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The Project Gutenberg EBook of Baccara, by Hector Malot doc

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Après avoir travaillé quelquesannées dans la fabrique paternelle ensortant du collège, il avait fait un voyaged'études en Allemagne, en Autriche, enRussie, et alors on avait dit, à Elbeu

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The Project Gutenberg EBook of Baccara, by Hector Malot

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with this eBook or online at

www.gutenberg.net

Title: Baccara

Author: Hector Malot

Release Date: April 27, 2004 [EBook

#12174]

Language: French

*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK BACCARA ***

Trang 3

Produced by Christine De Ryck, Renald Levesque and the Online

Distributed Proofreading Team This file was produced from images

generously made available by the

Bibliothèque nationale de France

(BnF/Gallica) at http://gallica.bnf.fr

BACCARA

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cependant a été pour la ville qu'il traverse

ce que le Furens a été pour Saint-Etienne

et l'eau de Robec pour Rouen.—Cetterivière est le Puchot Il est vrai que de sasource à son embouchure elle n'a quequelques centaines de mètres, mais si peulong que soit son cours, si peuconsidérable que soit le débit de ses eaux,ils n'en ont pas moins fait la fortuneindustrielle d'Elbeuf

Pendant des centaines d'années, c'est surses rives que se sont entassées lesdiverses industries de la fabrication dudrap qui exigent l'emploi de l'eau, lelavage des laines en suint, celui des lainesteintes, le dégraissage en pièces, et il afallu l'invention de la vapeur et des puitsartésiens pour que les nouvelles

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manufactures l'abandonnent; encore

n'est-il pas rare d'entendre dire par les

Puchotiers que la petite rivière n'a pas été

remplacée, et que si Elbeuf n'est plus cequ'il a été si longtemps, c'est parce qu'on arenoncé à se servir des eaux froides etlimpides du Puchot, douées de toutessortes de vertus spéciales qui luiappartenaient en propre Mauvaises, leseaux des puits artésiens et de la Seine,aussi mauvaises que le sont les drogueschimiques qui ont remplacé dans lateinture le noir qu'on obtenait avec le broudes noix d'Orival

Le Puchot a donc été le berceau d'Elbeuf;c'est aux abords de ses rives basses ettortueuses, au pied du mont Duve d'ó ilsort, à quelques pas du château des ducs,

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rue Saint-Etienne, rue Saint-Auct quidescend de la forêt de la Londe, rueMeleuse, rue Royale, que peu à peu sesont groupés les fabricants de drap; etc'est encore dans ce quartier aux maisonssombres, aux cours profondes, aux ruellesétroites ó les ruisseaux charrient deseaux rouges, bleues, jaunes quelquefoisépaisses comme une bouillie laiteusequand elles sont chargées de terre àfoulon, que se trouvent les vieillesfabriques qui ont vécu jusqu'à nos jours.

Une d'elles que le Bottin désigne ainsi:

«Adeline (Constant), O *, médailles A

1827 et 1834, O 1839, 1844, 1849, 1reclasse Exposition universelle de 1855,hors concours 1867, médaille de progrès

Vi e nne , nouveautés pour pantalons,

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jaquettes et paletots», occupe, impasse

du Glayeul, une de ces cours étroites etnoires; et c'est probablement la plusancienne d'Elbeuf, car elle remonteauthentiquement à la révocation de l'Édit

de Nantes, quand les grands fabricants quiavaient alors accaparé l'industrie du drap

en introduisant les façons de Hollande etd'Angleterre, forcés comme protestants dequitter la France, laissèrent la place libre

à leurs ouvriers Un de ces ouvriers senommait Adeline; il était intelligent,laborieux, entreprenant, doué de cet espritd'initiative et de prudence avisée qui est

le propre du caractère normand: mais, liépar l'engagement que ses maîtres luiavaient imposé, comme à tous sescamarades, d'ailleurs, de ne jamaiss'établir maître à son tour, il serait resté

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ouvrier toute sa vie Libéré par le départ

de ses patrons, il avait commencé àfabriquer pour son compte des drapsfaçon de Hollande et d'Angleterre, et ilétait devenu ainsi le fondateur de lamaison actuelle; ses fils lui avaientsuccédé; un autre Adeline était venu aprèsceux-là; un quatrième après le troisième,

et ainsi jusqu'à Constant Adeline, que lenom estimé de ses pères, au moins autantque le mérite personnel, avaient faitsuccessivement conseiller général,président du tribunal de commerce,chevalier puis officier de la Légiond'honneur, et enfin député

C'était petitement que le premier Adelineavait commencé, en ouvrier qui n'a rien etqui ne sait pas s'il réussira, et il avait fallu

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des succès répétés pendant des sériesd'années pour que ses successeurs eussent

la pensée d'agrandir l'établissementprimitif; peu à peu cependant ils avaientpris la place de leurs voisins moinsheureux qu'eux, rebâtissant en briquesleurs bicoques de bois, montant étages surétages, mais sans vouloir abandonnerl'impasse du Glayeul, si à l'étroit qu'ils yfussent Il semblait qu'il y eût dans cetteobstination une religion de famille, et que

le nom d'Adeline formât avec celui duGlayeul une sorte de raison sociale

Pour l'habitation personnelle, il en avaitété comme pour la fabrique: c'étaitimpasse du Glayeul que le premierAdeline avait demeuré, c'était impasse duGlayeul que ses héritiers continuaient de

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demeurer; l'appartement était bien noircependant, peu confortable, composé degrandes pièces mal closes, mal éclairées,mais ils n'avaient besoin ni du bien-être ni

du luxe que ne comprenaient point leursidées bourgeoises A quoi bon? C'étaitdans l'argent amassé qu'ils mettaient leursatisfaction; surtout dans l'importance,dans la considération commerciale qu'ildonne Vendre, gagner, être estimés, poureux tout était là, et ils n'épargnaient rienpour obtenir ce résultat, surtout ils nes'épargnaient pas eux-mêmes: le maritravaillait dans la fabrique, la femmetravaillait au bureau, et quand les filsrevenaient du collège de Rouen, les filles

du couvent des Dames de la Visitation,c'était pour travailler,—ceux-ci avec lepère, celles-là avec la mère

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Jusqu'à la Restauration, ils s'étaientcontentés de cette petite existence, quid'ailleurs était celle de leurs concurrentsles plus riches, mais à cette époque ledernier des ducs d'Elbeuf ayant mis envente ce qui lui restait de propriétés, ilsavaient acheté le château du Thuit, auxenvirons de Bourgtheroulde A la vérité,

ce nom de «château» les avait un momentarrêtés et failli empêcher leur acquisition;mais de ce château dépendaient une fermedont les terres étaient en bon état, des boisqui rejoignaient la forêt de la Londe;l'occasion se présentait avantageuse, et lesbois, la ferme et les terres avaient faitpasser le château, que d'ailleurs ilss'étaient empressés de débaptiser etd'appeler «notre maison du Thuit», segardant soigneusement de tout ce qui

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pouvait donner à croire qu'ils voulaientjouer aux châtelains: petits bourgeoisétaient leurs pères, petits bourgeois ilsvoulaient rester, mettant leur ostentationdans la modestie.

Cependant cette acquisition du Thuit avaitnécessairement amené avec elle denouvelles habitudes Jusque-là toutes lesdistractions de la famille consistaient enpromenades aux environs le dimanche,aux roches d'Orival, au chêne de laVierge, en parties dans la forêt qui,quelquefois, en été, se prolongeaient par

le château de Robert-le-Diable jusqu'à laBouille, pour y manger des douillons etdes matelotes Mais on ne pouvait pastous les samedis, par le mauvais commepar le beau temps, s'en aller au Thuit à

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pied à la queue leu-leu; il fallait unevoiture; on en avait acheté une; une vieillecalèche d'occasion encore solide, si elleétait ridicule; et, comme les harnaisvendus avec elle étaient plaqués en argent,

on les avait récurés jusqu'à ce qu'il nerestât que le cuivre, qu'on avait laissé seternir Tous les samedis, après la paye desouvriers, la famille s'était entassée dans levieux carrosse chargé de provisions, etpar la cơte de Bourgtheroulde, au trotpacifique de deux gros chevaux, elle s'enétait allée à la maison du Thuit, ó l'onrestait jusqu'au lundi matin; les enfantspassant leur temps à se promener à traversles bois, les parents parcourant les terres

de la ferme, discutant avec les ouvriersles travaux à exécuter, estimant les arbres

à abattre, toisant les tas de cailloux

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extraits dans la semaine écoulée.

Cependant ces moeurs qui étaient alorscelles de la fabrique elbeuvienne s'étaientpeu à peu modifiées; le bien-être, lebrillant, le luxe, la vie de plaisir, jusque-

là à peu près inconnus, avaient gagné petit

à petit, et l'on avait vu des fils enrichisabandonner le commerce paternel, ou ne

le continuer que mollement, avecindifférence, lassitude ou dégỏt A quoibon se donner de la peine? Ne valait-ilpas mieux jouir de leur fortune dans lesterres qu'ils achetaient, ou les châteauxqu'ils se faisaient construire avec le faste

de parvenus?

Mais les Adeline n'avaient pas suivi cemouvement, et chez eux les habitudes, les

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usages, les procédés de la vieille maisonétaient en 1830 ce qu'ils avaient été en

1800, en 1870 ce qu'ils avaient été en

1850 Quand la vapeur avait révolutionnél'industrie, ils ne l'avaient pointsystématiquement repoussée mais ils nel'avaient admise que prudemment, aumoment juste ó ils auraient déchu en nel'employant pas; encore, au lieu de selancer dans des installations cỏteuses,s'étaient-ils contentés de louer à un voisin

la force motrice nécessaire à la marche deleurs métiers mécaniques Bonnes pourleurs concurrents, les innovations,mauvaises pour eux Ils étaient les plushauts représentants de la fabrique enchambre, ils voulaient rester ce qu'ilsavaient toujours été Les manufacturespuissantes qui s'étaient élevées autour

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d'eux ne les avaient point tentés Ilsn'enviaient point ces casernes vitrées enserres et ces hautes cheminées qui, jour etnuit, vomissaient des tourbillons defumée C'était le chiffre d'affaires qui seulméritait considération, et le leur étaitsupérieur à ceux de leurs rivaux Ilspouvaient donc continuer la vieilleindustrie elbeuvienne, celle ó lesnombreuses opérations de la fabrication

du drap, le dégraissage de la laine ensuint, la teinture, le séchage, le cardage, lafilature, le bobinage, l'ourdissage, letissage, le dégraissage en pièces, lefoulage, le lainage, le tondage, ledécatissage s'exécutent au dehors dans desateliers spéciaux ou chez l'ouvrier même,

et ó la fabrique ne sert qu'à visiter lesproduits de ces diverses opérations et à

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créer la nouveauté au moyen del'agencement des fils et du coloris.

Ailleurs qu'à Elbeuf cette prudence et cesfaçons de gagne-petit eussent peut-êtreamoindri et déconsidéré les Adeline, mais

en Normandie on estime avant tout laprudence et on respecte les gagne-petit.Quand on disait: «Voyez les Adeline», cen'était pas avec pitié, c'était avec enviequelquefois et le plus souvent avecadmiration Avec eux on écrasait lesimprudents qui s'étaient ruinés, aussi bien

que les parvenus fils d'épinceteuses ou de

rentrayeuses qui, au lieu de continuer le

commerce de leurs pères, jouaient à lagrande vie dans leurs hôtels ou leurschâteaux

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Constant Adeline, le chef de la maisonactuelle, était le digne héritier de cessages fabricants; d'aucun de ses pères onn'avait pu dire aussi justement que de lui:

«Voyez Adeline»; et on l'avait dit, onl'avait répété à satiété, à propos de tout,dans toutes les circonstances:—dès lecollège ó il s'était montré intelligent etstudieux, bon camarade, estimé de sesprofesseurs, le Benjamin de l'aumơnier,heureux de trouver en lui un garçon élevéchrétiennement et de complexionreligieuse, ce qui était rare dans lagénération de 1830;—plus tard au tribunal

de Commerce, au conseil général et enfin

à la Chambre, ó il était un excellentdéputé, appliqué au travail, vivant endehors des intrigues de couloir, ne parlantque sur ce qu'il connaissait à fond et alors

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se faisant écouter de tous, votant selon saconscience tantơt pour, tantơt contre leministère, sans qu'aucune considération degroupe ou d'intérêt particulier pesât surlui.

A un certain moment cependant, cemodèle avait inspiré des craintes à sesamis Après avoir travaillé quelquesannées dans la fabrique paternelle ensortant du collège, il avait fait un voyaged'études en Allemagne, en Autriche, enRussie, et alors on avait dit, à Elbeuf,qu'une femme galante l'accompagnait; unacheteur en laines les avait rencontrésdans des casinos, ó Adeline jouait grosjeu

—Un Adeline! Etait-ce possible? Un

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garçon si sage! La «femme galante», on lalui pardonnait; il faut bien que jeunesse sepasse Mais les casinos?

Épouvanté, le père avait couru enAllemagne, ne s'en rapportant à personnepour sauver son fils Celui-ci n'avait faitaucune résistance, et, soumis, repentant, ilétait revenu à Elbeuf: il s'était laisséentraîner; comment? il ne le comprenaitpas, n'aimant pas le jeu; mais humiliéd'avoir perdu son argent, il avait voulu lerattraper

On l'avait alors marié

Et depuis cette époque, il avait été,comme ses amis le disaient en plaisantant,l'exemple des maris, des fabricants, des

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juges au tribunal de Commerce, desconseillers généraux, des jurésd'exposition et et des députés.

—Voyez Adeline!

Que lui manquait-il pour être l'homme leplus heureux du monde? N'avait-il pastout,—l'estime, la considération, leshonneurs, la fortune?—et une honnêtefortune, loyalement acquise si elle n'étaitpas considérable

II

C'était dans le gros public qu'on parlait de

la fortune des Adeline, là ó l'on s'en tientaux apparences et ó l'on répèteconsciencieusement les phrases toutes

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faites sans s'inquiéter de ce qu'ellesvalent; il y avait cent cinquante ans quecette fortune était monnaie courante de laconversation à Elbeuf, on continuait à s'enservir.

Mais, parmi ceux qui savent et qui vont aufond des choses, cette croyance à unefortune, solide et inébranlable,commençait à être amoindrie

A sa mort, le père de Constant Adelineavait laissé deux fils: Constant, l'aîné,chef de la maison d'Elbeuf, et Jean, lecadet, qui, au lieu de s'associer avec sonfrère, avait fondé à Paris une importantemaison de laines en gros, si importantequ'elle avait des comptoirs de vente auHavre et à Roubaix, d'achat à Buenos-

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Ayres, à Moscou, à Odessa, à Saratoff.Celui-là n'avait que le nom des Adeline;

en réalité, c'était un ambitieux et unaventureux; la fortune gagnée dans lecommerce petit à petit lui paraissaitmisérable, il lui fallait celle que donne enquelques coups hardis la spéculation S'ilavait vécu, peut-être l'eût-il réalisée.Mais, surpris par la mort, il avait laissé

de grosses, de très grosses affairesengagées qui s'étaient liquidées par laruine complète—la sienne, celle de safemme, celle de sa mère A la vérité, ellespouvaient ne pas payer, mais alors c'était

la faillite Elles s'étaient sacrifiées etl'honneur avait été sauf Pour acquitter celourd passif, la femme avait abandonnétout ce qu'elle possédait, et la mère, aprèsavoir vendu ses propriétés et ses valeurs

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mobilières, s'était encore fait rembourserpar son fils aîné la part qui lui revenaitdans la maison d'Elbeuf Constant eût purésister à la demande de sa mère; en toutcas, il eût pu ne donner que la moitié decette part; il l'avait donnée entière, autantpar respect pour la volonté de sa mère quepour l'honneur de son nom qui ne devaitpas figurer au tableau des faillites.

Un commerçant ne retire pas douze centmille francs de ses affaires sans embarras

et sans trouble, cependant ConstantAdeline avait pu s'imposer cette saignéesans compromettre, semblait-il, la solidité

de sa maison; s'il s'en trouvait un peugêné, quelques bonnes annéescombleraient ce trou; il n'avait qu'àtravailler

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Mais justement à cette époque avaitcommencé une crise commerciale qui dureencore, et un changement radical dans lamode qui, à la nouveauté en tissu foulé,fabriqué à Elbeuf depuis trente ouquarante ans avec une supérioritéreconnue, a fait préférer le tissu fortementserré en chaîne et en trame, fabriqué enAngleterre et à Roubaix;—au lieu desbonnes années attendues, les mauvaisess'étaient enchaînées; au lieu de travaillerpour combler le trou creusé, il avait fallutravailler pour qu'il ne s'agrandit pasdémesurément, et encore n'y avait-on pasréussi Car, pour la nouveauté beaucoupplus que pour les autres industries, lescrises sont une cause de ruine: il en estd'elle comme des primeurs, elle ne segarde pas Une pièce de drap uni, noir,

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vert, bleu, reste en magasin sans autreinconvénient pour le fabricant que la perted'intérêt de l'argent avancé et du bénéficemanqué Une pièce de nouveauté ne peutpas y rester, le mot même le dit Lorsquetout a été disposé par le fabricant pourfaire une étoffe neuve: mélange de lamatière, laine de telle espèce avec telleautre laine ou avec la soie; teinture de ceslaines et de cette soie; filature selon l'effetcherché; tissage d'après certainescombinaisons déterminées pour le dessin,

la force, la façon; apprêt spécial aussivarié dans ses combinaisons que celles de

la teinture, de la filature et du tissage—ilfaut que cette étoffe soit vendue à sonheure précise et pour la saison en vue delaquelle elle a été créée, ou la saisonsuivante elle ne vaut plus rien Et

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comment la vendre quand, par suite d'uneraison quelconque, crise commerciale ouchangement de mode, les acheteurs pourlesquels on a travaillé ne se présententpas? La mode, le fabricant doit lapressentir, et tant pis pour lui s'il est savictime Mais il n'a pas la responsabilitédes crises commerciales, il n'est niministre ni roi, et ce n'est pas lui quisouffle ou écarte les maladies, les fléaux

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séance, il prenait le train, et à neuf heures

et demie il arrivait chez lui, ó il trouvaitles siens qui l'attendaient Ce jour-là, ledỵner retardé était un souper; et tout lemonde, même la vieille madame Adeline,âgée de quatre-vingt-quatre ans, infirme etparalysée des jambes, qu'on appelait «laMaman», même la jeune Léonie Adeline,fille de Jean Adeline, qui depuis la mort

de sa mère demeurait chez son oncle, ne

se mettait à table qu'après que le chef de

la famille s'était assis à sa place, vidependant toute la semaine; les visagesétaient épanouis, et, malgré le retard quiavait dit aiguiser les appétits, on causaitplus qu'on ne mangeait

—Comment vas-tu, la Maman?

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—Bien, mon garçon; et toi? Il y a encore

eu du tapage à la Chambre cette semaine,

tu as dû te brûler les sangs, c'est vraiment trop arkanser.

La Maman, restée vieille Elbeuvienne,avait conservé, sans se donner la peine deles modifier en rien, ses usages d'autrefoisaussi bien pour la toilette que pour lelangage et le parler: en été ses robesétaient en indienne de Rouen, en hiver endrap d'Elbeuf; ses bonnets de tulle noirgarnis de dentelle étaient à la mode de

1840, la dernière à laquelle elle eût faitdes concessions; et avec un accent traînantelle lâchait les mots de patois normand etles locutions elbeuviennes avec lesquelleselle avait été élevée, sans s'inquiéter deseffarements de ses petites-filles qui,

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n'osant pas la reprendre en face,insinuaient adroitement que les

chaircuitiers s'appelaient maintenant des

charcutiers, que les castoroles sont

devenues des casseroles, et que «ne rien

faire de bon» vaut mieux qu'arkanser,

qu'on doit traduire pour ceux quin'entendent pas le normand

Il fallait qu'Adeline expliquât pourquoi on

avait arkansé, car la Maman, assise du

matin au soir dans son fauteuil roulant,

lisait l'Officiel d'un bout à l'autre, et elle

ne lui faisait grâce d'aucun détail, plus aucourant de ce qui se passait à la Chambreque bien des députés Quand son fils avaitparlé, elle discutait les raisons que sescontradicteurs lui avaient opposées et lespulvérisait, s'indignant que tout le monde

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n'ẻt pas voté comme lui Sur un seulpoint, elle le blâmait—c'était sur tout cequi touchait aux choses religieuses; nemettrait-il donc jamais la religion au-dessus de la politique? Quel chagrin pourelle que dans ces questions il ne votâtpoint comme elle aurait voulu! il était sisoumis, si pieux, quand il était petit!

Respectueusement il se défendait, mais leplus souvent il cherchait à changer laconversation en faisant signe à sa femme

ou à sa fille de venir à son secours; il enavait assez de la politique, et ce n'étaitpoint pour reprendre et continuer lesdiscussions de la semaine qu'il avait hâted'arriver chez lui C'était pour seretrouver avec les siens dans cette maisontoute pleine de souvenirs, ó il avait été

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enfant, ó il avait grandi, ó son père étaitmort, ó il s'était marié, ó sa fille étaitnée, ó il n'y avait pas un meuble, pas uncoin qui ne lui parlât au coeur et ne lereposât de la vie parisienne vide etfatigante qu'il menait pendant neuf mois.Comme ces vastes pièces un peu noiresd'aspect, comme ces vieux meublesdémodés qu'il avait toujours vus, cesfauteuils de style Empire, ces pendules enbronze doré à sujets mythologiques, cesfleurs en papier conservées sous descylindres depuis la jeunesse de sa mère,lui étaient plus doux aux yeux que lemobilier du petit appartement de garçonqu'il occupait dans une maison meublée de

la rue Tronchet Comme le fumet du au-feu qui lui chatouillait l'appétit dèsqu'il poussait sa porte le disposait mieux à

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pot-se mettre à table que les bouffées chaudesqui le frappaient au visage quand il entraitdans les restaurants parisiens ó ilmangeait seul! A mesure qu'il revenaitdans son milieu d'autrefois, l'hommed'autrefois se retrouvait Des cases de soncerveau s'ouvraient, d'autres serefermaient Le Parisien restait à Paris, àElbeuf il n'y avait plus que l'Elbeuvien,l'odeur fade des cuves d'indigo l'avaitrajeuni; le commerçant remplaçait ledéputé; il n'était plus que mari et père defamille.

Aussi se fâchait-il contre la politique qu'illui déplaisait de retrouver à Elbeuf: c'était

de paroles affectueuses, de regardstendres qu'il avait besoin, du laisser-aller

de l'intimité, de sorte que bien souvent,

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pendant que la Maman continuait sesdiscussions, ses approbations ou sesréprimandes, il oubliait de lui répondre ou

ne le faisait qu'en quelques mots distraits:

«Oui, maman; non, maman; tu as raison,certainement, sans aucun doute.»

C'était assez indifféremment qu'à sonretour d'Allemagne il s'était laissé marierpar son père avec une jeune fille née dansune condition inférieure à la sienne, aumoins pour la fortune, mais depuis vingtans il vivait dans une étroite communion

de sentiment et de pensée avec sa femme,car il s'était trouvé que celle qu'il avaitacceptée pour la grâce de sa jeunesse étaitune femme douée de qualités réelles quechaque jour révélait: l'intelligence, lafermeté de la raison, la droiture du

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caractère, la bonté indulgente, et, ce quipour lui était inappréciable depuis sonentrée dans la vie politique—le flair et legénie du commerce qui faisaient d'elle uneassociée à laquelle il pouvait laisser ladirection de la maison aussi bien pour lafabrication que pour la vente Pendant qu'àParis il s'occupait des affaires de laFrance, à Elbeuf elle dirigeait d'une mainaussi habile que ferme celles de lafabrique; en vraie femme de commerce,comme il n'était pas rare d'en rencontrerautrefois derrière les rideaux verts d'uncomptoir, mais comme on n'en voit plusmaintenant, trouvant encore le tempsd'accomplir avec un seul commis labesogne du bureau: la correspondance, lacomptabilité, la caisse et la paye qu'ellefaisait elle-même.

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Si bon commerçant que fût Adeline, cen'était cependant pas d'affaires qu'il avaithâte de s'entretenir en arrivant chez lui—ces affaires, il les connaissait, au moins

en gros, par les lettres que sa femme luiécrivait tous les soirs; c'était sa femmemême, c'était sa fille qui occupaient soncoeur, et tout en mangeant, tout enrépondant avec plus ou moins d'à-propos

à sa mère, ses yeux allaient de l'une àl'autre S'il aimait celle-ci tendrement, iladorait celle-là, et il n'était pas rare quetout à coup il s'interrompît pour sepencher vers elle et l'embrasser en laprenant dans ses bras:

—Eh bien, ma petite Berthe, es-tucontente du retour du papa?

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Il la regardait, il la contemplait avec unbon sourire, fier de sa beauté qui luisemblait incomparable; ó trouver unefille de dix-huit ans plus charmante? Elleavait des cheveux d'un blond soyeux qu'il

ne voyait chez aucune autre, une fraỵcheur

de carnation, une profondeur, unetendresse dans le regard vraimentadmirables, et avec cela si bonne decoeur, si facile, si aimable de caractère!

Comme il ne voulait pas faire de jaloux, ilavait aussi des mots affectueux pour lapetite Léonie, sa nièce, âgée de douze ans,dont il était le tuteur et qui vivait chez lui,travaillant sous la direction de maỵtresparticuliers, parce qu'elle était trop faible

de santé pour être envoyée à Rouen aucouvent des Dames de la Visitation ó

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toutes les filles des Adeline avaient étéélevées.

Le dîner se prolongeait; quand il était fini,l'heure était avancée; alors il roulait lui-même sa mère jusqu'à la chambre qu'elleoccupait au rez-de-chaussée, de plain-pied avec le salon, depuis qu'elle étaitparalysée; puis, après avoir embrasséBerthe et Léonie, qui montaient à leurschambres, il passait avec sa femme dans

le bureau, et alors commençait entre eux

la causerie sérieuse, celle des affaires,qui, plus d'une fois, se prolongeait tarddans la nuit

Ils avaient là sous la main les livres, lacorrespondance, les carrés d'échantillons,ils pouvaient discuter sérieusement et se

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mettre d'accord sur ce qui, pendant lasemaine, avait été réservé: elle lui rendaitcompte de ce qu'elle avait fait et de cequ'elle voulait faire; à son tour, ilracontait ses démarches à Paris dansl'intérêt de leur maison, il disait quelscommissionnaires, quels commerçants ilavait vus, et, tirant de ses poches leséchantillons qu'il avait pu se procurerchez les marchands de drap et chez lestailleurs, ils les comparaient à ceux quiavaient été essayés chez eux.

Pendant quelques années, quand ilsavaient arrêté ces divers points, leur tâcheétait faite pour la soirée: la semaine finieétait réglée, celle qui allait commencerétait décidée; mais des temps durs avaientcommencé ó les choses ne s'étaient plus

Ngày đăng: 28/06/2014, 17:20

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