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Étude comparative de l’acte de compliment en français et en vietnamien sur le réseau social facebook

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RÉSUMÉ Nous avons réalisé une étude comparative de l’acte de compliment en français et en vietnamien sur le réseau social Facebook.. Nous avons donc relevé des ressemblances ainsi que de

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UNIVERSITÉ NATIONALE DE HANỌ UNIVERSITÉ DE LANGUES ET D’ÉTUDES INTERNATIONALES

NGHIÊN CỨU SO SÁNH VỀ HÀNH VI LỜI KHEN TRONG TIẾNG PHÁP VÀ TRONG TIẾNG VIỆT

TRÊN MẠNG XÃ HỘI FACEBOOK

Master : Langue française Code : 60220203

Hanọ, 2016

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UNIVERSITÉ NATIONALE DE HANỌ UNIVERSITÉ DE LANGUES ET D’ÉTUDES INTERNATIONALES

NGHIÊN CỨU SO SÁNH VỀ HÀNH ĐỘNG LỜI KHEN TRONG TIẾNG PHÁP VÀ TRONG TIẾNG VIỆT

TRÊN MẠNG XÃ HỘI FACEBOOK

Master : Langue française Code : 60220203 Directeur de mémoire : M.Pr.Dr Trịnh Đức Thái

Hanọ, 2016

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ATTESTATION SUR L’HONNEUR

Nous attestons sur l’honneur que ce mémoire a été réalisé par nous-même et que les données ainsi que les résultats qui y sont présentés sont exacts et n’ont jamais été publiés ailleurs

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REMERCIEMENTS

Je tiens tout d'abord à remercier sincèrement Monsieur le Professeur TRINH Duc Thai qui a accepté de diriger mon mémoire de master et a suivi de très près mon travail en m’accordant des encouragements, suggestions et critiques utiles

Que soient également remerciés ici à tous mes collègues au Département de Langue et de Culture françaises de l'Université de Langues et d'Etudes Internationales qui ont bien voulu répondre longuement aux demandes que je leur ai adressées pour réaliser cette étude

Je témoigne enfin toute ma reconnaissance à ma famille et à mes amis pour leur soutien dans mes choix et leur attention sans faille dès les débuts de mon travail

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RÉSUMÉ

Nous avons réalisé une étude comparative de l’acte de compliment en français et en vietnamien sur le réseau social Facebook Nous avons tout d’abord rappelé les problèmes théoriques relatifs à l’étude Ensuite, nous avons construit un corpus de 100 compliments en français et 100 compliments vietnamiens trouvés sur Facebook Nous avons fait des statistiques et retiré des remarques Nous avons constaté des façons de complimenter très typiques sur Facebook De plus, nous avons comparé les compliments en français et en vietnamien sur Facebook sous différents aspects : thème, formulation, manifestation linguistique Nous avons donc relevé des ressemblances ainsi que des différences dans la réalisation des actes de compliment en français et en vietnamien sur Facebook Enfin, nous avons essayé d’expliquer ces résultats par des connaissances sociales, culturelles, linguistiques…

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TABLE DES MATIÈRES

ATTESTATION SUR L’HONNEUR i

REMERCIEMENTS ii

RÉSUMÉ iii

INTRODUCTION 1

CHAPITRE 1 : CADRE THÉORIQUE 5

1 Acte de langage 5

1.1 Conceptions des actes de langage 5

1.1.1 Conception des actes de langage d’Austin 5

1.1.2 Conception des actes de langage de J.R Searle 6

1.1.3 Conception des actes de langage de Catherine Kerbrat-Orecchioni 8

1.2.Formulations des actes de langage 8

1.2.1 Formulation directe 8

1.2.2 Formulation indirecte 9

1.3 Facteurs d’influence des actes de langage 10

1.3.1 Contexte 10

1.3.2 Relations interpersonnelles 12

1.3.3 Politesse 15

2 Acte de compliment 19

2.1 Définitions 19

2.1.1 Définitions dans les dictionnaires 19

2.1.2 Définitions des linguistes 20

2.2 Classification 21

2.3 Thème du compliment 23

2.4 Cadre spatio-temporel d’un compliment 23

2.4.1 Lieu 23

2.4.2 Moment 24

2.5 Nature de la relation interpersonnelle dans le compliment 25

2.6 Structure de l’échange complimenteur en France 26

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2.6.1 Intervention initiative 26

2.6.2 Intervention réactive 28

2.7 Structure de l’échange complimenteur au Vietnam 33

2.7.1 Intervention initiative 33

2.7.2 Intervention réactive 36

3 Réseau social Facebook 38

3.1 Qu’est-ce que le réseau social ? 38

3.1.1 Définition 38

3.1.2 Comment ça marche 38

3.1.3 Avantages 39

3.1.4 Réseaux sociaux sur Internet 39

3.2 Qu’est-ce que Facebook ? 40

3.2.1 Définition 40

3.2.2 Usages 40

BILAN DU PREMIER CHAPITRE 43

CHAPITRE 2 : ACTE DE COMPLIMENT EN FRANÇAIS ET EN VIETNAMIEN SUR LE RÉSEAU SOCIAL FACEBOOK À TRAVERS LE CORPUS 44

1 Présentation du corpus 44

2 Analyse du corpus 44

2.1 Façons typiques de complimenter sur Facebook 44

2.1.1 Bouton « J’aime » 44

2.1.2 Émoticônes 46

2.2 Type de compliment 52

2.3 Thème du compliment 53

2.3.1 Statistiques et remarques 53

2.3.2 Explication 57

2.4 Implicite ou explicite 61

2.4.1 Statistiques et remarques 61

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2.4.2 Explication 62

2.5 Manifestations linguistiques 62

2.5.1 Adjectifs 62

2.5.2 Adverbes d’intensité 63

2.5.3 Figures de style 64

2.5.4 Gros mots 66

2.5.5 Onomatopées 67

2.5.6 Formes de phrase 68

2.5.7 Adjectifs possessifs 71

2.5.8 Argots 71

BILAN DU DEUXIÈME CHAPITRE 77

CONCLUSION 78

BIBLIOGRAPHIE 80 ANNEXES……… I

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INTRODUCTION

1 Problématique

Les connaissances de l’interculturalité nous semblent indispensables dans l’ère

de la mondialisation de l’économie, de la mobilité croissante des personnes, de la circulation des biens, des services et de l’information Alors, nous souhaitons faire une recherche dans ce domaine pour, tout d’abord, mieux comprendre les difficultés

de la diversité culturelle et mieux agir dans notre monde interculturel

Et puis, la France et le Vietnam coopèrent actuellement dans de différents domaines et le feront davantage dans le futur Dans ce contexte, le rôle de la communication langagière entre les gens des deux pays, de deux cultures se révèle extrêmement important Or leur interaction communicative se heurte souvent, malgré leur compétence linguistique, à des obstacles parfois mystérieux que sont les divergences socio-culturelles Les chocs, les conflits culturels ou les blocages communicatifs se manifestent surtout dans les actes de communication spécifiques (salutation, compliment, excuse, invitation, requête…)

Ensuite, l’acte de compliment, qui existe dans toutes les langues et cultures, a attiré notre attention par sa variété de ses réalisations et sa richesse de ses implications sociales Pourtant, certains problèmes comme « Qu’est-ce qu’on complimente ? », « Comment complimente-t-on ? » varient sensiblement d’un pays

à l’autre, d’une culture à l’autre C’est pourquoi, une étude comparative de l’acte de compliment en France et au Vietnam est nécessaire pour avoir une communication interculturelle plus efficace

Mais pourquoi l’acte de compliment sur le réseau social Facebook? Parce que nombreuses études de l’échange complimenteur ont été menées en France et au Vietnam Cependant, à notre connaissance, il n’y a pas encore beaucoup d’études sur l’échange complimenteur sur le réseau social Facebook Or, le réseau social Facebook est de plus en plus utilisé, non seulement par les jeunes mais aussi par des personnes âgées, non seulement pour se détendre mais encore pour répondre au

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besoin du travail, des études De plus, l’acte de compliment sur le réseau social Facebook possède de nombreux points différents avec celui d’une conversation familière C’est pourquoi nous souhaitons faire une étude sur le compliment sur Facebook pour découvrir l’impact du compliment sur le réseau social Facebook sur

le langage familier

«Étude comparative de l’acte de compliment en français et en vietnamien sur

le réseau social Facebook » est donc un sujet de recherche intéressant Pourtant, il nous faut avoir des connaissances pluridisciplinaires et interculturelles pour bien étudier cette recherche, nous rencontrerons certainement beaucoup de difficultés en

la réalisant J'espère qu'en menant cette recherche, nous pourrons mieux comprendre

et mieux utiliser l’acte de compliment Nous souhaitons aussi que notre recherche puisse aider les habitants de deux pays à éviter des chocs culturels en réalisant des compliments

2 Questions de recherche

Dans le cadre de notre mémoire, nous allons chercher à répondre aux questions suivantes:

1 Quelles sont les façons de complimenter typiques sur Facebook ?

2 Quelles sont les ressemblances et les différences entre l’acte de compliment en français et celui en vietnamien sur le réseau social Facebook? Quels sont donc les malaises, malentendus voire chocs culturels possibles quand un Français et un Vietnamien se communiquent ?

3 Hypothèses de recherche

Nous avons donc formulé des hypothèses suivantes :

+ Sur Facebook, il y a le bouton « J’aime » et les émoticônes grâce auxquels les internautes peuvent créer de façons de complimenter très distinctives

+ Il existe des ressemblances ainsi que des différences entre l’acte de compliment en français et celui en vietnamien sur le réseau social Facebook Il

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existe donc des malaises, malentendus voire chocs culturels possibles quand un Français et un Vietnamien se communiquent

4 Méthodologie de recherche

Compte tenu de l’objectif et de la perspective comparative de notre étude, la méthode qui nous semble être la plus pertinente est la méthode descriptive avec ses propres démarches: la recherche documentaire, l'observation systématique, l'analyse

de contenu, l'analyse des résultats, l’étude historique, l'étude de cas, l'étude comparative

Tout d’abord, nous choisissons sur Facebook 100 compliments en français et

100 compliments en vietnamien Ensuite, nous les observons et faisons des statistiques Après avoir des données, nous donnons des remarques Nous relevons des façons de complimenter distinctives sur Facebook et nous comparons les actes

de compliments en français et en vietnamien Enfin nous essayons d’expliquer ces résultats par des connaissances sociales, culturelles, linguistiques…

5 Plan de la thèse

Notre thèse se composera de deux chapitres Le premier chapitre, "Cadre théorique", présente les problèmes théoriques relatifs à l’étude Il s'agira tout d’abord de rappeler les fondements théoriques de l’acte de langage tels que la notion, la classification selon différentes conceptions, la formulation des actes de langages et les facteurs d’influences (le contexte, la relation interpersonnelle, la politesse) Ensuite, ce chapitre nous permet d’avoir une vue comparative de l’échange complimenteur en France et au Vietnam en découvrant la définition, la classification, le thème, le cadre spatio-temporel et la structure de l’échange complimenteur en France et au Vietnam

Enfin, nous aborderons dans ce chapitre l’histoire, les caractéristiques, les thèmes de communication fréquents ainsi que des utilisateurs principaux du réseau social Facebook Le deuxième chapitre sera «Étude comparative de l’acte de compliment en français et en vietnamien sur le réseau social Facebook» Dans ce

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chapitre, nous présenterons tout d’abord le corpus Ensuite, nous analyserons le corpus en faisant des statistiques, des commentaires sur les points communs et les points différents entre l’échange complimenteur en français et celui en vietnamien sur le réseau social Facebook et puis nous relèverons des malaises, malentendus voire chocs culturels possibles quand un Français et un Vietnamien se communiquent Nous essayerons enfin d’expliquer ces différences par les connaissances linguistiques et les connaissances interculturelles

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CHAPITRE 1 : CADRE THÉORIQUE

1 Acte de langage

1.1 Conceptions des actes de langage

La pragmatique linguistique s’est développée à partir de la théorie des actes de langage Selon cette théorie, la fonction du langage n'est pas essentiellement de décrire le monde, mais aussi d'accomplir des actions

L'initiateur de cette théorie est le philosophe britannique Austin dans son ouvrage : How to do things with words (1962), elle est développée par J.-R.Searle

dans deux ouvrages Les Actes de Langage (1972), et Sens et expression (1982)

1.1.1 Conception des actes de langage d’Austin

1.1.1.1 Notion

La théorie des actes de langage s'oppose à la conception descriptive du langage selon laquelle la fonction première du langage est de décrire la réalité et que les énoncés déclaratifs sont toujours vrais ou faux Austin défend l'idée que la fonction

du langage est aussi d'agir sur la réalité et que les énoncés déclaratifs ne sont ni vrais ni faux, mais réussis ou non Austin distingue les énoncés constatifs et les énoncés performatifs Les premiers décrivent le monde (ex: le soleil brille.) et les derniers accomplissent une action (ex: je te promets que je viendrai.) Les constatifs sont vrais ou faux (le soleil brille ou non), les performatifs sont réussis ou non Si l'énoncé s'adresse à quelqu'un et si l'énoncé est compris du récepteur, l’énoncé performatif est réussi Par exemple dire « je ne suis pas content » en étant en colère

ou bien en riant

1.1.1.2 Typologies des actes de langage

À l'examen, Austin trouve qu'il est difficile de distinguer clairement constatifs

et performatifs En effet, un énoncé peut être implicitement performatif Par exemple : je viendrai demain

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En outre, un énoncé constatif correspond souvent à un acte de langage implicite: l'assertion

Par exemple : je dis la vérité

Alors pour Austin, l'énonciation est le résultat de trois activités complémentaires :

l'acte locutoire (= que dit-il ?) : production d'une suite de sons qui a un sens

dans une langue

l'acte illocutoire (que fait-il ?) : production d'un énoncé auquel est attaché

conventionnellement une certaine « force » (déclarer, promettre, s'engager…)

l'acte perlocutoire (pour quoi faire ?) : cet acte sort du cadre linguistique

L'énoncé provoque des effets (perturbations, changements) dans la situation de communication

Il y donc des remarques suivantes :

À chaque niveau, l'acte peut être direct ou dérivé

Locutoire : sens littéral→ sens dérivé Ex : j'ai mal au coeur = estomac

Illocutoire : acte primitif → acte dérivé Ex il fait chaud ici = requête pour ouvrir

la fenêtre

Perlocutoire : la dérivation dépend de l'interprétation qu'en fait le destinataire L'énoncé est réussi si le destinataire comprend l'intention conventionnellement associée à son énonciation Pour atteindre cette réussite, le destinataire peut recourir aux marqueurs non ambigus (univoques), de l'intonation et du contexte À l'inverse, l'émetteur - pour réussir - doit se soumettre aux lois du discours que l'on peut résumer ainsi : « n'importe qui ne peut pas dire n'importe quoi, en n'importe quelles circonstances » quand je dis que le soleil brille

1.1.2 Conception des actes de langage de J.R Searle

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Le philosophe américain J.R Searle a affirmé dans son ouvrage intitulé Speech acts, paru en 1969 que: tout d’abord, parler une langue, c’est réaliser des actes de langage Ensuite, ces actes sont en général rendus possibles par l’évidence de certaines règles régissant l’emploi des éléments linguistiques, et c’est conformément

à ces règles qu’ils se réalisent D’après lui, l’énoncé linguistique fonctionne comme

un acte particulier (ordre, question, promesse, etc), qui produit un certain effet et entraine une certaine modification de la situation interlocutive Il distingue :

+ Les actes de langage ou les actes illocutoires, qui correspondent aux différentes actions peuvent être accomplis par des moyens langagiers Le fonctionnement de ces actes est réagi par des règles de la langue

+ Les forces illocutoires, qui correspondent à la composante, dans un énoncé, permettant à cet énoncé de fonctionner comme un acte particulier

Ensuite , dans Sens et expression (1982), il distingue cinq catégories générales d’actes illocutoires sur la base du but illocutoire et aussi de la direction d’ajustement entre les mots et le monde, ce sont : les assertifs, les directifs, les promissifs, les expressifs, les déclarations

Les assertifs : Ils ont pour but « d’engager la responsabilité du locuteur (à des

degrés divers) sur l’existence d’un état de chose, sur la vérité de la proposition exprimée » Et leur direction d’ajustement va des mots au monde

Les directifs : Leur but consiste « dans le fait qu’ils constituent des tentatives

de la part du locuteur de faire faire quelque chose par l’auditeur » ; tentatives qui peuvent être « très modestes » ou au contraire très « ardentes » selon l’axe du degré d’intensité de la présentation du but

Les promissifs : Ce sont des actes « dont le but est d’obliger le locuteur (ici

aussi, à degrés variés) à adopter une certaine conduite future »

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Les expressifs : Ils sont définis comme ayant pour bit « d’exprimer l’état

psychologique spécifié dans la condition de sincérité, vis-à-vis d’un état de choses spécifié dans le contenu propositionnel »

Les déclarations : L’accomplissement réussi de l’un de ses membres garantit

que le contenu correspond au monde

1.1.3 Conception des actes de langage de Catherine Kerbrat-Orecchioni

Les actes de langage sont apparus dans la théorie classique des speech acts d’une façon abstraite et isolée, ils détachent de leur contexte d’actualisation Pourtant, en réalité, les actes de langage fonctionnent en contexte et à l’intérieur d’une séquence d’actes C’est aussi l’objectif d’une discipline plus récente, la pragmatique des interactions verbales qui se fixe comme « objectif de dégager les règles et principes qui sous-tendent le fonctionnement des conversations, et plus généralement, des différents types d’échanges communicatifs qui s’observent dans

la vie quotidienne »

En général, les actes de langage ou actes illocutoires, qui correspondent aux différentes actions que l’on peut accomplir par des moyens langagiers Le fonctionnement de ces actes est régi par des règles de la langue

Selon C.Kerbrat-Orecchioni, l’acte de langage est l’unité minimale de la conversation C’est aussi une suite linguistique dotée d’une certaine valeur illocutoire (ou force illocutoire) et c’est encore une séquence qui prétend opérer sur

le destinataire un certain type de transformation

1.2 Formulations des actes de langage

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L’énoncé tel que « Je promets » est considéré comme l’énoncé performatif parce qu’on ne peut pas dire « Je promets » sans promettre, et cet énoncé est aussi considéré comme l’acte accompli puisqu’il dit explicitement qu’il est une promesse

À l’issue du problème ci-dessus, C.Kerbrat-Orecchioni (2001:36) remarque:

« Les formulations performatives sont donc les plus claires auquelles le locuteur puisse recouvrir pour spécifier le statut pragmatique de l’énoncé qu’il produit Mais ces formulations n’existent pas pour tous les actes de langage et elles sont d’un usage relativement rare »

1.2.1.2 Formes de phrase

A la différence des expressions performatives, les énoncés : « Pars ! » et «

Es-tu parti ? » peuvent marquer l’acte correspondant, sans le dénommer explicitement

Les quatre formes de phrase (déclarative, interrogative, impérative et exclamative) sont polysémiques :

« Je viendrai », énoncé déclaratif, peut correspondre selon les cas à une menace, un avertissement, etc

« Pars tout de suite », énoncé à l’impératif, peut correspondre selon les cas à

un ordre, un conseil, une exhortation, une supplication

« Tu peux venir ? » énoncé interrogatif, peut correspondre selon les cas à une question, une invitation

« Que tu es belle ! » énoncé exclamatif, peut correspondre selon les cas à un compliment ou une demande

1.2.2 Formulation indirecte

L’acte de langage indirect est un acte illocutoire accompli indirectement par l’accomplissement un autre En effet, quand on dit quelque chose, c’est qu’on fait une chose sous les apparences d’une autre

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Il existe deux types de formulations indirectes: formulation indirecte conventionnelle et formulation indirecte non conventionnelle

Comparons les deux énoncés suivants :

(1) Peux-tu fermer la porte ?

(2) La porte est ouverte

Tous les deux peuvent être interprétés comme « Ferme la porte ! », donc fonctionner comme une requête- indirecte, puisqu’elle s’exprime sous la forme d’une question en (1), et d’une assertion en (2)

La différence est de taille dans ces formulations :

En (1), si le récepteur répond par « oui » sans fermer la porte, en traitant l’énoncé comme une simple question, il sera considéré comme un provocateur ou comme une personne qui ne maitrise pas bien les règles de la langue française Cela veut dire que tous les Français considèrent cette tournure interrogative comme une requête : la valeur de requête y est conventionnelle

En (2) au contraire, le récepteur peut seulement répond à l’assertion en disant

« Moi j’aime bien que la porte soit ouverte », il n’est pas accusé de ne pas respecter les règles de la langue française : la valeur de requête est ici non conventionnelle

1.3 Facteurs d’influence des actes de langage

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à l’environnement extra langagier, c’est-à-dire aux éléments permanents qui constituent le cadre de production à l’énoncé total, synonyme de « situation » Ainsi

un certain nombre d’éléments sont constitutifs de la situation Selon lui, le cadre matériel caractérisé par ses coordonnées spatiales et temporelles, mais aussi généralement par sa définition sociale

Le contexte se compose des éléments suivants :

1.3.1.1 Site (cadre spatio-temporel)

a Cadre spatial

Selon Catherine Kerbrat-Orecchioni (1996 :16), le cadre spatial peut-être envisagé dans ses aspects purement physiques : quelles sont les caractéristiques du lieu ó se déroule l’interaction (lieu ouvert ou fermé, public ou privé ; appartement, magasin, restaurant, cabinet médical, salle de classe, palais de justice…), mais aussi sous l’angle de sa fonction sociale et institutionnelle (le palais de justice non plus comme bâtiment, mais comme lieu d’exercice de la fonction judiciaire)

1.3.1.2 But

Selon Jacques Cosnier (1987:59), le but est la raison d’existence du site Par exemple, on va au restaurant pour manger, au bureau de tabac pour acheter des cigarettes et des timbres…Le but de l’interaction, de l’acte de langage se localise quelque part entre le site (qui a une destination propre), et les participants (qui ont leurs propres objectifs)

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Une interaction comprend un but global de l’interaction et les buts plus ponctuels qui correspondent aux différentes actes de langage réalisés au cours de la rencontre

Dans la constitution d’une typologie des interactions, on distingue : les interactions à finalité externe (achat, obtention de renseignements, traitement médical) et les interactions non finalisées comme les conversations ó on parle pour parler et pour assurer la maintenance du lien social

1.3.1.3 Participants

Selon Danielle André-Larochebouvy (1984 :31), Professeur à l'Université de Paris III, toute interraction, verbale ou non, résulte de la mise en présence de deux

ou de plusieurs personnes désignées du terme de participants

Dans la conversation, tous les participants peuvent et doivent être à tour de rơle des locuteurs, même si la quantité et le volume des répliques sont différents pour chacun Alors qui a le droit de parler à qui dans quelles circonstances ? Toujours selon Danielle AndréLarochebouvy (1984:32), on peut considérer qu’un membre donné d’un groupe social se trouve pourvu de quatre type d’interlocuteurs :

-L’interlocuteur de plein droit désigne un participant à qui on peut toujours et

en toutes circonstances adresser la parole, même s’il n’a pas lui-même envie d’entrer en conversation Il s’agit des membres de la famille et des personnes qui constituent l’entourage intime

- L’intelocuteur légitime

- L’interlocuteur autorisé

- L’interlocuteur improbable

1.3.2 Relations interpersonnelles

1.3.2.1 Relations interpersonnelles: de quoi est-il question?

Ce terme désigne la nature du lien qui unit deux personnes : un couple, des amies, un père et sa fille, un frère et sa sœur Il est question d’interactions,

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d’échanges et de liens entre deux personnes Il s’agit donc de relations dyadiques même si ces échanges et ces rapports prennent le plus souvent place dans un univers social plus large

Selon Catherine Kerbrat-Orecchioni1 (1994 : 72), cette relation est envisageable sous trois angles essentiellement:

- La relation horizontale

- La relation verticale

- L’axe du consensus opposé au conflit

1.3.2.2 Relation horizontale

a Qu’est-ce que la relation horizontale

Cette dimension de la relation, selon Catherine Kerbrat-Orecchioni2, renvoie

au fait que dans l’interaction, les partenaires en présence peuvent se montrer plus ou moins “proches” ou “éloignés”, cette distance étant fonction:

(1) de leur degré de connaissance mutuelle

(2) de la nature du lien socio-affectif qui les unit

(3) de la nature de la situation communicative

b Les relationèmes horizontaux

b.1.Marqueurs non verbaux et paraverbaux

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b.2 Marqueurs verbaux

• Les termes d’adresse

• Les thèmes abordés

• Le niveau de langue

1.3.2.3 Relation verticale

a Qu’est-ce que la relation verticale ?

Selon Catherine Kerbrat-Orecchioni (1996 :45), en parlant de la relation verticale, on fait appel au « pouvoir », « hiérarchie », « domination », ou « rapport

de places » Cette dimension souligne que les partenaires en présence ne sont pas toujours égaux dans la conversation: l’un d’entre eux peut se trouver en position supérieure, dominante tandis que l’autre est inférieur, dominé

b Principaux taxèmes

b.1 Marqueurs non verbaux et paraverbaux

Selon Catherine Kerbrat-Orecchioni (1996 :46), il s’agit de :

• L’apparence physique des participants et leur tenue vestimentaire

• L’organisation de l’espace communicatif

• Les postures, le jeu des regards, certains comportements gestuels

mimo-• L’intensité vocale et le ton

b.2 Marqueurs verbaux

• Les formes de l’adresse

• L’organisation des tours de paroles

• L’organisation structurale de l’interaction

• Les actes de langage produits durant l’interaction

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1.3.2.4 Consensus vs conflit

Selon Kerbrat-Orecchioni (1994:82), pour garantir la poursuite d’une interaction, il vaut mieux toujours et partout avoir une certaine dose d’accord entre les interactants Pourtant, les exigences à ce sujet varient d’une sociétéà l’autre On peut donc supposer :

- Les cultures qui sont caractérisées par la recherche parmanente du consensus,

et l’évitement systématique des conflits

- Les cultures à éthos plus « confrontationnel » qui se montrent beaucoup plus tolérantes envers la communication conflituelle

1.3.3.1 Modèles de la politesse

a Modèle de la politesse de Brown et Levinson

Les travaux de Brown et Levinson se basent sur les notions de face et de territoire proposées par Goffman Des contraintes rituelles, des règles de politesse, sont donc mises en œuvre pour protéger la face des interlocuteurs La face est

définie, dans « Les rites d’interaction » par Goffman comme «la valeur sociale

positive qu'une personne revendique effectivement à travers la ligne d'action que les autres supposent qu'elle a adoptée au cours d’un contact particulier.» (Goffman, 1974:9)

En 1973, Goffman développe la notion de territoire qui est non seulement pour lui un territoire spatial mais aussi d’autres qui ne sont pas forcément spatiaux :

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l’espace personnel, la place, l’espace utile, le tour, l’enveloppe, le territoire de la possession, les réserves d’information, les domaines réservés de la conversation Tous ces territoires ont «un trait commun : leur variabilité socialement déterminée» (Goffman, 1973:54)

Suite à Goffman, Brown et Levinson ont distingué « la face négative » (les

possessions territoriales au sens plus large du terme : territoire corporel, spatial ou

temporel, bien matériel ou savoirs, secrets…) et « la face positive « (le narcissisme

de l'individu, l'ensemble des images valorisantes que les interactants construisent et tendent d'imposer d'eux-mêmes dans l'interaction )

Selon eux, dans toute interaction, constituent des menaces potentielles pour l'une et/ou l'autre de ces quatre faces Ce sont les actes menaçant pour les faces, titulés « Face Threatening Acts »(= FTA)

Dans cette perspective, les actes de langage se répartissent en quatre catégories:

1 Actes menaçants pour la face négative de celui qui les accomplit (par exemple : offres, promesses, etc.)

2 Actes menaçants pour la face positive de celui qui les accomplit (par exemple : aveux, auto-critiques, etc.)

3 Actes menaçants pour la face négative de celui qui les subit (par exemple : requêtes, questions personnelle, etc.)

4 Actes menaçants pour la face positive de celui qui les subit (par exemple : critiques, réfutations, etc.)

Puisque la plupart des actes sont potentiellement menaçant pour la ou les faces des interactants, chacun veut préserver ses faces (face want) : d’une part il essaie de défendre son territoire personnel, d’autre part il veut être reconnu et apprécié par les autres Le moyen permettant de résoudre la contradiction inhérente à la volonté des interlocuteurs de s'auto-préserver, d'un côté, et d'éviter de heurter les deux faces d'autrui, d’autre côté, est appelé par Goffman face work, terme traduit en français

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par travail de figuration (1974: 15) D’après Brown et Levinson, les participants y parviennent en mettant en œuvre diverses stratégies de politesse

Le modèle de Brown et Levinson est sans doute la base théorique fondamentale en matière de politesse linguistique Pourtant, la théorie de Brown et Levinson est considérée comme la excessivement négative qui les amène à n'envisager que l'existence d'actes menaçants pour la face C’est pourquoi, Kerbrat-Orecchioni a continué à étudier et à développer cette théorie avec sa notion «FFA»

b Modèle de la politesse de Kerbrat-Orecchioni

Kerbrat-Orecchioni a remarqué qu’à côté des FTAs, il exsite des actes de langage susceptibles de valoriser les faces tels que l’invitation, le compliment, le remerciement… Ces actes sont appelées FFA - "Face Flattering Actes" C’est à

partir de cette notion que Kerbrat-Orecchioni a lancé la définition de « politesse

négative » et « politesse positive » La politesse négative est de nature

absentionniste ou compensatoire : elle vise à éviter de commettre un FTA ou à en adoucir l’effet La politesse positive est de nature productionniste : elle consiste à produire de temps en temps des FFA et les renforcer ou les hyperboliser

Dans cette perspective, Kerbrat-Orecchioni a défini la politesse comme suit : «

La politesse est un système de règles de comportement visant à ménager (politesse négative) ou à valoriser (politesse positive) les faces d’autrui sans attenter aux siennes propres »

1.3.3.2 Manifestations linguistiques de la politesse positive

Si les FTA ont généralement tendance à être minimisés dans leur verbalisation, les anti-FTAs se prêtent au contraire volontiers à la formulation intensive

Ainsi le remerciement s’exprime-t-il souvent sur un mode superlatif : « Merci beaucoup/ mille fois/ infiniment » La séquence « Merci un peu » peut être considérée comme agrammaticale

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Les locuteurs semblent à adoucir la formulation des actes menaçants et à renforcer celle des actes valorisants, autrement dit litoliser des énoncés impolis et hyperboliser des énoncés polis

Par exemple, à table, dès lorsqu’on en présence de l’auteur du plat en question,

on formule souvent son appréciation selon le schéma suivant :

+ appréciation positive : « C’est vraiment délicieux ce plat ! »

+ appréciation négative : « c’est un tout petit salé pour mon gỏt »

1.3.3.3 Universalité de la politesse

Selon Catherine Kerbrat-Orecchioni3, la politesse est un phénomène universel, dans toutes les sociétés humaines, on constate l’existence de procédés de politesse qui permettent de maintenir entre les interactants un minimum d’harmonie, malgré les risques de conflits inhérents à toute interaction- il importe en effet de rappeler, à

la suite de Goffman4, que la notion de politesse est logiquement indissociable de l’idée d’une fragilité intrinsèque des interactions, et d’une vulnérabilitéconstitutive des interactants : c’est dans la mesure ó l’on admet que toute rencontre sociale est

"risquée" pour les acteurs qui s’y trouvent engagés (risque pour eux de se sentir menacés, embarrassés ou humiliés) que l’on doit corrélativement admettre l’universelle nécessité de cesmécanismes compensatoires que sont les rituels de politesse La politesse est un phénomène universelle, comme est universelle l’importance attachée au territoire, et à la face, dans les relations interpersonnelles Mais en même temps, la politesse n’est pas universelle, dans la mesure ó ses formes et ses conditions d’application (qui doit être poli, envers qui, et de quelle manière, dans telle ou tellecirconstance et situation communicative ?) varient sensiblement d’une société à l’autre Autrement dit, ce sont les règles de la politesse

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qui ne sont pas universelles Elles modifient d’une société à l’autre- ainsi du reste qu’à l’intérieur d’une même société, selon l’âge, le sexe, l’origine sociale ou géographiques des interlocuteurs C’est pourquoi des études de l’interculturalité est très important dans notre monde interculturel

2 Acte de compliment

2.1 Définitions

2.1.1 Définitions dans les dictionnaires

Selon le dictionnaire Larousse (1996), le mot « compliment » porte deux significations :

(1) Paroles élogieuses ou affectueuses, que l’on adresse à quelqu’un pour le féliciter

(2) Petit discours adressé à une personne à l’occasion d’une fête, d’un anniversaire

Selon le Petit Robert (2014:275), le mot “compliment” porte les trois significations suivantes:

(1) Paroles louangeuses que l’on adresse à quelqu’un pour le féliciter Faire des compliments à quelqu’un Tous mes compliments pour votre réussite! Compliment sincère, hypocrite

(2) Paroles de politesse Je vous charge de mes paroles pour M.Martin (3) Petit discours adressé à qq1 pour lui faire honneur Réciter un compliment en vers

Après avoir bien observé ces deux définitions, nous remarquons que le compliment est considéré comme un “cadeau verbal” qui a le but de valoriser la

“face” positive du destinataire Il s’agit en fait du fait de faire plaisir à l’interlocuteur par une expression de sympathie, d’admiration favorable à son égard

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Dans le cadre de cette étude, nous allons aborder principalement le premier sens du mot compliment, ça signifie des paroles élogieuses, obligeantes et affectueuses qui font plaisir à l’interlocuteur

2.1.2 Définitions des linguistes

Selon Véronique Traverso (1996:89), le compliment est une intervention :

- Exprimant une évaluation positive

- Possédant une valeur illocutoire assertive

- Focalisée :

• Sur le destinataire

• Ou sur un objet dont il est responsable

• Ou sur une personne à laquelle il est lié et dont le mérite rejaillit sur lui d’une manière ou d’une autre

Le compliment est considéré, selon Catherine Kerbrat-Orecchioni (1994:202), comme :

- Toute assertion évaluative positive

- Portant sur une qualité ou une propriété de l’allocutaire A (un compliment, c’est une louange adressé à la personne conce)rnée

- Ou bien encore, sur une qualité ou propriété d’une personne plus ou moins étroitement lié à A

Selon Catherine Kerbrat-Orecchioni, le compliment s’oriente vers :

- les qualités intrisèques de l’allocutaire (ses yeux, son intelligence…)

Ex : T’as de beaux yeux

- des objet dont l’allocutaire possède par hasard ou par choix (sa maison, sa voiture, son intérieur, voire sa ville ou son pays)

Ex : C’est chic, votre sac à dos

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- des objets dont il est auteur (son article, son plat…)

Ex : Votre bouillabaisse est vraiment excellent

- les qualités et les biens, des êtres auxquels il est plus ou moins attaché

Ex : Ta copine, je la trouve adorable

2.2 Classification

En se basant sur différents critères, les compliments se distinguent de plusieurs façons :

2.2.1 Auto-compliment / Compliment orienté vers autrui

Dans le mémoire de fin d’études post-universitaires, Trần Phùng Kim affirme qu’en principe, on ne se complimente pas soi-même En vertu de la loi de la modestie, toute manisfestation trop obstensible des vanités n’est pas permise et les auto- compliments sont sérieusement stigmatisés Catherine Kerbrat-Orecchioni a expliqué ce phénomène par le principe de la « loi des fleurs » Selon elle, se prodiguer à soi-même des éloges, c’est en fait « se lancer des fleurs », et en transgressant la loi sans précaution, on risque de tomber dans une sanction sociale telle que le risque ou la réplique sarcastique Mais si on veut complimenter soi-même, la litote ou autre précation « ravalante » sont recommandés

Ex : « Dans la dernière partie je présenterai ce qui constitue…euh ma contribution la plus importante, entre guillemets »

Ou bien il vaut mieux atténuer les auto-compliments par l’hyperbolisation des compliments adressés à autrui :

Ex : « Quand j’écris de la fiction-enfin, quand on écrit de la fiction… »

Quant à des compliments orientés vers autrui, Holmes souligne que les filles tendent à s’entre-complimenter plus que les garçons en proposant les chiffres suivants :

Féminin- Féminin : 51,2 % de l’ensemble des énonces du corpus

Féminin- Masculin : 16,5 %

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(1) Les compliments justes, sincères et spécifiques

(2) Les compliments complètement faux dits par ignorance ou flatterie

(3) Les compliments vagues et trop généraux

2.2.3 Compliments directs et indirects

Selon Catherine Kerbrat-Orecchioni, on dira directs les compliments qui portent directement sur l’allocutaire A ( « Vous êtes charmante ») et indirects ceux qui portant sur une personne différente de A mais plus ou moins étroitement associée à A, viennent par ricochet affecter A (« Il est adorable votre gamin »)

2.2.4 Compliments explicites et implicites

Selon Catherine Kerbrat-Orecchioni (1994:206), un compliment est explicite dès lorsqu’il s’exprime par une formule performative, ou plus communément, par une assertion dans laquelle le jugement évaluatif est posée (« Comme tu es belle »),

et implicite lorsque ce jugement est présupposé :

« Salut beauté »

« C’est à vous ces beaux yeux-là ? »

Ou sous-entendu :

« Il en a de la chance votre mari »

2.2.4 Les compliments sollicités de ceux qui ne le sont pas (obstensiblement du moins)

«- Comment trouves-tu ma nouvelle robe ?

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-Très chic »

Selon Marandin, les informateurs hésitent à catégoriser « compliment » une évaluation positive donnée en réponse à une demande d’évaluation Selon Catherine Kerbrat-Orecchioni, les compliments sollicités : on n’a plus alors affaire à une intervention réactive- ne sont pas perçus comme d’authentiques compliments, ce qui prouve « a contrario » qu’un vrai compliment doit produire un effet de spontanéité

2.2.5 Compliments citationnels

Selon C Kerbrat-Orecchioni (1994:212), c’est le phénomène ó le locuteur rapporte à A des propos louangeurs tenus sur A par un énonciateur individuel ou collectif, identifié ou anonyme

Ex : Il paraỵt que c’est très intéressant ton séminaire

2.3 Thème du compliment

Les recherches interculturelles des linguistes font preuve que les thèmes des compliments varient selon la culture de chaque pays Selon Barnlund et Araki (1985), au Japon, les compliments les plus fréquents concernent les actes (31%), le travail et les études (19%) et l’apparence (19%), alors qu’aux États-Unis, ils sont massivement focalisés sur l’apparence (34%) et les traits personnels (33%)

Selon Trần Phùng Kim (2004), au Vietnam ó la qualité de vie s’améliore de plus en plus, on se réjouit du confort de la vie matérielle et de l’euphorie dans la vie morale, des compliments sur la façon de s’habiller, le gỏt du choix des ornement deviennent de plus en plus courants entre les femmes À propos du niveau d’instruction, les éloges portant sur la réussite professionnelle, la promotion, la compétence sont fréquents

2.4 Cadre spatio-temporel d’un compliment

2.4.1 Lieu

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Le lieu ó se produit le compliment est très varié : dans les famille ( au seuil

de la porte, à la table…), dans les établissements ( entre les collègues au bureau, entre les camarades à l’école…), dans les lieux publics comme : le cinéma, les boutiques, les magasins, les marchés, les supermarchés, le restaurant, le théâtre…

2.4.2 Moment

2.4.2.1 Ouverture

On obserse souvent les compliments à l’ouverture des conversations Ce phénomène s’explique par plusieurs raisons D’une part, le compliment fait plaisir à l’interlocuteur, alors si le complimenteur a une telle intention envers le complimenté Je pense par exemple au cas des commerçants qui veulent faire attention aux clients, veulent leur faire plaisir ou bien au cas ó le complimenteur voudrait demander de l’aide du complimenté D’autre part, cette fréquence peut s’expliquer soit par une découverte sur un changement quelconque chez son partenaire, soit par le besoin de renforcer la solidarité selon Trần Phùng Kim

2.4.2.2 Au cours de l’interaction

Les compliments peut se produire au cours de la conversation par exemple la conversation à table, le cadre d’une émission de variétés, une rencontre avec une personnalité connue pour le public

Par exemple : - Tu ne m’as rien dit sur ma nouvelle robe

- Elle est très jolie

- Trop tard ( corpus Trần Phùng Kim)

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Ex : J’ai eu une excellente soirée

2.5 Nature de la relation interpersonnelle dans le compliment

En cas de la relation horizontale, nous reprenons les conclusions de KerbratOrecchioni (1994 : 215) : «Les compliments manifestent une évidente prédilection pour la relation familière, en relation distante ils seront comme il se doit plus formels »

Quant à la relation verticale, selon Kerbrat-Orecchioni (1994), la relation de type égalitaire favorise la production et l’échange de compliments, surtout en France Ce phénomène peut s’expliquer par l’élément religieux selon lequel les êtres humains sont tous considérés comme enfant de Dieu et ils sont donc égaux face à Dieu

Ex : L1 : Je crois qu’on se connait

L2 : Alain !

L1 : Victor !

L2 : C’est extraordinaire

L1 : Finalement, tu n’as pas changé !

L2 : J’ai un peu vieilli (corpus de Kerbrat-Orecchioni (1994 :77))

En cas de la relation inégalitaire, on constate que les compliments circulent plutôt de « haut en bas », signifie la personne en position supérieure complimente celle en position inférieure Nous pensons par exemple aux compliments pour but d’encouragement :

Ex : Tu es la meilleure en nage libre, Amy On compte sur toi (Premier Amour, Callie West)

Au contraire, les compliments circulant de « bas en haut » semblent rares

Ex : J’ai très envie de lui renvoyer son sourire, accompagné d’un compliment sur

sa personne Je n’ose pas : elle est le chef (Robbe-Grillet, Djinn, 1985 :14)

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En fait, les compliments de type « de bas en haut » sont très rares dans les sociétés occidentales, notamment la société française Cependant, ils sont fréquents dans plusieurs sociétés orientales, telle que l’Inde, par exemple au cas ó la personne en position inférieure voudrait témoigner sa loyauté à l’égard de son supérieur en lui adressant des compliments sur ses mérites Tel est le cas de la société vietnamienne, surtout à l’époque ó le Confucianisme domine la vie spirituelle des habitants Le confucianisme souligne le rơle suprême du Roi De plus, cette morale dicte 5 relations cardinales dans la société : roi et sujet, père et fils, frère aỵné et frère cadet, mari et femme, ami et ami (plus jeune) Actuellement, malgré de grands changements de la société, le caractère hiérarchique détermine encore le mode de vie des Vietnamiens Cela s’exprime dans les proverbes :

« trên kính dưới nhường »( respecter les supérieurs, céder les inférieurs)

« cĩ trên cĩ dưới » ( respecter l’ordre : supérieur-inférieur)

Cette idée contribue à expliquer la production de type de « bas en haut » au Vietnam

2.6 Structure de l’échange complimenteur en France

Forme 1 : Tu + être + anxiologique positif ( +spécification)

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Toujours selon Traverso, cette forme semble être utilisée pour le compliment

le plus fort impliquant totalement le destinataire (l’intervention est focalisée sur la personne) :

T’es super avec tes cheveux courts !

Forme 2 : Ce X te va (très) bien

Ton (parfaitement) (à la perfection)

Ce compliment, qui est plus spécifique, n’implique pas totalement la personne

du destinataire mais seulement un élément de son apparence (focalisation faite sur

un objet) : Ce pull (ton pull) te va vraiment bien ; le rouge te va très bien

Forme 3 : Tu as un + axiologique + X

Tu as un joli pull

C’est aussi le cas dans les formules suivantes qu’ on peut associer à la même forme:

• Ton X + être + axiologique

Ton blouson est super

• Ce X (c’) + être + axiologique

C’est joli !

Forme 4 : J’aime bien (ton X)

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2.6.2 Intervention réactive

En admettant l’analyse de Pomerantz que le compliment comporte obligatoirement les deux composantes « assertion » et « cadeau », Véronique Traverso a évoqué que la réponse au compliment pourrait entraîner sur l’une ou l’autre de ces composantes, soit :

1) Enchaînement sur l’assertion : - accord

- désaccord 2) Enchaînement sur le cadeau : - acceptation

- rejet

2.6.2.1 Enchaînement sur l’assertion

a Accord

a.1 Accord explicite et minimisation de l’évaluation

Un accord explicite fait référence à un auto-compliment qui est, or, évité dans

la conversation Alors le complimenté tend à exprimer son accord par un mode atténué, autrement dit, selon Pomerantz un « scaled-down agreement » ( accord en quelque sorte dégradé) Pour exprimer l’accord tout en manifestant la modestie, plusieurs procédures sont utilisés

a.1.1 Accord explcite

Selon Kerbrat-Orecchioni (1994 :237), les réactions de ce type sont utilisées quand: • Elles sont éventuellements relevées par le complimenteur

Ex : Jaques Chancel : - « Cardinal Jean Daniélou, on a brossé plusieurs portraits de vous et j’ai retenu et j’ai retenu cette phrase : « Esprit pétillant, superbe intélligence, silhouette nerveuse aux cheveux en bataille… » Ça vous va ?

J.D – Je ne sais pas si ça me va, mais je crois que c’est assez vrai, assez objectif

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J.D – Là, vous manquez de modestie

J.D- Je vous l’accorde » ( Radioscopie I, Laffont 1970 : 44)

• Elles passeraient pour une provocation, ou pour le symptôme d’une mégalomanie pathologique

- Pierre, tu es un génie

- Ah, ça c’est bien vrai

a.1.2 Minimisation de l’évaluation

a.1.2.1 Atténuation

a.1.2.1.1 Pour exprimer l’atténuation, on peut remplacer un axiologique fort par une expression plus faible sur la même échelle évaluative

- C’est beau ton appartement

- C’est joli, hein ? Elle peut aussi s’effectuer par le changement du registre de l’axiologique

- Il est super ton manteau

- Il est marrant hein ( corpus Traverso)

a.1.2.1.2 Le complimenté peut aussi limiter la portée de l’évaluation en :

• Passant du tout à un élément du tout

- Il est super ton pull

- oui, j’aime bien ces petits carreaux

• En introduisant une restriction d’ordre temporel

- Tu es bien jolie

- Il y a des jours comme ça (corpus Kerbrat-Orecchioni)

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Dans cet exemple, le complimenté a passé du pull aux

motifs du pull Le complimenté peut recourir à une expression

affective

- C’est joli ici

- Oui, ça me plaît bien

a.1.2.2 Adjonction d’un commentaire négatif

Selon Véronique Traverso (1996:98), la minimisation peut se réaliser par la production d’un commentaire venant contre-balancer la valeur positive acceptée

- Vous êtes bien ici… vous avez bien arrangé… c’est très mignon

- Oui c’est joli mais c’est un peu petit Dans cet exemple, le complimenté minimise sa propre évaluation positive en soulignant un des aspects négatifs de l’objet « joli mais petit »

a.2 Accord implicite et explication

Les réponses exprimant un accord implicite peuvent être de différents types

On peut avoir recours à des commentaires qui ajoutent des informations pour enrober l’expresssion de l’accord

• Quelques informations sur l’objet, sa provenance par exemple :

- Très jolies ces vases

- Je les ai trouvées en Bretagne

• Transférer la responsabilité de l’objet complimenté à une autre personne

- Elle est jolie votre robe

- Oui, c’est ma mère qui m’a offert

- Tes cheveux sont superbes

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- Je viens de les laver ( corpus Kerbrat-Orecchioni)

b Désaccord

Il arrive que le complimenté n’est pas d’accord avec l’assertion évaluative Selon Kerbrat-Orecchioni, ce désaccord peut s’exprimer explicitement

Ex : - Tu as encore rajeuni

-Oh mon Dieu non hélas !

Ou implicitement en recourant à quelques modalisateurs :

• Le « non » ou quelque autre expression à valeur de protestation comme « Allons donc ! », « T’es folle », « Tu rêves », « Tu délires »

et sur le mode ironique : « Tu parles », « Ben voyons », « Sûrement »,

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a.2 Sourire

Le sourire à la fois fait plaisir à l’allocutaire et évite au complimenté d’avoir à répondre

- Ca te va très bien les cheveux comme ça

- Sourire (corpus Traverso)

a.3 Explicitation de l’intention

- Qu’il est bon ton gâteau

- Je suis contente que ça te plaise

Ngày đăng: 23/09/2020, 22:57

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