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BIỂU HIỆN LỊCH sự QUA HÀNH ĐỘNG CHÊ TRÁCH TRONG các tác PHẨM TRUYỆN NGẮN PHÁP HIỆN đại

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UNIVERSITÉ NATIONALE DE HANOI UNIVERSITÉ DE LANGUES ET D’ÉTUDES INTERNATIONALES DÉPARTEMENT POST-UNIVERSITAIRE ******************* LÊ HẢI YẾN LA MANIFESTATION DE LA POLITESSE VERBALE

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UNIVERSITÉ NATIONALE DE HANOI UNIVERSITÉ DE LANGUES ET D’ÉTUDES INTERNATIONALES

DÉPARTEMENT POST-UNIVERSITAIRE

*******************

LÊ HẢI YẾN

LA MANIFESTATION DE LA POLITESSE VERBALE DANS LA FORMULATION DU REPROCHE, LE CAS DES NOUVELLES

FRANÇAISES CONTEMPORAINES

BIỂU HIỆN LỊCH SỰ QUA HÀNH ĐỘNG CHÊ TRÁCH

TRONG CÁC TÁC PHẨM TRUYỆN NGẮN PHÁP HIỆN ĐẠI

MÉMOIRE DE FIN D’ÉTUDES DE MASTER

Option: Linguistique

Code: 6022.0203

HANOI – 2016

Trang 2

UNIVERSITÉ NATIONALE DE HANOI UNIVERSITÉ DE LANGUES ET D’ÉTUDES INTERNATIONALES

DÉPARTEMENT POST-UNIVERSITAIRE

*******************

LÊ HẢI YẾN

LA MANIFESTATION DE LA POLITESSE VERBALE DANS LA FORMULATION DU REPROCHE, LE CAS DES NOUVELLES

FRANÇAISES CONTEMPORAINES

BIỂU HIỆN LỊCH SỰ QUA HÀNH ĐỘNG CHÊ TRÁCH

TRONG CÁC TÁC PHẨM TRUYỆN NGẮN PHÁP HIỆN ĐẠI

MÉMOIRE DE FIN D’ÉTUDES DE MASTER

Option: Linguistique

Code: 6022.0203

Directeur de recherche : Dr Đỗ Quang Việt

HANOI – 2016

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ENGAGEMENTS ATTESTATION DE NON PLAGIAT

Je, soussignée, Lê Hải Yến

Etudiante en Master du Département Post-universitaire – Université de Langues et d’Études internationales – Université Nationale de Hanoi

Atteste sur l’honneur que le présent dossier a été écrit de ma main, que ce travail est personnel et que toutes les sources d’informations externes et les citations d’auteurs ont été mentionnées conformément aux usages en vigueur (Nom de l’auteur, nom de l’article, éditeur, lieu d’édition, année, page)

Je certifie par ailleurs que je n’ai ni contrefait, ni falsifié, ni copié l’œuvre d’autrui afin de la faire passer pour mienne

Je supporterai toutes les sanctions en cas de plagiat

Fait à Hanoi, le vendredi 23 septembre 2016

Etudiante en Master

Lê Hải Yến

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REMERCIEMENTS

Je tiens d’abord à exprimer ma profonde gratitude et mes remerciements sincères à mon directeur de recherche, Monsieur DO Quang Viet - Docteur en Science du langage, pour sa grande disponibilité, son dévouement, son soutien, ses conseils judicieux qu’il m’a accordés tout au long de ce travail de recherche

Je tiens aussi à remercier les responsables, les professeurs-collègues du Département de français de l’Université de Langues et d’Etudes Internationales qui m’ont donné des conseils précieux et permis l’aboutissement de ce travail dans les meilleures conditions

J’adresse enfin ma profonde gratitude à ma famille qui m’a encouragée et soutenue, à tous mes amis qui m’ont aidée à bien mener ce travail

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RESUME

Dans notre recherche, nous allons d’abord étudier les recherches des pionniers dans

le domaine de l’acte de langage et de la politesse verbale en général et de l’acte de reproche en particulier Le reproche est pour but d’exprimer le mécontentement du locuteur et d’inspirer la honte et le regret à l’interlocuteur Il est donc un FTA très fort qui peut menacer gravement les faces du « reproché » et parfois du

« reprocheur » aussi

Alors, pour adoucir la menace sur les faces des interactants, on a recours à des procédés de politesse dont les procédés substitutifs et les procédés accompagnateurs Les premiers sont beaucoup plus utilisés, surtout la formulation indirecte et le « vous » de politesse Ils ont plus ou moins d’influences sur l’attitude des interlocuteurs mais en général, les réactions sont plutôt négatives

Les procédés de politesse varient aussi en fonction des facteurs P, D et L Dans le cas des facteurs P et L, nous ne trouvons pas de très grande variation des procédés

La formulation indirecte est toujours le procédé le plus utilisé, et le « vous » de politesse au deuxième rang et puis les autres procédés sont rarement employés Seulement le facteur D qui fait un changement assez net dans le choix des procédés : Avec D+, la formulation indirecte est au premier rang mais avec D-, le

« vous » de politesse la dépasse, ce qui peut être expliqué par la règle sociale des français : il faut vouvoyer aux personnes plus âgées et aux gens qu’on ne connait pas

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TABLE DES MATIÈRES

ENGAGEMENTS i

REMERCIEMENTS ii

RESUME iii

INTRODUCTION 1

CHAPITRE I : FONDEMENT THEORIQUE 5

1 Concepts des actes de langage 5

1.1 Concept des actes de langage d’Austin et de Searle 5

1.2 Concept des actes de langage de C Kerbrat-Orecchioni 8

2 Réalisation des actes de langage 9

2.1 Réalisation directe 9

2.2 Réalisations indirectes 10

3 Facteurs d’influence des actes de langage 11

3.1 Contexte 11

3.1.1 Le cadre spatio-temporel 12

3.1.2 Le but 12

3.1.3 Les participants 12

3.2 Relation interpersonnelle 12

3.2.1 La relation horizontale 13

3.2.2 La relation verticale 13

3.3 Politesse linguistique 14

3.3.1 E Goffman, la face, le territoire du moi et les figurations 15

3.3.2 Modèle de politesse de Brown et Levinson 17

3.3.3 C Kerbrat-Orecchioni et son extension de la théorie de politesse 18

4 L’acte de reproche 22

4.1 Définition du reproche 22

4.2 Le reproche en pragmatique 22

4.2.1 Le reproche dans les classifications des chercheurs 22

4.2.2 Analyse du reproche 24

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CHAPITRE II: MANIFESTATION DE LA POLITESSE VERBALE DANS LA FORMULATION DU REPROCHE, LE CAS DES

NOUVELLES FRANÇAISES CONTEMPORAINES 28

1 Préliminaire 28

1.1 Choix de la méthode de collecte des données 28

1.2 Constitution du corpus 29

1.3 Méthode d’analyse des données 32

1.4 Paramètres d’analyse 32

1.5 Les niveaux d’analyse du discours 33

2 Manifestation de la politesse verbale dans la formulation du reproche, le cas des nouvelles françaises contemporaines 35

2.1 Procédés substitutifs 35

2.2 Procédés accompagnateurs : 37

2.3 Réaction des interlocuteurs au reproche 39

2.3.1 Influence du Pouvoir (P) sur la réaction 40

2.3.2 Influence de la Distance (D) sur la réaction 49

2.3.3 Influence du la Légitimité (L) du reproche aux réactions 54

2.3.4 Variation des procédés de politesse 60

3 Justification des résultats obtenus 65

3.1 Les procédés de politesse utilisés dans les énoncés de reproche 65

3.2 Contexte de l’utilisation des PP dans les énoncés de reproche 67

4 Quelques conseils pour les reprocheurs et les reprochés 69

4.1 Pour les reprocheurs 69

4.2 Pour les reprochés 70

CONCLUSION 71

BIBLIOGRAPHIE 73 ANNEXES……… ……… I

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INTRODUCTION

Dans une société civilisée, basée sur le respect et sur des valeurs morales, la politesse joue un rơle bien important Elle définit une forme de communication et de comportement à adopter Les usages de la politesse se sont formés le long des siècles

et ne cessent d’évoluer Ils sont différents selon les époques et les cultures Jusqu’à maintenant, la politesse a été étudiée dans deux directions : la politesse comme norme sociale et la politesse linguistique, surtout la politesse verbale Le domaine de

la politesse verbale est difficile et bien différent de celui de la langue vietnamienne D’ailleurs dans l’apprentissage et l’enseignement du français, il n’est pas abordé suffisamment et les étudiants n’arrivent pas encore à bien maỵtriser les moyens linguistiques pour exprimer la politesse De plus, dans les situations ó il y a des mécontentements ou des conflits, il nous demande une utilisation plus subtile de la politesse verbale Alors, nous comptons d’étudier les moyens linguistiques utilisés pour exprimer la politesse verbale dans la formulation du reproche avec un corpus constitué de dialogues relevés dans une dizaine de nouvelles français du XXè siècle pour élucider la manifestation de la politesse verbale en le français Nous espérons que notre recherche pourrait à éclaircir certains faits d’ordre linguistique et culturel qui serait appliqué dans l’enseignement du français

Pendant les années universitaires, nous avons la chance de faire une première approche sur la théorie de la conversation dans le cours de Pragmatique et nous nous sommes beaucoup intéressés au thème de la politesse Le cours de pragmatique nous

a fourni des connaissances de base sur les recherches en politesse, surtout la politesse verbale avec une présentation sommaire sur les théories des premiers pionniers

Désirant de nous renseigner sur la politesse verbale dans le dialogue, nous avons cherché comme documents de référence les recherches qui avaient abordé ce thème Nous avons trouvé la recherche de Mme NGUYEN VAN DUNG Elle a soutenu sa thèse de Doctorat intitulée « La Représentation des Rapports de Politesse au Vietnam dans la littérature Contemporaine » en 2000 Dans sa recherche, elle a analysé un corpus d’une trentaine de nouvelles vietnamiennes contemporaines C’est une

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recherche très minutieuse sur la politesse verbale en langue vietnamienne Alors, l’idée d’une recherche sur la politesse verbale en français avec un corpus constitué de dialogues relevés dans des nouvelles françaises nous est arrivée

Comme ce sujet est trop vaste et touche plusieurs domaines de recherche interdisciplinaires (sociologie, psychologie…), nous décidons donc d’étudier la politesse verbale à travers la formulation d’un acte de langage complexe qui est

« reproche » Alors, dans le cadre de notre mémoire, nous nous limitons d’étudier la manifestation de la politesse verbale dans la formulation du reproche avec un corpus constitué de dialogues relevés dans des nouvelles contemporaines au niveau de la séquence

Dans notre mémoire, nous cherchons à répondre aux questions suivantes :

- Comment la politesse verbale est exprimée dans les reproches parus dans des nouvelles françaises du XXè siècle ?

- La politesse verbale exprimée dans les reproches parus dans les nouvelles françaises du XXè siècle se varie-t-elle en fonction des facteurs Pouvoir, Distance, Légitimité et en fonctions des réactions aux reproches?

Pour ces questions, nous formulons des hypothèses suivantes :

- Dans les énoncées de reproche parus dans des nouvelles françaises du XXè siècle,

la politesse verbale est exprimée par les procédés substitutifs et les procédés accompagnateurs

- Les procédés de politesse utilisés dans les reproches parus dans des nouvelles françaises du XXè siècle varient selon les 3 facteurs Pouvoir, Distance et Légitimité et selon les procédés de politesse utilisés

En réalisant cette recherche, nous voudrions contribuer à éclaircir certains faits d’ordre linguistique et culturel pour appliquer dans l’enseignement de la langue

En ce qui concerne la méthode de la recherche, nous suivons principalement la méthode inductive en coordonnant avec la méthode déductive Ensuite, pour collecter des données, nous utiliserons le corpus préexistant constitué des dialogues dans les

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nouvelles françaises de l’époque contemporaine Enfin, après avoir eu des données dans la main, nous suivrons la démarche d’analyse des données suivante : catégorisation, statistique, description, analyse, synthèse, confrontation des résultats d’analyse des données avec les hypothèses envisagées

Notre recherche se compose de deux chapitres Le premier est consacré aux fondements théoriques Nous allons présenter les notions de base concernant la politesse linguistique Nous comptons faire une synthèse des concepts de base concernant strictement le sujet de recherche dont la théorie d’Austin et de Searle, les notions de « face » et de « territoire » introduit par E Goffman qui a posé des fondations de la théorie de politesse des deux auteurs P Brown et S Levinson Ces derniers ont introduit la notion des FTAs (Face Threatening Acts - les actes menaçants pour les faces positives et négatives) Après, C Kerbrat - Orecchioni a aménagé le modèle de P Brown et S Levinson en ajoutant la notion des FFAs (Face Flattering Acts – les actes qui donnent des effets positifs sur les faces) Nous abordons ensuite les façons de réalisation des actes de langage et les facteurs socio-culturels qui exercent une influence sur la manifestation de la politesse verbale, à savoir contexte, relation interpersonnelle… Nous comptons donc parler aussi des procédés utilisés pour exprimer la politesse verbale Une rubrique importante sera réservée à l’identification des valeurs illocutoire de l’acte de reproche, c’est-à-dire une tentative de définition du reproche du point de vue pragmatique L’étude des travaux des auteurs antérieurs nous permet d’établir le fondement théorique pour notre recherche

Dans le deuxième chapitre, nous présenterons le corpus constitué et entrerons dans l’analyse des données Nous nous concentrerons sur les procédés de politesse utilisés

et traiterons les effets qu’ils produisent en appuyant sur les réactions positives ou négatives des interlocuteurs Nous analyserons aussi les réactions des reproches dans lesquels le locuteur n’utilise pas de procédé de politesse pour comparer par la suite aux réactions des reproches avec procédé de politesse Nous comptons tout d’abord classer les données dans deux catégories : les énoncés de reproche dans lesquels on

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utilise les procédés de politesse et les énoncés de reproche sans procédés de politesse Puis, nous les décrirons et donnerons des commentaires sur la manifestation de la politesse dans ces reproches et sur la fréquence des moyens linguistiques utilisés Ensuite, nous comparerons les réactions des reproches avec et sans procédés de politesse en les analysant dans la relation avec les facteurs : Pouvoir (P+, P=, P-), Distance (D+, D-) et Légitimité du reproche (L+, L-) Enfin, nous ferons la synthèse sur les procédés de politesse utilisés dans les reproches en français en précisant la fréquence de chaque procédé de politesse Ensuite, nous synthétiserons les réactions des interlocuteurs faces aux reproches avec et sans procédés de politesse Puis, nous comparerons les résultats obtenus avec les hypothèses proposées au début de la recherche Nous chercherons aussi à expliquer le résultat obtenu Enfin, nous essayerons de proposer quelques stratégies de communication pour les

« reprocheurs » et les « reprochés »

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CHAPITRE I : FONDEMENT THEORIQUE

Dans ce chapitre, en vue d’analyser la manifestation de la politesse verbale dans la formulation du reproche, nous entrons tout d’abord dans l’étude des conceptions de base sur les actes de langage, les relations interpersonnelles et la politesse linguistique, Après, nous proposons une première approche de l’acte de « reproche » qui fait partie du sujet de notre recherche

1 Concepts des actes de langage

Il existe de différents concepts sur la notion d’acte de langage dans l’histoire

siècle, avec la prise conscience des linguistes de la dimension pragmatique du langage, de nombreuses recherches sur les actes de langage ont été réalisées :

1.1 Concept des actes de langage d’Austin et de Searle

Que signifie un acte de langage ? Ce dernier est un moyen mis en œuvre par un locuteur pour agir sur son environnement par ses mots : il cherche à informer, inciter, demander, convaincre, promettre, etc …

La théorie sur les actes de langage a été développée par John L Austin (1911-1960) dans Quand dire c’est faire (1962) qui débouche sur une véritable typologie des actes

de langage, qui renouvelle profondément la pragmatique

Austin distingue trois catégories d’actes de langage : L’acte locutoire, l’acte illocutoire et l’acte perlocutoire :

- L’acte locutoire : l’acte de dire quelque chose On lui attribue généralement un sens et on la met en relation avec un référent

Ex : Il a dit que…

Dans cet exemple, il y a seulement l’acte de dire

- L’acte illocutoire : l’acte qui est effectué en disant quelque chose

Ex : Je t’ordonne de me dire la vérité !

Dans cet exemple, la personne produit l’acte d’ordonner en disant

- L’acte perlocutoire : Les effets qu’on cherche ou qu’on peut chercher à accomplir

au moyen du langage : persuader, tromper, influencer, convaincre, mettre en

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colère, faire peur… Ils varient selon la situation de communication Certains des actes sont souvent réalisés par la voix (Ex : acte de persuader), alors que pour d’autres actes, d’autres moyens sont parfois plus efficace (Ex : acte de faire peur)

La théorie des actes de langage s’oppose à la conception descriptive du langage qui veut que la fonction première du langage est de décrire la réalité Selon Austin, la fonction du langage est aussi d’agir sur la réalité De cette idée fondamentale, Austin distingue ensuite deux types d’énoncé : l’énoncé constatif et performatif

- L’énoncé constatif a une valeur de vérité, autrement dit, il sert à décrire le monde (Ex : La lune tourne autour de la Terre (1)) Cet énoncé peut être vrai ou faux (le chien peut être vraiment devant la maison ou non)

- L’énoncé performatif ne sert pas à décrire la réalité mais à accomplir une action (Ex : Je te promets de faire des efforts (2)) Ce type d’énoncé n’est ni vrai ni faux mais réussi ou non Dans cet exemple, cet énoncé est réussi s’il s’adresse à quelqu’un et si le récepteur comprendre le message ou s’il y a la correspondance entre ce qui est dit et ce qui est fait (L’émetteur de l’énoncé tient sa parole et fait

de vrais efforts)

Au cours de sa réflexion, Austin a trouvé qu’il existe des énoncés performatifs implicites à côté des énoncés performatifs explicites Par exemple, l’énoncé « Je ferai des effort » peut être compris comme une promesse (= je te promets de faire des efforts) Ou l’énoncé (1) ne rapporte pas qu’un fait mais affirmer la réalité de ce fait

Il est comparable alors à « J’affirme que la lune tourne autour de la Terre »

Dans ces exemples, les énoncés constatifs accomplissent aussi des actes de langage Alors, la frontière entre « constatif » et « performatif » n’est pas vraiment claire Autrement dit, selon Austin, tous les énoncés sont dotés d’une force illocutionnaire

Il propose donc une classification des valeurs illocutoires :

- Les « verdictifs » : prononcer un jugement

Ex : condamner, calculer, évaluer, caractériser…

- Les « exercitifs » : formuler une décision à l’encontre d’une suite d’actions

Ex : ordonner, commander, conseiller, proclamer…

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- Les « promissifs » : obliger les locuteurs à suivre une suite d’actions déterminée : promettre, faire le vœu de, garantir…

- Les « expositifs » : Exposer des conceptions, conduire une argumentation, clarifier l’emploi des mots

Ex : affirmer, expliquer, exemplifier, paraphraser…

- Les « comportatifs » : Des réactions face aux comportements des autres et aux événements qui les concernent

Ex : remercier, féliciter, s’excuser, souhaiter, reprocher…

En s’appuyant sur la théorie des actes de langage de J.L Austin, John R Searle a

rédigé un essai intitulé Speech acts (Les actes de langage) dans lequel il affirmer

que : « parler une langue, c’est réaliser des actes de langage, des actes comme : poser des affirmations, donner des ordres, poser des questions, faire des promesses, et ainsi

de suite, et, dans un domaine plus abstrait, des actes comme référer, prédiquer » Il ajoute : « ces actes sont en général rendus possibles par l’évidence de certaines règles régissant l’emploi des éléments linguistiques, et c’est conformément à ces règles qu’ils se réalisent » Autrement dit, cette théorie insiste sur le fait qu’un individu peut s’adresser à un autre dans l’idée de faire quelque chose plutôt que de simplement dire quelque chose

Ensuite, dans le prolongement d’Austin, Searle distingue cinq catégories générales d’actes illocutoires : les assertifs, les directifs, les promissifs, les expressifs, les déclaratifs

- Les assertifs engagent le locuteur sur la vérité de la proposition exprimée

Ex : informer

- Les directifs correspondent à la tentative de la part du locuteur d’obtenir quelque

chose de son destinataire

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Ex : l’acte de reproche pour exprimer le mécontentement du locuteur face à un acte

« rendre vrai » un état du monde Autrement dit, l’énoncé doit être conforme au monde

ou le monde doit se conformer à ce qui est dit

1.2 Concept des actes de langage de C Kerbrat-Orecchioni

Si dans la perspective austino-searlienne, les actes de langage sont analysés d’une façon abstraite, isolée et détachent de leur contexte d’actualisation, C Kerbrat-Orecchioni les met dans le contexte et à l’intérieur d’une séquence d’actes avec la pragmatique des interactions verbales Selon elle, les actes de langage sont des

« objets trop complexes pour se laisser enfermer dans un seul et unique cadre théorique »

Depuis les avancées apportées par la pragmatique interactionniste, la notion d’acte de langage est devenue plus complexe mais plus juste et plus proche de la réalité pragmatique Dans les interactions, il faut que les actes de langage soient identifiés,

définis et redéfinis sans cesse car les objets sont plus vastes et ne servent plus qu’à décrire le monde

C.Kerbrat-Orecchioni pose donc l’idée fondamentale de la théorie des actes de langage : « tous les énoncées possèdent intrinsèquement une valeur d’acte » (Kerbrat-Orecchioni 2001 : 21‒22) et elle considère l’acte de langage comme l’unité minimale

de la grammaire qui porte une certaine valeur illocutoire (ou force illocutionnaire)

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2 Réalisation des actes de langage

Il existe plusieurs manières pour réaliser un acte de langage et une seule structure

peut exprimer des valeurs illocutoires diverses Dans son œuvre intitulé « Les actes

de langage dans le discours », C Kerbrat-Orecchioni propose deux définitions d’un

acte de langage dont l’une est : « quand dire, c’est faire plusieurs choses à la fois » (Kerbrat-Orecchioni, 2001 : 22) Autrement dit, une même réalisation peut exprimer plusieurs actes L’autre définition est « quand dire, c’est faire une chose sous les apparences d’une autre » En d’autre terme, un acte de langage peut être formulé

« indirectement, sous le couvert d’un autre acte » De là, l’idée est développé avec une distinction entre réalisation directe et réalisation indirecte qui sont reconnues grâce à quelques marqueurs prosodiques, lexicaux, syntaxiques et quelques codes

- Les verbes performatifs

Ex : « Je te promets de t’offrir un cadeau »

« Je te conseille de ne pas fumer »

Dans ces exemples, les actes « promesse » et « conseil » sont dénommés quand les énoncés les accomplissent On ne peut pas dire « je promets » sans promettre Les verbes « promettre » et « conseiller » sont des verbes performatifs Un verbe ne peut pas être performatif « par nature », il ne l’est que dans certaines conditions d’emploi

De plus, il doit être employé à la première personne au présent de l’indicatif Il est donc facile de reconnaitre le statut pragmatique de l’énoncé Pourtant, ce type de réalisation direct est rarement utilisé, comme l’a remarqué C Kerbrat-Orecchioni

dans son livre « Les actes de langage dans le discours » (C Kerbrat-Orecchioni,

2001 : 36) :

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« Les formulations performatives sont donc les plus claires auxquelles le locuteur puisse recourir pour spécifier le statut pragmatique de l’énoncé qu’il produit Mais ces formulations n’existent pas pour tous les actes de langage et elles sont d’un usage relativement rare […] »

- Les formes de phrase

Il existe d’autre manière de réaliser un acte de langage explicitement sans utiliser les verbes performatif Examinons ces exemples :

« Efface le tableau ! » (1)

« Veux-tu sortir avec moi ce soir ? » (2)

Dans ces phrases, les actes sont formulés mais ne sont pas dénommés L’énoncé (1) accomplit un ordre sans utiliser le verbe « ordonner », l’énoncé (2) accomplit une invite sans le verbe « inviter » En fait, un acte de langage peut se faire à l’aide des formules diverses :

- L’infinitif prescriptif : « Eteindre la lumière avant de partir »

- Les tournures elliptiques : « Deux demi ! »

- Certaines tournures déclaratives : « Je voudrais que tu sortes », « il faut que tu sortes »

Mais, il existe aussi des cas ó une forme porte plusieurs sens Par exemple, un énoncé déclaratif comme « Il fait mauvais » peut être interprété comme un refus ou

un avertissement Dans ces cas, ces actes sont réalisés de façon indirecte

2.2 Réalisations indirectes

Comme a défini C Kerbrat-Orecchioni, « Quand dire, c’est faire plusieurs choses à la fois » et « Quand dire, c’est fait une chose sous l’apparence d’une autre » Un même énoncé peut porter plusieurs valeurs illocutoires Et à l’inverse, un acte peut s’exprimer de plusieurs façons Par exemple : l’énoncé « Le ciel est gris » peut être traduit par « Je ne veux pas sortir » (refus), « Alors, apporte le parapluie ! » (avertissement) ou simplement « Il va pleuvoir » (assertion) Ses valeurs peuvent même s’additionner Et les énoncés comme « J’ai des choses à faire », « Je ne suis pas disponible », « Il fait mauvais aujourd’hui », « Pas de question ! »…peuvent être

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considérés comme équivalents dans certaines circonstances Bref, les actes de langage indirects est donc des énoncés qui disent une chose pour en signifier une autre

Il existe deux types de formulations indirectes : formulation indirecte conventionnelle

et formulation indirecte non-conventionnelle L’acte de langage indirect conventionnel est un acte de discours socialement reconnus alors qu’on doit se baser sur le contexte pour déterminer l’acte de langage indirect non-conventionnel Par exemple, l’énoncé « Tu peux fermer la porte ? » est normalement pris pour une requête Souvent, on peut ajouter un marqueur tel que « s’il te plaît » pour renforcer

la valeur de la requête Cet énoncé est donc « conventionnel » En revanche, il n’y a aucun indice pour identifier un acte de langage indirect non-conventionnel Comme dans le cas de « Il fait froid », l’énoncé prend la forme d’une assertion et ne peut porter la valeur d’une requête que dans certaines circonstances et il faut se baser sur

le contexte situationnel On l’appelle alors « non-conventionnel »

En général, la formulation indirecte d’un acte de langage consiste à affirmer ou interroger sur les conditions de réussite de l’acte en question L’énoncé « Tu peux fermer la porte ? » porte sur la condition de réussite qui concerne le destinataire alors que l’énoncé « Il fait froid » porte sur l’état de chose au moment de l’énonciation Outre les différentes façons de réalisation, les actes de langages sont influencés par plusieurs facteurs Nous allons les étudier dans la partie qui suit

3 Facteurs d’influence des actes de langage

3.1 Contexte

Dans leurs recherches, Austin et Searle étudient les actes de langage mais détachés

du contexte En fait, les actes de langages sont utilisés dans des situations de communication et c’est dans certaines situations précises que le locuteur choisit de produire et interpréter tel ou tel actes de langages D’une part, le contexte dirige la sélection des thèmes de discussion, les termes d’adresse utilisés, le niveau de langue, etc… des émetteurs D’autre part, il facilite l’interprétation des récepteurs, en particulier des actes de langages implicites

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Le contexte comprend trois éléments : le cadre spatio-temporel, le but et les participants

Normalement, en commençant une conversation, le locuteur vise toujours à un but global Et pour atteindre ce but, il doit formuler une série d’actes de langage qui correspondent à des buts plus ponctuels

3.1.3 Les participants

Les participants jouent le rôle décisif dans la réussite des actes de langage On peut les classifier selon les critères suivants :

- Leurs caractéristiques individuelles : âge, sexe, appartenance ethnique…

- Leurs caractéristiques sociales : statut social, profession,…

- Leurs caractéristiques psychologiques : caractère, état d’âme

- Leurs relations mutuelles, y compris le degré de connaissance, type de lien (amical, familial ou professionnel) et l’affectif (sympathie ou antipathie, amitié, amour )

- Leurs nombres : 2 personnes (dialogue), 3 personnes (trilogue), plus de 3 personnes (polylogue)…

3.2 Relation interpersonnelle

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Selon W Labov et D Fanshel (Kerbrat-Orecchioni, 1996 : 41), une interaction est

« une action qui affecte les relations de soi et d’autrui dans la communication en

face à face » Autrement dit, entre les interactants existe toujours un certain type de

relation qui décide la façon de communiquer des interlocuteurs Dans sa recherche, Kerbrat-Orecchioni (1992) divise les relations interpersonnelles en deux axes principaux : l’axe horizontal et l’axe vertical

3.2.1 La relation horizontale

L’axe horizontal marque la relation proche/intime ou éloigné/distant exprimée par les locuteurs dans une interaction L’état de la relation horizontale dépend à la fois des caractéristiques dites « externes » et « internes » de l’interaction Les premiers désignent des données contextuelles à l’ouverture de l’interaction telles que le degré

de connaissance des interactants, la nature de leur lien socio-affectif, la situation de communication informelle, formelle ou cérémonielle,… Les deuxièmes comprennent des signes verbaux, para-verbaux ou non-verbaux qui sont produits au cours de l’interaction

Les comportements des interactants sont en général déterminés par les données externes Pourtant, la relation horizontale est aussi négociable, même souvent négociée, explicitement ou implicitement, dans le but d’un rapprochement progressif grâce à des facteurs internes - les marqueurs appelés « relationèmes » Ces derniers sont très divers et peuvent être de natures différents : verbale (les termes d’adresse, les thèmes abordés dans l’interaction, les niveaux de langue utilisés), para-verbale (l’intensité articulatoire, le timbre de la voix, les chevauchements de parole…) ou non-verbale (la distance spatiale, les gestes utilisés, la position des interactants…)

La relation horizontale est en générale symétrique La dissymétrie est produite quand les interactants ont de différentes intentions de développer leur relation Elle est souvent conduite par la hiérarchie existant entre les interactants

3.2.2 La relation verticale

La relation verticale, aussi appelée « la relation hiérarchique », démontre la côté de l’inégalitaire entre les interactants En fait, l’un d’entre eux peut être à la position

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supérieure ou de « dominant » et l’autre à la position inférieure ou de « dominé » Contrairement à la relation horizontale, la relation verticale est principalement dissymétrique car le dominé a toujours l’intention de résister et de reprendre l’égalité

La relation hiérarchique est aussi dépend à la fois des caractéristiques externes et internes Les premiers englobent tous les données contextuelles (l’âge, le sexe, le statut social, la force physique…) Les deuxièmes existent sous formes des

« taxèmes », ou des « relationèmes verticaux » On distigue les « taxèmes de position haute » des « taxèmes de postion basse » Ces marqueurs peuvent aussi être de nature verbale (les termes d’adresse, les actes de langages produits, l’organisation des tours

de parole, les thèmes abordés, le vocabulaire utilisé, l’interprétation de l’interactant…), de nature para-verbale (le ton et l’intensité vocale des interactants) et

de nature non verbale (la tenue vestimentaire, l’apparence physique des interactans, les postures, les regards et les gestes mimiques…)

3.3 Politesse linguistique

La « politesse » peut être abordée sous 2 angles : La politesse, au sens commun, est envisagée comme un ensemble de règles gouvernant le comportement social et qui se ressemble à la bienséance Quant à la pragmatique, qui est normalement limité dans une perspective plus linguistique, considère la politesse comme un ensemble des stratégies de conversations Dans le cadre de notre recherche, sur des actes de langage, alors, nous nous intéressons seulement à la politesse linguistique

La politesse linguistique est un domaine de recherche relativement récent Les linguistes commencent à étudier la politesse dans la conversation dans les années 70

H P Grice est considéré comme le pionnier dans la recherche sur les conversations linguistique avec son « principe de coopération » dans lequel il a mis l’accent sur la relation très stricte entre la contribution des interactants et la quantité, la qualité des informations, la pertinence du discours ainsi que la manière dont on transmettre nos messages Il affirme que « nos échanges de paroles sont le résultat, jusqu’à un certain point au moins, d’efforts de coopération » et nous pourrons alors « formuler en première approximation un principe général qu’on s’attendra à voir respecté par tous

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les participants : que votre contribution conversationnelle corresponde à ce qui est exigé de vous, au stade atteint par celle-ci, par le but ou la direction acceptés de l’échange parlé dans lequel vous êtes engagé » (H P GRICE, 1979 : 60-61) En suivant ce principe de Grice, R Lakoff a introduit la notion de « politesse » Pour elle, la communication humaine a deux fonctions majeures : transmettre les informations et établir, maintenir la relation interpersonnelle La deuxième fonction dépend fortement de la politesse: “Politeness is a system of interpersonal relations designed to facilitate interaction by minimizing the potential for conflict and confrontation inherent in all human interchange” (R Lakoff, 1990 : 34) Ainsi, la politesse a pour fonction de minimiser le risque de conflit et de confrontation inhérente à tous les échanges humains pour faciliter l’interaction Après Lakoff, plusieurs linguistes ont cherché à cultiver sur ce nouveau champ Parmi eux, les réalisations les plus remarquables sont venues d’E Goffman, P Brown et Levinson

et C Kerbrat-Orecchioni qui, au fil du temps, ont créé de nouvelles notions afin de clarifier le concept de politesse linguistique

3.3.1 E Goffman, la face, le territoire du moi et les figurations

Selon Goffman, l’interaction se ressemble à une mise en scène de la vie quotidienne

et les participants sont des acteurs qui doivent jouer bien leur rôle afin de protéger et valoriser « la masque » de son personnage Ainsi, la « face » selon le linguiste est comme l’image que construisent les participants d’eux-mêmes dans une interaction Plus précisément, elle est « la valeur social positive qu’une personne revendique effectivement à travers la ligne d’action que les autres supposent qu’elle a adoptée au cours d’un contact particulier » (Goffman, 1974 : 9) « La face social d’une personne est souvent son bien le plus précieux et son refuge le plus plaisant » (Goffman, 1974 : 13) Chaque individu a donc toujours besoin de valoriser ses points forts, cacher ses points faibles et construire une image de lui-même telle que les autres attendent de lui

Opposant à la « face », Goffman a ajouté la notion du « territoire du moi » qui désigne les propriétés de l’individu et des prolongements corporels, matériels,

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spatiaux et affectifs Dans son œuvre intitulé « La mise en scène de la vie quotidienne

tome II : Les relations en public » (1973), le sociolinguistique a listé huit catégories

de « territoire » qui sont les suivantes :

L’espace personnel désigne l’espace autour d’un individu, son propre région « ó

toute pénétration est ressentie comme un empiètement »

La place est l’espace délimité auquel on peut avoir droit et qui « fixe et articule les

revendications spatiales »

L’espace utile ou l’espace relatif aux besoins matériels évidents

Le tour signifie l’ordre dans lequel une personne a droit à un bien

L’enveloppe indique la peau ou les vêtements qui recouvrent notre corps

Le territoire de la possession représente l’ensemble d’objet identifiables à nous et

disposés autour de notre corps

Les réserves d’information englobent les faits qui nous concernent et que nous

voulons garder le contrơle

Les domaines réservés de la conversation montre le droit de l’individu de contrơler

sur qui peut lui adresser la parole et quand

Chacun a sa propre « face » et son propre « territoire » qu’il veut préserver Alors dans une conversation, chaque interactant doit bien maỵtriser certains rituels qui consistent à faciliter le rapprochement avec le minimum de risques pour sa « face » et même de son interlocuteur comme l’a dit Goffman : « l’effet combiné des règles d’amour propre et de considération est que, dans les rencontres, chacun tend à se conduire de façon à garder aussi bien sa propre face que celle des autres participants

» (Goffman, 1974 : 44) Il faut donc faire recours à de diverses stratégies que Goffman appelle des « figurations » (face work) respectant deux ensemble de principes de ménagement des faces : les règles d’amour-propre selon lesquelles on doit faire preuve d’amour pour soi-même et des règles selon lesquelles on doit faire preuve de considération pour l’interlocuteur Ces stratégies permettent de prévenir les situations menaçants à la face, d’éviter de produire des risques (agir avec tact) ou de réparer des incidents inévitables

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Ces notions du sociolinguiste américain ont donné l’inspiration à Brown et Levinson qui, dans les années qui suivent, a continué à développer la théorie de politesse

3.3.2 Modèle de politesse de Brown et Levinson

En se basant sur la notion de « face » de Goffman, Brown et Levinson (1987 : 65-67) ont élargi la théorie de politesse avec de nouvelles notions des faces positives et négatives, des FTAs et du « face want »

3.3.2.1 Face positive ou négative ?

S’inspirant de la théorie de Goffman, Brown et Levinson ont créé de nouveaux termes pour ceux qu’a appellé Goffman le « territoire du moi » et la « face » La face négative ressemble à la « territoire du moi » comprenant les territoires corporels, matériels, spatiaux, temporels,… La face positive, correspondant à la notion de face

de Goffman, désigne les différentes images que construit chaque individu Pour les deux auteurs, ce sont deux composantes complémentaires de la personne

3.3.2.2 Que signifient les « FTAs » ?

Selon Brown et Levinson, dans les conversations, toutes les actes (verbaux ou verbaux) risquent de produire des menaces potentielles pour l’un ou/et l’autre face des participants Ces actes menaçants pour les faces sont appelés par les deux linguistes « Face Threatening Acts » (FTAs) Ils sont classés dans 4 catégories suivantes :

non Actes menaçants pour la face négative de celui qui les accomplit (Ex : le pari, l’offre, la promesse…)

- Actes menaçants pour la face positive de celui qui les accomplit (Ex : l’excuse, l’aveu…)

- Actes menaçants pour la face négative de celui qui les subit (Ex : la demande, la requête, l’ordre…)

- Actes menaçants pour la face positive de celui qui les subit (Ex : le reproche, l’insulte, la moquerie…)

En réalité, un acte peut être classé dans plusieurs catégories Autrement dit, il peut en même temps menacer plusieurs faces, de plusieurs interactants Par exemple, un

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reproche peut simultanément menacer la face positive du locuteur et de l’interlocuteur, une offre peut en même temps menacer la face négative de celui qui l’accomplit et la face positive de celui qui la subit Pourtant, chaque acte a sa valeur dominante Dans le cas du reproche par exemple, il est avant tout un acte menaçant à

la face positive de celui qui le subit

3.3.2.3 « Face want » ou le ménagement de face

Comme les faces des interactants risquent souvent d’être menacées, chaque individu

a toujours besoin de protéger ses faces et aussi celles de ses partenaires – ce que Goffman appelle « les règles d’amour-propre » et « les règles de considération » La notion de « face want » de Brown et Levinson exprime la même idée du désir de préserver les faces Pour répondre à ce besoin, il faut alors avoir recours au « face work » ou des stratégies de politesse Nous les aborderons après avoir présenté le modèle de politesse de C Kerbrat-orecchioni dans la partie qui suit

3.3.3 C Kerbrat-Orecchioni et son extension de la théorie de politesse

Développant les recherches sur la politesse, C Kerbrat-Orecchioni (2000 : 21) a ajouté la notion de FFA (Face Flattering Act) à côté du FTA de Brown et Levinson

En outre, la linguiste française a creusé des questions sur la politesse négative et positive ainsi que des stratégies de politesse

3.3.3.1 FFA vs FTA

Comme nous avons abordé dans les parties précédentes, Brown et Levinson, dans leur recherche, ont introduit la notion de FTA (Face Threatening Act) pour désigner les actes menaçants pour les faces des interactants Kerbrat-Orecchioni, quant à elle,

a remarqué qu’il existe aussi des actes valorisant pour les faces et elle les a nommés FFA (Face Flattering Act) Ainsi, on peut diviser les actes de langages en 2 grandes groupes : les actes ayant des effets positifs sur les faces des interactants (Ex : le compliment, le remerciement, le souhait…) et les actes ayant des effets négatifs sur les faces des interactants (Ex : l’insulte, le reproche, l’ordre…) En effet, il existe des actes que l’on peut classer dans tous les deux groupes Par exemple, une offre peut menacer la face négative de celui qui l’accomplit (et même la face positive de celui

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qui le subit selon le cas) C’est-à-dire, elle a des effets négatifs sur les faces des participants Et en même temps, cet acte peut valoriser la face négative (et aussi la face positive selon le cas) de celui qui la reçoit Autrement dit, elle produit aussi des effets positifs sur les faces du destinataire

3.3.3.2 Politesse négative et positive

La politesse négative et la politesse positive sont aussi abordées par Brown et Levinson (1987 : 101) En se basant seulement sur la relation entre la « face » et les

« FTAs », les deux linguistes distinguent la politesse négative qui se compose des stratégies utilisées pour sauver la face négative des interactants de la politesse positive qui consiste en des stratégies utilisées pour sauver la face positive des interactants Pourtant, un FTA peut en fait menacer à la fois la face positive et négative de l’individu, dans ce cas, cette distinction de Brown et Levinson montre certaines ambiguïtés

En ajoutant la notion de « FFA », Kerbrat-Orecchioni donne une autre façon de distinguer la politesse positive de la politesse négative Selon elle, « la politesse négative est de nature abstentionniste ou compensatoire : elle consiste à éviter de produire un FTA, ou à en adoucir par quelque procédé la réalisation – que ce FTA concerne la face négative (ex : ordre) ou la face positive (ex : critique) du destinataire » (C Kerbrat-Orecchioni, 1996 : 54.) et « la politesse positive est au contraire de nature productionniste : elle consiste à effectuer quelque FFA pour la face négative (ex : cadeau) ou positive (ex : compliment) du destinataire » En d’autre terme, la politesse négative sert à éviter ou à adoucir les FTAs alors que la politesse positive produit des FFA pour valoriser les faces La notion de politesse négative de Kerbrat-Orecchionie recouvre donc les deux notions de politesse négative et positive de Brown et Levinson

3.3.3.3 Stratégies de politesse

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La distinction de la politesse négative de la politesse positive chez Orecchioni ayant été examinée, nous étudions ensuite les procédés utilisés pour chaque type de politesse

Kerbrat-3.3.3.3.1 Procédés de la politesse négative

Comme nous avons abordé dans la partie précédente, la politesse négative sert à éviter ou adoucir les FTA Dans une conversation, ce sera idéal si, on peut éviter tous les actes menaçants pour les faces des participants Pourtant, il y a toujours des cas

ó la production des FTAs est inévitable Alors, on doit faire recours à des procédés

procédées d’adoucisseur » Ces derniers peuvent être de nature non-verbale, verbale ou verbale Nous allons nous concentrer sur les adoucisseurs verbaux parmi lesquels nous distinguons les procédés substitutifs des procédés accompagnateurs : Les procédés substitutifs consistent à remplacer une formulation directe par une autre formulation plus douce Ils se composent de plusieurs procédés :

para La formulation indirecte de l’acte de langage (ex : au lieu de dire « Tu as tort ! »,

on pourrait dire « Ton idée n’est pas totalement exacte »)

- Les désactualisateurs modaux, temporaux ou personnels :

o Le mode conditionnel (ex : Pourriez-vous me prêter votre stylo ?)

o La construction impersonnelle (ex : Il est interdit de nourrir les pigeons !)

o Le pronom « on » (ex : l’hơtesse de l’air dit au passager : « On n’utilise pas le

téléphone portable dans l’avion » ou une personne dit à son groupe : « on a gagné ! » au lieu de dire « j’ai gagné ! »)

o Le passif (ex : Cet exercice n’est pas bien fait)

- Les pronoms personnels :

o Le « vous » de politesse envers les personnes plus âgées, les gens qu’on rencontre pour la première fois ou dans les relations pas intimes (ex :

Bonjour, comment vous appelez-vous ?)

o Le « nous » de solidarité (ex : le ministre dit : « Nous sommes sortis de

l’impasse dans le domaine du budget »)

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- La litote et l’euphémisme (ex : Ce n’est pas très bien)

Les procédés accompagnateurs comprennent des formules spécialisées qui suivent la formulation des FTAs pour les adoucir :

- Les formules « S’il te/vous plaît » ou « je t’/vous prie » (ex : Monsieur, à la gare

s’il vous plaît.)

- Les énoncés préliminaires (ex : Madame, vous avez du temps pour répondre à

quelques questions ?)

- Les réparations : l’excuse (ex : Excuse-moi !/ Pardon !) et la justification (ex : Je

te dis ça juste pour ton bien.)

- Les minimisateurs : seulement/ simplement/ juste… (ex : Je veux seulement que

tout soit clair)

- Les modalisateurs comme : selon/ d’après/ pour moi… ; Je pense que, je crois

que… (ex : Je pense que tu dois travailler plus sérieusement »

- Les désarmeurs qui anticipent les réactions négatives de l’interlocuteur et le

désamorcent (ex : Je ne veux pas te rendre triste mais…)

- Les amadoueurs (ex : mon/ma cher(ère), mon/ma chéri(e), mon/ma petit(e)…)

On peut remarquer que les procédés pour exprimer la politesse négative sont très

nombreux et on peut appliquer plusieurs procédés à la fois, comme suit : « Pardon,

Monsieur, je ne veux pas vous déranger mais il est interdit de fumer ici » Dans cette

phrase, on l’utilise en même temps l’excuse, le désarmeur et la construction impersonnel « il est interdit de » L’utilisation des procédé substitutifs et accompagnateurs est très flexible

3.3.3.3.2 Procédés de la politesse positive

La politesse positive est pour but de valoriser les faces interactatns Dans ce cas, les procédés utilisés sont beaucoup plus simples On peut employer des FFAs comme les compliments, les remerciements, les vœux… en ajoutant souvent des formulations

intensives comme « Merci beaucoup » ou « C’est vraiment sympa ! »

Jusqu’ici, en passant par les recherches de plusieurs linguistes, nous avons repris les notions principales sur l’acte de langage, la relation interpersonnelle et la politesse

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linguistique Dans la partie qui suit, nous entrons dans l’étude fondamentale sur le reproche – l’acte de langage choisi de notre recherche

4 L’acte de reproche

4.1 Définition du reproche

Le nom « reproche » vient du verbe transitif « reprocher » qui, d’après http://www.le robert.com/, signifie « représenter à quelqu’un en le blâmant une chose condamnable

ou fâcheuse dont on le tient pour responsable » Le « reproche » est défini comme

« un blâme formulé à l’encontre de quelqu’un, un jugement défavorable sur un point particulier, pour inspirer la honte ou le regret, pour amender, corriger »

D’après http://www.larousse.fr/, un reproche est « ce qu’on dit à quelqu’un pour lui exprimer son mécontentement, sa désapprobation sur son comportement » ou une

« critique faire sur quelque chose »

Selon le dictionnaire en ligne http://dictionary.sensagent.com/, « reproche » est un nom masculin signifiant « blâme sévère » ou « blâme adressé à quelqu’un, afin qu’il ait honte et qu’il se corrige

Nous pouvons remarquer que la nature du reproche est en générale un jugement défavorable envers l’interlocuteur L’objet du reproche peut être une personne ou une chose, ou « un point particulier » dont l’interlocuteur est responsable Le but du reproche est inspirer la honte et le regret pour que l’interlocuteur se corrige Et le reproche permet donc au locuteur d’exprimer son mécontentement

4.2 Le reproche en pragmatique

4.2.1 Le reproche dans les classifications des chercheurs

Selon Austin, l’acte de reproche est un acte illocutoire de valeur « comportatif », c’est-à-dire, il exprime des réactions face aux comportements des autres Le reproche est donc un acte réactif du locuteur qui enchaîne tel ou tel acte ou comportement de l’interlocuteur

D’après la distinction des 5 catégories d’actes illocutoires de Searle, le reproche appartient aux « expressifs » qui servent à exprimer l’état psychologique du locuteur, dans ce cas le mécontentement ou le manque de satisfaction du locuteur

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Quant à Vanderveken1, dans son livre intitulé Les actes de discours, il forme des arbres

illocutoires pour distinguer et classifier les verbes illocutoires Sur chaque branche d’un arbre, un verbe est placé après un autre si la force illocutoire qu’il nomme peut être obtenue à partir de la force nommée par l’autre par l’ajout de nouvelles composantes ou l’augmentation du degré de puissance Le verbe « reprocher » n’apparait pas dans ses classifications Son synonyme « blâmer » est présent dans l’arbre illocutoire des verbes de type assertif

On peut constater que dans l’arbre des verbes de type assertif, « critiquer », « blâmer »,

« accuser », « dénoncer » et « réprimander » sont sur la même branche, leur sens est proche l’un de l’autre

« Blâmer » est défini comme « le critique en affirmant qu’il est responsable ou

coupable de quelque chose » (Daniel Vanderveken, Les actes de discours, p173) Le

point différent entre blâmer et critiquer est : un critique peut être dirigé contre une chose alors qu’un blâme doit être dirigé contre une personne Entre blâmer et accuser : une accusation est réalisée devant un public tandis qu’un blâme peut être réalisé

1 Docteur en philosophie de l'Université catholique de Louvain qui a fondé avec John Searle la logique des actes

de discours

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silencieusement Et réprimander se distingue de blâmer par le fait d’invoquer une position d’autorité

4.2.2 Analyse du reproche

4.2.2.1 Objectif du reproche

La cible du reproche est l’intérêt des interactants Dans certains cas, une personne reproche à une autre pour son propre intérêt, c’est-à-dire pour valoriser ses faces Dans d’autre cas, le but du reproche est l’intérêt de l’allocutaire Il existe aussi des cas ó le reproche est produit pour l’intérêt de tous les interactants

Pour l’énonciateur, quand il juge défavorablement une parole, une action ou une attitude de l’allocutaire, il se met en position plus haute que son allocutaire De plus, si

le reproché reconnait sa faute et formule une excuse, ces actes prouvent que le reprocheur a raison Sa face positive est bien valorisée D’ailleurs, si l’acte initiatif de l’allocutaire menace le « territoire du moi » de l’énonciateur et si le reproche peut le faire arrêter, la face négative de l’énonciateur est donc protégée

Pour l’allocutaire, si le reproche est juste et il peut reconnaỵtre sa faute et la corriger, il peut éviter de commettre la même faute dans l’avenir Autrement dit, il peut éviter des futurs reproches Le reproche de l’énonciateur, bien qu’il soit, dans le présent, menaçant pour les faces de l’allocutaire, contribue à la protection de ses faces dans le futur

en deux sous-catégories : convention explicite non respecté (action promise mais non réalisée ou contrat violé) et convention implicite non respecté (norme sociale non observé) Quant aux actions mal réalisées, nous les divisons aussi en deux sous-catégories : les actions peu concordantes ou non concordantes à la convention

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entre les interactants et les actions peu concordantes ou non concordantes aux normes sociales

- Attitude : Habituellement, les attitudes appartiennent à ceux qui enfreignent la morale ou les normes sociales

- Parole : le contenu de la parole d’une personne peut menacer les faces de son allocutaire Les paroles reprochées peuvent être produites consciemment ou inconsciemment

- Reproche implicite : l’idée de reproche est cachée sous d’autres actes de langages tel qu’une question, un ordre, un cri, un appel…) Dans certain cas, le reproche devient plus discret et plus difficile à reconnaỵtre

- Reproche mixte : le reproche mixte apparait dans les trilogues ou polylogues ó il y

a au moins 3 interactants Le reproche peut être, en même temps, explicite pour un allocutaire et implicite pour un autre allocutaire

4.2.2.4 Reproche et les relations interpersonnelles

- Relation horizontale : Une personne peut reprocher aux « connus » (membre de la

famille, ami, collègue…) et même aux « inconnus » Le degré de connaissance influence la façon de formuler le reproche En général, on a tendance de reprocher aux connus plus souvent qu’aux inconnus Autrement dit, la distance empêche le

reproche

- Relation verticale : Les échanges de reproche sont produits entre les personnes qui sont égales, de la personne en position « haute » à la personne en position « basse » (du supérieur à l’inférieur) ou à l’inverse Parmi ces trois cas, le reproche apparait

dans le premier et le deuxième plus souvent que dans le troisième

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4.2.2.5 Reproche et les faces des interactants

En appuyant sur la définition du reproche, nous constatons que cet acte est un FTA très fort Il peut menacer les faces du reproché et même du « reprocheur » D’abord, l’objectif du reproche est d’inspirer la honte, le regret au reproché et de les faire reconnaître sa faute L’allocutaire est mis en position basse, sa face positive est donc menacée De plus, sa face négative peut aussi être touchée car on lui reproche en donnant des jugements défavorables sur son action, sa parole ou son attitude, c’est-à-dire « empiète » sur son « territoire » Ensuite, la face positive de l’énonciateur peut être menacée si son reproche n’est pas juste Dans ce cas, il est probable que l’allocutaire ne reconnait pas sa faute et a des réactions légères (répliquer, expliquer pour prouver qu’il a raison…) ou fortes (produire des actions violentes, reprocher de son tour…) Ainsi, l’énonciateur, à son tour, devient le reproché et doit reconnaître sa faute, l’allocutaire devient reprocheur et ses réactions (légères ou fortes) menace la face positive de l’énonciateur

Il faut ajouter que le reproche n’est pas qu’un FTA mais aussi un FFA pour la face

de l’énonciateur Si le reproche est juste et si après, l’allocutaire reconnaître sa faute, la corrige ou encore formule une excuse ou un remerciement, la face positive de l’énonciateur est donc valorisée

4.2.2.6 Réaction au reproche

L’acte de reproche réunit deux idées : la première est le jugement défavorable et la deuxième est la demande de reconnaître la faute et de la corriger Face à un reproche, l’allocutaire réagit à ces deux idées Il peut accepter ou refuser le jugement de l’énonciateur et reconnait et corrige sa faute ou non Nous distinguons alors trois types

de réaction au reproche : réaction positive, réaction négative et silence

- Réaction positive : face au reproche, une réaction est considérée comme positive quand l’allocutaire accepte le jugement, reconnaitre sa faute, expliquer la cause de son acte, montre sa honte et son regret, corrige sa faute Ce n’est pas obligatoire que tous ces éléments soient manifestés explicitement Dans certains cas, un ou des éléments sont implicites ou sont impliqué dans les autres éléments De plus, la

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réaction n’est pas toujours verbale, on peut produire des enchaỵnements verbaux au reproche

non Réaction négative : contrairement à la réaction positive, quand l’allocutaire nie le jugement de l’énonciateur, refuse de reconnaỵtre sa faute, explique pour prouver qu’il a raison ou encore réplique ou réagit de façon agressive, on reconnait alors une réaction négative Cette dernière, comme la réaction positive, existe sous forme verbal et non-verbal

- Silence : il existe aussi des cas ó l’allocutaire n’a aucune parole ou action pour réagir au reproche Cette réaction est traduite différemment selon la situation de communication Nous classifions les sens du silence selon l’opinion de l’allocutaire sur la justesse du reproche Si l’allocutaire le trouve juste, son silence peut être traduit en une acceptation, une reconnaissance de faute ou peut-être, il ne veut pas reconnaỵtre sa faute Et si pour lui, le reproche n’est pas juste, on peut comprendre qu’il ne réagit pas parce qu’il ne veut pas menacer la face positive de l’énonciateur

ou que la parole de l’énonciateur n’a aucun poids pour l’allocutaire et il fait donc sourde oreille

Acte de reproche avec des valeurs citée est identifié dans le cadre du présent travail au niveau de la séquence

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CHAPITRE II: MANIFESTATION DE LA POLITESSE VERBALE DANS LA FORMULATION DU REPROCHE, LE CAS DES

NOUVELLES FRANÇAISES CONTEMPORAINES

1 Préliminaire

1.1 Choix de la méthode de collecte des données

Pour notre recherche, nous avons décidé de travailler sur un corpus préexistant constitué à partir des nouvelles des auteurs connus de la littérature françaises Ayant conscience de l’importance de l’authenticité des interactions verbales dans la recherche de l’acte de langage, nous avons beaucoup hésité avant de décider de choisir ce corpus littéraire

Au début, nous avions pensé à la méthode d’enregistrement des interactions Cette méthode assure l’authenticité des interactions Pourtant, l’enregistrement en cachette

ne semble pas possible car nous ne pourrions pas prévoir quand les interlocuteurs produisent des reproches, et il est aussi impossible d’enregistrer les conversations complètes De plus, si nous prévenons aux interactants que nous allons enregistrer leur conversation, l’authenticité n’est plus assurée, surtout dans le cas des reproches qui sont normalement produits dans les situations de conflit Les interactants pourraient éviter de s’échanger les reproches ou même ne nous permettent pas d’enregistrer leur conversations En outre, cette méthode d’enregistrement implique

le travail de transcrire les conversations auquel nous devrons consacrer beaucoup de temps Notre travail ne serait donc pas efficace et productif

La recherche sur les émissions télévisées pose aussi des problèmes sur l’efficacité et l’authenticité des données Normalement, quand on est devant le public, on évite le plus possible de produire des actes menaçants pour les autres En plus, l’authenticité des conversations n’est pas assurée car le contenu des émissions sont strictement géré, les invités ne peuvent donc pas dire tout ce qu’ils pensent

Le rassemblement des dialogues tirés des films télévisés, au début, semble faisable car nous pourrions trouver facilement plusieurs films français sur Internet Pourtant,

la transcription des dialogues dans les films n’est pas toujours facile

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Nous avons choisi enfin le corpus littéraire pour les raisons suivantes :

- Comme C Kerbrat-Orecchioni a affirmé, un corpus littéraire est

« immédiatement disponibles et quasiment inépuisable » (C.Kerbrat-Orrecchioni 1990:72-73) Nous pourrions emprunter des œuvres français dans les bibliothèques des universités De plus, le corpus littéraire nous permet d’économiser notre temps car nous ne devrons pas transcrire les dialogues

- Quand nous avons collecté des nouvelles, la recherche des actes de reproche est tout à fait faisable

- C Kerbrat-Orecchionie, quand on lui a demandé sur la légitimité de l’utilisation

du corpus littéraire, a partagé que « dans la mesure ó la littérature tend à la conversation ordinaire une sorte de miroir grossissant dans lequel viennent se condenser avec une simplicité, une évidence, une intelligibilité accrues, certains des faits pertinents, l’analyse conversationnelles peut tirer avantage de ces inconvénients mêmes, et trouver dans ce type de corpus, abondante matière à réflexion » (C Kerbra-Orecchionie 1990 : 211-212) La littérature est, en d’autre terme, « une reproduction, une imitation, une simulation du dialogue authentique » (V Traverso, 1999 :103) L’authenticité des dialogues littéraires est donc assurée et en fait, plusieurs recherches admises sont réalisées avec un corpus littéraire

Pourtant, le corpus littéraire possède aussi des points limites :

- Nous ne pourrons pas trouver toujours des unités de reproches au niveau

«séquence » mais parfois au niveau « interaction » ou « échange », cela dépende

de la visée littéraire et le style de l’auteur

- Les exemples trouvés ne sont pas toujours typiques Un énoncé peut jouer le rơle d’un acte de reproche et en même temps un ordre ou une demande… et l’idée de reproche n’est pas toujours nette

1.2 Constitution du corpus

Dans notre recherche, le corpus est constitué de 140 unités de reproches identifiées

au niveau de séquence dans les dialogues des nouvelles françaises représentatives de

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l’époque contemporaine (dans un espace de temps plus ou moins large : de 1910 à 2012):

- 6 nouvelles dans le recueil Les rustiques – Nouvelles villageoises (1921) de Louis

o Le partage des tâches

- 2 nouvelles dans le recueil Je voudrais que quelqu’un m’attendre quelque part

(1999) d’Anna Gavalda :

o Permission

o Epilogue

- 2 nouvelles dans le recueil Des petites vies (2012) de Mathilde Levallois-Perret

o Comme dans la vraie vie

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- 6 nouvelles dans le recueil Les portes de l’enfer (1910) de Maurice Level

- 4 nouvelles de plusieurs auteurs français dans le recueil Histoires d’enfance,

conçu par l’association Sol En Si (Solidarité Enfant Sida) (1994)

o Armel et Styx de Michel des Castillo

- 2 nouvelles du recueil Petit éloge des faits divers (2008) de Didier Deaninckx :

o Pialat est mort

- 1 nouvelle du recueil Les linottes (1912)

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o Les linottes I

Nous choisissons des œuvres des auteurs bien connus de la littérature française contemporaine comme Didier Deaninckx (Prix Goncourt de la nouvelle en 2012),

élue membre de l’Académie Goncourt en 1945), André Gide (prix Nobel de littérature en 1947), Louis Émile Vincent Pergaud (prix Goncourt en 1910) En plus, pour que la représentativité des données soit garantie, nous examinons aussi des nouvelles de plusieurs autres auteurs français

Les œuvres que nous avons choisies sont de l’époque contemporaine et abordent plusieurs domaines de la vie humaine Nous privilégions les nouvelles dans lesquelles la présence des interactions verbales est copieuse De plus, pour faciliter notre travail de collecte des données portant sur l’acte de reproche, nous laissons la priorité aux nouvelles dans lesquelles existent plusieurs situations de conflit entre les personnages car les reproches y apparaissent le plus souvent

Les personnages dans les nouvelles choisies sont de tranches d’âge et de classes sociales différents Les types de relations entre eux sont aussi variés, ils sont amis, amoureux, collègues, vendeur et client, parent et enfant, patron et employé… Ainsi, nous pouvons observer plusieurs façons d’exprimer le reproche avec divers procédés

de politesses

1.3 Méthode d’analyse des données

Dans notre recherche, nous décrirons et analyserons la manifestation des procédés de politesse dans les énoncés reproches En nous basant sur les analyses, nous ferons la synthèse Enfin, nous confronterons les résultats avec l’hypothèse proposée

Nous suivrons donc la démarche : catégorisation, statistique, description, analyse et synthèse

1.4 Paramètres d’analyse

Dans notre recherche, nous analyserons les facteurs Pouvoir (P), Distance (D) et Légitimité (L) en relation avec la présence ou l’absence des Procédés de politesse (PP)

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Pour analyser le facteur Pouvoir, nous traitons les interlocuteurs dans la relation verticale C’est-à-dire, en lisant les nouvelles, nous identifierons le statut social, l’âge, la force physique… des personnages pour ensuite trouver leur position dans la relation entre les interactants Une personne peut être en position inférieure (P-), supérieure (P+) ou égale (P=) à une autre Normalement, les personnes qui sont plus âgées, plus fortes ou qui ont un statut social supérieur sont en position supérieure Pourtant, il existe aussi des cas ó ces personnes doivent céder à leur inférieur Ce dernier connait peut-être un « secret » qui peut menacer leurs faces ou elle a la capacité de faire quelque chose dont le supérieur a besoin Ainsi, l’inférieur devient alors le supérieur Par exemple, le chef est en général en position supérieure à son employé Mais si l’employé a des preuves de la corruption du chef, il est alors celui qui a le pouvoir et le chef doit lui obéir La situation décide la position des personnes

La Distance entre les interactants est mesurée selon leur relation S’ils sont de la même famille ou s’ils sont amis, nous considérons leur relation comme « proche » (D+) Si les personnes ne se connaissent pas ou s’ils se connaissent mais ils ne sont pas amis intimes ou ils se détestent, ils sont donc « loin » l’un de l’autre (D-)

Le troisième facteur que nous voudrons aborder est la Légitimité (L) du reproche Un reproche est considéré comme légitime (L+) dans deux cas suivants : Si le reproché a fait ou a dit quelque chose qui menace les faces du reprocheur, ce dernier a le droit de lui reprocher pour protéger ses propres faces Si ses faces ne sont pas menacées, mais

le reprocheur blâme son interlocuteur en visant un but objectif, c’est-à-dire aider le reproché à reconnaỵtre sa faute et la corriger, le reproche est légitime aussi Un reproche est illégitime (L-) si le reproché a un raison pour son action ou sa parole mais le reprocheur le néglige et ne veux que manifester son mécontentement et menacer ses faces

1.5 Les niveaux d’analyse du discours

Dans notre recherche, nous nous appuyons sur les propositions de C Orecchioni pour interpréter le modèle hiérarchique des unités de l’interaction Selon

Kerbrat-elle, « les conversations se présentent comme une architecture complexe et

Ngày đăng: 09/03/2020, 19:08

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