;eri~u.r. l ' emotion lyrique
de Pascal le fait poete C'est un poete elev8 et sincere ~ui prendardemment parti •
Trang 38de mutilation II sent dans son exi.l so ::10ble8:3e en peril :
1'hojjJ.lle dechu, par son peche, de son innoceYlce premiere,connalt une frv.st8.tion, une mutilation de 3;:;' grandeur et de so
s'egare en recherchant 10 verite et 1e bOYL.'J.eur II est tombe,
destitue de sa place au ciel qu'il cnerche vainement et avec etude sur terre Dans cet etat d'exil, il conserve instinctivement
inqui-le souvenir de son ancienne gloire C'est une nobinqui-lesse en peril
" "
centraux de son dpologetique par lesquels, il prouve la nature
biblique
tOill'-oe de p1lA.s :llailt (410 et 418) II [;3, vis:.tle:;':l8Lt t0~c:i de son
chute (726) I1s ne rouvaient 2voir out1ie leu:!:' criation et le1.1Tc;1Ute (644)
Trang 39travers les Pensees semble perpetuer Ie souvenir d'J "roi depossede"
(504) ~rivation eternelle (559),- ~riva-cion du tien (430) - Drive
- rtOS8:,t-, :)ensar:.,t Ie -:)1 1 10';; fdi":18 de la ,E,ture (347)
- l'j~l~e 3er~i~ G~core plus 2~tle q~G se ~ui Ie tue
qui nuus eleve (411)
~fi~itlie qui cDerche ~ 8e r~18ver.
Tout cet abond6Lt vocaovldire peint mystiquement l'etat
Trang 40Pascal &ccurnule un vocabulaire de d.§sarroi moral etintellectuel :
(195)
- In.3ense