Perception des apports de la France et d’autres pays francophones dans le domaine de la santé de Danang par des gens travaillant dans ce secteur .... Perception du rôle de la langue fra
Trang 1UNIVERSITÉ NATIONALE DE HANOI UNIVERSITÉ DE LANGUES ET D’ÉTUDES INTERNATIONALES
LE TRAN THANH CUONG
RÔLE DE LA LANGUE FRANÇAISE DANS LE DÉVELOPPEMENTDE LA VILLE DE DANANG
THÈSE DE DOCTORAT
EN DIDACTIQUE
Hanoi - 2015
Trang 2UNIVERSITÉ NATIONALE DE HANOI UNIVERSITÉ DE LANGUES ET D’ÉTUDES INTERNATIONALES
LE TRAN THANH CUONG
RÔLE DE LA LANGUE FRANÇAISE DANS LE DÉVELOPPEMENTDE LA VILLE DE DANANG VAI TRÒ CỦA TIẾNG PHÁP TRONG SỰ PHÁT TRIỂN
1 Prof.Dr Trinh Duc Thai
2 Prof.Dr Trinh Van Minh
Hanoi-2015
Trang 3Remerciements
Je tiens d’abord à exprimer ma profonde gratitude et mes remerciements sincères à mes directeurs de recherche, Monsieur le professeur-docteur TRINH Duc Thai, Monsieur le professeur-docteur TRINH Van Minh, pour leur grande disponibilité, leurs dévouements, leurs soutiens, leurs conseils judicieux et les encouragements qu’ils m’ont accordés tout au long de ce travail de recherche
J’exprime également mes remerciements à Monsieur NGUYEN Lan Trung, professeur-docteur en sciences du langage; à Monsieur NGUYEN Quang Thuan, professeur-docteur en sciences de l’éducation; à Monsieur TRAN Dinh Binh, professeur-docteur en sciences de l’éducation; qui m’ont donné des conseils précieux et permis l’aboutissement de ce travail dans les meilleures conditions
Je tiens aussi à remercier les responsables du lycée à option Le Quy Don, du Service de l’Éducation et de la Formation à la ville de Danang, à mes collèguesde leur aide et des conseils efficaces pour la bonne fin de la thèse
Finalement, je dois cette bonne fin de la thèse à mes parents, à ma famille ainsi qu’à tous mes amis qui étaient toujours avec moi et m’ont beaucoup encouragé tout au long de ce travail de recherche
Trang 4Je, soussigné, LE Tran Thanh Cuong, déclare sur l’honneur que la présente étude a été réalisée par moi-même Les données et les résultats présents dans cette thèse sont fidèles et ils n’ont jamais été publiés ailleurs
Le doctorant
LE Tran Thanh Cuong
Trang 5TABLE DES MATIÈRES
INTRODUCTION 1
CHAPITRE I 12
CADRE CONCEPTUEL 12
1.1 LANGUE ET CULTURE 12
1.1.1 Langue première ou langue maternelle, langue seconde et langue étrangère 15
1.1.2 Le français langue seconde (FLS) 18
1.1.2.1 Didactique du français langue seconde 20
1.1.2.2 Objectif du FLS 20
1.1.2.3 Structure pour le FLS 21
1.2 CULTURE 24
1.2.1 Pluralité de sens 25
1.2.2 Définition 26
1.2.3 Caractéristique 27
1.2.4 Aspect de la culture 27
1.3 RAPPORT ENTRE LA LANGUE ET LA CULTURE 29
1.4 PLURILINGUISME 31
1.4.1 Concept «plurilinguisme» 32
1.4.2 Compétences plurilingue et pluriculturelle 33
1.4.3 Approche plurilingue 34
1.4.4 Plurilinguisme et économie 35
1.4.5 Apprentissage par l’application 39
1.5 DIVERSIFICATION DE L’OFFRE LINGUISTIQUE 40
1.5.1 Différenciation des objectifs d’apprentissage selon des langues 40
1.5.2 Mobilisation des connaissances acquises pour la compréhension d’autres langues 40
1.5.3 Nouvelle réflexion sur la succession des langues 41
CHAPITRE II 42
ENSEIGNEMENT DU FRANÇAIS AU VIETNAM 42
2.1 CONTEXTE GÉNÉRAL 42
2.2 IMPLANTATION DE LA LANGUE FRANÇAISE AU SERVICE DE LA POLITIQUE COLONIALE 45
Trang 62.3 LANGUE FRANÇAISE À PARTIR DE 1954 JUSQU’À 1975 55
2.3.1 Langue française au Sud – Vietnam 56
2.3.2 Langue française au Nord – Vietnam 58
2.4 ENSEIGNEMENT DU FRANÇAIS AU VIETNAM 60
2.4.1 Programme d’enseignement intensif du français 62
2.4.2 Situation des classes bilingues à la fin du projet 63
2.4.3 Enseignement du français au milieu universitaire 67
2.4.4 Enseignement du français en dehors du système éducatif national 70
2.5 ENSEIGNEMENT DU FRANÇAIS À LA VILLE DE DANANG 71
2.5.1 Contexte général 72
2.5.2 Enseignement/apprentissage du français aux primaires 72
2.5.3 Enseignement/apprentissage du français aux secondaires 74
2.5.4 Enseignement/apprentissage du français aux lycées 76
2.5.5 Enseignement du français au milieu universitaire 78
CHAPITRE III 79
MÉTHODOLOGIE DE RECHERCHE 79
3.1 PREMIÈRE ENQUÊTE 80
3.1.1 Population et échantillon 80
3.1.2 Questionnaire 81
3.1.3 Déroulement de l’enquête 84
3.2 DEUXIÈME ENQUÊTE 85
3.2.1 Population et échantillon 85
3.2.2 Questionnaire 86
3.2.3 Déroulement de l’enquête 88
3.3 TROISIÈME ENQUÊTE 88
3.3.1 Population et échantillon 88
3.3.2.Questionnaire 89
3.3.3 Déroulement de l’enquête 92
3.4 QUATRIÈME ENQUÊTE 93
3.4.1 Population et échantillon 93
3.4.2 Questionnaire 93
Trang 73.4.3 Déroulement de l’enquête 97
3.5 CINQUIÈME ENQUÊTE 97
3.5.1 Population et échantillon 97
3.5.2 Questionnaire 98
3.5.3 Déroulement de l’enquête 101
3.6 SIXIÈME ENQUÊTE 102
3.6.1 Population et échantillon 102
3.6.2 Questionnaire 102
3.6.3 Déroulement de l’enquête 105
3.7 ENTREVUES SEMI-STRUCTURÉES 106
3.8 ANALYSE DES DOCUMENTS 106
CHAPITRE IV 108
ANALYSE ET INTERPRÉTATION DES RÉSULTATS 108
4.1 ANALYSE ET INTERPRÉTATION DES RÉSULTATS OBTENUS DANS LES QUESTIONNAIRES 108
4.1.1 Rôle de la langue française dans l’éducation et la formation 108
4.1.1.1 Perception des apports de la France et d’autres pays francophones à l’éducation et à la formation de Danang par des enseignants 108
4.1.1.2 Perception du rôle de la langue française dans le domaine de l’éducation et de la formation de la ville de Danang par des enseignants 109
4.1.1.3 Perception du rôle du français dans le domaine de l’éducation et de la formation par des étudiants 111
4.1.1.4 Perception de l’enseignement-apprentissage et l’utilisation de la langue française à Danang par des enseignants 112
4.1.1.5 Perception de l’enseignement-apprentissage et l’utilisation de la langue française à Danang par des étudiants 112
4.1.1.6 Perception de la politique linguistique du pays et de la ville de Danang par des enseignants 114
4.1.2 Rôle de la langue française dans le secteur touristique de Danang 115
4.1.2.1 Perception des apports de la France et d’autres pays francophones au tourisme de Danang par des gens travaillant dans ce secteur 115
Trang 84.1.2.2 Perception du rôle de la langue française dans le tourisme de Danang par des gens travaillant dans ce secteur 116 4.1.2.3 Perception de l’enseignement/apprentissage et l’utilisation du français dans de prochaines années par des gens travaillant dans le secteur touristique 117
4.1.3 Rôle de la langue française dans le domaine de la santé de Danang 118
4.1.3.1 Perception des apports de la France et d’autres pays francophones dans le domaine de
la santé de Danang par des gens travaillant dans ce secteur 118 4.1.3.2 Perception du rôle de la langue française dans le domaine de la santé de Danang par des gens travaillant dans ce secteur 119 4.1.3.3 Perception de l’enseignement/apprentissage et l’utilisation du français à Danang par des gens travaillant dans le domaine de la santé 120
4.1.4 Rôle de la langue française dans le domaine économique de Danang 122
4.1.4.1 Perception des apports de la France et d’autres pays francophones dans le domaine économique de Danang par des gens travaillant dans ce secteur 122 4.1.4.2 Perception du rôle de la langue française dans le domaine économique de Danang par des gens travaillant dans ce secteur 122 4.1.4.3 Perception de l’enseignement/apprentissage et l’utilisation du français à Danang par des gens travaillant dans le domaine économique 124
4.1.5 Rôle de la langue française dans le domaine culturel à Danang 125
4.1.5.1 Perception des apports de la France et d’autres pays francophones dans le domaine culturel à Danang par des gens travaillant dans ce domaine 125 4.1.5.2 Perception du rôle du français dans le domaine culturel à Danang par des gens travaillant dans ce domaine 126 4.1.5.3 Perception de l’enseignement/apprentissage et l’utilisation du français à Danang par des gens travaillant dans le domaine culturel 127
4.2 ANALYSE ET INTERPRÉTATION DES RÉSULTATS OBTENUS DANS LES ENTREVUES 128 4.3 ANALYSE ET INTERPRÉTATION DES RÉSULTATS OBTENUS À L’ANALYSE DES DOCUMENTS D’ARCHIVES 129 4.3.1 Apports de la France et d’autres pays francophones à l’éducation et à la formation de Danang au travers des documents 129
Trang 94.3.2 Apports de la France et d’autres pays francophones au domaine touristique de
Danang au travers des documents 132
4.3.3 Apports de la France et d’autres pays francophones au domaine économique de Danang au travers des documents 135
4.3.4 Apports de la France et d’autres pays francophones au domaine culturel à Danang au travers des documents 138
4.4 IMPLICATIONS ET RECOMMANDATIONS 139
4.4.1 Rapport entre les représentations de la francophonie et l’enseignement/apprentissage du français 139
4.4.2 Enseignement du français lié aux représentations de la francophonie 141
4.4.3 Renforcement de l’image positive de coopérations entre la France et d’autres pays francophones et la ville de Danang 142
4.4.4 Débouché offert aux ressortissants francophones 144
4.4.5 Politique linguistique 146
4.4.5.1 Renforcement des programmes de formation continue des enseignants de français 146
4.4.5.2 Programme de jumelage scolaire et d’échange international 148
4.4.5.3 Multilinguisme 149
CONCLUSION 151
BIBLIOGRAPHIE 155 ANNEXE
Trang 10LISTE DES TABLEAUX
2.1 Enseignement du français et en français au Vietnam 69
3.1 Caractéristiques sociales des enseignants enquêtés 80
3.3 Caractéristiques sociales des élèves/étudiants enquêtés 85
3.5 Caractéristiques sociales des cadres et employés enquêtés 89
3.7 Caractéristiques sociales des médecins et des administrateurs en
médecine enquêtés
93
3.9 Caractéristiques sociales des cadres et employés enquêtés 98
3.11 Caractéristiques sociales du «sujet 6» enquêté 102
4.1 École polytechnique – Université de Danang – Intitulé de la
formation : Génie chimique des gaz et du pétrole
131
4.2 École polytechnique – Université de Danang – Intitulé de la
formation : Technologie d’’informatique
131
4.3 Quantité des touristes francophones à la ville de Danang 133 4.4 Contribution du tourisme à la croissance de GDP 134 4.5 Chiffre d’affaires d’import-export entre la France et Danang 136
Trang 11LISTE DES FIGURES
4.1 Perception des apports de la France et d’autres pays francophones à
l’éducation et à la formation de Danang par des enseignants
109
4.2 Perception du rôle de la langue française dans domaine de l’éducation et
de la formation de la ville de Danang par des enseignants
110
4.3 Perception du rôle du français dans le domaine de l’éducation et de la
formation par des étudiants
111
4.4 Perception de la politique linguistique du pays et de la ville de Danang
par des enseignants
114
4.5 Perception des apports de la France et d’autres pays francophones au
tourisme de Danang par des gens travaillant dans ce secteur
115
4.6 Perception du rôle de la langue française dans le tourisme de Danang
par des gens travaillant dans ce secteur
4.9 Perception du rôle de la langue française dans le domaine de la santé de
Danang par des gens travaillant dans ce secteur
4.12 Perception des apports du rôle de la langue française dans le domaine
économique de Danang par des gens travaillant dans ce secteur
4.15 Perception du rôle du français dans le domaine culturel à Danang par
des gens travaillant dans ce domaine
127
4.16 Position préférée du français parmi des langues étrangères 128
Trang 121
INTRODUCTION
Les langues étrangères sont une nécessité de la planète: tout le monde a besoin de les connaître Elles jouent un grand rôle dans notre vie La connaissance des langues étrangères permet d’ouvrir la porte vers le monde, vers la coopération mondiale Les langues représentent un pont entre hommes et cultures La connaissance des langues étrangères et le plurilinguisme ne sont pas seulement un atout pour les gens, mais c’est aussi une possibilité de développement économique, social et culturel pour un pays ou une région
En effet, on ne peut nier que la connaissance des langues étrangères joue le rôle essentiel dans la coopération internationale C’est la voie vers la communication entre les nations du monde C’est la garantie de la réalisation des projets mondiaux très importants, le réchauffement climatique, la crise économique
et financière, etc On organise des sommets internationaux auxquels participent tous les pays du monde préoccupés par ces problèmes et bien sûr on communique dans une langue internationale Connaître des langues étrangères signifie connaître le monde, comprendre les gens C’est un principe majeur dans la coopération mondiale, puisque apprendre des langues étrangères ne signifie pas seulement communication et changement Ainsi dans l’Union Européenne, c’est l’anglais et le français qui sont les clefs de la communication et du fonctionnement de cette Union internationale
Les langues étrangères ont une importance énorme pour le développement économique, social et culturel d’un pays Prenons un exemple: la Commission Européenne a réalisé en 2006 une étude qui montre le fait que chaque année des entreprises européennes perdent des affaires à cause des salariés qui ne connaissent pas de langues étrangères
Le français est la langue la plus utilisée, après l’anglais, dans des organisations internationales Le français est, avec l’anglais, langue de travail du
Trang 13le français est langue de travail privilégiée
Le français est langue de travail dans les organisations non gouvernementales telles que le Comité international de la Croix Rouge, Amnesty International, Médecins sans frontières, Avocats sans frontières, Médecins du monde
Le français est langue unique utilisée dans les délibérés de la Cour de justice européenne
Enfin, le français est langue officielle de l’Union Postale Universelle
L’impact économique de la langue française est vraiment important En effet, grâce à la langue française, 75 États et gouvernements membres et observateurs de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) de tous les continents, dont
le niveau de développement se situe aux deux extrêmes de l’échelle des richesses, peuvent entretenir un dialogue régulier Confrontés à des contextes économiques, climatiques, écologiques, commerciaux et géostratégiques très divers, des pays membres et observateurs de l’OIF se concertent sur les grandes questions économiques mondiales, soit la régulation financière, le développement durable, la croissance verte, les financements innovants pour le développement et la sécurité alimentaire des pays francophones en développement Au-delà des idées générales sur la place du français dans le domaine des affaires ou de la finance et sur la
Trang 143
nécessité de maỵtriser l’anglais pour être concurrentiel sur le marché du travail, les données statistiques et études consultées sur le sujet révèlent trois choses qui suivent:
- Les États dont le français est une langue officielle, souvent aux cơtés d’autres langues, et plus généralement les États et gouvernements membres de l’OIF, pèsent significativement dans l’économie mondiale, notamment dans les secteurs culturels
- Parler français est un atout professionnel Plus que jamais, la maỵtrise de plusieurs langues, dont une de communication internationale comme le français, constitue un atout décisif dans la compétition internationale et les économies mondialisées
- L’intensité des échanges de marchandises et de capitaux entre des pays qui partagent la langue française comme langue officielle permet de poser l’hypothèse d’une «préférence linguistique» comme l’une des composantes favorables aux relations économiques entre les territoires
La Francophonie compte de nombreux pays membres au sein de divers regroupements économiques régionaux en Amérique, en Afrique, en Europe et en Asie, qui en font une force d’attraction pour les échanges favorisant l’emploi et la croissance économique
En 2010, les pays membres et observateurs de l’OIFreprésentaient 14% de la population mondiale, mais 14% du revenu national brut mondial, 20% des échanges mondiaux de marchandises(Fond monétaire internationale, Direction of Trade Statistics, Yearbook, 2011) [63] et 11% des échanges mondiaux de produits et services culturels(CNUCED (UNCTAD), Creative Economy Report 2010 Statistiques datant de 2008)[63]
L’étude «Le poids économique de la langue française dans le monde»qui est réalisée par la Fondation pour les études et recherches sur le développement
international (FERDI) en 2012 met en lumière la corrélation positive entre l’appartenance d’un pays à la zone francophone et son poids dans les échanges commerciaux Ainsi, le partage d’une langue commune stimulerait les flux commerciaux d’environ 33% en moyenne: il abaisse en effet les cỏts à
Trang 154
l’exportation, permettant aux entreprises de pénétrer plus facilement un nouveau marché à l’exportation et de maintenir des flux existants L’appartenance à l’espace francophone, qui représente 15% de la richesse mondiale et 1/10ème des terres agricoles, est par conséquent source de potentialités, a fortiori en période de crise,
notamment pour nos partenaires du Sud qui en sont les principaux bénéficiaires
Les recherches de Grin (2005) [48] sur le poids économique des langues ont traité la question du français pour les 29 pays ó le français est la langue officielle
ou co-officielle, auxquels s’ajoute une vingtaine de pays ó le français a conservé une place importante dans la vie sociale, culturelle et éducative Ces recherches nous permettent de déterminer que l’ensemble de ces pays «francophones» pèse économiquement 2,87 fois son poids démographique Ce résultat correspond au coefficient obtenu en rapportant la somme des indicateurs économiques (RNB, PIB)des 49 pays à la somme de leurs indicateurs démographiques lorsque celles-ci sont comparées aux indicateurs économiques et démographiques mondiaux Il est à noter également que le français arrive au second rang du baromètre Calvet des langues du monde, qui évalue le poids des langues relativement à dix facteurs distincts auxquels est attribuée la même pondération Parmi ces facteurs, on peut citer notamment le nombre de locuteurs, l’indice de développement humain, le taux
de pénétration d’Internet et les traductions ayant le français tantơt comme langue source, tantơt comme langue cible
Les pourcentages relevés ci-dessous laissent supposer que l’appartenance à la Francophonie et le français comme langue en partage sont des facteurs de solidarité plus marqués La Belgique verse notamment 31% du montant qu’elle destine à l’aide publique au développement aux pays ayant le français comme langue officielle ou co-officielle Elle verse 37,4% de ce même montant aux membres et observateurs de la Francophonie Le Luxembourg attribue, pour sa part, 32,2% de l’aide publique au développement qu’il octroie aux membres et observateurs de la Francophonie, et la France en attribue 25,7% Les liens historiques qui unissent
Trang 165
toujours certains pays européens et certains pays d’Afrique sont à prendre en compte dans l’analyse de ces résultats
Les Rencontres internationales de la Francophonie économique (RIFE) (2008
et 2012) permettent à plusieurs centaines d’opérateurs économiques francophones d’organiser le renforcement des liens d’affaires entre francophones Elles ont l’occasion d’exprimer l’intérêt économique du français, langue de l’entrepreneuriat,
de l’harmonisation juridique et fiscale, de la propriété intellectuelle, des investissements internationaux, etc De son cơté, le Forum francophone des affaires (FFA) constitue, depuis 1987, un réseau regroupant des entreprises issues des pays membres et observateurs de la Francophonie
Concernant le français et le marché de l’emploi, grâce aux forums francophones pour l’emploi organisés à Bucarest ou à Hanọ à l’initiative de l’Agence universitaire de la Francophonie, plusieurs centaines de jeunes francophones peuvent présenter chaque année leur candidature aux entreprises réunies pour l’occasion Au Liban par exemple, une enquête menée auprès de 91 entreprises (dont 53% de droit libanais) révèle que, pour 43% d’entre elles, plus de
la moitié des salariés sont francophones et que 49% des recruteurs demandent
«toujours» ou «souvent» au candidat de parler français (École supérieure des affaires de Beyrouth – Chambre de commerce et d’industrie de Paris (CCIP), 2012)
Au Québec en 2012, 85,2% des entreprises de 50 employés ou plus (5.211 entreprises) ont généralisé l’utilisation du français Plus que jamais, la maỵtrise de la langue française est une condition incontournable d’embauche et de promotion dans les milieux de travail au Québec (Office québécois de la langue française, 2012)
Les enquêtes démontrent que pour les entreprises françaises exportatrices, le fait de parler français constitue un avantage concurrentiel «fort ou crucial» vis-à-vis des clients francophones (Observatoire de la formation, de l’emploi et des métiers – CCIP, 2003)
Trang 176
Les taux d’augmentation des revenus de travail d’une personne maỵtrisant parfaitement la langue française en Suisse alémanique et italophone se situent entre +15 % et +26 % [48]
À Abidjan, Bamako, Dakar, Douala, Kinshasa et Libreville, entre 66% et 98% des personnes interrogées estiment que le français est «important» ou
«indispensable» pour faire des études supérieures, réaliser des démarches administratives, s’informer dans les médias, obtenir un travail et «réussir sa vie» (sondages réalisés entre 2008 et 2010 par la TNS-Sofres)
À Bruxelles, le français est incontournable dans un contexte de bilinguisme officiel, de présence d’entreprises internationales, de proximité des marchés francophones et de prédominance du secteur tertiaire Plus de 90% des entreprises utilisent le français [56]
Le projet Bonnes pratiques linguistiques en entreprise, réalisé conjointement
en France par la DGLFLF et au Québec par l’OQLF, a précisément pour objectif de mettre en évidence des initiatives qui ont permis la pratique du français et de la diversité linguistique face à la globalisation linguistique au travail Des entreprises qui ont accepté de collaborer en France évoluent dans des domaines comme la banque, l’hơtellerie, l’énergie, la communication, les industries du luxe et du cosmétique, l’électronique, l’assurance, domaines dans lesquels le français est encore très présent, mais ó son avenir dépend d’une gestion appropriée des pratiques linguistiques Des exemples ont parallèlement été relevés au Québec Le projet est dans sa phase finale de réalisation, et sera présenté sous forme d’un Guide des bonnes pratiques linguistiques en entreprise lors du colloque OPALE (Organismes francophones de politique et d’aménagement linguistiques), qui se tiendra au Québec, au début d’octobre 2012
Voici le profil de trois pays de l’OIF qui réalisent une grande part de leurs échanges commerciaux avec d’autres pays membres de la Francophonie (Observatoire de la langue française, 2012 Données de 2009 et 2010 [63]
Trang 187
Le Burkina Faso est le pays de l’OIF qui réalise la plus grande part de ses échanges commerciaux avec des membres de la Francophonie (hors observateurs), soit 55,3% L’aide publique au développement attribuée au Burkina Faso versée par des pays membres et observateurs de la Francophonie représente 15,4% [63]
Le Mali arrive au troisième rang parmi des pays réalisant la plus grande part
de leurs échanges commerciaux avec d’autres membres de la Francophonie, soit 41,1% L’aide publique au développement attribuée au Mali versée par des pays membres et observateurs de la Francophonie représente 20,7% [63]
La Tunisie arrive au sixième rang parmi des pays réalisant la plus grande part
de leurs échanges commerciaux avec d’autres membres de la Francophonie, soit 32,6% L’aide publique au développement attribuée à la Tunisie versée par des pays membres de la Francophonie représente 22,5% [63]
Ces faits saillants présentés illustrent de façon succincte l’impact économique du français dans des secteurs d’activité liés à la culture, au travail et aux échanges internationaux En encourageant l’utilisation du français dans ces diverses activités essentielles à leur vie économique, des États et des gouvernements membres de la Francophonie assureront son rayonnement en tant que grande langue
de communication internationale
Au Vietnam, avec l’importance accrue de la globalisation et la nécessité d’une meilleure intégration mondiale, les langues étrangères, particulièrement l’anglais et le français, occupent une place très importante et constituent un atout pour le développement économique, culturel et social du pays
Avec la politique d’ouverture entamée à partir de 1986, le Vietnam en général et la ville de Danang en particulier s’intègrent de plus en plus fortement au monde tout en cherchant à diversifier leurs relations extérieures tant au niveau international qu’au niveau régional L’appartenance du Vietnam en général et de la ville en particulier à de nombreux organismes internationaux en est une preuve
Dans cette conjoncture des relations extérieures qui ne cessent pas d’être développées et diversifiées, l’usage des langues étrangères dont le français est perçu
Trang 198
comme un besoin vital pour les échanges humains de cultures et de nations différentes, et ceci dans tous les domaines de la vie économique, sociale, culturelle, etc Ainsi, la langue étrangère est devenue plus que jamais indispensable d’autant qu’on vit dans une mondialisation de plus en plus accélérée et renforcée
Le Vietnam étant membre de la Francophonie et ayant le français comme langue en partage, la langue française occupe une place de choix dans bien des domaines principaux du pays Ainsi, le Vietnam connaît un grand essor depuis plusieurs années dans ses différents secteurs d’activité importants tels que l’éducation, l’économie, le tourisme, la santé et la culture Dans cette conjoncture, Danang est devenue une ville très dynamique et en plein développement En effet,
le français a un impact assez important sur le développement de la ville
Pour toutes ces raisons, nous avons choisi d’étudier le rôle du français dans
le développement des domaines et secteurs d’activité importants de la ville de Danang Tout au long de notre travail, nous cherchons à répondre à cette grande
question: «Quels est le rôle de la langue française dans le développement de la ville
de Danang?» Plus précisément, les cinq questions spécifiques qui suivent font
l’objet de la présente étude
Trang 209
Hypothèses de recherche
Hypothèse 1: Le Vietnam étant membre de la Francophonie et ayant le français comme langue en partage, la langue française joue un rôle important dans
le domaine de l’éducation et de la formation de la ville de Danang
Hypothèse 2: Le Vietnam étant membre de la Francophonie et ayant le français comme langue en partage, l’impact de la langue française sur le développement touristique de la ville de Danang est énorme
Hypothèse 3: Le Vietnam étant membre de la Francophonie et ayant le français comme langue en partage, la langue française a de l’impact le développement économique de la ville de Danang est énorme
Hypothèse 4: Le Vietnam étant membre de la Francophonie et ayant le français comme langue en partage, la langue française joue un rôle important dans
le domaine de la santé de la ville de Danang
Hypothèse 5: Le Vietnam étant membre de la Francophonie et ayant le français comme langue en partage, la langue française joue un rôle important dans
le domaine de la culture à la ville de Danang
le rôle et l’impact de la langue française sur le développement des domaines et secteurs d’activité importants de la ville de Danang Elle vise également à dégager des implications pour l’enseignement et l’apprentissage du français dans cette ville
Méthodologie de recherche
Nous choisirons comme démarche d’investigation la méthode descriptive En effet, une série d’enquêtes par questionnaire, par entrevue et l’analyse des contenus
Trang 2110
portant sur des documents seront choisies de manière complémentaire pour collecter des données En fait, six enquêtes par questionnaire et une série d’entrevues semi-structurées seront réalisées d’abord auprès des enseignants de français aux lycées, collèges et universités à Danang, des administrateurs, des chefs d’entreprise, des employés travaillant dans des autorités administratives et des arrondissements de la ville, dans des entreprises installées à Danang, des médecins et des administrateurs
en médecine à Danang et puis auprès des élèves et étudiants apprenant le français langue vivante 1 et 2 dans des lycées, collèges et universités à Danang Enfin, c’est l’analyse des documents conservés au centre d’archives à Danang Ce qui nous permettra de recueillir davantage d’informations attendues Des données recueillies dans des questionnaires, dans des entrevues et dans des analyses des documents seront analysées de façon descriptive à l’ensemble des logiciels «Excel» et
«SPSS»afin de préciser des moyens de variable suivant des degrés divers
Structure de la thèse
Cette thèse comprend 4 chapitres Le premier chapitre sera consacré à traiter
le cadre de référence de la recherche Ce choix d’élaborer un cadre conceptuel avec des connaissances concernant la présente étude, ce qui se rencontrera souvent dans une recherche descriptive En effet, nous allons essayer de définir et de clarifier les concepts clés de la recherche tels que langue, culture, plurilinguisme, multilinguisme, compétence plurilingue et compétence pluriculturelle, etc… et différents aspects qui ont trait au rôle du plurilinguisme au développement économique, éducatif/formatif, médical, culturel, touristique d’une région et d’un pays
Le deuxième chapitre permettra de présenter de manière générale des aspects institutionnel et scientifique de l’étude La documentation sera de deux catégories: l’histoire, l’anthropologie culturelle du Vietnam à travers l’implantation du français
et sa diffusion Dans ce chapitre, nous allons commencer par le processus de l’implantation du français au Vietnam, ensuite, c’est la vue globale sur son enseignement/apprentissage de l’époque coloniale jusqu’à nos jours en vue de situer
le rôle de la Francophonie dans le développement du Vietnam dont celui de la ville
Trang 2211
de Danang, ce qui justifiera des apports de la France et d’autres pays francophones
au développement de la ville de Danang par le biais du français
Le troisième chapitre visera à présenter la méthodologie de recherche adoptée En effet, la collecte de données, l’enquête par questionnaire, l’entrevue semi-structurée et l’analyse des documents sont complémentaires pour recueillir davantage d’informations et d’en analyser de façon plus approfondie
Le quatrième chapitre sera entièrement consacré à l’analyse et l’interprétation des résultats pour montrer clairement des contributions apportées par la France et d’autres pays francophones et en particulier des impacts importants sur le développement de la ville de Danang dans ses secteurs principaux tels que l’économie, le tourisme, l’éducation et la formation, la culture et la santé Chaque analyse mettra en évidence un lien étroit entre le rôle de la langue française et des apports réalisés L’ensemble sera suivi d’une conclusion générale Enfin, cette analyse des données obtenues va servir de base à nos discussions, recommandations concernant la situation de l’enseignement/apprentissage du français actuel et des solutions faisables destinées à le renforcer et le maintenir au service du développement de Danang dans le contexte actuel de mondialisation et d’intégration internationale
Trang 23Le cadre conceptuel de cette recherche sera effectivement composé de la théorie de la langue et culture, du rapport entre la langue et la culture, de la diversification de l’ordre linguistique et le plurilinguisme
À partir de ce cadre conceptuel, nous allons mener à constituer des questionnaires ou des entretiens convenables à l’objectif de la recherche en vue de trouver des informations exactes en montrant le rơle de la langue française au développement socio-économique de la ville de Danang dans le contexte du pays
Dans un premier temps, nous essayons de présenter brièvement chacune de théories utilisées pour ce travail
1.1 LANGUE ET CULTURE
Les théories concernant des rapports entre la langue et la culture ont été largement influencées par le développement de la linguistique et de l’anthropologie, plus particulièrement par l’évolution des concepts de langue et de culture La question des relations entre ces deux phénomènes ne se posait même pas à l’époque
ó la culture était définie comme un inventaire de traits Ce n’est qu’à partir du moment ó la notion de culture se rapprocha de celle de système et que la langue fut conçue comme intégrée à ce système qu’une partie des conditions nécessaires à la naissance de la question furent réalisées Une seconde condition était que la langue soit définie comme un fait social Car ce n’est que dans la mesure ó l’on reconnait que la langue et la culture constituent des faits de même nature que le problème des relations fonctionnelles entre elles peut se poser Toutes ces conditions se
Trang 24et qu’en outre les auteurs ont posé le problème des rapports entre les deux à des niveaux font variés Au lieu de reconstituer une histoire chronologique de différentes théories, on procédera d’après de différentes façons dont le problème a été envisagé dans la littérature
Déjà au début du siècle, des précurseurs comme Boas et Malinowski furent saisis de la nécessité des études linguistiques en anthropologie Leur préoccupation
se situait d’abord au niveau des rapports pratiques entre une langue et une culture: l’une est-elle nécessaire pour étudier l’autre sur le terrain? Ils insistèrent tous deux sur l’importance de recueillir le matériel ethnographique en langue indigène
Un autre type de question préalable qui a été posée dans la littérature est celle des corrélations entre langue et culture du point de vue de leur distribution Or
il fut très tơt reconnu, par Baos et Sapir notamment, que les cultures et les langues ont souvent des distributions géographiques qui ne cọncident pas Plusieurs langues génétiquement non reliées peuvent être parlées à l’intérieur d’une aire culture homogène et une même langue peut être parlée par des groupes culturellement différents C’est le cas des langues internationales ou de diffusion et des «langues
de marché» comme le swahili en Afrique
Claude Lévi-Strauss a dit que:
Pour définir convenablement les relations entre langue et culture, il faut,
me semble-t-il, exclure d’emblée deux hypothèses L’une selon laquelle
il ne pourrait y avoir aucune corrélation entre les deux ordres; et l’hypothèse inverse d’une corrélation totale à tous les niveaux Dans le premier cas, nous serions confrontés à l’image d’un esprit humain inarticulé et morcelé, divisé en compartiments et en étages entre lesquels
Trang 2514
toute communication est impossible, situation bien étrange et sans rapport avec ce qu’on constate dans d’autres domaines de la vie psychique Mais si la correspondance entre la langue et la culture était absolue, les linguistes et les anthropologues s’en seraient déjà aperçus, et nous ne serions pas ici pour en discuter Mon hypothèse de travail se réclame donc d’une position moyenne: certaines corrélations sont probablement décelables, entre certains aspects et à certains niveaux, et il s’agit pour nous de trouver quels sont ces aspects et ó sont ces niveaux.[26]
De multiples études ont été effectuées en tenant compte de différents niveaux
de la langue Il s’en dégage par conséquent une prépondérance de certains niveaux
de la langue quant aux rapports qu’ils peuvent entretenir avec la culture On admet d’emblée aujourd’hui qu’il n’y a aucune corrélation entre le niveau phonologique d’une langue et la culture ó on parle cette langue Les phonèmes qui sont retenus entre un grand nombre de possibilités théoriques par une culture le sont sur la base d’un choix arbitraire
Depuis toujours, la notion de culture, qu’elle soit cultivée ou ordinaire, est difficilement séparable de celle de langue[15] En effet, une langue n’est pas seulement un système formel, un ensemble de réalités abstraites logiquement structurées, mais elle est d’abord et surtout une pratique sociale [71] La langue constitue un système important d’emblèmes, voire le plus important de la culture Elle joue un rơle crucial non seulement dans l’élaboration, mais aussi dans l’évolution de cette dernière parce que c’est au moyen de la langue qu’on codifie toutes les autres composantes de la culture, mais aussi parce que c’est au moyen d’une langue qu’on étudie une culture et qu’on l’enseigne/apprend [15] Comme le note cet auteur, une partie de son lexique reflète les réalités propres à la société ó elle est en usage Des termes de politesse, par exemple, en signalant la hiérarchie sociale et ceux de parenté font référence à son organisation familiale La culture, de son cơté, conditionne la langue Il s’agit de «la connaissance du monde ou savoir
Trang 2615
acquis et partagé sans lequel il ne peut y avoir de transaction langagière» Et il s’agit également de «tout le contexte de communication sans lequel il ne peut y avoir ni interprétation ni négociation de sens» [52] La langue et la culture sont donc indissociables Le développement des compétences linguistiques et communicatives peut et doit se définir comme une pratique interculturelle de la langue
Dans le domaine de l’enseignement et de l’apprentissage des langues, on s’accorde de plus en plus pour accepter le fait que l’apprentissage d’une langue requiert une double compétence: une compétence linguistique et une compétence culturelle[71]
Le français auquel la présente recherche s’intéresse est langue étrangère, il importe de clarifier les termes «langue première» ou «langue maternelle», «langue seconde» et «langue étrangère» pour mieux rendre compte des ressemblances et des différences de ces trois types de langue Cela permet d’expliquer en partie des obstacles et particulièrement des obstacles culturels auxquels sont souvent confrontés des apprenants en langue étrangère en général et des lecteurs en langue étrangère en particulier
1.1.1 Langue première ou langue maternelle, langue seconde et langue étrangère
Dans les écrits sur l’enseignement et l’apprentissage des langues, on trouve très fréquemment les termes: langue première ou langue maternelle (L1), langue seconde (L2) et langue étrangère (LE) En fait, la distinction entre ces termes et notamment entre «langue seconde» et «langue étrangère» pose de nombreuses questions Il ne s’agit pas seulement de résoudre des problèmes terminologiques auxquels des enseignants de langues se trouvent confrontés à un moment ou à un autre, mais il est absolument important et nécessaire pour l’enseignement/apprentissage d’une langue vivante et en particulier pour celui des L2 et LE En effet, plusieurs auteurs se sont efforcés de les distinguer
Par langue première (Dans la littérature, on précise parfois qu’il s’agit pour
la plupart des cas d’une langue majoritaire ou une langue dominante), on entend une
Trang 2716
langue qu’un individu apprend dans son enfance et dans un milieu ó elle est parlée; elle peut être, ou non forcément, la langue maternelle (au sens strict de ce terme) Par langue étrangère, on entend une langue non maternelle et non première qu’un individu apprend à un certain moment de sa vie et dans un milieu ó elle n’est pas parlée par l’ensemble de la population Si la différenciation entre la langue première
et la langue étrangère est relativement aisée, il n’en va pas de même pour le cas de
la langue seconde et la langue étrangère Ces dernières prêtent parfois à une confusion En effet, selon Galisson et Coste, la langue seconde, est une expression pédagogiquement non justifiée [41] Mais, elle introduit une nuance utile par rapport à la langue étrangère pour les pays ó le bilinguisme ou le multilinguisme est officiel (Canada, Suisse, Belgique, etc.), ou pour des pays d’Afrique francophones ó le français est une langue non maternelle qui bénéficie d’un statut privilégié La seule différence entre langue seconde et langue étrangère réside en ce que des langues étrangères sont celles acquises hors du pays ó elles sont parlées Selon Cuq, il affirme que «toute langue non première est une langue étrangère»[31]
La langue seconde est donc une langue de nature étrangère, mais celle-ci a des propriétés particulières et joue un rơle privilégié parmi d’autres langues étrangères apprises Le français langue seconde, par exemple, se distingue des autres langues étrangères par ses valeurs statutaires, soit juridiquement, soit socialement, soit les deux et par le degré d’appropriation que la communauté qui l’utilise et revendique Cela peut expliquer pourquoi le terme «langue seconde» est très fréquent dans les pays bilingues ou multilingues tels que le Canada, la Belgique, la Suisse, etc., tandis que le terme «langue étrangère» est bien courant dans les pays ó l’on apprend des langues de communication internationale telles que l’anglais, le français, l’espagnol
et particulièrement le premier
Le dictionnaire «Le Grand Robert» (1985) a donné la définition de langue comme suit :
Langue maternelle, système linguistique naturel, homogène ou non (cas
des variétés mixtes) dans laquelle un sujet a mené à bien son
Trang 28sa langue maternelle est l’italien (son père est italien et sa mère est
grecque: on parlait italien dans la famille) Langue seconde, langue
maîtrisée après la langue maternelle, mais dont l’apprentissage est requis dans une partie de la communauté concernée, à la différence de la langue
étrangère, langue apprise par choix individuel et par décision didactique
Langue seconde peut être une langue officielle ou une langue véhiculaire.[110]
Il y a non seulement la différence entre la langue première et la langue seconde et/ou la langue étrangère, mais il y a également la différence entre la langue seconde et la langue étrangère La langue seconde et la langue étrangère sont toutes deux une langue non maternelle et non première Mais ce qui fait la différence entre langue seconde et langue étrangère, c’est que la langue seconde est parlée par une partie de la population du pays de l’apprenant et elle bénéficie d’un statut privilégié L’apprentissage de la langue seconde est donc requis par cette communauté concernée et par l’environnement social Elle peut être une langue officielle ou une langue véhiculaire Par contre, la langue étrangère n’est pas parlée par l’ensemble
de la population du pays de l’apprenant Plus précisément, il s’agit d’une langue dont l’usage et la culture sont totalement absents, ou presque, dans l’environnement linguistique de l’apprenant D’autre part, elle ne bénéficie pas non plus d’un statut privilégié Son apprentissage se fait, soit par choix individuel, soit par décision didactique, soit par les deux Par exemple, pour le cas d’un Canadien anglophone apprenant le français, on dit qu’il apprend une langue seconde et on dit qu’il apprend une langue étrangère lorsqu’il apprend le vietnamien ou l’espagnol Sur le plan de l’apprentissage, les processus mis en oeuvre par l’apprenant de langue
Trang 2918
seconde ainsi que par celui de langue étrangère sont les mêmes Sur le plan de l’enseignement, si les méthodologies applicables à la langue seconde et à la langue étrangère sont différentes de celles utilisées en langue première, les méthodologies applicables à la langue seconde et à la langue étrangère sont, elles aussi, plus ou moins différentes En effet, si les apprenants de langue seconde, même les immigrants, n’ont pas toujours l’opportunité de s’exposer et de pratiquer la langue à acquérir, les apprenants de langue étrangère ont très rarement, ou presque pas, la chance de pratiquer la langue à acquérir et d’être en contact avec des gens qui la parlent et donc avec leur culture Un Vietnamien, par exemple, apprenant le français
au Vietnam aura très peu de temps d’exposition à cette langue, de prendre contact avec les Canadiens francophones et d’accéder à leur culture par rapport à un Canadien anglophone apprenant le français Cela peut expliquer pourquoi un apprenant de langue étrangère rencontre souvent beaucoup plus de difficultés culturelles non seulement par rapport à celui de langue première, mais aussi à celui
de langue seconde
1.1.2 Le français langue seconde (FLS)
Le français langue seconde est un concept susceptible de connaỵtre plusieurs définitions Il est apparu pour décrire l’ensemble des situations d’appropriation du français ó les concepts de FLM (Français langue maternelle) et de FLE (Français langue étrangère) se sont révélés insuffisants
Selon Cuq, la définition du FLS «est directement issu de la sociolinguistique anglo-saxonne» [31] La première question qui s’impose, de toute évidence, concerne la validation du concept de français langue seconde et la détermination formelle de son «domaine épistémologique»[31] Cette notion est relativement récente, bien que son utilisation soit effectivement large du fait de son affichage politique Cette visibilité politique antérieure à toute élaboration formelle de la notion rend difficile, en théorie, et par conséquent, la définition claire de son champ épistémologique Des linguistes et les didacticiens sérieux répugnent franchement à l’utilisation de l’expression française langue seconde Ils lui préfèrent une foule de
Trang 3019
tournures synonymiques du genre «français langue étrangère privilégiée, langue de travail, langue d’enseignement, langue de communication nationale et internationale, langue de culture, langue de développement, langue de l’unification nationale, de la science et de la technologie»[60] La multiplicité des formules définitoires témoignent d’un profond malaise Ainsi, le français langue seconde serait un concept flou Son signifié est flottant alors même que l’on s’accommode volontiers de son signifiant politique
Selon Vigner G., la notion de français langue seconde se dégage passablement et progressivement du concept de français langue étrangère Aujourd’hui, la principale difficulté demeure Il s’agit de la définition formelle et univoque du français langue seconde Deux approches sont envisagées à cet égard; l’une institutionnelle et l’autre technique reposant sur un critère chronologique [45]
Sur le plan institutionnel, le français est langue seconde partout ó, malgré langue étrangère, il est fondamentalement langue officielle et utilisé de façon privilégiée dans l’administration, la justice, au parlement, dans l’éducation et les communications
L’approche institutionnelle est commode C’est à cause de ce caractère que NGALASSO l’accuse de simplisme [60] Cette définition est réductrice Car elle exclut les situations ó le français exerce des fonctions sociales et culturelles importantes sans pour autant être constitutionnellement langue officielle
Le français langue seconde et institutionnelle n’a pas véritablement une existence sociale dans un milieu multilingue Sa seule légitimité est juridique, alors que tous les autres échanges se font, socialement, en langues nationales L’usage courant du français en milieu multilingue ne saurait être réglé durablement par le seul acte législatif et l’autorité des textes administratifs Cette approche institutionnelle fait du français langue seconde une langue juridiquement dominante, mais socialement dominée La définition technique du français langue seconde repose sur le critère chronologique et prend en charge le degré de maỵtrise
de la langue En effet, la langue seconde est une langue étrangère par rapport à la
Trang 3120
langue maternelle Celle-ci est acquise dès le plus jeune âge par interaction avec la mère et l’environnement familial En se définissant par rapport à l’apprenant, la langue étrangère s’oppose à la langue maternelle En se définissant par rapport à une communauté nationale, la langue étrangère s’oppose aux langues nationales L’expression «langue seconde» dénote, en référence à l’ordre d’acquisition et de maîtrise de la langue, une langue qui se positionne immédiatement après la langue maternelle
1.1.2.1 Didactique du français langue seconde
Si le français langue seconde est, en concevabilité, une des activités spécifiques en français langue étrangère, on comprend que ses méthodes pédagogiques relèvent de différents domaines de la didactique des langues La didactique du français langue seconde ressortit à la didactique du français langue étrangère En effet, les principes qui y sont évoqués sont généralement ceux de la didactique en langue étrangère La pédagogie est strictement centrée sur les attentes
et les besoins des apprenants; on encourage le développement de la compétence communicative afin d’encoder et de décoder des messages; la priorité est ainsi accordée à l’oral, etc Manifestement, la didactique du français langue seconde, tout comme son objet, et à construire conceptuellement NGALASSO le confirme amplement:«II n’existe pas, à l’heure actuelle, de didactique du français langue seconde dont on puisse prétendre qu’elle soit fondamentalement autre chose qu’une didactique du français langue étrangère» [60] La méthodologie d’enseignement du français langue seconde en milieu multilingue africain devrait pouvoir s’appuyer solidement sur des langues nationales véhiculaires afin d’assurer l’unité psychologique de l’élève et de lui faciliter linguistiquement des transferts de la langue maternelle vers la langue véritablement seconde
1.1.2.2 Objectif du FLS
On parle de FLS surtout dans le système scolaire Des cours de FLS à l’école, au collège ou au lycée ont pour but d’intégrer le plus rapidement possible les mineurs non francophones dans le cursus normal L’enjeu de ces cours est
Trang 3221
capital: l’intégration des mineurs non francophones dans une société de francophones représentée par les élèves et tout le personnel de l’établissement qu’ils fréquentent Il s’agit donc, indirectement, de lutter contre la marginalisation naturelle d’une partie de la société française du fait de ses capacités linguistiques (et donc de ses origines, puisque la langue est un des premiers indicateurs des origines d’une personne)
L’objectif des cours de FLS n’a donc rien à voir avec celui de cours de FLE:
le cours de FLS est transdisciplinaire, puisque les apprenants doivent acquérir en une seule année non seulement les bases du français de tous les jours, mais aussi et surtout le vocabulaire de scolarisation, c’est-à-dire le vocabulaire propre à chaque discipline enseignée dans le cursus normal On parle alors de français langue de scolarisation (FLS) et on le différencie du FL2(français langue seconde), le FL2 ne concernant pas seulement des élèves de l’Éducation nationale, mais tout apprentissage du français dans un but d’intégration (par des adultes dans une structure privée, par exemple) Pour un mineur, dans une école ou un collège, FLS
et FL2 sont deux synonymes: la langue qui doit devenir seconde pour un écolier, c’est la langue de scolarisation Il est en effet plus important pour lui d’apprendre par exemple le lexique des consignes (entourez, encadrez, comparez, etc.) (= FLS
ou FL2) qui lui permettent de s’intégrer immédiatement dans une classe francophone, que d’apprendre à demander en français son chemin aux passants ou à lire une petite annonce pour trouver un travail (= FLE)(Des méthodes de FLE sont alors insuffisantes et inadaptées à ce type d’élèves Des cours de FLS doivent aller beaucoup plus vite, même en français de base; au bout d’un an des élèves doivent être capables de réussir le niveau A2 ou B1 du DELF, qui n’est pourtant pas du tout axé sur le vocabulaire de l’école) FLS et FL2 sont donc deux notions différentes mais identiques lorsqu’il s’agit du FLS et du FL2 à l’école
1.1.2.3 Structure pour le FLS
Le FLS est surtout présent dans des structures scolaires publiques, des élèves étant la plupart du temps mineur En France, tout mineur (quelle que soit sa
Trang 3322
situation à l’égard de la loi) doit être scolarisé jusqu’à l’âge de seize ans Des apprenants de FLS bénéficient donc de ces cours de FLS dans des structures scolaires spécialisées qui n’ont d’autre objectif que l’intégration de l’apprenant au système scolaire normal Il s’agit des CLA (Classe d’accueil) par exemple Ces classes, de l’ordre d’une centaine de CLA en Ỵle-de-France par exemple, regroupent
au sein d’un collège (pour les CLA) une quinzaine d’élèves en moyenne dits arrivants, pour une seule année en général
primo-Il arrive que un élève primo-arrivant ne soit jamais allé à l’école dans son pays, ou très peu Dans ce cas, il ne peut pas suivre des cours de FLS, ó l’on apprend à comprendre et à parler le français de l’école, mais ó l’on n’apprend pas
à écrire Ces élèves vont alors dans des classes spécifiques d’alphabétisation Toutes ces classes dépendent de structures publiques
Chaque apprenant a une classe de rattachement parmi des classes du cursus normal de l’établissement, au même titre que n’importe quel élève Selon ses besoins en apprentissage du français, il suit plus ou moins d’heures de FLS, mais c’est dans la classe de rattachement que l’apprenant est intégré dès que possible Dans les faits, l’apprenant l’intègre progressivement; dès le début de l’année, il peut par exemple suivre des cours d’EPS ou de musique, qui nécessitent moins de termes techniques
La classe de FLS fonctionne donc comme un tampon entre un pays d’ó vient la famille de l’apprenant, et le système scolaire français, avec ses rites, ses implicites et son jargon(différents dans chaque discipline, mais aussi parascolaires)
Au Canada, et plus précisément au Québec, des cours de FLS prennent de plus en plus d’ampleur et autant au niveau des apprenants d’âge mineur que ceux d’âge majeur D’ailleurs, étant une perspective d’emploi assez prospère, plusieurs se destinent à l’enseignement du français langue seconde Des étudiants ont la possibilité de faire un baccalauréat et même une maỵtrise en enseignement du français langue seconde
Par définition, des cours de FLE peuvent se tenir partout dans le monde, par exemple grâce au réseau des Alliances françaises À l’inverse, des cours de FLS ne
Trang 3423
concernent que des apprenants en cours de scolarisation dans tous les pays ó l’on parle le français Dans la pratique, ils sont surtout développés en France et au Québec, mais également la Suisse (dans sa partie francophone) et la Guyane française, pays de forte immigration
Aborder la question des langues, que ce soit de manière générale pour discuter avec des amis, que ce soit pour mieux comprendre leurs fonctions dans la vie sociale, culturelle ou politique, que ce soit pour examiner des formes possibles d’aménagement linguistique d’un pays ou d’une région, que ce soit pour étudier les influences qu’elles exercent les unes sur les autres, que ce soit pour en planifier l’enseignement et la pédagogie, implique toujours, ou presque toujours, des considérations d’ordre politique
Dans tous les pays du monde, des langues sont en contact les unes avec les autres et possèdent un statut plus ou moins défini dont on ne peut négliger l’importance relative ni les possibilités de comparaison, sinon d’opposition Chaque langue, comme moyen d’expression d’une communauté, véhicule une culture, des références particulières sur la vie et sur le réel, des valeurs particulières, des intérêts sociaux, politiques et économiques particuliers qui lui enlèvent toute neutralité par rapport à une autre langue ou à une communauté voisine À plus forte raison lorsque
le voisinage se retrouve dans la même région ou dans le même pays
On ne peut négliger longtemps le fait socioculturel suivant: chaque langue est le produit complexe et systématique d’une communauté destinée à exprimer ce qu’elle est et ce qu’elle veut être et ne saurait sans raisons graves se laisser remplacer ou doubler par une autre langue Comme pour l’espèce humaine, la fonction «naturelle» des langues et des cultures, autant dire la fonction des communautés, est de se maintenir et de se perpétuer Lorsqu’elles le peuvent
C’est ainsi que le contact des langues et des cultures ne peut qu’engendrer des oppositions de communautés: oppositions de référents, oppositions de valeurs, oppositions d’intérêts Selon Ngalasso, on n’a pas trouvé de titre plus juste à son
livre sur les contacts linguistiques dans plusieurs pays du monde que La guerre des
Trang 3524
langues Guerre assez souvent indirecte, camouflée, larvée, déguisée, rendue politically correcte, mais guerre parfois ouverte (même armée), dont l’issue, dans
un cas comme dans l’autre, ressemble à l’issue des combats de coqs ou des batailles
de territoire, remportées par les plus forts (numériquement, démographiquement, économiquement ou politiquement), ou autrement par les plus habiles, les plus rusés
ou les plus «chanceux» Et cela même dans les pays ou les états dits démocratiques comme le Québec, le Canada, les États-Unis, les pays d’Europe et tous les pays
du monde [60]
Même si l’habileté politique réussit à faire croire à l’égalité de tous devant la loi, la loi est adoptée et appliquée par des citoyens de la communauté majoritaire qui savent qu’ils auront, grâce à leur majorité démocratique, raison des autres communautés par l’usure, en laissant jouer les facteurs, fort peu démocratiques ceux-là, du travail et de l’économie Car s’il y a bien des droits de la personne, il n’y a pas de droits de la communauté
On dit alors que la ruse politique est meilleure conseillère que l’attitude réaliste qui aviserait des communautés minoritaires qu’elles seront à plus ou moins long terme assimilées Ce discours donne du temps aux communautés minoritaires
et réduit la conscience qu’elles pourraient avoir de leur déclin culturel progressif Il peut également leur faire abandonner la tentation politique à laquelle elles pourraient céder de protéger leur avenir culturel et d’exiger une forme ou une autre d’autonomie à moins qu’une communauté ou une autre parvienne à se convaincre qu’elle est elle-même largement majoritaire sur une partie bien identifiée du territoire et que des principes démocratiques affichés par les autres peuvent aussi s’appliquer à elle Et cela parce que la langue ne se sépare pas aussi facilement qu’on le voudrait de l’identité culturelle, sociale et même politique des personnes qui la parlent comme langue principale: elle fait partie intégrante de leur identité
1.2 CULTURE
À suite de la conférence mondiale sur les politiques culturelles tenue à
Mexico en 1982 dans «la Déclaration de Mexico», la définition de la culture est comprise:
Trang 3625
La culture, dans son sens le plus large, est considérée comme l’ensemble des traits distinctifs, spirituels et matériels, intellectuels et affectifs; qui caractérisent une société ou un groupe social Elle englobe, outre les arts
et les lettres, les modes de vie, les droits fondamentaux de l’être humain, les systèmes de valeurs, les traditions et les croyances
Quant à Cortes, la culture,
c’est ce patrimoine de coutumes, de savoir, de gestes que les sociétés humaines se transmettent d’une génération à l’autre; c’est l’ensemble des structures sociales, religieuses, artistiques La culture est à la fois pour l’homme le réceptacle dans lequel il déversera les produits de son imagination, de sa création, et le réservoir qui lui dispensera une certaine manière de vivre.[29]
D’après le dictionnaire «Le Petit Robert 2006» [111], on trouve la définition
de la culture comme:
- Développement de certaines facultés de l’esprit par les exercices intellectuels appropriés; par exemple l’ensemble des connaissances acquises qui permettent de développer le sens critique, le gỏt, le jugement connaissance, éducation, formation, instruction;
- Ensemble des aspects intellectuels propres à une civilisation, une nation;
-Ensemble des formes acquises de comportement, dans les sociétés humaines et c’est le synonyme de «civilisation»
1.2.1 Pluralité de sens
Le mot «culture» provient du latin «cultura» et apparaỵt en langue française vers la fin du XIIIème siècle désignant soit une pièce de terre cultivée, soit le culte religieux Aujourd’hui, le terme «culture» admet une pluralité de sens et de multiples usages
Il s’emploie ainsi dans des domaines les plus variés et permet de désigner des phénomènes très dissemblables
Trang 3726
De nombreuses acceptations de ce terme existent Ainsi, le pédagogue parle
de «culture générale»; l’agriculteur de «culture intensive»; le journaliste de «culture
de masse»; le responsable des relations humaines de «culture d’entreprise»; etc
Le mot culture est également usité dans des expressions telles que «culture physique», «culture scientifique», «culture nationale», «culture populaire», «culture vivrière» ou encore «culture classique»
Vu ces diverses utilisations, réaliser une définition précise et complète de ce terme semble tenir de la gageure
En effet, dans le seul domaine des sciences sociales, la diversité des significations et des usages semble infinie En 1952, deux chercheurs américains, A.L Kroeber et C Kluckhohn, débraient déjà plus de 150 définitions différentes, forgées depuis le milieu du XVIIIème siècle par des scientifiques qu’ils soient anthropologues, sociologues ou encore psychologues [53]
1.2.2 Définition
Actuellement, trois sens différents coexistent et définissent la culture:
Dans son sens restreint de culture savante
Elle désigne le développement de certaines facultés de l’esprit par des exercices intellectuels appropriés [114]
Dans son sens courant
Elle évoque généralement la connaissance des œuvres de l’esprit: littérature, musique, peinture, etc
Certains estiment que la culture serait inégalement distribuée: en ce sens, certaines personnes auraient de la culture tandis que d’autre n’en auraient pas ou peu.Or, la culture est inhérente à chaque groupe humain, elle est donc chargée d’une forte connotation ethnocentriste Ce qui constitue la culture pour un groupe humain n’est pas nécessairement le même pour un autre groupe et réciproquement.[72]
Dans son sens anthropologique et sociologique
Le mot «culture» a un sens à la fois plus large et plus neutre Il sert à désigner l’ensemble des activités, des croyances et des pratiques communes à une société ou à un groupe social particulier [72]
Trang 3827
1.2.3 Caractéristique
La culture présente quatre caractéristiques [43]:
- C’est un ensemble cohérent dont les éléments sont interdépendants;
- Elle imprègne l’ensemble des activités humaines;
- Elle est commune à un groupe d’hommes, que ce groupe soit important (les habitants d’un continent) ou très faible (un groupe de jeunes);
- Elle se transmet par le biais de la socialisation La plupart du temps, cette transmission se fait d’une génération à l’autre par l’intermédiaire des agents de socialisation que sont la famille et l’école, pour ne citer que les plus importants En
ce sens, la culture est un «héritage social»
La culture implicite est le système latent ou sous-jacent des représentations, des sentiments et des valeurs qui donnentleur unité et leur sens à la culture explicite Cette culture est désignée, dans le langage habituel, sous le terme de «mentalité» [72]
De nos jours, la communication humaine est l’un des sujets en discussion chez des linguistes, des psychologues et des hommes de lettres Au XXIème siècle, l’époque des communications, la vie collective n’a pas de sens sans communication avec les autres Le premier instrument pour communiquer est le langage et c’est par
le biais de ce dernier qu’on peut transmettre la culture d’un groupe humain à l’autre
La culture exerce également une grande influence sur la formation du langage Alors, il y a un rapport étroit entre langage et culture
La culture de chaque pays se reflète dans sa langue et sa littérature Donc, on peut prétendre que le lexique de chaque pays comprend la culture et la tradition qui
Trang 39la culture française est un élément essentiel dans l’apprentissage de cette langue et que d’autre part la transmission de la culture à travers l’enseignement ne peut être ignorée
Pour Ghamari, «on considère toutes les langues comme langue paternelle des êtres humains et l’apprentissage d’une langue étrangère ouvre la voie à l’évolution
de la culture humaine» [46]
De nos jours, avec la mondialisation des échanges d’une part, et la curiosité culturelle et intellectuelle d’autre part, le fait d’apprendre une langue étrangère s’est trouvé une place importante C’est pourquoi, on observe actuellement un vif d’intérêt pour la promotion des langues étrangères chez des enseignants dont l’activité- depuis quelques décennies- était surtout de promouvoir la culture
L’apprentissage d’une langue étrangère repose aujourd’hui sur l’aptitude relationnelle et la connaissance langagière La première consiste à communiquer avec les autres et se situe à la base de toute nouvelle approche actionnelle La seconde s’avère en rapport avec la connaissance de la langue et la culture La perspective actionnelle est une nouvelle voie qui intègre à la fois la tâche en tant que pratique sociale et motivation comme le désir de communiquer avec les autres groupes sociaux De ce point de vue, en faisant la connaissance d’une nouvelle culture, l’apprenant est un acteur qui s’agit dans les circonstances réelles de la communication
Certes, la langue est l’un des éléments de manifestation de la culture On peut trouver dans la langue nationale de chaque pays, tout ce qui caractérise sa propre culture Donc, l’apprentissage d’une langue étrangère entraîne non seulement
Trang 4029
la connaissance d’une culture étrangère, mais il peut aboutir à transmettre la culture d’un groupe social à l’autre Autrement dit, posséder une autre langue entraîne l’enrichissement de la culture
Comment le processus de l’enseignement peut-il transmettre la culture d’un pays vers un autre? Ainsi, on a essayéde révéler le statut de la culture dans la formation du lexique et des expressions d’une langue Pour cela, On fixe l’attention sur les iraniens qui étudient la langue française à l’université afin de démontrer la manière de transmission de la culture à travers les méthodes d’enseignement, le lexique et les expressions On essaie de présenter ici de différents types d’influence d’enseignement explicite (par les méthodes d’enseignement) et implicite (par le lexique, les expressions et la littérature) afin de mieux comprendre le statut
d’apprentissage d’une langue étrangère dans la transmission de la culture
1.3 RAPPORT ENTRE LA LANGUE ET LA CULTURE
D’après la définition de Petit Larousse «la culture est un ensemble de mœurs
et de manifestation artistique, religieuse et intellectuelle représentant une collectivité, la distinguant des autres groupes et sociétés» [113]
On étudie souvent la notion de culture dans deux dimensions: matérielle et spirituelle «La première comprend un ensemble des œuvres concrètes et matérielles faites par les êtres humains, tandis que la deuxième représente un ensemble de valeurs spirituelles formés par des êtres humains» [14]
Dans cette étude, nous illustrons nos propos en nous appuyant sur la culture spirituelle La culture ne forme que par le rapport spirituel et langagier entre les hommes d’une société En d’autres termes, la notion de «culture» se forme à partir des connaissances, des expériences acquises dans la vie et les croyances d’une société à l’autre par l’instrument de connaissance, qui est la langue
On considère souvent le langage comme le moyen d’exprimer une idée et un point de vue; il serait donc non seulement un instrument de la connaissance, mais un instrument de la pensée et de la culture L’une des fonctions du langage est d’exprimer la pensée et la croyance en le manifestant extérieurement Autrement