ATTESTATION DE NON-PLAGIAT Je soussignée Hai Ly NGUYEN, Auteurs du mémoire de master intitulé Analyse des procédés linguistiques dans les titres des articles de journaux Cas des titres d
Trang 1UNIVERSITÉ NATIONALE DE HA NOI UNIVERSITÉ DE LANGUES ET D’ÉTUDES INTERNATIONALES
DÉPARTEMENT POST-UNIVERSITAIRE
NGUYỄN HẢI LY
ANALYSE DES PROCÉDÉS LINGUISTIQUES DANS LES TITRES DES ARTICLES DE JOURNAUX (CAS DES ARTICLES DU JOURNAL “LE MONDE”)
PHÂN TÍCH CÁC PHƯƠNG TIỆN NGÔN NGỮ
SỬ DỤNG TRONG TIÊU ĐỀ BÁO CHÍ
(TIÊU ĐỀ CÁC BÀI BÁO CỦA TỜ « LE MONDE »)
MÉMOIRE DE FIN D’ÉTUDES DE MASTER
Spécialité : Linguistique Code : 60220203
Hà Nội – 2015
Trang 2UNIVERSITÉ NATIONALE DE HA NOI UNIVERSITÉ DE LANGUES ET D’ÉTUDES INTERNATIONALES
DÉPARTEMENT POST-UNIVERSITAIRE
NGUYỄN HẢI LY
ANALYSE DES PROCÉDÉS LINGUISTIQUES DANS LES TITRES DES ARTICLES DE JOURNAUX (CAS DES ARTICLES DU JOURNAL “LE MONDE”)
PHÂN TÍCH CÁC PHƯƠNG TIỆN NGÔN NGỮ
SỬ DỤNG TRONG TIÊU ĐỀ BÁO CHÍ
(TIÊU ĐỀ CÁC BÀI BÁO CỦA TỜ « LE MONDE »)
MÉMOIRE DE FIN D’ÉTUDES DE MASTER
Spécialité : Linguistique Code : 60220203
Directeur : Monsieur le Pr Dr Trịnh Đức Thái
Hà Nội – 2015
Trang 3ATTESTATION DE NON-PLAGIAT
Je soussignée Hai Ly NGUYEN,
Auteurs du mémoire de master intitulé Analyse des procédés linguistiques dans les titres des articles de journaux (Cas des titres du journal « Le Monde »)
Déclarons sur l‟honneur que ce mémoire est le fruit d‟un travail personnel,
en binơme, que nous n‟avons ni contrefait, ni falsifié, ni copié tout ou partie de l‟œuvre d‟autrui afin de la faire passer pour nơtre
Toutes les sources d‟information utilisées et les citations d‟auteur ont été mentionnées conformément aux usages en vigueur
Nous sommes conscient(e)s que le fait de ne pas citer une source ou de ne pas la citer clairement et complètement est constitutif de plagiat, que le plagiat est considéré comme une faute grave au sein de l‟Université, pouvant être sévèrement sanctionnée par la loi
Fait à Hanọ, le 14 décembre 2015 Signature de l‟étudiante
Trang 4REMERCIEMENTS
En préambule à ce mémoire, je souhaite adresser mes remerciements sincères à Monsieur Duc Thai TRINH, directeur de ce mémoire, qui m‟a guidé dans mon travail, m‟a aidé à trouver des solutions pour avancer, à dépasser mes freins psychologiques Sans son encouragement, je n‟aurais jamais pu aller jusqu‟au bout du travail
Et je voudrais adresser également mes grands remerciements à mes parents
et mes amis et m‟ont toujours soutenue et m‟encouragée pendant tout mon parcours de master, surtout au cours de la réalisation de ce mémoire
Trang 5TABLE DES MATIÈRES
ATTESTATION DE NON-PLAGIAT i
REMERCIEMENTS ii
TABLE DES MATIÈRES iii
INTRODUCTION 1
1 Raison de choix du sujet 1
2 Questions de recherche 1
3 Hypothèses : 2
4 Objectifs : 2
5 Méthodologie 2
6 Plan du mémoire 3
CHAPITRE I CADRE THÉORIQUE 5
1.1 Présentation générale de l‟Analyse du discours 5
1.2 Enonciation/Enoncé ou approche énonciative 7
1.2.1 Les modalités de l‟énonciation 8
1.2.2 Les modalités de l‟énoncé 13
1.2.3 Les thématisations 26
1.2.4 Les modes de la citation 32
CHAPITRE 2 PRÉSENTATION DU CORPUS 38
2.1 Le contrat de communication médiatique 38
2.2 Les titres de presse et les titres dans la presse 42
2.3 La dimension pragmatique des titres dans les articles de journaux 44
2.3 Présentation du corpus 48
2.3.1 Le choix du corpus 48
2.3.2 Liste des titres d‟articles de journaux du corpus 49
CHAPITRE 3 ANALYSE DU CORPUS 54
3.1 Les modalités de l‟énonciation 56
3.2 Les modalités de l‟énoncé 60
Trang 63.2.1 Les marqueurs modaux 60
2.2.2 Les déictiques 64
3.3 Les thématisations 69
3.4 Les modes de la citation 71
3.4.1 Le discours rapporté 71
3.4.2 La citation 72
3.5 Les autres procédés 78
CONCLUSION 82
BIBLIOGRAPHIE 84 ANNEXE 1 I ANNEXE 2 II ANNEXE 3 XIX
Trang 7INTRODUCTION
1 Raison de choix du sujet
Une recherche n‟est pas quelque chose d‟évident, elle ne peut pas être réussie si elle ne vient pas de l‟intérêt et des motivations personnelles de son auteur
Les titres des articles de journaux, depuis le début de mes études universitaires, sont toujours un des sujets qui me rendent curieuse La presse, ayant une grande influence sur la façon de penser et le point de vue des lecteurs, est donc considérée comme un des discours dominants de notre époque Les titres, qui ont deux fonctions : résumer tout l‟article et/ou attirer l‟attention, sont utilisés comme une invitation, une incitation à lire, même un hameçon pour certains cas C‟est pourquoi nous voudrions étudier, dans cette recherche, quelles sont les stratégies des journalistes en créant ce type d‟ « hameçon »
post-Il existe maintenant des milliers quotidiens et magazines en France mais un des journaux les plus connus et prestigieux, c‟est toujours « Le Monde » Créé en
1944, depuis plusieurs décennies, ce quotidien devient un journal de référence qui est diffusé dans beaucoup de pays, même dans les non-francophones C‟est pourquoi nous voulons prendre les titres de ses articles comme corpus pour pouvoir chercher les stratégies des journalistes
2 Questions de recherche
La plus grande question qui s‟est posée à nous alors était la suivante :
Comment utilisent les journalistes du Monde les procédés linguistiques dans les titres des articles pour un tel nombre de lecteurs ?
Trang 84 Objectifs :
- Étudier la théorie de l‟analyse du discours et des théories d‟énonciation
- Savoir comment ces théories sont appliquées dans le discours de la vie quotidienne, dans les titres des articles de journaux en commun et ceux du
procédé d‟abord à la constitution d‟un premier corpus qui englobe des titres que
nous trouvions intéressants dans toutes les rubriques dans les journaux ou magazines que nous avons consultés depuis mai jusqu‟à octobre 2015 Cela nous
a aidé à acquérir une vue globale sur les stratégies qui, utilisées par les journalistes dans les titres de plusieurs aspects de la vie, vont être choisies comme notions pour former notre base théorique
Trang 9Le deuxième corpus, que nous présentons dans l‟annexe, est une collection
de cent vingt titres des articles qui viennent de douze rubriques du journal
numérique lemonde.fr Afin de garantir l‟objectivité, les titres sont choisis par
hasard selon la date : dix titres parus aux différentes années pour chaque rubrique
Il est indéniable qu‟on ne pouvait pas trouver dans ce premier corpus toutes les stratégies, le corpus principal va donc nous permettre de vérifier les « anciennes » stratégies et d‟en découvrir de « nouvelles »
du discours et des théories énonciatives qui donnerai une vision plus générale par
la statistique, le pourcentage de chaque unité utilisée dans les titres dans la presse
Trang 10de citations dans une sous-partie de même niveau que les deux parties sur les modalités
Avant d‟entrer dans l‟analyse du corpus, il nous a semblé aussi nécessaire
de procéder d‟abord dans le deuxième chapitre à une petite présentation du journal
« Le Monde » pour mieux comprendre le contexte, l‟environnement dans lesquels les articles de journaux et leurs titres fonctionnent Nous allons expliquer plus précisément notre choix et son résultat La dernière sous-partie est exclusivement destinée à l‟analyse des titres des articles présentés dans le corpus en se basant sur les théories présentées dans la partie précédente Nous essayerons de trouver des autres stratégies auxquelles les journalistes ont recouru dans les titres choisis
Trang 11CHAPITRE I CADRE THÉORIQUE
Notre recherche porte sur les titres des articles de journaux qui, on le sait,
en tant que formules brèves, obéissent à un type de discours spécifique Ce choix
s‟explique par l‟abondance et la variété des titres dans la presse française
notamment Elle frappe notre esprit, nous impressionne et attire les yeux
Afin de mieux comprendre ce discours, il nous semble important de faire
appel aux théories qui nous ont semblé les plus utiles pour cet objectif, à savoir les
théories énonciatives, les théories et outils de l‟analyse du discours
1.1 Présentation générale de l’Analyse du discours
« Faire de l‟analyse du discours, c‟est apprendre à délinéariser le texte pour
restituer sous la surface lisse des mots la profondeur enchevêtrée des indices d‟un
passé » (Courtine, 1989, p.37)
En se présentant ainsi comme l‟un des éléments indispensables dans les
sciences sociales et humaines mais en s‟opposant à l‟analyse de contenu, l‟analyse
du discours (couramment abrévié AD) ne traite pas la question de ce que le texte
dit mais plutôt comment il le dit, autrement dit elle porte sur les marques
énonciatives, sur les liens qui unissent le destinateur et le destinateur, ou encore
sur le contrat qui les lie dans une situation particulière Comme l‟affirme J
Marandin (1979, p.18) : « ce qui distingue l‟analyse du discours d‟autres pratiques
d‟analyse du texte, c‟est l‟utilisation de la linguistique »
Néanmoins le terme de « discours », qui est au centre de cette discipline,
varie selon les contextes et est une notion complexe dont la signification a besoin
d‟être précisée Ainsi dans la vie courante, par exemple, il peut être utilisé pour
Trang 12parler d‟un énoncé solennel, prononcé lors d‟événements particuliers, devant une grande audience Il peut être perçu comme quelque chose de négatif, « il fait des discours, beaucoup de discours mais n‟agit pas »
Ce n‟est pas ce sens qui nous intéresse dans ce mémoire, notre objet d‟étude s‟inscrit dans les approches des sciences du langage ó la notion de
« discours », est beaucoup plus complexe, définie par des multiples courants linguistiques qui se complètent mais parfois s‟opposent l‟un l‟autre Dans
L’Analyse du discours (1991, p.15), Dominique Maingueneau cite au moins sept
emplois du terme « discours » depuis la fin des années 1960 :
Discours 1 : équivalent de la « parole » (l‟usage de la langue par un individu donné selon des contextes) de l‟opposition « langue / parole » de Saussure
Discours 2 : tout énoncé supérieur à la phrase, équivalent du « texte »
Discours 3 : au point de vue des théories de l‟énonciation ou de la pragmatique, en comparaison avec l‟énoncé, le « discours » insiste plus sur
le caractère dynamique de l‟énonciation, son pouvoir faire agir l‟autre dans
sa dimension interactive
Discours 4 : équivalent de la « conversation », de l‟interaction orale
Discours 5 : l‟opposition de « langue / discours » comme « un système virtuel de valeurs peu spécifiées, à une diversification superficielle liée à la variété des usages qui sont faits des unités linguistiques »
Discours 6 : on entend parler souvent de « discours politique », « discours féministe » ou « discours administratif », etc Dans ce cas le terme désigne
le système qui donne une même vision du monde à un ensemble d‟énoncés
à partir d‟une certaine position sociale ou idéologique
Discours 7 : l‟AD définit son objet en recourant l‟opposition de « énoncé / discours » de L Guespin (1971, p.10 ; cité in Maingueneau 1991, p.11) :
Trang 13« L‟énoncé, c‟est la suite des phrases émises entre deux blancs sémantiques, deux arrêts de la communication ; le discours, c‟est l‟énoncé considéré du point de vue du mécanisme discursif qui le conditionne »
L‟AD et les chercheurs qui s‟en réclament, comme nous l‟avons présenté ci-dessous, s‟ouvrent, d‟un point de vue épistémologique et de façon progressive,
à d‟autres disciplines du discours comme les théories énonciatives, la pragmatique linguistique, les théories de l‟interaction ou encore l‟argumentation1 Différents courants, qui vont donc s‟y croiser, vont l‟enrichir ; les plus connus sont : les approches énonciative, communicationnelle, conversationnelle, pragmatique Nous suivrons l‟une de ces extensions qui nous semble la plus pertinente pour notre projet Nous souhaitons en effet croiser ces différents courants afin de mieux appréhender les titres de presse et aborder tout d‟abord l‟approche énonciative
1.2 Enonciation/Enoncé ou approche énonciative
Parler de l‟énonciation, c‟est nécessairement évoquer Emile Benveniste dont les travaux synthétisent l‟approche des deux notions énonciation / énoncé : L‟énonciation, « c‟est la mise en fonctionnement de la langue par un acte individuel d‟utilisation » (Benveniste, 1970, p.12) De fait, l‟énonciation met en évidence l‟émergence du sujet dans l‟énoncé, la relation qu‟il entretient avec son interlocuteur, son attitude par rapport à son propos ou énoncé En résumé,
« l‟énonciation » est un acte de créer, de produire, d‟utiliser la langue, de la mettre
en œuvre, en action tandis que « l‟énoncé » est le résultat de cet acte Les deux termes s‟opposent donc comme la fabrication de l‟objet et l‟objet fabriqué
Avant d‟entrer dans les deux premières sous parties, il me semble nécessaire de mieux comprendre la notion de « modalité »
1 Voir annexe 1.
Trang 141.2.1 Les modalités de l’énonciation
Pour expliquer ce qu‟est la « modalité » en sciences du langage, on a coutume de rappeler l‟opposition entre « modus » et « dictum » posée par C Bally
(1965) Selon lui, la modalité, appelée modus, est définie comme « la forme
linguistique d‟un jugement intellectuel, d‟un jugement affectif ou d‟une volonté qu‟un sujet pensant énonce à propos d‟une perception ou d‟une représentation de
son esprit » tandis que le dictum est équivalent au contenu Une absence totale de
modalité correspond à un jugement de la réalité, montre alors la vérité telle qu‟elle existe
Les travaux dans ce domaine permettent de distinguer deux types de modalité :
- Les modalités de l‟énonciation qui marquent la relation entre les acteurs
de l‟échange et montrent les caractéristiques relationnelles qui les lient La modalité de l‟énonciation prennent des formes diverses, elle peut être interrogative, déclarative, assertive…
- Les modalités des énoncés se présentent sous deux types :
o modalités logiques qui renvoient au positionnement du locuteur par rapport à la vérité, à la fausseté, à la vraisemblance ;
o modalités appréciatives qui renvoient au positionnement du locuteur par rapport à des jugements subjectifs tels que la beauté, la tristesse, la joie,…
Plus précisément en linguistique, cette distinction est liée relativement à celle de «signification/sens » En fait, « l‟énonciation » et « la signification » sont toujours déterminées par le contexte et forment le « dit » pour reprendre la terminologie d‟Oswald Ducrot (1984), alors que « l‟énoncé » et « le sens » ne comportent que les aspects sémantiques liés aux composants linguistiques du propos et constituent le « dire » Prenons l‟exemple suivant pour mieux nous faire comprendre: l‟énoncé « Il fait chaud ici ! » porte le sens en langue de la
Trang 15température dans le lieu ó on se trouve, mais selon les différents contextes, le fait d‟énoncer cette phrase peut donner plusieurs significations comme « Il fait froid dehors », « Ouvre la fenêtre ! » ou « Je ne veux plus rester ici », etc
Comment peut-on alors distinguer les modalités de l‟énonciation à celles de l‟énoncé ? « Si les modalités d‟énonciation portent sur le dire, les modalités d‟énoncé portent sur le dit » (Nølke, 1993, p.143) Autrement dit, dans une communication, la modalité de l‟énonciation s‟exerce sur les interlocuteurs pendant que celle de l‟énoncé s‟exerce sur le contenu, de ce qui est dit Dans un discours, ces deux types de modalités sont toujours ensemble comme le recto-verso d‟un papier, mais quand une seule modalité d‟énonciation est présentée dans une phrase, plusieurs modalités d‟énoncés peuvent être y apparaissent (Meunier, 1974)
Nous allons donc nous intéresser tout d‟abord aux modalités de l‟énonciation et faire une présentation des types et des formes verbale/nominale
de phrases qui vont servir à l‟analyse de notre corpus
a Les types de phrases
Dans la suite des travaux de A.-M Diller (1980), Kerbrat-Orecchioni (1991) classe les phrases en trois grands groupes qui correspondent aux trois principales fonctions pragmatiques du discours : « ceux qui décrivent le monde, ceux qui interrogent sur le monde, et ceux qui cherchent à changer le monde » Ce sont les trois types des phrases fondamentaux : déclaratif (assertif), interrogatif, impératif (injonctif) On y ajoute souvent un quatrième correspondant à l‟expression d‟un sentiment vif du locuteur : le type exclamatif car
« l‟exclamation fait appel à une grande diversité de structures » (Maingueneau
1999, p.58)
Phrase déclarative ou assertive
Trang 16Terminée habituellement par un point, la phrase déclarative ou assertive est
le type le plus répandu mais le moins marqué d‟affectivité Elle est employée normalement pour énoncer un fait ou donner une information Sa structure est souvent présentée sous forme d‟une phrase canonique groupe nominal – groupe verbal L‟assertion « pose un état de choses comme vrai ou faux D‟un point de vue syntaxique, il s‟agit d‟énoncés qui comportent un sujet exprimé et dont le
verbe porte des marqueurs de personne et de temps » (ibid., p.46)
Elle peut être affirmative (ex : Il est content) ou négative quand elle veut
nier quelque chose en contenant un marqueur négatif composées de deux adverbes
« ne… pas » ou leurs variantes (ex : Il n’est pas content)
Parmi les quatre types de phrase, la phrase déclarative est toujours considérée comme de modèle de phrase de base (phrase canonique) tandis que les autres formes sont des phrases transformées C‟est pourquoi ces trois formes peuvent garder leur structure et leurs formes ou les modifier en changeant de position des groupes de mots et ajoutant les mots marquées de leur nature de phrase
Pour l‟énonciateur, la phrase interrogative est un outil qui permet de poser une question ou d‟exprimer une demande, et cet acte de langage initiatif doit théoriquement déboucher sur une réponse, une action ; bref le locuteur demandeur est à la recherche d‟une information, de quelque chose et attend une réponse ou une réaction C‟est un acte qui impose bien souvent des contraintes, comme le
Trang 17remarque Maingueneau (ibid., p.48) « interroger quelqu‟un, c‟est le placer dans
l‟alternative de répondre ou de ne pas répondre C‟est aussi lui imposer le cadre dans lequel il doit inscrire sa réplique »
Mais la valeur ou la force pragmatique de ce type de phrases varie selon le contexte et de l‟intention de celui qui pose la question Ainsi, à titre d‟exemple, cette valeur pragmatique peut être montrée à l‟oral par l‟intonation
La question reste un acte de langage complexe et dire qu‟elle nécessite une réaction ou une réponse n‟est pas toujours juste ; il y a des cas ó le locuteur n‟attend de son allocutaire ni une réponse et parfois ni une réaction : il s‟agit de la question rhétorique, par exemple : « Mais les hommes conservent-ils de la passion
dans ces engagements éternels ? » (Mme de Lafayette, La Princesse de Clèves) en
est un exemple
Phrase impérative ou injonctive
Une phrase impérative ou injonctive indique que l‟énonciateur veut agir sur
le destinataire pour l‟influencer ou faire changer ses comportements Selon les différentes situations, il lui communique un ordre, une interdiction, un souhait, un conseil, une prière, une demande polie etc., dans l'attente d'une action de la part de
celui-ci Riegel et al (2009, p.665) insistent aussi sur ces valeurs : « Le type
impératif ou injonctif est associé habituellement à un acte d‟intimation ou d‟injonction (…) Il se caractérise par l‟absence de sujet du verbe quand celui-ci est au mode impératif (Sortez !) »
Comme l‟injonction présente dans la majorité des cas un ordre, on peut voir une relation proche de celle avec l‟interrogation car elle devient à ce moment une demande d‟un faire C‟est pourquoi Searle (1982) considère la question et l‟ordre comme les deux membres de la même famille, celles des « directifs » : elles sont toutes les « demandes » :
Trang 18Demande
d‟un dire d‟un faire (réaction verbale) (réaction non verbale) Question Ordre
Phrase exclamative
Pourquoi selon quelques linguistes, la phrase exclamative n‟est-elle pas classée comme un type de phrase ? Ne présentant pas une relation particulière entre le locuteur et l‟allocutaire, elle n‟est donc pas un acte de langage premier et unique qui peut être distingué nettement des autres types de phrases Comme « la phrase exclamative bien qu‟étant, en ce qui concerne le contenu sémantique analogue à la phrase déclarative (vu qu‟elle apporte une information), elle présente la particularité d‟ajouter au message, si bref soit-il, une connotation affective », elle y ajoute l‟expression de la subjectivité de l‟énonciateur par
rapport à son énoncé C‟est pour cette raison que Tomasson, Riegel et al (ibid.)
regroupent les trois premiers types de phrase sous le type « énonciatifs » et la phrase exclamative sous le type « subjectif »
En produisant une phrase exclamative, le locuteur veut manifester un sentiment vif : la joie, la tristesse, la douleur, la surprise, l‟indignation, l‟admiration Deux types de structures exclamatives existent : l‟implicite et l‟explicite La phrase explicite est à rapprocher de la déclaration ou de
l‟interrogation : Ex : Elle est très jolie ! ; Qu’est-ce qu’il a fait !
La phrase exclamative implicite peut être constituée d‟un seul mot isolé ou d‟une suite de mots, manque souvent un ou des éléments dans la phrase canonique
de forme sujet – verbe – complément Dans ce cas, il s‟agit souvent une phrase non verbale, introduite par un adverbe ou un déterminant exclamatif, parfois renforcée par des interjections, enfin terminée par un point d‟exclamation comme
la phrase impérative : Ex : Oh ! Pauvre ce petit !
Trang 19b Phrases nominales ou phrases verbales ?
Si nous exposons ce type de phrase, c‟est parce que nous avons constaté qu‟il est très présent dans les titres de journaux, comme d‟ailleurs dans les slogans publicitaires Il n‟est pas difficile de distinguer une phrase verbale d‟une phrase nominale : la première est construite toujours autour au moins d‟un verbe conjugué, tandis que la deuxième ne contient pas de verbe mais un prédicat nominal comme présentée par Benveniste (1966, p.128) : « Caractérisée sommairement, la phrase nominale comporte un prédicat nominale, sans verbe ni copule… »
La question qui nous intéresse ici est la suivante : Pourquoi trouve-on souvent des phrases nominales dans les prescriptions, dans les slogans, … et surtout dans les titres de presse ? Notre hypothèse est qu‟elles servent d‟abord à raccourcir, à accélérer la phrase, ensuite à mettre l‟accent sur l‟information, à aller tout de suite à l‟essentiel du message, et enfin à renforcer l‟idée et l‟émotion que
le journaliste veut impliquer aux lecteurs, ce qu‟on appelle « l‟effet de choc » Cet effet est presque indispensable dans le discours médiatique actuel qui a pour but d‟attirer au premier temps un monde moderne, rapide, pressé et « encerclé » par trop d‟informations Une autre raison par laquelle les journaux abusent les phrases nominalisations, c‟est qu‟elles les aident à « cacher » le temps verbaux et donc à réaliser le procédé d‟actualisation des faits parlés par ces articles
Nous nous interrogeons dans les sous-parties qui suivent sur les raisons pour lesquelles les journalistes ont recours aux phrases nominales
1.2.2 Les modalités de l’énoncé
1.2.2.1 Les modalisations
Avant d‟aborder les modalités de l‟énoncé, il est nécessaire de comprendre
la notion de « modalisation » car elle correspond à l‟acception le plus étendue de celle de « modalité » Dans la théorie des énonciatives, A Culioli (1975) distingue
Trang 20la modalisation à la modalité : « La modalisation est une opération par laquelle on affecte d‟une modalité, la modalité étant la catégorie grammaticale »
Tandis que les modalités de l‟énonciation représentent un type de relation entre les interlocuteurs, celles de l‟énoncé établissent un lien entre le locuteur et
ce qu‟il dit En fait, les modalités d'énoncé regroupent tous les moyens linguistiques par lesquels le locuteur manifeste une attitude, exprime ses émotions, ses sentiments par rapport à son énoncé Comme définies par M
Riegel et al (1996, p.579), elles « renvoient au sujet de l‟énonciation en marquant
son attitude vis-à-vis du contenu de l‟énoncé […] Elles expriment la manière dont l‟énonciateur apprécie le contenu de l‟énoncé » Ce sont donc les modalités logiques et les modalités appréciatives représentées dans les verbes modaux, les modalisateurs (adverbes, marques temporelles), les adjectifs subjectifs (affectifs, évaluatifs, axiologiques)
a Les marqueurs des modalités de l’énoncé
Les marqueurs modaux français sont très divers et peuvent être combinés facilement entre eux N Le Querler les divise en plusieurs classes : marqueurs intonatifs, morphologiques, lexicaux ou syntaxiques Comme les marqueurs intonatifs et syntaxiques conviennent plutôt à la modalité de l‟énonciation, nous traiterons dans cette parties ceux de la morphologie et du lexique qui se présentent dans les catégories lexicaux et temporelles
On appelle les verbes permettant d‟exprimer une modalité les auxiliaires modaux ou les semi-auxiliaires modaux Pour bien les distinguer aux autres types d‟auxiliaires, on peut recourir aux exemples ci-dessous qui en présente trois dans
la langue françaises :
- Auxiliation de temporalité Ex : Il frappe – Il a frappé
- Auxiliation de diathèse (qu‟on trouve dans la forme passive) Ex : Il frappe –
Il est frappé
Trang 21- Auxiliation de modalité Ex : Il peut frapper
A la première vue, l‟auxiliation de modalité est différente à deux autres types par rapport à la forme de la l‟auxilié qui est utilisé à l‟infinitif et donc invariable En modifiant le sens de l‟auxilié, elle peut être compatible avec l‟auxiliation de temporalité et de diathèse (ex : Il a pu frapper sa femme), on obtient alors une structure binomiale
A partir de ce point, on retrouve les autres auxiliants (correspondant de
« auxiliaire », utilisé dans l‟opposition « auxiliaire / auxilié ») qui jouent une même fonction comme :
- Pouvoir, sembler, paraître, devoir : expriment l‟éventualité
- Devoir : exprime l‟obligation
- Pouvoir : exprime la permission ou la capacité
- Savoir : exprime la capacité ou la compétence du sujet
- Aller, monter, partir, courir… : expriment le déplacement
- Croire, estimer, penser, savoir, avouer, reconnaître… : expriment l‟évaluation de l‟attitude vis-à-vis ce qu‟on dit
- Aimer, détester, préférer, désirer, vouloir, détester … : expriment le propre sentiment du sujet
Les adjectifs subjectifs
Contribuant une partie dans les expressions des modalités des énoncés, les adjectifs subjectifs aident aussi au locuteur de formuler ses appréciations Une petite comparaison entre les adjectifs objectifs et les adjectifs subjectifs va montrer comment les derniers manifestent le jugement de l‟énonciateur :
- On utilise souvent les adjectifs objectifs pour les informations sur les caractéristiques stables que tout le monde trouve évidemment comme la couleur, la forme, la nationalité…
Ex : Ses yeux sont bleus ; Il est français
Trang 22- En revanche, les adjectifs subjectifs servent à exprimer un sentiment ou un jugement du narrateur
Ex : Il n’est pas gentil ; Cette robe est belle mais chère
C Kerbrat-Orecchioni (1980, 94) les divise en quatre types :
o Les adjectifs subjectifs-affectifs sont employés pour exprimer les
sentiments, les affects, les émotions, les passions (Ex : drôle, dramatique, pénible, heureux …)
o Les adjectifs subjectifs-évaluatifs non axiologiques « impliquent une
évaluation qualitative ou quantitative de l‟objet dénoté par le substantif qu‟ils déterminent » Ils ne portent pas la trace de l‟appréciation ou du jugement du locuteur Ils sont confrontés facilement avec les adjectifs objectifs mais leur contenu a une valeur qui peut changer au point de vue de chaque personne (Ex : petit/grand, chaud/froid, long/court…)
o Les adjectifs subjectifs-évaluatifs axiologiques « portent sur l‟objet dénoté
par le substantif qu‟ils déterminent un jugement de valeur, positif ou négatif », c‟est-à-dire l‟appréciation ou la dépréciation du locuteur (Ex : bon, beau, mauvais, idéal, …)
o Les adjectifs axiologiques affectifs qui ont les caractéristiques mélangées de
ceux des deux types précédents (Ex : admirable, méprisable, agaçant, …)
Les modalisateurs
En linguistiques, il existe beaucoup de définitions du terme
« modalisateurs » sous plusieurs points de vue de nombreux linguistes Selon Franck Neveu (2000, p.21), « un modalisateur est une expression linguistique, un morphème, un procédé typographique, ou bien un phénomène prosodique, qui marque le degré d‟adhésion du sujet de l‟énonciation à l‟égard du contenu des énoncés qu‟il profère » Ou d‟après E Korkut et I Onursal (2009, p.27), « les modalisateurs sont les éléments linguistiques qui révèlent non seulement la
Trang 23présence du sujet parlant mais aussi son attitude et sa prise de position dans son énoncé » Alors les modalisateurs, pour eux, sont considérés comme un outil d‟exprimer les modalités d‟énoncés et donc peuvent être présentés sous toutes les catégories lexicaux comme nom, verbes, adjectif, verbe
Mais dans cette recherche, comme nous avons abordé les verbes et les adjectifs « modalisateurs », nous voudrions reprendre la définition plus restreinte
de ce terme donnée par les dictionnaires, donc la plus connu, accompagnée souvent dans le groupe de mots « adverbes modalisateurs » Ils deviennent, dans
ou plus largement, ils peuvent être aussi
- des groupes prépositionnels (ex : à mon avis, d‟après lui, selon moi, au sens littéral…)
Outre les adverbes, on peut employer encore une marque temporelle comme un type de modalisateur : le mode conditionnel quand il est utilisé pour exprimer l‟incertitude Grâce à ce mode, le locuteur donne une information qui n‟est pas encore avérée, qui reste à vérifier : ex : « Il serait coupable »
N Le Querler, à travers son article « Les modalités en français » (2004), y ajouter le subjonctif qui porte nettement la marque de la subjectivité du locuteur,
et quelques temps du mode de l‟indicatif comme l‟imparfait ou le présent Cependant, ils sont polysémiques, donc difficiles à être reconnus comme marqueurs de modalité On peut reprendre son exemple pour le prouver : « Il reste hélas des heures des heures tous les jours dans un café ! » Il trouve dans cette phrase un présent qui « fait à coup sûr référence au maintenant du locuteur »,
Trang 24porte une valeur aspectuelle durative et donc marque « la modalité appréciative désapprobative »
b Typologie des modalités de l’énoncé
La classification des modalités d‟énoncé est toujours une question ayant plusieurs réponses selon les différents linguistes Nous allons nous inspirer dans notre recherche la typologie la plus connue de Darrault (1976), Meunier (1974) et
Modalité Valeurs modales Exemples
Épistémique Certitude Incertitude + Verbe : penser, croire,
Modalité de l'énoncé
Modalités
logiques
aléthiqueépistémiquedéontique
Modalités affectives
Modalités appréciatives
axiologique
non-axiologique
Trang 25Probabilité Improbabilité trouver que, savoir, douter …
+ Adjectif : certain, sûr, inévitable…
+ Adverbe : certainement, indéniablement, sûrement … Aléthique Nécessité Contingence + Verbe : pouvoir, devoir,
falloir, paraître, sembler… + Adjectif : (Il est) nécessaire, possible, impossible…
+ Adverbe : probablement, vraisemblable,
nécessairement…
Possibilité Impossibilité
Déontique Obligation Facultativité + Verbe : devoir, falloir,
interdire permettre, … + Adjectif : obligatoire, interdit, permis…
+ Adverbe : obligatoirement, nécessairement,
forcément,…
Permission Interdiction
Tableau 2 : Les modalités logiques
La typologie des modalités affectives et appréciatives est empruntée à la classification des adjectifs concernant la subjectivité de C Kerbrat-Orecchioni (1980) que nous avons présentée dans la partie des marqueurs des modalités de l‟énoncé Ce type de modalités est ainsi marqué majoritairement par les adjectifs
et les adverbes qui manifestent les sentiments du locuteur Cependant il nous
Trang 26semble difficile de distinguer les quatre classes de modalités : affective, évaluative axiologique, évaluative non axiologique et même axiologique affectif, un type mélangé de deux autres C‟est pourquoi nous proposons une autre classification que nous souhaitons plus simple à suivre et qui peut concerner plus nombreux de catégories lexicales :
Exemples + Verbe : aimer, féliciter,
exceller, réussir…
+ Adjectif : bon, beau, joli, assidu, …
+ Adverbe : heureusement, joyeusement, sérieusement,…
+ Préfixe : super-, extra-, …
+ Nom : le champion, la belle,
le chanceux, …
+ Verbe : pleurnicher, murmurer, souffrir, détester … + Adjectif : mauvais, laide, ignorant, paresseux, …
+ Adverbe : malheureusement, lâchement, horriblement,… + Suffixe : -ard, -aud, -asse, -âtre, -aille, -ouille …
+ Nom : l‟échec, la laide, le malchanceux, …
Tableau 3 : La modalité appréciative valorisante et dévalorisante
Ces types de modalité sont considérés comme un des éléments
« traditionnels » de l‟approche énonciative avec l‟émergence du sujet énonciatif et
de la notion de thématisation Les transformations syntaxiques orientées vers le destinataire permettent d‟évaluer le propos ou de montrer son adhésion au propos Ayant donc une relation stricte avec les modalités de l‟énoncé ou les modalisations, elles seront des outils nécessaires pour analyser le corpus
Trang 271.2.2.2 La constitution du sujet énonciatif
Qu‟entend-on par la constitution du sujet énonciatif ou les composants de l‟appareil énonciatif ?
Comme Charaudeau l‟écrit « Qui le texte fait-il parler ? À quel niveau, et à travers quelle forme d‟énonciation le fait-il ? » (1995, p.104), nous trouvons que c‟est bien la question qui se pose quand on lit un tire de journal, que se passe-t-il ? Que le titre fait-il parler ? Quelles traces porte-il ? Celles de l‟énonciataire ou de l‟énonciateur ou pose-t-il la neutralité des sujets, fait – il « comme si l‟acte énonciatif était indépendant des sujets énonçant et destinataire » Pour mieux comprendre ce que mentionne P Charaudeau, il nous faut savoir comment fonctionnent le JE et le TU utilisés dans chaque situation, ou plus largement, les
déictiques de la personne dans un discours en général et dans les titres des articles
de journaux en particulier
Alors que signifie le « déictique » ? Certaines grammaires ne distinguent pas les deux termes : « déictique » qui est l‟adjectif formé sur « deixis » (Benveniste 1966) et « embrayeur » (Jackobson 1963) En fait, ces deux termes seront considérés comme synonymes2 Comme la langue ne réfère pas uniquement à elle-même, les embrayeurs permettent de comprendre le sens d‟un énoncé en contexte, c‟est-à-dire de saisir à quel référent il renvoie Par exemple, pour comprendre la phrase « Je suis ici », il faut connaỵtre le contexte dans lequel l‟énonciateur le produit, c‟est-à-dire qui est « je » et ó se trouve « ici », ce dernier terme signifiant littéralement : l‟endroit ó le corps de « je » se trouve Autrement dit, les embrayeurs servent à désigner des éléments du cadre énonciatif3 L‟ensemble de ces termes est appelé « la deixis », en d‟autres termes,
Pour C Kerbrat-Orecchioni (1999 [1980], p.34-35), le cadre énonciatif est constitué des protagonistes, de
la situation de communication comprenant elle-même les coordonnées spatio-temporelles et des conditions générales de production/réception du discours.
Trang 28l‟ensemble des références à la situation d‟énonciation Un déictique est donc un mot dont le sens est réduit en langue et qui ne trouve sa signification que dans la référence au contexte Cette caractéristique se présente dans les pronoms personnels et les démonstratifs, dans les unités temporelles et spatiales, ou dans certains termes de parenté sans déterminants (ex : papa, maman4…) A partir de ces marqueurs, on divise les déictiques en trois types : les déictiques de la personne, de temps et de lieu comme illustre le terme « nynégocentrisme » de Damourette et Pichon (1936) proche du triptyque « moi – ici – maintenant » des théories énonciatives
Dans un discours, les déictiques de la personne sont équivalents aux pronoms personnels et ses variations sous d‟autres formes lexicales (pronoms toniques, pronoms ou adjectifs possessifs, …) : Je – me, mon, le mien…
D‟après Benveniste, le couple déictique « Je / Tu » est formé de
« personnes » et est séparé fondamentalement de la « non-personne », comme
« Il » ou « Elle » Par définition, comme évidemment, « Je » est celui qui dit
« Je » et « Tu » est celui à qui « Je » dit « Tu », cela veut indiquer que « Je » est le référent dans l‟énoncé Ce couple désigne l‟énonciateur et l‟énonciataire mais on
ne peut pas les connaître sans référer au contexte, c‟est pourquoi ils sont nommés les « formes vides » qui ne portent pas de sens
De plus, les pronoms personnels « Je » et « Tu » ont une fonction phatique car pour prendre le sens, ils doivent être toujours en contact direct avec celui-ci ou par les moyens interposés Ils n‟ont pas de substituts possibles tandis qu‟à la non-personne on peut substituer « Il » ou « Elle » La non-personne étant ce dont on parle, c‟est-à-dire quelque qu‟un ou quelque chose qui n‟est pas présent (ou on se fait comme s‟il n‟était pas présent), elle ne fait pas partie du cadre de la
4
Certains adjectifs comme « futur », « moderne », … ou des noms comme « truc », « chose »,
Trang 29communication Théoriquement, « Je » ou « Tu » ne désignent que des être humains mais il arrive que « Tu » renvoie non seulement à des personnes mais aussi à des choses, des animaux…, dans le cas de la personnification5
Les autres pronoms personnels considérés comme déictiques de la personne sont « Nous » et « Vous » Selon la grammaire traditionnelle, ce sont les formes plurielles de « Je » et « Tu » tandis que Benveniste les décrit comme le
« Je » ou le « Tu » amplifiés et leur attribue des valeurs diverses
D‟ailleurs, dans le système des personnes, il ne faut pas oublier de noter le
« on » qui assume toujours la fonction de sujet Du point de vue de la grammaire
et de la morphologie, « on » joue le rôle du pronom personnel indéfini de la troisième personne mais est distingué du « il », anaphore qui remplace un nom ou
un groupe nominal En théorie énonciative, « on » est tour à tour le déictique de la personne et de la non-personne car il peut substituer et prendre toutes les valeurs des autres déictiques
Différemment aux déictiques de la personne, les déictiques temporels inscrivent aussi les éléments dans le réel et, plus précisément, dans l‟espace et dans le temps Ce sont les mots et groupes de mots qui y situent le message par rapport aux protagonistes, notamment le locuteur6
Les déictiques spatiaux indiquent la position qu‟occupe le corps de l‟énonciateur qui est au « centre du monde » à travers « ici » par exemple On peut les diviser en plusieurs types :
- Les indices démonstratifs :
Trang 30o Les déterminants : ce, cet, ces, … le, la (quelque fois)
o Les pronoms : ça, celui, cela, …
- Les présentatifs : voici, voilà
- Les indices adverbiaux : ici/là/là-bas, près/loin, en haut/bas, à gauche/à droite Ceux-ci portent deux valeurs : situationnelle et anaphorique (C Kerbrat-Orecchioni, 1999 [1980], p.43) La distinction entre « anaphorique » et
« situationnelle » correspond au type de référent auquel renvoie le déictique :
- Valeur anaphorique : renvoie à la reprise d‟un élément déjà utilisé dans le texte, correspond au référent intralinguistique – le cotexte
- Valeur situationnelle : désigne un élément extralinguistique, c‟est-à-dire un élément du contexte
Les déictiques temporels sont en relation avec l‟énonciation, plus précisément, avec le moment ó parle l‟énonciateur qu‟on appelle le moment d‟énonciation (ME) Il existe toujours un « Je dis » implicite à toute énonciation ;
ce « Je dis » exprime le présent d‟énonciation lui-même :
Ex 1 : (Je dis) « Aujourd‟hui, je me sens mieux »
Aujourd‟hui : le jour ó je suis en train de parler, devient donc le repère (R)
Dans ce cas, le repère est en relation avec le moment d‟énonciation (R = ME)
Le temps de l‟énoncé correspond au temps de l‟énonciation
Ex 2 : (Je dis) « Le lendemain, Paul s‟est promené avec Sophie »
Dans cette phrase, le repère (« le lendemain ») renvoie au passé qui est en rupture avec le présent (« Je dis »), alors il ne renvoie pas au
Trang 31moment d‟énonciation (R ≠ ME) Le temps de l‟énoncé ne correspond pas au temps de l‟énonciation
A partir des exemples ci-dessus, on peut comprendre la règle de la relation entre le repère et le moment d‟énonciation :
- L‟énoncé contient un déictique : R = ME
- L‟énoncé contient un non déictique : R ≠ ME
Alors quels sont les indices qui signalent le moment d‟énonciation qui leur sert de repère ? Selon Georges-Élia Sarfati (2007, p.21-22), ce sont les marqueurs qui désignent une situation de simultanéité, d‟antériorité ou à venir par rapport au moment ó le locuteur produit son énoncé :
- Simultanéité : adverbes (maintenant, actuellement, en ce moment…)
- Antériorité : adverbes (hier, jadis, récemment…), déterminants définis (le, le jour, le mois, la semaine…)
- A venir : adverbes (demain, bientơt…), déterminant défini (le mois, le jour prochain…)
De plus, les temps verbaux représentent aussi les déictiques temporels, surtout les temps du mode de l‟indicatif
L‟emploi de ce type de déictique est fonction de la « visée temporelle » qui correspond à la vision que ce fait le lecteur de la temporalité Elle peut être considérée comme une itération (ce qui se répète) ou emporte une valeur durative / ponctuelle (le temps de l‟événement correspond à une durée / à un moment) Nous citons alors le schéma de la visée temporelle de D Maingueneau pour mieux énumérer et distinguer ses valeurs
Trang 32Tableau 4 : Schéma de la visée temporelle
1.2.3 Les thématisations
Nous avons l‟intention de réserver une partie au phénomène de la
« thématisation » en désirant d‟insister sur cet élément car nous avons remarqué qu‟il est l‟un des outils préférés dans la construction des titres journaux Mais qu‟entend-on par « thématisation » ? Presque uniquement utilisé par les linguistes,
ce terme, étant de même famille que le mot « thème », demande de suivre ses relations conceptuelles avec la notion de ce dernier avec le « rhème » ou le
« prédicat », pour être compris
a Qu’est-ce qu’une « thématisation » ?
[+ étendue]
Visée durative(Depuis, pendant, dans combien de temps?)
rétrospective
prospective
Trang 33La grammaire moderne distingue effectivement thème et rhème d‟un côté
et sujet/prédicat de l‟autre Pour le premier couple, il s‟agit plutôt de s‟intéresser à
la progression thématique d‟un propos, d‟un exposé, d‟un récit Comme explique Philippe Lane (in Charaudeau et Maingueneau, 2002, p.573), « la progression thématique rend surtout compte des enchaînement transphrastiques d‟un texte en expliquant sa cohésion et sa progression transphrastiques », que rappelle Georges-Elia Sarfati (2007, p.29-30) par d‟autres termes : « tout texte peut être défini comme un développement progressif et cohérent de l‟information communiquée à partir d‟un thème donné » Par ailleurs, le second couple sert plutôt à s‟interroger sur le sens, sur ce qui est vraiment dit et sur la question sous-jacente à une phrase Alors effectivement, le prédicat est souvent un verbe uniquement ou un groupe verbal, alors que le sujet grammatical est souvent le sujet Mais cet « ordre canonique » peut être renversé par les thématisations
En fait, en suivant la grammaire traditionnelle, ces deux derniers termes sont empruntés à Aristote : le sujet étant ce dont on parle, ce qui est considéré comme connu et le prédicat, ce que l‟on dit au sujet, autrement dit, c‟est l‟information nouvelle dans l‟énoncé Cependant pourquoi avoir formé le mot
« thématisation » et non « sujetisation » ? Car même si le thème porte le même rôle sémantique que le sujet, mais il n‟est pas toujours exprimé par le sujet
grammatical de la phrase Par exemple, dans cette thématisation « Ce poème, tu l’as écrit ? », « ce poème » reste le thème mais il occupe la place du complément
d‟objet direct en étant repris par l‟anaphore « l‟ »
Pour toutes ces raisons, nous proposons dans ce travail d‟aborder la notion
de « thématisation » à travers l‟opposition entre les deux termes « thème » et
« prédicat »
La paire thème/prédicat est utilisée, par les linguistes, comme deux
constituants d‟une phrase mais elle est identifiée de façon différente selon les disciplines D‟après C Détrie, P Siblot et B Verine (2001, p.356-357), cette paire
Trang 34peut être examinée dans six cadres : celui de la syntaxique, de la sémantique, de la modalité interrogative, de la négation dialogique, de l‟analyse
logique-du discours et de la progression textuelle Nous choisissons, parmi ces aspects, le deuxième, troisième et cinquième qui sont les plus liés aux thématisations pour les prendre comme un des bases à confronter avec notre corpus
Le thème et le prédicat, dans le cadre logico-sémantique, sont définis
comme dans la grammaire traditionnelle Leur opposition est presque équivalente
à celle des autres paires : topique/commentaire, présupposé/posé, thème/propos, substrat/focus Plus précisément, l‟un représente des connaissances partagées, connues qui dépendent contextuellement de l‟autre, nouveau et plus informatif
En français standard, le thème occupe habituellement la place initiale de la phrase, dans la majorité des cas, c‟est celle du sujet grammatical Mais cette construction ne se répète pas dans tous les énoncés C‟est pourquoi les linguistes évoquent la modalité interrogative pour y identifier le thème et le prédicat Une
phrase simple comme « Marie a mangé du pain », formant normalement une
réponse à la question sous-jacente « Qu‟a fait Marie ? », qui remet la fonction du thème à « Marie » et du prédicat à « a mangé du pain » Toutefois, cet énoncé peut répondre à d‟autres questions : « Qui a mangé du pain ? », « Qu‟est-ce que Marie mange ? », « Qu‟est-ce qui se passe ? » Les réponses à ces questions, indiquent le prédicat qui est équivalent à l‟élément posé par le mot d‟interrogation, successivement : « Marie », « du pain », « Marie a mangé du pain » C‟est pourquoi pour bien déterminer le thème et le prédicat, l‟énonciateur a besoin de points de repères en mettant en relation l‟énoncé avec le contexte
b Les procédés de thématisation
En discours, certaines constructions syntaxiques permettent au locuteur de souligner le thème, on parle alors de thématisation Autrement dit, le procédé de la thématisation désigne la promotion d‟un constituant de la phrase en thème
Trang 35Comme l‟exemple ci-dessus, tous les énoncés exigent une opération de thématisation
- On peut la trouver souvent dans les énoncés en forme de diathèse (le passif)
o Par exemple, la voix active d‟un titre journal « Une voiture a heurté un enfant de 5 ans » donne l‟impression aux lecteurs que c‟était la faute de la voiture qui a été mal conduite
o Par contre, à la voix passive, « Un enfant de 5 ans a été heurté par une voiture » les en « détourne », fait penser que cet accident, étant vraiment un hasard, est arrivé et qu‟on ne pouvait pas y échapper
Cet effet est dû aux changements de position respectifs du sujet et du complément d‟objet direct, qui entraînent celui du rôle de thème dans chaque phrase : « Une voiture » pour la première et « Un enfant » pour la deuxième Par conséquent, les journaux peuvent utiliser les thématisations comme un outil pour « diriger » la vision de leur lectorat
Nous allons présenter ensuite les marquages des thématisations à l‟écrit
et même à l‟oral, car la langue de la presse n‟est pas constante, elle reflète parfois le langage parlé
Les marquages à l‟oral
- La plupart d‟entre nous ne savons pas que nous utilisons la thématisation, dans la vie quotidienne, inconsciemment, par insister sur les mots dans un énoncé
Ex : Paul fait du piano
Chaque groupe de mot, portant une fonction dans la phrase, va devenir son thème quand le locuteur y insiste par l‟intonation En fait, l‟accent sur « Paul » signifie que c‟est Paul mais pas quelqu‟un d‟autre qui est en train de faire de la
Trang 36musique Si on porte l‟intonation sur « fait », le verbe est « corrigé » intentionnellement et implicitement à « jouer » ; l‟insistance sur « du piano » veut dire que l‟instrument dont Paul joue est le piano Elle forme donc une thématisation qui modifie plus ou moins le sens de l‟énoncé sans en changer la syntaxe
- L‟emploi de la négation, dans certains cas, permet aussi de thématiser
Ex : Elle ne déteste pas les insectes, mais elle les hait
Dans ce cas, la fonction métalinguistique de la deuxième proposition, transformant la négation totale à la négation partielle, fait devenir le thème à la première
Les marquages à l‟écrit
Comme les marques acoustiques ne se montrent pas à l‟écrit, les thématisations doivent être marquées En opposition avec les marquages oraux, ceux à l‟écrit sont principalement syntaxiques comme la mise en apposition, la thématisation du circonstanciel, etc
La thématisation peut aussi être marquée par l’emphase, c‟est-à-dire tout
procédé d‟insistance ou de mise en relief dans le discours :
- L’emphase par dislocation : La phrase canonique est disloquée en détachant
un constituant lui-même qui va être repris par un pronom
Ex : La montagne, je veux y aller cette année
Avec la syntaxe : « Et + groupe nominal + qui + groupe verbal »
Et Paul qui n’est pas venu
Trang 37Dans ces cas, la dislocation ou le détachement utilise l‟anaphore en déplaçant un élément en tête de phrase, mais elle peut aussi le déplacer en fin de phrase et l‟annoncer par un pronom cataphorique
Ex : Elle est trop belle, cette fille
- L’emphase par extraction (ou la focalisation) : on extrait un composant par
un présentatif, qui va être suivi d‟une relative introduite par un pronom Elle est divisée en deux types principaux : clivée et semi-clivée
o La forme clivée : « C‟est … que/qui » :
Ex : C’est Anne qui a vendu ton sac
o La forme semi-clivée : « Ce que … c‟est » :
Ex : Ce qu’il a vu, c’est un beau chien
- Dans la thématisation, on retrouve aussi des présentatifs qui sont des mots ou
locutions généralement invariables qui servent à introduire un élément en le/la mettant en relief Cet élément peut être un nom propre ou commun, un pronom personnel, démonstratif, possessif, indéfini, un verbe infinitif ou une proposition Les présentatifs les plus utilisée en française sont : Voici, voilà,
il y a, c‟est/ ce sont Le dernier entraîne les expressions figées combinées avec lui à devenir les marqueurs thématisations : c‟est pourquoi, c‟est à mon
tour, c‟est-à-dire, ce n‟est pas que, etc Ex : Voilà que la nuit tombe ; Il y a
une souris dans la chambre
D‟autre présentatifs existent dans
o l‟expression impersonnelle « il est » : Ex : Il est temps de partir
o certains termes utilisés dans de courtes exclamations : Ex : Vive la liberté !
Trang 38o la conjonction « soit » : Ex : Soit un triangle équilatéral, …
1.2.4 Les modes de la citation
L‟analyse du discours s‟oppose tendance à considérer le discours comme homogène, c‟est-à-dire « supporté par le même énonciateur dans le cadre de la même situation de communication » (Maingueneau, 1981, p.97), il est, en réalité, toujours traversé par la présence d‟autrui, comme l‟affirme G.E Sarfati
« tout énoncé porte la trace d‟énoncés antérieurs ou contemporains, sans qu‟il soit possible d‟assigner à un seul locuteur la loi du sens » (2002, p.28) Il y a ainsi différents niveaux d‟énonciation : tout énonciateur rapporte des propos tenus par lui-même ou un autre énonciateur Cette idée de la « la pluralité des voix », autrement dit il y a plusieurs voix mélangées dans un même énoncé, est développée par plusieurs linguistes, notamment par O Ducrot (1984) qui l‟appelle
la polyphonie en s‟appuyant largement sur Bakhtine/Volochinov (1977) Ces auteurs fondent le terme « le dialogisme » qui vise à montrer la présence d‟autrui dans le discours en s‟intéressant aux trois types de discours rapporté : les discours direct, indirect et indirect libre Ces trois « stratégies » les plus classiques de la citation, présentent « chacune des traits spécifiques selon le type de relations qui
s‟instaurent entre discours citant (DCt) et discours cité (DCé) » (Maingueneau,
1981, p.98)
1.2.4.1 Le discours rapporté
Le discours direct (DD)
Avec la première « stratégie », on peut rapporter le discours de l‟autre ou
de sien sans rien en changer Le DCt et DCé sont alors très autonomes et ne dépendent pas du tout l‟un de l‟autre Ils possèdent chacun un repérage pour leurs embrayeurs Cette disjonction est clairement manifestée par la mise de deux points entre les deux propositions et les guillemets qui entourent le DCé ; par les
Trang 39déictiques de la personne qui ne doivent pas se correspondre et les temps verbaux qui ne sont pas liés de l‟un à l‟autre
Ex : Il m’a dit : « Je dois me lever tơt demain »
Dans cette phrase, le déictique « Je » dans le DCé ne signifie pas l‟énonciateur mais le « il », de la « non-personne » dont il parle, il est donc inconciliable avec le « m‟ » - qui représente le « je » du DCt Et « demain » ne réfère pas au jour après le jour ó se passe la conversation mais au lendemain du dialogue entre l‟énonciateur et « il » C‟est pourquoi on a tendance à penser que le
DD rapporte une grande fidélité l‟énoncé originel, c‟est dans ce sens que C Baylon et P Fabre affirment que « le locuteur rapporte textuellement et objectivement les paroles (ou les pensées) des personnages » (1978, p.214) Cependant, au point de vue discursif, ce qu‟il donne, c‟est justement une illusion
de transparence que D Maingueneau appelle l‟« illusion linguistique » (1999, p.122) « Une illusion » car, par exemple, l‟intonation n‟est pas nécessairement transmise, elle est peut être déformée, intentionnellement ou non, et cela peut changer aussi la signification de l‟énoncé C‟est pourquoi même quand le DD est très proche de l‟original, il demeure toujours un discours rapporté Mais c‟est pour cette illusion de la vérité en apparence qu‟on aimerait s‟en servir, pour paraỵtre objectif
Le discours indirect (DI)
L‟exemple du DD qui est transformé en DI forme une seule énonciation avec une proposition principale suivie par une proposition subordonnée
Il m’a dit qu’il devait se lever tơt le lendemain
Cette phrase, par rapport à celle du DD, présente des changements au niveau des déictiques de la personne, des temps verbaux En fait, cette transformation demande une liaison stricte entre le DCt et le DCé ó le deuxième,
Trang 40qui est dans ce cas un subordonné de la phrase principale, doit prendre les éléments du premier comme référent Le DI, n‟ayant pas d‟autonomie syntaxique
et étant un seul acte d‟énonciation, se montre ainsi comme la version « pétrie » par le locuteur
Cependant, le DI ne doit pas être considéré comme une transformation mécanique d‟énoncés au DD Il s‟agit de deux modes d‟énonciation différents Les traces d‟énonciation sont effacées au profit du DCt : le DI met en exergue
« l‟éthos » de l‟énonciateur : « En prenant en charge les propos d‟autrui, le rapporteur donne une certaine image de lui-même, renvoie à ses positions idéologiques, affectives … personnelles » (Maingueneau 1999, p.123)
Le discours indirect libre (DIL)
Ce dernier type, qui apparaît comme la forme le plus complexe du discours rapporté, est le produit mélangé par le DI et le DD car il porte à la fois les traces d‟énonciation du DCé et la position extérieure du rapporteur dans le DCt Il est surtout utilisé à l‟écrit, donc difficile à reconnaître dans les énoncés Ce n‟est qu‟en contexte que l‟on sait qu‟il s‟agit d‟un DIL
Ex : Il me parlait avec une certaine tension dans la voix C’était une expérience difficile
En observant l‟exemple, on ne trouve aucun mot qui montre qui est en charge du discours, cela nous donne une ambiguïté, une indécision sur l‟identification de l‟énonciateur qui rapporte ce DIL (seconde phrase) Ce n‟est pas l‟auteur du DCé, ni le rapporteur comme dans le DI, « il s‟agit donc d‟une forme originale d‟énonciation des propos d‟autrui, forme qui suppose un énonciateur purement textuel situé à la fois « à l‟intérieur » et « à l‟extérieur » du personnage censé produire ces propos » (D Maingueneau, 1981, p.111) En d‟autres termes, suivie l‟idée de dialogisme, le DIL fait comme si deux énonciateurs prennent la parole en même temps : « on entend résonner deux