C’est pour l’objectif de chercher à comprendre l’existentialisme en général et l’existentialisme camusien en particulier que nous entreprenons ce mémoire de fin d’étude intitulé « L’exis
Trang 1UNIVERSITÉ NATIONALE DE HANOI UNIVERSITÉ DE LANGUES ET D’ÉTUDES INTERNATIONALES DÉPARTEMENT DE LANGUE ET DE CULTURE FRANÇAISES
MÉMOIRE DE FIN D’ÉTUDES UNIVERSITAIRES
L’EXISTENTIALISME CAMUSIEN A TRAVERS
LE MYTHE DE SISYPHE, L’ETRANGER ET LA PESTE
Sous la direction de: Dr Pr Pham Thi That
Réalisé par: Le Hai Yen
Classe : QH2009.1.F1
Promotion : QH2009
Hanoi, mai 2013
Trang 2ĐẠI HỌC QUỐC GIA HÀ NỘI TRƯỜNG ĐẠI HỌC NGOẠI NGỮ KHOA NGÔN NGỮ VÀ VĂN HÓA PHÁP
KHOÁ LUẬN TỐT NGHIỆP
CHỦ NGHĨA HIỆN SINH CỦA CAMUS TRONG
LE MYTHE DE SISYPHE, L’ÉTRANGER VÀ LA PESTE
Giáo viên hướng dẫn: PGS TS Phạm Thị Thật
Sinh viên: Lê Hải Yến
Lớp : QH2009.1.F1
Niên khóa: QH2009
Hà Nội, 5/2013
Trang 3ATTESTATION SUR L’HONNEUR
J’atteste sur l’honneur que ce mémoire a été réalisé par moi-même et que les données et
les résultats qui sont présentés sont exacts et non jamais publier ailleurs
Le Hai Yen
Trang 4Remerciements
Nous tenons à remercier Madame Pham Thi That, professeur de notre département pour ses bons conseils, ses compétences dans mon orientation et toute l’aide qu’elle m’a apportée dans la réalisation de ce mémoire Sans elle, ce mémoire n’aurait jamais vu le jour
J’adresse mes plus sincères remerciements à tous mes proches et amis, qui m’ont toujours soutenue et encouragée au cours de la réalisation de ce mémoire
Merci à tous et à toutes
Trang 5RÉSUMÉ DU MÉMOIRE
Albert Camus est un grand écrivain français Il est aussi très connu pour sa doctrine existentialiste C’est pour l’objectif de chercher à comprendre l’existentialisme en général
et l’existentialisme camusien en particulier que nous entreprenons ce mémoire de fin
d’étude intitulé « L’existentialisme camusien à travers Le Mythe de Sisyphe, L’étranger
et La peste »
Notre mémoire se compose de trois chapitres Dans le premier chapitre, nous présentons
la vie et l’œuvre d’Albert Camus Cet écrivain mène une vie difficile Il passe une enfance sans père dans une famille pauvre, avec une mère silencieuse et une grand-mère dure De plus, il est atteint de la tuberculose en 19 ans et est mort très tôt, à l’âge de 47 ans Concernant son œuvre, Albert Camus laisse à la postérité une œuvre importante de genres différents Elle traduit les pensées philosophiques de l’auteur : la conscience de l’absurdité du monde et du tragique d’une condition humaine Elle traduit également la volonté d’Albert Camus, écrivain humaniste, qui ne cède pas face à la vie plein d’absurde
Dans le deuxième chapitre, nous cherchons à comprendre l’esprit de l’existentialisme moderne à travers les doctrines de différents philosophes appartenant dans deux écoles existentialistes : existentialisme chrétien et existentialisme athée L’étude du Mythe de sis nous permet de dégager les notions principales de l’existentialisme camusien : la prise en conscience de l’absurde de la vie humaine engendre inévitablement la révolte de l’homme
Enfin, il s’agit, dans le troisième chapitre, les analyses de L’étranger et de La
peste comme illustrations de la philosophie camusienne
Trang 6
Table des matières
Page
INTRODUCTION……….1
CHAPITRE 1 : ALBERT CAMUS – ÉCRIVAIN HUMANISTE………2
1.1 Une vie « absurde »……… 2
1.2 Albert Camus – Journaliste engagé et écrivain de l’absurde……….5
1.2.1 Albert Camus - Journaliste engagé……… 5
1.2.2 Un écrivain de l’ « absurde »………8
CHAPITRE 2 : CONCEPTS DE L’EXISTENTIALISME……….12
2.1 Définition du concept existentialiste………12
2.2 Les écoles existentialistes………13
2.2.1 Représentant de l’existentialisme chrétien……….13
2.2.1.1 Søren Kierkegaard………13
2.2.1.2 Karl Jaspers……… 15
2.2.1.3 Gabriel Marcel……… 16
2.2.2 L’existentialisme athée……….17
2.2.2.1 Martin Heidegger……… 17
2.2.2.2 Jean - Paul Sartre……… 19
2.3 L’existentialisme camusien à travers Le Mythe de Sisyphe ……… 20
2.3.1 La philosophie de l’absurde……… 20
2.3.2 La révolte……… 23
CHAPITRE 3 : L’ÉTRANGER ET LA PESTE - ILLUSTRATIONS DE L’EXISTENTIALISME CAMUSIEN……… 25
3.1 L’étranger et La peste……… 25
3.1.1 L’étranger……….25
3.1.2 La peste……….26
3.2 L’existentialisme camusien dans L’étranger et La peste……….28
3.2.1 La philosophie de l’absurde……… 28
Trang 73.2.1.1 La monotonie de la vie humaine……… 28
3.2.1.2 La perte de la liberté……….30
3.2.1.3 La mort……….31
3.2.1.4 L’absence de Dieu………35
3.2.2 La révolte……… 37
CONCLUSION………40
BIBLIOGRAPHIE……… 41
Trang 8INTRODUCTION
Albert Camus (1913 – 1960) est un grand écrivain français qui a obtenu le prix Nobel de littérature en 1957 pour « l’ensemble d’une œuvre mettant en lumière les problèmes qui se posent de nos jours à la conscience des hommes » Outre son talent littéraire, il est connu comme un des représentants de l’existentialisme moderne
Qu’est-ce que c’est que l’existentialisme ? Quelle est la particularité de l’existentialisme camusien ? Ce sont les questions qui nous poussent à entreprendre ce
mémoire de fin d’étude intitulé « L’existentialisme camusien à travers Le Mythe de
Sisyphe, L’étranger et La peste » Trouver la réponse à ces deux questions est donc
l’objectif de notre recherche
Pour atteindre ce but, nous allons nous baser sur l’étude de la bibliographie et le processus de production littéraire d’Albert Camus Nous allons également étudier des notions de base de l’existentialisme moderne en général et de l’existentialisme camusien
en particulier Puis, nous allons voir comment Camus illustre sa philosophie dans ses œuvres littéraires
Notre mémoire se compose de trois chapitres Le premier chapitre se consacre à la présentation de la vie et l’œuvre d’Albert Camus Il s’agit d’une vie mouvementée et d’une œuvre d’engagement Dans le deuxième chapitre, nous essayons de trouver la définition de l’existentialisme moderne à travers les doctrines des philosophes différent
Ensuite, nous allons étudier l’existentialisme camusien en examinant son essai Le Mythe
de Sisyphe Enfin, dans la troisième chapitre, nous analysons les deux romans L’étranger
et La Peste pour montrer comment y est traduite la philosophie camusienne
Trang 9Chapitre 1 : ALBERT CAMUS – ÉCRIVAIN HUMANISTE
1.1 Une vie « absurde »
Le 7 novembre 1913, Albert Camus voit le jour à Mondovi, un petit village du Constantinois, près de Bơne (Algérie) dans une famille pauvre Son père, Lucien Camus,
un ouvrier caviste, est mobilisé et est blessé à la bataille de la Marne en septembre 1914
Il est enfin mort à l’hơpital militaire de Saint-Brieuc à l’âge de 28 ans Albert Camus est
donc orphelin de père à un an Tout ce qu’il connait de son père est une photographie et une anecdote significative concernant son dégỏt devant le spectacle d’une exécution capitale Cette anecdote est bien gravée dans l’esprit de cet écrivain – philosophe Sa mère, Catherine Sintès, d’origine espagnole, faisait des ménages pour nourrir ses deux fils, Lucien et Albert Camus éprouve pour elle une affection sans bornes, mais il n’y avait jamais de véritable communication entre l’enfant et cette mère exténuée par le travail, à demi-sourde et presque analphabète, qui parlait peu et difficilement Après la mort de son père, pour élever les enfants, sa mère doit travailler durement Elle confie l’éducation des enfants à sa grand-mère qui les traite à la cravache Alors, c'est dans ce quartier populaire de Belcourt, à Alger, entre cette mère silencieuse (qui aime ses enfants tendrement sans jamais le leur révéler, qui « ne l’a jamais caressé puisqu’elle ne saurait pas ») et une grand - mère « rude et dominatrice » que grandit Albert Camus On peut penser qu'une partie de son œuvre s'est édifiée pour tenter d'équilibrer cette absence et ce silence
A l’école communale, Albert Camus est un bon élève Mais à ce temps - là, il n’y
a pas de place au lycée pour les pauvres comme lui : les études et la culture sont le privilège des riches « Il régnait à cette époque dans le petit peuple algérois un fort préjugé contre les études On est pauvre: il faut travailler de ses mains »1, a noté Morvan
Lebesgue dans Camus par lui-même En dépit de tous ces obstacles, Camus réussit à entrer au lycée grâce à l’aide de Louis Germain, son instituteur Ce dernier distingue Camus, trouve son intelligence et l’a fait travailler bénévolement après des heures de classe De plus, cet instituteur dévoué convainc sa famille de présenter le jeune écolier au
Trang 10
concours des bourses qui lui permettait d’aller au lycée Reçu, Camus entre au lycée Bugeaud d’Alger en 1924 Plus tard, lors de la remise du prix Nobel de littérature qu’il obtient en 1957, pour témoigner sa reconnaissance à son instituteur grâce à qui il peut
poursuivre ses études, Camus lui dédie Le discours de Suède.
Albert Camus se montre un adolescent plein de vie qui s'intéresse aux plaisirs de son âge tel que le théâtre amateur et le football C'est aussi un être profondément enraciné dans son sol natal
Après des années au lycée Bugeaud, en 1928, Camus entre au Racing Universitaire d’Alger Puis, en 1930, il passe son baccalauréat Malheureusement, c’est aussi dans cette année que le jeune homme heureux de vivre et plein de rêve découvre qu’il est atteint de la tuberculose Cette maladie lui fait brutalement prendre conscience
de l’injustice faite à l’homme, qu’il est seul et mortel
Il poursuit, les années suivantes, ses études de philosophie à l’Ecole normale
supérieure d’Alger En même temps, il publie ses premiers écrits dans la revue Sud,
milite contre le fascisme et s’adhère au parti communiste Malgré son amour pour sa carrière d’écrivain, sa passion pour la politique et pour l’humanisme, les premières atteintes de la tuberculose lui contraint à de fréquents repos en cure, lui ferme l’accès à l’agrégation et au professorat dont il a toujours rêvé
Témoin des dégâts matériels et humains causés par la guerre contre la France, il n’hésite pas à dénoncer les atrocités commises en Algérie (tortures, brimades ) dans de
nombreux articles Dans un article dans Actuelles III – Chroniques Algériennes
1939-1958 (p.15), il appelle le peuple algérien à la solidarité : « On a le droit et le devoir de
dire que la lutte armée et la répression ont pris, de notre côté, des aspects inacceptables Les représailles contre les populations civiles et les pratiques de torture sont des crimes dont nous sommes tous solidaires »
Il est cependant contre le terrorisme Selon lui, il est impossible d'accepter que pour faire triompher une juste cause, tous les moyens soient bons Le terrorisme du F.L.N (Front de Libération National d’Algérie) lui paraît également odieux Il exprime
son point de vue dans Actuelles III – Chroniques algériennes 1939-1958 (p.17) : « Quelle
Trang 11que soit la cause que l'on défend, elle restera toujours déshonorée par le massacre aveugle d'une foule innocente ó le tueur sait d'avance qu'il atteindra la femme et l'enfant Après tout, Gandhi a prouvé qu'on pouvait lutter pour son peuple, et vaincre, sans cesser un seul jour de rester estimable.»
Il se coupe, pour cette raison, d'un grand nombre de ses amis de gauche qui le jugeaient trop timoré Il est alors déchiré entre le désir de rester fidèle à lui-même et celui
de ne pas abandonner les siens dans le malheur Il rêve d'une Algérie fraternelle ó régneraient la justice et l'égalité entre les races : « Si l'on veut que la France seule règne
en Algérie sur huit millions de muets, elle y mourra Si l'on veut que l'Algérie se sépare
de la France, les deux périront d'une certaine manière Si, au contraire, en Algérie, le peuple français et le peuple arabe unissent leurs différences, l'avenir aura un sens pour les Français, les Arabes et le monde entier »2 Pourtant, cela semble être impossible dans les circonstances historiques du moment Camus décide donc de refuser de choisir l’un des deux camps, alors, cela entraỵne une conséquence forcée : il se voit rejeté des deux cơtés Cette prise de position lui apporte des rancunes posthumes
Voyant profondément les déchirements et les angoisses de son siècle, Camus les représente dans ses productions d’écrivain : roman, théâtre, philosophie, journalisme En
1957, il reçoit le prix Nobel de Littérature pour « son importante œuvre littéraire qui met
en lumière, avec un sérieux pénétrant, les problèmes qui se posent de nos jours à la conscience des hommes »
Mais cette vie plein d’enthousiasme s’est arrêtée le 4 janvier 1960 : Albert Camus
se fait tuer par un accident de voiture près de Sens Une mort absurde le surprend à l’âge
de 47 ans, quand il est en plein gloire
1.2 Albert Camus – Journaliste engagé et écrivain de l’absurde
Albert Camus laisse à la postérité une œuvre importante de genres différents Elle traduit les pensées philosophiques de l’auteur : la conscience de l’absurdité du monde et
2 Camus A., Actuelles III – Chroniques algériennes 1939-1958, Les Éditions Gallimard, 1958, p.20
Trang 12du tragique d’une condition humaine Elle traduit également la volonté d’Albert Camus, écrivain humaniste, qui ne cède pas face à la vie plein d’absurde
1.2.1 Albert Camus - Journaliste engagé
Albert Camus commence sa carrière assez tôt Il publie, à 19 ans, ses premiers
essais et ses premiers écrits en 1932 dans la revue Sud Après, pendant les années 1938–
1940, Albert Camus, qui revendique son statut d’intellectuel, mais qui se veut également
en prise directe avec le réel, trouve dans le journalisme un autre mode d’action et
d’expression qui lui convient Alors, Camus fond avec Pascal Pia le journal Alger
républicain Ce journal, dès sa naissance, tranche avec le silence complice des autres
quotidiens Le rêve de Camus est de voir naître après la Libération une presse neuve, critique, appartenant à ceux qui la font, libre et dégagée de toute entrave financière Avec
sa plume, Camus fait scandale par ses opinions contre l'oppression coloniale, contre une tutelle qui maintient dans la misère et l'asservissement du peuple musulman Il publie,
dans Alger républicain, puis dans Soir républicain, plus de cent articles, allant de la
politique locale et nationale aux chroniques judiciaires et littéraires, en passant par des reportages Parmi ses articles, il faut citer « Misère de la Kabylie », un violent réquisitoire contre le colonialisme
En même temps, il prend parti pour les Républicains espagnols en lutte contre le
soulèvement armé du général Franco Dans son article dans le journal Alger Républicain,
publié le 18 février 1939, il a écrit : « Ce qui attache tant de nous à l'Espagne républicaine, ce ne sont pas de vaines affinités politiques, mais le sentiment irrépressible que, de son côté, se trouve le peuple espagnol, si pareil à sa terre, avec sa noblesse
profonde et son ardeur à vivre » Dans Combat, journal clandestin dont Camus assume la
direction jusqu’en 1947, avec ses articles, qui sont rassemblés plus tard sous le titre
d'Actuelles, publié en 1948, Albert Camus exprime sa désapprobation vis-à-vis du
général Franco : « En 1936, un général rebelle a levé, au nom du Christ, une armée de Maures, pour les jeter contre le gouvernement légal de la République espagnole, a fait triompher une cause injuste après d'inexpiables massacres et commencé dès lors une
Trang 13atroce répression qui a duré dix années et qui n'est pas encore terminée »3 Et il s’indigne lors de l’entrée de l’Espagne franquiste à l’UNESCO en 1952 : « L'Espagne de Franco est introduite à la sauvette dans le temple bien chauffé de la culture et de l'éducation […] Et ce n'est pas suffisant de dire que nous refuserons désormais toute collaboration avec une organisation qui accepte de couvrir une semblable opération Chacun à notre place, désormais, nous la combattrons de face, et fermement Oui, dès l'instant ó Franco est entré à l'UNESCO, l'UNESCO est sortie de la culture universelle.»4
La révolte de Camus se traduit en acte : il se démissionne de cet organisme
En 1945, l’année ó s’est terminé la Seconde Guerre Mondiale, Camus était le seul intellectuel occidental qui a dénoncé l’usage de la bombe atomique au Japon : « Le monde est ce qu'il est, c'est-à-dire peu de chose C'est ce que chacun sait depuis hier grâce
au formidable concert que la radio, les journaux et les agences d'information viennent de déclencher au sujet de la bombe atomique On nous apprend en effet, au milieu d'une foule de commentaires enthousiastes, que n'importe quelle ville d'importance moyenne peut être totalement rasée par une bombe de la grosseur d'un ballon de football Des journaux américains, anglais et français se répandent en dissertations élégantes sur l'avenir, le passé, les inventeurs, le cỏt, la vocation pacifique et les effets guerriers, les conséquences politiques et même le caractère indépendant de la bombe atomique Nous nous résumerons en une phrase : la civilisation mécanique vient de parvenir à son dernier degré de sauvagerie Il va falloir choisir, dans un avenir plus ou moins proche, entre le suicide collectif ou l'utilisation intelligente des conquêtes scientifiques Devant les perspectives terrifiantes qui s'ouvrent à l'humanité, nous apercevons encore mieux que la paix est le seul combat qui vaille d'être mené Ce n'est plus une prière, mais un ordre qui doit monter des peuples vers les gouvernements, l'ordre de choisir définitivement entre l'enfer et la raison »5
3 Camus A., Actuelles I – Ecrits politiques (Chroniques 1944-1948), Les Éditions Gallimard, 1950, p.198
4 Camus A., Actuelles I – Ecrits politiques (Chroniques 1944-1948), Les Éditions Gallimard, 1950, p.144
5 Camus A., Actuelles I - Ecrits politiques (Chroniques 1944-1948), Les Éditions Gallimard, 1950, p.67
Trang 14En 1947, il dénonce dans un article les massacres de Madagascar par les Français :
« Trois ans après avoir éprouvé les effets d'une politique de terreur, des Français enregistrent ces nouvelles avec l'indifférence des gens qui en ont trop vu Pourtant, le fait est là, clair et hideux comme la vérité; nous faisons dans ces cas-là ce que nous avons reproché aux Allemands de faire Je sais bien qu'on nous en a donné l'explication C'est que les rebelles malgaches, eux aussi, ont torturé des Français Mais la lâcheté et le crime
de l'adversaire n'excusent pas qu'on devienne lâche et criminel… »6
Et les événements de Grèce — ó l’échec d'un soulèvement pro-communiste avait amené au pouvoir un régime policier pratiquant vis-à-vis des progressistes une politique
de répression — ne le laissent pas indifférent Il intervient en faveur d'intellectuels condamnés à mort Condamnant violemment l'intervention soviétique en Hongrie, en
avril 1957, Albert Camus écrit Le sang des Hongrois, une lettre ouverte dans laquelle il
critiquait l’inaction de l’Ouest : « Il y a déjà trop de morts dans le stade et nous ne pouvons être généreux que de notre propre sang Le sang hongrois s’est relevé trop précieux à l’Europe et à la liberté pour que nous n’en soyons pas avares jusqu’à la moindre goutte […] Et, dans ce jour anniversaire de la liberté, je souhaite de toutes mes forces que la résistance muette du peuple hongrois se maintienne, se renforce, et répercutée par toutes les voix que nous pourrons lui donner, obtienne de l’opinion internationale unanime le boycott de ses oppresseurs Et si cette opinion est trop veule ou égọste pour rendre justice à un peuple martyr, si nos voix aussi sont trop faibles, je souhaite que la résistance hongroise se maintienne encore jusqu’à ce que l’Etat contre-révolutionnaire s’écroule partout à l’est sous le poids de ses mensonges et de ses contradictions La Hongrie vaincue et enchainée a plus fait pour la liberté et la justice qu’aucun peuple depuis vingt ans Mais, pour que cette leçon atteigne et persuade en Occident ceux qui se bouchaient les oreilles et les yeux, il a fallu et nous ne pourrons nous en consoler, que le peuple hongrois versât à flots un sang qui sèche delà dans les mémoires ”
6 Camus A., Actuelles I - Ecrits politiques (Chroniques 1944-1948), Les Éditions Gallimard, 1950, p.106
Trang 15Albert Camus est ainsi un journaliste engagé Le titre Combat qu’il donne à son
journal révèle clairement sa volonté de résistance face à toutes les injustices Ayant conscience de la responsabilité de l’intellectuel, indépendant dans l’esprit, il a gardé toujours son point de vue et s’est opposé à toute forme de répression Il a fait entendre sa voix qui affiche sa position dans l'Histoire et a inlassablement lutté pour la justice et la dignité humaine
1.2.2 Un écrivain de l’ « absurde »
Camus a fondé le Théâtre du Travail en 1936 afin de mettre les œuvres dramatiques classiques et contemporaines à la portée du public défavorisé Ce théâtre est devenu le Théâtre de l’Equipe en 1937 Pendant les années 36, 39, Camus s’est occupé en même temps la fonction d’un fondateur, un directeur de troupe, un acteur, un metteur en scène et un adaptateur Camus est un homme de théâtre au sens plein, pour lui, avec le théâtre, l’être peut dépasser sa solitude et forme une des constantes de sa vie et de son
œuvre, attestée par ses créations originales, et ses magistrales adaptations, comme : Le
temps du mépris de Malraux, le Prométhée d'Eschyle, Les bas-fonds de Gorki, Le retour
de l'enfant prodigue de Gide, Les frères Karamazov de Dostọevski, mise en scène en
1938, dans l'adaptation de Copeau, etc Camus a écrit, avec Jeanne – Paule Sicard,
Bourgeois et Poignant, une pièce militante nommé Révolte dans les Asturies, qui était
tournés en Algérie en 1935 et était publiée en 1936
En 1937, l’année ó Camus a dû subir des premières atteintes de la tuberculose, son apprentissage du réel s’est fait avec difficulté, comme l’ont prouvé ses tout premiers écrits consacrés au « quartier pauvre » mais aussi avec une grande joie qu’il a écrit comme il a partagé dans ses Carnets, un ensemble d'ouvrages autobiographiques d’Albert Camus paru après sa mort : « Ecrire, ma joie profonde » Les récits mi -
autobiographiques, mi - symboliques de L'Envers et l'Endroit disent qu'« amour de
vivre » et « désespoir de vivre » sont inséparables, que tout notre « royaume est de ce monde », ont montré sa pleine conscience de la solitude de l'homme et la volonté de
« tenir les yeux ouverts sur la lumière comme sur la mort » L'Envers et l'Endroit est une
Trang 16série d'essais littéraires variés ó apparaissaient déjà les grands thèmes de sa maturité : la mort, le soleil, la Méditerranée, l'isolement, le destin de l'homme, le rapprochement entre désespoir et bonheur, etc
Puis, en 1939, Camus a publié les essais de Noces Plus lyriques, ces
derniers orchestraient les thèmes qu'ils inscrivaient avec bonheur dans les paysages méditerranéens ; ils ont chanté la « gloire d'aimer sans mesure », la contemplation exaltée
du monde, la vérité du soleil, de la mer, de la mort La présence d'une subjectivité vivante, d'un « je », évite toute abstraction, et donne la voie aux personnages - narrateurs des romans, et au « je » des textes philosophiques
Le premier roman d’Albert Camus, La mort heureuse (1936 - 1939) qui restait
inédit jusqu'en 1971 dont onze ans après la mort de l’auteur, était un échec Ce roman manque de la nécessité interne que connaỵtra toute l'œuvre à venir Camus a dit lui-même
que son principal défaut était celui de son premier roman, dont La mort heureuse Il
voulait aborder trop de sujets à la fois sans connaỵtre clairement ses intentions, voulant tout dire, tout aborder C'est aussi un roman fortement autobiographique ó l'on peut reconnaỵtre son itinéraire de jeunesse, ó il n’arrivait pas encore à s'extraire de ses souvenirs qui maỵtrise sa pensée Ainsi, on reconnaỵt le quartier populaire de Belcourt ó Camus passa sa jeunesse, la bataille de la Marne ó mourut son père, la tuberculose qu'il traỵna toute sa vie, le voisin tonnelier sourd et à demi muet qui n'est autre que son oncle et
la présence de la Maison devant le Monde
La mort heureuse est la première version de L’étranger Contrairement à l’échec
de son prédécesseur, dès son apparition en 1942, L’étranger a apporté à son auteur un
grand succès Ce roman a été traduit en quarante langues et est adapté au cinéma1967 Comme il a écrit : « Si tu veux être philosophe, écris des romans » Nous sommes en train
de parler d’un roman qui décrit les fondements de la philosophie camusienne : L’absurde Dans ce roman, le personnage principal, Meursault, avec une narration proche de celle du journal intime, décrire ses actes, ses envies et son ennui Il ne se conforme pas aux canons de la morale sociale, et semble étranger au monde et à lui-même - une présentatif
de l’homme absurde
Trang 17C’est aussi en 1942 qu’est publié Le Mythe de Sisyphe : « Les dieux avaient
condamné Sisyphe à rouler sans cesse un rocher jusqu'au sommet d'une montagne d'ó la pierre retombait par son propre poids Ils avaient pensé avec quelque raison qu'il n'est pas
de punition plus terrible que le travail inutile et sans espoir Sisyphe est le héros
absurde » (Le Mythe de Sisyphe, p.163) Camus voit en Sisyphe le symbole de l’homme
de tous les temps condamné à vivre sans comprendre le sens de la vie C'est cela l'absurde, le sentiment que rien n'a de sens Pourtant, contrairement au Sisyphe que l'on présente habituellement dans la mythologie, Camus considère qu'« il faut imaginer
Sisyphe heureux » (Le Mythe de Sisyphe, p.168) Sisyphe trouve son bonheur dans
l'accomplissement de la tâche qu’il entreprend, et non dans la signification de cette tâche Camus a fondu son raisonnement sur de nombreux traités philosophiques et l'œuvre de romanciers comme celle de Dostọevski et de Kafka et que le bonheur revient à vivre sa vie tout en étant conscient de son absurdité, car la conscience nous permet de maỵtriser davantage notre existence
L'étranger (roman), Le mythe de Sisyphe (essai) font avec Caligula (pièce de
théâtre), Le Malentendu (pièce de théâtre) un ensemble qu’a appelé Camus le « Cycle de l’absurde » Ces œuvres invitent à une prise de conscience de l’absurdité du monde et du
tragique d’une condition humaine marquée par la solitude existentielle, la souffrance, l’absence de signification de la vie
Un autre roman bien connu de Camus est La peste, paru le 10 juin 1947 Ce
roman raconte sous forme de chronique la vie quotidienne des habitants pendant une épidémie de peste qui frappe la ville et la coupe du monde extérieur L'étrange
personnage de Meursault dans L’étranger, laissait place au Docteur Rieux, héros généreux de La Peste Concernant ce roman, Camus a écrit dans la Lettre à Roland Barthes (10/01/1955): « La Peste, dont j'ai voulu qu'elle se lise sur plusieurs portées, a
cependant comme contenu évident la lutte de la résistance européenne contre le nazisme Comparée à l'Étranger, la Peste marque sans discussion possible, le passage d'une attitude de révolte solitaire à la reconnaissance d'une communauté dont il faut
Trang 18partager les luttes S'il y a évolution de l'Étranger à la Peste, elle s'est faite dans le sens de
la solidarité et de la participation - le thème de la séparation est à ce sujet très éclairant Rambert qui incarne ce thème, renonce justement à la vie privée pour rejoindre le combat
collectif » La peste, dès son apparition, a rencontré immédiatement un grand succès
auprès du public et qui reçoit le prix des Critiques
En 1951, a apparu L'homme révolté, ó Camus traite principalement, à travers le
thème du suicide, du caractère absurde de l'existence L’essai a beaucoup été reproché à Camus, en particulier par les existentialistes, a suscité de violentes polémiques et a entraỵné en 1952, la rupture de Camus avec la gauche communiste, avec Sartre et sa revue, Les temps modernes Sartre reprochait à Camus son anticommunisme et sa
soumission aux valeurs bourgeoises
En mai 1956, Camus a publié La chute, un roman dans lequel il écrit la confession
d'un homme à un autre, dans un bar d'Amsterdam Ce roman insolite qui prend la forme d'un monologue dramatique, est directement inspiré par l’incompréhension et l’accusation Mais au-delà de l'ironie et des sarcasmes, ce « prophète vide pour temps médiocres », cet « homme de notre temps » au « lyrisme cellulaire », qui exerce les étranges fonctions de « juge-pénitent », et, par l'aveu de sa culpabilité, veut entraỵner son interlocuteur muet – ou son lecteur – à sa propre confession, Camus exprime sa nostalgie
de l'innocence et de la communion entre les êtres humains, dans un monde ó chacun rêve de pouvoir, et ó « le dialogue » a été « remplacé par le communiqué » Le personnage se dit coupable mais amène aussi les autres à reconnaỵtre qu'ils sont coupables
Le 10 décembre 1957 marque une étape importante dans la carrière d’Albert Camus Après des années d’essayer de faire bien son métier, ses effort ont été reconnu, il
a obtenu le prix Nobel de littérature « pour l'ensemble d'une œuvre qui met en lumière, avec un sérieux pénétrant, les problèmes qui se posent de nos jours à la conscience des hommes »
Trang 19Chapitre 2 : CONCEPTS DE L’EXISTENTIALISME 2.1 Définition du concept existentialiste
L’existentialisme est un courant de philosophie du XXe siècle qui considère chaque personne comme un être unique qui est maître, non seulement, de ses actes et de son destin, mais également des valeurs qu'il décide d'adopter Autrement dit, il place au centre de sa réflexion l’existence humaine dans sa dimension concrète et individuelle –
un retour à l’existence
D’un point de vue philosophique, le mouvement existentialiste n’est pas caractérisé d’une très grande unité D’abord, il existe deux courants existentialismes : l’existentialisme chrétien et l’existentialisme athée De plus, concernant la même philosophie nommée « existentialisme », chaque penseur a ses propres idées et sa propre façon de les manifester Il est donc difficile de préciser d’une manière incontestable les caractéristiques d'une philosophie existentialiste Pourtant, les existentialistes s’accordent généralement sur un certain nombre d’idées
Avant d’être considéré comme une philosophie, le mot « existentialisme » est utilisé pour parler d’une manière d’aborder la réflexion et le questionnement philosophiques sur l'existence concrète L’existentialisme s'oppose à l'idée de systématiser rationnellement l'existence humaine Pour les existentialistes, il est inutile
de construire par l’esprit humain un système rationnel pour expliquer notre réalité La pensée est toujours plus ou moins influencée par une certaine subjectivité Elle ne peut donc jamais correspondre entièrement à la réalité Alors, il ne peut y avoir de système de l'existence satisfaisant C’est pourquoi ces penseurs ont préféré des attitudes intellectuelles qui permettent de faire ressortir le caractère riche, souvent ambigu et paradoxal de notre vécu
Ainsi, selon les existentialistes, l’expérience vécue possède une valeur plus élevée que la théorie À partir de là, ces philosophes distinguent l'action éthique de l'action esthétique L’action éthique vise à transformer notre réel Alors que l’action esthétique nous conduit à juger les choses, les événements ou les gens qui nous entourent sans
Trang 20chercher à les modifier quoi qu’ils soient dans la réalité Évidemment, pour les existentialistes, l’action esthétique doit toujours être liée à l’action éthique et le fait de tenir le réel à distance est fortement critiqué
Pour les existentialistes, notre existence est indéfinissable, le monde dans lequel nous vivons est absurde et n'offre à l'humain aucune valeur supérieure Dans l’ensemble,
à l’intérieur du mouvement existentialiste, on considère que l’existence humaine a un caractère paradoxal, voire contradictoire C’est dans ce contexte qu’ils s’interrogent habituellement sur notre liberté, sur notre responsabilité et sur un possible bonheur
Les grandes figures de l’existentialisme sont Søren Kierkegaard, Martin Heidegger, Jean-Paul Sartre, Albert Camus, Simone de Beauvoir, Karl Jaspers, Gabriel Marcel, Emmanuel Mounier Ils représentent à deux écoles existentialistes différentes qui se distinguent par la position de chacune par rapport à Dieu : l’existentialisme athée
et l’existentialisme chrétien
2.2 Les écoles existentialistes
2.2.1 Représentant de l’existentialisme chrétien
L’existentialisme chrétien exprime un rapport entre Dieu et l’individu Cette philosophie présente une profonde opposition entre l'humain, faible et angoissé,
et Dieu qui est absolu et transcendant Les représentants de ce courant philosophique sont Søren Kierkegaard, Karl Jaspers et Gabriel Marcel
2.2.1.1 Søren Kierkegaard
Søren Aabye Kierkegaard (1813-1855) est un écrivain, théologien protestant et philosophe danois Il est considéré comme le fondateur de l’existentialisme moderne S’opposant au système de l’idéalisme absolu de G.W.F Hegel qui prétende avoir forgé une conception entièrement rationnelle de l’humanité et de l’histoire, Kierkegaard, au contraire, souligne l’ambiguïté et l’absurdité
de la condition humaine L’individu doit réagir à cette situation en optant pour une vie
Trang 21totalement engagée et cet engagement est compréhensible pour lui seul Ainsi, il doit être toujours prêt à défier les normes de la société au nom de la valeur supérieure d’un mode
de vie qui ne convient qu’à lui Kierkegaard préconise en dernier lieu « un saut de la foi » vers un mode de vie chrétien qui, bien qu’inexplicable et périlleux, était à ses yeux le seul engagement susceptible de sauver l’individu du désespoir
Selon Kierkegaard, l’existence passe par trois stades essentiels:
Premièrement, c’est le stade esthétique « L’esthétique est en l’homme ce par quoi
il est immédiatement ce qu’il est […] Celui qui vit dans et pour l’esthétique qui est en lui est un esthéticien »7 L’esthéticien est celui qui jouit de sa vie sans se préoccuper de bien ni du mal Contre Hegel qui classe la thèse et l’antithèse dans l’unité supérieure de
la synthèse, Kierkegaard prétend que l’opposition des contraires disparaît dans l’indifférence Face à un choix, l’esthéticien ne choisit pas car devant chaque possibilité,
il fait valoir le contraire C’est l’angoisse qui le dirige Cette angoisse ne se dissipe jamais, même dans l’instant de la jouissance Il souffre mais sa souffrance n’a aucune valeur car seule la foi chrétienne donne à la souffrance sa signification Toute existence esthétique est vouée à la perdition et au désespoir parce qu’il croit que le malheur est hors de lui Dans la multiplicité des choses qui passent et meurent, le désespoir de l’esthéticien est stérile
Vient ensuite le stade éthique C’est le stade du devoir, caractérisé par sa stabilité
et sa continuité A ce stade, l’homme assume certaines obligations telles que se marier, travailler pour vivre, entretenir des relations amicales avec autrui Il sait que ses actions sont les fruits de ses aspirations les plus profondes et que les autres hommes peuvent les retrouver en eux
Vivre au stade éthique, c’est mettre de la cohérence, la continuité dans son existence C’est accepter des responsabilités envers soi-même et les autres En voulant ce qui est donné, on transforme ce donné en liberté Vouloir ce qui nous arrive, c’est être libre
7 http://sos.philosophie.free.fr/kierkega.php
Trang 22Pourtant, parfois, l’éthique n’est pas niée mais « théologiquement suspendue » Il n’y a plus de paix pour ce qui entre en conflit avec l’éthique Une nouvelle vie commence dans la crainte et le tremblement car, même si l’on possède une foi solide, on n’est jamais sûr de ne jamais commettre une erreur
On passe enfin au stade religieux Pour l’homme religieux, la vie est souffrance L’homme ne peut connaître Dieu parce qu’il a péché et perdu l’éternité Aucun homme
ne peut se sauver lui-même ni sauver les autres Il est absurde que Dieu se fasse homme pour sauver les hommes mais la souffrance du chrétien est justement qu’il doit, pour accomplir son salut, croire passionnément au paradoxe, au scandale, à l’absurde
2.2.1.2 Karl Jaspers
Karl Jaspers (1883-1969) est un psychiatre et philosophe allemand représentatif
de l'existentialisme chrétien Il tire son inspiration de Kierkegaard Chez Jaspers, cependant, la philosophie consiste simplement à « être » et non à parler de l' « être » ou à
éclairer « l'abîme de l'être-moi » Pour cela il choisit de partir de l'être dans sa situation concrète Autrement dit, le point de départ de cette philosophie existentielle est l' « ego »
De là, il distingue deux types d'être : l'homme comme un objet, une partie de l'univers, et l'homme comme un sujet connaissant
Pour Jaspers, le moi est un jaillissement de l'être et aucun concept, aucun mot ne
peut le représenter ou l’exprimer car « il se dérobe de tout savoir déterminé » Il est plutôt donné par une expérience intime et primitive qui nous révèle le moi comme liberté
La liberté dont il parle (l'acte par lequel j'existe, je suis moi) n'a ni cause ni raison Et il définit la liberté comme le principe du développement de l'être humain Il considère que l'existence est une sorte de tension entre deux pôles : avec un point de départ planté dans l'éternité, elle s'épanouit dans le temps Si sa liberté n’a pas de point de départ fixé, l'homme ne serait qu'un anneau dans l'enchaînement des évènements du monde et ne se développerait pas Sans son épanouissement non plus, elle serait immobile en lui-même
et ne se développerait pas
Trang 23Karl Jaspers trouve que le « moi » ne se réalise pas seul, puisque, pour être
lui-même, chacun a besoin de communiquer avec d'autres-moi Ces communications
forment alors une relation ontologique unissant des « moi » irréductibles : l'amour
L'amour parce que chacun se donne à l'autre en respectant l'originalité, la liberté de
l'autre Ainsi le « nous » précède et fonde le « je » et le « tu »
2.2.1.3 Gabriel Marcel
Gabriel Honoré Marcel (1889 - 1973) est un philosophe, dramaturge, critique littéraire et musicien français Il est aussi un représentant de l'existentialisme chrétien Il est un des auteurs qui voudraient appeler leur doctrine « socratique » ou « socratisme
chrétien » au lieu d’ « existentialisme » Son intention philosophique est de « restituer à l'expérience son poids ontologique » Son existentialisme est devenu alors une sorte
d’empirisme Dans sa doctrine, Marcel refuse les systèmes et l’abstraction, il a donc élaboré une philosophie qui considère l'être comme un mystère Pour lui, le rationalisme est comme une déviation de la raison qui ne livre rien de moins qu'«une raison ivre d'elle-même»8
A la base de son existentialisme, Marcel établit une distinction
entre « être » et « avoir » Il constate que l'homme est souvent identifié à ce qu'il possède, autrement dit, à ce qu’il « a » - du matériel C'est pourquoi Marcel pense que l'avoir
entraîne une tendance à trois faces : tendance à considérer l’objet comme un pur instrument, détaché du sujet ; tendance à s’attacher, s’absorber à l’objet et tendance à
exclure l’autrui en imposant sa possession privilégié sur l’objet De là, la personnalité de
l'homme s’attache aux choses qu'il possède Alors que l'être est au - delà de ce plan, il est
Trang 24alors que le mystère est « un problème qui empiète sur ses propres donnés, qui les
envahit et se dépasse par là même comme simple problème »9Pour distinguer le
problème du mystère, Marcel déclare qu' « entre un problème et un mystère, il y a cette
différence essentielle qu'un problème est quelque chose que je rencontre, que je trouve tout entier devant moi, mais que je puisse même par-là cerner et réduire- ou lieu qu'un mystère est quelque chose en quoi je suis moi-même engagé, et qui n’est par conséquent pensable que comme une sphère ó la distinction de l’en moi et du devant moi perd sa signification initiale »10 Alors, ce qui caractérise le mystère est tout simplement le fait qu’on s’y trouve soi-même engagé et impliqué Le mystère n’est pas un problème à résoudre, il peut seulement être reconnu et révélé ; et l'homme n'est donc pas un problème, c'est un mystère
2.2.2 L’existentialisme athée
L'athéisme est un mot qui vient du grec composant de « a » qui signifie « non »
et « théos » qui veut dire « Dieu » L’existentialisme athée est donc une doctrine ou attitude qui nie l’existence de Dieu Selon cette doctrine, l'homme est abandonné à lui-même et l’absurdité est la loi de son existence, ce qui entraine vers un pessimisme absolu Il a pour maỵtre à penser plusieurs grandes figures dont Martin Heidegger et Jean-Paul Sartre
2.2.2.1 Martin Heidegger
Martin Heidegger (1889 - 1976) est un philosophe allemand Il est considéré comme l’un des philosophes les plus marquants du XXe siècle Son but est de constituer une ontologie générale et de répondre à la question : « Qu’est-ce que exister ? » Pour cela, il propose de penser à l’être humain comme le seul être capable de réfléchir et de s'interroger sur son être Il distingue deux types d’existence : l’existence banale et l’existence authentique
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Concernant l’existence banale, l’homme n’est qu’un numéro interchangeable, une sorte de robot sans responsabilité Son être se réduit à sa fonction sociale, il considère les choses comme des instruments et est dominé par le souci de la nourriture Pour Martin Heidegger, ce type d'être vit mais n'existe pas
L’existence authentique se diffère par l’angoisse de l’être humain Selon Heidegger, tous homme sont angoissé mais certains arrivent à le cacher, à le repousser pour enfin se masquer par une existence banale Alors, on peut dire que c’est l’angoisse qui nous révèle la condition humaine De là, Heidegger trouve que l’étude de l’homme n’est pas réalisée sous une forme conceptuelle et abstraite, mais concrète par une sorte d'expérience métaphysique Il propose alors quatre traits de l'existence humaine : La déréliction, le mort, la temporalité et la liberté
- La « déréliction » : c'est être plongé dans un monde austère, être abandonné et menacé dès notre naissance
- La mort : l’homme apparait et est destiné à mourir un jour, il est un être mourant Ce
n’est simplement un événement biologique mais une structure permanente propre à notre être Pour Martin Heidegger, « ce n'est par aucune de ces manières de finir que l'on peut adéquatement caractériser la mort en tant que fin de la réalité humaine »11 La mort traduit
la restriction progressive des possibilités de l’homme face à laquelle la seule attitude est
la résignation et l’acceptation du destin
- La temporalité: La temporalité est notre manière d'exister L’homme est dans le présent, bien sûr, mais il est en même temps dans l’avenir et dans le passé Il est dans l'avenir -
« en avant de soi » - car il anticipe sans cesse le présent par ses projets Il est aussi dans
le passé - « en arrière de soi » - par cette partie de lui-même qu'il ne peut changer D'ó, pour Heidegger, la temporalité est une double extase qui se fonde sur le présent ou l'homme se fonde lui-même
- La liberté : pour Heidegger, la liberté fonde l'essence de l'homme Ce dernier a la liberté
de choisir soit accepter soit réfuter la situation ó il se trouve pour la dépasser Cette
11 HEIDEGGER M., L'être et le temps, Qu'es- ce que la métaphysique?, Paris, Gallimard, 1964, p 130
Trang 26liberté ne disparaỵt qu'à la mort qui marque la fin de toutes nos possibilités C'est pourquoi chacun se fait librement, on devient qui on veut et n'est rien d'autre que ce qu’on s'est fait Donc, en raison de nos projets, nous sommes responsables du monde
2.2.2.2 Jean - Paul Sartre
dramaturge, romancier, nouvelliste, essayiste et philosophe engagé politiquement Dans
L’existentialisme est un humanisme (Edition 1996), Sartre déclare que pour la pensée
existentialiste, toute vérité et toute action impliquent un milieu humain et une subjectivité humaine On comprend donc que tous les aspects de sa doctrine tournent autour l’être humain et sa capacité de prendre conscience de sa situation
Le premier fondement original de l’existentialisme sartrien est la distinction entre l’être « en-soi » et l’être « pour-soi »
L’en-soi désigne la caractéristique des choses qui existent indépendamment de toute conscience : du matériel La notion d’« en-soi » désigne ce qui est totalement passif, sans liberté, ce qui n’entretient aucun rapport à soi et demeure toujours égal à lui-même
S’opposant à l’en-soi, le pour-soi est lié à la conscience Plus précisément, il désigne l’être de l'homme L’homme qui a de la conscience fait de lui un être tout à fait particulier et se distingue de l’en-soi Avec cette conscience qui est capable de se saisir elle-même, le pour-soi a une liberté absolue Cette liberté n’est pas une absence de contingence ou de limites, mais une possibilité infinie de choisir Contrairement à l’en-soi qui cọncide toujours avec lui-même, le pour-soi, c’est-à-dire l’être humain, peut faire varier indéfiniment la conscience qu’il a de lui-même
Outre la distinction entre l’en-soi et pour-soi, la doctrine sartrienne est connue par une formule qui permet de définir le courant existentialisme : « L’existence précède l'essence » Cela signifie qu’il n’y a pas d'essence humaine avant l’existence de l'homme Selon Sartre, il n’y a pas de définition théorique totalement satisfaisante pour la