Đinh Hồng Vân UNIVERSITÉ NATIONALE DU VIETNAM À HANỌ UNIVERSITÉ DE LANGUES ET D‟ÉTUDES INTERNATIONALES DÉPARTEMENT DE FRANÇAIS ***** MÉMOIRE DE FIN D‟ÉTUDES UNIVERSITAIRES LA TRADUCT
Trang 1Réalisé par Nguyễn Minh Nguyệt Classe : QH.2016.F1.F1.NNCLC Code d‟étudiant : 16040930 Sous la direction de M Đinh Hồng Vân
UNIVERSITÉ NATIONALE DU VIETNAM À HANỌ UNIVERSITÉ DE LANGUES ET D‟ÉTUDES INTERNATIONALES
DÉPARTEMENT DE FRANÇAIS
*****
MÉMOIRE DE FIN D‟ÉTUDES UNIVERSITAIRES
LA TRADUCTION DE « L‟ÉTRANGER » (ALBERT CAMUS) PAR THANH THU (MAISON D‟ÉDITION „HOI NHA VAN‟) – UNE ILLUSTRATION DE L‟APPLICATION DE LA THÉORIE INTERPRÉTATIVE DE LA TRADUCTION
DANS LA TRADUCTION LITTÉRAIRE
Hanọ, 2020
Trang 3ATTESTATION SUR L‟HONNEUR
Je déclare sur l’honneur que ce mémoire constitue une œuvre originale dont je suis l’auteur et que toutes sources d’informations externes et les citations d’auteur ont été mentionnées conformément aux usages en vigueur (Nom de l’auteur, nom de l’article, éditeur, lieu d’édition, année, page)
Je certifie, de surcroît, que j’ai ni contrefait, ni falsifié, ni copié l’œuvre d’autrui afin de faire passer pour mienne
Signature de l’étudiant Nguyễn Minh Nguyệt
Trang 5REMERCIEMENTS
Je tiens à remercier de prime abord sincèrement à Monsieur Đinh Hồng Vân, qui m‘a aidé à faire ce mémoire Qu‘il soit aussi remercié pour sa gentillesse, sa disponibilité permanente et pour les nombreux encouragements qu‘il m‘a prodigués Pendant la réalisation de mon mémoire, il a consacré son temps et son énergie à diriger mon mémoire En tant que professeur en charge du cours de la théorie de la traduction et directeur de mon mémoire, il a partagé de nombreuses expériences précieuses et des idées utiles afin que je puisse développer le contenu de cette recherche
Je voudrais également adresser mes remerciements au Département de français, pour m‘avoir donné l‘occasion de réaliser mon mémoire de fin d‘études universitaires Je remercie tous les membres de la classe 16F1 qui m‘ont aidé dans les recherches documentaires
Je voudrais remercier enfin de tout cœur mes parents et ma grande sœur qui m'ont donné de l'espoir et de la force pour que je puisse mener ce travail jusqu'au bout
Hanọ, le 28 avril 2020
Trang 7RÉSUMÉ
Notre recherche porte sur l‘application de la théorie interprétative da la traduction (TIT)
dans la traduction vietnammienne du roman « L’Étranger » de Thanh Thu Elle est
divisé en 2 chapitres Dans le premier chapitre, on présentera le cadre théorique de la traduction Et le deuxième chapitre sera réservé à l‘analyse du corpus pour prouver que cette traduction est une illustration de l‘application de la TIT dans la traduction littéraire
Trang 9TABLE DES MATIÈRES
ABREVIATIONS 11
INTRODUCTION 12
1 Motivations scientifiques et problématique 12
2 Objectifs de la recherche 13
3 Objet de la recherche 13
4 Question et hypothèses de recherche 13
a Question de recherche 13
b Hypothèses 13
5 Méthodologie de recherche 13
CHAPITRE I : CADRE THÉORIQUE 15
1 Qu‟est-ce que la traduction ? 15
1.1 La traduction au sens général 16
1.2 La traduction au sens professionnel 16
2 La théorie interprétative de la traduction (la TIT) 17
2.1 Les trois niveaux de la traduction 17
2.2 Le processus de la traduction 19
2.2.1 La compréhension 19
2.2.2 La déverbalisation 21
2.2.3 La réexpression 22
2.3 Les équivalences et les correspondances 23
2.3.1 La traduction par équivalences 23
2.3.2 La traduction par correspondances 24
3 La traduction littéraire 25
CHAPITRE II : ANALYSE DU CORPUS 27
1 Présentation du corpus 27
2 Analyse du corpus 27
2.1 Traduction par emprunt des locutions vietnamiens 27
2.2 Traduction par emprunt des mots d‟origine française 31
Trang 102.3 Influence du contexte de l‟œuvre et du style de l‟auteur sur la traduction 32
2.4 Mots inintelligibles du texte traduit 39
CONCLUSION 42
BIBLIOGRAPHIE 44
ANNEXE 46
Trang 11ABREVIATIONS
TIT = La théorie interprétative de la traduction
ESIT = École supérieure d‘interprètes et de traducteurs
Trang 121 Motivations scientifiques et problématique
Plus on traduit, plus on écrit sur la traduction Il n‘est pas de jour sans que paraissent
de nouveaux ouvrages La traduction existe depuis des centaines années Elle est considérée comme un moyen important dans la communication internationale, dans les relations culturelles, politiques, économiques, etc La traduction est également un élément indispensable dans l‘apprentissage et l‘enseignement des langues étrangères Nous vivons dans un monde qui se développe toutes les minutes et qui nécessite la compréhension de plusieurs domaines de la vie dans des langues différentes Nous voyons donc le rôle vraiment important de la présence des traducteurs et des interprètes
Dans le processus de faire des études sur le cours de littérature français dans la 3è année, nous avons eu la chance de lire et analyser l‘œuvre « L‘Étranger » de Albert Camus En lisant attentivement la version française et aussi la version vietnamienne de cette œuvre, nous avons trouvé des mots et des phrases qui respectent bien le texte original mais il y a également des mots et des phrases difficiles à comprendre Nous savons qu‘il est très important d‘appliquer la théorie interprétative de la traduction dans
le processus de traiter un texte À ce titre, nous nous sommes posé une question : Comment se montre l‘application de la théorie dans la traduction ?
Pour y répondre, nous avons décidé de faire des analyses de la traduction de l‘œuvre
« L’Étranger » de Thanh Thu (Maison d‘édition Hoi Nha Van) et de développer ce sujet
Trang 13dans le mémoire « La traduction de « L’Étranger » (Albert Camus) par Thanh Thu –
Une illustration de l’application de la TIT dans la traduction littéraire »
2 Objectifs de la recherche
Le but de ce travail est de faire émerger l'application de la théorie interprétative de la traduction dans le texte traduit de l‘œuvre « L‘Étranger » de Thanh Thu (Maison d‘édition ‗Hoi Nha Van‘) Il aidera sans doute les traducteurs et les étudiants du Département de français à bien comprendre le rôle de la théorie de la traduction et à apprendre à traduire un texte littéraire grâce à la théorie ainsi qu‘à réduire des fautes dans
le processus de traduire un texte français en vietnamien
3 Objet de la recherche
- L‘œuvre ―L‘Étranger‖ de Albert Camus (1942)
- La traduction de cette œuvre en vietnamienne de la maison d‘édition ‗Hoi Nha Van‘ (6/2017)
4 Question et hypothèses de recherche
contexte C‘est l‘acte de réexprimer le texte de départ au texte d‘arrivée
Dans la traduction littéraire, le traducteur a bien appliqué la théorie de la traduction (les 3 étapes de traduction, les 3 niveaux de traduction, la
fidélité dans la traduction)
La théorie interprétative de la traduction est une bonne méthode pour
appliquer dans la traduction littéraire
5 Méthodologie de recherche
Pour réaliser de notre recherche, nous avons eu recours à la méthode descriptive en partant de deux corpus différents : un corpus en français et un corpus en vietnamien
Trang 14Cette méthode nous aide à mieux nous poser de bonnes questions et d‘identifier de bonnes hypothèses Il s‘agit de lire attentivement les 2 versions de l‘œuvre et trouver des phrases dans lesquelles le traducteur a bien appliqué la théorie ainsi que trouver des phrases difficiles à comprendre
Tout d‘abord, nous allons relever les mots, les phrases dans le texte de départ et le texte traduit Ensuite, nous les analysons et comparons afin de justifier les éléments théoriques et trouver des problèmes dans la version vietnamienne Enfin, nous voulons donner des solutions (si possible) pour améliorer la version vietnamienne de l‘œuvre Nous allons expliquer avec plus de détails les méthodes utilisées dans le deuxième chapitre de ce mémoire
Trang 15CHAPITRE I : CADRE THÉORIQUE
Dans le premier chapitre, nous allons clarifier des problèmes théoriques qui jouent un rôle important dans la collecte et l'analyse du corpus présenté dans le deuxième chapitre
Il est difficile de présenter les éléments théoriques de manière exhaustive, nous avons donc essayé de les classer selon un ordre des plus élémentaires aux plus complexes Ce chapitre est divisé en trois parties La première porte sur les définitions de la traduction
en la matière par le sens général et le sens professionnel et son évolution historique, la deuxième partie sur la traduction interprétative et la dernière sur la traduction littéraire
1 Qu‟est-ce que la traduction ?
Il y a eu beaucoup de recherches sur la définition de la traduction Cependant, de nombreux théoriciens et praticiens dans le domaine de la traduction conviennent qu'il n'est pas facile de proposer une définition invariable de la traduction Ce qui en résulte le plus souvent c‘est plutôt une description, ce qui démontre la complexité de cette opération
Nous allons analyser la définition donnée par le dictionnaire Le Petit Robert, le
mot « traduction » provient du verbe « traduire », dont l‘origine est le verbe latin
traducere, signifiant « faire passer » Le sens le plus courant est : « faire passer d'une
langue dans une autre, en tendant à l'équivalence de sens et de valeur des deux énoncés »1
La définition présentée par Le Petit Robert oblige les traducteurs à bien comprendre le sens du texte original À travers de cette définition, l'équivalence des deux énoncés semble être le but d'une traduction L‘énoncé sur lequel porte l‘opération traduisant peut changer d‘un mot, d‘une phrase jusqu‘à un œuvre
Le verbe « traduire » apparaît pour la première fois en français en 1539, et le nom traduction en 1540 Nous voulons noter que le mot « traduction » décrit non seulement
l'opération de traduction, mais représente également le produit fini
Comme nous avons dit ci-dessus, il n‘existe pas jusqu‘à nos jours de définition fixe de la traduction, ce qui justifie l'existence de opinions différentes sur ce sujet Les experts ont donné plusieurs définitions Nous allons citer quelques définitions de la traduction sur lesquelles de nombreuses personnes s'accordent, tant d'un point de vue général que professionnel
1 Selon le dicionnaire Le Petit Robert version en ligne
Trang 161.1 La traduction au sens général
Selon une définition cité par C.R Taber et E.A Nida : « La traduction consiste à produire dans la langue réceptrice le message de la langue source au moyen de l’équivalent le plus proche et le plus naturel, d’abord en ce qui concerne le sens, ensuite
en ce qui concerne le style »2
À travers de cette définition, nous pouvons observer le rôle écrasant du sens ; la forme, le style, l'expression viennent ensuite Ces deux personnes privilégient la transmission du sens du texte original dans le texte traduit
Selon A.V Fédorov, « traduire c'est de faire de quelle sorte qu'une personne sans savoir une langue étrangère puisse comprendre le texte original en cette langue ou traduire c’est d’utiliser un moyen d’une langue pour exprimer avec exactitude ce qu’on explique dans une autre langue tout en gardant le contenu et la forme »
La définition suivante que nous voulons présenter est de M Daniel Moskowitz
dans « Discours à la Société française des traducteurs (mai 1976) » : « la traduction est
un acte par lequel le traducteur doit comprendre pour faire comprendre à son lecteur […] Le traducteur est un médiateur entre deux mondes, deux cultures, deux civilisations
» Alors, selon lui, l'activité de traduction est considérée comme un acte de
communication, le traducteur comme l'intermédiaire dans les échanges de connaissances entre les personnes de langues différentes
J.R Ladmiral définit la traduction comme « une activité humaine universelle rendue nécessaire à toutes les époques et dans toutes les parties du Globe »3, sa finalité étant de dispenser de la lecture du texte original La traduction apparaît ainsi comme une voie de communication, communication dont les gens ont besoin pour la vie quotidienne
et pour les échanges interculturels Bref, un moyen d‘accès à une information en langue étrangère
1.2 La traduction au sens professionnel
Edmond Cary a proposé une définition très pertinente, la traduction étant « une opération qui cherche à établir des équivalences entre deux textes exprimés en des langues différentes, ces équivalences étant toujours et nécessairement fonction de la nature des deux textes, de leur destination, des rapports existant entre la culture des deux
2 C.R Taber et E.A Nida, La traduction : théorie et méthode, Londres, 1971, p.11
3 J.R Ladmiral, Traduire: théorèmes pour la traduction, Paris, 1979, p.28
Trang 17peuples, leur climat moral, intellectuel, affectif, fonction de toutes les contingences propres à l’époque et au lieu de départ et d’arrivée »4
Dans le livre « La traduction aujourd’hui », M Lederer a donné une définition
exprime l‘activité de traduction et ses objectifs : « la traduction interprétative est un processus de transfert de contenus notionnels et émotionnels d’une langue dans une autre, effectué par un traducteur bilingue, totalement identifié à l’auteur du texte original
et conscient des réactions probables des lecteurs de son texte »5
Enfin, dans le livre « Interpréter pour traduire » de Danica Saleskovitch et M
Lederer, ils disent que « traduire ce n'est pas seulement transformer des signes en d'autres de signes », « il faut au préalable, déterminer la signification pertinente de ces signes pour trouver la correspondance dans l’autre langue » Une fois levée la polysémie des mots et l’ambiguïté des phrases, il ne peut être question pour le traducteur de se lancer dans la rédaction du texte d’arrivée « tant que les signes linguistiques ne se
En définitive, la reformulation de l‘information d‘un code à l‘autre permet la transmission du message contenu dans le texte source qui s‘effectue ainsi d‘une langue à une autre langue Cette transmission ne peut s‘effectuer qu‘une fois que, le sens des signes et des phrases ayant été décrypté, les éléments composant le texte d‘arrivée réunis par le traducteur forment un message cohérent
2 La théorie interprétative de la traduction (TIT)
2.1 Les trois niveaux de la traduction
Le texte peut être divisé en d'autres éléments plus petits : mot, phrase, paragraphe
ou texte Il y a des niveaux de traduction qui correspondent à ces éléments Chaque niveau possède des caractéristiques différentes et bien entendu fait recours à différents procédés de traduction Nous allons analyser des exemples pour illustrer ces différents niveaux et leurs influences sur la traduction
Exemple:
You had too many tears
5 M Lederer, La traduction aujourd‘hui, Paris, 1994, p.17
6
Danica Saleskovitch et M Lederer, Interpréter pour traduire, Paris, 2001, p.15
Trang 18Au niveau du sémantisme lexical, qui est le niveau de la langue hors emploi, on constatera que les correspondances en vietnamien de chacun des mots figurant dans cette phrase peuvent être trouvées facilement dans les dictionnaires bilingues Selon les définitions du Dictionnaire Larousse version en lgine, cette phrase nous donne les correspondances suivantes :
You = tu, vous
Had = avoir, se composer, comprendre, …
Too = trop, aussi, également, …
Many = beaucoup de, de nombreux, la majorité, …
Tears = larmes, blessures, déchirures, …
On peut observer que la recherche des éléments parallèles dans les dictionnaire bilingues ne tient pas compte du cotexte, les mots qui l‘entourent ou du contexte, la situation de communication
Il n‘est pas facile de traduire correctement cette phrase si les mots se détachent du contexte Dans ce cas-là, la valeur du contexte est indéniable dans la traduction Car le
mot « tears » dans l‘exemple ci-dessus peut être soit les larmes, soit les blessures ou les
dérichures Si l‘on efface le contexte dans la traduction de cette phrase, cela causera alors
la phrase traduite Et s‘il nous faut traduire cette phrase en français, nous aurons au moins trois possibilités
Nous arrivons maintenant au deuxième niveau, c‘est le niveau de la mise en œuvre
d‘une langue Nous trouvons qu‘avec la phrase anglais « You had too many tears », on peut traduire « Tu as trop de larmes » mais aussi « Tu as trop de blessures » ou « Tu
as trop de déchirures » Et ce sont trois phrases avec des sens complètement différents
Le troisième niveau, c‘est le niveau du texte qui englobe les deux premiers niveaux À ce niveau, le sémantisme de la parole est complété par le savoir général et contextuel du traducteur, c‘est-à-dire la bagage et le contexte cognitif Avec cet exemple,
nous trouvons qu‘en anglais, le mot « tears » avec le sens des larmes n‘est pas utilisé derrière le verbe « have » Donc, on peut abandonner la possibilité « Tu as trop de larmes » En outre, La phrase « Tu as trop de déchirures » n‘a pas de sens Il faut dire
« Votre chemise a trop de déchirures » Alors, il n‘y a qu‘une possibilité, c‘est la phrase « Tu as trop de blessures »
Trang 19de cette phase dont dépend le résultat de la démarche traduisante
Nous voudrions commencer par répondre à la question « Qu'est-ce que la compréhension » Nous allons analyser la définition donnée par le dictionnaire Le Petit
Robert (version en ligne) On peut observer :
Avoir une idée de ; saisir le sens de Fait de comprendre qqch ➙
compréhension Comprendre une explication, une leçon… ➙ saisir Tout
comprendre Je n’y comprends rien Il comprend l’italien, mais il le parle mal — Comprendre qqn, ce qu’il dit, écrit
Se faire une idée claire des causes, des motifs de (qqch.) ➙ saisir, sentir —
Comprendre que (+ SUBJONCTIF) Je ne comprends pas qu’il puisse s’ennuyer
➙ concevoir
Se rendre compte de (qqch.) ➙ s‟apercevoir, voir Elle comprenait enfin la
gravité de la situation Ah ! Je comprends ! (→ j‘y suis, je vois !) Ça va, j’ai compris Comprendre pourquoi, comment (+ INDICATIF) Comprendre que (+ INDICATIF) Je comprends que tu n’es pas d'accord
À travers cette définition très concise, on ne sait pas comment faire pour avoir « une idée claire » ou « un sens clair » et pour « faire correspondre » une idée claire à
quelque chose Selon 1'auteur de l‘œuvre intitulé « La traduction aujourd’hui » :
« Comprendre un texte c'est faire appel à une compétence linguistique et, simultanément,
à un savoir encyclopédique » [1 : 32] Les auteurs de la théorie interprétative de la
traduction ont insisté sur l‘importance du « savoir encyclopédique » dans la compréhension En ce qui concerne, d‘un point de vue d‘apprenti de traduction, nous
Trang 20proposons d'associer la définition de la compréhension à celle donnée par le professeur
M Lederer
a L‟explicite et l‟implicite
Dans le livre « La traduction aujourd’hui », Marianne Lederer a écrit : « Tout
texte est un compromis entre un explicite suffisamment court pour ne pas lasser par l’énonce de choses sues et un implicite suffisamment évident pour ne pas laisser le lecteur dans l’ignorance du sens désigné pas l’explicite » D‘après cette proposition, nous
constatons que dans le discours comme dans la langue, une partie explicite et implicite est nécessaire pour la formation du sens De nos constats aussi ce discoures est d‘insister que, autant que le traducteur ait affaire avec deux langues qui expriment de façons différentes la même chose, le traducteur est censé extraire le sens et de le réexprimer dans une deuxième langue avec des moyens spécifiques à celle-ci
La traduction de l‘implicite en explicite est impérative C‘est son manque qui empêche l‘apparition d‘une utopie rassemblant les bons esprits et les forces qu‘ils représentent dans un combat commun Il faut continuer jusqu‘à ce que les enjeux véritables apparaissent en pleine lumière Il est difficile pour le traducteur de ne pas expliciter un dialogue aussi concis, des phrases aussi brèves dont les connotations ne sont pas toujours claires pour le lecteur français ou vietnamien ou le lecteur de partout dans le monde
Comprendre l‟explicite
Il y a toujours dans le discours comme dans la langue, une partie d‘explicite infiniment plus petite que l‘implicite auquel elle renvoie et qui joue un rôle primordial dans la construction du sens Ce principe est une preuve en soi que la traduction ne peut être une opération basée seulement sur les langues mais doit être plutôt une opération sur
le sens Ce phénomène de la synecdoque exige du traducteur les connaissances pertinentes à la compréhension du vouloir dire de l‘auteur, étant donné que les langues n‘explicitent qu‘une infime partie des idées désignées
Comprendre l‟implicite
De même que la langue, la plupart des énoncés n‘explicitent qu‘une partie d‘une idée pour transmettre l‘idée entière Les énoncés sont fondés sur le savoir partagé par les locuteurs Un locuteur module son discours en fonction du savoir partage Par exemple, lorsqu'un médecin se joint à une réunion médicale avec des experts, il peut utiliser de nombreuses terminologies médicales et sanitaires Son discours témoignera d‘un niveau
Trang 21de technicité plus élevée et certaines informations reposeront sur un savoir partagé qui restera implicite Cependant, s‘il parle avec un patient ou une personne qui ne comprend pas ce domaine, il est obligé d‘utiliser des mots plus simples et plus appropriés pour permettre à l‘interlocuteur de comprendre ce qu'il veut dire De même si un professeur dit
à ses étudiants « Salle X, lundi matin », le message repose sur un savoir partagé parce que les étudiants sont au courant du cours que il a avec eux les lundis matins Le message est donc « on se verra lundi matin à la Salle X » Autrement dit, quand on sait, on n‘a pas besoin de tout dire En effet, l‘explicite ne dit jamais tout Tout ce qui est du dit dans le discours a toujours de l‘implicite
b Les compléments cognitifs
Un traducteur veut comprendre le message de l‘auteur, il doit avoir le désir de le comprendre et posséder des connaissances adéquates Il ne peut pas y avoir deux cerveaux identiques Le traducteur ne peut pas savoir tout ce que l‘auteur sait Cependant, ces connaissances doivent être suffisamment partagées pour que le traducteur puisse comprendre les compléments cognitifs pertinents Le sens d‘un texte est ce que l‘auteur veut dire, ce que l‘auteur veut transmettre à travers les mots Si le sens est bien compris,
il est le même pour tout lecteur, que les connaissances soient juste suffisantes pour le saisir ou qu‘il dispose d‘un savoir qui lui permette de le corriger, de le contrer ou de le compléter
Nous voulons citer l‘opinion de Lederer pour clarifier cette petite partie : « Quand les connaissances du lecteur sont telles qu'elles éclairent les mobiles d'un auteur et font supposer ses intentions, elles lui permettent de soutenir ou de combattre sa thèse ou de juger de la véracité d'un argument Telle n'est la tâche du traducteur Le sens une fois transmis pas en traduction, donne au lecteur du texte traduit la possibilité de juger à son tour de la véracité ou de l'exactitude d'une information ou d'un argument, de s'y rallier
ou de s'y opposer Ceci dit, les interlocuteurs (et je parle ici aussi bien de l'écrit que de l'oral) utilisent tous, les uns pour exprimer leur vouloir dire et les autres pour comprendre le sens, une somme de connaissances variées et variables qui restent non exprimentées » [1 : 35]
2.2.2 La déverbalisation
La phase de déverbalisation est un apport extrêmement important de la Théorie interprétative de la traduction à la traductologie Au lieu de ne mentionner que la compréhension et la réexpression, nous allons nous arrêter un moment sur ce qui se passe dans le laps de temps entre la disparition des signes linguistiques et ce qui reste Pa la tête
Trang 22du traducteur Nous ne transmettons pas les mots d‘un texte, mais le message ou bien le vouloir dire de l‘auteur, et pour dégager le sens de celui-ci recours à la phase de déverbalisation
Autrement dit, la déverbalisation est la phrase ó le traducteur doit se détacher de
La forme linguistique et de la structure grammaticale de la langue dans le texte original et s'efforcer de s'adresser aux lecteurs sous une forme qu‘il a compris, c'est-à-dire le traducteur doit utiliser la manière de s'exprimer qu‘implique sa langue à lui Ceci peut se vérifier dans la vie quotidienne : par exemple quand quelqu‘un raconte une histoire aux enfants, ces derniers en gardent un souvenir cognitif et oublient vite les mots utilisés par
le raconteur, la preuve en est que, dans la majorité des cas, ces enfants raconteront cette histoire à une autre personne en employant ses propres mots
2.2.3 La réexpression
La réexpression (ou reverbalisation) consiste à reformuler le sens du texte dans la
langue dans laquelle l‘on traduit Comme le dit Marianne Lederer [1 : 47] : « Pour que le lecteur suive un texte sans peine, il faut que celui-ci soit conforme aux habitudes de la langue dans laquelle il est écrit » Souvent, en étudiant et en pratiquant la traduction, le
traducteur reste bloqué sur une phrase ou une expression et se demande : « ça ne se dit pas comme ça en norvégien » ou « ce mot n‘existe pas en français »
L‘aspect culturel est un facteur non négligeable dans le transfert du sens Sans prendre en compte cet aspect, la traduction peut facilement devenir « un texte français écrit en norvégien » ou « un texte anglais écrit en espagnol », ó l‘on sent que le traducteur n‘a pas déverbalisé le sens du texte, mais a traduit mot à mot
Il faut néanmoins être vigilant et ne pas « surtraduire » et confondre le vouloirdire
de l‘auteur et son intention Le vouloir-dire de l‘auteur constitue ce que l‘auteur luimême cherche à communiquer Il s‘exprime au moyen des mots qui lui permettent de décrire ses sentiments C‘est ce que lit et comprend le lecteur, et par extension, le traducteur qui est lui-même un lecteur attentif du texte L‘intention de l‘auteur est ce qu‘il veut obtenir avec son texte Cela peut être plus ou moins explicite, mais il cherche une action de la part de celui qui lit le texte S‘il dit « Cela fait des heures que je n‘ai rien mangé ! », son intention peut être de dire qu‘il veut que quelqu‘un lui trouve quelque chose à manger Ce n‘est pourtant pas cela qu‘il faut traduire Il ne faut traduire que le vouloir-dire : qu‘il a faim parce qu‘il n‘a rien mangé depuis longtemps Traduire l‘intention de l‘auteur revient
à surtraduire son texte et l‘activité du traducteur reste un peu plus compliquée
Trang 232.3 Les équivalences et les correspondances
La Traduction Interprétative est une traduction par équivalences, la traduction linguistique est une traduction par correspondances
(Lederer 1994 : 50) Comme vous l‘avez vu, il existe deux approches de la traduction qui ont l‘une et l‘autre leurs défenseurs : la traduction par équivalences et la traduction par correspondances
On a condamné depuis longtemps la traduction littérale (ou la traduction mot) et au début, un consensus pour la traduction par correspondances comme la meillere méthode de la traduction a émergé Selon les auteurs de la Théorie interprétative de la traduction, la traduction par correspondances est une méthode intervenant partiellement dans toute traduction, mais elle ne vaut pas à elle seule pour toutes les situations qu‘on rencontre au cours d'une traduction En tenant compte des limites de cette méthode, Danica Saleskovitch a introduit la méthode de la traduction par équivalences afin de combler la lacune dévoilée
mot-à-Dans son euvre « La traduction aujourd’hui », M Lederer estime que la véritable
traduction n‘est concevable que par rapport aux textes, c‘est-à-dire dans le cadre d‘un
discours et en fonction d‘un contexte : « La traduction interprétative est une traduction par équivalences, la traduction linguistique est une traduction par correspondances [.] la différence essentielle entre équivalences et correspondances: « les premières s'établissent entre textes, les secondes entre des éléments linguistiques, mots, syntagmes, figements ou formes syntaxiques » [1:51]
Selon les recherches effectuées à l‘ESIT, la traduction par équivalences a une validitė générale quelles soient les langues et les types de textes, littéraires et techniques, textes de fiction ou de réalité Quant à la traduction par correspondances, elle est caractérisée par la recherche systématique de correspondances, s‘efforce de conserver des signifiés en changeant de signifiants
2.3.1 La traduction par équivalences
La traduction par équivalences est celle que prône la Théorie interprétative de la traduction Lorsque l‘on traduit, on traduit des unités de sens et non pas les mots Le transfert du sens par équivalence est une opération qui est valable que l‘on traduise des textes littéraires ou spécialisés, quelles que soient les langues à partir et vers lesquelles
Trang 24l‘on traduit L‘objectif de la traduction est de produire deux textes qui « présentent une identité de sens, quelles que soient les divergences de structures grammaticales ou de choix lexicaux » [1 : 180]
Il convient cependant de faire une distinction entre l‘équivalence notionnelle et l‘équivalence affective L‘équivalence notionnelle reprend le texte et rend le même sens que le texte de départ, mais sous une forme différente Il s‘agit de produire un texte clair
et compréhensible pour le lecteur de la traduction, au moyen de choix qui fonctionnent mieux dans la langue d‘arrivée pour produire un texte équivalent dans le sens, mais différent dans la forme du texte de départ L‘équivalence affective est l‘interprétation du
texte par le traducteur qui est « le lecteur par excellence du texte qu’il traduit » [1 : 43] Il
traduit l‘émotion de ce qu‘il ressent et essaie de rendre celle-ci de la meilleure façon dans
la langue d‘arrivée pour donner au lecteur de la traduction la même représentation que ressenterait un lecteur du texte original Le traducteur réexprime les sentiments exprimés dans la langue de départ C‘est une opération d‘intuition, mais aussi une méthode raisonnée, puisque le traducteur doit pouvoir s‘efforcer de comprendre et de transférer les
mêmes émotions dans une autre langue « On ne lit pas un texte en appréhendant successivement la signification de chaque mot mais en embrassant d’un regard agile un ensemble de mots » [1 : 44] C‘est cet ensemble de mots qui crée le texte et qui produit
les émotions que ressent un lecteur
Certains traductologues contestent cette « liberté » que prend le traducteur quand il s‘agit de « choisir » ses mots dans la traduction Jusqu‘ó va la liberté du traducteur ? M Lederer précise que l‘on ne peut pas être libre quand il s‘agit du contenu du texte L‘objectif de la traduction est de rendre le contenu d‘un texte d‘une langue à une autre et donc la traduction ne doit pas être libre [1 : 67] Quant aux mots, le traducteur choisit les mots qui rendent le contenu compréhensible dans la langue d‘arrivée pour recréer l‘esprit dans sa propre langue
2.3.2 La traduction par correspondances
Une traduction comprendra toujours des passages d‘équivalences et des passages
de correspondances La correspondance se trouve entre les éléments linguistiques, tels que les mots, les syntagmes et les figements, ce sont des mots et des phrases qui
correspondent d‘une langue à l‘autre Cette approche « caractérisée par la recherche systématique de correspondances, s’efforce de conserver des signifiés en changeant de signifiants » [1 : 53)
Trang 25Une traduction par correspondance ne résulte pas en un texte d‘arrivée clair et compréhensif ; la traduction devient facilement lourde et moins intelligible Cela est dû notamment aux différences entre la langue de départ et la langue d‘arrivée – les constructions de phrases, les règles grammaticales, l‘emploi de certains mots ne sont pas les mêmes dans deux langues Dans l‘enseignement des langues, la traduction par correspondance est souvent un moyen utile pour l‘apprentissage d‘une langue étrangère
ó le mot est au centre
Néanmoins, il existe des passages ó la traduction par correspondance est plus ou moins obligatoire Il s‘agit de mots choisis délibérément, de chiffres, de termes techniques, d‘énumérations… Ces mots ont une signification particulière et trouvent leur correspondance dans la langue d‘arrivée Ces dénominations renvoient à un objet bien déterminé dans les deux langues de la traduction et le traducteur peut se contenter de les rendre par une correspondance
3 La traduction littéraire
Traduire une œuvre, c‘est en réalité chercher l‘équivalence dans la différence La différence se trouve à tous les niveaux : culture, linguistique… Mais dans des proportions inégales, ce qui fait qu‘au niveau fondamental qui se base sur l‘universalité de la pensée,
on peut espérer une équivalence à peu près identique, et au niveau sémantique ó l‘on doit obéir aux lois et règles de chaque langue, les possibilités d‘un correspondance se trouvent inévitablement réduites, et on ne peut qu‘essayer de chercher une équivalence dynamique, c‘est-à-dire une équivalence qui ne se limite pas au plan formel, mais touche aussi les plans sémantique et pragmatique Au niveau esthétique, qui se caractérise essentiellement par la subjectivité, l‘affectivité et la créativité, la reproduction des valeurs
ou effets esthétiques et du pouvoir créatif langagier des traducteurs, par conséquent, le degré d‘équivalence varie souvent d‘une personne à l‘autre et il n‘y a donc rien d‘étonnant qu‘à ce niveau de traduction on parle de la créativité du traducteur
Comme vous le savez, c‘est au début du 19ème siècle que le Vietnam a commencé, de façon systématique, à présenter et à traduire des œuvres littéraires françaises Et actuellement que nous somme au 21ème siècle, il y a beaucoup de méthodes pour faire la traduction littéraire
En principe, le traducteur observer une attitude objective et cacher le plus possible sa personnalité, c‘est-à-dire qu‘il doit essayer de pénétrer objectivement dans l‘intention de l‘auteur, et de faire sentir cette intention telle quelle aux lecteurs de la langue cible Donc nous devons réaffirmer que le style du traducteur est inévitable Un texte sans style
Trang 26n‘existe pas ; et un texte sans style personnel de l‘auteur n‘est pas un texte littéraire Ce qui est idéal pour le traducteur, c‘est de choisir un écrivain dont le style est tout proche du sien C‘est pourquoi dans presque touts les pays, il existe toujours des traducteurs qui traduisent spécialement tel ou tel écrivain
Alors, peut-on appliquer la TIT dans la traduction littéraire ? Quel est l‘effet de cette application ? Dans le deuxième chapitre, on va voir une illustrion de cette application dans une traduction vietnamienne