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(Luận văn thạc sĩ) la localisation spatiale en français le cas de sur et dans

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Cela suscite chez nous une forte curiosité de savoir comment les Français se localisent et localisent les choses dans l’espace, de savoir ce qui conditionne leur choix parmi les ressourc

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UNIVERSITÉ NATIONALE DE HANOI

UNIVERSITÉ DE LANGUES ET D'ÉTUDES INTERNATIONALES

ĐẶNG KIM HOA

LA LOCALISATION SPATIALE EN FRANÇAIS :

Le cas de SUR et DANS

Định vị khơng gian trong tiếng Pháp :

Nghiên cứu hai giới từ SUR và DANS

Thèse de doctorat

En Linguistique française

Hanọ - 2015

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ĐẶNG KIM HOA

LA LOCALISATION SPATIALE EN FRANÇAIS:

Le cas de SUR et DANS

Định vị khơng gian trong tiếng Pháp:

Nghiên cứu hai giới từ SUR và DANS

Thèse de doctorat Soutenue le 26 novembre 2015 Devant l'Université de Langues et d'Etudes Internationales

Université Nationale de Hanọ

En vue de l'obtention du titre de Docteur en sciences du langage Spécialité : Linguistique française

Code : 62220203

Sous la direction du Professeur TRẦN THẾ HÙNG

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Lời cam đoan

Tôi xin cam đoan đây là công trình nghiên cứu của riêng tôi Các vấn đề trình bày, kết luận nêu trong luận án là trung thực và chưa từng được ai công bố trong bất kỳ công trình nào khác

Trang 4

Remerciements

Je tiens en premier lieu à exprimer mes plus sincères remerciements au Professeur TRẦN THẾ HÙNG pour m'avoir fait confiance en acceptant de diriger mes recherches, ainsi que pour son soutien, sa patience et ses conseils qui ont su me guider pendant de nombreuses années L'expérience scientifique et la méthodologie rigoureuse dont il m'a fait bénéficier ont contribué largement à l'aboutissement de ce travail

J’adresse au Rectorat de l'Université de Langues et d'Etudes Internationales de l'Université Nationale de Hanọ (ULEI-UNH), ainsi qu’à l’ensemble des responsables et du personnel de l'Ecole doctorale de l'ULEI-UNH tous mes remerciements pour leur accueil

Je remercie chaleureusement l'ensemble des membres du jury et notamment les Professeurs-rapporteurs pour l'intérêt qu'ils ont manifesté à l'égard de ce travail En stimulant ma curiosité, leurs suggestions et critiques m'ont permis d'élargir considérablement le champ de mes recherches Leur présence dans le jury est pour moi un honneur

Ces remerciements s’adressent aussi à l'ensemble des enseignantes, enseignants et collègues au Département de Langue et de Culture Françaises, tous ceux qui, de près ou de loin, m'ont entourée, soutenue et encouragée tout au long de la réalisation de ce travail; ils m'ont donné un précieux réconfort dans les moments difficiles

Ma reconnaissance va à ceux qui ont plus particulièrement assuré le soutien affectif sans faille: ma famille

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Table des matières

Lời cam đoan III Remerciements IV Liste des abréviations et signes VIII Listes des figures et tableaux IX

INTRODUCTION 1

Historique de recherche 2

Objectif et délimitation de recherche 3

Questions de recherche 5

Hypothèses de recherche et contributions 5

Méthodologie de recherche 6

Plan de thèse 8

Chapitre 1 - Cadre théorique et méthodologique 10

1.1 Concepts généraux 10

1.1.1 Différentes approches de la localisation spatiale 10

1.1.1.1 La grammaire traditionnelle 11

1.1.1.2 L'approche énonciative 12

1.1.1.3 L'approche cognitive 13

1.1.2 Quelques recherches cognitives sur la localisation spatiale 16

1.1.2.1 Le courant californien 16

1.1.2.2 Le courant cognitif en France 20

1.1.2.3 Le courant cognitif au Vietnam 25

1.1.3 La notion de Localisation spatiale 26

1.1.3.1 Une catégorie lexico-grammaticale 27

1.1.3.2 Une description langagière des relations statiques dans l'espace 29

1.1.3.3 Une représentation de l'espace cognitif par la langue 31

1.1.4 La construction locative de base 33

1.1.5 Les éléments constitutifs de la localisation spatiale 35

1.1.5.1 L’asymétrie des entités spatiales 35

1.1.5.2 La catégorisation des entités 36

1.1.5.3 L’observateur et le mode de localisation 39

1.1.6 La vision et les relations spatiales 40

1.1.6.1 La définition de la Vision 40

1.1.6.2 La catégorisation des relations 42

1.2 Cadre méthodologique 44

1.2.1 Cadre d'analyse 44

Trang 6

1.2.1.1 Le prototype 45

1.2.1.2 La référence spatiale 46

1.2.2 Présentation du corpus 56

Chapitre II - La localisation spatiale en français 62

2.1 L’expression de la localisation en français 62

2.1.1 L'expression de la localisation au niveau sémantico-lexical 63

2.1.1.1 Les adverbes de lieu 63

2.1.1.2 Les prépositions spatiales 66

2.1.1.3 Les verbes locatifs 67

2.1.1.4 Les noms de localisation 69

2.1.1.5 Les adjectifs de localisation 72

2.1.1.6 Les préfixes locatifs 73

2.1.2 L’expression de la localisation au niveau syntaxique 75

2.1.2.1 La construction prépositionnelle du Nsite 76

2.1.2.2 La construction nominale du Nsite 78

2.1.2.3 La construction inversée du Nsite 78

2.1.2.4 La construction contractée du Nsite 79

2.2 Le mode de localisation spatiale en français 80

2.2.1 La construction locative de base en français 80

2.2.2 La catégorie spécifique de la localisation 82

2.2.3 Les stratégies de description par les prépositions en français 85

2.2.3.1 Le choix de système de coordonnées 86

2.2.3.2 Le choix de site 92

2.2.3.3 Le choix de direction axiale 95

2.2.3.4 Le choix de stratégie de référence 99

2.2.3.5 Le choix de granularité 103

Chapitre III : Le cas de SUR et DANS 109

3.1 La problématique de description 110

3.1.1 Flexibilité d'emplois et de sens spatiaux de dans/sur 110

3.1.1.1 Le cas de DANS 111

3.1.1.2 Le cas de SUR 114

3.1.2 Approche globale d'un réseau sémantique 116

3.2 Le réseau des relations spatiales décrites par dans/sur 118

3.2.1 Entre relation topologique et relation projective 118

3.2.2 Entre relation relative et relation absolue 121

3.2.3 Entre relation interne et relation externe 125

3.2.4 Entre localisation et configuration 128

3.2.5 Entre relation géométrique et relation conceptuelle 134

3.2.6 Entre localisation pure et localisation extensionnelle 137

3.2.6.1 Distinction entre dans/sur et à/en 138

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3.2.6.3 Distinction entre dans et sur 144

3.2.7 Entre relation binaire et relation ternaire 146

CONCLUSION 154

LISTE DES PUBLICATIONS 159

BIBLIOGRAPHIE 160

ANNEXES 166

ANNEXE I Fréquence d'emploi des prépositions 166

ANNEXE II Recensement des locutions prépositionnelles 167

ANNEXE III Fréquence d'usage des stratégies d'expression 167

ANNEXE IV Référence bibliographique des exemples 168

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Liste des abréviations et signes

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Listes des figures et tableaux

Page

Trang 10

INTRODUCTION

Le choix comme objet de recherche "La localisation spatiale en français : le cas

de sur et dans" prend source d'un "choc culturel" durant notre apprentissage et

enseignement du français Alors que les Français disent dans la rue, nous, Vietnamiens, décrivons ngoài phố (littéralement hors de / la rue) Cela signifie que les Vietnamiens utilisent un terme locatif sémantiquement opposé à dans du

français pour décrire la même réalité Cette observation nous a donné l'envie d'aller chercher une explication de ces modes d'expression si distincts dans un double objectif: maîtriser au mieux nos pratiques du français langue étrangère et fonder une base solide pour les applications pédagogiques

Etudier la localisation dans l'espace devient donc un sujet intéressant à plusieurs égards Tout d'abord, les rapports spatiaux sont des rapports de force du monde extérieur et l'expression de ces rapports est omniprésente dans la pratique langagière de n'importe quelle communauté linguistique Par conséquent, la spatialité nous offre un champ d’étude abondant parce qu’il s’agit d'un des plus multilingues et concernant un grand nombre de catégories, aussi bien lexicales que grammaticales Ensuite, localiser un objet paraît consister simplement à choisir parmi le lexique un mot pour relier deux entités selon le sémantisme des relations

(ex un livre sur la table vs un livre sous la table) En réalité, un bon nombre de

descriptions nous suggèrent des explications au-delà de la signification des mots Deux prépositions symbolisent le même rapport mais la norme grammaticale

oblige à employer ici l'une et l'autre ailleurs (ex une maison à la campagne, une

maison à la montagne, une maison à la mer mais une maison en ville) Deux

prépositions qui possèdent des significations opposées peuvent décrire le même

rapport (ex quelqu'un devant le volant ou quelqu'un derrière le volant) Encore,

une même scène spatiale s'exprime en rapport d'inclusion par les Français (ex

quelque chose dans le désert) mais en rapport de superposition par les

Vietnamiens qui localisent quelque chose trên sa mạc (litt sur le désert) Toutes

ces réalités montrent que l'expression de la localisation spatiale véhicule des points

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de vue particuliers, non seulement à l'intérieur de la langue française mais également à travers les langues différentes Cela suscite chez nous une forte curiosité de savoir comment les Français se localisent et localisent les choses dans l’espace, de savoir ce qui conditionne leur choix parmi les ressources linguistiques disponibles et de savoir aussi ce qui est particulier dans leur mode de localisation par rapport à celui d'autres peuples, y compris des Vietnamiens Les découvertes d'une telle recherche serviront aux objectifs à long terme de l'enseignement du français langue étrangère

Historique de recherche

La notion de l'espace constitue, comme la notion du temps, un des points de

référence fondamentaux de toute énonciation Cependant, laissée pendant très longtemps dans l’ombre, l’expression de l’espace est comme un parent pauvre de

la linguistique au regard des études amples et minutieuses de l’expression du temps En remontant dans les travaux anciens de la grammaire traditionnelle, on constate peu d'études portant sur l'espace S'il existe un certain nombre de traitements du domaine, ils ne sont pas typiquement liés à l'espace mais plutôt aux catégories du discours dans lesquelles sont analysés quelques marqueurs à valeur spatiale La grammaire traditionnelle aborde le problème de localisation spatiale à travers les catégories formelles des mots en se limitant à leur signification lexicale

Or, l'expression de la LS ne dépend pas uniquement des facteurs purement linguistiques

La représentation de l'espace dans la langue n'a commencé à jouer un certain rôle que dans l'approche énonciative, notamment avec les recherches sur les déictiques spatiaux Cette approche tient compte de certains éléments constitutifs de la situation de communication, c'est-à-dire de certains facteurs extralinguistiques C'est déjà une avancée importante par rapport à la tradition Néanmoins, ce ne sont que des éléments physiques liés au locuteur, pas encore des facteurs psychologiques et culturels du locuteur en tant que maître actif de tout acte langagier

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Par la suite, il est indéniable que c'est avec l'émergence de la linguistique cognitive, vers les années 1980, que le domaine de l'espace entre dans une phase d'expansion et devance même le domaine du temps dans les recherches linguistiques à visée cognitive Né en Californie, aux Etats-Unis, le courant cognitif, se développe très rapidement au cours de ces trente dernières années au niveau mondial et se scinde en différentes tendances: fonctionnement de l'esprit encodé par la langue, identification des invariants conceptuels, description des variations interlinguales, impacts langue-cognition, etc L’intérêt particulier que la linguistique cognitive attribue au domaine de l’espace et ses avancées intensives sur plusieurs pistes de recherches nous offrent donc d'importants fondements de connaissances

Nous nous inspirons tout d'abord des postulats des paramètres cognitifs dans la représentation linguistique du courant dit californien Les auteurs essaient de constituer une base théorique de la linguistique cognitive, des hypothèses et des notions majeures de la représentation spatiale tout en proposant une description bien détaillée des catégories linguistiques, notamment des prépositions spatiales en anglais Les principaux tenants nous sont précieux: Jackendoff (1992, 1999), Talmy (2003), Levinson (1996), Levelt (1996) Notre attention porte ensuite sur toute une série d’études descriptives des différentes catégories du français réalisées par les chercheurs français et étrangers: recherche sur l’expression de la localisation dans l'espace par Borillo (1998); recherche sur les prépositions spatiales par Vandeloise (1986), Flageul (1997), Victorri (2003); recherche sur les noms locatifs par Huyghe (2009) et sur les verbes locatifs par Aurnague (1991), Mélis (2003), etc Les contributions des auteurs vietnamiens sont retenues dans leurs analyses translinguistiques: Nguyễn Đức Dân (1996), Nguyễn Lai (2001), Lý Toàn Thắng (2008, 2009), Trần Quang Hải (2001, 2010), Đinh Lư Giang (2002)

Objectif et délimitation de recherche

L’objectif de notre thèse est d'étudier le mode de localisation spatiale en français mais nous visons spécifiquement à détecter les facteurs cognitifs cachés derrière la

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mise en œuvre des formes locatives Ce sont les facteurs qui donnent sens à une description parce que l'expression en langue est effectivement un processus cognitif de mettre en rapport forme et sens

Nous serons ainsi amenée d'abord à inventorier, du point de vue cognitif, tous les procédés linguistiques assurant la localisation spatiale Nos descriptions montreront brièvement comment chaque catégorie (verbes, adjectifs, noms, …) ou chaque type de structure (prépositionnelle, nominale, adjectivale,…) dénote une relation dans l’espace Ensuite, nous chercherons à analyser la manière dont les Français sélectionnent leurs ressources linguistiques afin de ressortir les caractéristiques communes du mode français de localisation En raison d'une richesse exceptionnelle des outils locatifs recensés en français, nous qualifierons le mode français de localisation des paramètres généraux et nous nous concentrerons sur les stratégies d'expression au moyen des prépositions spatiales en tant que catégorie spécifique du domaine Les descriptives plus minutieuses se limiteront à

deux d'entre elles : dans et sur

Nos analyses s'opèreront au niveau de l'énoncé, dans la structure d'une phrase minimale ou raccourcie Le contexte n'interviendra que pour préciser un élément

de la phrase et ne devra pas modifier la signification locative de l'énoncé Notre travail portera également sur le français tel que nous le connaissons aujourd'hui, uniformisé et reconnu comme contemporain vers le milieu du XIXe siècle

Dans la lignée cognitive, nous avons défini les objectifs concrets suivants:

- Faire une synthèse des procédés linguistiques de l'expression de la localisation spatiale en français

- Qualifier le mode français de localisation des paramètres récurrents

- Décrire l'expression des relations spatiales à travers les différents emplois

de deux prépositions représentatives dans et sur dans leur structuration des

relations statiques

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Questions de recherche

Partant du plus grand souhait de voir comment la localisation spatiale est exprimée

en français, nous chercherons par le présent travail à répondre aux questions suivantes:

- Quels sont les moyens d'expression de la localisation spatiale en français ?

- Quelles sont les caractéristiques du mode français de localisation ?

- Pourquoi le locuteur français choisit-il un outil linguistique plutôt qu'un autre dans sa description d'une même scène spatiale ?

- Comment une forme linguistique telle que dans ou sur décrit-elle une

relation statique dans l'espace ?

Hypothèses de recherche et contributions

Notre travail se différenciera des études antérieures par le fait qu'il permettra de vérifier les hypothèses suivantes:

- L'expression de la localisation en français ne se limite pas aux seules catégories grammaticales, ni aux seules constructions circonstancielles

- Le mode français de localisation se caractérise avant tout par la description des prépositions spatiales

- Le choix d’un outil face à une même scène dépend non seulement des facteurs linguistiques mais aussi de la vision de l’espace du locuteur

- En français, les prépositions spatiales dans et sur ne peuvent pas dénoter

une double relation comme le cas du vietnamien

La vérification de ces hypothèses nous amènera à examiner les divers aspects de la construction des relations spatiales en langue française Nous essayerons de faire ressortir parmi les procédés linguistiques variés ce qui est le plus représentatif pour qualifier le mode français de localisation et puis, d'effectuer les analyses

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descriptives, mais aussi contrastives, d'une catégorie (les prépositions) dans leurs

stratégies d'expression adoptées et de quelques formes (dans et sur) dans leur

description sémantique

La localisation spatiale n’est pas un thème nouveau mais les travaux antérieurs du domaine sont globalement de type sémantico-syntaxique, donc purement linguistique L'originalité de notre thèse réside effectivement dans les analyses cognitives d'un mode de localisation et d'un outil locatif précis Nos contributions résultent des résultats de recherche qui mettent à jour les facettes sémantico-cognitives cachées sous une structure locative de surface D'abord, notre nouvelle

notion de stratégie de référence fournirait un outil d'analyse nécessaire aux études

des relations spatiales Ensuite, nous proposerons deux modèles de descriptions: 1°

Le modèle de description d'un mode de localisation en précisant les quatre paramètres: la construction locative de base, la catégorie linguistique spécifique, les locatifs représentatifs et les stratégies d'expressions les plus descriptibles; 2° Le modèle de description d'un locatif précis selon un réseau sémantique constitué en fonction des différents types de relations spatiales qu'il dénote Finalement, dans l'enseignement du français langue étrangère, nos descriptions des procédés

linguistiques, notamment de sur et dans (leurs stratégies d'expression, leurs traits

sémantiques et leurs emplois), apporteraient des connaissances utiles aux applications pédagogiques

Méthodologie de recherche

Notre méthodologie de recherche est théorique et descriptive sur la base d’une documentation des recherches du domaine et d’une observation des pratiques langagières

La première étape de notre étude consistera donc à nous documenter sur les travaux existants pour constituer un cadre théorique solide à nos analyses Par cette méthode, nous ferons l’état de lieux des postulats importants abordés dans les travaux de l’expression des relations spatiales, ce qui nous aidera à construire le cadre théorique et les outils d'analyse pour la présente étude Tous les documents

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peuvent être utilisés: non seulement des ouvrages publiés en papier mais également des documents en ligne car Internet est sans aucun doute aujourd’hui une source documentaire importante et efficace

Etroitement liées à l'observation, nos analyses descriptives sont plutôt qualitatives

Nous cherchons à décrire les procédés linguistiques pour qualifier le mode français

de localisation sous l'angle de la linguistique cognitive Nous essayons donc de qualifier les outils locatifs de paramètres linguistiques (à la fois morphologique, syntaxique et lexical) mais aussi de paramètres sémantico-cognitifs Notre étude est essentiellement qualitative mais nous appliquerons également, comme méthode

de traitement des données, la méthode statistique parce que nous caractériserons

un mode par la fréquence prédominante des usages Si les statistiques s'établissent

en appui uniquement aux trois œuvres littéraires du corpus, nos descriptions et analyses de contenu afin de confirmer ou réfuter les hypothèses que nous avons formulées feront appel à tous les exemples collectés dans un corpus élargi à d'autres sources Nous tenons à signaler que les sources des exemples utilisés dans

la thèse se trouvent dans l'annexe IV, page 168

Une étude sur la localisation spatiale en français pour constater le dynamisme d'expression d'une langue en général et d'un outil d'expression en particulier ne pourrait aboutir sans une mise en regard de cette langue avec une autre, de cet outil avec d'autres de cette langue elle-même et avec un correspondant dans une autre langue C'est la raison pour laquelle les descriptions contrastives seront introduites à plusieurs reprises Pourtant, comme nous souhaiterions vivement, dans le cadre de ce travail, nous concentrer sur les caractéristiques de la localisation spatiales en français et non pas sur les différences entre le français et les autres langues, les analyses contrastives ne seront pas faites de façon systématique mais seulement à certains points pour mettre en relief les particularités du mode français dans l’expression de la localisation spatiale

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Plan de thèse

Notre travail se structure en trois chapitres Visant à présenter le cadre théorique et

méthodologique de la recherche, le chapitre I retracera les théories et études les

plus essentielles de la recherche en localisation spatiale dans son ensemble Dans

ce chapitre, nous présenterons un examen critique des principales approches de la localisation spatiale Nous mettrons en évidence l'intérêt ainsi que l'insuffisance de ces approches pour nous inscrire dans la lignée cognitive Après un bref aperçu des recherches cognitives sur la localisation qui ont beaucoup inspiré nos réflexions, nous développerons les notions préliminaires servant à exploiter la question de l'expression de la localisation spatiale tout en faisant l’état de lieux des postulats importants pour ancrer notre étude sur le plan théorique Avant de présenter le corpus, nous exposerons les cadres d'analyse dont la notion de

stratégie de référence témoignera de nos réflexions

Le chapitre 2 est considéré comme charnière dans l'élaboration de nos

descriptions Ce chapitre portera spécifiquement sur l'expression de la localisation spatiale en français Pour commencer, nous essayerons d'esquisser un panorama du répertoire linguistique dont disposent les Français pour se localiser et localiser les choses dans l'espace Ensuite, en quête des caractéristiques du mode français de localisation, nous mettrons l'accent sur la suprématie des prépositions de lieu dans cette langue En effet, ce sont les prépositions spatiales, déterminées à la base de la construction locative de base, qui sont des outils spécifiques dans la description des relations statiques du français et qui véhiculent une certaine vision du monde à partir des stratégies d'expressions descriptibles récurrentes Le choix d'une préposition plutôt que d'une autre devant une même réalité s'explique justement par ces stratégies d'expression de notre vision qui change d'une situation de communication à une autre

La thèse se clôturera par le chapitre 3, le cœur de la thèse en termes d'analyses

descriptives des unités linguistiques Ce sera un développement du résultat de recherche présentée au chapitre 2 sur le mode français de localisation et sur les

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facteurs qui conditionnent le choix d'un moyen locatif Par les descriptions détaillées sur les emplois et sur les informations apportées par deux prépositions

françaises dans et sur, nous voudrions montrer la flexibilité incroyable d'un outil

précis dans son expression locative adéquate à une fin communicative En adoptant une approche toute différente de celle des études existantes, nous arriverons à qualifier les prépositions d'un réseau sémantique à différents niveaux,

ce qui nous permettra de voir comment notre cognition met en langue une scène spatiale

Enfin, nous exposerons dans la conclusion générale une synthèse de nos résultats obtenus permettant la vérification de nos hypothèses et les perspectives que nous envisagerons pour les recherches ultérieures

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Chapitre 1 - Cadre théorique et méthodologique

L’objectif de ce premier chapitre est de présenter les fondements théorique et méthodologique sur lequel s’appuie la thèse

Dans ce chapitre, nous proposons de passer en revue les principales approches de l’expression des relations spatiales avant d’aborder les travaux qui constituent le fil conducteur de nos analyses Le raisonnement sur les différentes approches nous amène à nous inscrire théoriquement à la lignée cognitive Il ressort tout naturellement de cette introduction aux problèmes liés à la représentation de l'espace, qu'il est nécessaire de clarifier cette notion de localisation spatiale, utilisée de façon récurrente dans les travaux présentés Puis, nous introduirons des concepts généraux déduits des études sur la construction locative de base, sur les éléments constitutifs de la localisation, et notamment sur la théorie de la vision avec sa structure cognitive et avec des changements dans les stratégies de localisation qui donnent lieu aux différents types de relation spatiale La deuxième partie du chapitre sera réservée à la présentation du corpus et des cadres d'analyse permettant d'appréhender de façon systématique des situations observées

1.1 Concepts généraux

1.1.1 Différentes approches de la localisation spatiale

La constitution du cadre théorique de notre étude ne pourrait se faire sans une prise en compte des approches principales L'examen de différentes approches a un double but : voir comment le traitement du domaine s'évolue dans l'histoire de la recherche et justifier le cadre théorique que nous avons choisi Nous examinerons

donc les travaux sur la localisation spatiale à travers l'approche formelle,

l'approche énonciative et l'approche cognitive

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1.1.1.1 La grammaire traditionnelle

Un simple coup d’œil d’ensemble sur les principales grammaires morphologiques nous montre que la grammaire traditionnelle aborde le problème de localisation spatiale à travers les catégories formelles des mots La tradition, quelles qu’en soient les variantes de présentation, traite explicitement de cette question dans

deux types de parties du discours sur la base de la notion de Lieu: les adverbes et

les prépositions de lieu servant à construire un complément circonstanciel

Robert Léon Wagner et Jacqueline Pinchon (1991) ou Georges Mauger (1968) ont présenté des recherches plus ou moins fines sur les adverbes et les prépositions de lieu mais les analyses sémantiques se sont limitées à une signification référentielle

ou à une opposition sémantique entre deux outils locatifs De telles descriptions n'ont pas pu recouvrir tous les usages possibles d’un terme, ni les glissements de

sens dans sa mise en mot En effet, si Mauger a défini les adverbes ici comme "un

endroit rapproché de celui qui parle" et là comme "un endroit plus éloigné"

[98:366], il a négligé par ailleurs d'expliquer le cas ó là est dit pour ici comme

dans l'exemple cité par lui-même (1) Où est cette aiguille?- Là, à mes pieds

Dans la plupart des cas, les expressions spatiales sont regroupées selon un critère sémantique de lieu sans aucune description précise sur leurs divers emplois ou

significations Même Le Bon Usage (1993), connu comme la grammaire la plus

descriptive de l’époque, ne traite que quelques expressions particulières en faisant des illustrations de sens et d’emplois empruntés plutơt au français d’autrefois qu’au français de nos jours L'ouvrage aborde à plusieurs reprises le phénomène de l'alternance des prépositions mais sans préciser les nuances de sens entre les

différents emplois, comme sont cités ces exemples (2) Il s'assit dans un fauteuil vs

Il trouva l'abbé sur son fauteuil de bois

Bref, la grammaire traditionnelle a laissé dans l’ombre le phénomène de la LS et d’autre part, elle ne tient pas vraiment compte de la situation de communication ou des processus cognitifs qui jouent un rơle non négligeable dans la production verbale de l’homme Cette tradition traite par exemple des emplois des

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partir pour, venir de) ou contraints par les noms compléments de lieu (dans la rue, sur la place, à la campagne) Les éléments pragmatiques ou conceptuels ne sont

pas pris en compte dans le traitement des phénomènes Une telle approche se veut priver de tout élément extralinguistique Comment peut-on expliquer le fait qu'un même contexte linguistique peut accepter des prépositions diverses? En effet, le

schème par exemple Je/être/Paris peut être valablement actualisé de trois

manières (Je suis à Paris, Je suis dans Paris, Je suis sur Paris) et la syntaxe ne

joue aucun rôle ici dans le choix des prépositions

1.1.1.2 L'approche énonciative

Nous pouvons citer quelques représentants de ce courant comme J Courtillon (1981), C Kerbrat-Orecchioni (1990), P Charaudeau (1992), D Maingueneau

(1999), etc Ces auteurs s'appuient sur la notion de déictique spatial Les

déictiques impliquent une prise en considération de certains éléments constitutifs

de la situation de communication, à savoir le rôle que tiennent des actants de l’énoncé dans le procès d’énonciation et la situation spatio-temporelle du locuteur

ces, cette) ou adverbes (ici, là)

Nous retenons particulièrement les travaux de Patrick Charaudeau (1992) avec des analyses assez approfondies d'une dimension à la fois linguistique et pragmatique

des formes locatives Il a introduit dans ses descriptions la notion de visée qui

permet de justifier le choix des outils spatiaux C’est par la détermination du point

de visée que les expressions apparemment synonymes se distinguent A titre

d'illustrations, hors de et en dehors de indiquent tous les deux que l'objet à

localiser est situé à l'extérieur du lieu localisateur mais se distinguent par une

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vision à visée interne pour hors de (3a) De temps en temps, il sortait la tête hors

de l'eau pour prendre une grande bouffée d'air, ou par une vision externe à ce lieu

pour en dehors de (3b) Certains préfèrent vivre en dehors de la ville

Figure 1.1 Différence de visée entre Hors de et En dehors de

(Source : Charaudeau [43:429,430])

Le repérage déictique s’effectue non pas par rapport à d’autres unités internes au discours mais par rapport à quelque chose qui lui est externe et hétérogène : il s'agit des données concrètes de la situation de communication comme le point de visée du locuteur, la distance entre le locuteur et l'objet à localiser ou le face à face des interlocuteurs La grammaire énonciative a fait ainsi un pas en avance par rapport à la tradition Pourtant, une critique vient du fait qu'elle ne s’intéresse qu’aux éléments physiques liés au locuteur et qu'elle n’aborde toujours pas les facteurs psychologiques et culturels de celui-ci en tant que maître actif de tout acte

langagier Charaudeau définit les prépositions près de / loin de en fonction de la distance: ces prépositions se distinguent par le fait que l'une "indique une grande

proximité" et l’autre "une grande distance" [43:435] En réalité, le jugement du

locuteur sur la distance peut varier selon qu'il envisage le chemin à pied ou en

voiture Ainsi, la même distance peut être décrite par près de ou par loin de et le

choix entre ces deux expressions dépend d'un facteur conceptuel du locuteur, pas

de la distance référentielle

1.1.1.3 L'approche cognitive

La linguistique cognitive développée depuis les années 80 du siècle dernier tend explicitement un pont entre le langage et la cognition dans laquelle s'exercent des processus extrêmement complexes Une des caractéristiques principales des recherches cognitives est l’hypothèse de la non autonomie du langage par rapport

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à d’autres activités humaines, comme le postule J.-P Desclés (1990): " le

langage n’est pas une activité cognitive autonome mais il entre en interaction avec les activités de perception, d’action et de raisonnement" [56:7] Etant donné que

l'espace constitue un domaine immédiat de la cognition, les cognitivistes lui accordent une place privilégiée dans leur recherche Leur projet général est donc d'analyser la langue de façon à faire apparaỵtre en elle les représentations et processus cognitifs nécessaires à la production et à la compréhension des expressions linguistiques L'approche cognitive prend en compte des facteurs psycho-socio-culturels du locuteur dans sa production verbale Face à la variation linguistique et à la diversité translinguistique, la linguistique cognitive se veut être une théorie sur la sémantique qui vise à régulariser les différents sens d'un lexème

à travers ses divers emplois dans une même langue ou dans plusieurs langues Ainsi, les cognitivistes arrivent à expliquer la variation dans le choix des outils entre les peuples Benoỵt Sagot (2002) estime que c'est en raison de la visibilité

que les Français disent (4a) La poignée est sur la porte alors que les Finnois

mettent en jeu la partie invisible du localisé en disant littéralement (4b) La poignée

est dans la porte

Bref, nous constatons que l’expression de la LS doit alors être traitée comme un acte de langage dans une situation de communication précise Elle doit être considérée comme un paramètre à la fois linguistique et pragmatique qui met en jeu tous les éléments extralinguistiques En effet, les formes linguistiques ne sont pas monosémiques, une même forme peut recouvrir différents sens selon les particularités de la situation de communication dans laquelle elle se trouve La tradition grammaticale ne traite pas de cette opération en tant que telle Mais il ne faut pas non plus se contenter de l’approche énonciative qui, pour le moment, ne traite qu’une partie de ce domaine: les déictiques spatiaux qui ne mettent en scène que la présence physique des locuteurs Il faut souligner que, entre le point de vue morphologique de la tradition grammaticale et le point de vue de la situation physique ó les deux interlocuteurs communiquent, il y a place pour le point de vue cognitico-sémantique qui rend compte de la mécanique conceptuelle des sujets

parlants L'énoncé qu'on entend souvent dans le métro parisien (5) Attention ! A

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cette station, descente à gauche ! ne pourra être correctement compréhensible et

décodé que par une expérience partagée entre les locuteurs et non pas par leur

position physique A gauche dans cette annonce fait référence à l’orientation de

déplacement du train et non à l'ego de l'interlocuteur Il s’agit d’une orientation fonctionnelle de l’objet en question et non une orientation physique basée sur l’observateur

Il convient par conséquent de s’orienter vers une grammaire de sens qui essaie de décrire la langue du point de vue de l’intention du sujet parlant sans pour autant négliger les contraintes syntaxiques de la construction des énoncés, tout en tenant compte des circonstances du discours Cette grammaire se doit d’une part de définir le processus sémantique qui correspond à cette intention, d’autre part de regrouper les moyens linguistiques qui permettent de l’exprimer en éliminant ceux qui, malgré leur apparente similitude formelle ou fonctionnelle, appartiennent à une autre intention de sens Cette grammaire se trouve effectivement dans le cadre d’une approche cognitive interculturelle de la linguistique

Avec l'émergence de la linguistique cognitive, l'étude du traitement par la langue des relations spatiales est devenue extrêmement intéressante En accordant à l'espace un intérêt particulier, l'approche cognitive permet de voir une variabilité évidente entre les langues dans leur représentation de ce domaine fondamental Chaque langue dispose de sa propre façon de découper l'espace et de le structurer

Ce qui est important, c'est que les recherches cognitives arrivent à expliquer cette variabilité linguistique liée non seulement aux paramètres linguistiques mais surtout aux contraintes d’ordre culturel et pragmatique En effet, la représentation linguistique n'est pas une simple transcription directe de la réalité L'espace est d'abord construit par notre prisme puis reconstruit par la langue Ainsi, cet espace linguistique véhicule certainement des éléments psycho-socioculturels de l'observateur, de même que pour la représentation des relations entre les objets dans l’espace Les recherches en linguistique cognitive apporteront des éclaircissements sur ce sujet

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1.1.2 Quelques recherches cognitives sur la localisation spatiale

Si la linguistique cognitive (Cognitive Linguistics), née dans la seconde moitié du siècle dernier, est relativement jeune par rapport à d'autres approches, les recherches à visée cognitive sur la localisation spatiale sont aussi nombreuses que diversifiées Dans cette partie, nous allons faire une esquisse des figures représentatives du domaine concerné de cette approche dans le monde, en France

et au Vietnam

1.1.2.1 Le courant californien

Les pionniers de la linguistique cognitive (désormais LC) se rencontrent en Californie aux Etats-Unis Leurs travaux sont à la fois théoriques et descriptives Parmi les principaux tenants de ce courant, nous allons présenter ceux qui ont inspiré notre étude: R Jackendoff (1992, 1999), Stephen C Levinson (1996) et L Talmy (2003)

a Les travaux de Ray Jackendoff

Les travaux de Ray Jackendoff sur la représentation de l'espace ont une dimension essentiellement psychologique Ray Jackendoff et Barbara Landau (1992), en faveur du propos selon lequel la cognition spatiale distingue deux systèmes "Quoi"

et "Où", ont exposé la question How language encodes objects and spatial

relationships? Après avoir examiné un grand nombre de prépositions en anglais

(near, at, into, on top of, in back of,…), ils ont postulé deux hypothèses

importantes La première propose que la représentation cognitive des relations spatiales soit beaucoup plus riche que l'expression de celles-ci par la langue, par exemple les détails sur les propriétés géométriques des objets seront neutralisés dans la représentation linguistique:

[…] the spatial representation can itself encode a rich range of spatial relations, making use of detailed properties of objet shapes However, most

of these are 'invisible' to the language faculty and are therefore neutralized

or filtered out in the translation to linguistic format [22:120]

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La deuxième hypothèse porte sur la représentation entre le système "Quoi" et le système "Où" de la cognition spatiale en stipulant que la représentation spatiale est relativement riche quand il s’agit de décrire la forme de l’objet et relativement pauvre quand il s’agit de décrire les relations spatiales:

[…] spatial representation itself relatively rich in its possibilities for describing object shape, but it is relatively limited in the way it can use objects shape to encode spatial relations [22:121]

Les idées de Jackendoff nous offrent un renseignement précieux, c'est que les relations spatiales sont en général exprimées d'une manière qualitative par une forme linguistique qui fournit par ailleurs un bon nombre d'informations combinatoires sur les objets-entités et que par conséquent, la description de cette forme linguistique doit matérialiser ce niveau cognitif "invisible"

Jackendoff (1999) cherche cette fois à discerner la relation entre la langue et la

cognition dans ce qu'il appelle respectivement la structure conceptuelle et la

représentation spatiale Il commence l'article en se posant la question How do we talk about what we see? Sa théorie est basée sur la notion de Modularité représentationnelle (Representational Modularity) Selon cette notion, il existe

dans notre cerveau des modules spécifiques à un domaine de représentation et la

représentation linguistique interagit avec la représentation visuelle Il a proposé

explicitement une architecture cognitive avec des interfaces entre les modules à trois niveaux de l'information visuelle (retinotopic - imagist - représentation spatiale) et les modules à trois niveaux de l'information linguistique (phonology - syntax - conceptuel structure) La conclusion à en tirer est que nous parlons d'une manière constructiviste à différents degrés de ce que nous voyons

b Les travaux de Talmy

Leonard Talmy dans son livre Toward a cognitive semantics (2003) a réservé un chapitre tout entier à répondre à la question How language structures space? Ses

analyses sont de caractère psycholinguistique et sa contribution est double: préciser des notions fondamentales en matière de cognition spatiale et analyser

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minutieusement un certain nombre de prépositions en anglais selon sa théorie sur

la fonction de schématisation de la langue Il s'intéresse particulièrement à la complexité des entités et des relations spatiales exprimées par une forme linguistique Talmy est largement connu pour sa distinction entre les notions de

Figure et de Ground désignant respectivement l'entité localisée et l'entité

Quant aux analyses linguistiques, un grand nombre de prépositions en anglais

(across, in, into, near, on, in front of, …) sont documentées pour illustrer ses

hypothèses sur la schématisation par la langue et sur le localisme Selon lui, la langue joue le rôle fondamental dans la description de l'espace par la

schématisation à travers les classes fermées "the chapter considers the

foundational role played in linguistic space descriptions by schematization"

[26:177] et cette façon de représenter l'espace est considérée comme celle dont la

langue structure les autres domaines tels que la temporalité ou la causalité "The

way language represents meaning, as generalized from the way it structures space" [26:239] Talmy estime que décrire une préposition vise à décrire les traits

sémantiques tellement riches impliqués dans son schéma cognitif Pour l'illustrer,

Talmy analyse la préposition across dans la phrase (6) The board lay across the

railway bed (litt La barque se trouvait en travers de la voie ferrée) Cette

préposition en anglais comporte les traits suffisamment nécessaires à l'expression : elle découpe l’espace en deux régions Figure et Ground (F-G) et indique ici que la Figure (the board) est linéaire, le Ground (la voie ferrée) est

"ribbonal", en d'autres termes un espace plane délimitée le long de deux bords parallèles Cette préposition indique également que ces deux régions entretiennent une certaine relation de position ou d'orientation l’une à l'autre, résumée comme suit

a F est linéaire (et généralement limitée aux deux extrémités)

b G est ribbonal

c L'axe de F est horizontal

d Les axes des entités sont sensiblement perpendiculaires

e F est parallèle à la surface de G

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f F est en contact avec les deux bords de G

g La longueur de F est au moins aussi grande que la largeur de G

h F touche à la fois des bords de G

i Toute extension de F au-delà des bords de G n'est pas énormément plus grande que la largeur de G elle-même

Selon Talmy, le locuteur va choisir une autre préposition à chaque fois qu'un trait

manque Si les axes des entités sont perpendiculaires (trait d), c'est la préposition a

long qui est mobilisée pour donner The board lay a long the railway bed Si la

longueur de F est moins grande que la largeur de G (trait g), c'est la préposition on

qui s'emploie pour produire The board lay on the railway bed Et ainsi de suite

Les descriptions de Talmy montrent que l'emploi d'une préposition nous informe densément sur son schéma cognitif

c Les travaux de Levinson

Si les travaux de Jackendoff et de Talmy se limitent à la langue anglaise ou plutôt aux langues indo-européennes, les recherches de Stephen C Levinson (1996) ont une dimension inter-linguistique Elles portent sur la différence de conceptualisation de l'espace entre les communautés linguistiques assez éloignées

En travaillant sur le tzeltal - une langue maya parlée au Mexique, Levinson stipule

le relativisme linguistique en proposant que les langues n'utilisent pas les mêmes

concepts spatiaux Les termes comme gauche/droite qui nous sont très familiers

n'existent pas en langue tzeltal Les locuteurs de tzeltal localisent les choses sur la

base des termes nord/sud A l'encontre du raisonnement général que la langue

représente la conceptualisation cognitive, Levinson offre des preuves expérimentales qui attestent que c'est la langue qui détermine notre conceptualisation spatiale et non pas l'inverse:

Languages simply do not use the same or even similar spatial concepts […]; in short, language may determine the cognitive categories rather than the other way around [25:356]

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Ce postulat est très important en ce sens que dans de nombreux cas, voire dans la plupart de cas, nous parlons suivant les usages sans faire attention à ce qu'une forme signifie

Ce qui est universel selon Levinson, c'est qu'il n'existe que trois types de cadres de référence et que les langues, malgré leurs variations, font le choix parmi ces trois types La typologie des cadres de référence proposée par Levinson est largement acceptée et nous y reviendrons plus en détails ci-après (voir 1.2.1)

1.1.2.2 Le courant cognitif en France

Les études cognitives se sont intensifiées en France depuis l'émergence de la LC aux Etats-Unis Elles sont tellement diversifiées et tellement nombreuses que les spécialistes linguistiques préfèrent nommer les Grammaires cognitives qui rassemblent toutes les théories à visée cognitive telles que la grammaire sémiotique cognitive, la pragmatique cognitive, la grammaire énonciative, la grammaire néo-fonctionnelle, la grammaire typologique des langues, la grammaire applicative, etc

Si certains linguistes de ce courant français se penchent plutôt sur le côté théorique

de la LC et de la représentation de l'espace, toute une série d'études approfondies portent sur l'expression de l'espace dans la langue, notamment en français A noter tout d’abord Deslés (1990, 1994, 2003), Catherine Fuchs (2004), Victorri (2004) qui essaient de présenter un fond théorique de la LC en décrivant son objet, sa méthodologie de recherche et ses perspectives, ensuite Fauconnier (1984) qui

raisonne sur la notion de Espaces mentaux ou Aurnague et ses collaborateurs

(1991) qui, de leur côté, traitent directement du domaine de la représentation de l'espace à trois niveaux: géométrique, fonctionnel et pragmatique A côté des contributions théoriques, se développent les études descriptives de nombreuses catégories du français L'ouvrage de Richard Huyghe est une étude descriptive des

noms généraux d'espace en français, notamment les trois noms lieu, endroit et

espace qui, par leur différence sémantique, syntaxique et référentielle, véhiculent

une représentation complexe de l'espace Quant à lui, André Borillo montre que

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toutes les catégories lexicales en français peuvent contribuer à la description des relations spatiales Ses apports sont reconnus notamment pour les descriptions des verbes locatifs et des noms de localisation internes Notre remarque porte particulièrement sur les analyses sémantiques assez contradictoires des trois auteurs Vandeloise, Flageul et Victorri sur les prépositions spatiales en français et nous choisissons d'examiner en détails leurs études

a Les concepts fonctionnels de Vandeloise

Claude Vandeloise (1986), considéré comme le premier tenant du courant cognitif

français, est très connu pour ses notions fonctionnelles de porteur/porté et de

contenant/contenu dans ses descriptions des prépositions sur et dans Il commence

son livre par adresser des critiques à la conception géométrique topologique traditionnelle de la sémantique des prépositions spatiales Postulant que l'homme

se réfère à lui-même pour exprimer les relations spatiales, la sémantique géométrique et topologique décrit la signification des prépositions à emploi spatial sur la base des trois axes géométriques de l'espace et de la notion de

dimensionnalité Ainsi la préposition sur est définie comme préposition

bidimensionnelle désignant une position supérieure de l'objet localisé par rapport à

indépendante du contexte et du locuteur aussi bien que de la fonction des objets localisés dans l'espace" 115:11]

Vandeloise propose par conséquent une approche fonctionnelle des prépositions sur les critères visant à assurer la cohérence de la description des relations spatiales et à diminuer leur polysémie Pour les nombreux usages de la préposition

sur, l'auteur introduit le concept d'une relation entre le porteur et le porté exprimée

par sur en définissant "a est sur b si sa cible est le deuxième élément de la relation

porteur/porté et son site le premier élément de cette relation" [115:195] De

même, dans est qualifiée d’une relation entre le contenant et le contenu "a est dans

b si le site et la cible sont le premier et le deuxième élément de la relation contenant / contenu" [115:222]

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Les définitions de Vandeloise mettent en jeu la fonction que jouent les entités et

non pas leurs propriétés géométriques Ces concepts des relations fonctionnelles

semblent s'appliquer à un très grand nombre de cas exemplifiés par l'auteur : la

préposition sur peut admettre une position supérieure de l'objet localisé comme dans (7a) La tasse est sur la table, une position inférieure dans (7b) Il y a une

tache sur le plafond, une position au même niveau dans (7c) La mouche est sur le mur et enfin une position sur plusieurs axes dans (7d) Les feuilles sont sur l'arbre

Elle peut admettre également une position indirecte de la cible par rapport au site :

il se dit La tasse sur la table lorsque la tasse est mise sur une assiette qui est sur la

table Ces concepts expliquent d'ailleurs quelques cas d’alternance des

prépositions, à savoir la différence d'emploi entre (8a) La pomme est sur le plateau

et (8b) La pomme est dans le plat résidant dans la fonction que jouent les sites : le

porteur dans la première phrase et le contenant dans la seconde

L'apport de Vandeloise à la sémantique des prépositions est certes remarquable, les conclusions de cet auteur font toujours polémiques et des contre-exemples à ce qu'il a préconisé continuent à être relevés Les critiques viennent surtout de Flageul qui montre que les notions fonctionnelles de Vandeloise n'ont plus de sens

au cas ó l'entité-cible n'est pas un objet concret mais un événement

b Le concept d’opérateur topologique de Flageul

De son cơté, dans sa thèse de doctorat, Valérie Flageul (1997) essaie de dégager

un invariant cognitif d'une préposition en tenant compte de tous ses usages sans se restreindre aux emplois statiques ou dynamiques Selon cette auteure, la description sémantique à l'aide des rapports porteur/porté ou contenant/contenu de Vandeloise ne peut pas se généraliser au cas ó il ne s'agit plus d'une relation entre

deux objets mais entre un état/un événement et un lieu Selon elle, l’exemple (9) Il

fait chaud dans cette maison n’expose aucune idée de contenu/contenant Par

conséquent, Flageul propose de voir les prépositions comme des opérateurs qui spécifient un lieu; et ces derniers se relient donc au groupe nominal sous forme

schématique: Cible - V Relateur - (Pré + Site) De ce fait, la description

sémantique d'une préposition ne modifie pas le schème du verbe, que ce soit un

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schème statique ou dynamique Ainsi, cette approche s'oppose à celle de Vandeloise avec qui les prépositions sont des relateurs attachés au syntagme

verbal sous forme Cible - (V + Pré) – Site, du coup Vandeloise doit limiter ses analyses à la structure être + pré

Alors, Flageul cherche à décrire la signification de la préposition elle-même et non celle de la relation dans laquelle elle s’inscrit:

Pour décrire le sens des prépositions, nous ne nous intéressons donc pas à décrire les positions respectives de deux objets, ce qui consisterait à décrire la relation, mais à déterminer l’opération qui permet de spécifier

un lieu [62]

L’étude de la signification de la préposition prise isolément du verbe revient à considérer comme repère le lieu correspondant au syntagme prépositionnel En

effet, si l’on entend, hors contexte, des énoncés comme dans la voiture, sur la

table, on se représente quelque chose, soit l’intérieur de la voiture, soit la surface

supérieure de la table

Selon la démarche adoptée par Flageul, les prépositions en tant qu'opérateurs ont pour valeur un fragment de l'espace qui est mis en relation avec un état de chose

comme la localisation d'une entité-cible La préposition sur est alors caractérisée

par la notion de frontière L'auteure conclut que ce qui est commun à toutes les

significations de la préposition sur est le repérage par rapport à une frontière selon une certaine direction : la direction liée à la pesanteur Le livre sur la table, la direction impliquée par le mouvement Appuyer sur le bouton, la direction impliquée par une direction perceptive Une vue sur la mer et enfin plus généralement le visible L'affiche sur le mur

Quant à la préposition dans, elle exprime uniquement une intériorité La

préposition est employée lorsque l’on veut signifier un intérieur Il s'agit d'un opérateur qui s'applique à une entité de type quelconque, comme le montrent ses

exemples : à un lieu (10a) Paul est dans la grande salle, à un état affectif (10b)

Paul est dans une colère noire, à un collectif (10c) Paul est dans la foule

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de cette entité D'autre part, la nature de l'entité-cible a, elle aussi, une certaine

détermination sur le sémantisme des prépositions Pour (11a) Il y a de l'eau dans le

verre, dans considère la partie contenant du verre, tandis que pour (11b) Pierre a une plume dans les cheveux, dans repère seulement la partie occupée par la plume

Le décodage de la signification des prépositions exige alors des connaissances linguistiques et culturelles sur les propriétés des entités en question En plus, cette

définition permet de faire une comparaison avec à l’intérieur de qui véhicule l’idée de partie contenant et non la préposition dans comme l’estime Vandeloise

c Le concept de topologie de la scène verbale de B Victorri

Bernard Victorri (2003) constate que les définitions dans les conceptions de Vandeloise ou de Flageul s'inscrivent dans le référentialisme qui se limite à caractériser le sens spatial des prépositions uniquement par des propriétés référentielles, qu'elles soient topologiques ou fonctionnelles, liées à une situation réelle de l’espace physique du monde Or, les représentations langagières d’une

scène réelle ne sont pas tout à fait objectives "…quand un locuteur parle d’une

situation réelle, il ne se contente pas généralement de la décrire objectivement, il

en donne sa 'vision', il la présente d’un certain point de vue" 118:125] Donc, le

sens du terme locatif doit être défini dans les interactions de tous les éléments participant à la scène Il s’agit d’une mise en scène d’un certain point de vue dans l’objectif d'évoquer un bon fonctionnement de chaque élément constitutif à des fins communicatives

Victorri justifie que ses nouvelles terminologies rejoignent les notions topologiques (l’intérieur ou la frontière) et fonctionnelles (servir de contenant ou

de support) dans cette construction de la scène spatiale qu’il appelle "scène verbale" Toutefois, il souligne que ses définitions renvoient à la topologie de la scène verbale qui dépasse la topologie des entités physiques parce que la topologie

de la scène verbale peut introduire dans la représentation des propriétés

psychologiques ou culturelles: "chaque relation topologique est investie de

propriétés anthropologiques qui déterminent le sens de ces relations" 118:127]

Victorri estime que les expressions Un homme dans la prison vs Un homme en

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prison décrivent toutes les deux la même relation topologique de la cible à

l'intérieur du site, simplement l'espace convoqué par en introduit encore une propriété culturelle qui est la qualité En n’est pas une préposition purement locative mais également qualificative qui qualifie la cible Ainsi, dans la prison désigne une localisation spatiale pure et en prison désigne une localisation spatio- notionnelle Un homme en prison désigne à la fois que la personne est dans la prison et qu’elle est prisonnière, alors qu’Un homme dans la prison indique que la

personne se trouve à l'intérieur de la prison mais qu’elle n’est pas forcément prisonnière

Avec ce concept de topologie de la scène verbale, on voit que les prépositions peuvent décrire les relations sous différents angles : géométrique, fonctionnel ou

pragmatique, comme l'affirme l'auteur "Les rapports fonctionnels et autres

propriétés socio-anthropologiques vont donc jouer un rôle aussi important que les relations géométriques dans le choix des prépositions" 118:127] Dans cette

nouvelle perspective, les analyses des prépositions de Victorri se distinguent parfaitement de l’approche de la topologie référentielle

1.1.2.3 Le courant cognitif au Vietnam

Il faut signaler que la relation entre la langue et la culture n'est pas chose nouvelle dans les recherches linguistiques à l'étranger comme au Vietnam Dès 1954, Phan Khoi a constaté les différents modes de description concernant les points de repère

"nord" et "sud" d'un lieu dans la pratique des Français, des Chinois et des Vietnamiens Selon l'auteur, les Français disent Monter au nord et Descendre au

sud parce que le nord du pays se situe plus haut sur la carte géographique que le

sud, alors que ces mêmes expressions utilisées par les Chinois sont liées à l'altitude

du nord de la Chine plus élevée par rapport au sud Par contre, les Vietnamiens

disent Ra Bắc, Vào Nam (litt sortir dans le nord, entrer dans le sud) en raison

d'une vision d'un espace plus large donc plus ouvert (le nord) par rapport à un espace plus fermé (le sud)

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Depuis une vingtaine d'années, sous l'influence des avancées en psycholinguistique venues de l'étranger, de nombreuses études des auteurs vietnamiens se tournent vers la façon dont leurs concitoyens représentent l'espace

et les relations spatiales L'étude de Nguyễn Đức Dân (1996) se caractérise par des analyses psycholinguistiques sur l'anthropocentrisme et le localisme L'ouvrage de Nguyễn Lai (2001) traite de la sémantique des verbes de mouvement en vietnamien Đinh Lư Giang (2002) fait une étude comparative franco-vietnamienne sur l'expression des relations spatiales et sur les facteurs qui décident

le choix d'un marqueur ou d'un autre Les travaux de Trần Quang Hải (2001, 2010) relèvent les différences dans l'usage des prépositions spatiales entre l'anglais et le vietnamien selon l'approche pragmatique… Et, c'est Lý Toàn Thắng (2008, 2009) qui est sans doute retenu comme la figure la plus importante du courant cognitif au Vietnam en raison de ses recherches à la fois théoriques et expérimentales sur la

LC ainsi que sur la variation de l'expression de l'espace dans les langues, depuis la

notion de concept jusqu'aux analyses des catégories linguistiques du vietnamien et

à ses études contrastives avec plusieurs langues telles que le français, l'anglais et le russe

Les travaux de Lý Toàn Thắng abordent plusieurs questions liées à la conceptualisation spatiale: les trois types d'espace (l'espace naturel, l'espace cognitif et l'espace linguistique); les deux niveaux de représentation spatiale (niveau perceptif et niveau conceptuel); l'égocentrisme dans la détermination des axes spatiaux, etc Ses descriptions sémantiques comparatives des formes linguistiques sont aussi très riches et remarquables Il s'agit des analyses de plusieurs catégories: prépositions, verbes, noms de lieu et noms de localisation interne

1.1.3 La notion de Localisation spatiale

Une étude scientifique ne pourrait se réaliser sans une identification adéquate de son objet de recherche Dans notre champ d'investigation, jusqu'à l'heure actuelle,

on peut dénombrer beaucoup de définitions de ce qu'on appelle la Localisation spatiale Ces définitions sont toutes bien fondées mais chacune souligne seulement

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un (ou quelques-uns) des aspects de cette tâche de localiser un objet dans l'espace Par conséquent, pour identifier notre objet de recherche, il nous sera difficile de nous tenir à une seule définition La compréhension de la localisation telle qu'elle est considérée dans cette thèse sera basée sur les différents traits des définitions les plus courantes à notre connaissance

1.1.3.1 Une catégorie lexico-grammaticale

La grammaire traditionnelle décrit la langue en découpant globalement le discours

en un certain nombre d'espèces de mots qu’elle retrouve plus ou moins dans la plupart des langues : les noms, les verbes, les pronoms, les adjectifs, les adverbes Les chercheurs essayaient d'analyser les unités selon leurs caractéristiques morphosyntaxiques Cette description est dite, comme toujours, formelle De nos jours, avec l’évolution de la linguistique, les grammairiens font beaucoup d’efforts pour établir une grammaire à base sémantique, qui privilégie les mécanismes de construction du discours de la part du locuteur Alors, on a toujours cherché à établir une grille d’analyse sémantique susceptible de recouvrir toutes les ressources linguistiques Les recherches ne visent plus aux catégories formelles mais aux catégories appelées lexico-grammaticales qui révèlent des domaines sémantiques fréquemment utilisés A l'opposé des catégories purement grammaticales s'étendant à tous les mots de la même classe, les catégories lexico-grammaticales n'affectent qu'une partie des mots d'une classe qui manifestent une interaction sémantique et fonctionnelle dans leur emploi Ainsi les prépositions spatiales sont étudiées séparément des prépositions temporelles Par ailleurs, les catégories lexico-grammaticales regroupent les mots et expressions des classes

différentes : l'expression de la cause par exemple sélectionne les prépositions (en

raison de), les conjonctions (car), les verbes (provoquer), … mais aussi les

structures comme le participe présent

Selon la classification de Bernard Pottier (1987) sur les catégories grammaticales et leurs interrelations, trois niveaux se distinguent Le premier niveau regroupe les êtres, les structures et les valorisations Au deuxième niveau,

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lexico-fonctions de détermination Le troisième niveau indique que l’actance exprime soit l’état de l’être, soit l’action par un sujet sur un objet et la détermination en trois champs sémantiques : la spatialité, la temporalité et les notions

Figure 1.2 Les catégories lexico-grammaticales

Bref, la localisation spatiale appartient à la spatialité considérée comme un des trois champs sémantiques majeurs dans la linguistique contemporaine Elle trouve

sa place dans le schéma (Figure 1.2) sur les catégories lexico-grammaticales Par cette classification de la localisation spatiale en catégorie lexico-grammaticale, les analyses des unités linguistiques doivent tenir compte de leur double nature : outil grammatical servant à établir un rapport entre les entités et outil lexical ayant chacun ses caractéristiques sémantiques propres

Le schéma nous renseigne également que les objets peuvent être mis en relation d'ordre spatial, temporel et notionnel (dit aussi abstrait) Cette tripartition des domaines sémantiques majeurs de la représentation linguistique - espace, temps, notions - retient particulièrement l’attention des cognitivistes selon qui existent des

Les domaines sémantiques de la grammaire

0 20 40 60 80 100

1st Qtr 2nd Qtr 3rd Qtr 4th Qtr

East West North

La localisation spatiale

Les notions

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interfaces entre les domaines, ce qui explique les expressions inter-domaines, spatio-temporelle ou spatio-notionnelle par exemple

Selon les cognitivistes, à l’intérieur du domaine spatial, diffèrent deux types d’expression correspondant à deux systèmes de représentation: le "Quoi" qui décrit les objets et le "Où" qui décrit les relations entre les objets Portant sur la localisation, notre préoccupation se situe dans le "Où"

Les langues naturelles rendent compte de manière générale de deux types de relations spatiales: les relations statiques et les relations dynamiques Quel type de relation exprime donc plus précisément une localisation? Les éléments de définition se trouvent dans les parties qui suivent

1.1.3.2 Une description langagière des relations statiques dans l'espace

Pour A Dagnac (2005), la localisation spatiale est une activité langagière qui se sert d'un moyen linguistique pour mettre en relation dans l'espace deux objets

nommés cible et site, termes largement utilisés dans la grammaire française suite

aux études réalisées par Vandeloise (1986) pour désigner respectivement l'objet à localiser et l'objet localisateur

Localiser, c'est avant tout situer, à l'aide d'un localisateur, des items (dits cibles) relativement à d'autres (dits sites, en principe, eux-mêmes préalablement et contextuellement situés) qui servent de repère [51:100]

(1990) qui fait la distinction d’une part entre deux types de relations des objets dans l'espace et de l'autre entre les caractéristiques de ces objets L'auteure nous fait entendre par LS l'expression d'une relation statique, et non dynamique, dans laquelle l'objet localisateur est mieux connu, plus stable et plus visible que l'objet-localisé:

[…] la localisation spatiale peut être représentée comme une expression dans laquelle une relation statique est établie entre deux termes, l'un désignant un objet à localiser, l'autre un repère par rapport auquel se

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précise la localisation, repère dont la position est mieux établie parce que mieux connue, plus stable, plus visible [37:75]

Borillo souligne que la spatialité distingue la localisation de la transivité La différence entre ces deux catégories réside dans le fait que l'une porte sur les fixations de lieu alors que l'autre sur les changements de lieu, autrement dit la localisation désigne l'expression des relations statiques dans l'espace alors que la transitivité décrit les relations mobiles

Quoique ces deux catégories soient assez proches sémantiquement, c’est-à-dire concernant le même domaine qui est la spatialité, il est nécessaire de les traiter différemment En effet, l'expression d’un changement de lieu a recours à des moyens linguistiques tout autres que celle d’une fixation de lieu Si cette dernière

s'exprime notamment par un verbe d'état comme se trouver ou se situer, l'autre se sert de préférence d'un verbe de mouvement comme courir ou traverser Si les

prépositions spatiales associées aux verbes d’état décrivent souvent une position, celles associées aux verbes de mouvement décrivent habituellement une direction

Ainsi, la préposition à dans une construction locative être à désigne une position

de cọncidence, elle désigne une direction d’approche dans une construction de

transivité aller à

Cependant, l'expression de localisation peut se servir d'un verbe de mouvement

comme dans (12) Le Doubs coule à quelques centaines de pieds au-dessous de ses

fortifications ou la description d'une direction peut être l'expression de la

localisation comme dans (13) […] c’est une ruelle, qui débouche sur le quai de

l’Aiguillon Par conséquent, les frontières entre la localisation et la transivité

restent parfois floues et un marqueur à double valeur exige une interprétation

correspondant à la situation communicative Par exemple, (14) Il a marché dans

une flaque d'eau s’interprétera comme une localisation dans le sens que le sujet

qu’il a marché en mettant ses pieds dans la flaque d'eau

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1.1.3.3 Une représentation de l'espace cognitif par la langue

La localisation spatiale en tant que l'activité langagière n'est pas une représentation directe de la réalité Lý Tồn Thắng (2009) distinguent nettement trois niveaux

concernant la notion d'espace: l’espace de l’extériorité (en d'autres termes espace

naturel, espace physique), l’espace de la perception humaine (espace perceptif, espace cognitif), et enfin l’espace exprimé par les mots (espace linguistique)

L’espace du monde naturel prend un sens philosophique Il se définit comme le milieu homogène et illimité contenant tous les objets et les étendues finies Quand l’espace naturel est projeté dans la pensée de l’homme, il est vu à travers le prisme

de l’homme avec une certaine distance par rapport à la réalité, puis cet espace perceptif déjà modifié est réorganisé et exprimé par les mots dont la signification n’échappe point au mode de vision des utilisateurs Ces trois espaces sont étroitement liés et un traitement linguistique de l’espace implique un niveau cognitif profond Ainsi, l’espace dans lequel les objets sont localisés par une forme linguistique n’est pas l’espace au sens philosophique mais un espace saisi par la perception sensible qui constitue le contenu de la représentation en langue - espace cognitif C’est cet espace cognitif qui nous offre des scènes spatiales à décrire,

qualifiées en termes de scènes verbales par Victorri (2003)

Il s'agit de supposer que l'activité de langage conduit à la construction par les sujets parlants impliqués dans l'interlocution (que celle-ci soit directe : dans la parole, ou indirecte : dans l'écrit), d'un espace (ou mieux un champ) intersubjectif partagé ó se donnent à voir des entités et des événements, constituant ce que l'on appelle donc "une scène verbale", d'une nature cognitive très spécifique [118:6]

Nous comprenons à présent pourquoi la LS implique toujours un mode de vision propre à une langue L'espace cognitif est conçu comme l'image construite par notre appareil perceptif de toutes les formes spatiales et de leurs relations existant dans la réalité absolue Contrairement à l'espace naturel, cette construction de l'espace est subjective, empirique et donc relative La vision et la représentation

Ngày đăng: 05/12/2020, 08:13

TÀI LIỆU CÙNG NGƯỜI DÙNG

TÀI LIỆU LIÊN QUAN

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