UNIVERSITÉ NATIONALE DE HA NOI UNIVERSITÉ DE LANGUES ET D’ÉTUDES INTERNATIONALES DÉPARTEMENT POST-UNIVERSITAIRE ***************** VŨ THÙY PHƯƠNG APPROCHE INTERCULTURELLE DANS L’ENSEIGN
Trang 1UNIVERSITÉ NATIONALE DE HA NOI
UNIVERSITÉ DE LANGUES ET D’ÉTUDES INTERNATIONALES
DÉPARTEMENT POST-UNIVERSITAIRE
*****************
VŨ THÙY PHƯƠNG
APPROCHE INTERCULTURELLE DANS
L’ENSEIGNEMENT DU FLE AUX ÉTUDIANTS EN PREMIÈRE ANNÉE À L’ESEN À TRAVERS LA MÉTHODE
STUDIO 100 - NIVEAU 1
PHƯƠNG PHÁP TIẾP CẬN LIÊN VĂN HĨA TRONG GIẢNG DẠY NGOẠI NGỮ TIẾNG PHÁP CHO SINH VIÊN NĂM THỨ NHẤT TRƯỜNG ĐẠI HỌC KINH TẾ QUỐC DÂN QUA GIÁO TRÌNH STUDIO 100 - QUYỂN 1
Mémoire de fin d’études de Master
Spécialité: Didactique du Français Langue Étrangère Code: 6014.0111
Hanọ, 2014
Trang 2UNIVERSITÉ NATIONALE DE HA NOI
UNIVERSITÉ DE LANGUES ET D’ÉTUDES INTERNATIONALES
DÉPARTEMENT POST-UNIVERSITAIRE
*****************
VŨ THÙY PHƯƠNG
APPROCHE INTERCULTURELLE DANS
L’ENSEIGNEMENT DU FLE AUX ÉTUDIANTS EN PREMIÈRE ANNÉE À L’ESEN À TRAVERS LA MÉTHODE
STUDIO 100 - NIVEAU 1
PHƯƠNG PHÁP TIẾP CẬN LIÊN VĂN HĨA TRONG GIẢNG DẠY NGOẠI NGỮ TIẾNG PHÁP CHO SINH VIÊN NĂM THỨ NHẤT TRƯỜNG ĐẠI HỌC KINH TẾ QUỐC DÂN QUA GIÁO TRÌNH STUDIO 100 - QUYỂN 1
Mémoire de fin d’études de Master
Spécialité: Didactique du Français Langue Étrangère Code: 6014.0111
Directrice: Dr Đỗ Thị Bích Thủy
Hanọ, 2014
Trang 3ATTESTATION SUR L’HONNEUR J’atteste sur l’honneur que ce mémoire a été réalisé par moi-même et que les données et les résultats qui y sont présentés sont exacts et n’ont jamais été publiés ailleurs
Hanọ, le novembre 2014
Vũ Thùy Phương
Trang 4REMERCIEMENTS
Mes premiers remerciements vont d’abord à ma directrice de mémoire, Madame
DO Thi Bich Thuy, pour la qualité de ses conseils et de son écoute Ses enseignements, ses compétences scientifiques et la confiance qu’elle m’a accordé tout au long de ce travail m’ont été très précieux
Je souhaite présenter mes remerciements au directeur du Département universitaire pour son aide Je remercie mes collègues à l’École Supérieure d’Économie Nationale qui ont pris le temps de remplir consciencieusement les questionnaires d’enquête qui leur avaient été distribués Je voudrais en outre remercier vivement les 40 étudiants en première année du Département de la Banque et de la Finance de l’École Supérieure d’Économie Nationale Leur coopération m’a permis de recueillir un corpus qui constitue la base de notre analyse
post-Un énorme merci à ma famille pour son soutien constant durant ce mémoire
Trang 5RÉSUMÉ
Notre mémoire porte sur «Application de l’approche interculturelle dans l’enseignement du FLE aux étudiants en première année à l’ESEN à travers la méthode STUDIO 100 - Niveau 1» Il se compose de trois chapitres Dans le premier chapitre, nous abordons le cadre théorique avec les notions de la culture, de la langue, de l’interculturel, de l’approche interculturelle dans l’enseignement du FLE; la relation entre la langue et la culture et des méthodologies de l’enseignement de la culture en FLE typiques, etc Le deuxième chapitre présente la méthode Studio 100 - Niveau 1 et l’analyse des résultats d’enquête auprès des enseignants et des étudiants en première année à l’ESEN Dans le dernier chapitre, nous envisageons de donner des propositions pédagogiques et des fiches pédagogiques pour améliorer l’application de l’approche interculturelle dans l’enseignement du FLE aux étudiants en première année à l’ESEN
Trang 6TABLE DES MATIÈRES
INTRODUCTION 1
CHAPITRE I: CADRE THÉORIQUE 5
1.1 Définition de la langue 5
1.2 Définition de la culture 7
1.3 Rapport entre la langue et la culture dans l’enseignement des langues étrangère 12
1.4 Définition de l’interculturel et de l’approche interculturelle dans l’enseignement des langues étrangères 15
1.4.1 Interculturel 15
1.4.2 Approche interculturelle 18
1.4.3 Objectif et place de l’approche interculturelle dans l’enseignement des langues étrangères 19
1.4.4 Méthodes d’enseignement/ apprentissage de l’interculturel, modèle de référence 22
1.4.4.1 Chez Galisson 22
1.4.4.2 Chez Zarate 23
1.4.4.3 Chez De Salins 24
1.4.4.4 Chez Abdallah-Pretceille et Porcher 25
1.4.4.5 Chez Beacco 26
1.4.5 Étapes de l’approche interculturelle 28
1.4.6 Compétences nécessaires que les apprenants doivent avoir selon le Cadre européen commun de référence pour les langues (CECR) 28
1.4.6.1 Savoirs 29
1.4.6.2 Savoir-faire 30
1.4.6.3 Savoir-être 30
1.4.6.4 Savoir-apprendre 31
Trang 7CHAPITRE II: SITUATION DE L’APPLICATION DE L’APPROCHE INTERCULTURELLE DANS L’ENSEIGNEMENT DU FLE AUX ÉTUDIANTS
EN PREMIÈRE ANNÉE À L’ESEN AVEC LA MÉTHODE STUDIO 100 -
NIVEAU 1 33
2.1 Présentation de la méthode Studio 100 - Niveau 1 et ses contenus culturels 33
2.1.1 Présentation générale de la méthode Studio 100 - Niveau 1 33
2.1.2 Organisation globale de la méthode Studio 100 - Niveau 1 33
2.1.3 Structure générale 35
2.1.4 Présentation des contenus interculturels dans la méthode Studio 100 - Niveau 1 37
2.2 Enquête 38
2.2.1 Présentation générale de l’enquête 38
2.2.2 Analyse des résultats de l’enquête 38
2.2.2.1 Analyse de l’enquête auprès des enseignants 39
2.2.2.2 Analyse de l’enquête auprès des étudiants 47
CHAPITRE III: PROPOSITIONS PÉDAGOGIQUES 59
3.1 Propositions pédagogiques 59
3.1.1 Apprentissage par expérience directe 59
3.1.2 Ajout du contenu culturel au programme et au contenu linguistique dans les cours 60
3.1.3 Sensibilisation des apprenants à la notion de la culture 61
3.1.4 Organisation des échanges interculturels avec des natifs 66
3.1.5 Évaluation 66
3.1.6 Utilisation de la technologie pour soutenir le processus de l’enseignement et de l’apprentissage 68
Trang 83.2 Fiches pédagogiques proposées pour l’enseignement interculturel dans la
méthode Studio 100 - Niveau 1 69
3.2.1 Fiche pédagogique No 1 (pour la séquence 1) 69
3.2.2 Fiche pédagogique No 2 (pour la séquence 2) 72
3.2.3 Fiche pédagogique No 3 (pour la séquence 3) 75
3.2.4 Fiche pédagogique No 4 (pour la séquence 4) 79
CONCLUSION 84
BIBLIOGRAPHIE 86 ANNEXE 1……… I
Trang 9LISTE DES FIGURES
Figure 1: Rôle de l’approche interculturelle dans l’enseignement du FLE
actuellement
49
Figure 2: Objectif d’appliquer l’approche interculturelle dans l’apprentissage du
FLE des étudiants actuellement
49
Figure 3: Rôle de la culture dans la communication 51 Figure 4: Niveau de l’intérêt aux contenus dans les cours de pratique de langue 52 Figure 5: Préparation des contenus culturels abordés dans la méthode avant les
Figure 8: Niveau convenable des contenus culturels dans la méthode Studio 100
- Niveau 1 au niveau des étudiants vietnamiens
Trang 10INTRODUCTION
En 1995, l’École supérieure d’Économie nationale de Hanoi (ESEN) et l’Agence universitaire de la Francophonie (AUF) conviennent d’un partenariat pour soutenir la formation universitaire bilingue en gestion bancaire Jusqu’à maintenant, l’ESEN a attiré un grand nombre d’étudiants Pourtant, ils n’ont aucune connaissance
de base du français, ils doivent suivre 510 heures de FLE pour atteindre le niveau de DELF B2 en 4e année Dans des cours de français, ils rencontrent non seulement des difficultés linguistiques, mais encore des chocs culturels En effet, chaque pays a sa
culture et chaque culture s’exprime dans sa langue Selon Rocher, la culture est «un
ensemble lié de manières de penser, de sentir et d'agir plus ou moins formalisées qui, étant apprises et partagées par une pluralité de personnes, servent, d'une manière à la fois objective et symbolique à constituer ces personnes en une collectivité particulière
et distincte» (Rocher, G., 1969) Donc, l’enseignement des faits culturels dans les cours
de français est nécessaire En effet, selon Courtillon, il constate qu’ «Apprendre une
langue étrangère c’est apprendre une culture nouvelle, des modes de vivre, des attitudes, des façons de penser, une logique autre, différente, c’est entrer dans un monde mystérieux au début, comprendre les comportements individuels, augmenter son capital de connaissances et d’informations nouvelles, son propre niveau de compréhension» (Courtillon J., 1984) L’approche interculturelle qui envisage
l’acquisition des connaissances culturelles des apprenants, les aide à se familiariser avec la culture étrangère Elle est considérée comme un facteur efficace qui motive l’apprentissage du FLE des apprenants au niveau débutant
Pour mieux comprendre la situation de l’enseignement du FLE aux étudiants en première année à l’ESEN à travers la méthode Studio 100, nous allons effectuer une enquête par questionnaire auprès des étudiants et auprès des enseignants A partir des
Trang 11points de vue des apprenants et des enseignants, nous allons connaître leurs difficultés
et donner des propositions visant à améliorer l’attraction et la qualité des cours du FLE
Notre problématique s’articule autour de questions :
- Quelles sont les difficultés des enseignants en appliquant l’approche interculturelle dans l’enseignement du FLE à l’ESEN et les difficultés d’ordre culturel des étudiants en première année dans l’apprentissage du FLE à l’ESEN?
- Quelles propositions pédagogiques pourraient contribuer à renforcer l’approche interculturelle dans l’enseignement du FLE aux étudiants en première année à l’ESEN ?
A partir des questions ci-dessous, nous formulons 2 hypothèses suivantes:
- Dans l’apprentissage du FLE à l’ESEN, les étudiants en première année rencontrent beaucoup de difficultés d’ordre culturel comme de grandes différences entre la culture maternelle et la culture française, le manque de connaissances dans plusieurs domaines culturels (politique, historique, social, géographique )
En appliquant l’approche interculturelle dans l’enseignement du FLE à l’ESEN, les enseignants rencontrent aussi des difficultés comme l’insuffisance de connaissance
en culture maternelle et en culture française, le manque de méthodologie en matière d’enseignement de la culture en classe
- Les contenus culturels abordés dans la méthode Studio 100, la méthodologie des enseignants dans l’enseignement de la culture et la conscience des étudiants dans l’apprentissage de la culture sont des facteurs principaux qui peuvent contribuer à renforcer l’approche interculturelle dans l’enseignement du FLE aux étudiants en première année à l’ESEN
Trang 12 Méthodologie de recherche
Nous utilisons la méthode quantitative et descriptive avec ses techniques et ses opérations propres comme enquête de terrain, analyse, traitement et interprétation des résultats
Notre enquête est constituée des questions sous forme des questions à choix multiples (QCM) et des questions ouvertes Pour faciliter la compréhension des interrogés, nous faisons des efforts pour rédiger les phrases simples et compréhensibles
Notre travail se compose de trois chapitres
Le premier aborde le cadre théorique: des notions comme la langue, la culture, l’interculturel, l’approche interculturelle et la compétence interculturelle dans l’enseignement du FLE
Le deuxième présente la méthode Studio 100 et l’analyse des résultats d’enquête
Le troisième a pour but d’avancer des propositions méthodologiques et pédagogiques pour renforcer la mise en œuvre de l’approche interculturelle dans l’enseignement du FLE, motiver notre public cible et d’élaborer quelques fiches pédagogiques visant à améliorer l’enseignement et l’apprentissage de la culture des étudiants en première année à l’ESEN
Trang 13CHAPITRE I CADRE THÉORIQUE
Dans le premier chapitre, nous mettons l’accent sur des notions de base comme
la langue, la culture, l’interculturel, l’approche interculturelle et ses éléments dans le processus de l’enseignement et de l’apprentissage du FLE
1.1 Définition de la langue
Dans le processus de recherche, nous avons trouvé plusieurs définitions de la langue Nous en citons ci-dessous quelques-unes les plus typiques et faciles à comprendre
- Pour les linguistes, la langue est considérée comme une faculté de communiquer de manière articulée, avec un système de signes d'abord verbaux puis écrits Elle est propre à une communauté humaine Elle est constituée d'un système particulier de signes et de règles, extérieur aux individus qui la parlent
- Pour les sociolinguistes, la langue remplit deux fonctions sociales
fondamentales : la «communication», c'est-à-dire qu’au moyen de la langue que les
acteurs sociaux échangent et mettent en commun leurs idées, sentiments, pensées, etc
et l'«identification», c’est-à-dire qu’à partir de son double aspect individuel et collectif,
la langue utilise un marqueur identitaire quant aux caractéristiques de l'individu et de ses appartenances sociales C’est la raison pour laquelle les langues sont des objets vivants, soumis à multiples phénomènes de variations et les frontières entre les langues sont considérées non hermétiques car elles relèvent d'abord des pratiques sociales
- Dans son «Cours de linguistique générale», Ferdinand de Saussure
(1857-1913) a donné le concept de langue comme un système abstrait de signes que l'homme
peut apprendre La langue tient compte des aspects importants du fonctionnement d’une situation communicative, c'est-à-dire, suivant les théories, les aspects
Trang 14phonétiques et phonologiques, la morphologie, le lexique, la syntaxe ou la sémantique
Selon lui, la langue est un ensemble de signes, à chaque signe correspondant une idée
différente
A son avis, la langue est aussi un code, c’est-à-dire un ensemble de règles qui
s’imposent à l’ensemble de ses usagers Ce code existe en dehors d’eux: les usagers n’ont aucune prise directe sur lui Les règles du code concernent les correspondances qui s’établissent entre les composantes du signe linguistique: son signifiant, ou image acoustique, et son signifié, ou concept
+ Langue maternelle
La langue maternelle est la première langue qu’une personne a apprise dès l’enfance Si elle a appris deux langues en même temps, la langue maternelle est celle qui est parlée le plus souvent à la maison avant de commencer l'école Nous donnons des exemples tels qu’en France, les enfants dont les parents sont immigrés, apprennent
la langue des parents et celle du pays d’accueil - le français ou c’est au Canada ó les enfants apprennent deux langues officielles étant le français et l’anglais
Par ailleurs, la langue maternelle est parlée par les natifs du pays ó cette personne habite C’est aussi la langue acquise de manière naturelle par l’interaction avec l’entourage, sans avoir d’intervention pédagogique et de réflexion linguistique consciente En général, la langue maternelle est tout d’abord enseignée à la maison Selon Noam Chomsky et d’autres linguistes, cette langue peut s’apprendre jusqu’à l’âge de douze ans Après cet âge, la langue apprise est considérée comme la langue étrangère
Trang 15+ Langue étrangère
Contrairement à la langue maternelle, une langue étrangère est une langue qu’une personne doit apprendre pour la maîtriser Autrement dit, si la langue maternelle est acquise de manière naturelle, non consciente et non intentionnelle, l’apprentissage d’une langue étrangère commence par la prise de conscience et l’existence d’une intention
Le français langue étrangère est le français qui n’est pas la langue maternelle des apprenants et leur est enseigné dans un but culturel ou professionnel, etc
Heuze V et Delbende JC a donné sa définition : «Il (le FLE) est aussi une
langue qui ne connaît pas de variations linguistiques, pas d'accent ni de caractéristiques régionales ; du point de vue didactique, le Français Langue Etrangère est appris dans un cadre institutionnel, est enseigné comme matière» (Heuze et
Delbende, 1992)
1.2 Définition de la culture
Le mot «culture» provient du latin «cultura» et apparaît en langue française vers
la fin du 13e siècle désignant soit une pièce de terre cultivée, soit le culte religieux
Aujourd'hui, le terme «culture» possède une pluralité de sens et de multiples usages Il
s'use ainsi dans les domaines les plus variés et permet de désigner des phénomènes très différents
En effet, dans le domaine des sciences sociales, la diversité des significations et des usages semble infinie En 1952, deux chercheurs américains, A.L Kroeber et C Kluckhohn, dénombraient déjà plus de 150 définitions différentes, forgées depuis le milieu du 18e siècle par des scientifiques qu'ils soient anthropologues, sociologues ou encore psychologues
Trang 16Au fil du temps, la culture a successivement désigné:
- Une première définition du concept ethnologique de la culture a été donnée par
l’anthropologue britannique Edward Burnett Tylor en 1871 Dans son ouvrage La
Civilisation primitive, la culture a été vu par lui comme: « [ ] l’expression de la totalité de la vie sociale de l’homme Elle se caractérise par sa dimension collective, elle est acquise et ne relève pas de l’hérédité biologique Cependant, son origine et son caractère sont en grande partie inconscients.»
D’après cet anthropologue, la vie sociale de l’être humain est définie et exprimée également par des codes, des normes et des valeurs qui jouent un rôle primordial pour donner de l’ampleur à la vie collective des individus dans un groupe donné
- En 1952, les anthropologues Kluckohn et Kroeber ont essayé de définir la
culture en disant: «La culture est une manière structurée de penser, de sentir et de
réagir d’un groupe humain, surtout acquise et transmise par des symboles, et qui représente identité spécifique Elle inclut les objets concrets produits par le groupe Le cœur de la culture est constitué d’idées traditionnelles (dérivées et sélectionnées par l’histoire) et des valeurs qui leur sont attachées.»
En d’autres termes, chaque groupe social dans une société donnée possède une culture acquise et transmise par des symboles Cette manière structurée de penser, de sentir et de réagir joue un rôle primordial pour donner à ce groupe une identité spécifique
- En 1969, le sociologue québécois Guy Rocher a ajouté que «la culture est un ensemble lié de manières de penser, de sentir et d'agir plus ou moins formalisées qui, étant apprises et partagées par une pluralité de personnes, servent, d'une manière à la fois objective et symbolique, à constituer ces personnes en une collectivité particulière
et distincte.»
Trang 17- Selon Claude Canet, un anthropologue, la culture est un ensemble de systèmes
de significations propres à un groupe, significations prépondérantes qui apparaissent comme valeurs et donnent naissance à des règles et à des normes que le groupe conserve et s’efforce de transmettre et par lesquelles il se particularise, se différencie des groupes voisins Ensemble de significations que tout individu est amené à assimiler, à recréer pour lui tout au long de sa vie Ce sont les actualisations de ces interrelations entre les individus et les ensembles des significations détenues par la
communauté ambiante qui constituent la culture dans son aspect dynamique La culture c’est sans doute ce qui se fait et ce qui existe comme ayant du sens dans une communauté particulière La culture peut être vue comme l’ensemble des formes
imaginaires/symboliques qui médiatisent les relations d’un sujet aux autres et structures de sens plus largement au groupe et au contexte, du groupe, des autres au sujet singulier C’est ainsi que l’individu qui s’est approprié ces formes en s’y
identifiant, acquiert une identité culturelle
- Emile Benveniste, un linguiste français a défini: «J’appelle culture le milieu humain, tout ce qui, par delà l’accomplissement des fonctions biologiques, donne à la vie et à l’activité humaine, FORME, SENS et CONTENU La culture est un phénomène entièrement symbolique, elle se définit comme un ensemble très complexe
de représentations, organisées par code de relations et de valeurs: traditions, religion, lois, politique, éthique, arts, tout cela dont l’homme, ó qu’il naisse, sera imprégné dans sa conscience la plus profonde et qui dirigera son comportement dans toutes les formes de son activité, qu’est-ce donc sinon un univers de symboles intégrés en une structure spécifique et que le langage manifeste et transmet? Par la langue, l’homme assimile la culture, la perpétue ou la transforme Or comme chaque langue, chaque culture met en œuvre un appareil spécifique de symboles en lequel s’identifie chaque société La diversité des langues, la diversité des cultures, leurs changements, font
Trang 18apparaỵtre la nature conventionnelle du symbolisme qui les articule C’est en définitive le symbole qui noue le lien vivant entre l’homme, la langue et la culture.»
- D’après Geert Hofstede, un psychologue néerlandais, la culture est définie
comme un «logiciel de l’esprit» qui nous guide dans nos interactions quotidiennes Chaque personne porte en lui-même des modes de pensée, des sentiments, et le
potentiel d’agir qui ont été tirés tout au long de sa vie Une grande partie de ce potentiel a été acquis dans la petite enfance car à cette période de la vie, une personne est plus sensible à l’apprentissage et à l’assimilation Dès que certains modes de pensée, de sentir et d’agir ont été mis en place dans un esprit, la personne doit désapprendre ces comportements avant d’être en mesure d’apprendre quelque chose
de différent, et désapprendre est plus difficile que l’apprentissage pour la première fois
En utilisant l’analogie de la programmation des ordinateurs, ce livre fera appel
à ces modes de pensée, ces sentiments, et ces manières d’agir tels des «mental programs» ; ou pour reprendre le sous-titre, des «logiciel de l’esprit» Cela ne signifie pas, bien sûr, que les gens sont programmés à la façon des ordinateurs Une personne n’est que partiellement déterminée par son mental ou son «program»: il a une capacité
de base à s’écarter d’eux et à réagir de manière nouvelle, créative, destructive, inattendu
La culture est toujours un phénomène collectif, car il est au moins partiellement partagé avec les gens qui vivent ou qui vivaient dans le même milieu social, qui est l’endroit ó la culture a été apprise ou acquise Il s’agit de la programmation collective de l’esprit qui distingue les membres d’un groupe ou d’une catégorie de personnes d’une autre catégorie
Trang 19Parmi les définitions de la culture déjà trouvés, nous ne constatons que celles de
l’UNESCO et du Dictionnaire actuelle de l’éducation (Larousse, 1988) sont les plus claires et compréhensibles
- L’UNESCO définit la culture dans la conférence mondiale sur les politiques
culturelles tenue à Mexico en aỏt 1982 de cette manière-ci: «La culture, dans son sens
le plus large, est considérée comme l'ensemble des traits distinctifs, spirituels et matériels, intellectuels et affectifs, qui caractérisent une société ou un groupe social Elle englobe, outre les arts et les lettres, les modes de vie, les droits fondamentaux de l'être humain, les systèmes de valeurs, les traditions et les croyances.»
La culture est en fait un ensemble de normes et de valeurs, qu'un individu acquiert aux cours de sa vie et qui le font entrer dans la société, mais aussi dans des catégories et des groupes sociaux L'apprentissage de la culture se fait par la socialisation: en fait, c'est surtout par imitation parentale, lors de la petite enfance (ce que l'on appelle socialisation primaire), qui permet à moyen termes d'entrer dans la société et de connaỵtre la culture commune à un pays, une région donnée Une fois inséré dans la société, la socialisation secondaire commence, et l'individu se socialise
en fonction du groupe auquel il veut appartenir, en apprenant ses règles Une fois que l'individu a appris ses normes et valeurs, qu'il se sent comme appartenant à ce groupe et que les autres membres du groupe le reconnaissent comme membre, alors il en fait pleinement parti Il est intégré
- La culture, d'après le Dictionnaire actuel de l'éducation (Larousse, 1988), est
définies comme: «un ensemble de manières de voir, de sentir, de percevoir, de penser,
de s’exprimer, de réagir, des modes de vie, des croyances, des connaissances, des réalisations, des us et coutumes, des traditions, des institutions, des normes, des valeurs, des mœurs, des loisirs et des aspirations» Autrement dit, la culture est une
manière de résoudre les problèmes auxquels nous sommes confrontés Au total et
Trang 20surtout sur le plan anthropologique, la culture est l'ensemble des traits distinctifs caractérisant le mode de vie d'un groupe humain organisé, d'un peuple ou d'une société 1.3 Rapport entre la langue et la culture dans l’enseignement des langues étrangères
Après avoir donné des définitions de la langue et de la culture, nous trouvons que la relation entre la langue et la culture est étroite et que la culture joue un rôle très important dans le processus de l’enseignement et de l’apprentissage des langues étrangères
En effet, le concept de «langue-culture» fait référence aux travaux de R Galisson et L Porcher: «On a trop longtemps sacrifié la culture à la langue En effet, si
celle-ci est elle-même culture, elle est d’abord un moyen d’accès à la culture, pas une fin en soi Si tout paraît indiquer que la culture comble actuellement son retard sur
la langue et devient même l’élément moteur du couple langue-culture, l’influence de l’interculturel y est pour beaucoup: l’onde de choc provoquée par l’émergence de cette notion a ébranlé tous les acteurs du domaine.»
A l’origine du concept, ils ont voulu montrer le lien étroit entre la langue et la culture Ce sont d’ailleurs des recherches menées par des spécialistes du français langue étrangère qui ont permis de prendre conscience de l’importance de la culture maternelle, non seulement comme référence et mais aussi comme moyen d’entrer dans les cultures étrangères Vouloir séparer la culture de la langue provoque ce que R Galisson appelle le choc des cultures:
«L’observation des faits montre que la langue est un obstacle beaucoup moins insurmontable que la culture à l’acceptation de l’autre [ ] En bref, on ne devient pas raciste parce que la langue de l’étranger est différente de la nôtre, on devient raciste parce que sa culture nous choque, que sa façon d’être et de faire nous agresse dans
Trang 21nos attitudes et nos comportements propres.» Il est donc fondamental de prendre en
considération la culture en lien avec la langue
En 1952, Claude Lévi-Strauss a très bien situé ce problème lors d’une conférence réunissant linguistes et anthropologues à Bloomington (Indiana):
Pour définir convenablement les relations entre langage et culture, il faut, me semble-t-il, exclure d’emblée deux hypothèses L’une selon laquelle il ne pourrait y avoir aucune corrélation entre les deux ordres ; et l’hypothèse inverse d’une corrélation totale à tous les niveaux Dans le premier cas, nous serions confrontés à l’image d’un esprit humain inarticulé et morcelé, divisé en compartiments et en étages entre lesquels toute communication est impossible, situation bien étrange et sans rapport avec ce qu’on constate dans d’autres domaines de la vie psychique Mais si la correspondance entre la langue et la culture est absolue, les linguistes et les anthropologues s’en serait déjà aperçu, et nous ne serions pas ici pour en discuter Mon hypothèse de travail se réclame donc d’une position moyenne: certaines corrélations sont probablement décelables, entre certains aspects et à certains niveaux, et il s’agit pour nous de trouver quels sont ces aspects et ó sont ces niveaux
Certaines théories, considérées aujourd’hui comme parfaitement farfelues, ont pourtant été formulées, entre autres par Van Gineken qui suggère l’existence d’une corrélation entre les caractéristiques phonétiques d’une langue et des types de culture (tropicale/ arctique, paysanne/ urbaine)
L’intérêt pour la morphologie de la langue en tant que susceptible de révéler des corrélations avec des comportements et des attitudes culturelles, a engendré un certain nombre d’études dont les plus célèbres sont celles de Benjamin Lee Whorf Selon lui, l’influence de la langue sur la culture et les activités personnelles réside dans la façon dont elle organise constamment les données de la réalité et analyse les phénomènes Le monde est en grande partie construit inconsciemment à partir des habitudes
Trang 22linguistiques du groupe Whorf soutient que l’étude des catégories grammaticales d’une langue peut révéler la métaphysique d’un groupe culturel, c’est-à-dire la façon dont ce groupe organise et segmente l’expérience Ses études comparées de la langue
hopi et des langues SAE (Standard Average European) ont démontré qu’il existe un
lien, entre, d’une part, la façon dont les deux groupes de langues expriment le nombre,
le temps des verbes et désignent les objets physiques et, d’autre part, la façon dont les deux cultures conçoivent le temps, l’espace, la matière, la substance et la forme Il infère les conceptions culturelles à partir de l’analyse morphologique et confirme ensuite ses hypothèses par l’observation des comportements dans plusieurs domaines
de la culture Il conclut qu’il existe un lien entre une langue et une façon de penser qui elle-même influence le reste de la culture
Dans l’approche interculturelle, l’enseignement d’une langue est considéré comme une activité culturelle Ce fait exige la prise en considération d’éléments divers, notamment historiques, géographiques et ethniques Donc, l’apprentissage des langues n’est purement et simplement qu’un moyen de déceler les différences dans les formes
de réflexion et la diversité dans la vision des aspects socioculturels C’est un processus multifonctionnel Il permet non seulement de découvrir une langue et sa culture mais également d’intégrer les différences dans les formes Le besoin fondamental d’un apprenant d’une langue étrangère est de connaître la culture véhiculée par cette langue
La connaissance de la culture est nécessaire à l’apprentissage de la langue, comme la connaissance de cette dernière est nécessaire à l’accès à la culture C’est grâce à ce lien interculturel que les apprenants réalisent l’altérité comme une ouverture sur soi et sur autrui
La culture est entièrement symbolique Elle se définit comme un ensemble très complexe de représentations organisées par un code de relations et de valeurs, traditions, religions, lois, politique, éthique, arts, qui imprègne l’homme dans sa
Trang 23conscience la plus profonde et dirige son comportement dans toutes les formes de son activité Qu’est-ce donc sinon un univers de symboles intégrés en une structure spécifique et que le langage manifeste et transmet? Par la langue, l’homme assimile la culture, la perpétue ou la transforme Or chaque langue, chaque culture mettent en
œuvre un appareil spécifique de symboles en lequel s’identifie chaque société «La
diversité des langues, la diversité des cultures, leurs changements font apparaître la nature conventionnelle du symbolisme qui les articule C’est en définitive le symbole qui noue ce lien vivant entre l’homme, la langue et sa culture.» (Benveniste E., 1966)
1.4 Définition de l’interculturel et de l’approche interculturelle dans l’enseignement des langues étrangères
1.4.1 Interculturel
L’interculturel a la source française, dans le contexte des migrations des années
1970 Le mot «interculturel» se compose de «inter» et «culturel» qui viennent des latins, signifient «entre» et «culture» Il s’agit des rapports ou contacts entre plusieurs
cultures ou groupes de personnes de cultures différentes, leurs points communs, leurs interactions, leurs échanges, leurs relations, etc
L’interculturel est une façon permettant d’analyser la diversité culturelle à partir des processus et des dynamiques selon une logique relevant de la variation et de la complexité Il est considéré comme une construction ouvrant à la compréhension des problèmes sociaux et éducatifs dans leur rapport avec la diversité culturelle
En 1986, Dasen et Jahoda définissaient l’interculturel comme étant
«essentiellement une perspective qui prend la culture au sérieux» De même, lors de la
fondation de l’Association pour la recherche interculturelle (ARIC) en 1984, une définition large a été retenue, basée entre autres sur celle de l’UNESCO Dans l’introduction des actes du premier congrès de l’ARIC, Dasen et Retschitzki (1989) présentaient la recherche interculturelle de la façon suivante:
Trang 24On peut distinguer deux approches complémentaires dans la recherche
interculturelle Premièrement, l’étude de la diversité culturelle, avec ou sans
comparaison explicite entre les cultures, permet de mieux comprendre l’ensemble des
sociétés humaines, et par le miroir de l’altérité, de mieux comprendre sa propre société Dans les sciences humaines, une méthode comparative permet de remettre en question des théories établies dans un contexte particulier, mais trop souvent considérées a priori
comme universelles D’autre part, dans le monde actuel, les contacts entre groupes
culturels se multiplient, dans des situations et pour des raisons forts diverses Une
grande partie de la recherche interculturelle porte sur l’ensemble des phénomènes liés à ces contacts
En bref, pour reprendre la définition que l’UNESCO (1984) a choisie, les institutions actives dans les études interculturelles, du point de vue académique, sont
celles impliquées soit dans la comparaison entre de différentes cultures (l’étude
comparative de phénomènes culturels), soit dans l’interaction entre les cultures (étude sur les processus d’interaction entre individus ou groupes relevant de différents enracinements culturels)
A partir de cet attendu, nous retiendrons ici trois types d’études:
- L’étude d’un phénomène à l’intérieur d’une seule culture, portant en particulier sur l’influence de la culture sur celui-ci, ou des interactions entre le phénomène en question et la culture;
- L’étude comparative d’un phénomène dans plusieurs cultures;
- L’étude des processus mis en jeu par la rencontre de personnes d’origines culturelles différentes, ou se réclamant de deux ou de plusieurs cultures
Ces trois types d’études correspondent partiellement à des approches disciplinaires différentes Le premier relève plus particulièrement de l’ethnologie (ou
Trang 25anthropologie culturelle) et parfois de la sociologie, et de ce qui est parfois appelé la
«psychologie culturelle» (Boesch, 1995; Krewer, 1993; Shweder, 1990), ou encore
l’approche dite «émique» en psychologie culturelle comparée (Martin, ce volume) Le
second type fait plutôt référence à la méthode comparée, considérée parfois comme fondamentale et indispensable, récusée par d’autres L’influence de la psychologie sociale est manifeste dans le troisième type de recherches, mais plusieurs chercheurs francophones ont préconisé la constitution d’une discipline autonome, centrée sur l’étude de l’inter-culturation (Camilleri, 1993; Clanet, 1986; 1990; Denoux, 1985, 1995) Ce débat sur l’autonomie de la discipline rejoint sur certains points celui qui a lieu dans les sciences de l’éducation elles-mêmes (Hofstetter&Schneuwly, 1998)
Selon Abdallah - Preitceille, citée par De Carlo (1998), «l’interculturel est une
construction susceptible de favoriser la compréhension des problèmes sociaux et éducatifs, en liaison avec la diversité culturelle Il se définit comme un choix pragmatique face au multiculturalisme qui caractérise les sociétés contemporaines C’est l’impossibilité de maintenir séparés des groupes qui vivent en contact constant qui entraîne la nécessité de construire des modalités de négociation et de médiation des espaces communs»
Selon lui, le préfixe «inter» du terme «interculturel» indique une mise en
relation et une prise en considération des interactions entre des groupes, des individus, des identités L’interculturel s’élargit et s’écarte du contexte des migrants à d’autres publics, notamment la classe de langue Tout ce que le contact des langues et des cultures peut engendre comme phénomènes peut s’inscrire dans le processus de
l’interculturel M.Abdallah Pretceille stipule: «Qui dit interculturel dit, s’il donne tout
son sens au préfixe inter: interaction, échange, décloisonnement Il dit aussi, en donnant son plein sens au terme culture: reconnaissance des valeurs, des modes de vie, des représentations symboliques auxquelles se réfèrent les êtres humains, individus et
Trang 26sociétés, dans leurs relations avec autrui et dans leur appréhension du monde; reconnaissance des interactions qui interviennent à la fois entre les multiples registres d’une même culture et entre les différentes cultures, et ceci, dans l’espace et dans le temps»
En réalité, l’interculturel au cours de l’enseignement et de l’apprentissage d’une langue étrangère vise à prendre conscience de l’ensemble des enjeux déclenchés lors
du contact des cultures Il s’agit de collationner la connaissance de la culture cible et l’activation de la culture source en vue de permettre à l’apprenant une ouverture à d’autres perspectives Elle vise aussi à agir sur les attitudes des apprenants en dépassant les représentations erronées par l’interaction et l’échange
1.4.2 Approche interculturelle
Dans le dictionnaire de la politique, l’approche interculturelle est définie comme
une forme d'ouverture qui implique un renoncement à l'ethnocentrisme Elle considère
que chaque pays, chaque peuple, chaque groupe humain possède une culture différente qui lui est propre et qu'il n'existe pas une culture, mais des cultures dont certaines coexistent et interagissent
L’apprentissage d’une langue est un processus qui n’est pas lié exclusivement
au contexte scolaire L’interculturel est reconnu comme une composante nécessaire de
la didactique des langues étrangères; en particulier du FLE
L’approche interculturelle occupe aujourd’hui une place reconnue dans l’un grand nombre de travaux faits par les didacticiens En effet, en mettant au centre de la réflexion de la question de la réussite ou de l’échec de la communication entre des aspects plus sensibles à la variation culturelle au niveau linguistique, pragmatique et interactionnel, il ne suffit pas de bien maîtriser le système d’une langue étrangère pour bien communiquer dans cette langue Nous savons par ailleurs que les difficultés de communication que rencontrent les gens de cultures différentes sont moins souvent des
Trang 27problèmes d’incompréhension liés aux processus référentiels qui sont en général facilement élucidés
L’apprentissage d’une langue étrangère implique l’appropriation de certains traits culturels En conséquence, les valeurs culturelles transmises par cette langue vont influencer les connaissances déjà acquises par l’apprenant La classe de langue est le lieu privilégié pour l’interaction des cultures en présence, les échanges entre les apprenants leur permettent de s’enrichir culturellement et de découvrir par le biais de la langue enseignée d’autres phénomènes culturels Enseigner une langue-culture étrangère, c’est permettre aux apprenants de connaître de nouveaux systèmes de signification et les valeurs qui s’y rattachent en leur fournissant l’occasion d’acquérir
de nouvelles compétences, et de réfléchir sur leur propre système culturel
1.4.3 Objectif et place de l’approche interculturelle dans l’enseignement des langues étrangères
Les pratiques culturelles ou interculturelles ne sont pas toujours favorisées par les contraintes du système éducatif Elles sont limitées aux échanges scolaires, qui donnent la possibilité aux apprenants aussi de pratiquer la communication interculturelle Dans un contexte scolaire, l’apprenant est devenu «un voyageur» et qu’il peut avoir des expériences culturelles ou pluriculturelles en dehors de l’école, même sans se déplacer, dans sa ville, dans son quartier Par conséquent, la perspective interculturelle qui se définit comme une formation à l’observation des différences, à la compréhension, à l’interprétation et à la relativisation des données culturelles
Selon Abdallah-Pretceille (1996), «le but d’une approche interculturelle n’est ni
d’identifier autrui en l’enfermant dans un réseau de significations, ni d’établir une série de comparaisons sur la base d’une échelle ethno-centrée Méthodologiquement, l’accent doit être mis davantage sur les rapports que “je” (individuel ou collectif) entretient avec autrui que sur autrui proprement dit Ainsi, dans cette perspective,
Trang 28l’altérité n’est plus un phénomène objectif qu’il s’agirait de décrire mais se présente comme un rapport dynamique entre deux entités qui se donnent mutuellement»
L’approche interculturelle offre aujourd’hui une réponse possible au défi lancé
par les nouveaux scénarios socioculturels Selon le Conseil de l’Europe, «L’emploi du
mot interculturel implique nécessairement, si on attribue au préfixe «inter» sa pleine signification, interaction, échange, élimination des barrières, réciprocité et véritable solidarité Si au terme culture, on reconnaît toute sa valeur, cela implique reconnaissance des valeurs, des modes de vie et des représentations symboliques auxquelles les être humains, tant les individus que les sociétés, se réfèrent dans les relations avec les autres et dans la conception du monde» Le point de départ doit donc
être l’identité de l’élève: par la découverte de sa culture maternelle, il sera amené à comprendre les mécanismes d’appartenance à toute culture Plus il aura conscience des critères implicites de classement de sa propre culture, plus il sera capable d’objectiver les principes implicites de division du monde de la culture étrangère L’objectif n’est donc pas uniquement pragmatique - offrir aux apprenants les moyens pour organiser leur discours de façon cohérente et interagir avec des étrangers, il est aussi et surtout formatif, à savoir développer un sentiment de relativité de ses propres certitudes, qui aide l’élève à supporter l’ambiguïté de situations et de concepts appartenant à une culture différente
La classe de langue doit être un véritable laboratoire d’échanges interculturels
Il s’agit d’encourager la coopération entre les formateurs, instituteurs, enseignants et apprenants et de créer les conditions qui favorisent le rapprochement entre les cultures
Le contact d’un locuteur avec une culture autre que la sienne par le truchement de la langue peut le conduire à une relativisation de ses propres pratiques sociales, de ses convictions et de ses croyances Dans cette approche, il est important de dépasser et non d’abandonner son système référentiel pour se mettre à la place de l’autre Le
Trang 29travail de la démarche interculturelle consiste essentiellement à aider les apprenants à s’approprier et à saisir les traits culturels qui permettent l’accès à l’univers de l’autre à savoir, l’histoire, les modes de pensée, les symboles et les valeurs Une fois entraînés à ces éléments, ils peuvent revenir à leur propre culture, enrichis par le changement et l’expérience
Cette approche aspire à habituer l’apprenant à passer d’un univers à l’autre, à regarder avec une optique différente, à provoquer des isomorphismes cognitifs et émotifs, pour comprendre comment pensent et sentent les autres, pour revenir ensuite dans sa propre culture, en ayant mieux conscience de la réalité de ses propres racines culturelles La formation à l’interculturel ne se réalise ni par une simple transmission
de connaissances ni par mimétisme de comportements, mais par l’exercice et l’expérience La compréhension des points de vue différents et leur rapprochement ont toujours constitué des finalités proclamées dans cette formation Par ailleurs, l’interculturel se présente comme une démarche qui tout en agissant sur la conscience
de l’individu, son image de soi et de l’autre, tente de développer chez lui la capacité de relativiser ses valeurs qui lui dictent tout comportement en situation de communication
ou d’apprentissage Le Cadre Européen souligne ainsi un des objectifs de cette démarche:
«Dans une approche interculturelle, un objectif essentiel de l’enseignement des langues est de favoriser le développement harmonieux de la personnalité de l’apprenant et de son identité en réponse à l’expérience enrichissante de l’altérité en matière de langue et de culture.»
Initier l’apprenant à la tolérance et à l’acceptation de l’autre et à la diversité linguistique et culturelle c’est lui donner la chance de vivre l’interculturel et de s’épanouir socialement et intellectuellement
Trang 301.4.4 Méthodes d’enseignement/ apprentissage de l’interculturel, modèle de référence
1.4.4.1 Chez Galisson
Galisson considère que la culture partagée sédimente dans certains mots qu’il nomme mots à charge culturelle partagée (mot à C.C.P.) Selon lui, ces mots à C.C.P
sont comme des «lieux de pénétration privilégiés pour certains contenus qui s’y
déposent», qui se chargent «d’implicites culturels qui fonctionnent comme des signes
de reconnaissance et de complicité et reçoivent ainsi une sorte de «Valeurs ajoutée» à
la signification du mot» (1987)
Il a classé trois sortes de mot à C.C.P.:
- Ceux dont la «C.C.P est le produit de jugements tout faits véhiculés par des locutions figurées» ; c’est le cas de celles qui prête qualités et défauts à tel ou tel animal (ex: «fort comme un bœuf», «sale comme un cochon», etc.) ou de celles qui désignent des «inanimés culturels» (ex: sourd comme un pot», «dur comme une pierre», etc.):
- Ceux dont «la C.C.P résulte de l’association automatique d’un lieu à un produit spécifique» (ex: la moutarde de Dijon, les nougats et Montélimar, etc.)
- Ceux dont «la C.C.P est la coutume évoquée par le mot»; c’est le cas des idées associées aux fêtes et à certaines cérémonies (ex: Noël évoque le sapin, la
D’après lui, la culture partagée qui est acquise par les natifs peut faire l’objet d’un apprentissage de la part des étrangers et propose donc l’apprentissage basé sur la découverte des mots à C.C.P Il souhaite la mise au point d’un dictionnaire reprenant les plus courants de ces mots, qui constituerait un outil indispensable pour l’apprentissage de la charge culturelle partagée
Trang 311.4.4.2 Chez Zarate
Les représentations sociales construisent les limites entre le groupe d’appartenance et les autres Partager des représentations, c’est manifester son adhésion à un groupe, affirmer un lien social et contribuer à son renforcement On peut
dire que «Les représentations participent d’un processus de définition d’identité
sociale» (Zarate, 1990 : 30) Toute représentation relève d’une démarche identitaire et
les représentations de l’étranger constituent une des voies les plus accessibles pour
réfléchir sur le fonctionnement de son identité: «A l’instar de toutes les autres formes
de représentation, les représentations de l’étranger renvoient à l’identité du groupe qui les produits.»
Zarate propose d’accorder une place aux représentations des natifs de cette culture tout en introduisant dans la description les représentations locales de la culture
étrangère et elle souligne que «les représentations qu’une culture produit sur
elle-même constituent un élément indispensable à la description des faits sociaux en permettant le repérage des enjeux internes à un groupe social donné et l’identification
de la place occupée et revendiquée dans l’espace social ó se groupe inscrit ses intérêts»
Contrairement à la description scolaire qui opère la plupart du temps un travail
de simplification de la réalité sociale en valorisant le recours à une hiérarchisation unique et implicite de ses contenus, la description articulée sur les représentations du natif et celle de l’étranger crée un nouveau modèle qui repose à la fois sur la
juxtaposition des représentations sociales et sur leur mise en relation: «Comprendre
une réalité étrangère, c’est expliciter les classements propres à chaque groupe et identifier les principes distinctifs d’un groupe par rapport à un autre» Par rapport à la
méthodologie traditionnelle dont la conception est celle du «Dossier de civilisation»,
cette mise en relation des représentations du natif et de l’étranger correspond à la