Or Celine a tout refuse, et les possibi- morale des hommes le desespere sans alterer pour autant sa, , , ,.. 4 En effet Celine a le tort de se servir sans pre-, caution du langage du coe
Trang 1de Louis Ferdinand CELINE
MEMOIRE PRESENTE PAR
LÂM · ·KIM • QUANG
Trang 2IlnÎME " ÉTUIES SUPÉRIEURES
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trt i 1 -'4) '
' Ll?3 ~ \L : T z4~
C _ H I 0 Ç" Ç
-MÉMOIRE P~SENTÉ PAR
"AM -KI - aUAMG ~, , ' :"";; :i ,
, ' J ' ~. _ , , " •.:G." "" "
-., ·t+
Trang 4essai sur "la mort do
,
a fait "une demarcho
Juillet 1961, Louis FerdinAnd Céline est
'"
mort, mais la malveillance et le mepris des hommes le
suivent même au dela de la vie : "Le cure de Me ud on refuse
de dire une prière sur sa tombe" C'est ainsi Cl ue se termine
Cependant cette injustice qui marque la vie de Ce-, ,line n'est pas une raison majeure qui nous a decide a pren-,. . , ,dre Celine comme objet de notre etude puisque Celine n'est
pas le seul ecrivain victime de l'injustice des hommes.,
,Cet ecrivain maudit que Robert Poulet considere , comme un phenomene de la litterature contemporaine, nous
de'voca-son travail, a ses oeuvres romanesques jusqu'au d~rnier
moment de sa vie Comment expliquer cette attitude ment paradoxale ?
apparem-Dominique de Roux, dans son'"
L.F Celine", remarque que celui-ci
inverse de celle de Rimbaud" (1)
(1) D de Roux, "La Mort de L.F Céline" rp 87- r •
Trang 5desespoir est
pl us legi timesqui vaut la
,fraternite
2
-Le caractere contradictoire de son comportementnous permet de comprendre que Céline entend par "~ocation
littéraire'; le désir de still ustrer dans la carrière des
lettres.' Ce qui signifie que la f.l oi r e qu'il connaît, il ne
l'a pas recherchee Ce qui signifie aussi que, maIgre son
manque de "vocation littéraire", Céline est pleinement
de lê culpabilité, de la responsabilit~ (l)r
Nous devons donc nous mettre en garde contre toute,.
interpretation un ,pe u hâtive de ses oeuvres
La deuxième raison qui motive notre choix ne
Celine est un homme Qui redoute la solitude S'il
a dit "Chacun sa vie Chacun son rôle ••• ChAcun sa
mort~ '( 2 ) ~ il faut feconnaître que cette vérité que lui
ne revienne plus, que notre maison di'paraisse" (3).
(1)
( 2)
(3)
R.Poulet·, " Erit'.f8rJl' avee
Voy" élU b9ut de la nuit,
~iort 8 Credit " JY.9
,LoF'0 Celine" p.75
po 92
Trang 6Comment se fait-il qu'un homme qui s'emeut
cerement de la mort d'un être humain, soit considere comme
un ennemi des hommes? Quelle est la vraie cause de
l'in-,
comprehension radicale dont il est l'objet?,
Si Celine deteste vrAiment les hommes, il gar d er a
le silence pour ne pas attirer de si graves ennuis S'il
,est vraiment egọste et veut gỏter une vie paisible, il
n'a qu'a se plier au conformisme sociAl, accepter ment son rơle de médecin de provinc e ~our, s'assurer d'unevie respeotable Or Celine a tout refuse, et les possibi-
morale des hommes le desespere sans alterer pour autant sa, , , ,
generosite: "Si les gens sont si mechant s, c'est peut-êtreseulement parce qu'ils souffrent" (1)
,Mais les gens se montrent moins genereux Ils le, ,maudissent et le persecutent Intolerants, ils le bannissent
(I) Voy au Qout de la nuit, p 78
(2) Preface a "Voyag~ au bout de la nui~~ p 11
(3) p Vandromme, "Celine", p 28
Trang 74
En effet Celine a le tort de se servir sans pre-,
caution du langage du coeur comme d'un bistouri pour
ope-rer les blessures morales et sentimentales des hommes.,
Les hommes en souffrent et pRr une reaction
s'interesse par t i cul i er eme nt a l'homme, dans son
inte-gralité, dans sa misère et sa grandeur C'est ce'~onds
sensible" que nous essaf er-ons de retrouver dans notre
dans la mesure du possible
Mais le devoir de l'homme varie suivant la tion de chacun dans la vie Et dAns les moments ou la so~
Trang 8Le devoi r de Céline e st de débl;:ryer
l e s rui ne s de l a soc i et e de son e Do ~ u e QUAnt A
l , édi fi CAtio n d'une nouvell e soci été , el l e serA
l' o e uv r e d 'Aut res hommes, des 2"énérAt ions f utur es
Ce mat i er de fossoyeur d'une enoque ne l ui p l~ î t
pAS , pourtant il f a ut ~u' il s 'y dévoue En guise
de r ec onn ai ssAnc e, on l e pers~cute L'ingr atit ude
l a mis ~re il s'en fout de com~ren dre tout y
arri ve au coeur droit l nature l (1 )
,
Nous t Âchero ns donc, dAns not re et ude , de
rechercher sous son l An~a ~ e ordur ier , l es sent iment s
si ncè re s de cett e âme SAine et bienvei ll Ant e CAr
s ' i l agi t e l A coupe de l a vi e c' es t pour nous faire
Ape r cevo ir que notre vie n' e st pAS SAi ne
,
(1) Fe er i e pour une aut re f ois, p 64
Trang 9- 6 _
CHAPITRE l
l 't VOLUTION DU DÉSESPOIR DANS "VOYAGE AU BOUT DE LA NUIT "
Nombre ux sont ceux oui ont repr oché à Louis-F e rdin~nd
C~l i ne d' Avoi r f ~ it une pei nt ur e trop somb r e et pAr f oi s même
deses per ee de l'h umnnite Cert rlins conside r ent flue l e desespo i:
exprime dAns "VoYrlge R U bout de l ~ nuit" est 1 8 conse quenc e d'Vi
t empérament mal Rdif Tel es t l e poi nt de vue de Pierre Henri
D'Autres tie nnent cette vision du monde inutil e pour
l'!3rt aus s i bien que pour 1 "1 morale :: " Toute m or~ le et tout
degỏt 9. pnrt, ecr i t GONZ AGUE TRUC, on sent l e vice init i ql
d'une t ell e conception, d'une t ell e pr ése nt at ion du monde •••
Que ce soit· IR experi enc e, chose vecue, ou systeme, peut-on enespérer quel que profit pour l'ar-t , et l 'art, si mplem ent y trou-'ver ~-t-il, comme nous le cherchions une mnt iè re ?
Le livre r~pond et semble r~pondre : Non Au milieu de
tant d'ordures, pnrmi ce pays ng e souillé, sans soleil et sans
per s pe ct i v e , l e pat hetique et l a pi ti e nAturel lement 8ppeles
ne savent même t rouv er plAce et l e derni er mot reste toujours
à cette m6me ' ·aD.je~tioil.V (2)
gu-ment s suivants :
Si l'etud e du t emp erame nt d'un auteur est nec ess Aire a
l a compréh ension de ses oeuv r es, il ne nous est pRS permis deformuler d' une Taçon trop cat eg or-t que notre jug ement sans t enircompte de l'opinion de l 'aut e ur sur lui-m~m e. Or V0 1Cl ce queC;line a d~clar~ à Rober t Poulet: " Le monde est drơle, l n mor t
es t drơle, et qut'au fond je suis gat " (3).
,
(1)- P.H Simon, "Hi st de l a Idt t er-at ur-e du XXe S.",tome II ,
p.B5 '
( 2)- GONZAG UE TRUC, "Como edL a'" , 3 1 Octobre 19 3 2.
(3)- Robert Poulet "Entreti ens f:vnilie r s ,"v e c L.F.Céline_,p.99
Trang 10C'est sa réponse indirecte â tous ceux qui l'on~ Accus é
d'~tre maladivement pessimiste
Marc HANREZ se range ous s i du côté de Céline
qu'il ecrit~ " L'oeuvre de Louis - Ferdinnnd Celinü··.C'est
l A fresque impitoYAble d'un monde en décomposition peinte par
un homme Absolument sain" (1) Cela veut dire que Céline est
un écrivain du désespoir et non un écrivRin désespéré
QUAnt au reproche de GONZAGUE TRUC, nous pouvons Yrépliquer ou'il ne suffit pAS de reindre la vie plus belle
qu'elle ne l'est en realite pour l'ameliorer L'oeuvre de line n'est pAS celle d'un mornliste bien qu'il Ait une inten-tion morAle C'est même À CAuse de cette intention mor~le queCéline cherche; ne "sAisir de l'existence Clue ce qu'il peut
Ce-Y avoir de sordide, d'infAme et ~ situer tout l'homme dAns cc
outil y a dans l'homme de plus degr-ade" (2) D'Ailleurs
n'est-ce PAS p8r lA reconnaiss1nn'est-ce sincère de l A nnture humAine quecommence toute vie morAle authentique ?
D'autre part pourquoi ne veut-on pas reconnaître que ledésespoir est devenu un des thèmes les plus importAnts de l n
litterature de notre epoque ?, Il Y a, pAr exemple, plus d'un,
point commun entre l a pensee de Celine et celle d'un Camus,d'un Sgrtre, ou d'un Henry Miller
A- Conversntion entre Bardamu et Arthur Ganate ou LE PESSnnSl·1E
du d~but (J).
Le roman débute pAr une attaque de BardAmu contre tout
un édifice de valeurs trAditionneDes • Successivement, les
différents idéAUX de l'humanité comme la Race, ln Patrie,
l'Amour, sont noy~s dans un déluge de mots orduriers
qu'em-porte une verve truculente • BArdamu A tout brisé Néanmoinsnous pouvons penser qu'il s'Agit simplement d'une plnisnn-
terie p~rce que le ton n'est pAS sérieux
MAis que cette convers1tion soit une plAisanterie ou
,
une prophetie, nous pouvons Y voir l'indice d'une Ame ardente
(1)- Marc - H:;nrel!:,lCéline", p.'14
(2)- GONZAGUE TRUC, "Comoedin",3I - Oct 1932
_ L3J _il OVAtr P. AlI hl'lllt. np 1" nuit, pp.I3 _ 16
Trang 11- 8 - . ,
et complexe riche de sentiments contr-adi ct of.r-as, ou La bonte
se fond dAns 19 jovialité et ó l' ~ rd eur de l n jeune ss e cơtoie
le pessimisme
Cette court e convers1tion nous rév èle <lus s i Que Ba rd nmu
est un homme ~ ui est tout ~ ses impressio ns du momen t : À peinea-t-il contredit son ami Arthur Ganate qu'il che rch e aus s i t 6t
en horreur et qUi, pour trouver de l'apaisem ent; ses ments n'hésite pas; se l ~ncer dnns l'action, peut-être dnns
tour-l'espoir Que l a vic démentirnit sa vision npocnl y pt i nue du
monde C'est pour cot te r<lison 0u ' i l s'engnge Ave c ent h
P 9S ab s ol ume nt tout ce au ' i l dit pArc e Qu'il lui manque encore
de l'expérience et pArc e que l a vérité de l a vie ne pourrait
être s ~isi e que par l 'action et non pAr lA discussion
Donc, en ce début, le pessimisme de Bardamu reste encorp
à l'étAt de concept et il ne l'a p<lS pleinement ressenti Un
,espoir secr et ne cesse d'animer son Rme puisqu'il f aut espererpour pouvoir ag i r et surtout pour se lancer dans la recherche
B- La guerre ou le sentiment d'ANGOISSE (1)
1- La vie au front ou l a PEUR (2)
VOYAge ;:lU bout de l ~ nuit, pp 17 - 113
Trang 12Dès son premier cont~ct Avec lA guerre, Bnrdamu
reconn~ỵt d'emblée l'absurdité foncière de celle-ci: " lA
guerre en somme c'ét~it tout ce qu'on ne comprêna1t~~ak~11).
Elle est pour lui, une sorte de fête sanglante d~ns l~quellechacun sera 8 son tour, b?-te de sacrifice Partout ó l'on
porte ses yeux, on ne voit que m8SSAcres et ~ill1ges. Partout
ou l'on va on dev~ne lA mysterieuse presence de la mort CAr
ce n'est pas sur les champs de bAtaille que les valeurs
hu-maines sont observées et la dignité humAine respectée Tout
ce qu'on peut y voir, ce sont des morts, des ruines, de l~
chair humaine en bouillie et du snng
Perdu AU milieu de ce d~lire de destruction, Bar-darnu
completement desoriente, scrute les tenebres du present pourchercher une lumci.êre de l'avenir, mais "18 première lumière
qu'on verrait ce serait celle du coup de fusil de 1:::1 fin" (2) •
La guerre est donc l'ima~e de l'homme en agonie, de
l'humanité en délire Et ce délire n'est pas près de toucher
À sa fin
Bardamu qui juge tout suivant la logique des sentiments,comprend mal, "cette folie du masaacr-e'", Inquiet, il se demande:
"Combien de temps faudrait-il qu'il dure leur d~lire, pour
qu'ils s'arrêtent ~puis~s enfin, ces monstres? Combien de
temps un accès comme celui-ci peut-il bien durer ? Des mois ?
Des Annees? Combien? Peut-être jusqu'a la mort de tout le
monde, de tous les fous? Jusqu'au dernier 1" (3). Ce sont l~autant de questions que sOlllèvent ~ la fois son horreur de
,
la guerre et sa colera devant 11 violence aveugle des hommes
La guerre n'est pas un catalyseur de l'espoir mais de ln peur,
de la haine et du m~pris Elle ne stimule ni la compréhension
ni même la solidarité entre les combattants d'un même camp
Elle est simplement une occasion permettant AUX hommes
de s'abandonner librement à leur cruauté et à leur malveillance
t-(l). Voyage au bout de la nuit, p 17
Trang 13la
-•Contrairement ~ ce que l'on pourrnit croire, IR guerre, A U
lieu d'engager l'homme dAns les intérêts de sa pAtri e, le
d~gnge de toutes respons ~bilités personnell es puisqu'àle luipermet de prendre cette liberté de hnlr et do m ~priser ses
semblAbl es
/ /
C'est Ainsi que nous voyons l e gener11 des Entrnyes,
ce chef d'Et3t-M3jor se soucier uniquement de son confort etqui envoie délibérément ses sol.dat s ~ l a mort : " Il sembLai.t
préférer p"lr-dessus tout ses b onnos :ü s e s Il Y pens-n t mêmeS3ns arrêt ; ses ai s e s et bien que nous fussions occupés ~
bRttre en retrAite depuis plus d'un mois, il eng ue ulAi t tout
le monde qUAnd même si son ordonnanc e ne lui trouvait pas dèsl'arrivée; l,étape, dAns chAque nouveau c'1ntonnement, un lit
bien propre et une cuisine R mena g ~e ~ l n mod~rne"(l).
Et c'est aus s i pour cette raison Que nous voyons le
Capitaine ORTOLAN et le lieutenant SAINTE-ENGENCE se réjouir
de tuer leurs ennemis pour leur se.ul, pL1isir s ad.i cuet "Il
collAborAit Av e c l A mort On aura i t pu jurer qu'elle avnit
un cont.r-at. sv e c le capdt ndne Or-to.Lnn"(2) C'est ce que DenseBardamu a propos d'Ortolan
Ainsi débute le règne de l'injustice et de I R terreur,
le r8gne des instincts meurtriers Et chAcun, perdu dAns cettehumanit~ qui s'en v~ ~ 11 mort, forme un îlot SAns communica-
tion avec le reste du monde
Dans cette atmosphère suffocante de haine, de mépris
et de peur, l'homme se meurt L'oxygène·ne suffit pas pour tretenir l él voie humaine Il est nécessaf r-e seulement pour notr ;.or.gan~que a~ors que nptre vie •
en-v~e7 sPlrituelle reclame cet A U~ re oxygene que sont les bonssentiments, l 'amour et l 'Affection MAi s chaque chose A sontemps et ces scntIment s sont bien refoulés dons le passé
Maintenant l es d~tonAtions ont chass~ les gRrdiens de la bont~
et reveille l es demons de l'Âme La vie se reduit À une marche
precipitee vers l'AneAntissement Elle frele l ~ mort
(1)- Voyage au bout de 113 nuit, p 27
Trang 14en m€me t emps qu 'el l e ~ c c us e 1"1 t end ~nc e des hommes ~ l ~
résignRt ion Cet t e découverte de l A guer e rédu i t ~ bien
peu de ch ose l'e spoir de B ~rd "1 mu Ce out l souhAite m'-1i nte
-n ant , c t est une "pet i t e prison pénèr(; ••• o ù l e s bal Les ne
p assent; p ns 1 N e p assent j:Jm.'"!i s" (3) •
.
Ln c n p a b'Ie de p-i r-t Lci.per- .~ cett e "f ol i E: du mASS PlCre" ,
fui r l a guer re ou t out ~ u moins de qui tter l e front pnr
n' imp or te quel moyen Il ~ l ' i nt ent i on de s,e r endre n u x ,
Al l emRnds C' est l e premier aspe ct de sn rev ol te, une re
-volte Qui en es t en c ore P. S '1 phRse négRtive et nui se trn
-duit simplement pnr un refus de coll'1borntion A ce mome nt
,
decisif , il renco nt re Robins on, un pRrs on nA ge secondî ire pAr
son rôl e d~ns l e récit mp.is importAnt nunnt Bs n signi f i cA
-tion pAr ce outil i n CArne un îut re Aspect de Bnrdîmu Rob in
son es t un BPlrdamu dopoui l l e de tous scrupul es Tous deux,
p A r des moyens qui l eur sont propres , ont ncc ompl i l e même
,
voyag e, suiv i l e même i t i nerAir e pour se ret r ouv e, r en fin
de compt e A U m€me endroit Tous de ux ont e s s l ~ e l es mêmes
Trang 15- 12
-rest e t ouj ours sensib l e aux mAUX d ' ~utrui ~ l o r s que Robins on
a bi e n perdu et sa sensibi li té et SA mAuV Aise conscience
Le premier se content e de rumine r son Ame rt ume t~n dis que
l e second se plaît À cr ~c h er l A sienne SUr l es Aut res Laprésence pres que t ouj our s inAtt endue de Robins on constitue
une sort e de hAnti se pour Bar damu Elle est nour l ui un
r-ap p eL const ant de 1 <:1 ré:üité de L a vie e" D (~ 1 2 rencontrer
à nouveau , Robins on , Ç A m ' ~ va it donc donn é un coup et commeune esryè CG de m:ü:'Jdie q\Ii me r- e p r ena i t •
Av"'c s » gueu l e tout e borb oui Lle de peine, Ç A me f,ü
-SAi t comme un SAle rêve outi l mn ra mennit et dont je n' ~rri
VAis pas ~ me d ~livr e r depuis trop d' Ann ~ e s d ~j ~" (Il
Tor-tur~s n~r l A m~me peur , cell e d'être t ués pour une CAuse
Abs urde, pous sés p a r- l e même d~sir, cal uâ de "SAuver l e urs
rencontre des A ll em ~nds pour sc f~ ir e pr i s onnie rs Mais l esAllemAnds ne sont pAS encore l ~. Bien méconte nt s , ils se
qui tt ent pour r e pre~ chncu n son ch emin de l A guerr e
II-LA VIE A L'ARRIERE OU LA NAISSANC= DE L' ANGOIS SE( 2 )
- '
Il arr ive pArfois que l e mAl heur A son bon cote
co mme cett e blessur e que B ar-d nmu A reçue (: t Qui l ui permet
de quitter A U pet i t bonh e ur l e front
A l 'Ar ri ère, il est vrAi Que l e s p~ct Ac l e des effu sions de sAnr, lui est épAr gnp mAi s l A vie n'y est p~ s meil-
-l eure pour au t~ nt L'Arri ère c'est l A guerre vue de profil
Mai s de prof i l , el l e n'es t p ~s moins hideuse que de fAc e.PArtout on ne rencont r e que le même regAr d hnineux, l e même
plai s i r de persécutio n L A m a lv ei ll ~n ce et 18 cr UAut é des
hommes reste nt t ouj ours viVAces Les rel ntion s humAi ne s d
e-me ure nt impossibl es ~ CAuse de l~ guerre : "i l y AVAit I R
Trang 16
C'est même A l' ~rrier e ou'on voit n3ttement l~
corruption des v~leurs morAles et sentimp.nt~les LA
dé-sillusion s t enr-acd ne dans l'::ime de tout le monde Il n'y r ,
ni espoir, ni foi La croYAnce en ln sincérité des ments est dissoute prlr le mensonge.. L es mouvnd s.es inten-,
senti-tians se ca cherrt sous 1::) bonte vcr-ba Lc, Le cơte theÂtr,<ü
de lA guerre devient trop visible et ; force d'~tre trop
visible, il devient ridicule: " le ridicule de notre
,
•faisais dans ln ville Une roublnrdise immense s'etnlnit
par-t out " (1).
Bnr-dnmu est a mene a douter et des hommes et de leurs
1
sentiments Il vit, entoure de mcnsonz os : •.• "tout ce qu'on
lis~it, '1vnlnit, ndmirnit, proclnmnit, réfutnit, défendnit,
tout cela n tet ai t que fnntơmes h a i.n oux , t.ruquag es , mascar-o -des"(Z) •
.-Cet étnt d'Rme influenc e d'une f8çon déSAstreuse l~
vie mentAle de Bnrdnmu Il lui nrriv8 de ne nlus croire nu
, .bonheur considere desormnis co~me une sorte de divngntion
linison tempornire,s nns gAges, ni promesses En effet, lelien Qui unit Lo13 et BnrdAmu n'est D 'lS d'ordre sentimentAl
ou spirituel C'est p~r n~cessit~ qu'elle tol~re ln pr~sence
de Bnrdnmu Elle n grossi Elle n donc besoin de lui pourgỏter les beignets ,; sn p.la cer " ••• Nos r-eLatLons eussent
" ' , ,
ete tres mennceas, si nu m~me moment cette frivolD ne m'Avnitdécouvert saudnin une utilit~ sU1"'. ori"lure.. c0.11c! oui consis-tnit à goGter chaque mrrtJn les beignets r i s::] plo ce" (3).
LB vie FJ forc~ Bar-damu ~ (";venir rf.:üiste mRlgrélui Il ne veut plus être dup« des sentiments d' nutrui et
Trang 17- bies Je préférais ceux du corps, tout sâmpâ.emerrt•.I l f'aut;
s'en mefier enor-mement, du coeur, on me l' <"lv::d t "3Pl?ri s et
eomment 1 ; lq guerre 1 "(1)
seulement del ~ mort, mai s aus s d de l'hostilité des hommes
tOt-jours Son etAt s'aggrAv e de l ~ c on stn t ~ ti on que I 1nvenir necesse de reculer devant lui DI or s que lA distAnce entre 1"3vie et La mort ne cesse dû se reduire ?:!Ai nt e nnnt , outre La
Ave ni r lourd de menAces Son nng oi s sG est telle qu'~l d~re que "la meilleure des choses à fAire ••• , qU8nd on est
consi-dAns ce monde, c'est d'en sortir" (2)
corde, Bard Gmu perd son équilibre ment 81 On l e prend pour
un fou On le soigne ou plus eXActement on l'inCArcère dAns
un hơpât al, puisqu'â tout moment, il se sent guetté" par unpersonnel d'infirmiers sd.Le ncdeux et dot~s d'enormes oreilles"
(3) •
L'hơpitAl devient une sorte de t r-Lbunal, et l es décins, des juges dont l'unique fonction es t de déceler ceuxqui refusent de jouer l A com~di e hérọoue pour l es renvoyer
me-au- d evant de l a mort: "Tls lLes docteurs) pr-omenai.errt aut our
de nous dans des mines toujours af f abl es , notre condAmnation
 mort" (4).
•
L'homme vit dAns une At mos ph èr e de mefiAnce Le
dou-te est l e seul 81 ime nt de l 'Âme DAns l es rel ations. humAines,
lA sympAthie est le àernier lUXt que cert ~ins tolerent entreeux
En fnit, l~ vie es t pl us int en~ble. ~.l'?rri~re qu'a~
front Au front, certes,.on.vit dAns l A verite cruelle de l A
guerre, mAis c'est une verite supportable pArc e qu'on est
Trang 18hommes, l eur hnin e, l eur mnl vni l 11 nce , l eurs instincts m
dAns l e n ~nnt~ Sous l ~ pouss~d'un e t ell e Ang oi s se ,
Bnr-"
L ~ gu erre~ m" lgr~ sn violenc e et S A dur~e, ne tue
Trang 19.- 16
·-Bar-demu s'est trompé" puis que ç ne VAut guère mieux , Que
ce soit en Eur ope , en Afrique, OU 'plus t Ard en Amér i que , ilretrouve et retro uvera tou jours l A mê me nAtur e humAine
sordide Ave c tout es ses ignomi nies et ses bAss esses Il ne
.
suffit pAS de chAng er de climAt geogr Aphiq ue pour voir
l'hom-me s'Amélior er
1"l cr-uaut e, 1"1 l ;;-chet ~ et 1"'~goi sme ne sont pas des
produits exclusifs de 1<1 guerre.• L!3 nat-ur-e contribue pour
~ "
une l!3rge pArt a 1 13 deche 11nce phy siq ue et morAle
LB nAtu r e n' est pRS p8r es se nce une bonne nourrice
de l'homme) surtout lorsqu'il S'Agit de cette nAture S AU~
v!3ge de l'Afrique qui Al t èr e l ~ SAnt, é physique de l'homme à
cause de divers es m ~1 3dies qui y seviss ent D'Autr e part;
l "Afrique sap e Aus s i S3 constitution mor-a Le :: " Ainsi l es
rAres énergies qui échA ppA ient nu pnludisme, ÀlA soif; A U
soleil , se consum-d ent en ha.inea si mor-dant es , si insis
-t antes ,que b e ~ uc o up de colons finiSSAient pAr en creve r Sur
pl '3ce, emp oi s onné s d'eux mêmes, comme des scorpions (1)
L'homme est SAns résistAnce deVAnt l es CAprices de
La nat ur-e qui det ermine nt ce 0 uo Celine Appel l e "l'aVA chi s se
-ment croissant, Lnsurmont abLe" (2 )•
On ne peut al l ég ue r l A l ent e Adant Ati on d8s blancs
a un milieu gé'ogr Aphique qui l eur est nouve au pour tolérer
l eur dégrAd Ation mor Ale~ CRr les Aut ocht one s eux-mêmes bissent un sort semb'la hLe :.t1 Entre l es Lagunes dl Al ent our
su-,
et dAns l e trefond forestier stagnnient quelques peupl ade smoisies , d~cimé'es, ab r-ut i.os pnr- l etripa~S'Ome et La misèrechronique" (3). La condition humrrine s embl e être irrémédiA-
ble• BArd8mu se sent déqu et AbAt t u À l 'id ée que 11homme est
ns s, i l l i intérie urement et ext é r ie ureme nt r~r des forceshostiles
(1) Voyag e au bout de Ln nuit , p 128
Trang 20L'angoisse qu'il A ressent1e AU temps de l A guerre
se fond dans ln déception Il n'y A pl us de doute pos s i bl e :l'humanité est vouee À sn per t e LA vi e ~ dissous tout es poir
humain : " J'en ArrivAis 3 ne pl us pre ndre de quinine pour
Si, dev Ant l 'hostilite de 18 n8ture, B3rd amu se sent
d~çu et non desespéré et qu'il s'en pre nne toujours A UX hommesbien qu'il reconnaisse que dans ce CAS ci, l'Avilissement mo-
•
raI provient pour une grnnde part, d'une c,use exterieure,
,
la nature, c'est qu'il est outrage par l'inconscience et
l'insouciance .des. hommes devant l e danger oui les guette..
Il s'ach~rne a denoncer non SAns un ~ certgine cruaute, une.
vani.t.es interminnbles, s es résignAtions immondes"(2) •
Qu'ils soient des blancs ou des nègres, il les.
etrille pa r ce eue jamais il ne peut supporter l'imAge de La
lui fRit prendre ce ton 'I'and'i s que 1::1 dece ption Q ue lui c
:m-se l a nature le pous s e ; r~agir tout 3ut rement Il n'3 p AS
a l'epoque de l A gue r r e : "La nRtur e est une chose ef f r ay ant e
et même quand el l e est fermement domestiqu~e" (3).
Il ne se sent nullement ex~lté Dour 11 célébrer
en hymnes ar de nt s ~ la f 1çon des rom~ntiques. Il n'y a doncrien d'étonnant lorsoue, dev . ant cette nature tronic, ale il
d e c.Lar-e : lT LA poesie des tropiques me degỏtait" (4).
Plus encore, il a pouss~ son d~gỏt jusqu'~ l a lence C'est lA seule fois que nous voyons Bnr-d amu se livrer
pr~cipité et bien décidé d~ BArdamu At t es t e Que, pour lui,
a-I
tive de reconciliation av ec l es hommes nous montre que B~r ctamu
11) Voyage au bout de la nuitt _p.I15
j ? \ , ', ,', ' " p I45
Trang 21- ~o
-"
rJest:pas"rpisontbrone ma~gfe Js9n , pe s ~ ir.ni ~me ~
D- LE SEJOUR DE BARDM ~U EN AMERIQUE OU LE VRAI
DESESPOIR (1)
"Je ntavat s plus que deux id~es en tête SAuver
~
ma peau et par-tLr- pour l' Amerd que" (2) De ces deux voeux
formulés au temps de l a guerre, 13 r~Alisation du premier
lui Apporte de la d~ception Il aime l~ vie certes, mAis il
ne peut se résigner R"lccopt er n'importe Quelle vie S'il
~
fuit l'Europe c'est p~rce que l'Europe est en pleine epoque
de corruption Il n'y A p~s de rnison pour qu'il se soumette
Il 1 ui reste son deuxieme voeu :" p-ir-t Lr- pour l' rique"
Ame-Par un heureux hAs8rd, BArdnmu v~ pouvoir mettre les
pi.:'eds en Ame ri que • 1'JIrd s de loin, l n vue de New-York lui pire déjl'l' un pressentiment néfAst e Une "ville debout" n'est
ins-p0S une ville hospit!31ière Ce pressentiment va €tre
confir-mé par la vie, puisque c'est dans c monde de 11 technique,dans ce berceau de la civilisation scientifique qu'il va con-
n~ître un nouve"lU mode d'asservissement de l'homme L'homme
A simplement changé de mythe: du mythe de l'Etat il pAsse
qU mythe de lA technocrAtie Sous ce nouveau règne, il est
insere sans menngement dans l'engrenAge des mnchines pour
assumer une fonction mécanique Àlaquelle il s'fld~pte ~~l.
Ainsi, la civilisation, cette oeuvre de l~ bonne volonté maine, ce fruit de tant d'efforts et de per s évé r a nce , con-duit l'homme vers ce qu'il redoute le plus: lA déchéance
hu-morale Il n'y a plus pour l'homme de consolation possible,parce qu'il reste éternellement le jouet des forces exté-
rieures L'Etnt, lA n3ture et l A civiliSAtion, tout cela pire ~ mAintenir l'homme À l'état d'esclaVAge M~is de ces
cons-trois ~tAts d'esclavage, l a sujétion de l'homme AU monde de
,
113 technique afflige le plus Celine p ~rce Que l'homme s'est
eng ng~ d'esprit et de coeur dnns la conqu~te du progr~s ~~
(l)- Voyage au bout de la nuit, p.p 186 - 2)8
( 2 ) - " " J p 88
Trang 22le bonheur de l'hum Anit~. Or c 01 ~ n'est qu'uno illusion L ~
conquête du bonheur est en proportion inverse de 1.'" conquête
,
de ln technique Simplement, plus l ~ t echni~ue es t pous se e
plus le d~s "'rroi de l'hum~nit~ est pr of ond Plus l ~'
civili-sAtion se d~v eloppe, plus l n vie int~rieur2 est men~c~ e Etplus cette menRce est grqve, pl us l'ennui d ~ l'homm e devientinsupport qbl o L'homme est m~intenu d~ns un ét~t de lRngueur
, ,
et de àep erissement morRl
Finql emnnt l n vie es t r;duito ; l ~ s ~tisf ~ction des
besoins orf, ~ "niqu' ,s nt r-egl oe sur l os rythmes dA 1'1 ma chine On
tr ~v '1ille, on m ~n g e, on dort, on res pire m'lis on n'osA pRS
, ,
reflechir En un m ot , on n peur de l n vie Cc sp ect ~cle
P.pou-v ~nte BRrdAffiu jusqu'au d ~ses poir : "Elle (Lol A) en vint ~ me
,
questionner sur ç ê! oue je »onsvi s de son Amor-Lque, Je lui
confi'1i oue j' ~n ~ t ~ i s ~ rriv e A ce poi nt de d ;bilit~ et d',E!oisse ou rJrr;sr ue n'Lm p cr-t- o oui et n'Lrn por-te ouoi, vous devient
An-redout 'lbl" et nua nt ~ son p"'ys il m'épouv ;1 nt:ü t tout bonnementplus que tout l'ensemble do mona ccs directes, occultes et im-
previsibles nue j'y trouv'1is, surtout rAr l 'enorme indifference
; mon ég,'1r d oui l e r f ~sum ;1it :l mon sens" (1)
Nous touchons ici A un mouvement de pens e e qui C ractéris e notre siocle
!3-Bien avant Céline, vers 1918, G.DUHAi;'lEL , deja l:mc~son cri d''ll er me dans "Cf.vi.Li snt.Lon'", Les nombreux per-sonnsge s
de ce livre Acc us ent une civiliSAtion meurtrière Qui tend de
,plus en plus vers une m ec ~nis Ation de l'homm, e
L A civiliSAtion m'1rque donc l'echec de l'homme dAns
s,,,! recherche du bonheur :):,r des moy e ns ,, ~ xt éri 0 ur s L A
dis-t Ance Qui séo ~r e le confort mAt éri el du bonheur se mesur e pArl'ennui
Ainsi l e jour o~ BArdAmu A quitt ~ l'Am~riaue estAussi lA jour ó il A mis un nied d:,ns l A tombe, nui s q u ' i l
!3 Appris cette; suprême vérit ~ de 1 , vie : " L , vérité ct e cemonde c'est le mort"(2)
(1)- VOY'1ge A U bout de l n nuit, p 21 5
Trang 2320
-
bonheur devi ent L n c aus e de notre désespoir, que notre p assdon
et que bientôt nous le retrouv erons ~ lA plAc e Cl i chy L A
r etour en Frp.nce, c'est que, comme il ~ écr i t dAns l 'é pi grRph e
Il v» du 1::> vie 1) ' 1'"1 mortr, "Et L e Voyng e" s « t errni.ne en ef fet
E - L E RETOU H D E BA HDAI'J1U ou LA RÉSIG NATION ( 1)
BArdAmu dev Ant l R vie et humAin ement, il signifie ~ ue vOYAger
-caLyptdouo de Céline sur 1.'" vip C'est ce qui l e désespèr e
Apros c retour, nous voyons BArd nmu, com plè~~meh t
calme tr"lgiqu e: " Je ntavni s pos de préte nti on moi, ni d'
et de mieux bouffer u peu" (2)
" , p.239
Trang 24, 1~·#"!'02:al~_) ~
- 21 - - '.;" '5l.n "-"'- le uO '-:- '-'-J
~ ' M~ "'~40'.-_ _,
se I nisse -e mnor t ur pnr l n vie nVGc une indiff ~rence ~ b s ol ue :
voil ~ tout Il (1) Il , d0finitivi"lment per d u l'ar-deur- de so
vip ~u'il n'::cc omplit plus nu' 1vec b e ~ucoup de pei ne son de~
,
,
er-~ ,
,
scene pour ~ s s i st er A IR vie en sn ect ~t eur. Il vit RU monde
Trang 25de vous t r-ocosser : "Fnut pos espér er l 'lisser S'l pei ne
v ~yons t oujours Bnrdnmu p n r n g ~ ent re l ~ d ~ sir de venge'lnce
et l e senti ment de cu l p ab â Lâ t e, Ceci n'est p-is en cont r-idi c
t ion "ve c son 'lt tit udc rr ese nte C ~r 10 desir de v e ng e ~ n c 8
Trang 26s'engager Bveuglément d~ns l e d~sert dû l A vie pour y ver tous une même mort nt r oce et nbsurde L'hOmMe y mourra
trou-de soif: soif de bonheur, soif d'~miti~, d' ~mour et d'~ffection Bar-damu est per-su ade que l e "lp.m(! sort lui ser-s réser-
vé mRlgré sn bonne volonté, ses ef f or t s d ~ns cette recherche
de l 'nmiti 8 des hommes Il lui sembl e qu'il ~it droit ~ lavengeAnce puisqu'il a fAit tout son possible •
•MAis, chez lui, C G desir de v enge ~nc e n'est jam~ispoussé bien loin et reste souvent int entionnel : "Daris. ma
retrAite, en trnin de rechercher une punition pour l'ego1smeuniversel, je mn br-an.l ai.s l'im'1gin.'ltion en v~rit~, j'~l1.'ds
La rechercher jusqu '.1U nG1nt l n r-uni.td on" (1). t'lême lorsque
ce désir de vengeance est manf.f'est.e , 1.1 maLveLl.Lance de
Br>r-d~mu reste toujours bien douce : il refus e de por t er secoursaux Autres mnis il ne fRit rien de positif pour ~ggrRver
leur souffrAnce
Toutefois il f nut noter I R présence trop fréouente
de Robinson dRns cette deuxième pArtie du romnn ~obinson
est le double de Bar-darnu , c'est-~-dir ( ~ un Bnrdarnu qui ose
aller JUSqU'RU bout de sa vengeance, même jusqu'; ln tion du meurtre MAis vers lA fin du romnn, il est frnppé
tentA-d'une mort subite N'est-ce pas 1; la r econn~issnnce imcite de Céline que toute vengeAnce est inutile pour le sou-lagement de ses m,lheurs
pli-Ainsi, même dans ses moments de violent dépit,
damu n'est jamAis feru d'egéisme Il se sent toujours
COUpA-ble du mo Lheur- des nutres : " •.• jn n'nrrivAis jnmais ::l mesentir entièrement innocent des maLheur-s qui Rrriv:::lient"(2).
Il engAge son bonheur dAns l e bonheur de l'humRnité
et enviSAge son destin comme solidnire du destin d'nutrui.L'irresponsnbilité lui es t rénible ; supporter De même
que l'indifférence deVAnt le mnlheur d"utrui l e dégỏte, demême cette tendAnce ~ persévérer dnns le mnlheur, d~ns
l'ignominie le d éses~ơre. Telle es t l'nttitude morAle de
Bar-demu devant 1( ; mond o ,
11) Vov~ge au bout de lA nuit P. 377
Trang 2724
-,
accepte de tenir jusqu'au bout son rôle de victime tout en, ,
attendant une ameliorAtion de la pArt de l'humanite., Sa ,
de-faite SAns condition
Trang 28franchement qu'il n'a pas de vocation litteraire Il a
sty-liste et que son invention consiste en "une certaine
mu-sique, une certaine petite musique introduite dans le
style, et puis c'est tout C1 e s t tout L1 h i s t o i r e , Illon
Di eu, elle est tr~s accessoire" (1)
,
sa mission d'ecrivain puisqu'il a dit dans cette même
interview de Madeleine Chapsal: 11 - Ie n'envoie pAS des
mes sages au moride" (2) Pourtant n l us i.e ur s faits nous
permettent de ne pas trop prendre au serieux ces
decla-rations de d~line. D'abord, il pa raît presque inconce ~
vable que le docteur Louis-Ferdinand Destouches Qui a
toujours conscience que la medecine "consiste ment ~ rendre la vie plus facile et moi ns douloureuse aUxautre s". (3) puisse devenir un Louis-Ferdinand ,;Céline ignorantcompletement l a mi s s i on d'un ecrivain
essentielle-D'ailleurs comme Bardamu a dit dans IIVoyage au bout
de la nuit." ': "En la paix comme a la guerre je nrétais pointdisposé du tout aux futilité sll (4), Céline qui a mis deux
Marc Hanrez, "Celine", p.277
Voyage au bout de 18 nuit, p.I46
Trang 29i " 26
"Mort .<) Credit" , 'Cl ecr i t en quelqu es moi s , ent re l es <1nnee s
1937 et 19 3$, "B'1p.:'1telles pour un m'1SSA Cre " (!t "L'Ecol e des
cndav r-ea '", C él in ~ veut devan ce r- l e s 8V8 nep1.8n t s politiques
pour pre ser ver l'Europe du des Astr e de l A guerre
De pl us, '3U cours d'un ent reti c m iWOC Robert Poulet ,
Cel ine A dit : "En 1 930 - 1 940, j '~i joue en Frnnce 10 rơle
de l 'Avertiss e ur subt i l , qUine voi t pns 10 d ~n~e r , mAi s qui
l e sent, ; bonne distAnce, <1VAnt t o ut l e monde et Qui signnl e:
" Arrêtezt " ( l ) •
Donc, pour lui , 1 '1 littérRt ure n'est pRS un jeu
d'esthete 1 'ecriv ain Celine n' est pns un pei nt re SOCiAl Il
es t es sent i el l ement un polémi s te , c' est-n-dire un homme qui
s' engAg e dRns 1 '1 lutte pour pre ndre 11 déf ens e de SA CAus e
Et 1,'1 cause qu'il.d ~ fe nd es t l 'humAnité el l e- même
Ne pouva nt res t er ni i m p '1s s ibl (~ devant, l es m AUX de
l 'huma rrit e ni Lndif'f'or-ent; deva rrt 1" conditi on de l'homme,
Celi nc ~ re nd a coeur de de no n cer t out ce qui op~ r e s se l'ho
m-me iVl;ü s sn pôemi quo es t surtout L yr-i que par- co que S,1 cons
-cience de 18 souffr nnc e e t du m11 he ur est 1f f ect i v8 et non
lit t érAi re ou pol i t i que
Pour plus de pré ci s i on , recourons n ses pr opre s PA
-roles : " Au commenceme nt ~ tAi t l 'émotion Sous l E! coup d'une
,
emot i on , l 'Ani mnl se contrncte, l 'homm e fRit des vers, ou de
l A mus i q ue • •• J'Ai voulu f ~ ire de l n ~ r o se nui nRi s se comme
nAỵt 11 mUSique, de 18 prose qui exprime ce ~u 'e xpr ime l A
musique Snns prép ArAtion ni interm édi Aire" (2)
Celine es t un polemiste lyrique p~ r SR source d'ins
-pirntion mAis Rus s i pnr ses moyens d'expr e s si on Il se sert
d'un "Langage en prise direct e sur le s sentiments" (3)
Es t - i l pos s i ble que Céline soit n nnt tout un po
lé.nt ste pol i t ique ? As s ur-ene nt non Ln pol it i que l e degỏt e
Il se desint eresse de IR po l it i~u e et ne nour ri t Ru cune
( 2 )
Trang 30ambition de r6former ln sociét& D'Rill eurs, A ses yeux, Ip-s
,
Trang 31
" Au commencement Gtn it l, émot i on" A dit L F C ~lin e.
et CAlculent l es degâ t s sur un t on noutr-e, denue de lyri s me
Tout ~ u tre est cett e l ogiq ue des sent iments qu'observe
qui illust re ~ mer veil l e ce qu' il Appel le" l n folie du mAS
-sacre" Il r efuse de par ler de 1."1 guerr e ou comme l' ~ dit
Trang 32Pol Vrmdr-omme : " Au l i eu de décri r e 1.1 guerre ou d' en L'lir e
benu chercher sur les c"rte s de; Frnn ce, on ne trouverR jn
-m'lis ni Bnrbagny, ni Noirceur-su r- l'l-Lys dont il nous î
,.
plr l e D e pl us , c'est une guerre qui n''] pns de dnt e Ell e
pourr'lit êt r e l n guer re d' une ~po qu e r ~ c e nt e, de l A n6tre
ou d'une ép oque Dvenir, ou po ur empl oyer l 'ex prp.ssion de
sil ence et ou l es Hvenement s pol itiqu0.s son t vol ont Airem ent
omis Notons d' Ril l eurs qu'il s 'Rgit 1; d'une guer re qui
Trang 33hostil ites et de 1'1 c uoute hum-ri.ne: • insi l 'horreur de 13
gue r re ne t i ent p ~ s uniquement du nomb re des morts et des
spectncles snnglant s, El l e s': t r-ouvo surtout d.ms l es "lt t i
-t udes dus hommes, dans leur s com portement s, d-ins l eur f'aç o n
de se t rniter mut uellement : "LR tor t ur e du régi ment conti
-(1)- VOJage au bout
( 2 )- Il
" , p 39
Trang 34t L ent cỴ( ~ plus ignoble et de plus sordide.
C~line rl fouill ~ da ns cetto b.le ssur-e €l8 l'Ame Dour
degỏter definitivement les hommos de l A guerre l voitque le ( _ d~mg8r qui me nnco l'humnnité es t imminent Il ne mo-dère pl us son 1~ng8ge SA voix nous ~t o urdit p1rce Qu'elle
es t l A somme de s voix oppressé es SA co18r e est d' une
site demesuroe parce qu' elle est un ech o de la coler e de
~
l'humAnite
La guer r e n' est pAS un fl~ ~u de Dieu Elle relève
soulem ent du f ~ n1t i s me meurtri er des homme s Elle est un
malheur que I lhomme inflige À lui-même
a - ;Les ~ ~lses Eoch es
IJ- L A SAcrAl isat i on de 1,fr:::"1t
Il est évident que l'homme supno rt e mrll la guerre,
car, l'instinct de conserv~tion n' est pA S fncil e ; ~touffer
Cependn nt, si tout le monde 1 peur de l n mort et que tout le
mond e As pire AU bonheur, commont pour ra i t - on expl i q uer le
epoque et de qu elq~e pays qu'il soi t , A toujours besoin de
la f.i pour vivre : soit l n fai en soi-m~me , soit l R foi enune CAuse e xt ~ ri e ure , s0crée ou non Seulement, rAres sontceux qui pos sèdent une foi en eux-mêmes, As s e z forte ~our
pouvoir r esis t er a ce jeu de mystifiC Ation de lA societe
D' ordin:üre, ils r-ecenna asent SAns l ' nv e uer- Que
-"
leur vie est Lndd.gn o d'être vecue Al or s il suffit que La
société se mette À ~lev er l'Amour de l~ P~trie 8U niveAUd'une mystique, ~0ur ~ @ uv o i r l e s mRint enir docilement sousson joug, pour leur inspirer le désir d8 se sAcrifi 8r, de
se dév ouer ~ ux cnuses de la guerre et pour l eur fRire Ac c ep ter ses contrAintes inhumAine s comme des oblig ~tions mo-rales
Trang 35dit:" Lq religion drRpeautique
c ~leste •• •tr (1).
Il es t mAnifost a que, pour se donner l'illusionou'ils n'ont pAS v ~cu pour rien, cos hommes f eront de ln
PAtrie leur seule et v~rit~bl o r ~ison d'8tro Devenus Adeptes
de cette nouvelle religion ~tAtique, ils considoreront le
pntriotismn comme leur unique voie é.e SAlut et a cc epter-ont;
Av eup,l éme nt tout c ~ qu'on l eur inculquerA Ils f eront du
SA-crificn un crit~ro de l eurs ~ctions C'est l~ lA source du
,plus grAnd mAl de l1hum ~nit e : lA gUA r rG
,
Ne nous et onnons donc r- ~ s d ~ voir ~u e ce mnl dont
scuf'f'r- e notr- e 8poque ne d.,t ( ~ pas d ''lujourd 'hui Il remonte
~u plus lointAin des Rf,eS et il y n de grAnd es chAnces qu'il
,
se prolongerA indefiniment dAns l'0v enir
Dev'lnt l' Rp pel de l n PAtri e, les hommes se
vent desarmes msLgr-e 1 (J f'or-c « de L eur-s instincts de
conser-vat i.on : " Ah t nos petits so Ldat s , rem,'lrquez ~ l e , et dès les
premieres e p r-e uve s du feu, ont su se liberer spont.anement
de tous les sophismes et concepts :'1 cc es s oi res , et p ar-tI lièrement des sophismes de lA conserVAtion. Ils sont Al lA S
Ces r emAr~ues du docteur Bestomb os sont judici
eu-ses Il est vrAi nue 1 "1 foi en l A P ~tri 0 est une vérité du
coeur " Cnr e l l ~ cherche
m , :~ mad s seulement leur
n g8gn er non p~s l'esprit des coeur et leurs -sehtinents En effet,
hom-(1)- VOYRg e A U bout de ln nuit, p.74
Trang 36si el18 s ' off re entièreme nt A l'8xAm en de 18 rAison, elleperdra ~ coup sûr toute SA for ce mysti nuc, t out son ryo uv oi r
.-de fasci na t i on et part ant son e ff i c~ ci te
La raison, p8r ses froides anA l y s 8s freine
i n 6 vit abl e ~c nt l'enthousiasme Il VAut mi eux donc
que cett e foi ~c ha pP8 ~ la co mryr~hension. Il vaut
mieux qu 'e l le soit mai.rrt enue' ( ms le vag ue , dans
l'incomprehensible pour pouvoi r conserv er SA pui s -
.-SAnce d'Attraction Il est nécessaire nu'p.ll~
rrésp.n-t e un certain secret, une cert aine obscurité pour
pouv oi r susciter Ip sacrifice
Ainsi l a f oi n'a pas bp.soin d'êtr e compr i s e
Elle a seul ement besoin d'être cr ue Il suffit, po ur
s'en rendre compte, de remArquer le ton des discours
~
et harangues adresses AUX soldats, au peupl e : "la
France, mp.s ami s , vous a fnit confi Ance, c'est une
f emm8, la rylus belle des f8mmes 18 France ! • • Elle
compte sur votre hérọsme l a France ! Victi me de la
pl us lÂche, de la plus abominable Agression Elle a
.-le droit d'exi ger de S8S fils d'être vengee
nrofonde-ment l a FrAnce(l)
C'est sur C8 t on plein d8 lyris m8 et d'eXAl
-tation que l e docteur Bestomb8s, le n ronA~andiste de
l a PAtrie ~A rl e ~ ses sold~ts blessés Et les hommes
a app r i s e Fasci nes par l B p ui s s ~ n c e mystinue de cette
(1) VOYAge au bout de l A nuit, p. 90
Trang 37i l s sont amene s a considerer gue l eu r vie n' a d'a ut r e
en f ~ , it de r ~ ap: ~ s de toute
aut res D ~ s l ors, commenc e
2J/ - L A sublim<1tion de s insti nc ts meu rtri ers
Puisque la Patri e es t deifi e e, il n'y a p~s
de raison pour que l a guerre qui es t ~ son service, ne
soi t pa s sanctifie e, a son tour Et cette sRnctific
ins-tincts me urt r ie r s dont l e déchA î n ement est non s
ment tole r e mai s encore en courag e : "Don c pa s d'erreur ?
Ce qu'on f'ai ssi.t; ~ se tir er dessus comme <; <' 1, sans même
se voir, n'ét rd.t ra s défe nd u ! Cela fAis git pa r t i e des
'"
choses qu ' on peut faire sans meriter une bonne eng
les gens séri eux " (1).
sont necessair es :;) l n guer re, ~ ' 1 r c e qu' i l s f ont nart i e de
l a gue r re En ef fe t , ta nt oue l'homme cons erv e en c ore quelauedoute sur ses act i on s , t ant ~u'il est enc ore torturé pa r
fi~r, ·pqur , l ~ ~ cA!:lêes d~ ,la.gu;rr~.
Trang 38, ,
" en herédeme
en t r-evesttse-mt cett e cr-uaut o/jiour- se d i sout.er- une n l oce
d o Ilh ~r@ï sme en ces termes ~ " Ah ! Ilhp r ọsme mut in , c'est
;'j dcfnillir j e vous l e dis l li (1 )
mAin-t en Ant du sn crifi co Et le s ~ c rifi c 8 d~ n s ce cns-c i n'est
So sncrifi er s ~gnifi e s o fRire tuer d'une f ~90n ou
d'une ~ ut re L o sRcrif i co dGv i ont un mot mAgique AYAnt une
,
,gro-t esque d o l n guerra et t ro p consciont pour ne p1S sAvoir que
m A ~ỵ.if u::;t G t d Â. ': 0n - ~ ~- ~ ~ J ~ -:~ c cn r c.r l.t ~ d (~ ~c.~ )utn s C 8S v al e u r-s :
S455
19 19
Trang 3936
-
lÂcheto sir::nifin cour-age et le cour-age des »ut r-cs se
fond Avec l q cruAute, l Afolie Il y A ln un renversement
des v:lleurs Les mots ne conservent plus leur sens h!:1bituel
p~rce qU'Avec BardAmu nous pAssons du plAn de l a morAle ciale AU plAn de l~ morAle humAine DAns ce pAss1ge, les mots
so-
ont perdu leur contenu semAntique hnbituel
~- La mobiliSAtion des vAleurs morAles et senti tAles
men-Pour plus de préCAution, de peur Que cette S
Acrali-SAtion de l A PAtrie et lA sublim~tion des bAssesses hum~ines
ne soient p3S suffiSAntes ~our endo~iner les hommes, on
cherche par tous moyens à faire ac ce pt er des hommes ces leurs morAles redoutAbles: le sens du devoir et des respon-
VA-s~bilit~s. Nous disons Que ce sont l~ des vAleurs bles pArce que le devoir d'un citoyen cesse d'être une obli-gation morale pour devenir simplement une ncceptAtion aveu-gle des contraintes socinles souvent cruelles et inhumaines •
redoutn-
L'unique devoir de l'horrme, dAns ces moments lfl,est
de S8 SAcrifier Dour l n Prttrie : Il Nous (médecins) feronstous ici, en ce qui nous concerne, notre devoir, mes ami s ,faites le vôtre 1 Notre ·science vous Appartient 1 Elle est
vôtre 1 Toutes ses ressources sont AU service de votre
gue-
rison 1 Aidez- nous A votre tour dans l~ mesur0 de votre
bonne volonte ! Je le sAis, elle nous Gs t Acqui s e votre
bonne volonte t Et 0 ue bLerrtôt; vous puissi-ez tous renrendrevotre place À c6t ~ de vos cher-svc amar-od es des tranchées t
Votre plAce SAcree t Pour la defense de notre sol cheri.Vive La Fr-ance t En :w;:mt t (1) •
C'est donc par l'Adulation Qu'on cherche d'abord À
fAire avaler aux hommes leur sens des responsabilités Mais
la pression sentimentale n'est pA5 la seule forme de tion La violence es t toujours 1';, prête A remplAC-3r la
persua-douceur lorsque celle-ci se montre impuiss ~nte À conVAincre
(1) Voy'age au bout d'e:i ~ nuit, p 90
- :""; ' •J ~ ".
Trang 40l es hommAs : " Les hommes qui n0 veule nt ni d~couare, ni
empar-e et qu'on l es ~c ~rtËÜet " (1).
Pour anne xer dafinitivement sos ci t oye ns , l' ~t At fAitappel ~ us si À l' ~ mo ur de 13 Pntric l nu p~ tri ot i sme C'est
bien p ~r" Le pntriot isme et son cor-o'l Laf.r- e 1:'1 ~loir e" (2)
que l es homme s se l Aiss ent conduire docilement vers
Ainsi ces val.eur-se: mor-ales ;t sent Lmental es : le
de-"
voir, l e sens des r-espone abi Ldt es{ 18 pat r-i ot.t sme••• sont
auta nt de fotich fls d(') cett e nouvelle "religion dr-apenutL«que" d estin~es À provoquer chez l 'homme un nng ouemerrt telqu'il lui serAit impossibl e de trouver une rnison de vivre
Aut re que cell e oui es t decret e e pAr 113 societ e el l e - meme
L ~ déne rsonnRlis 1tion de l'homme est totAle
L'hom-me en t~nt que per s onne humaine doit c ~d er s n plAce au toyen, surtout AU sold0t citoYAn P,rve nu ; c ~ stAd e de dé-
ci-,pouilleme nt syst.emottoue et mi nut Leux de s."'! personne, l'hom-
me nu lieu d'ncc éd er AU monde de 113 sr1i nt ct é, tombe gU
con-trAir e dAns un monde pl us bAS que cel ui des bêtes Car quereste-t-il ; l'homme qui A pe rd u sa per s onnA l i té , SA digni-
te ? Une indifference ecoeur-a nt e, une espece de regArd en
Aci er semb11ble ; celui du colonel oui APpre nd s ~ns ln
dre emot i on l a mort de son m"l r echnl des logis BRrousse Pourlui, lA mort d'un homme cesse d'être 1"1 fin trn~ique d'un
destin unique ,irrclmpl A9·qble L'homme n'existe plus que PAr
S A fonction, tout ~omm 0. un outil, une pièce mécAnique
Céline Accuse violemment cette f."l90n de voir les
hommes Il pre nd en horreur ce genre de regArd ab s t r ai t
qui ab s or be l'unite vivantG de l'homme CAr des Que ce
regArd ~bstr Ait gagne l es hommes, Al or s commencent les
rApports d'hostilité ó 1:1 ~ue rre , comme une herb e folle,prend ses rAcinAS
(1) Voyage AU bout de l a nuit, p 75