- Savoir comment ces théories sont appliquées dans le discours de la viequotidienne, dans les titres des articles de journaux en commun et ceux du procédé d‟abord à la constitution d‟un
Trang 1UNIVERSITÉ NATIONALE DE HA NOI UNIVERSITÉ DE LANGUES ET D’ÉTUDES INTERNATIONALES DÉPARTEMENT
POST-UNIVERSITAIRE
NGUYỄN HẢI LY
ANALYSE DES PROCÉDÉS LINGUISTIQUES DANS LES TITRES DES ARTICLES DE JOURNAUX (CAS DES ARTICLES DU JOURNAL
“LE MONDE”)
PHÂN TÍCH CÁC PHƯƠNG TIÊṆ NGÔN NGỮ
SỬDUNG̣ TRONG TIÊU ĐÊ ̀
BÁO CHÍ
(TIÊU ĐÊ ̀
CÁC BÀI BÁO CỦA TỜ« LE MONDE »)
MÉMOIRE DE FIN D’ÉTUDES DE MASTER
Spécialité : Linguistique Code : 60220203
Trang 2Hà Nội – 2015
Trang 3UNIVERSITÉ NATIONALE DE HA NOI UNIVERSITÉ DE LANGUES ET D’ÉTUDES INTERNATIONALES DÉPARTEMENT
POST-UNIVERSITAIRE
NGUYỄN HẢI LY
ANALYSE DES PROCÉDÉS LINGUISTIQUES DANS LES TITRES DES ARTICLES DE JOURNAUX (CAS DES ARTICLES DU JOURNAL
“LE MONDE”)
PHÂN TÍCH CÁC PHƯƠNG TIÊṆ NGÔN NGỮ
SỬDUNG̣ TRONG TIÊU ĐÊ ̀
BÁO CHÍ
(TIÊU ĐÊ ̀
CÁC BÀI BÁO CỦA TỜ« LE MONDE »)
MÉMOIRE DE FIN D’ÉTUDES DE MASTER
Spécialité : Linguistique Code : 60220203
Directeur : Monsieur le Pr Dr Trịnh Đức Thái
Trang 4Hà Nội – 2015
Trang 5ATTESTATION DE NON-PLAGIAT
Je soussignée Hai Ly NGUYEN,
Auteurs du mémoire de master intitulé Analyse des procédés linguistiquesdans les titres des articles de journaux (Cas des titres du journal « Le Monde »)
Déclarons sur l‟honneur que ce mémoire est le fruit d‟un travail personnel,
en binơme, que nous n‟avons ni contrefait, ni falsifié, ni copié tout ou partie del‟œuvre d‟autrui afin de la faire passer pour nơtre
Toutes les sources d‟information utilisées et les citations d‟auteur ont étémentionnées conformément aux usages en vigueur
Nous sommes conscient(e)s que le fait de ne pas citer une source ou de nepas la citer clairement et complètement est constitutif de plagiat, que le plagiat estconsidéré comme une faute grave au sein de l‟Université, pouvant êtresévèrement sanctionnée par la loi
Fait à Hanọ, le 14 décembre 2015
Signature de l‟étudiante
Trang 6En préambule à ce mémoire, je souhaite adresser mes remerciementssincères à Monsieur Duc Thai TRINH, directeur de ce mémoire, qui m‟a guidédans mon travail, m‟a aidé à trouver des solutions pour avancer, à dépasser mesfreins psychologiques Sans son encouragement, je n‟aurais jamais pu allerjusqu‟au bout du travail
Et je voudrais adresser également mes grands remerciements à mes parents
et mes amis et m‟ont toujours soutenue et m‟encouragée pendant tout monparcours de master, surtout au cours de la réalisation de ce mémoire
ii
Trang 7TABLE DES MATIÈRES
ATTESTATION DE NON-PLAGIAT i
REMERCIEMENTS ii
TABLE DES MATIÈRES iii
INTRODUCTION 1
1 Raison de choix du sujet 1
2 Questions de recherche 1
3 Hypothèses : 2
4 Objectifs : 2
5 Méthodologie 2
6 Plan du mémoire 3
CHAPITRE I CADRE THÉORIQUE 5
1.1 Présentation générale de l‟Analyse du discours 5
1.2 Enonciation/Enoncé ou approche énonciative 7
1.2.1 Les modalités de l‟énonciation 8
1.2.2 Les modalités de l‟énoncé 13
1.2.3 Les thématisations 26
1.2.4 Les modes de la citation 32
CHAPITRE 2 PRÉSENTATION DU CORPUS 38
2.1 Le contrat de communication médiatique 38
2.2 Les titres de presse et les titres dans la presse 42
2.3 La dimension pragmatique des titres dans les articles de journaux 44
2.3 Présentation du corpus 48
2.3.1 Le choix du corpus 48
2.3.2 Liste des titres d‟articles de journaux du corpus 49
CHAPITRE 3 ANALYSE DU CORPUS 54
3.1 Les modalités de l‟énonciation 56
3.2 Les modalités de l‟énoncé 60
Trang 83.2.1 Les marqueurs modaux 60
2.2.2 Les déictiques 64
3.3 Les thématisations 69
3.4 Les modes de la citation 71
3.4.1 Le discours rapporté 71
3.4.2 La citation 72
3.5 Les autres procédés 78
CONCLUSION 82
BIBLIOGRAPHIE 84
ANNEXE 1 I ANNEXE 2 II ANNEXE 3 XIX
iv
Trang 91 Raison de choix du sujet
Une recherche n‟est pas quelque chose d‟évident, elle ne peut pas êtreréussie si elle ne vient pas de l‟intérêt et des motivations personnelles de sonauteur
Les titres des articles de journaux, depuis le début de mes études universitaires, sont toujours un des sujets qui me rendent curieuse La presse,ayant une grande influence sur la façon de penser et le point de vue des lecteurs,est donc considérée comme un des discours dominants de notre époque Les titres,qui ont deux fonctions : résumer tout l‟article et/ou attirer l‟attention, sont utiliséscomme une invitation, une incitation à lire, même un hameçon pour certains cas.C‟est pourquoi nous voudrions étudier, dans cette recherche, quelles sont lesstratégies des journalistes en créant ce type d‟ « hameçon »
post-Il existe maintenant des milliers quotidiens et magazines en France mais undes journaux les plus connus et prestigieux, c‟est toujours « Le Monde » Créé en
1944, depuis plusieurs décennies, ce quotidien devient un journal de référence quiest diffusé dans beaucoup de pays, même dans les non-francophones C‟estpourquoi nous voulons prendre les titres de ses articles comme corpus pourpouvoir chercher les stratégies des journalistes
2 Questions de recherche
La plus grande question qui s‟est posée à nous alors était la suivante :
Comment utilisent les journalistes du Monde les procédés linguistiques dans les titres des articles pour un tel nombre de lecteurs ?
Trang 104 Objectifs :
- Étudier la théorie de l‟analyse du discours et des théories d‟énonciation
- Savoir comment ces théories sont appliquées dans le discours de la viequotidienne, dans les titres des articles de journaux en commun et ceux du
procédé d‟abord à la constitution d‟un premier corpus qui englobe des titres que
nous trouvions intéressants dans toutes les rubriques dans les journaux oumagazines que nous avons consultés depuis mai jusqu‟à octobre 2015 Cela nous
a aidé à acquérir une vue globale sur les stratégies qui, utilisées par les journalistesdans les titres de plusieurs aspects de la vie, vont être choisies comme notionspour former notre base théorique
2
Trang 11Le deuxième corpus, que nous présentons dans l‟annexe, est une collection
de cent vingt titres des articles qui viennent de douze rubriques du journal
numérique lemonde.fr Afin de garantir l‟objectivité, les titres sont choisis par
hasard selon la date : dix titres parus aux différentes années pour chaque rubrique
Il est indéniable qu‟on ne pouvait pas trouver dans ce premier corpus toutes lesstratégies, le corpus principal va donc nous permettre de vérifier les « anciennes »stratégies et d‟en découvrir de « nouvelles »
La méthode que nous recourons dans notre recherche est la méthode
descriptive Comme déjà représentée par son nom, cette méthode aide le chercheur
à présenter une situation, à décrire, à présenter les circonstances, à fournir uneimage précise d‟un phénomène ou d‟une situation particulière « La recherche
descriptive est associée aux hypothèses de recherche statistique, c‟est-à-dire cellesqui posent des questions sur les états plutôt que sur les changements d‟états »(Nguyen Quang Thuan, 2007, p.38) Alors à travers le corpus qui compose destitres sélectionnés, nous allons dresser un tableau combiné des unités de l‟analyse
du discours et des théories énonciatives qui donnerai une vision plus générale par
la statistique, le pourcentage de chaque unité utilisée dans les titres dans la presse
Trang 12de citations dans une sous-partie de même niveau que les deux parties sur lesmodalités.
Avant d‟entrer dans l‟analyse du corpus, il nous a semblé aussi nécessaire deprocéder d‟abord dans le deuxième chapitre à une petite présentation du journal « LeMonde » pour mieux comprendre le contexte, l‟environnement dans lesquels lesarticles de journaux et leurs titres fonctionnent Nous allons expliquer plusprécisément notre choix et son résultat La dernière sous-partie est exclusivementdestinée à l‟analyse des titres des articles présentés dans le corpus en se basant sur lesthéories présentées dans la partie précédente Nous essayerons de trouver des autresstratégies auxquelles les journalistes ont recouru dans les titres choisis
4
Trang 13CHAPITRE I CADRE THÉORIQUE
Notre recherche porte sur les titres des articles de journaux qui, on le sait,
en tant que formules brèves, obéissent à un type de discours spécifique Ce choixs‟explique par l‟abondance et la variété des titres dans la presse françaisenotamment Elle frappe notre esprit, nous impressionne et attire les yeux
Afin de mieux comprendre ce discours, il nous semble important de faireappel aux théories qui nous ont semblé les plus utiles pour cet objectif, à savoir lesthéories énonciatives, les théories et outils de l‟analyse du discours
1.1 Présentation générale de l’Analyse du discours
« Faire de l‟analyse du discours, c‟est apprendre à délinéariser le textepour restituer sous la surface lisse des mots la profondeur enchevêtrée des indices d‟unpassé » (Courtine, 1989, p.37)
En se présentant ainsi comme l‟un des éléments indispensables dans lessciences sociales et humaines mais en s‟opposant à l‟analyse de contenu,
l‟analyse du discours (couramment abrévié AD) ne traite pas la question de ce
que le texte dit mais plutôt comment il le dit, autrement dit elle porte sur les
marques énonciatives, sur les liens qui unissent le destinateur et le destinateur, ouencore sur le contrat qui les lie dans une situation particulière Comme l‟affirme J.Marandin (1979, p.18) : « ce qui distingue l‟analyse du discours d‟autrespratiques d‟analyse du texte, c‟est l‟utilisation de la linguistique »
Néanmoins le terme de « discours », qui est au centre de cette discipline,varie selon les contextes et est une notion complexe dont la signification a besoind‟être précisée Ainsi dans la vie courante, par exemple, il peut être utilisé pour
Trang 14parler d‟un énoncé solennel, prononcé lors d‟événements particuliers, devant unegrande audience Il peut être perçu comme quelque chose de négatif, « il fait desdiscours, beaucoup de discours mais n‟agit pas ».
Ce n‟est pas ce sens qui nous intéresse dans ce mémoire, notre objetd‟étude s‟inscrit dans les approches des sciences du langage ó la notion de
« discours », est beaucoup plus complexe, définie par des multiples courantslinguistiques qui se complètent mais parfois s‟opposent l‟un l‟autre Dans
L’Analyse du discours (1991, p.15), Dominique Maingueneau cite au moins sept
emplois du terme « discours » depuis la fin des années 1960 :
Discours 1 : équivalent de la « parole » (l‟usage de la langue par unindividu donné selon des contextes) de l‟opposition « langue / parole » de
Saussure
Discours 2 : tout énoncé supérieur à la phrase, équivalent du « texte »
Discours 3 : au point de vue des théories de l‟énonciation ou de lapragmatique, en comparaison avec l‟énoncé, le « discours » insiste plus sur le caractèredynamique de l‟énonciation, son pouvoir faire agir l‟autre dans sa dimensioninteractive
Discours 4 : équivalent de la « conversation », de l‟interaction orale
Discours 5 : l‟opposition de « langue / discours » comme « un systèmevirtuel de valeurs peu spécifiées, à une diversification superficielle liée à la variété desusages qui sont faits des unités linguistiques »
Discours 6 : on entend parler souvent de « discours politique », « discoursféministe » ou « discours administratif », etc Dans ce cas le terme désigne le systèmequi donne une même vision du monde à un ensemble d‟énoncés à partir d‟une certaineposition sociale ou idéologique
Discours 7 : l‟AD définit son objet en recourant l‟opposition de « énoncé / discours » de L Guespin (1971, p.10 ; cité in Maingueneau 1991, p.11) :
6
Trang 15« L‟énoncé, c‟est la suite des phrases émises entre deux blancssémantiques, deux arrêts de la communication ; le discours, c‟est l‟énoncé considéré
du point de vue du mécanisme discursif qui le
conditionne »
L‟AD et les chercheurs qui s‟en réclament, comme nous l‟avons présenté dessous, s‟ouvrent, d‟un point de vue épistémologique et de façon progressive, àd‟autres disciplines du discours comme les théories énonciatives, la pragmatiquelinguistique, les théories de l‟interaction ou encore l‟argumentation1 Différentscourants, qui vont donc s‟y croiser, vont l‟enrichir ; les plus connus sont : lesapproches énonciative, communicationnelle, conversationnelle, pragmatique Noussuivrons l‟une de ces extensions qui nous semble la plus pertinente pour notre projet.Nous souhaitons en effet croiser ces différents courants afin de mieux appréhenderles titres de presse et aborder tout d‟abord l‟approche énonciative
ci-1.2 Enonciation/Enoncé ou approche énonciative
Parler de l‟énonciation, c‟est nécessairement évoquer Emile Benvenistedont les travaux synthétisent l‟approche des deux notions énonciation / énoncé :L‟énonciation, « c‟est la mise en fonctionnement de la langue par un acteindividuel d‟utilisation » (Benveniste, 1970, p.12) De fait, l‟énonciation met enévidence l‟émergence du sujet dans l‟énoncé, la relation qu‟il entretient avec soninterlocuteur, son attitude par rapport à son propos ou énoncé En résumé,
« l‟énonciation » est un acte de créer, de produire, d‟utiliser la langue, de lamettre en œuvre, en action tandis que « l‟énoncé » est le résultat de cet acte Les deuxtermes s‟opposent donc comme la fabrication de l‟objet et l‟objet fabriqué
Avant d‟entrer dans les deux premières sous parties, il me semble
nécessaire de mieux comprendre la notion de « modalité »
Trang 161.2.1 Les modalités de l’énonciation
Pour expliquer ce qu‟est la « modalité » en sciences du langage, on acoutume de rappeler l‟opposition entre « modus » et « dictum » posée par C
Bally (1965) Selon lui, la modalité, appelée modus, est définie comme « la forme
linguistique d‟un jugement intellectuel, d‟un jugement affectif ou d‟une volontéqu‟un sujet pensant énonce à propos d‟une perception ou d‟une représentation de
son esprit » tandis que le dictum est équivalent au contenu Une absence totale de
modalité correspond à un jugement de la réalité, montre alors la vérité tellequ‟elle existe
Les travaux dans ce domaine permettent de distinguer deux types demodalité :
- Les modalités de l‟énonciation qui marquent la relation entre les acteurs
de l‟échange et montrent les caractéristiques relationnelles qui les lient La modalité del‟énonciation prennent des formes diverses, elle peut être interrogative, déclarative,assertive…
- Les modalités des énoncés se présentent sous deux types :
o modalités logiques qui renvoient au positionnement du locuteur par
rapport à la vérité, à la fausseté, à la vraisemblance ;
o modalités appréciatives qui renvoient au positionnement du locuteur parrapport à des jugements subjectifs tels que la beauté, la tristesse, la joie,…
Plus précisément en linguistique, cette distinction est liée relativement àcelle de «signification/sens » En fait, « l‟énonciation » et « la signification » sonttoujours déterminées par le contexte et forment le « dit » pour reprendre laterminologie d‟Oswald Ducrot (1984), alors que « l‟énoncé » et « le sens » necomportent que les aspects sémantiques liés aux composants linguistiques dupropos et constituent le « dire » Prenons l‟exemple suivant pour mieux nous fairecomprendre: l‟énoncé « Il fait chaud ici ! » porte le sens en langue de la
8
Trang 17température dans le lieu ó on se trouve, mais selon les différents contextes, le faitd‟énoncer cette phrase peut donner plusieurs significations comme « Il fait froiddehors », « Ouvre la fenêtre ! » ou « Je ne veux plus rester ici », etc.
Comment peut-on alors distinguer les modalités de l‟énonciation à celles
de l‟énoncé ? « Si les modalités d‟énonciation portent sur le dire, les modalitésd‟énoncé portent sur le dit » (Nølke, 1993, p.143) Autrement dit, dans unecommunication, la modalité de l‟énonciation s‟exerce sur les interlocuteurspendant que celle de l‟énoncé s‟exerce sur le contenu, de ce qui est dit Dans undiscours, ces deux types de modalités sont toujours ensemble comme le recto-verso d‟un papier, mais quand une seule modalité d‟énonciation est présentéedans une phrase, plusieurs modalités d‟énoncés peuvent être y apparaissent(Meunier, 1974)
Nous allons donc nous intéresser tout d‟abord aux modalités del‟énonciation et faire une présentation des types et des formes verbale/nominale
de phrases qui vont servir à l‟analyse de notre corpus
a Les types de phrases
Dans la suite des travaux de A.-M Diller (1980), Kerbrat-Orecchioni(1991) classe les phrases en trois grands groupes qui correspondent aux troisprincipales fonctions pragmatiques du discours : « ceux qui décrivent le monde,ceux qui interrogent sur le monde, et ceux qui cherchent à changer le monde » Cesont les trois types des phrases fondamentaux : déclaratif (assertif), interrogatif,impératif (injonctif) On y ajoute souvent un quatrième correspondant àl‟expression d‟un sentiment vif du locuteur : le type exclamatif car «l‟exclamation fait appel à une grande diversité de structures » (Maingueneau
1999, p.58)
Phrase déclarative ou assertive
Trang 18Terminée habituellement par un point, la phrase déclarative ou assertive est
le type le plus répandu mais le moins marqué d‟affectivité Elle est employéenormalement pour énoncer un fait ou donner une information Sa structure estsouvent présentée sous forme d‟une phrase canonique groupe nominal – groupeverbal L‟assertion « pose un état de choses comme vrai ou faux D‟un point devue syntaxique, il s‟agit d‟énoncés qui comportent un sujet exprimé et dont le
verbe porte des marqueurs de personne et de temps » (ibid., p.46).
Elle peut être affirmative (ex : Il est content) ou négative quand elle veut
nier quelque chose en contenant un marqueur négatif composées de deux adverbes
« ne… pas » ou leurs variantes (ex : Il n’est pas content)
Parmi les quatre types de phrase, la phrase déclarative est toujoursconsidérée comme de modèle de phrase de base (phrase canonique) tandis que lesautres formes sont des phrases transformées C‟est pourquoi ces trois formespeuvent garder leur structure et leurs formes ou les modifier en changeant deposition des groupes de mots et ajoutant les mots marquées de leur nature dephrase
Pour l‟énonciateur, la phrase interrogative est un outil qui permet de poserune question ou d‟exprimer une demande, et cet acte de langage initiatif doitthéoriquement déboucher sur une réponse, une action ; bref le locuteur demandeurest à la recherche d‟une information, de quelque chose et attend une réponse ouune réaction C‟est un acte qui impose bien souvent des contraintes, comme le
10
Trang 19remarque Maingueneau (ibid., p.48) « interroger quelqu‟un, c‟est le placer dans
l‟alternative de répondre ou de ne pas répondre C‟est aussi lui imposer le cadredans lequel il doit inscrire sa réplique »
Mais la valeur ou la force pragmatique de ce type de phrases varie selon lecontexte et de l‟intention de celui qui pose la question Ainsi, à titre d‟exemple,cette valeur pragmatique peut être montrée à l‟oral par l‟intonation
La question reste un acte de langage complexe et dire qu‟elle nécessite uneréaction ou une réponse n‟est pas toujours juste ; il y a des cas ó le locuteurn‟attend de son allocutaire ni une réponse et parfois ni une réaction : il s‟agit de laquestion rhétorique, par exemple : « Mais les hommes conservent-ils de la passion
dans ces engagements éternels ? » (Mme de Lafayette, La Princesse de Clèves) en
est un exemple
Phrase impérative ou injonctive
Une phrase impérative ou injonctive indique que l‟énonciateur veut agirsur le destinataire pour l‟influencer ou faire changer ses comportements Selon lesdifférentes situations, il lui communique un ordre, une interdiction, un souhait, unconseil, une prière, une demande polie etc., dans l'attente d'une action de la part de
celui-ci Riegel et al (2009, p.665) insistent aussi sur ces valeurs : « Le type
impératif ou injonctif est associé habituellement à un acte d‟intimation oud‟injonction (…) Il se caractérise par l‟absence de sujet du verbe quand celui-ciest au mode impératif (Sortez !) »
Comme l‟injonction présente dans la majorité des cas un ordre, on peutvoir une relation proche de celle avec l‟interrogation car elle devient à ce momentune demande d‟un faire C‟est pourquoi Searle (1982) considère la question etl‟ordre comme les deux membres de la même famille, celles des « directifs » :elles sont toutes les « demandes » :
Trang 20Demanded‟un dire
(réaction verbale)
Question
d‟un faire(réaction non verbale)
Ordre
Phrase exclamative
Pourquoi selon quelques linguistes, la phrase exclamative n‟est-elle pasclassée comme un type de phrase ? Ne présentant pas une relation particulièreentre le locuteur et l‟allocutaire, elle n‟est donc pas un acte de langage premier etunique qui peut être distingué nettement des autres types de phrases Comme « laphrase exclamative bien qu‟étant, en ce qui concerne le contenu sémantiqueanalogue à la phrase déclarative (vu qu‟elle apporte une information), elleprésente la particularité d‟ajouter au message, si bref soit-il, une connotationaffective », elle y ajoute l‟expression de la subjectivité de l‟énonciateur par
rapport à son énoncé C‟est pour cette raison que Tomasson, Riegel et al (ibid.)
regroupent les trois premiers types de phrase sous le type « énonciatifs » et laphrase exclamative sous le type « subjectif »
En produisant une phrase exclamative, le locuteur veut manifester unsentiment vif : la joie, la tristesse, la douleur, la surprise, l‟indignation,l‟admiration Deux types de structures exclamatives existent : l‟implicite etl‟explicite La phrase explicite est à rapprocher de la déclaration ou de
l‟interrogation : Ex : Elle est très jolie ! ; Qu’est-ce qu’il a fait !
La phrase exclamative implicite peut être constituée d‟un seul mot isolé oud‟une suite de mots, manque souvent un ou des éléments dans la phrasecanonique de forme sujet – verbe – complément Dans ce cas, il s‟agit souventune phrase non verbale, introduite par un adverbe ou un déterminant exclamatif,parfois renforcée par des interjections, enfin terminée par un point d‟exclamation
comme la phrase impérative : Ex : Oh ! Pauvre ce petit !
12
Trang 21b Phrases nominales ou phrases verbales ?
Si nous exposons ce type de phrase, c‟est parce que nous avons constatéqu‟il est très présent dans les titres de journaux, comme d‟ailleurs dans lesslogans publicitaires Il n‟est pas difficile de distinguer une phrase verbale d‟unephrase nominale : la première est construite toujours autour au moins d‟un verbeconjugué, tandis que la deuxième ne contient pas de verbe mais un prédicatnominal comme présentée par Benveniste (1966, p.128) : « Caractériséesommairement, la phrase nominale comporte un prédicat nominale, sans verbe nicopule… »
La question qui nous intéresse ici est la suivante : Pourquoi trouve-on souventdes phrases nominales dans les prescriptions, dans les slogans, … et surtout dans lestitres de presse ? Notre hypothèse est qu‟elles servent d‟abord à raccourcir, àaccélérer la phrase, ensuite à mettre l‟accent sur l‟information, à aller tout de suite àl‟essentiel du message, et enfin à renforcer l‟idée et l‟émotion que le journaliste veutimpliquer aux lecteurs, ce qu‟on appelle « l‟effet de choc » Cet effet est presqueindispensable dans le discours médiatique actuel qui a pour but d‟attirer au premiertemps un monde moderne, rapide, pressé et « encerclé » par trop d‟informations Uneautre raison par laquelle les journaux abusent les phrases nominalisations, c‟estqu‟elles les aident à « cacher » le temps verbaux et donc à réaliser le procédéd‟actualisation des faits parlés par ces articles
Nous nous interrogeons dans les sous-parties qui suivent sur les raisonspour lesquelles les journalistes ont recours aux phrases nominales
1.2.2 Les modalités de l’énoncé
1.2.2.1 Les modalisations
Avant d‟aborder les modalités de l‟énoncé, il est nécessaire de comprendre
la notion de « modalisation » car elle correspond à l‟acception le plus étendue decelle de « modalité » Dans la théorie des énonciatives, A Culioli (1975) distingue
Trang 22la modalisation à la modalité : « La modalisation est une opération par laquelle onaffecte d‟une modalité, la modalité étant la catégorie grammaticale ».
Tandis que les modalités de l‟énonciation représentent un type de relationentre les interlocuteurs, celles de l‟énoncé établissent un lien entre le locuteur et
ce qu‟il dit En fait, les modalités d'énoncé regroupent tous les moyenslinguistiques par lesquels le locuteur manifeste une attitude, exprime sesémotions, ses sentiments par rapport à son énoncé Comme définies par M Riegel
et al (1996, p.579), elles « renvoient au sujet de l‟énonciation en marquant son
attitude vis-à-vis du contenu de l‟énoncé […] Elles expriment la manière dontl‟énonciateur apprécie le contenu de l‟énoncé » Ce sont donc les modalitéslogiques et les modalités appréciatives représentées dans les verbes modaux, lesmodalisateurs (adverbes, marques temporelles), les adjectifs subjectifs (affectifs,évaluatifs, axiologiques)
a Les marqueurs des modalités de l’énoncé
Les marqueurs modaux français sont très divers et peuvent être combinésfacilement entre eux N Le Querler les divise en plusieurs classes : marqueursintonatifs, morphologiques, lexicaux ou syntaxiques Comme les marqueursintonatifs et syntaxiques conviennent plutôt à la modalité de l‟énonciation, noustraiterons dans cette parties ceux de la morphologie et du lexique qui se présententdans les catégories lexicaux et temporelles
Les modalités verbales
On appelle les verbes permettant d‟exprimer une modalité les auxiliairesmodaux ou les semi-auxiliaires modaux Pour bien les distinguer aux autres typesd‟auxiliaires, on peut recourir aux exemples ci-dessous qui en présente trois dans
la langue françaises :
- Auxiliation de temporalité Ex : Il frappe – Il a frappé
- Auxiliation de diathèse (qu‟on trouve dans la forme passive) Ex : Il frappe –
Il est frappé
14
Trang 23- Auxiliation de modalité Ex : Il peut frapper
A la première vue, l‟auxiliation de modalité est différente à deux autrestypes par rapport à la forme de la l‟auxilié qui est utilisé à l‟infinitif et doncinvariable En modifiant le sens de l‟auxilié, elle peut être compatible avecl‟auxiliation de temporalité et de diathèse (ex : Il a pu frapper sa femme), onobtient alors une structure binomiale
A partir de ce point, on retrouve les autres auxiliants (correspondant de
« auxiliaire », utilisé dans l‟opposition « auxiliaire / auxilié ») qui jouent une même fonction comme :
- Pouvoir, sembler, paraître, devoir : expriment l‟éventualité
- Devoir : exprime l‟obligation
- Pouvoir : exprime la permission ou la capacité
- Savoir : exprime la capacité ou la compétence du sujet
- Aller, monter, partir, courir… : expriment le déplacement
- Croire, estimer, penser, savoir, avouer, reconnaître… : expriment
l‟évaluation de l‟attitude vis-à-vis ce qu‟on dit
- Aimer, détester, préférer, désirer, vouloir, détester … : expriment le propre sentiment du sujet
Les adjectifs subjectifs
Contribuant une partie dans les expressions des modalités des énoncés, lesadjectifs subjectifs aident aussi au locuteur de formuler ses appréciations Unepetite comparaison entre les adjectifs objectifs et les adjectifs subjectifs vamontrer comment les derniers manifestent le jugement de l‟énonciateur :
- On utilise souvent les adjectifs objectifs pour les informations sur lescaractéristiques stables que tout le monde trouve évidemment comme la couleur, laforme, la nationalité…
Ex : Ses yeux sont bleus ; Il est français
Trang 24- En revanche, les adjectifs subjectifs servent à exprimer un sentiment ou un jugement du narrateur.
Ex : Il n’est pas gentil ; Cette robe est belle mais chère.
C Kerbrat-Orecchioni (1980, 94) les divise en quatre types :
o Les adjectifs subjectifs-affectifs sont employés pour exprimer les sentiments,
les affects, les émotions, les passions (Ex : drôle, dramatique, pénible,heureux …)
o Les adjectifs subjectifs-évaluatifs non axiologiques « impliquent une
évaluation qualitative ou quantitative de l‟objet dénoté par le substantifqu‟ils déterminent » Ils ne portent pas la trace de l‟appréciation ou dujugement du locuteur Ils sont confrontés facilement avec les adjectifsobjectifs mais leur contenu a une valeur qui peut changer au point de vue dechaque personne (Ex : petit/grand, chaud/froid, long/court…)
o Les adjectifs subjectifs-évaluatifs axiologiques « portent sur l‟objet dénoté
par le substantif qu‟ils déterminent un jugement de valeur, positif ou négatif
», c‟est-à-dire l‟appréciation ou la dépréciation du locuteur (Ex : bon, beau,mauvais, idéal, …)
o Les adjectifs axiologiques affectifs qui ont les caractéristiques mélangées de
ceux des deux types précédents (Ex : admirable, méprisable, agaçant, …)
Les modalisateurs
En linguistiques, il existe beaucoup de définitions du terme « modalisateurs
» sous plusieurs points de vue de nombreux linguistes Selon Franck Neveu (2000,p.21), « un modalisateur est une expression linguistique, un morphème, unprocédé typographique, ou bien un phénomène prosodique, qui marque le degréd‟adhésion du sujet de l‟énonciation à l‟égard du contenu des énoncés qu‟ilprofère » Ou d‟après E Korkut et I Onursal (2009, p.27), « les modalisateurssont les éléments linguistiques qui révèlent non seulement la
16
Trang 25présence du sujet parlant mais aussi son attitude et sa prise de position dans sonénoncé » Alors les modalisateurs, pour eux, sont considérés comme un outild‟exprimer les modalités d‟énoncés et donc peuvent être présentés sous toutes lescatégories lexicaux comme nom, verbes, adjectif, verbe.
Mais dans cette recherche, comme nous avons abordé les verbes et lesadjectifs « modalisateurs », nous voudrions reprendre la définition plus restreinte
de ce terme donnée par les dictionnaires, donc la plus connu, accompagnéesouvent dans le groupe de mots « adverbes modalisateurs » Ils deviennent, dans
ou plus largement, ils peuvent être aussi
- des groupes prépositionnels (ex : à mon avis, d‟après lui, selon moi, au sens littéral…)
Outre les adverbes, on peut employer encore une marque temporellecomme un type de modalisateur : le mode conditionnel quand il est utilisé pourexprimer l‟incertitude Grâce à ce mode, le locuteur donne une information quin‟est pas encore avérée, qui reste à vérifier : ex : « Il serait coupable »
N Le Querler, à travers son article « Les modalités en français » (2004), yajouter le subjonctif qui porte nettement la marque de la subjectivité du locuteur,
et quelques temps du mode de l‟indicatif comme l‟imparfait ou le présent.Cependant, ils sont polysémiques, donc difficiles à être reconnus commemarqueurs de modalité On peut reprendre son exemple pour le prouver : « Il restehélas des heures des heures tous les jours dans un café ! » Il trouve dans cettephrase un présent qui « fait à coup sûr référence au maintenant du locuteur »,
Trang 26porte une valeur aspectuelle durative et donc marque « la modalité appréciative
désapprobative »
b Typologie des modalités de l’énoncé
La classification des modalités d‟énoncé est toujours une question ayant
plusieurs réponses selon les différents linguistes Nous allons nous inspirer dans
notre recherche la typologie la plus connue de Darrault (1976), Meunier (1974) et
C Kerbrat-Orecchioni (1980) :
Modalité de l'énoncé
aléthique
axiologiqueépistémique
ces types de modalités, nous adoptons les valeurs modales proposées par
Parret (1976) en donnant les exemples précis y compris les marqueurs
modaux abordés
Épistémique Certitude Incertitude + Verbe : penser, croire,
18
Trang 27Probabilité Improbabilité trouver que, savoir, douter …
+ Adjectif : certain, sûr,inévitable…
+ Adverbe : certainement,indéniablement, sûrement …Aléthique Nécessité Contingence + Verbe : pouvoir, devoir,
falloir, paraître, sembler…
nécessairement…
Déontique Obligation Facultativité + Verbe : devoir, falloir,
interdire permettre, …Permission Interdiction
+ Adjectif : obligatoire,interdit, permis…
+ Adverbe : obligatoirement,nécessairement,
forcément,…
Tableau 2 : Les modalités logiques
Modalités affectives et appréciatives
La typologie des modalités affectives et appréciatives est empruntée à la
classification des adjectifs concernant la subjectivité de C Kerbrat-Orecchioni
(1980) que nous avons présentée dans la partie des marqueurs des modalités de
l‟énoncé Ce type de modalités est ainsi marqué majoritairement par les adjectifs
et les adverbes qui manifestent les sentiments du locuteur Cependant il nous
Trang 28semble difficile de distinguer les quatre classes de modalités : affective, évaluativeaxiologique, évaluative non axiologique et même axiologique affectif, un typemélangé de deux autres C‟est pourquoi nous proposons une autre classificationque nous souhaitons plus simple à suivre et qui peut concerner plus nombreux decatégories lexicales :
Modalité appréciative
Valeur Positive, méliorative, favorable, Négative, péjorative,
Exemples + Verbe : aimer, féliciter, + Verbe : pleurnicher,
exceller, réussir… murmurer, souffrir, détester …+ Adjectif : bon, beau, joli, + Adjectif : mauvais, laide,
+ Adverbe : heureusement, + Adverbe : malheureusement,joyeusement, sérieusement,… lâchement, horriblement,…
+ Préfixe : super-, extra-, … + Suffixe : ard, aud, asse,
-âtre, -aille, -ouille …+ Nom : le champion, la belle, + Nom : l‟échec, la laide, le
Tableau 3 : La modalité appréciative valorisante et dévalorisante
Ces types de modalité sont considérés comme un des éléments
« traditionnels » de l‟approche énonciative avec l‟émergence du sujet énonciatif et
de la notion de thématisation Les transformations syntaxiques orientées vers ledestinataire permettent d‟évaluer le propos ou de montrer son adhésion au propos
Ayant donc une relation stricte avec les modalités de l‟énoncé ou les
modalisations, elles seront des outils nécessaires pour analyser le corpus
20
Trang 291.2.2.2 La constitution du sujet énonciatif
Qu‟entend-on par la constitution du sujet énonciatif ou les composants del‟appareil énonciatif ?
Comme Charaudeau l‟écrit « Qui le texte fait-il parler ? À quel niveau, et àtravers quelle forme d‟énonciation le fait-il ? » (1995, p.104), nous trouvons quec‟est bien la question qui se pose quand on lit un tire de journal, que se passe-t-il ?Que le titre fait-il parler ? Quelles traces porte-il ? Celles de l‟énonciataire ou del‟énonciateur ou pose-t-il la neutralité des sujets, fait – il « comme si l‟acteénonciatif était indépendant des sujets énonçant et destinataire » Pour mieuxcomprendre ce que mentionne P Charaudeau, il nous faut savoir commentfonctionnent le JE et le TU utilisés dans chaque situation, ou plus largement, lesdéictiques de la personne dans un discours en général et dans les titres des articles
de journaux en particulier
Alors que signifie le « déictique » ? Certaines grammaires ne distinguentpas les deux termes : « déictique » qui est l‟adjectif formé sur « deixis »(Benveniste 1966) et « embrayeur » (Jackobson 1963) En fait, ces deux termesseront considérés comme synonymes2 Comme la langue ne réfère pasuniquement à elle-même, les embrayeurs permettent de comprendre le sens d‟unénoncé en contexte, c‟est-à-dire de saisir à quel référent il renvoie Par exemple,pour comprendre la phrase « Je suis ici », il faut connaỵtre le contexte dans lequell‟énonciateur le produit, c‟est-à-dire qui est « je » et ó se trouve « ici », cedernier terme signifiant littéralement : l‟endroit ó le corps de « je » se trouve.Autrement dit, les embrayeurs servent à désigner des éléments du cadreénonciatif3 L‟ensemble de ces termes est appelé « la deixis », en d‟autres termes,
2 La « deixis » et le « déictique » peuvent être se confondus car l‟une (qui signifie la désignation en grec) est l‟origine de l‟autre (qui est employé d‟abord comme adjectif et devient aussi un nom).
3 Pour C Kerbrat-Orecchioni (1999 [1980], p.34-35), le cadre énonciatif est constitué des protagonistes, de
la situation de communication comprenant elle-même les coordonnées spatio-temporelles et des conditions
Trang 30l‟ensemble des références à la situation d‟énonciation Un déictique est donc unmot dont le sens est réduit en langue et qui ne trouve sa signification que dans laréférence au contexte Cette caractéristique se présente dans les pronomspersonnels et les démonstratifs, dans les unités temporelles et spatiales, ou danscertains termes de parenté sans déterminants (ex : papa, maman4…) A partir deces marqueurs, on divise les déictiques en trois types : les déictiques de lapersonne, de temps et de lieu comme illustre le terme « nynégocentrisme » deDamourette et Pichon (1936) proche du triptyque « moi – ici – maintenant » desthéories énonciatives.
Les déictiques de la personne
Dans un discours, les déictiques de la personne sont équivalents auxpronoms personnels et ses variations sous d‟autres formes lexicales (pronomstoniques, pronoms ou adjectifs possessifs, …) : Je – me, mon, le mien…
D‟après Benveniste, le couple déictique « Je / Tu » est formé de «personnes » et est séparé fondamentalement de la « non-personne », comme « Il »
ou « Elle » Par définition, comme évidemment, « Je » est celui qui dit
« Je » et « Tu » est celui à qui « Je » dit « Tu », cela veut indiquer que « Je » est leréférent dans l‟énoncé Ce couple désigne l‟énonciateur et l‟énonciataire mais on nepeut pas les connaître sans référer au contexte, c‟est pourquoi ils sont nommés les «formes vides » qui ne portent pas de sens
De plus, les pronoms personnels « Je » et « Tu » ont une fonction phatiquecar pour prendre le sens, ils doivent être toujours en contact direct avec celui-ci oupar les moyens interposés Ils n‟ont pas de substituts possibles tandis qu‟à la non-personne on peut substituer « Il » ou « Elle » La non-personne étant ce dont onparle, c‟est-à-dire quelque qu‟un ou quelque chose qui n‟est pas présent (ou on sefait comme s‟il n‟était pas présent), elle ne fait pas partie du cadre de la
peuvent également changer de sens selon la situation.
22
Trang 31communication Théoriquement, « Je » ou « Tu » ne désignent que des êtrehumains mais il arrive que « Tu » renvoie non seulement à des personnes maisaussi à des choses, des animaux…, dans le cas de la personnification5.
Les autres pronoms personnels considérés comme déictiques de la personnesont « Nous » et « Vous » Selon la grammaire traditionnelle, ce sont les formesplurielles de « Je » et « Tu » tandis que Benveniste les décrit comme le « Je » ou
le « Tu » amplifiés et leur attribue des valeurs diverses
D‟ailleurs, dans le système des personnes, il ne faut pas oublier de noter le
« on » qui assume toujours la fonction de sujet Du point de vue de la grammaire
et de la morphologie, « on » joue le rôle du pronom personnel indéfini de la troisièmepersonne mais est distingué du « il », anaphore qui remplace un nom ou un groupenominal En théorie énonciative, « on » est tour à tour le déictique de la
personne et de la non-personne car il peut substituer et prendre toutes les valeursdes autres déictiques
Différemment aux déictiques de la personne, les déictiques temporels inscrivent aussi les éléments dans le réel et, plus précisément, dansl‟espace et dans le temps Ce sont les mots et groupes de mots qui y situent lemessage par rapport aux protagonistes, notamment le locuteur6
spatio- Les déictiques spatiaux
Les déictiques spatiaux indiquent la position qu‟occupe le corps del‟énonciateur qui est au « centre du monde » à travers « ici » par exemple Onpeut les diviser en plusieurs types :
- Les indices démonstratifs :
6 Cependant il existe une certaine confusion entre la spatialisation et la temporalisation en discours En fait, dans les exemples « C‟est plus rapide de passer par là » ou « Ça ne sera pas long », l‟adjectif spatial
« long » est utilisé pour parler du temps et à l‟inverse, l‟adjectif temporel « rapide » porte une
indication spatiale.
Trang 32o Les déterminants : ce, cet, ces, … le, la (quelque fois)
o Les pronoms : ça, celui, cela, …
- Les présentatifs : voici, voilà
- Les indices adverbiaux : ici/là/là-bas, près/loin, en haut/bas, à gauche/à droite
Ceux-ci portent deux valeurs : situationnelle et anaphorique (C Orecchioni, 1999 [1980], p.43) La distinction entre « anaphorique » et
Kerbrat-« situationnelle » correspond au type de référent auquel renvoie le déictique :
- Valeur anaphorique : renvoie à la reprise d‟un élément déjà utilisé dans le texte, correspond au référent intralinguistique – le cotexte
- Valeur situationnelle : désigne un élément extralinguistique, c‟est-à-dire un élément du contexte
Les déictiques temporels
Les déictiques temporels sont en relation avec l‟énonciation, plusprécisément, avec le moment ó parle l‟énonciateur qu‟on appelle le momentd‟énonciation (ME) Il existe toujours un « Je dis » implicite à toute énonciation ;
ce « Je dis » exprime le présent d‟énonciation lui-même :
Ex 1 : (Je dis) « Aujourd‟hui, je me sens mieux »
Aujourd‟hui : le jour ó je suis en train de parler, devient donc le repère (R)
Dans ce cas, le repère est en relation avec le moment d‟énonciation
(R = ME)
Le temps de l‟énoncé correspond au temps de l‟énonciation
Ex 2 : (Je dis) « Le lendemain, Paul s‟est promené avec Sophie »
Dans cette phrase, le repère (« le lendemain ») renvoie au passé quiest en rupture avec le présent (« Je dis »), alors il ne renvoie pas au
24
Trang 33moment d‟énonciation (R ≠ ME) Le temps de l‟énoncé ne correspond pas au temps de l‟énonciation.
A partir des exemples ci-dessus, on peut comprendre la règle de la relation entre le repère et le moment d‟énonciation :
- L‟énoncé contient un déictique : R = ME
- L‟énoncé contient un non déictique : R ≠ ME
Alors quels sont les indices qui signalent le moment d‟énonciation qui leursert de repère ? Selon Georges-Élia Sarfati (2007, p.21-22), ce sont les marqueursqui désignent une situation de simultanéité, d‟antériorité ou à venir par rapport aumoment ó le locuteur produit son énoncé :
- Simultanéité : adverbes (maintenant, actuellement, en ce moment…)
- Antériorité : adverbes (hier, jadis, récemment…), déterminants définis (le, le jour, le mois, la semaine…)
- A venir : adverbes (demain, bientơt…), déterminant défini (le mois, le jour prochain…)
De plus, les temps verbaux représentent aussi les déictiques temporels,surtout les temps du mode de l‟indicatif
L‟emploi de ce type de déictique est fonction de la « visée temporelle » quicorrespond à la vision que ce fait le lecteur de la temporalité Elle peut êtreconsidérée comme une itération (ce qui se répète) ou emporte une valeurdurative / ponctuelle (le temps de l‟événement correspond à une durée / à unmoment) Nous citons alors le schéma de la visée temporelle de D Maingueneaupour mieux énumérer et distinguer ses valeurs
Trang 34(Depuis, pendant, dans(Quand)
Nous avons l‟intention de réserver une partie au phénomène de la
« thématisation » en désirant d‟insister sur cet élément car nous avons remarqué qu‟il est
l‟un des outils préférés dans la construction des titres journaux Mais qu‟entend-on par «
thématisation » ? Presque uniquement utilisé par les linguistes, ce terme, étant de même famille
que le mot « thème », demande de suivre ses
relations conceptuelles avec la notion de ce dernier avec le « rhème » ou le
« prédicat », pour être compris
a Qu’est-ce qu’une « thématisation » ?
Trang 3526
Trang 36La grammaire moderne distingue effectivement thème et rhème d‟un côté
et sujet/prédicat de l‟autre Pour le premier couple, il s‟agit plutôt de s‟intéresser
à la progression thématique d‟un propos, d‟un exposé, d‟un récit Commeexplique Philippe Lane (in Charaudeau et Maingueneau, 2002, p.573), « laprogression thématique rend surtout compte des enchaînement transphrastiquesd‟un texte en expliquant sa cohésion et sa progression transphrastiques », querappelle Georges-Elia Sarfati (2007, p.29-30) par d‟autres termes : « tout textepeut être défini comme un développement progressif et cohérent de l‟informationcommuniquée à partir d‟un thème donné » Par ailleurs, le second couple sertplutôt à s‟interroger sur le sens, sur ce qui est vraiment dit et sur la question sous-jacente à une phrase Alors effectivement, le prédicat est souvent un verbeuniquement ou un groupe verbal, alors que le sujet grammatical est souvent lesujet Mais cet « ordre canonique » peut être renversé par les thématisations
En fait, en suivant la grammaire traditionnelle, ces deux derniers termessont empruntés à Aristote : le sujet étant ce dont on parle, ce qui est considérécomme connu et le prédicat, ce que l‟on dit au sujet, autrement dit, c‟estl‟information nouvelle dans l‟énoncé Cependant pourquoi avoir formé le mot
« thématisation » et non « sujetisation » ? Car même si le thème porte le mêmerôle sémantique que le sujet, mais il n‟est pas toujours exprimé par le sujet
grammatical de la phrase Par exemple, dans cette thématisation « Ce poème, tu l’as
écrit ? », « ce poème » reste le thème mais il occupe la place du complément d‟objet
direct en étant repris par l‟anaphore « l‟ »
Pour toutes ces raisons, nous proposons dans ce travail d‟aborder la notion
de « thématisation » à travers l‟opposition entre les deux termes « thème » et «prédicat »
La paire thème/prédicat est utilisée, par les linguistes, comme deux
constituants d‟une phrase mais elle est identifiée de façon différente selon lesdisciplines D‟après C Détrie, P Siblot et B Verine (2001, p.356-357), cette paire
27
Trang 37peut être examinée dans six cadres : celui de la syntaxique, de la sémantique, de la modalité interrogative, de la négation dialogique, de l‟analyse
logique-du discours et de la progression textuelle Nous choisissons, parmi ces aspects, ledeuxième, troisième et cinquième qui sont les plus liés aux thématisations pour lesprendre comme un des bases à confronter avec notre corpus
Le thème et le prédicat, dans le cadre logico-sémantique, sont définis
comme dans la grammaire traditionnelle Leur opposition est presque équivalente
à celle des autres paires : topique/commentaire, présupposé/posé, thème/propos,substrat/focus Plus précisément, l‟un représente des connaissances partagées, connuesqui dépendent contextuellement de l‟autre, nouveau et plus informatif
En français standard, le thème occupe habituellement la place initiale de laphrase, dans la majorité des cas, c‟est celle du sujet grammatical Mais cetteconstruction ne se répète pas dans tous les énoncés C‟est pourquoi les linguistesévoquent la modalité interrogative pour y identifier le thème et le prédicat Une
phrase simple comme « Marie a mangé du pain », formant normalement une
réponse à la question sous-jacente « Qu‟a fait Marie ? », qui remet la fonction duthème à « Marie » et du prédicat à « a mangé du pain » Toutefois, cet énoncé peutrépondre à d‟autres questions : « Qui a mangé du pain ? », « Qu‟est-ce que Mariemange ? », « Qu‟est-ce qui se passe ? » Les réponses à ces questions, indiquent leprédicat qui est équivalent à l‟élément posé par le mot d‟interrogation,successivement : « Marie », « du pain », « Marie a mangé du pain » C‟estpourquoi pour bien déterminer le thème et le prédicat, l‟énonciateur a besoin depoints de repères en mettant en relation l‟énoncé avec le contexte
b Les procédés de thématisation
En discours, certaines constructions syntaxiques permettent au locuteur desouligner le thème, on parle alors de thématisation Autrement dit, le procédé de lathématisation désigne la promotion d‟un constituant de la phrase en thème
Trang 38Comme l‟exemple ci-dessus, tous les énoncés exigent une opération de
thématisation
- On peut la trouver souvent dans les énoncés en forme de diathèse (le passif)
o Par exemple, la voix active d‟un titre journal « Une voiture a
heurté un enfant de 5 ans » donne l‟impression aux lecteurs quec‟était la faute de la voiture qui a été mal conduite
o Par contre, à la voix passive, « Un enfant de 5 ans a été heurtépar une voiture » les en « détourne », fait penser que cet accident, étant vraiment unhasard, est arrivé et qu‟on ne pouvait pas y échapper
Cet effet est dû aux changements de position respectifs du sujet et ducomplément d‟objet direct, qui entraînent celui du rôle de thème dans chaquephrase : « Une voiture » pour la première et « Un enfant » pour la deuxième.Par conséquent, les journaux peuvent utiliser les thématisations comme unoutil pour « diriger » la vision de leur lectorat
Nous allons présenter ensuite les marquages des thématisations à l‟écrit
et même à l‟oral, car la langue de la presse n‟est pas constante, elle reflèteparfois le langage parlé
- La plupart d‟entre nous ne savons pas que nous utilisons lathématisation, dans la vie quotidienne, inconsciemment, par insister sur les mots dans
un énoncé
Ex : Paul fait du piano.
Chaque groupe de mot, portant une fonction dans la phrase, va devenir sonthème quand le locuteur y insiste par l‟intonation En fait, l‟accent sur « Paul »signifie que c‟est Paul mais pas quelqu‟un d‟autre qui est en train de faire de la
29
Trang 39musique Si on porte l‟intonation sur « fait », le verbe est « corrigé »intentionnellement et implicitement à « jouer » ; l‟insistance sur « du piano » veutdire que l‟instrument dont Paul joue est le piano Elle forme donc unethématisation qui modifie plus ou moins le sens de l‟énoncé sans en changer lasyntaxe.
- L‟emploi de la négation, dans certains cas, permet aussi de thématiser
Ex : Elle ne déteste pas les insectes, mais elle les hait.
Dans ce cas, la fonction métalinguistique de la deuxième proposition,transformant la négation totale à la négation partielle, fait devenir le thème à lapremière
Comme les marques acoustiques ne se montrent pas à l‟écrit, lesthématisations doivent être marquées En opposition avec les marquages oraux,ceux à l‟écrit sont principalement syntaxiques comme la mise en apposition, lathématisation du circonstanciel, etc
La thématisation peut aussi être marquée par l’emphase, c‟est-à-dire tout
procédé d‟insistance ou de mise en relief dans le discours :
- L’emphase par dislocation : La phrase canonique est disloquée en détachant
un constituant lui-même qui va être repris par un pronom
Ex : La montagne, je veux y aller cette année.
Avec la syntaxe : « Et + groupe nominal + qui + groupe verbal »
Et Paul qui n’est pas venu.
Trang 40Dans ces cas, la dislocation ou le détachement utilise l‟anaphore endéplaçant un élément en tête de phrase, mais elle peut aussi le déplacer en fin dephrase et l‟annoncer par un pronom cataphorique.
Ex : Elle est trop belle, cette fille.
- L’emphase par extraction (ou la focalisation) : on extrait un composant par
un présentatif, qui va être suivi d‟une relative introduite par un pronom Elle est divisée
en deux types principaux : clivée et semi-clivée
o La forme clivée : « C‟est … que/qui » :
Ex : C’est Anne qui a vendu ton sac.
o La forme semi-clivée : « Ce que … c‟est » : Ex : Ce qu’il a vu, c’est un beau
chien.
- Dans la thématisation, on retrouve aussi des présentatifs qui sont des mots ou
locutions généralement invariables qui servent à introduire un élément en le/la mettant
en relief Cet élément peut être un nom propre ou commun, un pronom personnel, démonstratif, possessif, indéfini, un verbe infinitif ou une proposition Les présentatifs les plus utilisée en française sont : Voici, voilà, il y a, c‟est/ ce sont Le dernier entraîneles expressions figées combinées avec lui à devenir les marqueurs thématisations : c‟est
pourquoi, c‟est à mon tour, c‟est-à-dire, ce n‟est pas que, etc Ex : Voilà que la nuit
tombe ; Il y a une souris dans la chambre.
D‟autre présentatifs existent dans
o l‟expression impersonnelle « il est » : Ex : Il est temps de partir.
o certains termes utilisés dans de courtes exclamations : Ex : Vive l
a
liberté !
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