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Étude comparative de l’acte de conseil dans la communication verbale en français et en VietNamien . Luận văn ThS. Ngôn ngữ và văn hoá nước ngoài: 6022

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UNIVERSITÉ NATIONALE DE HANỌ UNIVERSITÉ DE LANGUES ET D’ÉTUDES INTERNATIONALES DÉPARTEMENT D’ÉTUDES POST-UNIVERSITAIRES  NGUYỄN THU HÀ ÉTUDE COMPARATIVE DE L’ACTE DE CONSEIL DANS

Trang 1

UNIVERSITÉ NATIONALE DE HANỌ UNIVERSITÉ DE LANGUES ET D’ÉTUDES INTERNATIONALES

DÉPARTEMENT D’ÉTUDES POST-UNIVERSITAIRES



NGUYỄN THU HÀ

ÉTUDE COMPARATIVE DE L’ACTE DE CONSEIL DANS LA

COMMUNICATION VERBALE EN FRANÇAIS ET EN VIETNAMIEN (NGHIÊN CỨU SO SÁNH ĐỐI CHIẾU HÀNH ĐỘNG KHUYÊN NHỦ TRONG GIAO TIẾP BẰNG LỜI CỦA NGƯỜI PHÁP VÀ NGƯỜI VIỆT)

MÉMOIRE DE FIN D’ÉTUDES POST-UNIVERSITAIRES

Code : 60220203

Option : Linguistique française

HANỌ – 10/2016

Trang 2

UNIVERSITÉ NATIONALE DE HANỌ UNIVERSITÉ DE LANGUES ET D’ÉTUDES INTERNATIONALES

DÉPARTEMENT D’ÉTUDES POST-UNIVERSITAIRES



NGUYỄN THU HÀ

ÉTUDE COMPARATIVE DE L’ACTE DE CONSEIL DANS LA

COMMUNICATION VERBALE EN FRANÇAIS ET EN VIETNAMIEN (NGHIÊN CỨU SO SÁNH ĐỐI CHIẾU HÀNH ĐỘNG KHUYÊN NHỦ TRONG GIAO TIẾP BẰNG LỜI CỦA NGƯỜI PHÁP VÀ NGƯỜI VIỆT)

MÉMOIRE DE FIN D’ÉTUDES POST-UNIVERSITAIRES

Directeur de recherche : Dr Đỗ Quang Việt

HANỌ – 10/2016

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TABLE DES MATIÈRES

ATTESTATION SUR L’HONNEUR i

REMERCIEMENTS ii

RÉSUMÉ iii

INTRODUCTION 1

CHAPITRE I 4

FONDEMENTS THÉORIQUES 4

1 Acte de langage 4

1.1 Notions des actes de langage 4

1.1.1 Notions des actes de langage de J.L.Austin 4

1.1.2 Notions des actes de langage de J.R.Searle 5

1.2 Acte illocutoire direct vs indirect 6

1.3 Organisation structurale des conversations 7

2 Types de réalisation des actes de langage 8

2.1 Réalisations directes 8

2.2 Réalisations indirectes 9

3 Facteurs d’influence des actes de langage 10

3.1 Contexte 10

3.1.1 Le site (cadre spatio-temporel) 11

3.1.2 Le but 11

3.1.3 Les participants 12

3.2 Relation interpersonnelle dans l’interaction verbale 12

3.2.1 Relation horizontale (distance vs familiarité) 12

3.2.2 Relation verticale (ou hiérarchique) 13

3.3 Politesse linguistique 14

3.3.1 Notions de « face » et de « territoire » de Goffman 15

3.3.2 Modèle de politesse de Brown et Levinson 15

Trang 4

3.3.3 Modèle de politesse de Kerbrat-Orecchioni 17

4 Acte de conseil 22

4.1 Définition de l’acte de conseil 22

4.2 « Conseil » sous l’angle pragmatique 24

4.2.1 Valeurs illocutoires pertinentes et conditions de réussite de l’acte de conseil 24

4.2.2 Types de conseil basés sur la forme linguistique du conseil 27

4.2.3 Facteurs d’influence sur l’acte de conseil 29

4.2.4 Conseil et face des interactants 31

CHAPITRE II 33

FORMULATIONS DU CONSEIL EN FRANÇAIS ET EN VIETNAMIEN : SIMILITUDES ET DIFFÉRENCES 33

1 Préliminaire : Méthodologie de la recherche 33

1.1 Choix de la méthode de recherche 33

1.2 Constitution du corpus 34

1.2.1 Choix de la méthode de collecte des données 34

1.2.2 Présentation du corpus (corpus en français et en vietnamien) 34

1.3 Méthodes d’analyse des données 36

2 Formulations du conseil en français et en vietnamien : similitudes et différences 37

2.1 Conseil et face des interactants 37

2.1.1 Conseil et face du destinataire 37

2.1.2 Conseil et face du locuteur 38

2.2 Réaction au conseil 39

2.2.1 Réaction positive 39

2.2.2 Réaction négative 41

2.3 Réalisation linguistique du conseil 41

2.3.1 Réalisation du conseil en français 42

2.3.1.1 Moyen lexical 42

2.3.1.2 Moyens morphologiques 42

Trang 5

2.3.1.3 Moyens syntaxiques 46

2.3.2 Réalisation du conseil en vietnamien 48

2.3.2.1 Moyens lexicaux 48

2.3.2.2 Moyens morpho-syntaxiques 49

2.4 Procédés de politesse dans la réalisation du conseil 56

2.4.1 Procédés de politesse dans la réalisation du conseil en français 56

2.4.1.1 Procédés substitutifs 56

2.4.1.2 Procédés accompagnateurs 57

2.4.2 Procédés de politesse dans la réalisation du conseil en vietnamien 58

2.5 Similitudes et différences dans la réalisation du conseil en français et en vietnamien et explication de l’influence des facteurs socio-culturels 59

2.5.1 Similitudes et différences dans la réalisation du conseil en français et en vietnamien 59

2.5.2 Explication de l’influence des facteurs socio-culturels 62

CONCLUSION 67

BIBLIOGRAPHIE 69 CORPUS EN FRANCAIS I CORPUS EN VIETNAMIEN XX

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ATTESTATION SUR L’HONNEUR

Je, soussignée, Nguyễn Thu Hà

Étudiante en Master du Département Post-universitaire – Université de Langues et d’Études Internationales – Université Nationale de Hanọ

Auteur du mémoire de master 2 : Étude comparative de l’acte de conseil dans

la communication verbale en français et en vietnamien

J’atteste par ailleurs que le travail rendu est le fruit de ma réflexion personnelle et a été rédigé de manière autonome

Je certifie que toute formulation, idée, recherche, raisonnement, analyse ou autre création empruntée à un tiers est correctement et consciencieusement mentionnée comme telle, de manière claire et transparente, de sorte que la source en soit immédiatement reconnaissable, dans le respect des droits d’auteur et des techniques de citations

Je prends note que le plagiat est considéré comme une faute grave au sein de l’Université

Au vu de ce qui précède, je déclare sur l’honneur ne pas avoir eu recours au plagiat ou à toute autre forme de fraude

Fait à Hanọ, le jeudi 10 novembre 2016

Étudiante en Master

Nguyễn Thu Hà

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REMERCIEMENTS

Je voudrais tout d’abord remercier sincèrement mon directeur de recherche,

le professeur Do Quang Viet, pour m’avoir confié ce projet de recherche intéressant

et d’une grande pertinence Je le remercie également pour son support, ses bons conseils et ses suggestions judicieuses pour orienter le développement du projet

Je remercie tout spécialement les professeurs et les collègues pour leur soutien et leur généreuse collaboration !

Je remercie ma famille et surtout mes parents pour leur soutien moral, leurs encouragements et leur patience durant les étapes difficiles de ce travail

Enfin, j’adresse mes plus sincères remerciements à tous mes proches et amis, qui m’ont toujours soutenue et encouragée à poursuivre mes efforts de recherche

À tous, encore une fois, un grand merci

Trang 8

RÉSUMÉ

Au terme de notre travail, nous voudrions donner une vue générale sur l’acte

de conseil en français et en vietnamien Au début de ce travail de recherche, notre question est posée sur la façon de formulation des conseils des jeunes français et vietnamiens et même les différences fondamentales de formulation de cet acte dans les interactions verbales chez eux Suite à ces questions, nous avons formulé les hypothèses de recherche D’abord, les jeunes français et vietnamiens peuvent avoir recours à des moyens lexicaux et syntaxiques pour donner des conseils directs ou indirects Ensuite, à côté des points communs, il existe des points différents dans la formulation du conseil en deux langues et les facteurs socio-culturels sont les raisons pour expliquer ces différences

Afin de vérifier nos hypothèses, nous avons constitué un corpus en français

et en vietnamien pour analyser En tant qu’enseignante au Département de Langue

et de Culture françaises, les résultats de cette étude nous donneront une certaine application pédagogique dans l’enseignement de langues et nous aideront à mieux faire maîtriser l’utilisation de cet acte dans la communication interculturelle franco-vietnamienne

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INTRODUCTION

De nos jours, la langue étrangère est considérée comme « une clé d’or » pour l’échange, la coopération et le développement entre les pays dans le monde Mais pour que la langue ne devienne pas une barrière, ce n’est pas facile En réalité, pour maîtriser une langue étrangère, il faut posséder non seulement la compétence linguistique mais encore la compétence de communication, les connaissances socio-culturelles sont donc très importantes Et pour avoir une bonne relation entre les interactants, il est nécessaire de minimiser les actes menaçants et de valoriser les actes non-menaçants pour la face

La première raison du choix de ce sujet est d’ordre théorique Nous sommes consciente que le conseil est un acte qui est très utilisé dans les communications quotidiennes Mais c’est un acte de langage complexe, difficile qui pose des problèmes délicats pour une bonne utilisation chez les apprenants vietnamiens Or, dans les méthodes de français, le conseil n’est pas abordé suffisamment et aucune étude approfondie n’a été effectuée sur l’acte de conseil en français et en vietnamien Alors, dans notre travail de recherche, nous avons décidé de faire une étude comparative sur le fonctionnement de conseil en deux langues en recueillant des corpus authentiques constitués de dialogues, d’échanges relevés dans le forum chez des jeunes français et vietnamiens pour identifier les différences de formulation des conseils afin d’éviter les malentendus et conflits éventuels dans la communication interculturelle franco-vietnamienne D’autre part, nous avons choisi d’étudier cet acte pour vérifier notre hypothèse et l’influence des facteurs socio-culturels sur cet acte illocutoire Nous avons trouvé que le problème posé est de chercher à minimiser la menace et valoriser l’anti-menace par des stratégies de conseil différentes appropriées aux conditions socio-culturelles de chaque pays Alors, il est nécessaire d’étudier pour savoir comment les Français et les Vietnamiens formulent des conseils dans des situations de communication similaires

La deuxième raison de ce choix est d’ordre personnel Pendant les années universitaires, les cours de pragmatique nous ont donné des connaissances de base

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sur la linguistique et nous nous sommes intéressée à l’acte de conseil C’est un acte

de langage qui est très utilisé dans la vie quotidienne C’est pour cette raison, le bon usage de cet acte mériterait d’occuper une place importante dans le programme d’apprentissage d’une langue étrangère Dans les méthodes de français, l’acte de conseil est présenté de façon brève et les apprenants de français n’obtiennent que les moyens d’expression du conseil, ils ne savent pas comment les utiliser de façon efficace Cela demande une étude plus approfondie de cet acte sous l’angle pragmatique et culturel En tant qu’enseignante au Département de Langue et de Culture françaises, les résultats de cette étude nous donneront une certaine application pédagogique dans l’enseignement de langues et nous aideront à mieux maîtriser l’utilisation de cet acte dans la communication interculturelle franco-vietnamienne

Durant cette recherche, nous nous donnons la tâche de répondre aux questions suivantes :

- Comment les jeunes français et vietnamiens formulent-ils les conseils ?

- Quelles sont les différences fondamentales de formulation de l’acte de

conseil au niveau de l’échange dans les interactions verbales chez des jeunes français et vietnamiens ?

Suite à ces questions, les hypothèses de recherche sont formulées comme suit :

- Les conseils peuvent être directs ou indirects, explicites ou implicites Les jeunes français et vietnamiens utilisent des moyens lexicaux et morpho-syntaxiques pour présenter des conseils

- Les différences fondamentales sont dans les préférences de choix de

formulation directe et indirecte du conseil ainsi que les préférences d’utilisation des procédés linguistiques servant à exprimer la politesse chez les locuteurs français et vietnamiens dans leurs interactions verbales

En réalisant ce travail, nous visons à faire ressortir des types de conseil, à dégager des moyens de réalisation Et nous voudrions également identifier les différences fondamentales dans les choix des stratégies de conseil ainsi que les procédés de politesse en réalisant de l’acte de conseil qu’adoptent les jeunes locuteurs français et vietnamiens au niveau de l’échange dans les interactions verbales

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Pour atteindre les objectifs envisagés ci-dessus, nous utiliserons d’abord la méthode déductive Ensuite, pour la méthode de collecte des données, nous construisons un corpus préexistant constitué à partir des échanges relevés dans les forums des jeunes français et vietnamiens Nous allons constituer séparément deux corpus, l’un en français et l’autre en vietnamien Afin de mener à bien notre étude, nous avons recours aux méthodes d’analyses des données suivantes : catégorisation, description, analyse et comparaison

Dans le cadre de notre projet de recherche, nous nous intéressons seulement

à des conseils verbaux au niveau de l’échange repérés dans les forums chez les jeunes français et vietnamiens Nous n’aborderons pas les aspects para-verbaux et non-verbaux qui jouent aussi un rôle important dans la formulation des conseils

Notre travail de recherche comporte deux chapitres :

Dans le premier chapitre, nous essayons de constituer le cadre théorique de l’étude Nous reprendrons tout d’abord quelques notions de base de l’interaction verbale proposées par des linguistes (l’acte de langage, les types de réalisation des actes de langage directes et indirectes, le contexte, la relation interpersonnelle et la politesse linguistique) Ensuite, nous allons aussi essayer de définir l’acte de conseil, distinguer les conseils direct et indirect et d’identifier des valeurs illocutoires pertinentes, des conditions de réussite de cet acte, des facteurs d’influence, le conseil et la face des interactants

Le deuxième chapitre a pour objectif d’analyser les types de conseil en français et en vietnamien observés dans notre corpus et de relever des moyens linguistiques pour les réaliser Et puis, nous allons faire une analyse contrastive des deux corpus pour identifier les différences de formulation des conseils chez les jeunes français et vietnamiens dans des situations de communication similaires, dans les choix des stratégies de conseil, ainsi que les procédés linguistiques servant

à exprimer la politesse Et puis, nous cherchons à expliquer l’influence des facteurs socio-culturels sur les échanges de conseil en ces deux langues Et pour analyser des données, je dois faire des remarques préliminaires concernant la méthodologie de la recherche

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CHAPITRE I FONDEMENTS THÉORIQUES

Dans ce premier chapitre, nous visons à présenter les notions de base concernant notre étude de l’acte de conseil et puis à analyser cet acte

1 Acte de langage

1.1 Notions des actes de langage

Le point de départ de la théorie classique des actes de langage est que l’unité minimale de la communication humaine est l’accomplissement (performance) de certains types d’actes En effet, dans les sciences du langage, l’étude pragmatique qui est très importante, peut être définie comme l’étude du langage en acte D’après

C Kerbrat-Orecchioni [2001 :1-2], elle recouvre deux grands types d’objets :

- Le langage en situation est actualisé au cours d’un acte d’énonciation

particulier Donc, dans ce domaine, l’énonciation est l’objet des études

- Le langage envisagé comme un moyen d’agir sur le contexte interlocutif qui

permet d’accomplir un certain nombre d’actes spécifiques, traduit en anglais par

speech acts et en français par « actes de langage » ou « actes de parole »

En matière de réflexion sur le langage, les actes de langage se trouvent au confluent de divers courants C’est d’abord J.L.Austin, avec la publication en 1962

de « How to do things with words » qui est considéré comme un des fondateurs de

la théorie linguistique des actes de langage Par la suite, beaucoup de chercheurs ont été engagés dans cette théorie comme J.R.Searle, C.Kerbrat-Orecchioni, etc… Ils vont tenter l’inventaire et la classification des différents actes qui peuvent être accomplis au moyen du langage

1.1.1 Notions des actes de langage de J.L.Austin

Dans l’ouvrage « Quand dire, c’est faire » d’Austin [1970 : 129], selon lui,

tout énoncé est équipé d’une force illocutoire (c’est-à-dire d’une valeur d’acte), même les énoncés constatifs qui constituent un type parmi d’autres d’acte de langage Il distingue ainsi trois sortes d’actes de langage :

- L’acte locutoire : c’est un acte de langage qui consiste à produire des sons

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appartenant à un certain vocabulaire, une certaine grammaire et possédant une certaine signification Il correspond tout simplement à l’acte de dire quelque chose, c’est-à-dire de transmettre des informations

- L’acte illocutoire : c’est un acte locutoire qui manifeste l’intention de celui qui produit le message à travers la formulation de son énoncé (par exemple : assertion, négation, interrogation, promesse, ordre, etc…)

- L’acte perlocutoire : c’est un acte effectué par le fait de dire quelque chose

ou l’effet prétendu par l’énoncé

Par exemple : en disant « Il fait froid », le locuteur dit quelque chose (l’acte locutoire), en même temps, il indique un sens (l’acte illocutoire), en bref, il peut se plaindre du temps et en entendant cet énoncé, l’auditeur peut porter plus de vêtements (l’acte perlocutoire)

Ou quand on dit : « Je te promets de venir demain », cet énoncé permet d’accomplir l’acte illocutoire de promesse, mais éventuellement aussi un acte perlocutoire de « rendre heureux » le destinataire de cette promesse

Pour Austin [1970 : 153-154], toute phrase énoncée correspond au moins

à l’exécution d’un acte locutoire et à celle d’un acte illocutoire, parfois aussi à celle d’un acte perlocutoire Mais d’après lui, l’acte principal est l’acte illocutoire En plus, il propose aussi une classification des valeurs illocutoires : l’acte verdictif qui est la production d’un jugement (condamner, estimer, etc.) ; l’acte exercitif qui renvoie à l’exercice de pouvoirs, de droits, ou d’influences (voter, commander, avertir, conseiller, etc.) ; l’acte promissif qui engage le locuteur (promettre, garantir, etc.) ; l’acte comportatif qui exprime une réaction par un comportement social (remercier, critiquer, etc.) et l’acte expositif qui expose le point de vue du locuteur (affirmer, nier, expliquer, etc.)

1.1.2 Notions des actes de langage de J.R.Searle

Quant à J.R.Searle, dans son ouvrage intitulé Speech acts [1969 : 52], il

affirme que : « Premièrement, parler une langue, c’est réaliser des actes de langage, des actes comme : poser des affirmations, donner des ordres, poser des questions, faire des promesses, et ainsi de suite […] ; deuxièmement, ces actes sont en général

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rendus possibles par l’évidence de certaines règles réagissant l’emploi des éléments linguistiques, et c’est conformément à ces règles qu’ils se réalisent » D’après lui, tout énoncé linguistique fonctionne comme un acte particulier (ordre, question, promesse, etc.), c’est-à-dire qu’il vise à produire un certain effet et à entraîner une certaine modification de la situation interlocutive

C’est en 1985 que Searle proposent une classification des actes illocutoires Celle-ci montre que ce que l’on dit peut avoir des significations différentes en fonction du contexte Elle est composée de cinq types d’actes illocutoires :

- Les assertifs ont pour but de décrire l’état du monde et d’engager la responsabilité du locuteur sur l’état ou la vérité de sa proposition Exemple : « Il fait

du soleil », « j’affirme que la Terre est ronde »

- Les directifs expriment le désir du locuteur d’amener l’auditeur à réaliser l’action souhaitée qui va de la suggestion (« inviter à », « suggérer », etc.) à l’ordre (« ordonner », « réclamer », « insister », etc.) selon le degré d’intensité de la présentation du but Exemple : « Peux-tu me prêter ta voiture ? », « Je te demande

de fermer la porte »

- Les promissifs engagent le locuteur à respecter une certaine conduite future comme « promettre », « jurer », etc Exemple : « Je te conduirai à la gare », « Je te promet de venir demain »

- Les expressifs expriment un état psychologique supposé être sincère contextuellement comme « remercier », « féliciter », « s’excuser », etc Exemple :

« Sincères félicitations à l’occasion de la naissance de bébé » ; « Je m’excuse d’être

en retard »

- Les déclaratifs garantissent que le contenu propositionnel correspond à la réalité du monde Il permet de changer le monde avec des mots Exemple : « Je déclare que la séance est ouverte» ; « Je démissionne »

1.2 Acte illocutoire direct vs indirect

Une distinction s’impose en ce qui a trait à l’acte de langage illocutoire Il peut être classé de différentes façons, selon le sens de l’énoncé Ainsi, il prend une forme d’action directe ou indirecte

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L’acte illocutoire est direct lorsqu’il correspond au sens littéral de la phrase

Ce sont donc les mots qui donnent le sens à la phrase Par exemple : « Tu es malade, vas chez le dentiste ! » C’est un acte illocutoire direct, on utilise une phrase impérative afin d’exprimer un conseil D’autre part, le sens des actes illocutoires indirects n’est pas littéral Dans l’énoncé, « Tu es malade, pourquoi ne pas aller chez le dentiste ? », le but n’est pas de connaître la raison de ne pas aller chez le dentiste pour consulter Il s’agit d’un conseil : en donnant un acte de question, on conseille indirectement à l’allocutaire d’aller voir un médecin quand il est malade

1.3 Organisation structurale des conversations

Une conversation se présente comme une organisation hiérarchique d’unités relevant de différents rangs comme le dit Kerbrat-Orecchioni « … les conversations sont des architectures complexes et hiérarchisées, fabriquées à partir d’unités relevant de rangs différents, et qui sont emboîtées les unes dans les autres selon certaines règles de composition » [1996 : 36]

On admet communément comme pertinents les 5 rangs suivants :

- Unités de nature dialogale :

+ Interaction (rencontre, événement de communication, cas particulier : conversation)

+ Séquences (d’échange, de transaction…)

Trang 16

2 Types de réalisation des actes de langage

Comme dit C Kerbrat-Orecchioni [2001 : 33], le locuteur s’est exprimé indirectement, ou « Quand dire, c’est faire plusieurs choses à la fois », et plus précisément : « Quand dire, c’est faire une chose sous les apparences d’une autre » Cela veut dire qu’à propos d’un même acte de langage, on peut recevoir un grand nombre de réalisations différentes

Nous donnons ci-dessous un exemple d’une situation ou d’une parole non impérative entraîne une action de la part de l’auditeur :

Après le dîner, un père dit à son fils : « Il est déjà huit heures » L’enfant est

en train de regarder la télévision, il se lève immédiatement, il apprend et fait des exercices

Dans ce cas, on s’aperçoit que le père ne dit pas à son fils ce qu’il doit faire mais

en disant cela, l’enfant peut comprendre la demande de son père

Un autre exemple, les énoncés dans l’exemple suivant sont équivalents Une question peut s’exprimer non seulement par une phrase interrogative (« Quel est votre numéro de téléphone ? ») mais aussi par une phrase déclarative (« Je voudrais savoir votre numéro de téléphone ») ou impérative (« Dites-moi votre numéro de téléphone, s’il vous plaît ! »)

Donc, des actes de langage peuvent être réalisés par les formulations directes

et indirectes

2.1 Réalisations directes

Quand le locuteur énonce une phrase en voulant dire directement, explicitement et littéralement ce qu’il dit, on parle de la formulation directe de l’acte de langage On admet aussi généralement deux types de supports à l’expression directe : les expressions performatives (performatifs explicites d’Austin) et les formes de phrase

- Les expressions performatives

Certains verbes, en nombre limité, permettant d’accomplir un acte quand ils sont prononcés au présent et employés à la première personne, comme par exemple :

« promettre », « ordonner », « jurer », « autoriser », « baptiser », « demander »…

Trang 17

Des énoncés tels que « Je te demande à sortir » ou « Je te promets de rentrer

à la maison avant 10 heures » dénomment l’acte accompli en même temps qu’ils l’accomplissent Ces énoncés disent explicitement qu’ils sont une demande et une promesse Les formulations performatives sont donc les plus claires pour que le locuteur puisse spécifier la valeur pragmatique de l’énoncé Mais elles sont rares et n’existent pas pour tous les actes de langage

- Les formes de phrase

A la différence des expressions performatives, les énoncés suivants peuvent exprimer des actes correspondants, sans les dénommer explicitement Les quatre formes de phrase (déclarative, interrogative, impérative, exclamative) présentent des actes de langage différents Par exemple :

+ « Je vais finir mes exercices avant ton retour », selon les cas, cet énoncé déclaratif exprime aussi une annonce, une promesse

+ « Tu peux m’aider ? », selon les cas, cet énoncé interrogatif exprime aussi une question, une demande, une requête indirecte

+ « Il fait froid, porte ton manteau ! », selon les cas, cet énoncé impératif exprime aussi un ordre, un conseil

+ « Aïe, quelle belle journée ! », selon les cas, cet énoncé exclamatif exprime aussi un compliment ou une demande

Le procédé le plus efficace utilisé pour éviter l’ambigụté des formes de phrase, c’est le performatif qui peut apparaỵtre soit après l’énoncé comme suit : « Je viendrai à l’heure, c’est promis » ; soit avant l’énoncé : « Je te promets de venir à l’heure »

2.2 Réalisations indirectes

La forme d’une phrase n’est pas déterminante pour sa valeur illocutionnaire C’est qu’une phrase constative peut également avoir une valeur performative spéciale Ou autrement dit, l’acte de langage indirect est un acte illocutoire accompli indirectement par l’accomplissement d’un autre Voici un exemple :

Une fillette joue seule dans sa maison ; elle entend la sonnerie de la porte, elle crie à son père : « Papa, on sonne » Le père qui arrosait des plantes dans le jardin, vient ouvrir la porte

Trang 18

Dans cette situation, la fillette ne donne pas d’ordre à son père, elle ne fait qu’informer Il s’agit d’un acte de langage indirect, la fille s’est exprimée indirectement Ici, dire c’est faire plusieurs choses à la fois, et on parle d’un acte de langage indirect pour un acte de langage formulé sous le couvert d’un autre acte de langage On divise aussi les formulations des actes de langage indirects en deux types : conventionnelle et non-conventionnelle Considérons les deux énoncés suivants :

(1) : Papa, peux-tu ouvrir la porte ?

(2) : Papa, on sonne !

Ces deux énoncés ci-dessus informent et donnent un ordre : « Ouvre la porte », donc fonctionnent comme une requête indirecte Dans la phrase (1), la valeur de requête est exprimée par une question Tout le monde sait qu’en français, la tournure interrogative équivaut en fait à une requête On dit que la valeur de requête

y est conventionnelle Sous l’angle d’interprétation, la valeur de question est dite

« littérale » et la valeur de requête, « dérivée » Dans la phrase (2), la valeur de requête est exprimée par un constat Dans cette phrase, le récepteur peut réagir seulement à la constatation en disant (par exemple : « Oh, je ne l’avais pas

entendu ») et ne pas passer à l’acte Alors, la valeur d’acte ici est

non-conventionnelle, puisque l’interlocuteur ne peut pas être accusé de trahir notre

langue (Kerbrat-Orecchioni, Les actes de langages dans le discours, 2001) On

doit se baser sur la situation, le contexte concrets pour comprendre que ce n’est pas simplement une question, c’est une requête indirecte

En résumé, une hypothèse a été proposée par Searle [1982] : accomplir un acte indirect, cela consiste généralement à affirmer ou questionner sur l’une des conditions de réussite auxquelles est soumis l’acte en question

3 Facteurs d’influence des actes de langage

3.1 Contexte

Le contexte est l’un des facteurs qui influencent la communication Il permet

de déterminer le processus de production ou d’interprétation Pour ce qui est de la production, le contexte détermine l’ensemble des choix discursifs que doit effectuer

le locuteur : choix des thèmes et des formes d’adresse, niveau de langue, actes de

Trang 19

langage, etc D’ailleurs, en ce qui concerne l’interprétation des énoncés par le récepteur, le contexte joue aussi un rơle décisif, surtout pour l’identification de la signification implicite du discours adressé

Dans cette partie, nous allons voir quelles sont les composantes du contexte et comment ces ingrédients influencent la production et l’interprétation des actes de langage Le contexte ou situation communicative se compose des éléments suivants :

3.1.1 Le site (cadre spatio-temporel)

Il comprend deux dimensions : le temps et le lieu On parle de « cadre temporel » et « cadre spatial »

- Le cadre temporel : deux aspects du cadre temporel peuvent influencer le

déroulement de l’interaction

+ Le moment : il est important car le discours doit être approprié au moment

ó se passe l’interaction

+ La durée : le fait ou non de pouvoir « prendre son temps » va accélérer ou ralentir l’interaction ou même la tronquer

- Le cadre spatial : il joue un rơle fondamental Il peut être analysé dans ses

aspects suivants : ce sont des caractéristiques du lieu ó se déroule l’interaction (lieu ouvert ou fermé, public ou privé…), ou sa fonction sociale et institutionnelle (appartement, magasin, supermarché, salle de classe, hơpital…)

- Les interactions à but relationnel (ou « à finalité interne ») : leur raison d’être principale est la confirmation et le maintien du lien social entre les personnes Elles servent à entretenir les bonnes relations On parle pour le plaisir de parler et d’être ensemble C’est le cas des conservations entre amis ou des échanges de politesse (entre voisins, à l’arrêt du bus)

Trang 20

Le type d’objectif a une influence importante sur le déroulement de l’interaction

3.1.3 Les participants

Dans tout échange, ce qui est le plus important dans le cadre communicatif, ce sont les participants En ce qui concerne des participants, ils sont estimés dans des différents aspects : dans leur nombre (conversation à deux « dialogue », à trois

« trilogue » ou davantage « polylogue » ; dans leurs caractéristiques individuelles (âge, sexe, profession, statut, caractère, etc…) ou dans leurs relations mutuelles (degré de connaissance, nature du lien social (familial ou professionnel, avec ou sans hiérarchie)

et affectif (sympathie ou antipathie, amitié, amour et autres sentiments))

3.2 Relation interpersonnelle dans l’interaction verbale

D’après Kerbrat-Orecchioni [1992 : 39], [1992 : 71-85], on peut distinguer deux types de relations interpersonnelles : relations horizontale et verticale

3.2.1 Relation horizontale (distance vs familiarité)

Dans une interaction, les participants en présence peuvent se montrer plus ou moins « proches » ou « éloignés » Toutes les données « externes » (contextuelles)

de la situation ci-dessous peuvent plus ou moins déterminer la relation horizontale

La distance proche ou éloignée est fonction :

- de leur degré de connaissance mutuelle (les interlocuteurs se connaissent un peu, beaucoup ou pas du tout)

- de la nature du lien socio-affectif qui les unit

- de la nature de la situation communicative : une situation familière ou formelle

En outre, l’état de cette relation dans un échange dépend aussi des données

« internes » (signes linguistiques : verbaux, paraverbaux et non-verbaux) Dans l’interaction, Kerbrat-Orecchioni appelle des marqueurs qui expriment le degré de proximité, sont des « relationèmes horizontaux »

Des marqueurs sont de nature verbale comme :

- Le pronom d’adresse (le tutoiement est le symbole de la familiarité, au contraire, le vouvoiement marque la distance)

- Les noms d’adresse

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- Les thèmes abordés dans l’interaction parce qu’on ne parle pas des mêmes choses avec des proches et avec des inconnus

- Le niveau de langage utilisé (on utilise un langage soutenu dans une situation formelle et un langage familier dans une situation familière)

Des marqueurs peuvent également être de nature paraverbale ou non-verbale :

- Des mimiques : sourire, clin d’œil, etc…

- La distance proxémique : plus les participants sont « proches », plus ils se tiennent près

- L’intensité articulatoire et le timbre de la voix (comme le chuchotement exprime une relation d’intimité)…

3.2.2 Relation verticale (ou hiérarchique)

Dans l’interaction, les partenaires en présence ne sont pas toujours égaux : l’un d’entre eux peut être placé en position « haute », de « dominant » tandis que l’autre occupe une position « basse », de « dominé » La distance verticale est par essence dissymétrique, ce qui reflète au niveau de marqueurs, par exemple : l’utilisation non réciproque du « vous » ou du « tu » exprime une hiérarchie entre les interlocuteurs

Pour la relation verticale, Kerbrat-Orecchioni donne aussi des marqueurs qui expriment cette domination ou ce rapport de places, appelés les « taxèmes » On a :

- Des marqueurs paraverbaux (l’intensité vocale et le ton)

- Des marqueurs non- verbaux (l’apparence physique des participants et leur tenue vestimentaire, l’organisation de l’espace communicatif…)

- Des marqueurs verbaux qui sont très divers :

+ Les termes d’adresse

+ L’organisation des tours de parole (comme celui qui parle le plus et le plus longtemps est celui qui domine la conversation ou l’interruption, l’intrusion sont considérées comme des taxèmes de position haute)

+ L’organisation structurale de l’interaction

+ Les thèmes, le vocabulaire utilisés

+ Les actes de langage produits durant l’interaction : celui qui a une position

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haute peut accomplir des actes menaçants comme (ordre, demande, conseil, critique, reproche, moquerie, etc…), par contre, celui qui se met en position basse doit produire des actes (aveu, excuse, auto critique, etc…)

Donc, on peut diviser de manière abstraite les relations humaines en deux catégories, les relations horizontale et verticale, selon la façon dont les liens sont organisés Par exemple, la relation entre parents et enfants, entre professeurs et étudiants est verticale, tandis que la relation frère-sœur est horizontale La relation supérieur-inférieur est verticale, celle entre collègues est horizontale En conclusion,

si on observe d’une façon systématique les différents marqueurs de la relation interpersonnelle tout au long du déroulement de l’interaction, on peut recevoir des informations précieuses sur cette relation entre les interactants

3.3 Politesse linguistique

La théorie de politesse linguistique qui est liée strictement à la relation interpersonnelle des interactants est très importante pour le cadre théorique de notre recherche, parce qu’il s’agit d’étudier la façon dont les gens donnent des conseils

En effet, l’aspect qui nous intéresse ici est à la fois plus restreint et plus large que celui de la politesse dans les manuels de savoir-vivre : d’une part, plus restreint parce que les manuels de savoir-vivre se composent de toutes sortes de comportements non-verbaux, par exemple : ils décrivent les manières de table, les usages vestimentaires, etc… ; d’autre part, plus large parce qu’en ce qui concerne les manifestations linguistiques de la politesse, ces manuels s’attachent seulement aux formules utilisées à l’écrit ou à l’oral Dans le cadre de la pragmatique, d’après Kerbrat-Orecchioni [1996 : 64-65], la politesse englobe tous les aspects de la production langagière qui sont régis par des règles dont la fonction est de préserver

le caractère harmonieux de la relation sociale Par exemple, on voit bien que l’énoncé suivant « Puisque tu vas au supermarché, est-ce que ça ne t’ennuierait pas d’acheter deux baguettes pour moi ? » sera plus poli que cet énoncé « Tiens ! Achète-moi deux baguettes au supermarché ! »

De nombreux chercheurs ont étudié et donné différents modèles de la conception de politesse avec des adaptations successives comme Goffman, Leech,

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Brown & Levinson ainsi que Kerbrat-Orecchioni

3.3.1 Notions de « face » et de « territoire » de Goffman

Pour Goffman, chaque individu est doté d’une « face » et d’un « territoire »

La notion de « face » conçue par Goffman [1974] est « la valeur sociale positive qu’une personne revendique effectivement à travers une ligne d’action que les autres supposent qu’elle a adoptée au cours d’un contact particulier » Autrement dit, la face correspond au narcissisme et aux images valorisantes que les interlocuteurs imposent ou cherchent à imposer, se protéger pendant l’interaction

Dans « La mise en scène de la vie quotidienne » [1973], Goffman a donné aussi la définition du « territoire » Quant au territoire, il correspond au corps de l’individu avec ses prolongements Il existe huit types de territoire : « l’espace personnel, les places, l’espace utile, les tours, l’enveloppe, le territoire de la possession, les réserves d’information et les domaines réservés de la conversation »

Il peut donc être d’ordre corporel, matériel, spatial, temporel, affectif ou cognitif

Dans le cas ó des individus se confrontent en situation de face-à-face, cela peut être source de conflit Donc ce que l’individu est tenu de respecter, ce sont les règles qui lui permettent de préserver sa face et son territoire ainsi que la face et le territoire de ses partenaires

3.3.2 Modèle de politesse de Brown et Levinson

3.3.2.1 Notion de « face »

Les études sur la politesse ont été développées à la fin des années 70 par Brown et Levinson Pour ces deux chercheurs, la politesse est le principe qui régit les relations sociales et les usages du langage En empruntant la notion de « face »

de Goffman, Brown et Levinson considèrent que cette dernière se divise en deux types, d’une part « face négative », d’autre part, « face positive »

- Une face dite « négative » qui correspond au territoire au sens large (spatial mais aussi corporel, temporel, bien matériel, savoirs secrets ou relevant de l’intimité) C’est le désir d’autonomie : être libre de ses actions, protéger son intégrité personnelle

- Une face dite « positive » qui correspond à l’image qu’on se fait de soi

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même et qu’on tente d’imposer aux autres C’est le besoin de reconnaissance de chacun, son côté narcissique

3.3.2.2 Notion de « FTA »

D’après les deux chercheurs, la face peut être perdue ou maintenue pendant l’interaction Ils notent qu’il existe une multitude d’actes de langage qui représentent une menace pour la face positive et la face négative Ces actes sont appelés actes menaçants pour la face ou « Face Threatening Acts » (FTAs) Les actes menaçants sont tous les actes ayant un effet négatif sur la face ou le territoire

de l’un ou de l’autre des deux partenaires de l’interaction De ce point de vue, Brown et Levinson ont distingué quatre catégories d’actes menaçants pour la face :

- Actes menaçants pour la face négative de celui qui les accomplit (son

« territoire ») : promesse, offre, … (les actes par lesquels on s’engage)

- Actes menaçants pour la face positive de celui qui les accomplit (son

narcissisme : aveu, excuse, remerciement, autocritique, auto-accusation,… (tout comportement « autodégradant »)

- Actes menaçants pour la face négative de celui qui les subit : ordre, requête, offre, suggestion, conseil, menace, interdiction, … (tous les comportements dérangeants ou incursifs)

- Actes menaçants pour la face positive de celui qui les subit : ce sont tous les comportements qui risquent de mettre en péril le narcissisme d’autrui par exemple : insulte, critique, offense, affront, réprimande, réfutation, moquerie, …

3.3.2.3 Notion de « face want » et « face work »

D’après Brown et Levinson, la face peut être perdue, maintenue ou valorisée pendant une interaction et la plupart des actes de langage échangés entre les interactants sont intrinsèquement menaçants pour cette double face C’est pourquoi, les participants sont à la fois dans l’attente ou le désir de préservation de leur propre face, et dans le devoir de ménagement des faces d’autrui Autrement dit,

le désir de préservation ou de sauver des faces est appelé « face want »

En agissant, on doit, d’une part, défendre sa face et d’autre part, protéger celle des autres Afin d’éviter de faire perdre la face à autrui et également à eux-

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mêmes, les interlocuteurs ont besoin d’utiliser des diverses stratégies de politesse que Goffman appelle « travail de figuration » ou « face work » Les trois facteurs qui interviennent dans le choix des stratégies de politesse sont :

- Le premier facteur est le degré de gravité du FTA

- Le deuxième facteur est la distance sociale (qui correspond à ce que l’on appelle la relation horizontale dans l’approche interactionniste) Celui-ci renvoie au fait qu’il est plus facile de produire le FTA à l’égard d’un proche qu’à l’égard d’un étranger Par exemple, il est plus facile d’emprunter de l’argent à ses parents qu’à ses voisins Dans tous les cas, plus la distance est grande, plus on a recours à des formulations polies dans la conversation

- Le troisième facteur est la relation de pouvoir (qui correspond également dans l’approche interactionniste à ce qu’on appelle la relation verticale) Celui-ci rend au fait qu’il est plus facile pour une personne qui se trouve en position haute dans l’interaction de produire un FTA à l’égard d’un destinataire en position basse que l’inverse Par exemple : un directeur d’une entreprise peut donner des remarques, des critiques ou des conseils à ses employés

3.3.3 Modèle de politesse de Kerbrat-Orecchioni

Il faut dire que Kerbrat-Orecchioni est la première à aborder le phénomène

de politesse linguistique en France Elle s’est inspirée des travaux de Brown et Levinson et ses recherches ont permis d’éclairer certaines confusions du modèle de ces deux auteurs Elle décrit les règles de la politesse dans son ouvrage « Les interactions verbales » [1992] En plus de la notion de FTA, l’auteure introduit celle

de FFA (Face Flattering Act) Elle redéfinit également la notion de politesse positive et de politesse négative ainsi que les stratégies de politesse

3.3.3.1 Notion de FFA

Dans leur perspective, Brown et Levinson n’abordent que les actes de langage qui sont potentiellement menaçants pour les faces positive et négative, c’est-à-dire des FTAs Ce qui signifie que les deux chercheurs examinent la politesse d’un point de vue « pessimiste » Cependant, les recherches de Kerbrat-Orecchioni [1997 : 132] ont permis d’envisager une autre facette de la politesse : il

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existe d’autres actes de langages ayant un effet positif pour la face En effet, dans la vie quotidienne, il existe bon nombre d’actes de langage qui valorisent la face des interactants : le compliment, le vœu, le remerciement, etc Ce genre d’acte est appelé par l’auteure FFA (Face Flattering Act) ou Anti-FTA On obtient par

conséquent, deux grandes catégories : FTA et FFA

3.3.3.2 Politesse positive vs Politesse négative

La notion de FFA de Kerbrat-Orecchioni [1996 : 54] permet de mieux cerner

la notion de politesse positive et de politesse négative

Brown et Levinson considèrent que la politesse positive est uniquement orientée vers la face positive, et que la politesse négative est seulement orientée vers

la face négative De ce fait, Kerbrat-Orecchioni souligne la confusion qu’il y a dans

la relation entre la notion positive et négative de la politesse et le FTA du point de vue des auteurs Elle note que le FTA peut menacer du même coup la face positive

et la face négative de l’interactant Elle souligne donc la différence entre la politesse négative et la politesse positive :

« La politesse négative est de nature abstentionniste ou compensatoire : elle consiste à éviter de produire un FTA, ou à adoucir par quelque procédé la réalisation – que ce FTA concerne la face négative (ex : ordre) ou la face positive (ex : critique) du destinataire »

Ce type de politesse consiste en ce sens à adoucir les FTAs, autrement dit, à réparer des FTAs ou à éviter de les produire

Quant à la politesse positive, elle est conçue comme la production d’un FFA

(ou d’un anti-FTA) : « La politesse positive est au contraire productionniste : elle

consiste à effectuer quelque FFA pour la face négative (ex : cadeau) ou positive (ex : compliment) du destinataire

Les politesses négative et positive, chez l’auteure, correspondent à la fois à

un double niveau de la face (négative et positive)

3.3.3.3 Manifestations linguistiques de la politesse

Après avoir étudié les notions de base : face négative et face positive, FTA et FFA, politesse négative et politesse positive, nous allons voir quelles sont les

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différentes réalisations de la politesse linguistique, en envisageant les procédés de la politesse négative et ceux de la politesse positive

a Procédés de la politesse négative

La meilleure façon d'être (négativement) poli, c'est d'éviter de commettre un acte qui, tout en ayant sa place dans l'interaction, risquerait d'être menaçant pour le destinataire (critique, reproche, etc.) Mais cette stratégie d’évitement n’est évidemment pas généralisable Pour réaliser la politesse, on peut utiliser des procédés que Kerbrat-Orrecchioni [1996a : 55-58] appellent des adoucisseurs Ces adoucisseurs peuvent être de nature paraverbale ou non verbale comme la voix douce, le sourire ou l’inclinaison latérale de la tête qui servent souvent à adoucir la requête, la réfutation En effet, l’une des principales fonctions du sourire est de neutraliser, au moins partiellement, un comportement menaçant

Par exemple : « Oui, maintenant, mon directeur est très occupé, il a une réunion

importante, alors, je vous ai dit de lui rappeler cet après-midi, mais… bon (rire) »

Dans cet exemple, la secrétaire est en interaction avec une représentante d’une société La secrétaire exprime un acte potentiellement menaçant pour la face positive de cette représentante, une critique qu’elle atténue avec un rire

D’après Kerbrat-Orrecchioni, les adoucisseurs de nature verbale se répartissent en procédés substitutifs et accompagnateurs

- Procédés substitutifs

Les procédés substitutifs consistent à remplacer la formulation la plus directe par une autre plus douce Parmi les procédés, la formulation indirecte de l’acte de langage est le procédé le plus important Par exemple : avec le cas de l’ordre, on peut constater que l’ordre est un acte particulièrement menaçant pour les faces de celui auquel il se destine Donc, on va le remplacer par cet acte moins coercitif en

donnant les questions ou les assertions appropriées Alors, au lieu de dire que : « Ta

chambre est une porcherie, range-la tout de suite ! » ou « Il faut absolument nettoyer la porcherie, c'est vraiment très sale là-dedans », on dira : « Tu n’as pas rangé ta chambre ? », « J’aimerais bien que tu ranges ta chambre », voire « Ta chambre est sale et mal rangée »

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En outre, pour adoucir un FTA, on peut également utiliser les désactualisateurs modal et temporel

+ Avec l’exemple précédent « Range ta chambre ! », on a « Tu devrais

ranger ta chambre » ou « Tu ferais mieux de la nettoyer maintenant! » (le

conditionnel présent)

+ « Pardon de t’interrompre de ton travail, je voulais seulement te demander

si tu voulais participer à une petite fête chez moi ce soir »

« J’aurais voulu savoir si » (le conditionnel et le passé de politesse) Dans

ce cas, le locuteur accomplit un acte par lequel il reconnaît le caractère menaçant de

sa demande de dire Cela pour atténuer les menaces, dans le cas, c’est l’acte dérangeant

Un autre procédé substitutif utilisé est les procédés rhétoriques comme la litote ou l’euphémisme :

+ La litote : La litote est une figure d’atténuation qui consiste à dire moins pour suggérer davantage (sous-entendre) On la rencontre dans les échanges

quotidiens pour critiquer ou reprocher Examinons cet exemple : « Ce n’est pas très

sympa ce que tu viens de faire » = « C’est moche, désagréable »

expression littérale (idée désagréable, triste) par une forme atténuée, adoucie

comme « Il nous a quitté » pour « Il est mort »

- Procédés accompagnateurs

À côté des procédés substitutifs, il existe encore des procédés accompagnateurs pour atténuer un FTA La façon la plus facile, c’est qu’on peut adoucir la formulation d’un FTA en l’accompagnant d’une formule spécialisée telle

que « s’il te/vous plaît » ou « je t’/vous en prie » comme « Fermez la porte, s’il

vous plaît ! »

par un énoncé « préliminaire » Par exemple : pour la requête, on dit : « Vous avez un

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moment ? » pour exprimer « Si vous avez un moment, je vous offre un verre »

Et puis, le minimisateur est un des procédés efficaces Il a pour fonction de sembler réduire la menace

locuteurs Il est aussi cumulé avec le conditionnel pour augmenter le degré de politesse de l'acte de requête

En outre, lorsqu’on utilise un modalisateur, c’est-à-dire, on exprime des comportements, des attitudes moins péremptoires, moins catégoriques, donc, le

contenu de l’énoncé est plus poli : « Il me semble que », « Il paraît que », « Il est

possible que », « Je pense/trouve que », « peut-être, probablement », « à mon avis » etc

De plus, l’utilisation des désarmeurs permet aux locuteurs d’anticiper une réaction négative possible de la part du destinataire de l’acte, et de tenter de la

désamorcer Par exemple : « Je sais que tu n’aimes pas prêter tes livres mais »

Enfin, on peut se servir des amadoueurs, sortes de « douceurs » visant à adoucir des FTAs

+ « Toi qui sais tout, dis-moi donc… »

b Procédés de la politesse positive

Les formules de politesse positive se prêtent volontiers à la formulation

intensive comme « Merci mille fois » et jamais « Merci un peu »

D'une manière générale, les locuteurs ont tendance à adoucir la formulation des actes menaçants, et à renforcer celle des actes valorisants (elle prend appui essentiellement sur les FFAs) ; à litotiser les énoncés impolis et hyperboliser les

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énoncés polis : « Ce voyage est vraiment extraordinaire! » mais « C’est un petit peu

salé pour mon gỏt »

Nous avons présenté ci-dessus brièvement la théorie des actes de langage, ses types de réalisation et ses facteurs d’influence (le contexte, la relation interpersonnelle dans l’interaction verbale et la politesse linguistique) Ces notions nous permettent d’étudier et d’analyser un des actes de langage – acte de conseil dans les deux chapitres qui suivent

4 Acte de conseil

4.1 Définition de l’acte de conseil

Pour bien comprendre l’acte de conseil, nous allons faire une recherche documentaire dans les différents dictionnaires et dans certains recueils de pragmatique

Selon Larousse [1993], « Conseiller » (verbe transitif) : 1 Indiquer à quelqu’un ce qu’il doit faire, lui recommander quelque chose ou quelqu’un ; donner

l’avis de faire telle chose, suggérer Ex : Je vous conseille cet excellent restaurant ;

2 Donner à quelqu’un des conseils, le diriger, l’orienter, lui servir de guide Ex :

Conseiller un enfant dans ses études

Le Dictionnaire Larousse a ainsi déterminé la nature (indiquer, recommander, suggérer quelque chose à quelqu’un) et l’objet (des conseils, ce que

quelqu’un doit faire) de l’acte de conseil « Conseiller » a des synonymes « inciter,

recommander, suggérer, diriger, orienter, préconiser » et le contraire de ce verbe,

c’est « déconseiller, défendre, dissuader, interdire » À travers des exemples

donnés, Larousse détermine aussi la définition du nom « conseiller »

D’après le Dictionnaire Lexis [2002], « conseiller ».v.tr (lat pop consiliare, lat class consiliari; v 1050) Conseiller quelqu’un, quelque chose à quelqu’un, à

quelqu’un de faire quelque chose, lui donner des avis en vue de modifier sa

conduite Ex : Le médecin lui a conseillé le bord de la mer (syn : recommander) ; Je

conseille aux gens pressés de prendre cet itinéraire (syn : engager, inciter) ; Conseiller un enfant dans ses études (syn : diriger, guider) ; Vous avez été mal conseillé

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Le Lexis a presque la même définition que Larousse [1993] ; d’une part, ce dictionnaire a donné les synonymes de ce verbe et d’autre part, il a également

présenté les antonymes comme : « déconseiller » (v.tr 1138) Déconseiller quelque

chose à quelqu’un, déconseiller à quelqu’un de faire quelque chose, l’en détourner,

l’en dissuader Ex : Je lui ai déconseillé cet achat, d’acheter cette maison

Le Niveau Seuil [1976 : 119] classe le conseil dans la catégorie des actes d’ordre, parmi les actes de proposer à autrui de faire quelque chose lui-même :

« I.8.3 conseiller :

+ Je vous conseille de lui en parler

Parlez-lui-en !

(Si je peux me permettre (de vous donner) un conseil,)

(Si vous voulez un conseil,)

(Je n’ai pas de conseil à vous donner, mais) + vous devriez lui en parler

+ il vaudrait mieux que vous lui en parliez

Il ressort des définitions des dictionnaires que l’acte de conseil est une sorte d’acte d’ordre qui consiste à indiquer, à recommander quelque chose à quelqu’un, qui exige un échange au moins de deux participants avec un certains types d’énoncés

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4.2 « Conseil » sous l’angle pragmatique

4.2.1 Valeurs illocutoires pertinentes et conditions de réussite de l’acte de conseil

Selon la classification des actes de langage proposée par Austin [1970 : 157], l’acte de conseil ainsi que l’acte de commandement, de proclamation, d’avertissement…, appartiennent à la catégorie des exercitifs Selon la taxinomie

des actes illocutoires élaborée par Searle dans son ouvrage Sens et expression

[1982 : 32], l’acte de conseil est classé dans la catégorie des directifs La détermination de la nature de l’acte est importante parce que tout acte illocutoire appartient à une classe en tant que sous type partageant toutes les propriétés définitives du type en question De plus, si un acte illocutoire appartient à une classe, il est influencé par les conditions d’emploi de cet acte Alors, qu’est-ce que l’acte exercitif, l’acte directif et quelles sont leurs conditions d’emploi ?

Selon Austin [1970 : 157], « il y a exercitif lorsqu’on formule un jugement

(favorable ou non) sur une conduite, ou sur sa justification (…) Les exercitifs peuvent impliquer que d’autres sont « obligés », « ont le droit » ou « n’ont pas le droit » d’effectuer certains actes » Autrement dit, les exercitifs sont des actes qui

consistent à décider des actions à suivre ou qui donnent un point de vue pour ou contre une décision Ces actes concernent les verbes comme suit : conseiller, solliciter, annoncer, proclamer, condamner, avertir, plaider, supplier, etc

D’après la définition de Searle, les « directives » sont des actes qui ont pour but illocutoire d’amener l’auditeur à réaliser l’action souhaitée qui va de la suggestion à l’ordre Cette catégorie regroupe ainsi toute acte ayant la tentative de faire agir autrui, visant à changer l’action d’autrui Les actes directifs correspondent aux verbes comme : ordonner, commander, demander, solliciter, réclamer, inviter, supplier, permettre, conseiller, prier, insister, suggérer, etc Tous ces actes ont en commun la force illocutoire (agir sur l’interlocuteur) mais ils se distinguent par leur degré de contrainte et par le fait qu’ils demandent à autrui de faire quelque chose ensemble ou tout seul

Comme les autres actes directifs, l’acte de conseil est accompagné de certaines conditions de réussite proposées par Searle [1972 : 108]

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- Le locuteur L a des raisons de penser que le fait C sera profitable à l’auditeur A

- S’il n’y a pas de conseil, le locuteur L et l’auditeur A croient que A n’effectue pas le fait C de toute façon

- Le locuteur L pense que le fait C sera profitable à l’auditeur A

Searle constate que « contrairement à ce qu’on pourrait supposer, conseiller

n’est pas une manière de prier quelqu’un de faire quelque chose Il est intéressant

de comparer : « conseiller » avec « pousser quelqu’un à faire quelque chose »,

« inviter à » et « recommander » Conseiller, ce n’est pas essayer de vous faire faire quelque chose comme c’est le cas de demander Conseiller, c’est plutôt vous dire ce que vous avez intérêt à faire »

Et quelles sont valeurs illocutoires d’un conseil, ce qui fait différence avec d’autres actes ? L’ordre, la requête et le conseil sont les actes directifs qui ont le même but illocutoire : le locuteur demande à l’auditeur de faire quelque chose La différence réside en ce que l’ordre est défini comme une « obligation », un

« commandement » et que l’auditeur obligé d’exécuter des tâches, ne peut pas les

refuser Par exemple : la mère dit à sa fille : « Ta chambre est une vraie porcherie,

tu dois la ranger tout de suite ! » En réalisant l’ordre, le locuteur exprime aussi sa

force et sa position est plus haute que celle de l’auditeur Tandis que la requête qui signifie une « prière », manifeste la volonté et le souhait du locuteur vis-à-vis

de l’exécution de l’acte par l’interlocuteur Et le destinataire a le droit de réaliser ou

non l’acte proposé Par exemple : « Il fait froid dehors, chéri, tu pourrais fermer la

porte ? » Pour l’acte de requête, le bénéfice est destiné au locuteur Par rapport à

l’acte de conseil : « Tu es malade, je te conseille d’aller chez ton médecin de

famille » ; comme la requête, le destinataire peut réaliser ou non la suggestion, mais

il est demandé d’accomplir une action qui est au bénéfice de soi-même

En outre, observons les énoncés suivants pour trouver les différences dans la valeur illocutoire des actes de langage Le mot interrogatif « pourquoi » est utilisé pour formuler des questions Ces question, dans quel cas sont-elles une invitation,

un reproche ou un conseil ? À la soirée, lorsque vous étiez debout seule, un homme

est venu et vous a demandée : « Pourquoi ne voulez-vous pas danser un peu ? » Le

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sous-entendu de cet énoncé qui est détectable grâce au facteur contextuel, peut être compris comme une invitation, une offre ou une suggestion Ou un couple se

dispute tel ou tel problème et la fille crie : « Pourquoi tu es si méchant avec moi ? »

C’est un reproche, le reprocheur veut interroger sur le motif de la conduite du reproché et cet acte menace la face du reproché Un autre exemple : vous êtes inquiète quand vous ne savez pas comment faire plaisir à votre mère pour son

anniversaire et une amie intime vous donne le conseil : « Pourquoi tu ne lui offres

pas un cadeau spécial : un album de souvenirs qui réunit tous tes plus beaux moments en famille ? » Dans cet exemple, la fille reçoit le conseil utile à suivre

pour surprendre sa mère lors de son anniversaire Au contraire du reproche, les conseils que le locuteur a donnés à l’interlocuteur, lui ont bien profité

De plus, l’action de conseil doit aussi recourir aux moyens linguistiques

comme les verbes vouloir, avoir envie, désirer, recommander, conseiller, suggérer,

etc, les phrases interrogative, impérative, etc… pour mettre au point de l’énoncé En

réalisant cet acte, le locuteur réalise l’acte illocutoire Celui-ci consiste à donner des recommandations à une personne La valeur perlocutoire est définie par la réaction

de l’interlocuteur Ce dernier peut accepter, refuser en remerciant pour le conseil, en éprouvant la joie, la contrainte

Les échanges comportent en général trois interventions : initiative, réactive et évaluative Le conseil peut être un acte initiatif dans le contexte comme suit : quand

la mère trouve que son fils a eu un mauvais résultat scolaire et qu’il aime seulement

jouer des jeux-vidéo, elle lui conseille immédiatement : « Tu dois apprendre

sérieusement et te concentrer sur l’apprentissage ! »

Le conseil est non seulement un acte initiatif mais encore un acte réactif

(pour ou contre) à une certaine décision C’est-à-dire, cet acte est considéré comme

un type d’enchaînement sur tel ou tel fait, sur telle ou telle décision

de l’interlocuteur

Ex :

A : (…) Je veux être seule et est-il important lorsqu’on rentre au secondaire d’avoir du « soutien social » ?

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(Situation 33 – corpus en français)

B : Bien sûr qu’il est important d’avoir des amis Et d’ailleurs, on en a

besoin toute la vie et pas seulement à l’école Les amis, c’est ce qu’il y a de mieux pour partager, s’amuser, se confier, se soutenir Tu en as tous besoin !

Le locuteur n’est pas d’accord avec l’opinion d’être seule à l’école de l’interlocuteur parce qu’il faut avoir des amis pour tout partager dans la vie Dans ce cas, le conseil est un acte réactif

4.2.2 Types de conseil basés sur la forme linguistique du conseil

En se basant sur la forme linguistique du conseil, on a deux types de conseil : direct et indirect

4.2.2.1 Conseil direct

On peut formuler explicitement un conseil et pour le faire, on dispose de deux moyens : verbes performatifs et formes de phrase

+ En français :

- Les verbes performatifs « conseiller », « recommander », « suggérer »

(1) Tu dois être tranquille, je te suggère de respirer profondément

(2) Je vous recommande de respecter les limites de vitesse

(3) Je te conseille de boire un verre d’eau avant les repas

- La forme de phrase injonctive

(1) N’aie pas peur !

(2) Faites attention surtout aux passages à piétons !

(3) N’arrive pas en retard !

(4) Il faut être patient !

(5) Il faut travailler sérieusement pour améliorer ton français !

+ En vietnamien :

- Les verbes performatifs « khuyên », « khuyên nhủ »

(1) Tôi khuyên bạn ăn ít đồ ngọt thôi

-> Je te conseille de manger moins de sucreries

(2) Tớ khuyên bạn nên đọc quyển sách này

-> Je te conseille de lire ce livre

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- Les formes de phrase

+ La phrase assertive : on utilise des particules qui ont une valeur affirmative comme « phải », « cần », « nên »

(1) Bạn phải đến lớp đúng giờ

-> Tu dois être à l’heure à l’école

(2) Bạn nên cố gắng để thành công trong kì thi này

-> Tu devrais faire des efforts pour réussir à cet examen

(3) Bạn cần nghỉ ngơi và thư giãn vào cuối tuần để lấy lại năng lượng

-> Tu as besoin de te détendre et te reposer le week-end pour reprendre l’énergie

+ La phrase impérative : on utilise les particules qui ont des valeurs impératives affirmative « hãy » et négative « đừng » qui se trouvent au début de l’énoncé

(1) Hãy tin tưởng vào bản thân bạn !

-> Aies confiance en toi !

(1) Tu veux garder la forme, pourquoi ne pas t’inscrire à un club de sport ?

(2) Tu es triste de la perte d’une amie intime, pourquoi ne pas essayer de partager

ta peine avec ta mère ?

Ou on formule des questions qui ont la valeur de conseil sans mot interrogatif :

(3) Tu penses bien manger au petit-déjeuner ? C’est le repas le plus important !

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un lieu calme pour qu’il fasse ses devoirs ?

b Conseil indirect non-conventionnel en français et en vietnamien

Dans certaines situations de communication, il existe des énoncés qui sont considérés comme des conseils indirects non-conventionnels L’énoncé ne porte pas sur le locuteur ni sur l’interlocuteur Cependant, dans une situation précise entre deux personnes, deux amis ou deux amoureux par exemple, on peut comprendre qu’il s’agit d’un conseil Nous observons l’exemple suivant :

(1) : Đang trong rạp chiếu phim mà !

-> On est au cinéma !

Mais dans ce cas, on voudrait exprimer clairement, explicitement son désir, son conseil ou sa suggestion au lieu de façon implicite

« Đang trong rạp chiếu phim mà, bạn nên tắt chuơng điện thoại đi ! »

-> On est au cinéma Vous devriez éteindre votre téléphone !

Ou quand la mère dit à son fils :

(2) : Ta chambre est désordonnée !

Cela veut dire que la mère lui donne un conseil : « Ta chambre est

désordonnée et tu dois la ranger ! »

Donc, on peut comprendre que la force illocutoire des conseils indirects conventionnels est implicite et qu’on doit recourir au contexte pour les interpréter

non-Et c’est seulement dans ce contexte-là, à ce moment-là que tel ou tel énoncé peut recevoir une valeur de conseil

4.2.3 Facteurs d’influence sur l’acte de conseil

4.2.3.1 Contexte

Pour formuler un conseil approprié, le locuteur doit prendre en considération des conditions d’appropriation contextuelles Il doit aussi adapter son conseil au

« contexte temporel » et au « contexte du destinataire » : à qui, quand, ó, comment

on formule un conseil Ce qui demande au locuteur de choisir des formulations adéquates

4.2.3.2 Conseil et relation interpersonnelle

- L’acte de conseil et la relation horizontale

Trang 38

Dans la conversation, les participants peuvent être plus ou moins « proches »

ou au contraire « éloignés » L’axe de la relation horizontale est un axe graduel orienté d’un côté vers la distance, et de l’autre vers la familiarité et l’intimité

En effet, les personnes peuvent proposer des conseils à des inconnus et même des connaissances La relation entre les connaissances est très variée Par exemple : les conseils se déroulent dans la relation familiale, entre les membres de la famille : parents-enfants, frères-sœurs, mari-femme, oncle-tante, etc… ; dans les relations intimes : entre amis, collègues, chef et employé, professeur et élève, docteur et patient, etc… En observant les situations dans nos deux corpus (en français et en vietnamien), on constate que les conseils sont formulés par les inconnus grâce à des exemples recueillis sur le forum Selon le Dictionnaire Larousse (1993), le forum est « un espace public virtuel destiné à l’échange de messages sur un thème donné » Quand un utilisateur poste un message, il crée une discussion Pour participer à cette discussion sur le forum, on doit d’abord créer un compte d’utilisateur et après, il est facile d’échanger des avis personnels C’est pourquoi, bien que la plupart des utilisateurs ne se connaissent pas, ils peuvent donner

rapidement des conseils, des indications,…

- L’acte de conseil et la relation verticale

Les partenaires en présence dans l’interaction ne sont pas toujours égaux : l’un d’entre eux peut se trouver en position « haute », alors que l’autre est placé en position « basse » C’est pour cette raison que la relation verticale est égalitaire (échanges entre amis, copains, collègues…) et inégalitaire (échanges entre adulte et enfant, maître et élève, médecin et malade, locuteur natif et non natif…) L’inégalité

ou l’égalité des participants reposent sur des facteurs du contexte tels que l’âge, le sexe, le statut, le rôle interactionnel ; ou encore sur des qualités personnelles comme

la maîtrise de la langue, la compétence, l’expérience…

Il relève de nos deux corpus que les échanges des conseils vont dans cette double relation : égalitaire et inégalitaire mais les échanges de la relation de type égalitaire sont plus nombreux

En résumé, à propos de la relation horizontale, les conseils recueillis dans

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notre corpus sont donnés par les inconnus, tandis que dans la relation verticale, l’échange du conseil est principalement favorable à la relation égalitaire et pour la relation inégalitaire, il est plutôt ascendant

4.2.4 Conseil et face des interactants

Comme nous savons, les actes de langage se répartissent en deux catégories :

actes menaçants pour les faces (Face Threatening Acts – FTAs) et actes valorisants pour les faces (antiFTAs – Face Flattering Acts – FFAs) Il se trouve que l’acte de

conseil pose des problèmes : il menace la face du locuteur ou du destinataire ? Et cet acte menace quelle face des interactants ? La face positive ou la face négative ?

4.2.4.1 Conseil et face du destinataire

En premier lieu, le conseil est un acte menaçant pour la face négative du destinataire Pour la face négative de l’interlocuteur, les violations territoriales peuvent être de nature non verbale (des offenses proxémiques, des contacts corporels indus, des agressions visuelles ou sonores,…) et aussi de nature verbale (des questions dites indiscrètes, l’ensemble des actes dérangeants ou directifs comme l’ordre, la requête ou le conseil) En effet, quand le locuteur formule un conseil, si c’est un bon conseil, le destinataire devra le suivre C’est pour cela que l’acte de conseil est considéré comme un FTA pour la face négative ou pour le territoire de l’interlocuteur En deuxième lieu, le conseil est aussi menaçant pour la face positive du destinataire puisque c’est un acte qui risque peut-être de mettre en péril le narcissisme d’autrui Concrètement, le conseil peut mettre en position basse

celui qui le reçoit

4.2.4.2 Conseil et face du locuteur

Le conseil est un acte menaçant non seulement la face négative mais encore la face positive du destinataire Une question se pose : est-ce que l’acte de conseil menace la face du locuteur ? La face positive ou négative ?

En proposant des conseils à l’interlocuteur, le locuteur donc se place en position haute et met son partenaire en position basse Tout cela produit un FFA pour la face positive du locuteur En particulier, s’il est certain que l’interlocuteur accepte et suit des conseils, la face positive du locuteur est encore plus valorisée Si

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l’interlocuteur pense que le conseil donné n’est pas exact, il ne le suit pas, il peut le réfuter ou le renvoyer au locuteur Dans ce cas, il garde facilement sa face tandis que la face du locuteur est menacée Ainsi, le conseil constitue un FFA et un FTA pour la face du locuteur ; un FTA et un FFA pour celle du destinataire

Ngày đăng: 23/09/2020, 22:02

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