Etant enseignant de français, nous constatons que les verbes modaux en général et les verbes "devoir", "falloir", "vouloir", "pouvoir" en particulier occupent une place indispensable da
Trang 1UNIVERSITÉ NATIONALE DE HANỌ UNIVERSITÉ DE LANGUES ET D'ÉTUDES INTERNATIONALES DÉPARTEMENT DES ÉTUDES POST-UNIVERSITAIRES
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HÀ MINH PHƯƠNG
LES VERBES MODAUX "DEVOIR", "FALLOIR",
"POUVOIR", "VOULOIR" ET LEURS MOYENS D'EXPRESSION ÉQUIVALENTS EN VIETNAMIEN
CÁC ĐỘNG TỪ TÌNH THÁI "DEVOIR", "FALLOIR",
Trang 2UNIVERSITÉ NATIONALE DE HANỌ UNIVERSITÉ DE LANGUES ET D'ÉTUDES INTERNATIONALES DÉPARTEMENT DES ÉTUDES POST-UNIVERSITAIRES
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HÀ MINH PHƯƠNG
LES VERBES MODAUX "DEVOIR", "FALLOIR",
"POUVOIR", "VOULOIR" ET LEURS MOYENS
D'EXPRESSION ÉQUIVALENTS EN VIETNAMIEN
CÁC ĐỘNG TỪ TÌNH THÁI "DEVOIR", "FALLOIR",
Trang 3TABLE DES MATIÈRES
INTRODUCTION 8
CHAPITRE 1: CADRE THÉORIQUE 11
1.1 Aperçu général sur les verbes en français et en vietnamien 11
1.1.1 Les verbes en français 11
1.1.2 Les verbes en vietnamien 12
1.2 Concepts théoriques de la modalité en linguistique 13
1.2.1 Définitions de la modalité 13
1.2.2 Classification des modalités 15
1.2.3 Modalisateurs en linguistique 18
1.2.3.1 Des modalisateurs lexicaux et morphosyntaxiques 18
1.2.3.2 Des modalisateurs phonétiques 22
1.2.4 Qu'est-ce que c'est un verbe modal? 23
CHAPITRE 2: LES VERBES MODAUX "DEVOIR", "FALLOIR", "POUVOIR", "VOULOIR" ET LEURS MOYENS D'EXPRESSIONS ÉQUIVALENTS EN VIETNAMIEN 25
2.1 Valeurs modales des verbes "devoir", "falloir", "pouvoir" et "vouloir" 26
2.1.1 Le verbe "devoir" 26
2.1.1.1 "Devoir" déontique 26
2.1.1.2 "Devoir" épistémique 28
2.1.1.3 "Devoir" aléthique 30
2.1.2 Le verbe "falloir" 32
2.1.2.1 "Falloir" déontique 32
2.1.2.2 "Falloir" épistémique 34
2.1.3 Le verbe "pouvoir" 36
2.1.3.1 "Pouvoir" déontique 36
2.1.3.2 "Pouvoir" épistémique 39
2.1.4 Le verbe "vouloir" 40
2.1.4.1 "Vouloir" déontique 40
2.1.4.2 "Vouloir" épistémique 41
2.1.4.3 "Vouloir" volitif 42
2.2 Moyens d'expression équivalents en vietnamien des verbes "devoir", "pouvoir", "vouloir", "falloir" 43
Trang 42.2.1 Constitution du corpus 43
2.2.2 Le verbe "devoir" 44
2.2.2.1 Devoir déontique 44
2.2.2.2 Devoir épistémique 47
2.2.2.3 Devoir aléthique 50
2.2.3 Le verbe "falloir" 51
2.2.3.1 Falloir déontique 51
2.2.3.2 Falloir épistémique 55
2.2.4 Le verbe "pouvoir" 55
2.2.4.1 Pouvoir déontique 56
2.2.4.2 Pouvoir épistémique 59
2.2.5 Le verbe "vouloir" 61
2.2.5.1 Vouloir déontique 61
2.2.5.2 Vouloir épistémique 65
2.2.5.3 Vouloir volitif 66
CONCLUSION 71
BIBLIOGRAPHIE 73 ANNEXE
Trang 5INTRODUCTION
1 Problématique
Qu'est-ce qu'un "verbe modal"? Ce terme désigne un phénomène linguistique
familier et très répandu En effet, depuis le début du XXe siècle, la modalité dans le domaine verbal est devenue une question linguistique majeure d'autant plus qu'elle fait partie intégrante de l'énoncé et que son interprétation contribue considérablement à l'appréhension de son "dit" Proposer, suggérer, estimer, demander, ordonner, douter, tous ces actes de langage et beaucoup d'autres ne sauraient s'effectuer sans la présence de tels verbes Ainsi, le rôle typique de la modalité est de refléter l'opinion du sujet parlant afin d'exprimer son appréciation, son jugement, etc sur le contenu mentionné dans la phrase Cette opinion est fondée sur la relation entre le locuteur et l'interlocuteur ainsi que le fait et les circonstances
de la communication
Etant enseignant de français, nous constatons que les verbes modaux en
général et les verbes "devoir", "falloir", "vouloir", "pouvoir" en particulier occupent
une place indispensable dans le fonctionnement de la langue française Ce sont des verbes qui apparaissent assez fréquemment L'utilisation de ces verbes couvrent un champ sémantique très varié En fait, l'emploi des verbes modaux peut modifier les nuances sémantiques des énoncés
Pourtant, les grammaires scolaires consacrent en général peu de place à l'analyse de ces verbes, tout au plus une remarque en passant sur les particuliarités sémantiques dans la rubrique des verbes Jusqu'à ces dernières décennies, on voit apparaître des recherches théoriques traitant sérieusement la question des verbes modaux
De plus, il n'existe pas encore d'études descriptive et analytique profondes au plan sémantique entre ces verbes français et leurs homologues en vietnamien D'ailleurs, ainsi que la modalité et notamment les verbes modaux sont largement enseignés et étudiés en France et dans d'autres pays du monde, il reste encore dans notre pays bien peu de recherches sur ce domaine Son enseignement n'est pas systématique et n'a pas encore sa vraie place
Trang 6Face à cette situation et en tant qu'enseignant de la pratique de la traduction,
nous nous proposons de réaliser cette recherche dont l'intitulé est "Les verbes
modaux "devoir", "falloir", "pouvoir", "vouloir" et leurs moyens d'expression équivalents en vietnamien"
2 Objectifs de recherche
Notre recherche a pour objectif d'analyser les valeurs modales des verbes
"devoir", "falloir", "vouloir", "pouvoir" et ensuite de donner des remarques sur les
moyens d'expression de ces verbes en vietnamien ainsi que sur les difficultés au cours de traduction de ces verbes
(1) Les verbes "devoir", "falloir", "vouloir", "pouvoir" en français reflètent
plusieurs valeurs modales différentes: déontique, épistémique, implicative, etc
(2) Les moyens d'expression de ces verbes en vietnamien sont: "phải",
"nên", "cần phải", "muốn", "có thể", etc
Trang 7permis une analyse plus ou moins approfondie dans la partie dite "Cadre théorique" servant de base pour une description de la modalité dans la deuxième partie
D'autre part, nous avons également appliqué l'analyse synthétique pour dégager les valeurs modales des verbes en question
Ainsi, l'objectif de notre travail est d'analyser les valeurs modales des verbes
devoir, falloir, pouvoir, et vouloir, et plus loin, nous donnerons des remarques sur la
traduction de ces verbes en vietnamien Pour cela, nous avons recours à une méthode descriptive et analytique La recherche descriptive joue un rôle très important dans notre travail de recherche Parmi les démarches d'investigation potentielles concernant ce type de recherche, l'analyse des données langagières est celle qui sera adoptée dans la première partie de ce mémoire Ensuite, nous nous basons essentiellement sur des théories linguistiques pour décrire et analyser les valeurs des verbes choisis, ainsi que leurs moyens d'expressions équivalents en vietnamien dans le deuxième chapitre
6 Plan du mémoire
Notre présent mémoire se compose de deux chapitres: "Cadre théorique" et
"Les valeurs modales des verbes devoir, falloir, pouvoir, vouloir et leurs moyens
d'expression équivalents en vietnamien"
Le premier proposera quelques généralités sur la modalité et la définition d'un verbe modal Cette partie favorise une analyse dans le deuxième chapitre qui
étudiera les valeurs modales des verbes "devoir", "falloir", "vouloir", "pouvoir" et
les moyens d'expressions équivalents de ces verbes en vietnamien
Trang 8CHAPITRE 1: CADRE THÉORIQUE
1.1 Aperçu général sur les verbes en français et en vietnamien
Dans la plupart des langues, le verbe et le nom sont toujours considérés comme deux éléments essentiels pour une construction de phrase En effet, le verbe est l'une des classes grammaticales universelles qui joue un rôle majeur dans l'organisation d'une phrase En mettant en relation ses autres éléments constitutifs, selon les règles morpho-syntaxiques propres à chaque langue, le verbe fait de la phrase un ensemble signifiant dont il constitue le noyau
Constitué comme tout autre mot d'un lexème susceptible de se combiner à des morphèmes spécifiques, on peut envisager les verbes selon ses deux consitutants Dans les langues dotées de conjugaisons, les morphèmes prennent la forme de désinences qui peuvent indiquer la ou les personnes grammaticales en rapport avec le verbe, le temps, l'aspect, le mode, la voix Des verbes auxilaire et semi-auxiliaire peuvent tenir dans certaines langues le rôle des morphèmes verbaux
ou les compléter
En principe, un verbe est un mot qui peut exprimer:
- l'action accomplie par le sujet;
- l'action subie par le sujet;
- l'existence du sujet;
- l'état du sujet;
- la relation entre le sujet et l'attribut
1.1.1 Les verbes en français
Dans la plupart des langues, nous trouvons au moins deux éléments essentiels pour une construction de phrase: nom et verbe Dans cette partie, nous présentons brièvement une classification des verbes en français sur le plan sémantique Ici, nous nous contenterons d'exposer les classes verbales proposées par
Z Vendler (Temporalité et classes de verbes dans L'information grammaticale n o
39, p3-8) Ce dernier établit quatre types de verbes comme suit:
Trang 9- Verbes d'état
- Verbes d'activité
- Verbes d'accomplissement
- Verbes d'achèvement
Les traits sémantiques à l'origine de chaque catégorie sont les suivants: +/-
dynamique, +/- duratif, +/- télique et +/- ponctuel
Verbes d'état aimer Paris
Verbes d'activité lire beaucoup
Verbe d'accomplissement lire un roman
Verbe d'achèvement partir
"Ainsi, les verbes d'état sont -dynamique, alors que les autres catégories sont
+dynamique, du fait que leur réalisation nécessite de l'énergie Les verbes
d'achèvement sont +ponctuel parce que leur action s'achève dès qu'elle commence
Ce sont des verbes +téliques, tout comme les verbes d'accomplissement: c'est le
point final qui est important à leur sens A la différence des verbes d'achèvement,
les verbes d'accomplissement sont - ponctuel, mais +duratifs, en raison de la durée
qui est nécessaire avant que leur action ne s'achève Les verbes d'activité sont
+duratifs, comme les verbes d'accomplissement Par contre, ces derniers, comme
les verbes d'état, n'ont pas de point final En conséquence, il s'agit de verbes
-téliques." (Les temps du passé français et leur enseignement; p185)
1.1.2 Les verbes en vietnamien
Comme vous le savez, le système verbal en vietnamien joue un rôle très important dans le fonctionnement de cette langue Ainsi, la structure verbale est utilisée dans presque toutes les conversations quotidiennes
Selon plusieurs linguistes vietnamiens, les verbes en vietnamien sont divisés
en deux grands groupes: les verbes modaux et les verbes opérationnels
Le premier groupe comprend des verbes qui marquent:
Trang 10- Le processus: bắt đầu, tiếp tục, tiếp diễn, hết, thôi, xong, et.c
- La nécessité: cần, nên, phải, etc
- La possibilité: có thể, không thể, etc
- Le souhait: muốn, mong, thèm, hòng, chực, etc
- La volonté: dám, định, toan, quyết, etc
- La passivité: bị, phải, chịu, được, etc
Le deuxième groupe du système verbal en vietnamien se compose des verbes opérationnels Ces verbes comprennent des verbes qui expriment:
- L'action: đọc, ăn, đánh, làm việc, chơi, đi, etc
- L'impression: yêu, nhớ, tin, nghe, biết, nghi ngờ, etc
- La direction: ra, vào, lên, xuống, etc
- L'existance: có, còn, hết, mất, etc
- La transformation: hóa thành, nên, trở thành, etc
- La comparaison: bằng, thua, hơn, kém, etc
1.2 Concepts théoriques de la modalité en linguistique
1.2.1 Définitions de la modalité
La modalité est un domaine qui concerne différents faits de langue et fait toujours l'objet des polémiques linguistiques En effet, plusieurs textes, articles et livres, publiés entre 1974 et 2000, traduisent l'évolution de la problématique de la modalité et des verbes modaux
La modalité, on le sait, est une notion aux définitions multiples et aux frontières floues En effet, bon nombre de grammairiens et de linguistes, dans leurs
ouvrages, ont donné leurs définitions de "modalité" La conception minimaliste
consiste à dire qu'elle regroupe au moins deux catégories: le nécessaire et le
possible, c'est-à-dire le sémantisme des verbes "devoir" et "pouvoir" En
linguistique, ce sont deux séries de modalités qui sont généralement distinguées: la modalité épistémique et la modalité déontique (ou radicale) Pour certains linguistes
Trang 11cependant il est nécessaire d'ajouter à ces deux séries d'autres modalités, comme par exemple les modalités aléthiques, ou encore, les modalités existentielles, factuelles
ou axiologiques D'un autre côté, il y a des auteurs, comme Eric Gilbert, qui refusent le cadre de la traditionnelle distinction entre la modalité épistémique et la
modalité déontique D'ailleurs, si on aborde des définitions "larges", la modalité est
l'attitude du sujet parlant vis-à-vis du contenu propositionnel de l'énoncé La modalité inclura alors la nécessité, la possibilité, le potentiel, etc Nous en présentons ici une synthèse des définitions de la modalité
Tout d'abord, dans le Robert (1998), le mot "modalité" connaît trois
En linguistique, l'un des premiers à s'occuper des modalités est Ferdinard
Brunot, qui, dans son ouvrage de référence "La pensée et la langue" (1992: p507), donne une définition de la modalité comme suit: "une action énoncée, renfermée,
soit dans une question, soit dans une énonciation positive ou négative, se présente à notre jugement, à notre sentiment, à notre volonté, avec des caractères extrêmement divers Elle est considérée comme certaine ou comme possible, on la désire ou on la redoute, on l'ordonne ou on la déconseille, etc Ce sont là des modalités de l'idée."
Ensuite, selon la théorie de Ch Bally dans le Dictionnaire de linguistique (2002:305), tout énoncé communique une pensée et comprend deux composantes: le dictum, correspondant au contenu représenté, à ce qui est dit du monde de référence, et le modus, correspondant à l'attitude exprimée par l'auteur de l'énoncé Dans la perspective pragmatique, le dictum correspondrait au contenu propositionnel et le modus à la force illocutoire de l'énoncé
Trang 12Tandis que E.Benveniste dans "Problèmes de linguistique générale 1" (1965) traite la modalité "comme une assertion complémentaire portant sur énoncé
d'une relation, ce qui évoque le moule V modal + que + prédiction"
Lors d'un colloque portant sur la modalité à Berlin en 1989, E Roulet précise
ce qu'il faut entendre par la modalité: "Je définirais la modalité comme une marque
du point de vue de l'énonciateur portant sur l'ensemble d'une proposition, ce qui exclut du champ des modalités le vocabulaire axiologique lorsqu'il a une portée locale, interne à la proposition"
D'après Cervoni (L'énonciation, 1987:65), "la notion de modalité implique
l'idée qu'une analyse sémantique permet de distinguer, un dit (appelé parfois
"contenu propositionnel") et une modalité - un point de vue du sujet parlant sur ce contenu"
De son côté, Nicole Le Querler dans "Typologie des modalités" (1996:14)
pose la notion d'attitude constative ou informative du locuteur pour ainsi exclure
l'assertion simple des marqueurs de modalité: "Je proposerai comme définition de la
modalité: expression de l'attitude du locuteur par rapport du contenu propositionnel de son énoncé"
"La Grammaire d'aujourd'hui", quant à elle, distingue les modalités logiques
(possibilité, nécessité, etc.) des modalités qui définissent le statut de la phrase "en
tenant compte de l'attitude du sujet parlant à l'égard de son énoncé et du destinataire" (Arrivé, Gadet et Galmiche: 1986, p.390): c'est l'assertion, elle-même
divisée en affirmation et négation, interrogation, exclamation, ordre; c'est donc également une conception très large de la modalité, dans laquelle toute assertion est
modale
Quant à nous, nous partirons de la définition large de la modalité, selon laquelle la modalité apparaît dans un énoncé comme étant des moyens langagiers qui reflètent l'attitude du locuteur au contenu propositionnel de son énoncé
1.2.2 Classification des modalités
Comme nous avons commenté plus haut, une catégorisation possible des modalités suscite dans la pratique des points de vue très divergents
Trang 13Chez Culioli (La théorique des opérations énonciatives, 1976: 69-73), la
modalité se divise en quatre groupes:
"- La modalité 1: assertion, interrogation, injonction;
- La modalité 2: probable, vraisemblable, possible, éventuel;
- La modalité 3: appréciatif
- La modalité 4: "intersubjectif" i.e volitif, déontique, permissif."
Tandis que dans une approche énonciative, on distingue les modalités
d'énonciation et les modalités d'énoncé:
- Les modalités d'énonciation marquent "l'attitude énonciative" du sujet de l'énonciation "dans sa relation à son allocutaire" Elles se traduisent par différents types de phrases énonciatives: assertive, interrogative ou injonctive
- Les modalités d'énoncé marquent "son attitude vis-à-vis du contenu de l'énoncé" Elles exprime la manière dont l'énonciateur apprécie le contenu de l'énoncé
Quant à d'autres linguistes comme Nicole Le Querler, Patrick Dendale, etc.,
ils approuvent la classification des modalités en trois groupes: les modalités
subjectives, les modalités intersubjectives et les modalités objectives:
- Les modalités objectives marquent le rapport que le sujet énonciateur établit entre le contenu propositionnel de son énoncé et des réalités objectives Ces modalités objectives reflètent une stabilité ou une fluctuation qui est celle du monde, et la rapporte Elles se répartissent en deux sous-catégories comme suit:
+ Les modalités ontiques qui impliquent simplement un jugement de
vérité: Elle est déjà venue; elle vient; elle va venir; je te dis qu'elle vient; j'affirme
qu'elle vient; j'annonce qu'elle vient; j'atteste qu'elle vient; je confirme sa venue; je
te signale qu'elle vient; etc
+ Les modalités aléthiques qui fluctuent autour du caractère vrai, faux, incerain du fait présenté dans l'énoncé L'engagement du sujet parlant y est
implicite: Il est possible qu'elle vienne; elle devrait venir; il est probable qu'elle
vienne; elle va bien venir; il y a de bonnes chances qu'elle vienne; etc
Trang 14- Les modalités subjectives marquent le rapport que le sujet énonciateur entretient lui-même avec le contenu propositionnel de son énoncé Ce type de modalité comprend les modalités épistémiques et les modalités appréciatives:
+ Les modalités épistémiques comprennent le vrai, le faux et l'incertain, mais à la différence des modalités aléthiques, le fait est ici explicitement évalué par le sujet parlant, autrement dit le degré de certitude du locteur En d'autres
termes, la présence de celui-ci est manifestée: Je crois qu'elle vient; je doute qu'elle
vienne; j'ignore si elle vient; je sais qu'elle vient; je m'aperçois qu'elle va venir; je prévois sa venue; etc
+ Les modalités appréciatives (ou encore axiologiques/ expressives) jugent le fait en termes de bon, mauvais et normal; c'est-à-dire l'appréciation
positive ou négative du locuteur sur le contenu propositionnel: Je regrette qu'elle
vienne; malheuresement, elle est déjà venue; je me réjouis qu'elle vienne; j'aime qu'elle vienne; j'apprécie sa venue; je condamme sa venue; je critique sa venue; je crains qu'elle vienne; etc
- Les modalités intersubjectives marquent le rapport que le sujet énonciateur entretient avec un autre sujet à propos du contenu propositionnel de son énoncé La modalité intersubjective - volitive, déontique est la plus susceptible d'engager des rapports avec le faire:
+ Les modalités volitives manifestent le désir et/ou la volonté: Je veux
qu'elle vienne; je refuse qu'elle vienne; j'accepte qu'elle vienne; je m'attends à ce qu'elle vienne; etc
+ Les modalités déontiques dirigent l'obligation (la nécessité), la
permission et l'interdiction: Elle doit venir; elle se doit venir; il faut qu'elle vienne;
il est nécessaire qu'elle vienne; c'est très important qu'elle vienne; elle ne peut pas
ne pas venir; etc
En fait, la catégorisation des modalités est très diverse Pourtant, dans le cadre de notre mémoire de master, nous observons strictement la division en trois grands groupes de modalité: les modalités subjectives, les modalités intersubjectives
et les modalités objectives, dans lesquels s'imposent les six sous-catégories de
Trang 15modalité: les modalités épistémiques, les modalités appréciatives, les modalités déontiques, les modalités volitives, les modalités ontiques et les modalités altéthiques Nous réalisons toujours qu'un énoncé peut très bien se pencher entre les trois groupes de modalité ou encore entre leurs sous-catégorisations Nous devons tenir compte des contextes pour bien comprendre de quel(s) type(s) de modalité il est question et éventuellement s'il existe tous les six, lequel est le dominant
1.2.3 Modalisateurs en linguistique
L'énoncé porte souvent des marques de l'émetteur, qui communique ses sentiments et ses opinions L'émetteur peut également marquer la prise de position sur l'information qu'il rapporte: signaler que l'information n'est pas sûre (marque de probabilité); ajouter une appréciation positive ou négative
Les moyens d'expression sont nombreux: l'intonation, l'accent, la typographie, la ponctuation, certains types de phrase, des verbes d'opinion et de jugement, certains adverbes, la prise de distance de l'émetteur vis-à-vis de son énoncé peut se faire avec le conditionnel, le subjonctif, etc ou par des phrases qui citent plus ou moins précisement les sources de l'information
Comme vous le savez, notre mémoire de master portent sur la modalité dans
le domaine verbal Alors, nous tentons de centrer seulement sur les modalisateurs lexicaux et morphosyntaxiques et de faire une esquisse sur d'autres moyens d'expression de la modalité Il est à noter que les moyens d'expression de la modalité sont minutieusement traités par Nguyen Ngoc Luu Ly dans sa thèse de doctorat
1.2.3.1 Des modalisateurs lexicaux et morphosyntaxiques
Il est vrai que le choix de tel ou tel mot contribue efficacement à exprimer l'attitude du locuteur à l'égard de ce qu'il dit, c'est-à-dire une nuance de modalité Nous allons maintenant les examiner:
En premier lieu, c'est l'expression de modalité au moyens des noms Le choix d'un mot dans le discours dépend beaucoup de l'émotion du locuteur, car il existe des synonymes mais rarement des synonymes parfaits dans tous les cas
Trang 16Il s'agit des noms simples avec nuances affectives en fonction de registre de langue On peut citer ici le cas de "gueule" (langue familière) et "bouche" (langue courante) Ces deux noms sont des synonymes mais on ne peut pas les remplacer mutuellement dans tous les situations de communication parce que leur emploi
dépend de la relation des locuteurs Ainsi, on peut très bien dire: "Ferme ta gueule!" pour formuler une colère ou une menace, mais on ne peut pas dire : "Ferme ta
bouche!"
D'ailleurs, selon Nguyen Ngoc Luu Ly, les mots lexicaux expriment cette fine expressive plus nettement que les mots grammaticaux En effet, on peut utiliser des mots dérivés pour exprimer en y ajoutant un affixe de sens mélioratif ou péjoratif, etc
Prenons les exemples suivants:
- Il s'est fait renverser par un chauffeur (1)
- Il s'est fait renverser par un chauffard (2)
Dans la première phrase, le chauffeur est peut-être un bon conducteur mais à cause de quelque chose d'impartial qu'il a causé l'accident et on le voit avec sympathie Tandis que dans la seconde, on le juge comme un conducteur irresponsable et dangereux, et on exprime le mépris envers lui en utilisant le suffixe
"-ard" Donc, le suffixe contribue énormément à l'expression de l'attitude du sujet
parlant à l'égard de son énoncé
En deuxième lieu, c'est l'expression de la modalité au moyen des adjectifs Nous constatons que le locuteur peut exprimer son jugement, positif ou négatif, sur l'information qu'il donne Cette modalité est exprimée par l'adjectif employé Nous
pouvons citer ici un exemple: Cette maison est belle/ Cette maison est jolie/ Cette
maison est moche
En troisième lieu, nous voudrions aborder de l'expression de la modalité au moyen des adverbes Pour exprimer son sentiment, le locuteur peut employer les adverbes, notamment les adverbes qui assurent le rôle de complément de phrase tels
que certainement, probablement, peut-être, sans doute, etc ou plus généralement
Trang 17celui des compléments circonstanciels comme: à mon avis, en toute franchise, etc
Prenons l'exemple suivant pour illustrer ce cas:
- Cet automobiliste a une conduite à risque
C’est une phrase de nature descriptive, on ne reconnaît pas l'attitude du locuteur envers le procès
- Certainement, cet automobiliste a une conduite à risque
C’est une phrase modalisée, on trouve nettement l'attitude du locuteur, grâce à la présence de l'adverbe "certainement"
En quatrième lieu, nous voudrions mentionner l’expression de la modalité au moyen des interjections Il faut dire que les interjections traduisent un sentiment spontané plus ou moins intense de celui qui parle On peut ici citer quelques-uns :
ouf (pour exprimer le soulagement qui suit un état de tension) ; ah (pour exprimer
une émotion vive ou renforcer une affirmation/ une négation) ; oh (pour exprimer la
- Jacques doit faire ces exercices ce soir (1)
- Marie peut oublier l’heure de conférence (2)
- Cette chance paraît inespérée (3)
- Je crois savoir ce qui s’est passé avec lui hier (4)
Dans les énoncés (1), (2), et (3), le locuteur signale que l’information donnée
n’est pas certaine en utilisant des verbes modaux tels que : pouvoir, devoir et
paraître Dans le quatrième énoncé, le sujet parlant donne son opinion (sa certitude)
par le verbe croire
Trang 18D’autre part, en français, il est à souligner que le temps et le mode contribuent largement à donner des traits sémantiques et des valeurs modales différentes à chaque verbe modal Ainsi, les formes flexionnelles des verbes telles
que "–ait" de l’imparfait, "-a" de futur, ou bien la combinaison entre ces deux
morphèmes du futur et de l’imparfait dans les formes du conditionnel joue
considérablement le rôle de modalisateur Prenons l’exemple : Je voulais vous
demander un service
La grammaire traditionnelle a longtemps laissé croire que les temps grammaticaux exprimaient fondamentalement une référence au temps
chronologique Alors, on disait volontiers la règle suivante "l’imparfait – c’est
hier" Mais, dans l’énoncé ci-dessus, valeur dominante de l’imparfait n’est pas la
valeur temporelle, ni la valeur aspectuelle, mais la valeur modale On dit dans ce cas, c’est l’imparfait de politesse Pour illustrer clairement ce rôle du temps et du mode des verbes, comparons les deux énoncés suivants:
- Il peut finir ce devoir en cinq minutes (1)
- Il a pu finir ce devoir en cinq minutes (1’)
Le verbe "pouvoir" dans l’énoncé (1) est conjugé au présent et il exprime une possibilité Tandis que le verbe "pouvoir" dans l’énoncé (1’) qui est conjugé au
passé composé, manifeste une probabilité Ces deux phrases peuvent être reformulées comme suit:
- (1) = C’est possible pour lui de finir ce devoir en cinq minutes
- (1’) = Peut-être, cinq minutes sont suffisantes pour lui de finir ce devoir
Autrement dit, la valeur modale et l’effet de sens des verbes modaux dépendent également du temps et du mode du verbe D’autre part, il est à noter que certains types de phrase, en particulier les phrases assertives, les phrases exclamatives et les phrases interrogatives (quand elles posent de fausses questions) sont des moyens efficaces pour refléter le vouloir dire du locuteur Citons ici un exemple: un garçon fait la cour à une jeune fille Il veut l’inviter à sortir avec lui,
mais il n’ose pas le lui dire directement Après un temps d’hésitation, il lui dit: "Ce
Trang 19soir, il fait beau, il ne pleut pas" Cette phrase est purement une phrase assertive,
mais dans ce contexte précis, ce garçon ne l’utilise pas pour la description du temps
mais il veut proposer une invitation "Alors, nous sortons!"
En outre, quelques expressions mettant à distance information donnée sont des moyens immanquables pour montrer la position du locuteur envers l’évènement
En effet, dans certains énoncés, le locuteur peut signaler qu’il ne prend pas la responsabilité de l’affirmation Il signale que le contenu de celle-ci est, au contraire,
à mettre au compte d’une tierce personne (de type "selon des sources…", "d’après
Monsieur/ Madame X…", "selon vous", "si l’on suit ce raisonnement…", etc.)
Prenons quelques exemples suivants:
- Selons certains, ce film est intéressant
- D’après Monsieur X, ce film est intéressant
Une telle classification des marqueurs de modalité montre bien que la modalité est une notion très hétérogène qui couvre différents faits linguistiques Dans la partie qui suit, nous présenterons un résumé des modalisateurs phonétiques
1.2.3.2 Des modalisateurs phonétiques
Il est naturel que dans la parole, les différents phénomènes prosodiques ne soient pas dissociés mais il existe des indices permettant à l’auditeur de savoir exactement quelle interprétation il doit donner à cette suite de sons
D’abord, nous commençons avec l’expression de la modalité au moyen de
l’accentuation D’après Faure.G (L'art d'enseigner et d'étudier des langues) ,
l’accent concerne "le relief plus ou moins grand donné à l’expression d’un cetain
contenu pensée ou d’émotion sans que se trouvent altérées les nuances psychologiques de ce contenu" En français, il y a deux types de l’accent, ce sont
l’accent de base (ou l’accent tonique) et l’accent d’insistance Le premier type est caractérisé par un accent rythmique apparu quand on parle sans émotion, sans affection, sans insistance expressive ou didactique, il est toujours inconscient Pour
ce type, l’accent tombe toujours sur la dernière syllabe du groupe rythmique Le deuxième type est apparu quand on veut exprimer de différentes nuances de sentiment, d’émotion Ainsi, pour atteindre ce but, on peut imposer l’accent à
Trang 20n’importe quelle syllabe d’un groupe rythmique Prenons l’exemple: C’est ma
maison! Dans cet énoncé, le locuteur peut mettre l’accent sur la syllable |ma| pour
insister sur la possession (C’est une maison de moi-même, ce n’est pas ta maison);
ou bien, sur |m| pour insister sur l’objet présenté dans l’énoncé (C’est ma maison,
ce n’est pas ma villa)
Enfin, pour terminer les modalisateurs phonétiques, nous voulons mentionner l'expression de la modalité au moyen de l'intonation Il faut dire que les différentes formes d'appréciations du locuteur qui s'effacent le plus souvent à l'écrit, peuvent être exprimées à l'aide de ce moyen En réalité, plusieurs études montrent que l'intonation joue un rôle énorme dans l'expression de la modalité Ainsi, une grande diversité d'émotion peut être transmise par de petites différences d'intonation L'intonation peut traduire la colère, la surprise, la certitude, la déception, etc Comparons maintenant l'exemple suivant:
- Mes clés!
- Je voudrais mes clés!
Dans le premier énoncé, c'est l'intonation qui tient le modus Cet énoncé montre bien le pouvoir expressif de l'intonation Le deuxième énoncé a moins d'expressivité intonative que le premier mais le deuxième énoncé est plus ambigu
du point de vu de l'intention, il pourrait signifier "Mais tu prends mes clés ou pas?"
ou bien "Apporte-moi mes clés!" ou "Oh! J'ai oublié mes clés!", et ce n'est que
l'intonation qui marque la modalité, dans le premier cas, surprise indignée, dans le deuxième injonction
Brièvement, les modalisateurs en linguistique sont très variés et ils sont assez compliqués Nous les résumons dans le tableau récapitulatif qui est présenté dans l'Annexe Dans la partie qui suit, nous essayerons de faire une synthèse des définitions d'un verbe modal
1.2.4 Qu'est-ce que c'est un verbe modal?
Maintenant que nous connaissons les généralités sur la modalité, alors, que
faut-il entendre par verbe modal?
Trang 21Un verbe peut être appelé modal parce qu'il a été consacré comme tel par la tradition grammaticale S'y rangeraient de façon indiscutable des verbes comme
devoir ou pouvoir pour le français, verbes dont les caractéristiques sémantiques et
syntaxiques ont été amplement décrites dans le passé
Un verbe peut aussi être qualifié de modal quand il a parmi ses emplois au moins un emploi modal C'est le cas, par exemple, de l'auxiliaire du futur
périphrastique en français, le verbe aller, étudié par Angela Schrott
On peut également, comme Bernard Pottier et Aboubakar Ouattara, considérer un verbe comme modal quand il comporte dans sa définition sémique un
ou plusieurs traits modaux En effet le verbe renoncer, composé des traits modaux
"avoir voulu" et "ne plus vouloir", est, selon ce critère, à considérer comme un
verbe modal pour Ouattara
Selon Pottier, "un verbe modal est une "lexie verbale simple ou complexe
traduisant linguistiquement [ ] une catégorie modale universelle"" [Les verbes modaux: iv]
Bref, on appellera verbe modal, toute lexie verbale simple ou complexe traduisant linguistiquement une notion modale et par conséquent une catégorie modale universelle
Dans ce chapitre, nous avons étudié les généralités sur les verbes en français
et en vietnamien, les concepts théoriques de la modalité en linguistique Cette partie nous paraît bien importante car en nous basant sur ces résultats, nous avons analysés
les différents valeurs modales exprimées par les verbes "devoir", "pouvoir",
"falloir" et "vouloir"
Dans le chapitre qui suit, nous analyserons les valeurs modales manifestées par ces verbes et puis, de donner des remarques sur leurs moyens d'expressions équivalents en vietnamien
Trang 22CHAPITRE 2: LES VERBES MODAUX "DEVOIR", "FALLOIR",
Les verbes modaux en français sont en principe: devoir et pouvoir À côté de
ces deux verbes, la langue donne également la fonction modalisante à d’autres
verbes, essentiellement vouloir, falloir, savoir, aller, sembler, paraître Cette série
des verbes modaux exprime des traits sémantiques différents et est d’un usage très fréquent tant à l’oral qu’à l’écrit Pourtant, les grammaires scolaires consacrent en général peu de place à l’analyse de ces verbes, tout au plus une remarque en passant sur les particularités sémantiques dans la rubrique des verbes C’est au cours de ces dernières décennies qu’on voit appraître des élaborations théoriques traitant sérieusement la question du verbe modal Cependant, en linguistique française, le statut exact de ces éléments n’est pas encore bien déterminé
Dans le cadre de notre travail, nous n’analyserons que les valeurs modales
des quatre verbes principaux : “devoir, pouvoir, falloir, vouloir” selon six
sous-catégories de modalité: les modalités épistémiques, les modalités appréciatives, les modalités volitives, les modalités déontiques, les modalités ontiques et les modalités aléthiques
Trang 232.1 Valeurs modales des verbes "devoir", "falloir", "pouvoir" et "vouloir"
2.1.1 Le verbe "devoir"
Dans la linguistique française, les études sur le verbe "devoir" constituent, sinon la totalité, au moins la majeure partie de la littérature concernant les verbes modaux ou la modalité Ce verbe renvoie, comme on le sait, à plusieurs valeurs Une théorie de la modalité se devrait donc de les articuler entre elles
Il est courant de distinguer deux "devoir" : un devoir déontique et un devoir épistémique La modalité déontique au sens large est une modalité du FAIRE, qui correspond à ce qu’on appelle, surtout en linguistique anglosaxonne, modalité
radicale, ou modalité orientée vers l’agent, alors que la modalité épistémique est
une modalité de l’ÊTRE Autrement dit, les valeurs principales du verbe "devoir" sont: (i) probabilité ou plausibilité, (ii) obligation (soit imposée par un tiers dont on dépend, soit par une contrainte externe) et auto-obligation, à rapprocher de la valeur aléthique
En effet, un même énoncé comme (1) pris hors contexte possède plusieurs valeurs modales (2) que le contexte contribue à déterminer:
(1) Marc doit nager
(2) a Il est probable, à l'heure qu'il est, que Marc soit à la piscine, il doit
donc nager
b C'est un ordre: Marc doit nager (obligation, ordre)
c À neuf ans, un enfant comme Marc doit nager, il se doit nager
(auto-obligation)
2.1.1.1 "Devoir" déontique
Tout d'abord, dans les contextes déontiques, "devoir" est jugé plus solennel
ou insistant qu' "il faut" Ainsi, ce verbe exprime surtout l'obligation, la nécessité ou
la permission / l'interdiction Nous citerons quelques exempes suivants pour l'illustrer:
- "Les discriminations doivent être combattues car elles touchent les valeurs
même de la République Elles touchent à l'égalité des droits de toutes personnes Elles touchent à l'égalité des chances" [ Propos de Jacques Chirac, le 3 mars 2005]
Trang 24Dans cet exemple, le verbe "devoir" exprime une obligation qui signifie Il y a
une obligation de combattre les discriminations
- Nous devons/ devrions l'aider à oublier sa tristesse
Dans cet énoncé, "devoir" exprime clairement une nécessité Autrement dit,
on peut le reformuler comme suit: Il est nécessaire que nous l'aidions à oublier sa
tristesse
- “Pour atteindre le boulevard Montparnasse, j’ai dû me frayer un chemin
à travers les couples dansants.”
[Le mystère Frontenac-François Mauriac: p187] Dans l’exemple ci-dessus, devoir traduit une obligation qui signifie Les
circonstances m’ont obligé à me frayer un chemin à travers les couples dansants
- La scène va commencer dans 10 minutes Tu dois être plus rapide, sinon,
tu seras en retard
On constatons que le devoir dans cet énoncé exprime une nécessité En effet,
on peut reformuler cette phrase avec il faut que comme suit: La scène va
commencer dans 10 minutes, alors, il faut que tu sois plus rapide
- Il n'a rien compris Il doit relire ce livre (nécessairement devoir =
"obligation")
- " Le G8 de Gleneagles, en juillet prochain, doit permettre de franchir une
étape décisive sur le financement du développement"
[ Discours de Jacques Chirac, le 26 janvier 2005] Cet énoncé de M Chirac exprime une nécessité d'avoir une étape décisive
sur le financement du développement On peut le transcrire comme suit: "Il est
nécessaire que le G8 de Gleneagles en juillet prochain donne une décision sur le
Trang 25- "La France du XXI e siècle va devoir procéder à une vaste distribution des
pouvoirs pour rendre aux citoyens des capacités d'action et une liberté d'initiative qui ont été aujourd'hui confisquées."
[Discours de Jacques Chirac, le 10 avril 2002] Dans cet énoncé, le verbe devoir à l'infinitif, suivant un autre verbe modal
"aller" exprime une obligation: "Il est obligatoire que la France du XXI e siècle procède à une vaste distribution des pouvoirs pour rendre aux citoyens des capacités d'action et une liberté d'initiative qui ont été aujourd'hui confisquées "
- "Marlyse se retourne, grogne, se rendort J’ai dû la heurter de mon coude."
[Le Gang – Roger Borniche: p296]
- Maman, tu as dû être très heureuse à ce moment-là, non?
- "Ça doit être un moment terrible que celui-là."
[Le Square – Marguerite Duras: p100]
- " Elle devait connaître juste ce qu'il fallait dans les carrières tragiques de
Vangogh, de Gaugain pour être épouvantée."
[La promesse de l'aube - Romain Gary: p12]
- "Le démon secret m'habitait toujours: il ne devait jamais me quitter."
[La promesse de l'aube - Romain Gary: p109]
- " J'avoue franchement que je craignais un peu l'entrée de ma mère dans le
monde diplomatique dont cette fameuse licence en droit devait, selon elle, m'ouvrir
un jour les portes"
[La promesse de l'aube - Romain Gary: p220]
Trang 26- "Cette catastrophe doit provoquer un éveil des consciences Car le monde
souffre de façon chronique de ce que l'on a appelé, d'une formule saisissante, "les tsunamis silencieux"
[Discours de Jacques Chirac, le 26 janvier 2005]
On peut reformuler tous ces sept exemples avec probablement / sans doute/
certainement en gardant le sens Ainsi:
- Marlyse se retourne, grogne, se rendort Je l’ai probablement / sans
doute/ certainement heurtée de mon coude
- Maman, tu étais certainement / sans doute heureuse à ce moment- là,
non ?
- C’était probablement un moment terrible
- Elle connait certainement/ sans doute juste ce qu'il fallait dans les
carrières tragiques de Vangogh, de Gaugain pour être épouvantée
- Le démon secret m'habitait toujours: sans doute/ probablement, il ne me
quitte jamais
- J'avoue franchement que je craignais un peu l'entrée de ma mère dans le monde diplomatique dont cette fameuse licence en droit, selon elle, m'ouvrait
probablement un jour les portes
- Cette catastrophe provoque probablement/ certainement/ sans doute un
éveil des consciences Car le monde souffre de façon chronique de ce que l'on a appelé, d'une formule saisissante, "les tsunamis silencieux"
D’ailleurs, il existe encore un autre sens épistémique du verbe “devoir” , c’est
la nécessité implicative associé à une nécessité déontique Analysons l’exemple suivant:
- On doit avoir 18 ans pour voter
Nous trouvons que cet exemple mérite un commentaire D’abord, la loi (la légitimité) veut qu’un citoyen ait 18 ans pour qu’il exerce son devoir (ça peut tout à fait être une obligation) de voter (la nécessité légale, contrainte morale) modalité
Trang 27déontique De plus, si on a 18 ans, on peut voter, ou bien le prédicat “avoir 18 ans” est une condition nécessaire pour voter modalité épistémique implicative Nous
notons qu’il s’agit ici d'un seul sens implicatif de “devoir”
En bref, les caractéristiques sémantico-syntaxique de "devoir" déontique et
"devoir" épistémique ont été étudiées depuis longtemps Huot (1974, Le verbe
devoir - étude synchronique et diachronique) a proposé de distinguer les deux devoir sur les observations suivantes:
(1) le devoir de probabilité ne peut se mettre au futur, tandis que le devoir d'obligation le peut Ex: Jean devra établir un rapport (nécessairement devoir =
"obligation")
(2) le devoir d'obligation peut avoir le pronom clitique le comme complément, tandis que le devoir de probabilité ne le peut pas Ex: Elle le doit (nécessairement devoir = "obligation")
(3) quand le verbe à l'infinitif est un verbe impersonnel, seul le devoir de probabilité peut le précéder Ex: Il doit pleuvoir (nécessairement devoir =
"probabilité")
(4) le devoir d'obligation peut recevoir l'acccent, tandis que le devoir de
probabilité ne le peut pas Ex: Il agit comme il le doit (nécessairement devoir =
"obligation")
(5) quand devoir est à l'infinitif, suivant un autre verbe modal, c'est un
devoir d'obligation Ex: Jean va devoir faire ce travail (nécessairement devoir =
"obligation")
Il est à noter que la modalité déontique de devoir dénote
l’obligation-nécessité, conçue comme une seule et unique valeur modale, tandis que sa modalité épistémique dénote la forte probabilité et la nécessité implicative, également conçue comme une valeur unique
2.1.1.3 "Devoir" aléthique
Dans ce qui va suivre, nous voudrions attirer l’attention sur une valeur modale de "devoir" qu’on n’aborderait pas beaucoup dans certaines études des linguistes, illustrée par les énoncés suivants:
Trang 28- "Tout ce à quoi on réfère doit exister Appelons cela l’axiome d’existence."
(a)
[Les actes de langage – J.GSearle:p127]
- Si tu lances une pierre en l’air, elle doit retomber (b)
[Gosselin 1991, cité par H.Kronning: 2001:68] Dans ces exemples, le verbe modal n’exprime ni l’obligation, ni la probabilité et, par conséquent, il ne peut être repris anaphoriquement par le syntagme nominal "cette obligation", ni paraphrasé par les adverbes épistémiques
du type probablement Alors, la valeur modale qu’exprime "devoir" dans ces
énoncés est "une nécessité" que nous qualifierons d’aléthique
À notre point de vue, ces distinctions ne sont pas pertinentes pour ce qui est
du modal "devoir" Ainsi, l’exemple (a) est à considéré comme aléthique au sens
strict, parce qu’analytique, alors que (b) serait dit épistémique, parce que synthétique, exprimant une loi de la nature Or, les propriétés linguistiques restent les mêmes dans les deux cas
N’oublions surtout pas que "devoir" aléthique exprime toute nécessité d’être
véridicible (justiciable d’une appréciation en terme de vérité ou de fausseté, que cette nécessité soit logique, analytique ou synthétique) Cette nécessité exprime
prototypiquement une nécessité absolue Devoir aléthique est inscrit dans le contenu
véridicible de l’énoncé (contenu propositionnel + opérateurs véridicibles, tels que les opérateurs de temps et d’aspect)
En somme, pour des raisons linguistiques, aussi bien les sous-catégorisations philosophiques de la notion de "nécessité" que le gommage linguistique de la distinction entre la "nécessité" et la "probabilité", nous proposons, pour notre part,
de distinguer trois significations (valeurs) fondamentales du modal devoir:
- déontique, exprimant l’obligation - nécessité
- aléthique, exprimant la nécessité, qu’elle soit logique, analytique ou synthétique
Trang 29- épistémique, exprimant la probabilité
2.1.2 Le verbe "falloir"
Bien que le modal "falloir" n'existe qu'à la troisième personne du singulier, toujours à la forme impersonnelle ou à l'infinitif, chez ce verbe, nous constatons également la modalité déontique et la modalité épistémique comme le verbe
"devoir" Nous voyons ensuite comment ces valeurs sont traduites par "falloir"
2.1.2.1 "Falloir" déontique
"Falloir" évitera d’abord l’ambiguïté entre une lecture "épistémique" et une
lecture "déontique" au grand dam de devoir Ensuite, devoir tend à renvoyer à une
"lecture de futur de programmation" Comparons deux phrases suivantes:
- Il faut que nous dinions ensemble un de ces jours !
- Nous devons dîner ensemble un de ces jours !
Le deuxième énoncé favorise une interprétation de "programmation" qui
serait " Il est prévu/ nous avons été d'accord (et même fixé une date) que nous
dinions un de ces jours"
Comme nous l’avons vu plus haut, la modalité déontique exprime toujours l’obligation-nécessité Pour illustrer clairement cette valeur, nous donnons
d’autres exemples qui portent sur falloir déontique:
- Il faut éviter de penser à ces difficultés que présente le monde, quelquefois
Sans ça, il deviendrait tout à fait irrespirable
[Hiroshima mon amour – Marguerite Duras: p66]
Dans cette phrase traitée, le verbe falloir exprime une nécessité qui signifie
Quelquefois, il est nécessaire d’éviter de penser à ces difficultés que présente le
Trang 30Dans l’exemple au-dessus, le verbe falloir manifeste également une nécessité: C’est
qu’un jour que j’ai besoin d’ouvrir cette porte et que je parle à ces gens
- Le professeur nous dit: “Il faut garder le silence en classe”
Dans cet exemple, falloir traduit une obligation qui signifie Le professeur
nous dit qu’il est obligatoire de garder le silence en classe
- Il faut que tu dises la vérité à tes parents
Le verbe falloir dans cet exemple exprime une obligation qui signifie Il y a
une obligation que tu dises la vérité à tes parents
- "Il faut vous marier, quand elle reviendra."
[La promesse de l'aube - Romain Gary: p38]
- "Il faudra que tu te battes beaucoup."
[La promesse de l'aube - Romain Gary: p219]
Le verbe falloir dans ces deux exemples manifeste toujours une nécessité: Il
est nécessaire que vous vous mariez quand elle reviendra/ que tu te battes beaucoup
- "Mais il faut qu'il sache qu'en ce qui concerne les pays occidentaux, nous
partageons des valeurs importantes, non seulement pour la Russie, mais pour tous."
[Déclaration à la presse de George W Bush, le 21 février 2005]
Dans cet énoncé, une forte nécessité est traduite par falloir
- "Faut-il rappeler ces innombrables figures, tous ces Français illustres qui
ont façonné, dans les arts, les sciences, l'industrie, la politique, l'identité de notre pays?"
[Discours de Jacques Chirac, le 16 février 2004] Cet énoncé peut être reformulé comme suit: Est-ce qu'il est nécessaire de
rappeler ces innombrables figures, tous ces Français illustres qui ont façonné, dans les arts, les sciences, l'industrie, la politique, l'identité de notre pays?
Trang 31- "Il nous faut imaginer un nouveau modèle français et engager résolument
une évolution profonde de notre vie démocratique."
[Discours de Jacques Chirac, le 10 avril 2002] Cet énoncé favorise une interprétation d'une obligation qui serait: C'est
obligatoire que nous imaginions un nouveau modèle français et engager résolument
une évolution profonde de notre vie démocratique
- "Je crois que vous avez déjà commencé à vivre une vie en réalité,
mademoiselle, et qu'il vous faut vous le répéter inlassablement"
[Le square, Marguerite Duras: p46]
Cet extrait signifie: Je crois que vous avez déjà commencé à vivre une vie en
réalité, mademoiselle, et qu'il est nécessaire que vous le répétiez inlassablement
Ensuite, on constate également que la négation de "falloir" porte sur
l’événement modalisé, ainsi par "Il ne faut pas que tu lui parles sur ce ton",
c'est-à-dire qu'il y a pour toi une obligation de ne pas lui parler sur ce ton
De plus, dans la pratique, la forme négative de "falloir" est parfois utilisée
pour exprimer une absence d'obligation C'est le cas par exemple de "Faut pas
t'inquiéter"
En un mot, à côté de la valeur de traduire une obligation ou/et une nécecssité,
le modal falloir représente encore une absence d'obligation
2.1.2.2 "Falloir" épistémique
Falloir exprime un premier lieu à ce point une quasi-probabilité Examinons
l'exemple ci-dessous:
- Il faut qu'elle ait passé une période très difficile
Dans cette phrase, "passer une période difficile" est prédicat (ou une notion verbale) "involontaire" (= qui ne met pas en jeu la volonté du référent du sujet) Cet exemple s'incrit donc dans le domaine de la modalité problématique
Voici quelques d'autres exemples:
Trang 32- Il faut qu'ils aient rencontré quelqu'un très intime en venant ici, c'est
pourquoi ils sont en retard aujourd'hui
- Il avait la langue pâteuse Il faut qu'il ait nous menti
- Elle avait l'air triste Il faut que son amoureux l'ait quitté
- "Il faut être bien heureuse pour sacrifier ainsi sa position, son avenir, et
renoncer à jamais au monde"
[La comédie humaine- Les secrets de la princesse de Cadignan- Balzac]
- " Il faut que le père d'Ilona lui donne une bonne dot Tu n'es pas n'importe
qui Je vais aller le voir On va parler, je sais bien que tu aimes Ilona "
[La promesse de l'aube - Romain Gary: p220]
En deuxième lieu, falloir traduit une nécessité implicative simple et pure
Par exemple:
- Il faut être fou pour conduire à cette vitesse-là
Cette phrase signifie: Conduire à cette vitesse implique être fou, ou bien si A conduit à cette vitesse, alors, A est fou
D'ailleur, pour le même énoncé, parfois, on peut procéder à deux
interprétation qui distinguent deux modalités différentes Voilà un exemple: Il faut
qu'elle ait eu un empêchement grave
L'énoncé ci-dessus qui a exclu presque totalement le sens d' "être obligé de"
impose une interprétation épistémique problématique: Il est probable/certain qu'elle
a eu un empêchement grave Mais un certain contexte peut l'orienter vers le sens
épistémique implicatif Ainsi, pour qu’elle soit absente aujourd’hui, il faut qu’elle
ait un empêchement grave, équivalent à peu près à si elle est absente, c’est qu’elle a
Trang 33- Falloir épistémique traduit une quasi-probabilité et/ou une nécessité
implicative simple et pure
2.1.3 Le verbe "pouvoir"
Pour pouvoir comme devoir, on oppose souvent la modalité déontique d'une part, par exemple Il peut venir au sens de il a la permission ou la possibilité
matérielle de venir, ou il doit venir au sens de il est obligatoire qu'il vienne et la
modalité épistémique d'autre part, par exemple Il peut venir au sens de Il vient
peut-être, ou Il doit venir au sens de il est sans doute en train de venir
Pour ce qui concerne pouvoir en particulier, deux valeurs modales
(déontique, épistémique) ont été étudiées depuis très longtemps par un certain nombre d'auteurs
2.1.3.1 "Pouvoir" déontique
À cette valeur modale, on trouve souvent une possibilité/ capacité physique Analysons maintenant les exemples ci-dessous:
- Je peux finir ce devoir en cinq minutes
Le verbe pouvoir dans cet exemple exprime une possibilité qui signifie:
- C'est possible pour moi de finir ce devoir en cinq minutes
Prenons maintenant un autre exemple:
- Je peux broder des fleurs sur un mouchoir
Différemment au premier exemple, le pouvoir dans le deuxième exprime une capacité Autrement dit, on peut le transcrire comme suit: J'ai capacité/ je suis
capable de broder des fleurs sur un mouchoir
- Je lui ai donné tous les éléments dont il avait besoin, il peut sans problème
remplir le dossier tout seul
- Il peut venir à pied, sa jambe est déplâtrée
Comme dans le deuxième, le pouvoir dans ces troisième et quatrième
exemples manifeste aussi une capacité:
Trang 34- Je lui ai donné tous les éléments dont il avait besoin, Alors, il est capable
de remplir le dossier tout seul
- C'est capable pour lui de venir à pied, sa jamble est déplâtrée
D'autre part, quant à la forme négative, on s'aperçoit d'une contrainte morale
avec pouvoir Les exemples suivants le montrent:
- Pour ma part, je ne peux pas me résoudre à voir mon cousin mentir toujous
à mon oncle
- "Et ce sont là des soucis de vivants Je ne puis pas ne pas les juger plus
importants que le choix, le soir; d'un music-hall"
[Terre des hommes – Saint-Exupéry: p176]
- " Pour ma part, je ne peux me résoudre à voir les finances locales
dépendre toujours davantage de l'Etat."
[Discours de J.Chirac, le 10 avril 2002]
Ensuite, pouvoir permet fondamentalement d'accorder une permission ou de
donner un refus quand le sujet parlant est ou pas la source de la possibilité
Observons:
- Puis - je sortir?
Avec l’utilisation du verbe pouvoir, cette phrase exprime une demande de
permission qui signifie: Est-ce vous me permettez de sortir?
- Non, je suis désolé mais tu ne peux pas
En répondant à cette demande, le locuteur a pris le verbe pouvoir pour donner un
Trang 35Dans cet exemple, encore une fois, le verbe pouvoir manifeste une demande
de permission et dans la réponse, le locuteur a accordé une permission en utilisant
pouvoir
- Ses parents sont d'accord, il peut prendre la voiture
Dans l'exemple ci-dessus, pouvoir exprime un accord de permission qui
signifie Il est autorisé à prendre la voiture/ Il a l'autorisation de prendre la voiture
Nous notons enfin qu'on peut considérer comme appartenant à la modalité
déontique des emplois directifs de pouvoir: offre, suggestion, reproche, requête,
éventualité
Nous donnons ensuite des exemples pour l'illustrer:
- Vous pouvez utiliser mon stylo
Dans cet exemple, pouvoir manifeste une offre qui signifie Je vous offre
d'utiliser mon stylo
- Vous pouvez venir demain soir, si ça vous dit
Dans l’exemple au-dessus, le verbe pouvoir exprime une suggestion de faire:
Je suggère que vous veniez demain soir
- Elle a pu mentir à sa conscience encore une fois?
Dans cette phrase, pouvoir traduit un reproche qui signifie Je lui fais le
reproche d’avoir pu mentir à sa conscience encore une fois!
- Pouvez-vous installer un climatiseur dans ce bureau?
Dans cet exemple, une requête du locuteur est exprimée par pouvoir On peut
reformuler cette phrase comme suit: Je vous requiers d’installer un climatiseur
dans ce bureau
- Il peut pleuvoir à Paris en ce moment
Le verbe pouvoir dans cet exemple introduit une éventualité qui signifie Il se
peut pleuvoir à Paris en ce moment
Pour terminer sur ce point, il faut retenir que dans le cas de la modalité déontique du "pouvoir", ce verbe exprime d'abord la capacité ou la possibilité et
Trang 36ensuite la permission/le refus, la demande de permission, l’offre, la suggestion, le reproche, la requête et l’éventualité
2.1.3.2 "Pouvoir" épistémique
À la différence de celle par "devoir", le degré de probabilité par "pouvoir", dans les énoncés assertifs au présent, est plus faible Voyons les deux exemples ci-dessous:
- Il a pu être trahi par son amoureuse
- Elle peut avoir mal compris
Ces deux énoncés peuvent être interprétés comme:
- Peut-être il a été trahi par son amoureuse
- Elle a peut-être mal compris
Dans ce cas, le locuteur asserte sous toutes réserves l'ensemble du contenu propositionnel
Cependant, hors contexte, la forme Elle peut remporter le Concours général
des lycées cette année est souvent ambigüe entre la modalité déontique et la
modalité épistémique Donc, pour résoudre ces ambiguïtés, quand on veut exprimer
une possibilité logique, on a recours à la périphrase tel que Il se peut/ il se pourrait
qu'elle remporte le Concours général des lycées cette année En outre, ajoutons que
la mobilité de "ne pas" peut permettre parfois d’exprimer la même idée, par
exemple Il est logiquement impossible qu'il soit chez lui des manières avec pouvoir modal:
- Il ne peut pas être chez lui
- Il peut ne pas être chez lui
Notons enfin que pouvoir exprime également l’implication Pour commencer analyser cette dernière valeur de pouvoir, il faut dire que l’effet de sens concessif
est nettement implicatif De plus, l’effet de sens de possibilité matérielle peut être également rattaché à ce dernier type de modalité de ce verbe
Examinons quelques exemples pour le justifier:
- Elle peut pleurer, je n’irai pas la voir
Trang 37Dans l’exemple au-dessus, pouvoir exprime une concession En effet, on
peut le reformuler comme suit: Même si elle pleure, je n’irai pas la voir
- L’échelle est assez haute, il peut atteindre la gouttière
Dans cette phrase, pouvoir traduit une possibilité matérielle qui signifie
L’échelle est assez haute pour qu’il atteigne la gouttière (Il a les moyens/ la possibilité d'atteindre la gouttière)
En un mot, on peut souligner le fait que si les divers effets de sens de pouvoir
peuvent être regroupés dans tel ou tel domaine de modalisation, il existe de nombreux contextes ó l’indétermination de l’interprétation du modal fait que ces différents domaines se superposent, ce qui met en lumière l’existence de zones de recouvrement entre ces domaines de modalisation
2.1.4 Le verbe "vouloir"
Le modal vouloir ne fait pas partie de la modalité au sens strict du terme, mais il entretient au moins sur le plan de l'implicite des relations avec devoir et
pouvoir, c'est-à-dire avec les notions "le nécessaire" et "le possible" Étudions
maintenant les valeurs modales principales de ce verbe
2.1.4.1 "Vouloir" déontique
Commençons par l'énoncé suivant:
- Elle fait un stage à Paris
qui sera reformulé comme suit avec vouloir:
- Je veux qu'elle fasse un stage à Paris
Ce vouloir exprime une volonté forte, orale du sujet parlant comme devoir daans elle doit faire en stage à Paris La séquence "vouloir bien" qui exprime une
volonté faible a en quelque sorte pour équivalent le verbe "pouvoir" Ces derniers manifestent alors une possibilité de nature morale
Citons ci-dessous quelques d'autres exemples:
Trang 38- "La France est ce qu'il y a de plus beau au monde, disait-elle avec son
vieux sourire nạf C'est pour cela que je veux que tu sois un Français."[La
promesse de l'aube - Romain Gary: p219]
- "Je veux qu'on te ramène à la maison en sang Même s'il ne te reste pas un
os intact, tu m'entends?"
[La promesse de l'aube - Romain Gary: p87]
Dans ces deux énoncés, le verbe vouloir traduit une vonloté forte du sujet
parlant
Observons l'exemple ci-dessous:
- Je veux bien qu'elle fasse un stage à Paris
On peut comprendre cet exemple comme suit: J'accepte qu'elle fasse un
stage à Paris, autrement dit elle peut faire son stage à Paris
On trouve surtout cette volonté faible dans les demandes d'autorisation
comme dans: Est-ce que tu veux bien que j'emprunte ta voiture? Cet énoncé signifie
Puis- je emprunter ta voiture?
On voit encore l'intervention indirecte de vouloir dans le sémantisme de
l'obligation/possibilité si on procède à une interprétation plus détaillé des sens
sous-entendus de ce modal En effet, Elle a dû faire un stage à Paris laisse entendre aussi
Elle ne voulait pas/ ne souhaitait pas faire un stage à Paris De façon similaire Elle
a pu faire un stage à Paris sous-entendu Elle voulait/ souhaitait faire un stage à
Paris
En quelques mots on pourrait dire que vouloir déontique manifeste la
possibilité ou une volonté forte ou faible, avec l'utilisation de l'adverbe "bien" dans
"vouloir bien"
2.1.4.2 "Vouloir" épistémique
D'abord, il est à noter que le modal vouloir peut concurrencer aller ou
pouvoir pour exprimer une probabilité dans l'avenir On y voit un mélange
sémantique de la futurité/ de l'imminence et de la probabilité dans les énoncés de ce type Pour le manifester, nous citerons les exemples que voici:
Trang 39- Cet été, il veut faire chaud, très chaud!
Dans ce premier exemple, le modal vouloir exprime une probabilité dans
l'avenir qui siginfie: Le temps pourra être très chaud cet été
- Ce plan veut essuyer un échec
Le modal vouloir dans le deuxième exemple traduit un imminence d'un échec dans l'avenir: Tôt ou tard, ce plan va essuyer un échec
- Tu conduis trop vite Tu veux mourrir?
Dans cette phrase, vouloir manifeste une probabilité: Si tu continue à
conduire trop vite comme ça, peut-être tu risqueras ta vie
- Ah! Travailler comme ça tu veux une réduction de salaire, non?
On peut reformuler ce quatrième comme suit: Si tu travailles comme ça,
peut-être tu feras face à une réduction de salaire C'est-à-dire, dans ce cas, vouloir
exprime une probabilité dans l'avenir
Enfin, nous terminons par vouloir logique Nous prendrons ici quelques exemples pour ce type de vouloir:
- Pourquoi voudrais-tu que j'aie peur?
- Eh oui, qu'est-ce que vous voulez, il faut bien qu'il gagne sa vie! - Tu crois qu'il va gagner? - Je veux, oui!
Le deuxième énoncé a comme glose: Qu'est-ce que ta logique veut, ce qu'il
faut gagner sa vie lui-même, je suppose?
2.1.4.3 "Vouloir" volitif
À côté de la valeur déontique et épistémique, on oppose également une autre
valeur appelée valeur volitive chez le modal vouloir Il s'agit en effet d'un vouloir
volitif quand il est utilisé par le sujet parlant afin de traduire un désir, un souhait ou une volonté Regardons maintenant les énoncés ci-dessous:
- Je veux devenir un ingénieur
(= Mon désir, mon souhait est d'être un ingénieur)
Trang 40- Je veux que nous passions nos vacances en Italie
(= Je souhaite que nous passions nos vacances en Italie)
Nous citerons ensuite quelques d'autres exemples qui illustrent cette dernière
valeur de vouloir:
- Elle dit qu’elle veut réussir
Dans ce cas, vouloir exprime une volonté: Elle souhaite réussir
- Je veux que tu saches que quoiqu’il se passe, je peux faire tout pour toi
Dans l’exemple au-dessus, le verbe vouloir manifeste un désir qui signifie:
Je m’attends/ j’espère que tu sais que quoiqu’il se passe, je peux faire tout pour toi
En conclusion, si le vouloir déontique exprime la volonté forte/faible, le
vouloir volitive manifeste le désir/la volonté, on trouve chez le vouloir
épistémique, tout d’abord, la probabilité dans l’avenir, ou bien, ensuite, un mélange
sémantique de l’imminence et de la probabilité, et enfin, le vouloir logique
Dans la première partie de ce chapitre, nous avons déjà étudié les valeurs
modales des verbes devoir, falloir, pouvoir, vouloir Cela démontre la complexité et
diversité sémantique chez ces quatre verbes modaux Ainsi, ils représentent une grande variété dans le fonctionnement des phrases en français Par conséquent, nous avons l'ambition de proposer ensuite quelques moyens d'expression équivalents de ces verbes en vietnamien
2.2 Moyens d'expression équivalents en vietnamien des verbes "devoir",
"pouvoir", "vouloir", "falloir"
2.2.1 Constitution du corpus
Notre but est de donner des remarques sur les moyens d'expression
équivalents en vietnamien des verbes devoir, pouvoir, vouloir et falloir Pour
atteindre ce but, nous avons collecté des énoncés en français ayant ces verbes Ce
sont surtout des phrases extraites des oeuvres littéraires comme "La promesse de