Fédorov, « traduire c’est de faire de quelle sorte qu’une personne sans savoir une langue étrangère puisse comprendre le texte original en cette langue ou traduire c’est d’utiliser un mo
Trang 1UNIVERSITÉ NATIONALE DE HANỌ UNIVERSITÉ DE LANGUES ET D’ÉTUDES INTERNATIONALES DÉPARTEMENT DE LANGUE ET DE CULTURE FRANÇAISES
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MÉMOIRE DE FIN D’ÉTUDES UNIVERSITAIRES
LA CRÉATIVITÉ DANS LA TRADUCTION DU ROMAN
« LE PETIT PRINCE » DE BÙI GIÁNG
Trang 2ĐẠI HỌC QUỐC GIA HÀ NỘI TRƯỜNG ĐẠI HỌC NGOẠI NGỮ KHOA NGÔN NGỮ VÀ VĂN HOÁ PHÁP
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KHOÁ LUẬN TỐT NGHIỆP
TÍNH SÁNG TẠO TRONG CÁCH DỊCH CUỐN TIỂU THUYẾT
« HOÀNG TỬ BÉ » CỦA BÙI GIÁNG
Trang 3“Le Petit Prince là tác phẩm thơ mộng nhất và u uẩn nhất trong những tác phẩm của
Saint Exupéry” viết về một thiên thần đi về trần gian để “dấn thân” và sau đó “chia
tay bụi hồng không một lời oán hận.”
- Bùi Giáng -
Trang 4
Je voudrais également adresser mes remerciements à Monsieur Đinh Hồng
Vân et Monsieur Nguyễn Chí Dân – professeurs du Département de Langue et de
Culture françaises de l’Université de Langues et d’Études internationales – Université Nationale de Hanọ qui m'ont proposé de nouvelles pistes de réflexion Je remercie mes camarades qui m'ont aidé dans les recherches documentaires
Je voudrais remercier enfin de tout cœur mes parents et ma petite sœur qui m'ont donné de l'espoir et de la force pour que je puisse mener ce travail jusqu'au bout
Trang 5ATTESTATION SUR L’HONNEUR
J’atteste sur l’honneur que ce mémoire a été réalisé par moi-même, ce travail est personnel et toutes sources d’informations externes et les citations d’auteurs ont été mentionnées conformément aux usages en vigueur (Nom de l’auteur, nom de l’article, éditeur, lieu d’édition, année, page)
Je certifie par ailleurs que j’ai ni contrefait, ni falsifié, ni copié l’œuvre d’autrui afin de la faire passer pour mienne
Signature de l’étudiant Nguyễn Tuấn Anh
Trang 6RÉSUMÉ
Notre recherche porte sur la créativité dans la traduction du roman Le Petit Prince
de Bùi Giáng Elle est divisée en 2 chapitres Dans le premier chapitre, on présentera le cadre théorique de la traduction Et le deuxième chapitre sera réservé à l’analyse du corpus suivant les méthodes de la traduction interprétative de l’ESIT
Trang 7TABLE DES MATIÈRES
INTRODUCTION 1
1 Justification du choix du sujet de recherche 1
2 Objectifs de la recherche 2
3 Questions et hypothèses de recherche 3
4 Méthodologie de recherche 3
5 Choix du corpus 3
6 Structure du mémoire 4
CONTENU 5
Chapitre 1 : Cadre théorique 5
1.1 De la traduction : Généralités 5
1.1.1 Qu’est-ce que la traduction? 5
1.1.2 L’évolution historique de la traduction 8
1.2 La traduction interprétative 12
1.2.1 Quelques conceptions interprétatives de la traduction de l’ESIT 13
1.2.2 Les trois niveaux de la traduction 15
1.2.3 Le processus de la traduction 18
1.2.4 Les équivalences et les correspondances 28
1.2.5 Les critères d’évaluation d’une traduction 31
1.3 La littérature et la traduction littéraire 34
1.3.1 Qu’est-ce qu’on entend par « littérature » 34
1.3.2 Les problèmes –clés de la traduction littéraire 36
Chapitre 2 : Analyse du corpus 42
2.1 Présentation du corpus 42
2.2 Analyse du corpus 42
Trang 82.2.1 Traduction par explication 42
2.2.2 Traduction par emprunt des locutions vietnamiennes et sino-vietnamiennes ……… 54
2.2.3 Traduction par adaptation 57
2.2.4 Les points restreints de la traduction 67
CONCLUSION 71
BIBLIOGRAPHIE 73
WEBOGRAPHIE 75
ANNEXE
Trang 9INTRODUCTION
« La traduction est une activité humaine universelle, rendue nécessaire à toutes les époques et dans toutes les parties du globe par les contacts entre communautés parlant des langues différentes que ces contacts soient individuels ou collectifs, accidentels ou permanents qu’ils soient liés à des courants d’échanges économiques
ou apparaissent à l’occasion de voyage ou qu’ils fassent l’objet de codifications institutionnalisées (traités bilingues entre États, par exemple) Il n’est guère de peuplade si reculée qui sont totalement isolée et puisse se passer d’un recours à la traduction » [14 :11] Cette médiation linguistique entre communautés de langues
différentes a donc toujours exigé en leur sein la présence de traducteurs et interprètes
1 Justification du choix du sujet de recherche
Comme vous le savez, la traduction existe depuis qu’existent les langues Elle est considérée comme moyen très important dans l’enseignement, l’apprentissage des langues étrangères et le perfectionnement linguistique, ainsi qu’une activité humaine nécessaire aux relations culturelles, politiques, scientifiques, économiques, commerciales etc entre les peuples, les nations, les communautés et les individus de
langues maternelles différentes En fait, comme le souligne Edmond Cary : « Le monde actuel est un monde en mouvement ; la traduction qui est elle-même passage est une des composantes essentielles de notre civilisation Nous vivons l’âge de la traduction : celle ci est devenue indispensable à l’accomplissement de toutes les activités humaines.»1Autrement dit, nous vivons dans un monde gagné par la mondialisation, le rôle de la traduction est de plus en plus prépondérant et les besoins
de la traduction ne cessent de s’accroître au fur et à mesure de l’intensification des échanges internationaux Nous voyons donc le rôle extrêmement important de la
présence des traducteurs et des interprètes Selon Victor Hugo, « les traducteurs sont les ponts […] entre les peuples, » Ils ont aussi « les gardiens, les protecteurs, et les propagateurs des cultures du monde », selon le Président de l’Université Paris III,
Henri Béhar
Donc, nul ne peut nier l’importance de la traduction dans le monde entier et dans tous les domaines du savoir dont le développement des langues et des littératures nationales La littérature d’un pays est considérée comme l’âme de son peuple, elle
1 Edmond Cary, « La traduction dans le monde moderne », dans CD-ROM « L’histoire de la
Trang 10permet à celui-ci de se découvrir et de se situer à travers le monde ; et de là
l’importance de la littérature traduite Selon Ernest Renan, « une œuvre non traduite n’est qu’à demi publiée »2 Indubitablement, la traduction littéraire reste le genre qui
fournit le plus grand nombre de traductions dans le monde entier
De nos jours, au Vietnam, les besoins d’avoir accès à la littérature étrangère du lectorat vietnamien et ceux de présenter la littérature vietnamienne au lectorat international sont aussi importants les uns ainsi que les autres Cela nécessite un gros travail de traduction La traduction littéraire occupe de plus en plus une place très importante dans la société vietnamienne Le nombre des œuvres littéraires traduites augmente avec le temps Mais de nombreux lecteurs vietnamiens se plaignent de la qualité médiocre des traductions On est aussi conscient qu’une mauvaise traduction risque d’appauvrir la langue d’arrivée au lieu de l’enrichir
Cette qualité mauvaise de traduction s’explique par diverses raisons Comme vous l’avez vu, dans la traduction littéraire, le traducteur qui veut améliorer la qualité des traductions essaie d’utiliser les procédés différents pour transmettre le message de l’auteur ou son vouloir dire Cependant, dans certains cas, cela crée des écarts entre le texte original et le texte traduit Alors une question se pose : Comment distinguer la fidélité de la créativité dans la traduction ?
Pour y répondre, nous avons décidé de faire des analyses de la traduction du
roman « Le Petit Prince » de Bùi Giáng et de développer ce sujet dans mon mémoire intitulé « La créativité dans la traduction du roman Le Petit Prince de Bùi Giáng »
2 Objectifs de la recherche
Cette recherche est réalisée pour plusieurs raisons Tout d’abord, tout au long de mes quatre années universitaires, en tant qu’étudiant du Département de Langue et de Civilisation françaises de l’Université de Langues et d’Études Internationales – Université Nationale de Hanoi, je trouve que les étudiants en formation de traduction ont du mal à traduire les textes C’est pour cette raison que je voudrais effectuer cette étude visant à aider les apprenants de français à améliorer la qualité des traductions Ensuite, je voudrais vérifier si la Théorie interprétative de la traduction est une bonne méthode susceptible d’être appliquée dans la traduction, littéraire avant tout Enfin, mener cette étude me permet de satisfaire ma passion pour le français et cette
2 Edmond Cary, « La traduction dans le monde moderne », dans CD-ROM « L’histoire de la
traduction » conçu et réalisé par Jean Delisle et Gilbert Lafond, Université d'Ottawa, 2002, p.37
Trang 11recherche serait pour moi un véritable tremplin me permettant de débuter ma carrière professionnelle
3 Questions et hypothèses de recherche
Dans le cadre de mémoire de fin d’études universitaires, nous essayons de trouver les réponses à ces questions suivantes :
Qu’est-ce que traduire ?
Dans la traduction littéraire, comment se manifeste la créativité du traducteur ?
Est-ce que la Théorie interprétative de la traduction est une bonne méthode susceptible d’être appliqué dans la traduction, littéraire ?
Ces questions nous permettent de formuler les hypothèses suivantes :
La traduction n’est pas un simple travail de transcodage de la langue du texte original vers la langue du texte d’arrivée C’est un travail sur le sens, sur le message
Dans la traduction littéraire, le traducteur a utilisé bien des procédés différents pour montrer sa créativité
La Théorie interprétative de la traduction est une bonne méthode susceptible d’être appliqué dans la traduction, littéraire
4 Méthodologie de recherche
Dans le cadre de cette recherche, nous utiliserons la méthode quantitative car elle nous aide à mieux nous poser de bonnes questions et d’identifier de bonnes hypothèses Tout au long de la recherche et surtout dans la collecte et l’analyse des données interviennent donc plusieurs méthodes différentes telles que méthode descriptive, synthétique ou analytique
D’abord, nous allons relever les mots, les phrases, les paragraphes dans le texte original et le texte traduit Ensuite, nous les analysons et comparons afin
de trouver les procédés que le traducteur a utilisés et sa créativité dans la
traduction de l’œuvre « Le Petit Prince » Nous expliquerons avec plus de
détails les méthodes utilisées dans le deuxième chapitre de ce mémoire
5 Le choix du corpus
Trang 12
Notre étude est réalisé sur un corpus constitué de la traduction du roman de
Saint-Exupéry "Le petit prince", intitulé "Hoàng tử bé", éditée en 2005 par la
Maison d'édition Văn Nghệ Nous avons décidé de choisir ce roman pour des raisons suivantes :
En premier lieu, le traducteur Bùi Giáng est un poète très talentueux qui est réputé pour sa créativité dans la traduction
En deuxième lieu, par son humanisme, son romantisme et par le style simple
et clair de Saint-Exupéry, ce roman a bien attiré l’attention de bon nombre des lectorats dans le monde entier
En troisième lieu, ce livre est un véritable chef d’œuvre qui m’a touché et a heurté ma sensibilité! Chaque passage a sa signification et ce qui est surprenant,
ce que chaque interprète a sa façon On en retient de belles leçons morales à
travers ce roman Une des mes citations préférées du livre : « Qu’on ne voit bien qu’avec le cœur, l’essentiel est invisible pour les yeux »
6 Structure du mémoire
Sans compter l’introduction et la conclusion qui sont considérées comme deux parties à part, ce mémoire est divisé en 2 chapitres comme suit :
Dans le premier chapitre, seront présentées les généralités des contenus envisagés :
- Définition de la traduction et son évolution historique
- Traduction interprétative : quelques conceptions interprétatives de la traduction
de l’ESIT3, les trois niveaux de la traduction, le processus de la traduction, les équivalences et correspondances et les critères d’évaluation d’une traduction
- Traduction littéraire : la littérature et la traduction littéraire
Le deuxième chapitre sera réservé à l’analyse du corpus suivant les méthodes de la traduction interprétative de l’ESIT :
- Traduction par explication
- Traduction par emprunt des locutions vietnamiennes et sino-vietnamiennes
- Traduction par adaptation
Cette analyse nous permettra de relever des points appréciables dans la traduction
Trang 13Chapitre 1 Cadre théorique
Le premier chapitre servira à la clarification des problèmes théoriques, qui, à leurs tours, jouent un rôle primordial dans la collecte et l’analyse du corpus présenté ci-dessous Nous n’avons pas l’ambition de présenter les éléments théoriques de façon exhaustive, nous essayerons de les classer selon un ordre des plus élémentaires aux plus complexes Ce chapitre est divisé en trois parties La première porte sur les définitions de la traduction en la matière par le sens général et le sens professionnel et son évolution historique, la deuxième partie sur la traduction interprétative et la dernière sur la littérature et les problèmes –clés de la traduction littéraire
1.1 De la traduction : Généralités
1.1.1 Qu’est-ce que la traduction ?
Un grand nombre de théoriciens et de praticiens dans le domaine de la traduction s’accordent pour dire qu’il n’est pas facile de proposer une définition pertinente de la traduction Ce qui en résulte le plus souvent c’est plutôt une description, ce qui démontre la complexité de cette opération
On va analyser la définition donnée par Le Petit Robert, le mot traduction provient
du verbe « traduire », dont l'origine est le verbe latin traducere, signifiant « faire passer » –, qui date de 1520, « faire que ce qui était énoncé dans une langue naturelle
le soit dans une autre, en tendant à l’équivalence sémantique et expressive des deux énoncés »4 Nous pouvons observer que Le Petit Robert ne donne pas le choix au
traducteur en ce qui concerne l’intransigeance tranchante de l’acte traduisant, qui est accompli si l’on obtient le passage d’une langue à l’autre et du sens, et de la forme L’équivalence des deux énoncés semble donc être le but d’une traduction L’énoncé sur lequel porte l’opération traduisant peut varier d’une simple phrase ou même un mot jusqu’à l’œuvre d’un écrivain
Dans d'autres langues telles que l'anglais (translate) et l'allemand (übersetzen), c'est
à la notion de déplacement que renvoie l'étymologie On trouve des emplois de ce sens premier dans la Bible de Wyclif ou encore avec la valeur dérivée de changement d'état
dans les Canterbury Tales de Chaucer Le verbe traduire apparaît pour la première fois
Trang 14
en français en 1539, et le nom traduction en 1540 On remarquera que l'expression
nominale est réservée exclusivement à l'acception la plus courante et peut exprimer soit l'activité de traduction, soit le produit fini
Comme on a dit ci-dessus, il n’existe pas jusqu’à nos jour de définition
« uniforme » de la traduction, ce qui démontre l’existence de points de vue différents sur ce sujet Les traductologues ont donné plusieurs définitions de ce qu’est « la traduction » Nous nous permettons de citer des définitions de la traduction en la matière par le sens général et le sens professionnel
Définitions de la traduction au sens général
Pour J Dubois, dans la « Nouvelle grammaire du français », « la traduction, c’est
d’énoncer dans une autre langue dite langue cible ce qu’on a énoncé dans la langue source tout en conservant les équivalences sémantiques et stylistiques »
De même idée, E.A Nida a proposé une autre définition : « La traduction consiste à produire dans la langue d'arrivée l'équivalent naturel le plus proche du message de la langue de départ, d'abord quant à la signification, puis quant au style » Chez Eugene
Nida, on observe la primauté de la signification ; la forme, le style, l’expression viennent ensuite En tant que praticien, il privilégie la transmission du sens du texte
source dans le texte cible
Selon A.V Fédorov, « traduire c’est de faire de quelle sorte qu’une personne sans savoir une langue étrangère puisse comprendre le texte original en cette langue ou traduire c’est d’utiliser un moyen d’une langue pour exprimer avec exactitude ce qu’on explique dans une autre langue tout en gardant le contenu et la forme »
La définition suivante que nous voulons présenter est de M Daniel Moskowitz dans
« Discours à la Société française des traducteurs (mai 1976) » : « la traduction est un
acte par lequel le traducteur doit comprendre pour faire comprendre à son lecteur […] Le traducteur est un médiateur entre deux mondes, deux cultures, deux civilisations » Alors, selon lui, l’activité de traduction est considérée comme un acte
de communication, le traducteur comme l’intermédiaire dans les échanges de
connaissances entre les personnes de langues différentes
Définitions de la traduction au sens professionnel
Trang 15D’après S Moirand dans « Le français dans le monde No 276 », « la traduction
est une activité professionnel différente de l’enseignement des langues et qui nécessite des formateurs professionnels »
Selon Maurice Gravier dans son discours pronouncé1 le 25 mai 1977 à la Sorbonne
à l’occasion du 20ème anniversaire de l’ESIT, « traduire, interpréter, ce n’est pas remplacer des mots par des mots, substituer une première mosạque de mots Il faut franchir la barrière des mots et de la syntaxe Il faut comprendre, c’est le premier moment, ensuite, il faut réexprimer au besoin en oubliant les modes d’expression auxquels recourait l’auteur du texte primitif »
En 1994, Jean-René Ladmiral écrit : « La traduction est un cas particulier de convergence linguistique : au sens le plus large, elle désigne toute forme de « médiation inter-linguistique », permettant de transmettre de l’information entre locuteurs de langues différentes La traduction fait passer un message d’une langue de départ (LD)
ou langue-source dans une langue d’arrivée (LA) ou langue-cible (1994 : 11) » Si ces phrases « forme de « médiation inter-linguistique », permettant de transmettre de l’information entre locuteurs de langues différentes » nous ont fourni une définition
intéressante de la finalité de la traduction, elles ne nous indiquent rien sur le processus
de l’activité de traduction Bref, cette définition insiste sur la transmission de l’information, le passage du message d’une langue à une autre langue, d’un texte de départ (TD) à un texte d’arrivée (TA)
Une autre définition très pertinente proposée par Edmond Cary, la traduction étant
« une opération qui cherche à établir des équivalences entre deux textes exprimés en des langues différentes, ces équivalences étant toujours et nécessairement fonction de
la nature des deux textes, de leur destination, des rapports existant entre la culture des deux peuples, leur climat moral, intellectuel, affectif, fonction de toutes les contingences propres à l’époque et au lieu de départ et d’arrivée» (Edmond Cary,
1963 : 158)
Sous le titre “La traduction aujourd’hui”, on doit à M Lederer une des définitions
qui couvre toute l’activité traduisante et ses objectifs : « la traduction interprétative est
un processus de transfert de contenus notionnels et émotionnels d’une langue dans une autre, effectué par un traducteur bilingue, totalement identifié à l’auteur du texte original et conscient des réactions probables des lecteurs de son texte » Dans l’œuvre
intitulé « Interpréter pour traduire » de Danica Saleskovitch et M.Lederer, ils
estiment que « traduire ce n’est pas seulement transformer des signes en d’autres
Trang 16signes », « il faut au préalable, déterminer la signification pertinente de ces signes pour trouver la correspondance dans l’autre langue» Une fois levée la polysémie des mots et l’ambigụté des phrases, il ne peut être question pour le traducteur de se lancer dans la rédaction du texte d’arrivée « tant que les signes linguistiques ne se combinent pas en un message » (2001 : 15) Nous adhérons entièrement à cette
1.1.2 L’évolution historique de la traduction
Vouloir écrire une histoire de la traduction, nous essayons de répondre à une série
de questions suivantes Depuis quand traduit-on ? Pourquoi traduit-on ? A-t-on toujours traduit de la même façon ? Y-a-t-il des époques favorables à la traduction ? Et
la liste pourrait s’allonger C’est dire que l’entreprise est vaste Etudier l’histoire de la traduction, en effet, équivaut en quelque sorte à reprendre l’histoire du monde, l’histoire des civilisations, mais par le biais de la traduction A la différence près, cependant, que l’histoire de la traduction n’a pas la continuité de l’Histoire et qu’elle
présente, bien au contraire, de nombreuses lacunes et dans le temps et dans l’espace
Comme nous l’avons vu ci-dessus, l’activité de traduction est très ancienne: sa naissance remonte au moment ó les différentes langues apparaissaient et se diffusaient dans les différents peuples puisque au même temps il y avait l’exigence et
la nécessité de traduire les textes de l’une en ceux de l’autre.En outre, née comme une activité orale, la traduction est devenue écrite en France seulement dans la Renaissance
A partir de cette époque-là on assiste à une intensification d’interventions, de discussions et de débats auxquels une demande croissante de textes à traduire s’ajoute, même si l’on a enregistré un véritable développement à partir du début du XXème siècle Dans cette partie, nous allons étudier le début et le développement (du besoin)
de la traduction
1.1.2.1 La traduction dans l’Antiquité et au Moyen Âge
Dans l’Antiquité, on a parlé pour la première fois de «traduction» et on a également constaté que traduire n’est pas un processus facile: Cicéron a remarqué un siècle avant
Trang 17Jésus-Christ, en parlant de sa traduction Libellus de optimo genere oratorum, que le
grand problème de traduction c’est le choix d’être fidèle aux mots du texte source ou d’être fidèle au contenu, ce qui signifie une traduction plus libre qu’on a appelé une
« belle infidèle » Il a opté pour la traduction libre dans laquelle il transmet le contenu
et ó il a maintenu les caractéristiques ; il a traduit non pas comme un traducteur (ut interpres), comme il l’a dit, mais comme un orateur (sed ut orator) Il ne trouvait pas
nécessaire de remplacer tous les mots par de «nouveaux» mots Le problème de la fidélité a été la question centrale pendant deux mille ans Sa vision de la traduction était unique, non seulement à cette époque-là, mais encore de nos jours
Le rơle de la traduction devient de plus en plus important, particulièrement grâce à
la religion chrétienne qui se répandait rapidement De plus, il y avait de plus en plus de textes latins littéraires qui avaient été traduits dans les langues romanes Le premier
texte littéraire français traduit est « La Séquence de sainte Eulalie » datant de 880/881, tandis que le premier texte écrit en «français» date de 842: « Les Serments de Strasbourg » Ce texte marque le début de la langue française, mais ce «français» n’est
pas le français que nous connaissons actuellement: c’est l’ancêtre du français Cependant, une description détaillée de l’évolution de la langue française dépasse le cadre de cette recherche; bornons-nous à l’importance et le développement de la traduction
1.1.2.2 La traduction dans la Renaissance
Cependant, dans la Renaissance, on a adapté les critères d’une traduction: on parlait
de «translatio» et de «traductio» Ces deux mots n’étaient pas pareils: «translatio» ou
«translation» veut dire la transposition des objets ou symboles d’une langue à une autre, tandis que «traductio» ou «traduction» signifie plutơt la transposition du sens d’une certaine activité à une autre langue en adaptant ou en résumant Les termes
«transferre» et «translatio» datent du Moyen Age et indiquent le but de ces types de
«traductions»: transmettre les mots d’une langue dans une autre langue Cependant, quelques siècles plus tard, on réalisait qu’il s’agissait plutơt du contenu d’un texte et non pas des mots Dans cette époque, il y avait deux facteurs qui contribuaient à l’amélioration de la position de la traduction:
L’invention du papier et de l’imprimerie (XVème siècle) contribuaient à la transmission du savoir De cette façon, les textes traduits pouvaient être transmis aux autres langues et cultures beaucoup plus facilement, rapidement et de façon moins
Trang 18chère Plus de lecteurs impliquait également plus de personnes qui ne savent pas lire le latin, de sorte qu’il y avait un grand besoin de traductions
Pendant la Réforme, la religion chrétienne se répandait et gagnait du terrain en Europe, de sorte qu’on avait besoin de traductions de la Bible dans plusieurs langues
En outre, entre 1522 et 1534 Luther a traduit la Bible en allemand, ce qui était un sommet dans l’historique de la traduction Luther soulignait également l’importance de traduire le sens d’un texte et non pas tout simplement les mots De plus, il a dit qu’il faut bien comprendre un texte afin de pouvoir le traduire, c’est une exigence En 1535, les calvinistes à Genève ont traduit la Bible de l’hébreu et du grec en français Plus tard, la Bible a été traduite dans d’autres langues Terminons en disant que dans la Renaissance, on a abandonné la tradition de traduction de mot à mot De plus, le traducteur Peletier du Mans au XVIe siècle a signalé les différences entre les cultures,
ce qui voulait dire qu’il fallait en tenir compte
1.1.2.3 La traduction de l’époque classique jusqu’au XXe siècle
Jusqu’à la première moitié du 1900, c’étaient surtout les traducteurs, ou mieux ceux qui traduisait concrètement, qui s’intéressaient aux problèmes traductifs: autrement dit,
il n’y avait pas une véritable théorie de la traduction, mais plutôt des considérations sur une question traductive Il faut attendre le deuxième après-guerre pour avoir des contributions théoriques qui permettent la formulation d’une véritable théorie, soit pour avoir des auteurs qui font face dans une manière “globale” au secteur de traduction et permettent la naissance d’une véritable science linguistique, tels que l’écrivain français Valery Larbaud, le linguiste américain d’origine russe Roman Jakobson, le linguiste anglais John Catford et surtout le linguiste français Georges Moulin, qui représente pour beaucoup une véritable “Maître” dans ce domaine
Pourtant, il faut souligner que la traduction n’a pas eu longtemps un continuum linéaire dans son évolution comme les autres sciences, mais au contraire elle a vu un
“balancement” entre deux conceptions: traduction littérale (mot à mot) et traduction libre, et seulement ensuite elle a vu l’affirmation d’une nouvelle vision qui permet de surmonter cette querelle et qui a le nom de théorie interprétative ou du “sens”
Jusqu’à la fin du XVIème siècle, il y avait eu la prééminence absolue de la traduction littérale, retenue la plus “fidèle” des traductions De nos jours cette forme
traductive a été définie comme: « la traduction est centrée sur la langue du texte, et non sur le sens, et qui traduit donc, mot à mot ou phrase par phrase la signification, la motivation, la morphologie et/ou la syntaxe du texte original » [15 : 231]
Trang 19Cependant, cette conviction en venait vaciller, même grâce aux contributions d’Etienne Dolet et de Jacques Amyot, dans la moitié du XVIème siècle, jusqu’à apporter à l’application du principe opposé de la traduction libre
Cette nouvelle approche traductive est définie dans ses formes extrêmes par
Hurtado Albir comme: « traduction qui ne transmet pas le sens du texte original parce que le traducteur interprète librement le vouloir dire de l’auteur ou se permet des libertés injustifiées dans la reformulation » Cette expression était employée pour la première fois par le philosophe et écrivain français Gilles Ménage (1613-1692) qui, en commentant les traductions de l’humaniste Perrot Nicolas seigneur d’Ablancourt
(1606-1664), a affirmé: « Elles me rappellent une femme que j’ai beaucoup aimé à Tours, et qui était belle mais infidèle » Les auteurs qui embrassaient cette nouvelle vision étaient nombreux: Madame Dacier, Jacques Amyot, Rivarol Houdar et Antoine Houdar de la Motte
D’autre part, l’application des formes extrêmes de belles infidèles a causé une réaction des traducteurs sous forme d’un retour à la traduction mot à mot; en effet, au début du XIXème siècle, quelques traducteurs, tels que Lecontede Lisle et Chateaubriand, a remis en valeur l’emploi de la traduction littérale, même si son utilisation était différente par rapport au début
Au XXème siècle une oscillation continue entre ces deux conceptions était enregistrée et au même temps il y avait la nécessité de rechercher quelque chose qui surmontait cette impasse, puisque les partisans de toutes les deux théories étaient conscients que leur vision ne permettait pas de jouer le rôle de traducteurs, soit d’être fidèles au texte original, sinon à condition de faire des concessions importantes à l’attitude traductive opposée
La nouvelle théorie, apparue aux années 80 et basée sur le sens, soit sur
l’interprétation du texte à traduire, marque un pas important dans l’évolution théorique
de la traduction et permet de surmonter l’opposition stérile entre les défenseurs des
deux conceptions de la traduction: « Pour traduire, comprendre soi-même ne suffit pas,
il faut faire comprendre » [21 : 31]
A ce propos, Marianne Lederer, la fondatrice de cette théorie ensemble avec Danica
Saleskovitch, affirme que: « La traduction la plus mécanique comporte toujours une
Trang 20partie d’interprétation, l’interprétation la plus libre comporte toujours une partie de traduction littérale » 5
Nous voudrions accorder une attention particulière à la naissance de la Théorie du sens Parce qu’à notre avis, elle a contribué dans une manière décisive à l’évolution de cette « discipline »
1.2 La traduction interprétative
A côté des approches désignant une orientation générale des études à partir d’un
point de vue disciplinaire particulier (linguistique, pragmatique, sémiotique communicationnel…), on trouve un certain nombre de théories spécifiques à la traduction Les « théories » de la traduction sont des constructions conceptuelles qui servent à décrire, à expliquer ou à modéliser le texte traduit ou le processus de traduction Même si ces théories peuvent être issues de cadres conceptuels existants, elles montrent la particularité d’être exclusives, c’est-à-dire de présenter une réflexion centrée uniquement sur la traduction A l’inverse des approches ayant tendance à rattacher la traduction à des disciplines instituées, ces théories ont pour but de renforcer l’autonomie et l’indépendance de la traductologie Il n’en demeure pas moins que la nature même de la traduction en fait le champ par excellence des études
indisciplinaires Nous présentons ci-après « la Théorie interprétative de la traduction »
Le modèle interprétatif doit son nom aux études menées dans les années 80 par
deux chercheurs de l’ESIT, Marianne Lederer et Danica Saleskovitch, dans le cadre de leur théorie appelée « Théorie interprétative de la traduction » ou « Théorie du sens »
En s’appuyant sur ses expériences empiriques en tant qu’interprètes de conférences Ces deux chercheurs ont réussi à élaborer une théorie de la traduction Aujourd’hui, cette théorie compte de nombreux adeptes et promoteurs en particulier dans le monde francophone
Dans le cadre de cette recherche, nous adoptons les résultats obtenus par des approches basées sur la pratique, ainsi la Théorie interprétative ou la Théorie du sens proposée par Danica Saleskovitch et Marianne Lederer Nous présentons alors cette Théorie avec plus de détails dans la partie suivante
5 Cité par Josiane Podeur, dans « La pratica della traduzione », Naples, Liguori, 1993, p.16
Trang 211.2.1 Quelques conceptions interprétatives de la traduction de l’ESIT
Comme on a dit ci-dessus, la Théorie interprétative de la traduction est connue
sous l’appellation de « l’Ecole de Paris » parce qu’elle a développé au sein de l’Ecole supérieure d’Interprètes et de Traducteurs (ESIT, Paris) On la doit essentiellement à
Dinica Saleskovitch et Marianne Lederer Le modèle interprétatif de description du processus de la traduction repose sur la saisie et la restitution du sens, sur la recherche
et la postulation d’équivalences de traduction Suivant ce modèle, la démarche
traduisante est divisée en trois étapes : compréhension – déverbalisation – réexpression (reformulation ou reverbalisation) ou bien compréhension, reformulation
et justification (Delisle, 1980 : 85) Elle consiste à : « comprendre le texte original, à déverbaliser sa forme linguistique et à réexprimer dans une autre langue les idées comprises et les sentiments ressentis » [24 : 11]
Le mérite des adeptes du modèle interprétatif est d’avoir insisté sur l’importance et
le caractère naturel de ce processus dans lequel le traducteur doit posséder un certain savoir : la connaissance de la langue du texte, la compréhension du sujet, la maîtrise de
la langue de rédaction, mais aussi une méthode, des réflexes bien éduqués, qui vont lui permettre d’adopter à l’égard du texte l’attitude qui aboutira au meilleur résultat par la recherche des équivalences, sans se laisser enfermer dans les simples correspondances
Dans son œuvre intitulé « Introduction à la traductologie », Mathieu Guidère
estime cette théorie : « Ce modèle emprunte ses postulats théoriques aussi bien à la psychologie qu'aux sciences cognitives de son époque, avec un intérêt particulier pour
le processus mental de la traduction » [14 : 69]
Cette théorie voit « le sens » comme son noyau d’étude qu’on ne peut qu’obtenir en cherchant l’explicite et l’implicite du texte original D Saleskovitch affirme que
« traduire signifie transmettre le sens des messages que contient un texte et non convertir en une autre langue la langue dans laquelle il est formulé » [20 :7] Le sens
que Danica Seleskovitch évoque est l'idée ou, si l'on préfère, le vouloir dire du locuteur En fait, on accorde une attention particulière surtout sur le sens du message transmis
Et pour saisir « ce sens », il faut que le traducteur dispose d’un bagage cognitif qui englobe la connaissance du monde, la saisie du contexte et la compréhension du vouloir dire de l’auteur [14 :69]
Trang 22Selon M Lederer, sous le titre « La traduction aujourd’hui » (1994), l’un des
éléments qui contribue à déterminer une bonne traduction est le bagage cognitif, « Le bagage cognitif est pour l’essentiel ce qui se nomme en anglais encyclopaedic (ou world) knowledge-connaissance encyclopédique ou connaissance du monde Il comprend toutes les connaissances linguistiques et extra-linguistiques, emmagasinées dans la mémoire de l’individu réactivables à tout moment par une sollicitation extérieure ou antérieure » [24 :38] En outre, un autre élément décisif qui contribue aussi au succès des traducteurs est le contexte cognitif : « Les unités de sens dont on a déjà évoqué l’existence et qui se constituent à mesure de la lecture, se fondent progressivement en un contexte cognitif, savoir latent déverbalisé, qui intervient dans
la compréhension des séquences verbales successives » [23 :38]
Pour Saleskovitch, le processus de la traduction n’est pas direct, mais passe nécessaire par une étape intermédiaire, c’est l’étape du sens qu’il faut déverbaliser
« C’est un processus dynamique de compréhension puis de réexpression des idées »
[14 :70]
En ce qui concerne le processus de la traduction, Jean Delistle l’a découpé en trois étapes :
La première étape, c’est la compréhension, cette étape est l’opération par laquelle
le traducteur doit chercher à saisir le vouloir-dire de l’auteur Pour ce faire, le traducteur nécessite une compréhension globale du texte original, il doit analyser les rapports sémantiques entre les mots et déterminer le contenu conceptuel par le biais du contexte
La deuxième étape, c’est la reformulation Cette opération consiste à chercher les
équivalences du texte source dans la langue cible en tenant compte le raisonnement analogique et des associations d’idées Car le raisonnement analogique est le moyen par lequel le traducteur arrive à saisir le sens d’un texte C’est grâce à ce moyen qu’il peut ré-exprimer le sens dans une autre langue
La vérification est la dernière étape du processus de la traduction Elle a pour but
de vérifier si la solution retenue est exacte et si les équivalences rendent parfaitement tout le sens du texte original
Et selon M Lederer, elle appelle cette étape une « analyse justificative »
Trang 23Dans la même veine que Jean Delistle, M Lederer, sous le titre « La traduction aujourd’hui », a définit la traduction comme suit :
« La théorie interprétative […] a établi que le processus consistait à comprendre le texte original, à déverbaliser sa forme linguistique et à exprimer dans une autre langue les idées comprises et les sentiments ressentis »
Mais « il faut dès le départ faire le partage entre la langue, sa mise en phrases et le texte ; car si l’on peut « traduire » à chacun de ces niveaux, l’opération de traduction n’est pas la même selon que l’on traduit des mots, des phrases ou des textes.» Et elle
englobe, sous l’appellation traduction linguistique, la traduction des mots et la traduction des phrases hors contexte, et elle dénomme la traduction au niveau du texte la traduction interprétative
En définitive, la Théorie interprétative de la traduction souligne la collectivité linguistique à laquelle s’adresse la traduction, l’intelligiblement du texte traduit et son acceptabilité dans la culture d’accueil
Pour conclure, je me permets de citer, dans l’œuvre intitulé « Traduction aujourd’hui » de M Lederer, les conseils empiriques des tenants de la Théorie du Sens
aux traducteurs : « Ne cherchez pas à ‘traduire’, dites ce que vous comprenez; pour comprendre correctement, pensez à la qualité en laquelle s'exprime l'orateur, pensez aux interlocuteurs auxquels il s'adresse, aux circonstances dans lesquelles il parle »
1.2.2 Les trois niveaux de la traduction
Comme vous le savez, le texte peut être divisé en d’autres éléments plus petits : mot, phrase ou texte auxquels correspondent différents niveaux de traduction Chaque niveau possède des caractéristiques différentes et bien entendu fait recours à différents procédés de traduction On va analyser des exemples concrets pour illustrer ces différents niveaux et leurs incidences sur la traduction
Prenons un exemple comme la phrase « Je suis cet enfant »
Au niveau du sémantisme lexical, qui est le niveau de la langue hors emploi, on constatera que les correspondances en vietnamien de chacun des mots figurant dans cette phrase peuvent être trouvées facilement dans les dictionnaires bilingues Selon les définitions du Dictionnaire Français – Français – Vietnamien publié en 2002, cette phrase nous donne les correspondances suivantes :
Trang 24Je = tôi, ta, tao, tớ…
Suis = là, theo, theo dõi, đuổi theo…
Cet enfant = đứa bé, đứa trẻ, trẻ con, em bé…
On peut observer que la recherche des éléments parallèles dans les dictionnaires bilingues ne tient pas compte du cotexte, les mots qui l’entourent ou du contexte, la situation de communication
À ce niveau, il n’est pas facile de traduire correctement cette phrase si les mots se détachent du contexte Dans ce cas-là, la valeur du contexte est indéniable dans la
traduction Car le verbe suis dans l’exemple ci-dessus peut être soit la conjugaison du
verbe à l’infinitif « être », soit la conjugaison du verbe à l’infinitif « suivre » Si l’on efface le contexte dans la traduction de cette phrase, cela causera l’ambiguïté du mot alors la phrase traduite Et s’il nous faut traduire cette phrase en vietnamien, nous aurons au moins deux possibilités sans tenir compte de l’ambiguïté créée par le
pronom personnel « Je » en vietnamien
Nous arrivons maintenant au deuxième niveau de la traduction, c’est le niveau de la mise en œuvre d’une langue A ce niveau, le contexte verbal limite le nombre de correspondances possibles Il suffit d’ouvrir des dictionnaires bilingues pour se convaincre de son rôle ; on trouvera facilement dans le dictionnaire français beaucoup
de correspondances de ces éléments même si l’on place le mot en question dans un cotexte précis Par exemple : le mot « suis »
Suis : suivre + quelque chose, suivre + quelqu’un…
Suis : être + préposition ; être + adjectif ; être + quelqu’un ; être + adverbe …
De plus, les deux verbes « être » et « suivre » peuvent accepter quand même un nom comme un complément Alors, dans ce cas-là, il nous est difficile de déterminer
le vrai sens du verbe « suis » dans l’exemple ci-dessus Car la signification d’un mot est précisée par les mots qui l’entourent, et chacune de ses significations précise à son tour celle des autres mots, mais aucun contexte autre que verbal n’intervient Bref, cette traduction sera jugée inintelligible, voire incorrecte si le traducteur ne tient pas compte du contexte
Ce deuxième niveau permet au traducteur de traduire la phrase en question « Je suis cet enfant » comme suit :
Trang 25Tơi là đứa bé này ou Tơi đi theo đứa bé này
Le troisième niveau de la traduction, c’est le niveau du texte qui englobe les deux premiers niveaux À ce niveau, le sémantisme de la parole est complété par le savoir général et contextuel du traducteur, c’est-à-dire le bagage et le contexte cognitif Grâce
à ce savoir, celui-ci traduit un auteur, pas seulement sa langue On verra plus loin que l’ensemble des connaissances du traducteur, pré-existantes mais aussi acquises à la
lecture du texte, lui ont permis d’établir l’équivalence de la phrase en question « Je suis cet enfant » Nous allons essayer d’analyser cette phrase en la mettant dans un
contexte bien précise ó les éléments de la phrase tels que je, suis ou cet enfant sont relatifs aux référents concrets Nous nous permettons de placer cette phrase dans un contexte concret comme suit : L’école primaire de Kim Dong organise une visite d’un musée à Hanoi pour un groupe des élèves de 6 ans On explose des poteries des villages de métiers traditionnels qui sont très fragiles dans ce musée Ce groupe de visite réunit le directeur de l’école, d’un instituteur responsable et de 15 élèves dont un est très turbulent Il risque de casser n’importe quelle poterie dans le musée C’est pour cette raison que le directeur d’école demande à l’instituteur responsable de suivre cet élève Dans ce cas-là, cet instituteur dit qu’il va suivre cet enfant dans le groupe en prononçant « Je suis cet enfant » On peut constater que toutes les ambigụtés ne pèsent plus sur cette phrase Alors nous pouvons proposer une traduction exacte pour
cet exemple « Tơi đi theo cậu bé này »
À travers cet exemple, il faut réaffirmer que le contexte joue un rơle incontestable dans la traduction La décontextualisation produit une traduction mot à mot et bloque
le caractère univoque de la phrase ou du mot Dans son œuvre intitulé « Interpréter pour traduire », Saleskovitch a donné une constatation “[…] les mots pris isolément
n’ont que des virtualités de significations, les phrases séparées de leur contexte n’ont que des virtualités des sens Si on prend des mots au hasard dans le tiroir de la langue
et qu’on les examine les un après les autres, on arrive à aligner pour chacun un certain nombre de significations […] Polysémie et ambigụté sont caractéristiques de tout assemblage de mots hors contexte, elles disparaissent lorsque la phrase est placée dans le fil de son discours Seul, l’intention de communiquer qui construit la parole, libère les mots de la polysémie, les phrases de leur ambigụté et les charge de sens.”
Cependant, dans certains cas, les mots conservent les mêmes significations mais leurs
sens changent selon le contexte On peut prendre la phrase « Je viens de sortir de l’université» comme exemple à analyser
Trang 26Si un étudiant la prononce lorsqu’il vient de finir ses cours à l’université, on va comprendre certainement qu’il quitte l’université et rentre chez lui après les heures d’études En revanche, si cet étudiant vient de terminer ses études à l’université, dans
ce cas-là, on va comprendre qu’il vient d’obtenir le diplôme universitaire En effet, dans ces deux cas, la signification du verbe « sortir » reste le même mais le sens a changé avec le changement de la situation d’énonciation Cet exemple explique encore une fois l’importance du contexte dans la traduction
Dans son ouvrage intitulé « La traduction aujourd’hui » M Lederer classe les
trois niveaux de la traduction en 2 types Les deux premiers qui sont la traduction de
mots et la traduction de phrases hors le contexte sont appelés Traduction linguistique
et le troisième relève de la Traduction interprétative ou on peut le dénommer littéralement Traduction des textes Il est clair que le deuxième type de traduction
nécessite le recours à non seulement des connaissances linguistiques comme dans le cas de traduction linguistique mais encore des connaissances extralinguistiques et impose aux traducteurs une démarche interprétative qui va être étudiée dans la partie qui suit
1.2.3 Le processus de la traduction
Un des points forts de la Théorie interprétative, c’est qu’elle, sur laquelle se fondent les développements qui suivent, c’est qu’elle a établi le processus de traduction au sens large du terme de 3 étapes : comprendre le texte original (La compréhension), déverbaliser sa forme linguistique (La déverbalisation) et exprimer les idées comprises et les sentiments ressentis dans une autre langue (La réexpression)
1.2.3.1 La compréhension
Nous arrivons maintenant à la première phase du processus de la traduction : la compréhension Comme vous l’avez vu, bien que la compréhension ne soit pas un problème spécifique de la traduction puisqu’elle fait partie de tout acte de communication, nous allons parler un peu de cette phase dont dépend le résultat de la démarche traduisante
Nous voudrions commencer par répondre à la question « Qu’est-ce que la compréhension » Nous allons analyser la définition donnée par Le Petit Robert,
Dictionnaire de la langue française 2012 On peut observer :
Trang 27- Compréhension : Faculté de comprendre, d'embrasser par la pensée.
- Comprendre* II (Sujet personne) Appréhender par la connaissance (fin XII e ), Être capable de faire correspondre à (qqch.) une idée claire
- Donner à (qqch.) un sens clair
A travers cette définition très concise, on ne sait pas comment faire pour avoir
« une idée claire » ou « un sens clair » et pour « faire correspondre » une idée claire à
quelque chose Selon l’auteur de l’œuvre intitulé « La traduction aujourd’hui »
Marianne Lederer, « Comprendre un texte c’est faire appel à une compétence linguistique et, simultanément, à un savoir encyclopédique » [24 : 32] Les auteurs de
la théorie interprétative de la traduction ont insisté sur l’importance du « savoir encyclopédique » dans la compréhension En ce qui concerne « comprendre », d’un
point de vue d’apprenti de traduction, nous proposons d’associer la définition de la compréhension à celle donnée par le professeur M Lederer Nous nous permettons de
citer la définition de la compréhension donnée par Monsieur Đinh Hồng Vân -
professeur du Département de Langue et de Culture françaises – Université de langues
et d’études internationales, dans son article intitulé « La théorie du sens et la traduction des facteurs culturels » : « Comprendre un texte c’est mobiliser à la fois
une compétence linguistique et un savoir encyclopédique afin de faire correspondre à quelque chose le contenu véhiculé par le texte lui-même »
La compréhension joue un rôle indispensable dans le processus de la traduction car c’est le point de départ de ce processus En réalité, le traducteur est avant tout un lecteur, c’est-à-dire il doit comprendre le texte Pour ce faire, les seuls éléments linguistiques sont insuffisants pour permettre au lecteur d’accéder au sens véhiculé par
le texte L’accomplissement de la compréhension nécessite le recours à toute une série d’instruments que les tenants de la Théorie interprétative de la traduction divisent en 2 grands groupes : les connaissances linguistiques et les savoirs extralinguistiques ou encyclopédiques Comme la compréhension est une activité globale, il est tellement difficile de la diviser en phases distinctes Ainsi, dans cette partie, on tentera seulement
de caractériser les composants de ce processus et de soulever leurs rôles dans la compréhension ou dans la traduction en général
1.2.3.1.1 Comprendre la composante linguistique
La compréhension de la composante linguistique, étant celle de l’explicite linguistique, équivaut à la connaissance de sa langue
Trang 28Le savoir linguistique est l’ensemble des savoirs sur la lexicologie, morphologie, phonétique, la grammaire… Tout au long de la vie se verront s’enrichir les connaissances lexicales dont certaines s’oublient et d’autres sont plus durables tandis que les connaissances grammaticales, morphologiques, phonologiques… restent plutơt stables
Les connaissances linguistiques du traducteur appartiennent à son bagage cognitif
et jouent un rơle incontestablement important dans la compréhension et la réexpression
Dans la mesure ó il n’existe pratiquement pas de bilingues parfait, il est important
de distinguer chez le traducteur la connaissance de la langue maternelle, dite langue A, dans laquelle il traduit, et celle de la langue étrangère, dite langue B, dans laquelle sont écrits les textes ou les discours Lors de la traduction, il est évident de voir les interférences entraỵnées par ces deux connaissances l’un sur l’autre La maỵtrise d’une langue B permet aux traducteurs de comprendre ce qu’évoquent les mots sans être capables de s’en servir activement et vice versa, les connaissances lacunaires de la langue B peuvent avoir des conséquences néfastes sur la traduction car elles faussent
le vouloir dire de l’auteur Non seulement les connaissances de langue B amènent les traducteurs à une bonne traduction mais celles de langue maternelle, langue A leur permettent de produire une traduction intelligible de la communauté de langue d’arrivée Il nous arrive des fois ó le sens du texte est bien saisi mais la recherche d’un mot dans la langue d’arrivée n’est pas toujours facile
La formulation linguistique a été pendant longtemps le seul élément qui ait attiré l’attention des traductotologues Les tenants de la Théorie interprétative de la traduction mettent en relief l’importance des connaissances linguistiques dans le
processus de la traduction Pour eux, « Seule une excellente connaissance de la langue originale donne directement accès au sens ; seule excellente maỵtrise de la langue d’arrivée permet la réexpression adéquate de ce sens » [24 :34] Mais, du point de vue méthodologique, « Pour étudier le processus de la traduction sur le plan théorique, il est important d’écarter les problèmes d’ordre linguistique et de postuler une connaissance des deux langues telle que la traduction n’accuse pas d’erreurs sur ce plan » [24:33]
En conclusion, pour bien comprendre, il est donc nécessaire que le traducteur dispose des solides connaissances linguistiques et parallèlement à ce fait, il doit aussi tenir compte des différents éléments intervenant dans le processus de traduction
Trang 291.2.3.1.2 Comprendre les implicites
La compréhension n’implique pas seulement celle de ce que l’auteur dit en apparence mais aussi ce qu’il veut dire et transmettre à travers son texte ou son discours Alors la compréhension embrasse celle des présupposés et des sous-entendus, qu’on peut appeler les implicites Si seule la connaissance de la langue contribue à la compréhension des explicites, cette connaissance se combine avec celle du monde, le contexte cognitif permettent de relever les implicites dans ce que a dit l’auteur Car au même titre que les explicites linguistiques, les présupposés et les sous-entendus ont une incidence sur le sens des textes
Pour les théoriciens et les praticiens de la traduction, les présupposés de la langue font partie de l’association des signifiés à la connaissance du monde, tandis que les sous-entendus désignent les intentions qui fournissent l’impulsion nécessaire à la production du dire Au colloque Comprendre le langage tenu en 1980, Catherine Kerbrat-Orecchioni décrit :
« La façons dont le récepteur d’un énoncé en extrait certaines informations sémantico-pragmatiques à l’aide tout à la fois de ses compétences linguistiques et extralinguistiques […] Ainsi un énoncé tel que « Pierre a cessé de fumer » est susceptible de véhiculer les informations suivantes :
« Pierre actuellement ne fume pas […]
Pierre auparavant fumait » [24 :34]
Ces deux énoncés constituent les présupposés de la langue qui sont liés à nos
connaissances du monde Cette phrase peut aussi nous faire entendre : « Ce n’est pas comme toi qui continues à fumer, tu ferais bien d’en faire autant, prends-en de la graine… », ce qui constitue un sous-entendu Les sous-entendus montrent l’intention
de l’auteur Ils ne sont cependant jamais explicités dans une traduction
Pour conclure, lors de la traduction, le traducteur doit être conscient du rôle des implicites dans la compréhension On peut dire que ce sont les implicites qui nous amènent le plus vite au vouloir dire de l’auteur Il doit essayer de relever toutes ces implicites afin de comprendre le sens du texte en les reliant aux explicites Les présupposés étant compris avec la langue, les sous-entendus restant extérieurs à l’acte
de traduction, il reste à voir ce qui s’ajoute à la langue pour la compréhension des textes
Trang 301.2.3.1.3 Les compléments cognitifs
Pour que le sens que comprend le traducteur rejoigne le vouloir dire de l’auteur, il
faut qu’il ait la volonté de le comprendre et qu’il possède les connaissances en commun sur le sujet Ces connaissances ne sont pas les mêmes les uns et les autres mais elles doivent être suffisamment partagées pour que les éléments cognitifs qui s’ajoutent chez le traducteur à l’explicite du texte soient pertinents et pour que le sens n’ait rien d’hypothétique En fait, les éléments cognitifs jouent un rôle incontestable dans la compréhension de l’explicite ou l’implicite dans ce que l’auteur dit ou écrit
Et on peut constater que les connaissances sur le sujet des traducteurs sont de plus
en plus vastes mais peu de traducteurs sont conscients que l’acquisition de ces connaissances est très nécessaire avant de comprendre le texte
Ces savoirs en commun permettent aux lecteurs de non seulement comprendre le vouloir dire de l’auteur mais aussi de le corriger, de le contrôler, de le compléter Mais
ce n’est pas le cas des traducteurs Ces traducteurs n’ont qu’à transmettre le sens que veut exprimer l’auteur à travers le texte
On dénomme ces savoirs les compléments cognitifs constitués d’une somme de connaissances variées et variables Selon la définition des compléments cognitifs
donnée dans l’œuvre intitulé « La Traduction aujourd’hui » de M Lederer, les
compléments cogitifs sont des « éléments pertinents, notionnels et émotionnels, du bagage cognitif et du contexte cognitif qui s’associent aux significations linguistiques des discours et des textes pour constituer le sens Ils sont aussi indispensables à l’interprétation de la chaîne sonore ou graphique que la connaissance linguistique »
[24 : 212] Ces éléments permettent aux traducteurs de mieux comprendre le sens du texte et d’exprimer le vouloir dire de l’auteur dans une autre langue
On doit affirmer la valeur indéniable de ces éléments dans la traduction Dès 1971, François Richaudeau écrivait :
« Chaque mot possède généralement plusieurs sens, le choix du signifié particulier
au texte lu dépend des mots de la phrase qui entourent le mot concerné ; mais aussi des phrases précédentes, de la matière du sujet traité dans l’ouvrage, de l’école de pensée de son auteur ; et puis aussi du lecteur, de son niveau culturel, peut-être même
de son humeur, etc » [24 : 36]
Trang 31En 1983, les deux traducteurs T Van Dijk et W Kintsch soulignent à leur tour l’importance des éléments cognitifs et du contexte dans la compréhension des textes et
sous le titre « Sciences cognitives et compréhension du langage » , Jean-François Le
Ny a écrit en 1989 que la compréhension est
« Le produit conjoint de deux sources d’information travaillant en commun, le texte
et les structures cognitives » [24 :36 ]
Ou Valery Larbaud a écrit dans son œuvre intitulé « Sous l’invocation de Saint Jérome » publié en 1946 :
« Les mots d’un Auteur sont imprégnés et chargés de son esprit, presqu’imperceptiblement mais très profondément modifiés quant à leur signification brute, par ses intentions et les démarches de sa pensée, auxquelles nous n’avons accès que grâce à une compréhension intime de tout le contexte ».[24 :36]
L’accès à cette « compréhension intime de tout le contexte » exige ces quatre
éléments suivants « le cognitif et l’affectif, le bagage cognitif, les connaissances extra-linguistiques, le contexte cognitif » Tout cela se combine pour former le sens
d’une énonciation
1.2.3.2 La déverbalisation
La phase de déverbalisation est un apport extrêmement important de la Théorie interprétative de la traduction à la traductologie Au lieu de ne mentionner que la compréhension et la réexpression, nous allons nous arrêter un moment sur ce qui se passe dans le laps de temps entre la disparition des signes linguistiques et ce qui reste dans la tête du traducteur Nous ne transmettons pas les mots d’un texte, mais le message ou bien le vouloir dire de l’auteur, et pour dégager le sens de celui-ci recours
à la phase de déverbalisation
Autrement dit, la déverbalisation est la phrase ó le traducteur doit se détacher de
la forme linguistique et de la structure grammaticale de la langue dans le texte original
et s’efforcer de s’adresser aux lecteurs sous une forme qu’il a compris, c’est-à-dire le traducteur doit utiliser la manière de s’exprimer qu’implique sa langue à lui Ceci peut
se vérifier dans la vie quotidienne : par exemple quand quelqu’un raconte une histoire aux enfants, ces derniers en gardent un souvenir cognitif et oublient vite les mots utilisés par le raconteur, la preuve en est que, dans la majorité des cas, ces enfants raconteront cette histoire à une autre personne en employant ses propres mots
Trang 32Nous avons accès à une phase sémasiologique, ó les signes sur lesquels viennent s’ajouter les compléments cognitifs se transforment non pas en d’autres signes, mais
en des idées Puis, dans la phase onomasiologique, ces idées sont converties, une fois
de plus en association avec des compléments cognitifs, en un nouveau système de
signes D’après Delisle, le sens est « ce à quoi un signe renvoie lorsqu’il s’insère dans
un énoncé concret » [10 : 59] Jean-Paul Sartre a dit par rapport à un ouvrage littéraire que « le sens n’est pas la somme des mots, il en est la totalité organique » [24 : 24]
Ceci est aussi valable pour le discours en interprétation et pour les textes en traduction
D’après Lederer, le sens est « un ensemble déverbalisé, retenu en association avec des connaissances extra-linguistiques [24 : 24] » Dans son œuvre intitulé « Interpréter pour traduire », D Seleskovitch délimite le sens :
« Le sens d’une phrase c’est ce qu’un auteur veut délibérément exprimer, ce n’est pas la raison pour laquelle il parle, les causes ou les conséquences de ce qu’il dit Le sens ne se confond pas avec des mobiles ou des intentions Le traducteur qui se ferait exégète, l’interprète qui se ferait herméneute transgresserait les limites de leurs fonctions [24 : 25] »
L’essentiel est « d’aller derrière les mots », c’est-à-dire de se détacher des formes
linguistiques pour avoir accès au sens C’est grâce à la déverbalisation que les traducteurs peuvent éviter de se tomber dans le piège du mot à mot et saisir le sens, puis trouver librement d’expression adéquate dans la langue d’arrivée
Si nous ne traduisons pas mot par mot, ou phrase par phrase, quelle est alors l’unité
de traduction ? D’après Mariane Lederer et Danica Seleskovitch, l’unité de traduction est l’unité de sens ; la fusion en un tout du sémantisme des mots et des compléments cognitifs M Lederer a repéré cette unité dans ses études de l’interprétation simultanée
Le découpage d’un texte en unités de sens n’a pas de caractère absolu Il change d’une personne à l’autre et dépend du niveau de connaissances du sujet traité ainsi que du niveau de connaissances de la langue en question Un auditeur qui connaỵt bien le sujet traité n’a pas toujours besoin d’entendre l’énoncé jusqu’à la fin avant de le comprendre Un autre qui serait moins versé dans le sujet, devra attendre les derniers mots pour saisir ce qui a été dit [M Lederer 1994 : 27] À un moment donné se produira un déclic de compréhension chez le locuteur ou le lecteur, qui résultera en l’unité de sens Ce déclic peut se produire en un millième d’une seconde ou après plusieurs secondes Les auditeurs apportant des connaissances diverses, la même composante du discours sera redondante pour certains et trop elliptique pour d’autres
Trang 33L’unité de sens n’existe qu’au plan du discours, c’est une représentation mentale Le sens reste dans l’esprit des auditeurs, tandis que les mots qui servaient à l’exprimer disparaissent La traduction au niveau du texte est le résultat d’une opération mentale sur des unités de sens [1981 : 377] Comme l’a dit Seleskovitch : « Le sens [ ] se définit comme la chose qu’il convient de faire passer d’un vêtement linguistique à un autre » [1986 : 271]
D’après les auteurs de « la Stylistique comparée du français et de l’anglais »,
l’unité de traduction est le plus petit segment de l’énoncé dont la cohésion des signes est telle qu’ils ne doivent pas être traduits séparément Delisle pour sa part insiste sur
le fait qu’on ne traduit pas par phrases détachées, mais que la prise en compte de la dynamique interne du texte fait de sorte que le traducteur perçoit un sens qui s’intègre
de façon cohérente dans le suivi du texte Il a alors capté l’unité de sens La déverbalisation est ainsi une conceptualisation nécessaire afin de créer des traductions idiomatiques dans l’autre langue
Si le concept original de la déverbalisation, créé par Seleskovitch, est un apport à la traductologie, il est néanmoins un concept qui a suscité de vives discussions La Traduction interprétative de la traduction place la déverbalisation au centre du processus de la traduction, entre la compréhension et la réexpression, ce qui fait que le processus de la traduction n’est plus considéré comme un processus linéaire, mais comme une opération triangulaire Tous les théoriciens ne partagent pas cette vue sur
la nature de cette étape Certains pensent que la déverbalisation ne constitue pas une phase distincte, mais qu’elle s’intègre dans la phase de compréhension et dans celle de
la réexpression (Ladmiral 2005 : 476) Il n’est pas encore possible de savoir exactement ce qui se passe dans le cerveau du traducteur, alors pour étudier le processus de la traduction les chercheurs ont recours entre autres à des méthodes d’introspection, ó le traducteur décrit ce qu’il fait pour résoudre les problèmes rencontrés au cours de son travail au moyen de protocoles de verbalisation L’analyse
de ces protocoles permet de cerner de plus près l’opération traduisante et d’émettre des hypothèses sur la nature de la déverbalisation qu’il reste à tester
La problématique concernant la phase de déverbalisation touche également la traduction des textes littéraires, ó la préservation de la forme du texte est particulièrement importante La mise en valeur de la forme est un trait caractéristique des textes littéraires Contrairement au langage des textes pragmatiques, le langage littéraire n’est pas uniquement un moyen pour communiquer, mais une fin en soi Dans
L’analyse du discours, Delisle remarque que :
Trang 34« L’écrivain [des textes littéraires] fait un usage personnalisé de la langue et, à la limite, son style devient le reflet de sa personnalité Fuyant les clichés éculés, indices d’une pauvreté d’imagination et d’une faiblesse de composition, il invente des métaphores, produit des alliances inusitées de mots, renouvelle les images (1984 :
30) »
La déverbalisation fait-elle perdre la forme de l’original ? Selon Lederer, le traducteur qui déverbalise reproduit non seulement le sens de l’original, mais aussi les mêmes effets (1994 : 46) Le cas échéant, le traducteur risque de se laisser hypnotiser par l’expression étrangère pour aboutir à une solution mal formulée dans la langue d’arrivée Dans l’analyse au chapitre II de ce mémoire, nous essayerons de déterminer
si le traducteur est passé par cette phase lors de la traduction, et de voir s’il a réussi à produire les mêmes effets que l’original
La déverbalisation constitue aussi la condition préalable de la réexpression Une fois le sens dégagé, nous devons, pour le réexprimer dans une autre langue, laisser de cơté l'expression originale pour utiliser nos propres modes d'expression Bien sûr, une bonne réexpression nécessite une bonne maỵtrise d'expression, voire du talent en écriture dans la langue d'arrivée, mais ceci n'est possible qu'après la phase de déverbalisation Sur ce point, les traducteurs doivent toujours s’efforcer de se perfectionner en expression en langue d'arrivée C'est également la raison pour laquelle
de nombreux traducteurs se déclarent passionnés d'écriture
1.2.3.3 La réexpression
La dernière phase du processus de la traduction, c’est la réexpression Il s’agit de
l’étape de la restitution du sens compris par le traducteur Cette phase est le fruit de la compréhension du texte de départ et de la déverbalisation de la forme linguistique Bien que la réexpression soit la dernière phase dans le processus de la traduction,
elle n’est pas la moins important Fortunato Isrặl, dans son ouvrage intitulé « La liberté en traduction » publié en 1991, a insisté sur l’importance de la phase de
Trang 35Cette phase d’expression demande aux traducteurs de remplacer l’auteur du texte original afin d’exprimer le message qu’il veut transmettre
Comme nous avons présenté dans les parties précédentes, la Théorie interprétative
de la traduction […] repose sur un principe essentiel : « la traduction n’est pas un travail sur la langue, sur les mots, c’est un travail sur le message, sur le sens »6 Selon les auteurs de cette théorie, le sens est un produit non verbal Ainsi, lors de la réexpression, ce qui est le plus important, c’est le fait que le traducteur doit toujours être conscient que le point de départ de la réexpression n’est pas la langue du texte original mais le sens non-verbal ou bien le vouloir dire de l’auteur
D’autre part, la traduction est seulement un cas de communication, dans cette phase,
le traducteur doit se comporter comme un locuteur qui a quelque chose à dire Il va se faire comprendre en s’exprimant dans les formes linguistiques admises par la communauté linguistique dans laquelle le texte est traduit M Lederer, dans son œuvre
« Interpréter pour traduire », a dit :
« Le sens est individuel mais les formes sont sociales ; on peut dire ce que l’on veut mais le moule qui recevra le vouloir dire doit être conforme aux usages Les mêmes idées peuvent être exprimées dans toutes les langues mais doivent l’être dans le respect de convention de chacune » [21 : 34] Cela se vérifiera à travers les exemples
concrets dans la partie de l’analyse de notre corpus
Dans la phase de réexpression, il nous faut souligner que la réexpression ainsi que
la compréhension nécessite le recours aux compléments cognitifs tels que les connaissances linguistiques et les savoirs extra-linguistiques, le bagage cognitif, le contexte cognitif etc De plus, nous voulons aussi souligner qu’en s’appuyant sur le contexte verbal, le traducteur pourra trouver des moyens linguistiques adéquats susceptibles de lui permettre de restituer le vouloir dire de l’auteur
Lors de la réexpression, le traducteur doit être conscient qu’il ne sera pas obligé d’exprimer le vouloir dire de l’auteur de la même façon que le texte original En faisant appel à ses connaissances extra-linguistiques, le traducteur va chercher dans la langue dans laquelle il va traduire des moyens différents mais équivalents à ceux qui ont été utilisés dans le texte source, c’est-à-dire le traducteur doit établir les
6 Cité dans l’article intitulé « La théorie du sens et la traduction des facteurs culturels » de Monsieur
Đinh Hồng Vân - professeur du Département de Langue et de Culture françaises – Université de
Trang 36équivalences entre les deux langues susceptible de lui permettre de transmettre le vouloir dire de l’auteur
En conclusion, pour bien transmettre le message de l’auteur du texte de départ, au lieu de traduire littéralement, le traducteur doit complètement se détacher de la forme linguistique et de la structure grammaticale du texte de départ, s’efforcer de s’adresser aux lecteurs sous forme qu’il a compris et s’appuyer sur les habitudes langagières dans
la communauté dans laquelle le texte est traduit
1.2.4 Les équivalences et les correspondances
Comme vous l’avez vu, il existe deux approches de la traduction qui ont l’une et l’autre leurs défenseurs : la traduction par équivalences et la traduction par correspondances
On a condamné depuis longtemps la traduction littérale (ou la traduction mot) et au début, un consensus pour la traduction par correspondances comme la meilleure méthode de la traduction a émergé Selon les auteurs de la Théorie interprétative de la traduction, la traduction par correspondances est une méthode intervenant partiellement dans toute traduction, mais elle ne vaut pas à elle seule pour toutes les situations qu’on rencontre au cours d’une traduction En tenant compte des limites de cette méthode, Danica Saleskovitch a introduit la méthode de la traduction par équivalences afin de combler la lacune dévoilée
Dans son œuvre « La traduction aujourd’hui », M Lederer estime que la véritable
traduction n’est concevable que par rapport aux textes, c’est-à-dire dans le cadre d’un
discours et en fonction d’un contexte : « La traduction interprétative est une traduction par équivalences, la traduction linguistique est une traduction par correspondances […] la différence essentielle entre équivalences et correspondances :
« les premières s’établissent entre textes, les secondes entre des éléments linguistiques, mots, syntagmes, figements ou formes syntaxiques » [24 : 51]
Selon les recherches effectuées à l’ESIT, la traduction par équivalences a une validité générale quelles soient les langues et les types de textes, littéraires et techniques, textes de fiction ou de réalité Quant à la traduction par correspondances, elle est caractérisée par la recherche systématique de correspondances, s’efforce de conserver des signifiés en changeant de signifiants
Trang 371.2.4.1 La traduction par correspondances
Cette méthode de la traduction signifie qu’on détectera les mots et des formes
syntaxiques qui correspondent d’une langue à l’autre Correspondance, c’est- à-dire
il existe un élément pour lequel on peut trouver un élément parallèle pré-existant dans
la langue cible Cette méthode est valable pour le cas de la traduction des mots à signification unique comme les lettres, les appellations, les énumérations et les termes techniques On peut dire simplement que la traduction par correspondances est une traduction linguistique Il s’agit de la méthode de la traduction ó le traducteur ne tient pas compte du contexte Selon la Théorie interprétative de la traduction, elle constitue une partie importante dans le processus de la traduction, mais ne saurait suffire à elle seule à transmettre intelligiblement le sens dans la langue d’arrivée Elle a besoin d’être complétée par un transfert par équivalences
1.2.4.2 La traduction par équivalences
Nous arrivons maintenant au cœur de l’innovation théorique de la Théorie interprétative de la traduction, la traduction par équivalences est une notion théorique fondée par Danica Saleskovitch Si le traducteur applique cette méthode dans sa traduction, les mots exacts dans le texte original ne sont transportés dans la langue cible rarement Les cas qu’ils correspondent sont les mots à signification unique Même si les mots dans le texte original ne correspondent pas directement avec les mots dans le texte traduit, le sens du texte reste inchangé Selon les auteurs de la Théorie interprétative de la traduction, la traduction par correspondances est possible, mais le résulta est, dans les meilleurs cas, un texte lourd et peu agréable à lire, et dans les pires cas, une traduction erronée C’est pour cette raison que la Théorie
interprétative de la traduction propose que le traducteur « formule dans sa propre langue et selon son propre talent les idées qu’il doit faire comprendre et les sentiments qu’il doit faire ressentir » (M Lededer 2006 :50) Le traducteur doit alors
essayer de se détacher du texte original et ne garder que dans sa tête les idées déverbalisées du texte pour les réécrire dans sa propre langue en utilisant le même niveau stylistique que l’auteur original Pour avoir une traduction qui est écrit aussi bien stylistiquement que le texte original, le traducteur doit formuler un texte qui coule, qui est agréable à lire et qui semble logique pour le nouveau lecteur Danica Saleskovitch a comparé la composition d’un discours en équivalences et en
Trang 38correspondances à une brioche aux raisins Avant le commencement, il est nécessaire d’identifier les ingrédients de la brioche qui se composent de : la farine, le beurre, le lait, les œufs, les raisins, le sucre etc… De la même manière, on peut identifier les éléments linguistiques avant la traduction Mais après la cuisson, tout ce qui reste identifiable sera les raisins De la même façon, les éléments linguistiques vont fusionner au cours d’une traduction, mais les correspondances des termes transcodés restent visibles (Lederer et Saleskovitch 2002)
1.2.4.3 Comment juger l’équivalence ?
« Qu’est-ce qui permet de dire qu’une traduction est équivalente à l’original, alors que ni les mots ni les structures grammaticales ne correspondent exactement ? En d’autres termes qu’est-ce qui permet de dire qu’une traduction est bonne ? » On peut
trouver la réponse dans « La traduction aujourd’hui » du Professeur M Lederer
L’auteur a relaté cinq critères de jugement de la qualité d’une traduction proposés par
- Elle doit être conforme au genre du texte traduit : on n’écrit pas de recettes de cuisine comme un traité de droit: W Koller parle ici d´équivalence de norme ;
- Elle doit être adaptée aux connaissances du lecteur pour être comprise Il s'agit d’une équivalence pragmatique;
- Enfin, la forme de la traduction doit produire le même effet esthétique que l’original.
Afin de tester les critères de W.Koller sur la traduction, l’auteur a pris l’exemple d’une traduction Cannery Row citée ci-dessus :
The ties were pulled down a little so
the shirt collars could be unbuttoned
And the soldiers wore the girls' hats,
one a tiny yellow straw boater with a
bunch of daisies on the crown, the other
a white knitted halfhat to which
Les soldats avaient défait leur cravate afin de pouvoir ouvrir leur col,
et ils avaient coiffé les chapeaux des filles : l’un avait le chef adorné d’une paille jaune surmontée d’un bouquet de pâquerettes, l’autre portait un bonichon
Trang 39medallions of blue cellophane adhered
They walked holding hands, swinging
their hands rhythmically The soldier on
the outside had a large brown paper
bag filled with cold canned beer They
strolled softly in the pearly light They
had had a hell of a time and they felt
good They smiled delicately like weary
children remembering a party They
looked at one another and smiled and
they swung their hands
de tricot blanc décoré de médaillons de cellophane bleue Soldats et filles se tenaient par la main et balançait leurs mains en mesure Le soldat qui marchait sur le bord du trottoir portait
un cabas de papier brun, rempli de bière en boỵte, et tous quatre avançaient doucement dans la lumière aux tons nacrés : ils venaient de passer une nuit
du tonnerre de Dieu, et la vie était rudement belle Et ils souriaient comme sourient les enfants au souvenir d’une tête Chaque couple se regardait, souriait, et balançait ses mains de plus belle
Marianne Lederer a évalué cette traduction en s’appuyant sur les critères d’une traduction préconisés par W.Koller Nous nous permettons de rapporter ici le résultat suivant :
- « L’information apportée par le récit est pleinement transmise
- Le français respecte le registre de langue, la simplicité d’expression de l’original
- L’adaptation au lecteur français est réussie : la traduction de « large brown paper bag » par « cabas de papier brun » donne une indication de la dimension des « sacs » en papier dans lesquels on emballe les achats de produits alimentaires aux Etats-Unis La traduction par « grand sac en papier » risquait de ne pas faire comprendre cette dimension
- L’effet esthétique, bon enfant, de l’original se retrouve dans la traduction
On dira que les cinq critères de W.Koller sont respectés Au moment ó le traducteur écrit sa version, il s’inspire de ce qu’il comprend et de ce qu’il ressent à la lecture du texte pour laisser courir sa plume… »
1.2.5 Les critères d’évaluation d’une traduction
Devant une telle interrogation, le traducteur du métier est saisi de trouble, presque
de vertige Peut-on répondre à une question aussi complexe? Qui, en effet, dit le bon et
Trang 40le mauvais en ce domaine ? Quelles conditions une traduction doit-elle remplir pour être jugée bonne ? Mais qui est le juge ou l’arbitre ? Quel sage ou quel savant ? Une traduction estimée bonne à une époque l’est-elle encore trente ans ou trois siècles plus tard ? Et pour avoir une bonne traduction, quels sont les critères aux quels le traducteur doit répondre ?
Pour Georges Mounin, la qualité première d’une traduction est la fidélité totale à tout le texte, la seconde étant le style, l’esthétique, la beauté littéraire, le talent Fidélité
au texte, oui, c’est-à-dire en même temps fidélité au contexte, lequel donne seul la totalité du texte ; fidélité à la situation et aux registres de langue ; bref, fidélité à la totalité du message inclus dans l’énoncé Georges Mounin définit ainsi le contexte :
« Le contexte, parti d’un corpus de deux ou trois cents mots, s’élargit jusqu’au contenu, dans l’espace et dans le temps, de toute une civilisation »7 La civilisation, c’est, en linguistique, la situation (géographique, historique, sociale, culturelle), alors que le contexte linguistique se limite aux renseignements donnés par le texte Dans son
œuvre intitulé « La notion de qualité en matière de traduction littéraire », il affirme
Si un traducteur peut ne pas être écrivain, il doit, dans tous les cas posséder des qualités de rédacteur – savoir écrire – et avoir une grande culture, sans compter la connaissance la plus précise possible du domaine spécialisé duquel relève son texte Les qualités qui font la bonne traduction sont la précision et l’élégance du style ; la fidélité au texte original et la qualité du « rendu » ; la qualité à la fois linguistique et spirituelle ; l’exactitude, mais surtout les qualités de langue et de style ; la rigueur de l’équivalence ; la fidélité au texte traduit, le sens esthétique de la langue du traducteur
et l’affinité, etc On pourrait résumer tous ces éléments de réponse dans une formule
7 Georges Mounin (1963) : « La notion de qualité en matière de traduction littéraire », dans « la
Qualité en matière de traduction, » Actes du 3e Congrès de la Fédération internationale des traducteurs (F.I.T), Bad Godesberg, 1959, sous la rédaction de E Cary et R.W Jumpelt, Symposium Publications Division, Pergamon Press, Oxford, London, New York, Paris, p.53