q u e ces routes aboutissent dans le massif d e Filfilah et dans les inextricables montagnes de la Mahouna, du Tạa ou des Toumiettes.. On observe la mơme direction dans l'arête qui se dé
Trang 1I N T R O D U C T I O N
L o r s q u e , à la suite de la mission q u i m e fut confiée d a n s les années 1846 et
1 8 4 7 , j e mis le pied sur le sol marocain, j e me sentis entraîné vers l'étude de ses
montagnes p a r u n e impulsion d'irrésistible curiosité J'étais le p r e m i e r géologue
appelé à parcourir ces contrées inhospitalières baignées à la fois par l'Océan et
p a r la Méditerranée , e t à l'ardeur de bien faire s'alliait u n pressentiment
enthousiaste q u i m e promettait dans le résultat final de mes recherches u n e
large compensation des épreuves et des dangers auxquels j ' a l l a i s être exposé
Je ne fus point déçu dans mes espérances Interrogées p a r moi, les fameuses
colonnes q u e l'antiquité avait posées comme les limites infranchissables d u
m o n d e , les chaînes rocheuses q u i se succèdent avec des h a u t e u r s inégales depuis
Tanger j u s q u e dans les t r i b u s indisciplinées du Rif, m e livrèrent u n e partie d e
leurs secrets, et j ' e u s le b o n h e u r d e retrouver dans la succession des t e r r a i n s
parcourus la série p r e s q u e complète des formations sédimentaires reconnue d a n s
la vieille Europe Les t e r r a i n s houiller et triasique seuls manquaient d e r e p r é
-sentants dans cette partie de l'Afrique, et on devait s'en étonner d'autant
moins que les observations recueillies j u s q u e - l à dans les provinces soumises à
la puissance de nos armes avaient signalé la même lacune qu'agrandissait encore
l ' a b s e n c e d u terrain j u r a s s i q u e
Chaque résultat obtenu était le fruit d'une série d'expéditions q u ' i l n'était p a s
toujours facile d e diriger suivant sa volonté ; et, comme les cartes t o p o g r a p h i q u e s ,
comme les documents écrits manquaient complétement, j e m e trouvais livré à
mes seules ressources, c'est-à-dire à ma boussole et à mon m a r t e a u J e
Trang 2n'eus-pas même l'avantage d'être éclairé par les découvertes obtenues dans l'Afrique française et dont la connaissance ẻt pu jeter q u e l q u e j o u r sur la constitution des montagnes qui se dressaient devant moi En effet, la rédaction de la p a r t i e géologique de la commission scientifique d e l'Algérie (1) n'a vu le j o u r que dans
le courant de l'année 1848 ; et l'ouvrage r e m a r q u a b l e , p u b l i é par m o n savant ami
M Fournel (2), p o r t e la date de 1849
Quelques volumes du Bulletin de la Société géologique de France renfermaient
b i e n , il est vrai, éparses ça et là, q u e l q u e s notices sur les provinces d'Alger et d'Oran ; mais d'aussi faibles jalons n e pouvaient servir à m ' o r i e n t e r sous les
m é r i d i e n s éloignés de Fez et de Tétuan
Depuis l'impression de mon travail sur le Maroc (3), j'avais conçu le projet d e recouper l'Atlas sous u n e latitude plus o r i e n t a l e , dans le b u t de saisir les r a p p o r t s
d e similitude ou les dissemblances qui se manifestaient vers les deux pơles sés de la mơme chaỵne Ce projet, j e l'ai réalisé l'année d e r n i è r e (1851), e n consacrant les mois de juillet, d'aỏt, de septembre et d'octobre à l'exploration
oppo-de la province d e Constantine Chargé oppo-de visiter les filons cuprifères oppo-de Chégaga,
et les mines de fer des environs d e Bone, j ' a i profité de l ' h e u r e u s e position q u e
m'avait faite cette mission pour é t e n d r e mes investigations aux mines d'antimoine
oxydé de Sempsa et de Djebel Hamimat, aux mines de cinabre et d'antimoine sulfuré de Djebel Тага, aux mines de cuivre de Djebel Sidi Rgẹs, et aux mines
d e fer oxydulé et de fer oligiste de Djebel Filfilah, en d o n n a n t à l'examen de ces
divers gỵtes métalliques et à l'étude des terrains encaissants tous mes soins et tout mon t e m p s
E n voyant la masse des matériaux a c c u m u l é s dans l'ouvrage déjà m e n t i o n n é
de M F o u r n e l , ouvrage qui avait le m é r i t e d'arriver après la publication d e
M R e n o u , et qui par conséquent devait embrasser u n e foule de détails inconnus
à ce d e r n i e r observateur, j'étais convaincu q u e le résultat de mes courses n e profiterait qu'à mon instruction personnelle, et que j e devais à moi ainsi qu'au
m o n d e savant d e n e pas le fatiguer par des redites sur des choses déjà connues Mais j e compris, dès mes p r e m i è r e s explorations dans les environs de Constantine,
q u e les questions se r a p p o r t a n t à la succession et à la distinction des terrains
sédim e n t a i r e s n'avaient été qu'effleurées, et que la sédimoisson la plus abondante se p r é sentait dans u n c h a m p ó d'abord j e croyais avoir seulement à glaner
-Ce bénéfice, j e n e m e fais a u c u n e illusion sur ce point, j e le devais à la position
p a r t i c u l i è r e dans laquelle MM Renou et F o u r n e l avaient p a r c o u r u l'Algérie A
(1) Exploration scientifique de l'Algérie pendant les années 1840, 1841 et 1842, Géologie de l'Algérie, par M E Renou Paris, Imprimerie nationale, MDCCCXLVIII
(2) Richesse minérale de l'Algérie, par M H Fournel, ingénieur en chef des mines de l'Algérie,
tome I e r , Imprimerie nationale Paris, MDCCCXLIX
(3) Description géologique de la partie septentrionale du Maroc, par H Coquand, docteur es sciences Bulletin de la Société géologique de France, 2 série, tome IV, 2 partie Paris, 1847
Trang 3l'époque ó ces deux savants interrogeaient la terre d'Afrique, la force d e n o s
a r m e s n'avait point réduit les t r i b u s arabes à un état complet de soumission,
e t les courses géologiques étaient, en général, subordonnées au rayon étroit
p a r c o u r u par nos éclaireurs p e n d a n t les expéditions On conçoit q u e , dans des conditions aussi défavorables, une foule d'assertions et de faits divers
o n t été enregistrés sans contrơle suffisant et coordonnés d'après u n système d'appréciation plus conforme souvent à l'esprit de l'auteur qu'aux règles r i -goureuses de l'observation A cet i n c o n v é n i e n t , dérivant de l'obstacle q u e les t r i b u s hostiles opposaient au zèle des naturalistes, se sont ajoutées d ' a u t r e s causes d ' e r r e u r s qui ont laissé dans l'obscurité l'ordre n a t u r e l dans lequel
s e superposaient les diverses formations sédimentaires du nord de l'Afrique Ces e r r e u r s ont leur source dans la détermination fautive des fossiles r e -cueillis et dans, la signification q u ' o n leur a attribuée en les n o m m a n t après
c o u p , d'après des types d e collections p u b l i q u e s , sans tenir c o m p t e d e la position réelle qu'ils occupaient dans la série des couches Il en est résulté des déplacements a r b i t r a i r e s , et m ê m e des inversions complètes d'étages A i n s i ,
on a rapporté au grès vert des bancs à Hemipneustes qui en étaient séparés p a r
des bancs intermédiaires qui représentaient incontestablement la craie chloritée
à Turrilites costatus et la craie à Ostrœa vesicularis et Ananchytes ovatus Des m o n
tagnes triasiques ou jurassiques ont été confondues avec la formation n u m m u l i
-t i q u e , parce que des Nummuli-tes avaien-t é-té recueillies sur leurs flancs, mais dans des couches indépendantes et n e t t e m e n t discordantes D'un a u t r e cơté,
o n a considéré comme appartenant au t e r r a i n j u r a s s i q u e des étages du mien s u p é r i e u r , parce qu'on y avait trouvé des Bélemnites, sans s'occuper si ces Bélemnites et les Ammonites q u i les accompagnaient a p p a r t e n a i e n t à u n e faune j u r a s s i q u e ou crétacée, et en classant néanmoins dans la zone s u p é r i e u r e
néoco-à Hippurites les calcaires néoco-à Caprotina ammonia qui les s u p p o r t a i e n t
Ces méprises, difficiles à éviter p o u r les géologues qui livrent la description des espèces fossiles et les déductions à en tirer à des paléontologistes auxquels les terrains sont i n c o n n u s , ont eu pour résultat d'égarer les auteurs e u x - m ê m e s
d a n s leur p r o p r e rédaction et de laisser passer inaperçues des formations qui se présentaient c e p e n d a n t n e t t e m e n t développées et q u ' u n e certaine connaissance
d e s fossiles aurait permis de classer avec facilité
Aussi, en se laissant guider dans le p l u s grand n o m b r e de cas, sans contrơle suffisant, par les caractères pétrologiques, on a été amené à confondre fréquemment des étages distincts, surtout quand la roche prédominante appartenait à la classe des g r è s Or, rien n'est plus abondant dans la province de Constantine q u e les g r è s
On les retrouve dans mille positions différentes Ils se m o n t r e n t d ' a b o r d dans des
formations arénacéo-schisteuses dépendantes du t r i a s , comme dans le Djebel
Filfi-lah, dans les environs de Fedj Kentoures et d a n s l e massif de Chbebik, p r è s de tina Kdima Ils reparaissent dans la montagne de Sidi Rghẹs, à la partie i n f é r i e u r e
Trang 4Ksson-d e la formation j u r a s s i q u e , Ksson-dans les environs Ksson-d'Aïn Bebbouch, Ksson-de Sempsa et
d'Hamimat, au milieu des m a r n e s et des calcaires n é o c o m i e n s ; dans la chaỵne
d e Cheptka, ils m a r q u e n t en couches subordonnées la limite de la craie c h l o
-ritée et des bancs à Hippurites Si nous analysons les éléments constitutifs du
t e r r a i n tertiaire, nous retrouverons les grès avec u n e puissance considérable dans l'étage n u m m u l i t i q u e et r e p r é s e n t a n t , dans u n e position i d e n t i q u e , les macigno des Apennins Dans l'étage moyen, ils formeront, e n t r e la plaine d e
Temlouka et Tifech, la p l u p a r t des sommités m o n t a g n e u s e s , le Djebel el-Meida,
le Garsa dans les ouled Daoud, les pics rocheux des Zouabis Enfin, ils
constitue-r o n t , dans le d é s e constitue-r t du Sahaconstitue-ra, le sous-sol d e ces vastes plaines sableuses q u i
viennent expirer comme u n e m e r immobile au pied méridional d e l'Atlas Au milieu de ce conflit de g r è s , que l'on est assuré d e couper plusieurs fois
q u a n d on pousse ses reconnaissances suivant u n e ligne p e r p e n d i c u l a i r e au l i t toral, on hésite souvent sur la véritable place à assigner à l'étage q u ' o n étudie ; mais si, bravant les difficultés dont sont assaillis les géologues voyageant à pied
-en Afrique, et qui se r e p r o d u i s e n t sous mille formes désagréables, on a le t e m p s
ou la patience d e r e c h e r c h e r les fossiles, sinon dans les grès qui en sont
géné-r a l e m e n t d é p o u géné-r v u s , du moins dans les couches agéné-rgileuses ou calcaigéné-res qui les supportent ou les recouvrent, les e m b a r r a s disparaissent ; car on a découvert, avec le millésime q u i leur est p r o p r e en E u r o p e et q u i en fixe la date, ces légions
d e céphalopodes et d'autres coquilles d o n t la présence délimite les horizons
d ' u n e manière irrécusable
Ce procédé, q u e j ' a i p r a t i q u é avec ténacité et c o n s t a n c e , m a l g r é les c h a l e u r s accablantes de juillet et d'aỏt, a mis à ma disposition des richesses p a l é o n t o l o -giques que j ' é t a i s loin d e soupçonner dans cette c o n t r é e Aussi, n ' e s t - c e pas sans surprise que j ' a i vu quelques étages du lias et la formation crétacée tout entière indiqués p a r les B é l e m n i t e s , les A m m o n i t e s , les H a m i t e s , les Turrilites
e t les céphalopodes à t o u r s relâchés, qui ont r e n d u si célèbres p l u s i e u r s localités des Basses-Alpes Lorsque des recherches suivies avec persévérance a u r o n t p e r m i s
de fouiller le massif secondaire compris entre Constantine et Ghelmâ , s u r t o u t les régions montagneuses des Achaich, s u r les deux versants de l'oued Cheniour, j e n e
crains pas de le d i r e , le catalogue des espèces fossiles dévoilera, dans la p a r t i e orientale d e nos possessions africaines , des richesses comparables au moins à celles d e la Provence On sait déjà, p a r le n o m b r e et la parfaite conservation
des coquilles recueillies dans les environs d e Tebessa et de Biskra, combien est
r e m a r q u a b l e la faune du grès vert dans les d e r n i e r s chaỵnons de l'Atlas
En ajoutant u n chapitre à l'ouvrage de M F o u r r a i s u r la province d e
Constan-t i n e , j e n'ai pas la p r é Constan-t e n Constan-t i o n de c o m p a r e r le m é r i Constan-t e d e mon Constan-travail à celui d e
ce savant ingénieur Sa mission et la n a t u r e d e ses r e c h e r c h e s le poussaient plus spécialement vers la découverte des substances utiles, et on n e saurait trop louer ses efforts et exalter son z è l e , q u a n d on a p a r c o u r u les mêmes routes q u e l u i , et
Trang 5q u e ces routes aboutissent dans le massif d e Filfilah et dans les inextricables montagnes de la Mahouna, du Tạa ou des Toumiettes Je m e suis attaché , m e
plaçant à u n autre point de v u e , à établir la distinction des diverses formations stratifiées d'après les lois de la superposition et la signification des fossiles, plutơt que d'après les caractères pétrologiques q u i , bien que placés sur l ' a r r i è r e - p l a n , n'ont pas été négligés Comme, en m a qualité de d e r n i e r v e n u , j ' a i eu le privilége
de voir un peu plus q u e mes devanciers, on me pardonnera de fournir la relation
à peu près complète d e mon voyage Si l'ouvrage d e M F o u r n e l était plus p o p u
-l a i r e , si, à cause du c a d r e q u ' i -l a choisi, -la re-lation p u r e m e n t géo-logique n e se trouvait étouffée dans u n e foule de digressions pleines d'intérêt et d'érudition
s u r l'histoire et la géographie d e cette partie de l'Afrique, j ' a u r a i s p u omettre quelques détails sur des choses décrites p a r u n e main si habile et si exercée Le
h a s a r d a voulu d'ailleurs que nous n'ayons pas p a r c o u r u exactement les mêmes
t r i b u s J'ai eu la bonne fortune d!étudier les mines d'antimoine d'Hamimat et de constater, dans les Harectas, l'existence de dykes de spilite et de filons de p l o m b
et de cuivre sulfurés encaissés dans les grès tertiaires moyens Cette découverte nouvelle méritait d'être mentionnée Ainsi, le texte d e M F o u r n e l et le mien se compléteront l'un p a r l ' a u t r e et c o n t r i b u e r o n t à combler les lacunes qui se p r é -sentent dans chacun d'eux
Je trace ci-dessous le tableau des diverses formations q u e j ' a i eu l'occasion d'étudier et de reconnaỵtre Elles feront c h a c u n e l'objet d ' u n chapitre spécial
1° Formation des schistes cristallins ;
Trang 6CHAPITRE PREMIER
ASPECT PHYSIQUE DE LA CONTRÉE (1)
Q u a n d , des sommets du djebel Tạa ou du djebel Ouach, au N E d e C o n
-stantine , l'observateur poursuit jusqu'aux dernières limites du c h a m p d e vision le magnifique p a n o r a m a qui se déroule devant l u i , il est frappé avant toutes choses, du parallélisme parfait des diverses chaỵnes de montagnes
q u i accidentent si é n e r g i q u e m e n t le sol de la portion orientale d e l'Algérie et s'élèvent comme autant de bourrelets irréguliers a l t e r n a n t avec un pareil n o m b r e
d e sillons au fond desquels les eaux se réunissent p o u r se r e n d r e dans la m e r
ou dans les plaines arides du désert Ce spectacle saisit le r e g a r d , l ' e n t r a ỵ n e
j u s q u e vers les confins d ' u n h o r i z o n vaporeux et le tient enchaỵné sous le p r e s tige d'un ravissement inexprimable La t r a n s p a r e n c e d e l'air, la p u r e t é d u c i e l ,
-p r ê t e n t à c h a q u e -pièce en relief de ce g r a n d t h é â t r e des contours si n e t t e m e n t définis, u n e chaleur de ton si vigoureuse et u n e dégradation d e teintes si bien
m é n a g é e , qu'on croit en t o u c h e r et en lire les détails à u n e distance de p l u s d e
200 kilomètres
Vers le n o r d , à la gauche, apparaissent comme des masses émergées d e la
M é d i t e r r a n é e , les montagnes de la Kabylie enclavées e n t r e la vallée d e l'oued
Kebir (qui n'est autre chose q u e la continuation d u Roumel ) et celle de l'oued Guebli Elles sont dominées par le djebel Ras SebaRous, qui s'élève à 1090 m è t r e s
a u - d e s s u s d e la m e r En face se d e s s i n e n t , mais avec u n e physionomie p l u s
m o d e s t e , les rochers de Stora et de Filfilah (700 m è t r e s ) , e n t r e lesquels est assis Philippevillë A la droite, le cap de Fer ( Ras Hadid, 340 m è t r e s ) , avec ses
falaises a b r u p t e s , établit, a u - d e s s u s d e s plaines p l a t e s q u i entourent le lac F e t z a r a ,
u n système particulier d e montagnes d ' u n accès difficile, très avancé en m e r , et
q u i se termine par le cap de Garde, au N de la ville de Bơne, en se hérissant de
p l u s i e u r s sommités dont le Bouzizi, dans le djebel Edough, a u n e h a u t e u r d e
p l u s de 1000 m è t r e s
Cette b a n d e littorale, occupée p r e s q u e en totalité p a r les schistes c r i s t a l l i n s , n'offre point la continuité et l'harmonie des directions que nous observons d a n s
la chaỵne de l'Atlas p r o p r e m e n t dit Par sa disposition topographique et la n a t u r e
d e sa végétation, elle rappelle d ' u n e manière frappante les montagnes d u m ê m e âge d u d é p a r t e m e n t du Var Elle consiste en u n e série d e monticules c o n i q u e s
et accolés p r e s q u e sans o r d r e , à pentes roides et e s c a r p é e s , sillonnées p a r u n e
(1) Consulter la Carte de la province de Constantine, 1847, et la Carte des environs de Bơne,
1 8 5 1 , publiée par le dépơt de la guerre La première renferme plusieurs inexactitudes contre lesquelles le géologue doit se tenir en garde
Trang 7infinité d e ravins et de ruisseaux qui s'échappent en divergeant d e c h a q u e sommet et en entament profondément les flancs Le c h ê n e - l i é g e , l'olivier s a u -vage, le lentisque, l ' a r b o u s i e r , le m y r t e , la b r u y è r e , le l a u r i e r - r o s e , sont les plantes que l'on y r e m a r q u e en plus g r a n d e abondance et q u e le feu et l'incurie des Kabyles transforment en des makis impénétrables C'est la continuation, malgré de très larges lacunes , des montagnes primitives de la portion s e p t e n -
trionale de l'empire du Maroc signalées p a r nous dans le djebel Mousa (colonnes d'Hercule), dans le, promontoire de Ceuta, dans les n o m b r e u x caps
q u e la province du Rif projette dans la M é d i t e r r a n é e , qui affleurent dans la r a d e
d'Alger et viennent former, au cap de Fer, la pointe la p l u s septentrionale d e l'Afrique
Ces régions sont la patrie p a r excellence des t r i b u s kabyles Indépendantes
p a r l e u r position et p a r l e u r c o u r a g e , ces peuplades ont opposé jusqu'ici u n e résistance dont nos armes n ' o n t pas encore t r i o m p h é Elles d e m a n d e n t aux Arabes de la plaine le b l é q u e leur refusent l e u r s m o n t a g n e s , et elles livrent
e n échange d e l'huile et des p r o d u i t s manufacturés consistant surtout en
a r m e s de g u e r r e , en poteries grossières et en vases de bois façonnés Les Kabyles
n ' h a b i t e n t point sous les tentes : aussi défendent-ils l e u r s p r o p r i é t é s et l e u r s gourbis avec u n a c h a r n e m e n t et u n e b r a v o u r e qui les r e n d aveugles s u r tous les
d a n g e r s
Cette p r e m i è r e zone sert d e piédestal à la chaîne d e l'Atlas et n ' o c c u p e q u ' u n e lisière r e s t r e i n t e Elle est p r e s q u e i m m é d i a t e m e n t recouverte p a r les t e r r a i n s tertiaires qui s'étendent sous forme d e collines à contours émoussés et mal définis e n t r e les schistes cristallins d e la côte et la p r e m i è r e r i d e de l'Atlas Cette ride s'annonce p a r u n e b a n d e continue dirigée de l'E N E à l'O S 0 , et
d o m i n é e de distance en distance par des pics en série q u i d r e s s e n t
majestueuse-m e n t leurs têtes et dessinent à l'horizon u n e arête découpée en dents de scie
d o n t l ' a s p e c t , à part les g l a c i e r s , r a p p e l l e , à s'y m é p r e n d r e , la silhouette des
P y r é n é e s vues du p o r t de Vénasque Le contraste est d'autant plus frappant,
q u e les étages tertiaires n u m m u l i t i q u e s et lacustres qui remplissent l'intervalle
c o m p r i s entre deux lignes de r e m p a r t s secondaires, sont généralement composés d'éléments meubles et friables et paraissent se tenir p a r r a p p o r t à ceux-ci d a n s
u n e position p o u r ainsi d i r e s u b o r d o n n é e P a r m i les sommités qui frappent
l e plus par leur hardiesse et leur isolement, nous devons mentionner le pic d e
Kandirou, h a u t d e 1869 m è t r e s , le djebel Babour (1970 mètres), le djebel Amentous (1660 mètres), en face de Djijelli, le djebel Arhès (1480 m è t r e s ) , chez les Beni- Afer, le djebel Zouara (1290 mètres), le Beni-Khâteb (1481 mètres), l e
djebel Mouilla (1341 mètres), le djebel Sgaou (1276 m è t r e s ) , le Sidi cheikh
ben-Rohou (896 m è t r e s ) , promontoire jurassique au pied d u q u e l expirent les calcaires
e t les grès n u m m u l i t i q u e s , et q u ' e n t a m e la g r a n d e r o u t e de Philippeville à
Con-s t a n t i n e ; enfin, p r è Con-s du point de partage deCon-s eaux deCon-s valléeCon-s oued SafCon-saf et oued
Trang 8Smendou, les deux pitons calcaires des Toumiettes (893 m è t r e s ) , q u i semblent
surgir comme deux cơnes éruptifs d u milieu des argiles et du grès dont sont enveloppées leurs bases
P r è s du col de Fedj Kentoures, la chaỵne éprouve u n e interruption j u s q u e
p r è s du djebel Таïа, ou d u moins elle n'est plus i n d i q u é e q u e p a r des dơmes calcaires isolés q u i , comme le djebel Mouzia et le Kef Haounner, sont des jalons trahissant la m a r c h e souterraine d e la chaỵne C'est q u e des Toumiettes il se détache un r a m e a u d i r i g é N - E S - E , l e q u e l projette au S de El-Harrouk q u e l -
q u e s contre-forts faisant face à la vallée d u Safsaf, et dont le djebel Msouna,
le djebel Sebargoud et le djebel Sdeira composent les cimes culminantes Ce
système, complétement i n d é p e n d a n t du p r e m i e r et obéissant à la direction d e
la Cơte-d'Or, va j o i n d r e , chez les Ouled Radjeta, la crête j u r a s s i q u e d u djebel
Cbhebik et expirer, à travers la plaine d u lac Fetzara, dans les micaschistes d u
cap de G a r d e
La chaỵne principale se ressoude au djebel Тага, h a u t d e 1 2 0 0 m è t r e s , forme
a u S.-E d e Ghelmâ le djebel Debhar et vient se b r i s e r au col d e Fedjoudj contre
u n e a u t r e chaỵne q u i court p a r a l l è l e m e n t aux P y r é n é e s , c'est-à-dire d u S.-E au
N - O A m e s u r e q u ' o n avance vers la régence d e T u n i s , cette d e r n i è r e direction affecte u n e formation d e grès t r è s développée et t e n d à m a s q u e r la direction
E N - E 0 S.-O particulière à l'Atlas On en retrouve c e p e n d a n t des traces d a n s
les montagnes des Ouled Ali et les Beni Amar
L a série d'escarpements q u e n o u s venons d e n o m m e r se r a t t a c h e , à l ' О ,
au pâté montagneux compris e n t r e Alger et B o u g i e , d a n s lequel on observe les
cimes les p l u s élevées de l'Algérie, celles d u djebel Djerdjera d o n t la h a u t e u r
dépasse 2000 m è t r e s
Si de l'observatoire du djebel Тага, d'ó nous avons esquissé le profil du p r e
-m i e r contre-fort de l'Atlas, nous nous portons sur u n a u t r e observatoire situé sur
u n plan en a r r i è r e , le djebel Bougareb, par exemple, placé à 20 kilomètres environ
a u S E de Constantine, nous verrons se développer u n e seconde chaỵne p a r a l lèle à la p r e m i è r e et accidentée à son tour p a r u n e série d e p r o t u b é r a n c e s alignées suivant la direction E N - E à O S.-O Elle admet de distance en distance des chaỵnons parallèles q u i , comme des satellites, sont subordonnés à la ligne principale Nous trouvons, comme points culminants en m a r c h a n t d e l'О à
-l'Е., le djebel El-Biban au S.-E du méridien d e Bougie, le djebel Somah et le djebel Anniné, chez les Oulel Nabel, le djebel Magriz (1600 mètres), chez les
Ouled Chouk, le djebel Kasbaita chez les Daemcha, le djebel Sidi Aïça, le djebel Sidi Othman, qui se contourne en cirque p o u r former vers le N le djebel Boucherf, le Kef-Tazerout qui pousse u n e ramification j u s q u e vers Constantine,
ó, sous le nom de djebel Chettabah, il comprend le djebel Zouaoui, h a u t d e
1234 mètres, le Chettabah p r o p r e m e n t d i t (1322 mètres), et le djebel Karkara (1163 mètres), au-dessous d u q u e l coule le Roumel
Trang 9A l'E de Constantine, et p r e s q u e en face du Somah , se dressent le djebel
Oum Msetas (1183 m è t r e s ) , et le djebel Bougareb (1316 mètres,), au delà d u q u e l
s'efface la direction E N.-E 0 S - O , à la r e n c o n t r e du djebel Boueibra et d u djebel Mahouna, deux colosses de grès tertiaires qui e m p r i s o n n e n t l'Oued Cherf,
et sont alignés à p e u près comme les pitons n u m m u l i t i q u e s q u e nous avons déjà
vus vers le col d e Fedjouj i n t e r r o m p r e la direction de la p r e m i è r e zone Au delà de
cette limite, il nous serait difficile de saisir les r a p p o r t s q u i règlent la m a r c h e de
l a continuation de la chaỵne q u e nous venons de mentionner, ainsi q u e les allures
d e s montagnes de grès qui franchissent la rivière d e la Seybouse Nous avons bien suivi, dans les Achaich, au-dessous d e l'Oued Cheniour et dans la vallée d e Merd-
jerdah, les diverses formes, de la formation crétacée q u i étouffe bientơt l e m a c i
-gno ; mais comme des excursions poussées vers les t r i b u s voisines de la régence
d e Tunis ne sont point sans danger, il y aurait eu p l u s q u e d e la témérité à gager t r o p avant dans d e s régions d'ó l'on n'est pas sûr d e revenir
s'en-La seconde chaỵne de l'Atlas d o n t nous nous occupons se renforce vers le S.-O
d ' a u t r e s chaỵnons parallèles, dans l e s q u e l s on r e m a r q u e le djebel Sdim, chez les
Ouled Guessen, le djebel Sidi Brao, chez les Eulma, le djebel Meimân (1165 m è
-t r e s ) , le djebel Abassi (1124 m è -t r e s ) , suivi d u N au S par le djebel For-tas (1471 mètres) et le djebel Guerioun, é n o r m e montagne calcaire dont l'altitude atteint 1727 m è t r e s , enfin le djebel Hamra (1636 m è t r e s ) , et le Fedj Kordjef (1256 m è t r e s ) , qui séparent la plaine de Temlouka des affluents du Roumel
On doit rattacher encore à la deuxième zone la chaỵne d u Chepka interposée
e n t r e la plaine de Temlouka et la vaste plaine des Harectas Elle renferme le djebel Sạd (871 m è t r e s ) , l'el Garsa, le djebel Zouabis, l e djebel el Mẹda, a p p a r -
t e n a n t tous à la formation tertiaire m o y e n n e , le pic Alia (1238 m è t r e s ) , le djebel
Souara (1271 mètres), au N de Kramiça, le djebel Zahan (1130 mètres), la m o n
-tagne neigeuse (1261 mètres), le djebel Mçid (1165 mètres), le djebel Hiroug et
le djebel Ghourra (1200- mètres), dans le royaume de Tunis
E n t r e Tiffech, les Hanenchas et les Mahatlas, se presse u n e série de chaỵnes p e u
élevées et courant toutes E N - E à 0 S.-O., dans lesquelles j e n'ai traversé q u e des terrains tertiaires Il aurait été c u r i e u x sans doute d'examiner d e p r è s le djebel
Taraguelt (1144 mètres), le djebel Guelb (1123 mètres) et l'Ouenza (1272 mètres)
q u e l'on voit de loin s'élever au milieu des plaines des Hanenchas e t des ouled
Kramfar On p e u t supposer avec vraisemblance, p o u r ne pas dire avec c e r t i t u d e ,
q u e ces montagnes appartiennent aux formations secondaires ; mais ces
explora-tions doivent être ajournées à u n e époque plus reculée, notre autorité sur les
t r i b u s qui les occupent étant plutơt nominale q u e réelle
Il suffit de consulter les cartes géographiques d u dépơt de la g u e r r e p o u r s'assurer q u e la deuxième zone de l'Atlas se compose de plusieurs rameaux a n a -
stomosés Ces rameaux, au-dessus du méridien de Tiffech, semblent r o m p r e le
fais-ceau des lignes parallèles Les uns se bifurquent p o u r obéir à la direction générale
Trang 10E N - E (Alpes p r i n c i p a l e s ) ; d ' a u t r e s se r a p p r o c h e n t , en se courbant e n t r e la Calle et la frontière tunisienne de la direction S.-O à N.-E (Alpes orientales) ;
d ' a u t r e s enfin se p o r t e n t du N - O au S.-O (système des Pyrénées)
La deuxième zone est séparée de la troisième par de vastes plaines coupées d e
m o n t a g n e s et de collines, et dont les principales sont, les plaines des Abdelnour,
d e Mlila, de Bagla, enclavée entre le djebel Guerioun , le djebel Sidi Abassi, le djebel Nifencer et le djebel Meiman ; la plaine de Tonfla, q u i reçoit les eaux du djebel Hamra et de Fedj Kordjef ; la vaste plaine des Harectas, au milieu de
l a q u e l l e s'élève le dơme isolé d e Sidi Rghẹs, h a u t de 1628 m è t r e s , et au S du,
Sebka Tarf, la plaine p e u connue de Roumila
On ne possède pas, sur la troisième chaỵne de l'Atlas dont les d e r n i e r s c o n t r e
-forts expirent dans le désert du Sahara, des documents aussi précis que sur les
deux précédentes Moins p a r c o u r u e par les E u r o p é e n s , parce q u e l e u r s intérêts sont concentrés dans le c œ u r mơme de la province, peu visitée par nos officiers d'état-major, elle n'a été l'objet q u e d'investigations isolées, fort imparfaites, tant sous le point de vue de la t o p o g r a p h i e que sous celui de la constitution géolo-
g i q u e de son sol Cependant, en jetant les yeux sur la carte publiée en 1 8 4 7 , il est facile d e s'assurer de son parallélisme avec les rides principales q u e n o u s avons déjà signalées
Nous aurions à m e n t i o n n e r p l u s spécialement la région montagneuse désignée
sous le nom de djebel Auress, dont le sommet le plus élevé, djebel Cheliah r
a u r a i t plus de 2000 mètres de h a u t e u r A ce système se rattachent p l u s i e u r s
ra-mifications importantes qui viennent toutes se terminer dans le Sahara sous forme
d e promontoires inégalement alignés et dont q u e l q u e s - u n e s se détachent vers les
Nemenchas pour former les montagnes d e Tebessa A l'époque ó j e parcourais la
province de Constantine, les relations d e la F r a n c e avec les Nemenchas étaient
i n t e r r o m p u e s , et j e n'ai pu réaliser, à mon g r a n d regret, le projet q u e j'avais,
a r r ê t é d'étudier les chaỵnes de Doukkan, d e Bou Rouman, q u i s'étendent au S
d e Tebessa, et d'ó mon i n t e r p r è t e , Sidi-Mustapha, avait rapporté de très beaux
fossiles : or, comme l'ensemble de ces corps organisés fossiles que j ' a i eu sion de voir se r a p p o r t e exactement aux espèces recueillies par M F o u r n e l à
l'occa-El-Kantra, s u r la r o u t e de Bathna à Biskra, j ' a u r a i s eu le moyen d ' é t e n d r e les
horizons et les r a p p o r t s d e comparaison jusqu'aux frontières d e l'État tunisien Mais les documents que j'ai recueillis dans la p r e m i è r e et la seconde z o n e , et le contingent d e n o m b r e u x fossiles que j ' a i rassemblés, j e t t e r o n t assez de j o u r , j e
l ' e s p è r e , s u r la composition géologique d e la portion orientale de l'Atlas, p o u r
q u ' o n soit fixé d'une m a n i è r e assez positive s u r le rơle qu'y remplissent les mations sédimentaires
forJusqu'ici nous n'avons guère envisagé la question d u relief d e l'Atlas que s u i vant la direction dominante, laquelle se confond avec celle des Alpes principales ; mais, en analysant avec plus de détails, les accidents orographiques de la contrée,
Trang 11-on c-onstate l'existence d ' a u t r e s chaỵnes moins importantes obéissant à d ' a u t r e s lois de distribution et c o n t r a r i a n t par conséquent l'alignement général
Nous citerons en premier lieu les montagnes dirigées du N - O au S.-E., et d o n t
la direction se r a p p r o c h e d e celle des Pyrénées 0 1 8 ° N à E 18° S Le littoral nous offrira des traces n o m b r e u s e s des dislocations survenues dans l'écorce d u globe après le dépơt d u terrain n u m m u l i t i q u e Une indication bien précise nous
est fournie p a r le b o u r r e l e t montagneux qui, du djebel Amentous, se dirige à l'O du cap Cavallo, ainsi q u e trois chaỵnons dont les deux p r e m i e r s se soudent
au djebel Zouagha, en courant parallèlement à Youed Nil et à Youed el-Kebir, et le troisième situé plus vers l ' E , traverse les Beni Merouan, les Beni Slahz, et aboutit
au djebel Bounkach On observe la mơme direction dans l'arête qui se détache d u golfe de Collo, domine l'oued Guebli, traverse les Beni Mehenna et vient s'effacer au-dessus de la vallée du Safsaf
Au N.-O d u cap Filfilah, on r e m a r q u e u n e longue chaỵne q u i p r e n d naissance dans les Guerbès, constitue le djebel Bou Ksẹba, le djebel Ejjahar, le djebel
Safia, franchit l'oued Saneudja, à l'O du djebel Chbebick, forme le piton d u Kef sidi Larienuf (650 m è t r e s ) , le djebel Menehoura (786 m è t r e s ) , i n t e r c e p t e p r è s
d u Fedjoudj la chaỵne du djebel Debhar orientée E N - E , s'élève au djebel
Aouara j u s q u ' à l'altitude de 972 m è t r e s De là elle s'abaisse vers la Seybouse,
qu'elle a forcée de se courber à angle droit, et se continue, mais moins exactement
accusée, à travers les Beni Salah , les Ouled Beschia et les Ouled Ali ben Nasser,
en s'adjoignant d ' a u t r e s chaỵnes parallèles
Nous mentionnerons aussi les crêtes dirigées N O S.E., q u i p r e n n e n t n a i s
-sance au Ras Hadid, et viennent se h e u r t e r b r u s q u e m e n t contre le djebel Edough,
d'ó l'on p e u t observer u n des plus beaux exemples de la r e n c o n t r e d e d e u x chaỵnes dont l'une obéit à la direction des Pyrénées et la seconde à la direction
d u soulèvement d e la Cơte-d'Or
Les montagnes de Rogobesseid (907 mètres), celles d u Sanadiaja et plusieurs autres situées e n t r e la rivière de la Seybouse et les frontières de T u n i s ont u n e
tendance évidente vers la direction N - O à S.-E Nous pouvons en d i r e a u t a n t d u
djebel Ouach, à l'E de Constantine (1293 mètres), du djebel Meiman et du djebel
Guérioun, du djebel Sidi Rgheis et d e son prolongement j u s q u ' a u djebel Hammar
chez les Ouled Sioua
La troisième zone surtout, e n t r e les régions escarpées des Auress et la p l a i n e des Nemenchas, présente à son tour le contraste de plusieurs chaỵnes discor-
d a n t e s Le bourrelet montagneux qui sépare la vallée plate de l'oued Helal d u désert de Sahara, et qui est dominé par le djebel Tamagrera, le djebel Foum-el-
Khrangua Zary et le djebel Chebika, est le meilleur exemple à citer des r i d e s
alignées suivant l'axe des P y r é n é e s
Il serait possible de retrouver dans la régence d e Tunis, d a n s l e djebel Hiroug,
le djebel Rhourra (1200 mètres), le Fedj el Joudj et le djebel T a g u i a , la direction
Trang 12des Alpes occidentales S.-O à N - E , direction qui est n e t t e m e n t indiquée vers les cơtes océaniques du Maroc, ainsi q u e vers celles de Tunis ; mais les montagnes que
n o u s citons sont peu accessibles aux Européens et elles exigent, p o u r être
con-n u e s , des recherches multipliées, et s u r t o u t l'exécutiocon-n de cartes assez précises
p o u r nous en indiquer le relief d'une manière passable
Nous retiendrons p a r conséquent comme dominantes dans la province de stantine les lignes E N - E (Alpes principales) et S - E à N.-O (système des Pyré-nées), en nous réservant, dans la description géologique des t e r r a i n s , d'indiquer l'orientation des couches qui s'écartent notablement de ces deux directions
Con-CHAPITRE II
FORMATION DES SCHISTES CRISTALLINS
Les terrains anciens, q u e leur position au-dessus des granites et leur n a t u r e
minéralogique ont fait r a p p o r t e r p a r les premiers géologues aux terrains dits
primi-tifs stratifiés, se m o n t r e n t seulement sur quelques points du littoral ó ils dessinent
u n e bande fort étroite et recouverte p r e s q u e i m m é d i a t e m e n t par des couches p l u s
m o d e r n e s On les observe dans les environs de Bơne, ó ils renferment d e nombreuses mines de fer oxydulé, et dans le golfe de Stora Nous décrirons d'abord cette d e r n i è r e région Elle e m b r a s s e , à partir de l ' e m b o u c h u r e d u Safsaf qui la sépare du massif secondaire d u djebel Filfilah, les monticules sur lesquels est bâtie la ville de Philippeville, lesquels s'élèvent progressivement au-dessus
d u golfe de Stora, sous forme d e mamelons coniques à pentes r o i d e s , et se
pro-l o n g e n t , en conservant pro-l e u r physionomie p a r t i c u pro-l i è r e , j u s q u ' a u x montagnes des
Sept-Caps, vaste pâté de schistes cristallins dominé p a r le djebel Ras Seba Bous,
h a u t de 1090 mètres et qui projette, entre Collo et Djijelli, une série de p r o m o n
-toires épanouis en éventail La c ơ t e , composée d'éléments friables que la mer entame avec facilité, est en général t r è s escarpée, souvent i n a b o r d a b l e , et n'offre aux barques des caboteurs et des p ê c h e u r s d'autres abris q u e des c a r a n -ques dans lesquelles ceux-ci ne seraient p o i n t en s û r e t é c o n t r e les attaques des Kabyles qui en habitent les b o r d s
Il paraỵt q u ' a u delà des Sept-Caps, les schistes cristallins sont recouverts p a r des g r è s , ainsi qu'on l'observe dans l'oued Zeramna , à l'O de Saint-Antoine, à
6 kilomètres d e Philippeville M F o u r n e l (1), qui, en 1 8 4 3 et 1 8 4 4 , a séjourné à
Djijelli, a observé dans le voisinage de cette ville u n e crête dirigée S.-O à N - E ,
composée de grès quartzeux b l a n c à grains m o y e n s , dans lesquels les Romains avaient ouvert des carrières Nous a u r o n s , en d é c r i v a n t ces grès, à signaler le
r ơ l e i m p o r t a n t qu'ils jouent dans la constitution géologique d e la province de Constantine
(1) Richesse minérale de l'Algérie, tome l , page 165
Trang 13A 3 kilomètres à l'O d e Stora on est déjà en Kabylie; or les E u r o p é e n s
isolés ont bien garde de s'aventurer dans u n pays ó nos colonnes e x p é d i t i o n naires ne pénètrent q u ' a p r è s s'y être frayé u n chemin par les a r m e s Cependant
-j ' a i dû à une circonstance fortuite d ' ê t r e renseigné sur la n a t u r e des terrains q u i
composent le massif montagneux d e Ras Seba Rous Des Kabyles d e la t r i b u des
Beni Isaack avaient r a p p o r t é à Philippeville des micaschistes et des phyliades
sati-n é s , dasati-ns lesquels étaiesati-nt esati-ngagées des pyrites de fer, q u e l'osati-n avait cosati-nsidérées comme minerai de cuivre ; ils m'assuraient que la mine était i n é p u i s a b l e , p a r c e
q u e leurs montagnes étaient entièrement formées des mêmes roches Nous savons aussi, par les renseignements q u e M de Marqué (1) a communiqués à M F o u r n e l ,
q u e la p r e s q u ' ỵ l e d'El-Djerda, p r è s d e Collo, est constituée p a r un granite
dans lequel les Romains avaient ouvert u n e carrière La roche s'y m o n t r e divisée
en p r i s m e s à cinq ou six pans t r è s r é g u l i e r s , ce qui avait fait d i r e à M B é r a r d ,
q u i n'avait vu ElDjerda q u ' e n m e r , q u e cette presqu'ỵle était b o r d é e de q u e l
-ques roches arrangées en tuyaux, comme des Trachytes ou des Basaltes (2)
L'examen des falaises depuis Philippeville j u s q u ' à Stora, auquel on p e u t se
livrer avec la plus grande sécurité, t e m p è r e fort h e u r e u s e m e n t les regrets q u e l'on éprouve de ne pouvoir étudier les montagnes de la Kabylie ; en généralisant
et en étudiant j u s q u ' a u djebel Ras Seba Rous, q u e nous savons composé de
Phyliades et de Micaschistes, les observations recueillies entre ces deux p r e m i e r s points, on est en droit d ' a d m e t t r e , jusqu'à la cessation des Schistes cristallins ,
u n e continuité de couches à peu p r è s i d e n t i q u e s , ainsi q u e cela se r e p r o d u i t
o r d i n a i r e m e n t dans u n e m ê m e formation géologique Il n ' y aurait guère alors à regretter q u e les détails
Le massif montagneux de Collo et de Stora s'abaisse graduellement j u s q u ' à
l ' e m b o u c h u r e du Safsaf, qui coule à la base de la montagne d e Skikda (ancienne
Ruscicada), sur laquelle est bâtie Philippeville, et la sépare d e la plaine
sablon-n e u s e q u e l'osablon-n voit s'étesablon-ndre e sablon-n t r e la m e r et le djebel Halia j u s q u ' a u groupe d u
Filfilah Le Skikda, q u e l'hơpital militaire couronne à l'E., et les c i t e r n e s
r o m a i n e s à l ' O , présente à son c e n t r e u n e dépression q u ' o n t envahie les maisons européennes Cette dépression conduit par une double pente insensible,
d ' u n cơté au p o r t , et de l ' a u t r e s u r la route de C o n s t a n t i n e , ó elle débouche dans u n e plaine fertile convertie en j a r d i n s et en vergers, et livrée aux communes
nouvelles de Valée, de Danremont, de Saint-Antoine et d e Saint-Charles L e ruisseau Zéramna, q u i descend des h a u t e u r s occidentales, traverse l e t e r r i t o i r e
d e Saint-Antoine et sépare la plaine de la montagne Celle-ci n'a p a r conséquent
q u ' u n e épaisseur de 1500 m è t r e s environ j u s q u ' à la m e r ; car le versant N d u
t e r r i t o i r e de Saint-Charles ne fait plus partie d u même système ; il a p p a r t i e n t
à u n e formation tertiaire très développée dans l ' E d e l'Algérie
(1) Richesse minérale de l'Algérie, tome Ie r , page 158
(2) Description nautique des cơtes de l'Algérie, par M Bérard, page 119, 2 édit 1839
Trang 14Quand on sort de Philippeville p a r la porte de Stora, on r e n c o n t r e d ' a b o r d
des Schistes phylladiens, v e r d â t r e s , à feuillets très minces, légèrement s a t i n é s , qui s'écrasent facilement sous le m a r t e a u , en se convertissant en u n e poussière
de couleur cendrée très onctueuse La surface des couches présente souvent d e petits plis ridés très s e r r é s , auxquels la roche e m p r u n t e u n aspect moiré et u n e structure légèrement ondulée Ils admettent de distance en distance des couches
i n t e r r o m p u e s d'un quartz laiteux amorphe, pénétré de feuillets de talc v e r d à t r e
et obéissant à tous les caprices d'une stratification tourmentée On en voit un b e l
exemple à 500 mètres de Philippeville, sur les escarpements q u e borde la route Le quartz EE (voyez p l II, fig 1) s'insinue entre les Schistes talqueux en veines, ou
en filons plats d e 3 à 5 centimètres d'épaisseur Comme en ce point les bancs d e
la roche encaissante ont une allure très bouleversée et se plient en chevrons, le quartz suit servilement la m ê m e disposition et offre l'image, p l u s i e u r s fois r é p é -
t é e , d'angles irréguliers à sommets dirigés dans le même sens età cơtés p a r a l l è l e s
Ces Schistes verdâtres forment la base du djebel Bou-Joula, r e m o n t e n t d a n s le
sommet de la montagne et occupent toute la portion découverte qui s'étend de la mosquée j u s q u ' a u x citernes romaines et au m u r de la ville Ils passent p a r
n u a n c e s insensibles à un phyllade noir ardoisé qu'on exploite pour la bâtisse, q u o i
-q u e celte roche soit dépourvue des -qualités de l'ardoise et du moellon ; car, o u t r e
q u ' e l l e est fort t e n d r e , elle se délite à l'air et a u n e tendance à se r é d u i r e e n bouillie, q u a n d elle est détrempée dans l'eau Aussi, grâce à cette propriété, les affleurements sont-ils décomposés j u s q u ' à une profondeur de 1 m è t r e à 1 m è -
t r e 50, et convertis en une terre argileuse n o i r â t r e , dans laquelle tout indice d e stratification a été effacé La difficulté de se p r o c u r e r de bons matériaux à u n e faible distance de la v i l l e , force les colons à employer ceux qui se trouvent à proximité, quoiqu'ils soient d ' u n e mauvaise qualité
Les Phyllades noirs font place à l e u r t o u r , près du p o n t de l'oued Beni-Melek,
à d'autres Phyllades satinés r o u g e â t r e s , véritables K i l l a s , traversés par des veines parallèles et très abondantes de quartz a m o r p h e , dont l'ensemble des caractères e x t é r i e u r s , ainsi q u e la position, rappelle les environs du fort La-malgue près do Toulon Elles renferment des cristaux et des rognons de fer s u l -furé, qui se décomposent à l'air et d o n n e n t naissance à des dépơts superficiels
de sulfate de fer et d'alumine Les Pyrites se logent de préférence d a n s l'intérieur ou dans le voisinage des quartz, et ces d e r n i e r s , au lieu de p r é -
senter la continuité que nous avons signalée p r è s de la porte de Stora, s o n t
disséminés au milieu des Schistes argileux, sous forme de rognons ovọdes alignés
en chapelets Lorsque, par suite de dégradations successives qui en r e n o u v e l l e n t constamment le front, les falaises s'éboulent, les quartz apparaissent au milieu des débris comme des cailloux roulés On en observe des quantités prodigieuses sur les bords de la m e r , ainsi qu'à, la surface des montagnes qui entaillent l'oued
Beni-Melek dont j ' a i remonté le cours, et ó j ' a i r e m a r q u é les mêmes r o c h e s
Trang 15Mais il est difficile d'en d é t e r m i n e r la composition et les accidents à cause d e l'épaisseur de la couche végétale et des broussailles qui les recouvrent Nous ra-
m è n e r o n s par conséquent le lecteur s u r la cơte
Les Killas nous conduisent j u s q u ' à un ravin dont j ' i g n o r e le n o m , mais auprès
d u q u e l est bâtie la guinguette du PetitRepos E n ce point ils cessent b r u s q u e
-m e n t , et ils sont re-mplacés par des Schistes argileux noirâtres analogues à ceux
p r é c é d e m m e n t d é c r i t s , et dont le ton foncé t r a n c h e d ' u n e m a n i è r e contrastante avec la couleur pâle des p r e m i e r s Si les couches étaient moins bouleversées, il
e û t été intéressant de constater si ces deux bandes de Phyllades noirs ne r e p r é sentaient pas les deux pieds d'un méme arceau, dont la portion cintrée aurait été démolie à la suite de dénudations postérieures ; leur direction c o m m u n e N N - O
-à S S - E , avec inclinaison N N - E pour l ' u n e , et S S.-O p o u r l'autre, paraỵt
d o n n e r de la consistance à cette supposition ; mais , comme d'un a u t r e cơté
l e fait d'une alternance n'a rien de s u r p r e n a n t dans les t e r r a i n s p r i m a i r e s , il est
p r u d e n t de n e pas s'écarter des limites de l'observation d i r e c t e Les Schistes ardoisés se développent sur u n e longueur d e 200 mètres environ, après lesquels
n o u s trouverons de nouveau des Schistes talqueux argentés, d ' u n b l a n c mat, et
m a r q u é s de taches de rouille, qui sont dues à la décomposition de petits cristaux
d e pyrite de fer, logés e n t r e les feuillets de la roche On r e m a r q u e par intervalles
p l u s i e u r s couches d'argile onctueuse, b l a n c h e , courant au milieu de bancs plus
c o n s i s t a n t s , et qui ne sont a u t r e chose q u e le p r o d u i t de l'altération des Schistes
talqueux e u x - m ê m e s A m e s u r e qu'on se r a p p r o c h e de Stora, les r o c h e r s revêtent
une physionomie plus â p r e , et se découpent en p y r a m i d e s , à la manière des gneiss
e t de certains micaschistes d u r s C'est qu'effectivement u n e p l u s g r a n d e a b o n
-d a n c e -d e quartz r e n -d les Schistes plus soli-des et plus résistants, en m ê m e t e m p s
q u ' e l l e leur i m p r i m e une s t r u c t u r e plus cristalline Non seulement on y retrouve
d e s nodules de quartz a m o r p h e , mais encore le F e l d s p a t h orthose rassemblé en cristaux mal conformés s'ajoute aux éléments déjà c o n n u s , et donne naissance
p a r places à un Talcschiste porphyrọde Quelques Tourmalines noires disséminées
çà et là, des Grenats rouges et des quartz hyalins à pointement h e x a é d r i q u e , voilà les substances auxquelles se réduisent les raretés minéralogiques de cette grande formation
Celte alternance de Phyllades verts et noirs et des Schistes talqueux qui, s u r
les deux versants de l'oued Kantra, a d m e t t e n t quelques couches de quartz lydien,
n o u s accompagne j u s q u ' à la plage de Stora, ou, pour parler plus e x a c t e m e n t ,
j u s q u ' à l'espèce de petit promontoire qui la b a r r e vers le S et q u e l'on est obligé
d e franchir par u n col q u a n d on veut gagner les p r e m i è r e s maisons d'habitation
Ce barrage n a t u r e l consiste en u n e arête t r a n c h a n t e , formée de couches solides
e t verticales de Cipolin et de Talcschiste, subordonnées aux Schistes talqueux et
o r i e n t é e s du S 10° 0 au N 10° E Elle p r e n d naissance s u r la rive gauche d e
l'oued Kantra dont elle dirige le cours j u s q u e dans la m e r , ó elle s e t e r m i n e en
Trang 16u n e saillie dominée p a r un fortin c r é n e l é , et elle se soude vers l'O aux m o n
-tagnes escarpées des Msala P o u r vaincre cet obstacle, la r o u t e , à p a r t i r du pont,
r e m o n t e en écharpe la rive gauche d e la vallée j u s q u ' e n face d u fortin ; là elle se coude sous un angle très aigu, et grâce à ces deux longues r a m p e s , elle atteint
u n col dont la p e n t e opposée aboutit au village de Stora A q u e l q u e s centaines d e
m è t r e s en contrebas, les Schistes talqueux admettent q u e l q u e s couches s u b o r données de calcaire Ces c o u c h e s , minces à l'origine, s'épaississent g r a d u e l l e m e n t
-à m e s u r e qu'on se r a p p r o c h e des fours -à chaux de la cơte ó elles atteignent leur maximum de puissance Les calcaires, ainsi qu'on l'observe o r d i n a i r e m e n t a u milieu du terrain des Schistes cristallins, n e se m o n t r e n t pas à l'état de p u r e t é dans
le golfe de Stora ; mais ils a l t e r n e n t sous forme de p l a q u e t t e s , d'amygdales et d e
n œ u d s entrelacés avec l'élément t a l q u e u x qui constitue la roche principale d e la formation, et m ê m e , dans les portions les plus épaisses, ils sont pénétrés d e paillettes
d e mica ou de talc argentin disséminées suivant des plans très rapprochés et rallèles aux lignes de la stratification, d e manière à donner à l'ensemble u n e
pa-s t r u c t u r e gropa-spa-sièrement feuilletée Ce pa-sont alorpa-s de vraipa-s Cipolinpa-s Ce calcaire epa-st généralement d ' u n ton foncé, grisâtre ou noirâtre, à cassure miroitante q u a n d le grain est lamellaire, et à cassures esquilleuses q u a n d il est s e r r é ou compacte On trouve néanmoins des couches dont la b l a n c h e u r i r r é p r o c h a b l e est rehaussée p a r des m o u c h e t u r e s vertes et nacrées dues à la présence du t a l c , et deviennent u n
m a r b r e q u i , p o u r l'éclat, p e u t rivaliser avec ceux dont les Romains avaient o r n é
l e u r s villes d'Afrique Ce gisement de Stora était m a l h e u r e u s e m e n t t r o p
circon-s c r i t p o u r q u e ce p e u p l e conquérant circon-songêt à l'exploiter L'avidité avec laquelle
il cherchait les matériaux de luxe q u i pouvaient concourir à la décoration de ses
m o n u m e n t s n e lui aurait point fait négliger, si elle ẻt été jugée digne d'être r e
-m a r q u é e , u n e localité placée aux portes de l'ancienne Ruscicada, dont les débris
m o n t r e n t encore u n e foule de m a r b r e s e m p r u n t é s à diverses contrées de l'univers Quand les cristaux de fer sulfuré q u e renferment les Cipolins se décomposent
p a r l e u r contact avec les agents e x t é r i e u r s , l'acide s u l f u r i q u e , qui provient de cette décomposition, réagit sur le carbonate de chaux et le transforme en sulfate
Le gypse ainsi produit p é n è t r e dans les fentes des rochers et s'y dépose en c r i s taux imparfaits ou sous forme d e crỏtes stalactitiques colorées en rouge et e n
-j a u n e p a r du peroxyde d e fer h y d r a t é provenant, à son t o u r , d e la décomposition
du sulfate de fer Le quartz amorphe, dont nous avons déjà signalé la présence dans les Schistes, traverse aussi le système calcaire en couches i n t e r r o m p u e s et
e t en amas p e r d u s Nous citerons enfin, comme en complétant la d e s c r i p t i o n , l'existence de n o m b r e u x filons d e calcaire s p a t h i q u e à grandes facettes, se c r o i -sant dans toutes les directions
Si l'on en juge d'après la coupe q u e l'on voit en descendant le col, on serait
t e n t é d'attribuer à l'étage des Cipolins u n e puissance d e plus de 40 mètres ; mais quand on la mesure dans la c a r r i è r e ouverte p o u r l'alimentation des fours à chaux,
Trang 17on est étonné d e voir cette puissance se r é d u i r e à u n e quinzaine de mètres e t s'atténuer encore lorsqu'on p é n è t r e d a n s l ' i n t é r i e u r d e la montagne Il y aurait alors lieu à considérer cette masse comme u n e é n o r m e lentille emprisonnée dans les Talcschistes, et ne constituant a u milieu d'eux q u ' u n simple accident m i n é r a -
logique
M F o u r n e l a fait analyser dans le laboratoire d'Alger u n calcaire recueilli
d a n s la c a r r i è r e d e Stora q u i s'est trouvé ainsi composé (1) :
Carbonate de chaux 51,6 Carbonate de magnésie 37,9 Argile 10,5
100,00
La quantité considérable d e substances étrangères q u e contient l e Cipolin d e
Stora r e n d son emploi, comme p i e r r e à chaux, fort l i m i t é On est obligé d ' a b a t t r e
à la p o u d r e , d'éliminer la plus grande portion d u produit d e l'abatage, e t d e n e réserver p o u r les fours q u e les fragments r e c o n n u s bons à la suite d ' u n triage
m i n u t i e u x Aussi aime-t-on mieux s'approvisionner p a r les bateaux en r e t o u r s u r
lest d ' u n calcaire compacte n o i r , provenant de Bougie ou d e ses environs Cette
préférence se c o m p r e n d difficilement q u a n d il est possible d e s'approvisionner
à 15 kilomètres d e Stora, dans le cap Filfilah, d'un m a r b r e blanc analogue à c e
-lui de Carrara, et p r o p r e à la fabrication d ' u n e chaux g r a s s e , dont le v o l u m e ,
après foisonnement, a u g m e n t e d ' u n tiers
La preuve q u e les calcaires n'existent q u ' à l'état s u b o r d o n n é d a n s les m o n t a
gnes du littoral, c'est que les schistes talqueux se présentent sans mélange i m m é
-diatement au delà du four à c h a u x , et q u e dans Stora m ê m e ils se chargent d e
feldspath et de quartz en passant à u n véritable gneiss talqueux d o n t les c o u c h e s
sont dirigées sensiblement d u S au N Ils renferment vers les h a u t e u r s qui d o
-m i n e n t la r a d e q u e l q u e s filons irréguliers de b a r y t e sulfatée, la-mellaire, b l a n c h e ,
(1) Richesse minérale de l'Algérie, tome Ie r , page 137
Trang 18mais dépourvus de sulfures métalliques J'avais l'intention d e compléter mes observations s u r la b a n d e des Schistes cristallins e n m e r e n d a n t p a r l'intérieur
d e s t e r r e s d e Stora à Collo; mais après m ' ê t r e e n g a g é , non sans p e i n e , dans
q u e l q u e s gorges sauvages dont lès chênes-lièges, les cystes et les buissons
d e m y r t e m e dérobaient la n a t u r e du sous-sol, j ' a i d û renoncer à u n e e n t r e p r i s e
a r d u e et stérile dans ses résultats
Nous avons dit que Philippeville embrassait dans son enceinte le djebel Joula et le djebel Skikda Ce d e r n i e r , qui s u p p o r t e la caserne et l'hơpital m i l i -
Rou-t a i r e , se Rou-termine vers l ' e m b o u c h u r e d u Safsaf, eRou-t p r é s e n Rou-t e vers sa base, b a Rou-t Rou-t u e
p a r la m e r , des abrupts qu'on n'aborde qu'avec la p l u s grande difficulté, mais
d o n t la fraỵcheur et l a n e t t e t é des coupes compensent la fatigue e n d u r é e p o u r les atteindre A peine a-t-on dépassé, à q u e l q u e cent mètres de l ' e m b a r c a d è r e ,
les ruines romaines q u i i n d i q u e n t l'emplacement de l'ancien p o r t de Ruscicada,
q u ' o n retrouve les, mêmes phyllades couleur de plombagine, q u e nous avons s i
-gnalés près d e la p o r t e de Stora Seulement d a n s le djebel Skikda ils sont plus,
solides, plus riches en q u a r t z , et ils constituent p a r conséquent des matériaux
p l u s résistants Leur d i r e c t i o n , autant qu'on p e u t la juger à travers des couches verticales tourmentées et bouleversées, m'a p a r u être 0 N.-O à E S - E
I l s passent quelquefois à u n schiste talqueux, v e r d â t r e , t r è s quartzifère, et s e divisant en bancs très épais ou en grandes écailles qui p r e n n e n t et conservent
t r è s bien le poli q u e leur donne le mouvement r é p é t é des vagues A 200 m è t r e s environ, en avant d u bastion crénelé par lequel se t e r m i n e vers la mer le m u r d'enceinte, on a ouvert u n e carrière au milieu d'un amas très confus de schistes
v e r d â t r e s à s t r u c t u r e entrelacée, entremêlés de grandes lentilles de calschistes
o u de Cipolins de couleur vert-bouteille et r o u g e â t r e , qui obéissent à la cation générale, mais ne forment point de bancs r é g u l i e r s Cette irrégularité d a n s les allures en rend l'exploitation difficile et capricieuse, car on est obligé de d é -placer fréquemment les chantiers, en s'attachant de préférence aux points ó le calcaire offre les renflements les plus considérables Les caractères de la roche
stratifi-n ' o stratifi-n t riestratifi-n de biestratifi-n défistratifi-ni et échappestratifi-nt par là même à u stratifi-n e descriptiostratifi-n rigoureuse
L e carbonate de chaux s'y trouve eh très faible proportion, et s'il ne se trahissait
p a s par quelques veines blanches a p p a r e n t e s , sa présence pourrait échapper à la
v u e Il est intimement mêlé au talc verdâtre, écailleux, qui paraỵt constituer l ' é l é
m e n t u n i q u e de la masse ; mais, soumis à l'attaque des acides, ce calschiste m a nifeste u n e effervescence assez v i v e , et laisse p o u r résidu du talc en paillettes,
-m ê l é de quelques grains de q u a r t z On sait q u e les calcaires, dans lesquels l e mica ou le talc d o m i n e , sont o r d i n a i r e m e n t caractérisés par u n clivage schisteux
q u i permet de les débiter en dalles ou en moellons p r o p r e s à la bâtisse Ceux de
Skikda, au contraire, se divisent en fragments esquilleux et raboteux dont il faut
r e d r e s s e r les angles et les aspérités avant de les employer dans les constructions
C e défaut tient évidemment à leur disposition lenticulaire au milieu des schistes
Trang 19Les feuillets d e talc suivent dans leur dissémination i n t é r i e u r e les contours de
la surface, et il en résulte u n e s t r u c t u r e entrelacée qui s'oppose à u n e division, régulière suivant des plans parallèles
Au delà du fortin, la cơte devient inaccessible et montre des Schistes t a l q u e u x fort résistants et parsemés d'amygdales de quartz ; mais, comme elle disparaỵt
e l l e - m ê m e sous les sables de la plage à u n e faible distance, son étude n'ajouterait
p r o b a b l e m e n t pas d e nouveaux documents à l'histoire d e la formation q u i n o u s occupe
Les courses q u e j ' a i e n t r e p r i s e s dans la vallée de l'oued Zeramna, à l'O d e
Saint-Antoine, m'ont permis d'y constater la présence des Phyllades noirs avec
d e s veines de quartz a m o r p h e ; mais j'étais là dans l'intérieur des montagnes, e t ,
j e le répète, l'épaisseur de la t e r r e végétale provenant d e la décomposition des roches t e n d r e s , ainsi que l'abondance des makis dans u n pays kabyle ó l'on
n ' o u v r e n i routes ni c a r r i è r e s , refusent tout sujet d'études au géologue et
l'expo-s e n t à del'expo-s embarral'expo-s l'expo-sanl'expo-s compenl'expo-sation, l'expo-surtout q u a n d il voyage à pied l'expo-soul'expo-s l e soleil d'aỏt
La formation des Schistes c r i s t a l l i n s , i n t e r r o m p u s à l'E de Philippeville p a r
la vallée plate d u Safsaf, se m o n t r e de nouveau dans les crêtes montagneuses
q u i séparent le massif du Filfilah des affluents de l'oued El-Kébir, qui p r e n n e n t
l e u r source dans le versant méridional du djebel Halia et du djebel Tarbenna,
et d o n t les p l u s importants sont l'oued Halia et l'oued Souden Le village Valée
et les fermes Barrot et Saint-Etienne, sont bâtis à la naissance do cette chaỵne,
laquelle se confond avec la plaine p a r l'intermédiaire de q u e l q u e s coteaux
on-d u l é s , pour se r e on-d r e s s e r p r e s q u e subitement en pitons accolés par la base, et on-d o n t les flancs sont déchirés p a r des ravins profonds Ce système, dont la physionomie particulière dévoile la composition géologique, paraỵt se continuer j u s q u ' a u
djebel Bon-Ksẹba, à la limite des Guerbès et des oued Radjetas ; mais, c o u v e r t
comme il l'est p a r des forêts de chênes-liéges et d'arbustes i m p é n é t r a b l e s , il faut
r e n o n c e r à le consulter s u r place H e u r e u s e m e n t les ruisseaux oued Mekenesset, oued Alla, oued Lazeb et oued Guet, q u e l'on traverse q u a n d on se r e n d a u
Filfilah, nous renseignent d'une manière suffisante s u r sa constitution, en n o u s
d é m o n t r a n t , p a r la n a t u r e de l e u r s galets, qu'il consiste en des Phyllades noirs et des Schistes talqueux quartzifères et satinés
Nous avons signalé l'existence de la Baryte sulfatée à Stora, substance, c o m m e
on le sait, concomitante des sulfures métalliques M Fournel (1) cite, à
l'extré-m i t é N - E de djebel Skikda, au l'extré-milieu des Schistes a r g i l e u x , u n e galerie e n
partie remblayée dans laquelle il suppose qu'on a exploité de la Galène Mais c'est le minerai de fer qui appelle plus spécialement l'attention M F o u r -
nel mentionne des blocs de fer magnétique à l'E de Philippeville, autour
(1) Richesse minérale de l'Algérie, tome I , pages 132 et 133
Trang 20d e la b r i q u e t e r i e d e M de M a r q u é , e t si l'on continue à s'avancer vers l'O
j u s q u ' à u n e g r a n d e c a r r i è r e a b a n d o n n é e dont l'ouverture r e g a r d e la p l a i n e ,
on o b s e r v e , ajoute-t-il, à sa p a r t i e s u p é r i e u r e , le fer oxydulé i m p r é g n a n t
u n Schiste argileux qui p r é s e n t e l'affleurement d'une couche assez puissante
dirigée du N N - E a u S S.-O et plongeant E S - E
U n a u t r e gisement existe u n peu à l'O d e l ' e m b o u c h u r e du Safsaf, au
milieu des Schistes, dirigés d u N au S , et à l'a suite d ' u n contournement
plon-geant à l ' E à q u e l q u e distance E n ce point, suivant M F o u r n e l , les P h y l l a d e s
t r è s chargés de quartz r e p o s e n t s u r u n e roche noire, pesante, q u i agit p u i s s a m
-m e n t s u r l'aiguille ai-mantée Elle p r é s e n t e des t r a n c h e s horizontales disposées
en g r a d i n s , et ses bancs inférieurs forment comme les m a r c h e s d'un escalier q u i descend et disparaỵt dans la m e r Au milieu même des Schistes argileux, verdâ-
t r e s , qui reposent immédiatement sur elle, on observe u n banc mince de Schiste argileux noir, imprégné de fer oxydulé recouvert p a r des Schistes argileux
Cette roche a d o n n é à l'analyse :
Oxyde de fer magnétique 67,78 Gangue, 32,22
100,00
Des recherches poursuivies avec soin dans les montagnes de la vallée d e
Zeramna conduiraient infailliblement à la découverte de nouvelles couches d e
fer oxydulé ; car j ' a i recueilli, dans le lit du ruisseau qui porte ce nom, des
frag-m e n t s usés de frag-minerai analogue à celui q u e décrit M F o u r n e l Il est à regretter
q u e les dispositions hostiles q u e les tribus kabyles nourrissent contre les E u r o péens interdisent à ces derniers l'accès d e l e u r t e r r i t o i r e , et privent ainsi la science et l'industrie de documents et d e ressources dont l'utilité est démontrée
-p a r les résultats obtenus dans les -portions déjà ex-plorées de l'Afrique française
Si nous n'avions à d é c r i r e encore les environs de Bơne q u i , sous le rapport d e
la composition d u sol et des substances utiles qu'ils r e n f e r m e n t , se r e c o m m a n
-d e n t par u n e importance bien plus gran-de q u e ceux -d e Philippeville, nous
devrions faire ressortir ici les traits d e ressemblance qui existent entre le t e r r a i n des Schistes cristallins du littoral de l'Algérie, et celui des montagnes des Maures
et de l ' E s t é r e l , dans le d é p a r t e m e n t d u Var, ó nous retrouvons des Cipolins, des couches d e grenats et des minerais de fer magnétique, subordonnés p a r e i l l e -ment à des gneiss et à des micaschistes ; mais nous réserverons pour la fin d e ce chapitre l'esquisse d e cette comparaison
E N V I R O N S D E B Ơ N E — Il serait difficile de choisir, pour l'étude des roches anciennes, une région plus intéressante q u e le massif de montagnes q u i , sous les
nom de djebel Edough, constitue u n e chaỵne particulière dans laquelle les
Cipolins, les Granites, les Gneiss, les Lherzolites et les mines d e fer magnétique
Trang 21se trouvent développés avec u n e abondance et u n e variété telles, qu'on p e u t y recueillir la série p r e s q u e complète des p r o d u i t s spéciaux aux terrains d e s
Schistes cristallins Vu d u sommet de Bou-Zizi, qui en est le point culminant
e t dont la h a u t e u r au-dessus d u niveau d e la m e r est de 1004 m è t r e s , ce massif
p a r a ỵ t former u n ensemble géologique u n i q u e embrassant t o u t le groupe compris
e n t r e la Méditerranée, le lac Fetzara, et les deux plaines de Saneudza et de Dréan
Mais q u a n d on étudie d e près la composition du sol, on s'aperçoit q u e la section
comprise e n t r e le cap de Garde et la vallée de l'oued Aneb se sépare t r è s n e t t e m e n t
d e la section occidentale par la n a t u r e particulière d e ses roches Dans la p r e
-m i è r e , en effet, on r e n c o n t r e exclusive-ment les Micaschistes et les Gneiss, avec
d ' a u t r e s roches cristallines subordonnées, tandis q u e dans la seconde, qui se
t e r m i n e au cap de Fer, la roche p r é d o m i n a n t e est u n grès quartzeux très loppé dans le djebel Filfilah, et q u e sa position p a r r a p p o r t au calcaire j u r a s -
déve-s i q u e , jointe à d ' a u t r e déve-s caractèredéve-s pludéve-s précidéve-s q u e noudéve-s déve-signalerondéve-s en leur
l i e u , d é m o n t r e faire partie du terrain t r i a s i q u e
A cette différence, dans la n a t u r e des éléments constitutifs, correspond u n e différence complète dans l'orientation des c o u c h e s ; car la formation arénacée obéit à u n e direction 0 20° N à E 20° S , qui est à peu p r è s exactement celle
des Pyrénées ; l'Edough au contraire et les crêtes parallèles courent 0 40° S à
E 40° N , c'estàdire comme le système de la Cơted'Or On n e saurait r e n c o n
t r e r , comme on le v o i t , u n exemple plus r e m a r q u a b l e et p l u s t r a n c h é d e l ' i n t e r section de deux chaỵnes d'un âge différent dans u n massif montagneux, dont a u
-p r e m i e r cou-p d'œil on serait tenté d ' a t t r i b u e r l e relief à u n e catastro-phe u n i q u e Mais u n intérêt p l u s puissant q u e la question orographique se rattache aux t e r r a i n s
des environs de Bơne Il réside dans la présence de couches et d'amas d e fer
oxydulé magnétique s u b o r d o n n é s aux Micaschistes, dans lesquels le minerai se
m o n t r e en si g r a n d e abondance q u e , p a r l e u r richesse et la facilité de leur
extrac-t i o n , ils deviennenextrac-t comparables aux célèbres gisemenextrac-ts de l'ỵle d'Elbe eextrac-t d e
S u è d e Placées sur les b o r d s d e la m e r e n t r e les forêts domaniales d e l'Edough e t
d e s Beni-Salah, dont l'administration forestière a p r i s la surveillance, ces mines
n ' a t t e n d e n t p l u s , p o u r être mises en r a p p o r t , q u e le souffle fécondant d e
l ' i n d u s t r i e La possibilité de se p r o c u r e r à u n prix raisonnable les c h a r b o n s
d e bois d e la Corse et d e l'Italie, et d'écouler les fontes obtenues s u r les points
d u littoral français, ó elles seraient converties en fer ; la supériorité des p r o duits et la faculté d'exporter le m i n e r a i en n a t u r e , ainsi q u e cela se p r a t i q u e
-p o u r les fers oligistes de l'ỵle d'Elbe ; toutes ces circonstances favorables ont é t é négligées j u s q u ' i c i , ou d u moins elles n ' o n t appelé q u e des capitaux insuffisants
p o u r la réussite des opérations ébauchées A quelle cause faut-il donc r a p p o r t e r
l e p e u d e progrès q u e la colonisation a faits en Afrique, sous l e point de vue
m é t a l l u r g i q u e ? On c o m p r e n d q u e nous nous abstenions d e l ' i n d i q u e r ici
Cependant la fertilité d u territoire des environs de Bơne et la richesse de ses
Trang 22m i n e s , auraient dû t r i o m p h e r des hésitations, provoquer la confiance, et c e l a avec d ' a u t a n t p l u s d e r a i s o n , q u e la sécurité est profonde dans cette r é g i o n ,
et q u e la p o p u l a t i o n , la proximité de la ville et d e la m e r offrent des r e s sources complètes p o u r le travail des hauts fourneaux et la production d e la fonte
-Il est convenable d e recourir à l'ouvrage de M Fournel, si l'on désire p o s s é d e r
l a description entière des t e r r a i n s des environs de Bơne A u c u n accident n'a
échappé à la sagacité de cet observateur Le chapitre dans lequel sont traitées l e s mines de fer d e cette partie de l'Afrique est complet, tant sous le rapport géolo-gique q u e sous le rapport industriel, Nous ne pouvons pas nous flatter de r i e n ajouter d e neuf à ce sujet épuisé : aussi nous b o r n e r o n s - n o u a à analyser, aussi
r a p i d e m e n t que le comportera le cadre de n o t r e travail, les faits relatifs à l a
composition générale du massif d e l'Edough, en écartant de notre rédaction les
détails particuliers à chaque affleurement, à chaque couche de fer, détails m o n o graphiques qui conviennent parfaitement à l'objet q u e se proposait M F o u r n e l , mais q u i ne peuvent g u è r e q u e trouver place dans un traité destiné à éclairer l'administration et les i n d u s t r i e l s La portée p l u s spécialement géologique d e
-n o t r e rédactio-n -nous i m p o s e u -n p l a -n p l u s r e s t r e i -n t et da-ns lequel doive-nt figurer surtout les vues d ' e n s e m b l e
Ainsi q u e nous l'avons déjà e x p l i q u é , nous sommes obligé de d é c r i r e à p a r t
e t de détacher des montagnes q u i séparent l e golfe d e Bơne de celui d e
Philippe-ville, et q u i se t e r m i n e n t par le cap de Garde et p a r le cap de Fer (Ras Hadid),
la portion des terrains qui n e se r a p p o r t e point à la formation des schistes c r i s
-t a l l i n s Or, comme les lignes d e démarca-tion son-t -tracées assez exac-temen-t p a r
le cours de l'oued Aneb, nous n ' a u r o n s à nous occuper en ce moment q u e d u massif d u djebel Edough et de ses dépendances Son sommet, le Bou-Zizi, s'élève
à l'O d e la ville de Bơne et domine u n r e m p a r t n a t u r e l , à l'abri d u q u e l s e
développent, sous u n climat délicieux, les palmiers, les oliviers, le b a n a n i e r , le caroubier et l e cotonnier Trois rides parallèles, mais s'abaissant g r a d u e l l e m e n t
v e r s la Seybouse et se dépouillant à l'endroit ó elles s'enfoncent sous la plaine
d e D r é a n des proportions des montagnes, p o u r revêtir celles de simples c o t e a u x ,
d u lac Fetzara Très escarpée du cơté de l'E et séparée du djebel Bougantas p a r
u n e fissure p r o f o n d e , elle pousse vers le N - O u n e série de d i r a m a t i o n s
t e r m i n é e s en général en biseau par des arêtes t r a n c h a n t e s et e n s e r r a n t d a n s l e s intervalles qu'elles laissent entre elles des gorges sauvages et étroites, dont l è s
cours d'eau a l i m e n t e n t l'oued el-Aneb, ou bien se j e t t e n t d i r e c t e m e n t d a n s la Méditerranée Un d e ces t o r r e n t s , l'oued el-Arch, s'est frayé un passage au m i -
Trang 23l i e u d e rochers a b r u p t s , q u e les eaux ont dépecés en promontoires, et les
m a s s e s , q u i s u r p l o m b e n t au-dessus d e la m e r , p r ê t e n t à cette p a r t i e d e l a côte une physionomie des plus saisissantes et des p l u s sauvages
La seconde, r i d e , q u i se soude à l'Edough p a r un point d ' a t t a c h e , espèce
d ' i s t h m e ou de pont j e t é e n t r e u n e chaîne e t l'autre, est dominée p a r le djebel
Bougantas, h a u t de 610 m è t r e s Deux ruisseaux, l'oued Z i e d , q u i se déverse dans
l e lac Fetzara et l'oued Dekeb, q u e l'oued Boudjéma reçoit e n fade des r u i n e s
d'Hippone, p r e n n e n t naissance de chaque côté d e cette ligne d e suture, et c o u
-l e n t d'ans deux sens diamétra-lement opposés
Enfin, la troisième zone se compose d u groupe d u djebel Bélélieta, h a u t d e
291 m è t r e s , et dessine u n e ellipse à contours d é p r i m é s entre la plaine d e s
Ka-résas et la p l a i n e de Dréan
Le plus g r a n d d i a m è t r e d e la chaîne d e l'Edough, p a r t a n t du cap de Garde e t aboutissant au l a c de Fetzara, m e s u r e 2 6 kilomètres Un second d i a m è t r e , p e r -
p e n d i c u l a i r e au p r e m i e r , qui de la base d u djebel Bélélieta se t e r m i n e à l'oued
el-Aneb, a 18 k i l o m è t r e s E n considérant ces deux m e s u r e s comme étant la b a s e
e t la h a u t e u r d ' u n parallélogramme r é g u l i e r , la superficie totale occupée
p a r les Schistes cristallins serait d e 4 6 8 kilomètres c a r r é s , é t e n d u e à p e u
p r è s conforme à la surface réelle d e la chaîne C'est c e p e n d a n t dans ce
lam-b e a u imperceptilam-ble de t e r r e , q u e le j e u des grandes forces d u glolam-be s'est fait sentir avec le p l u s d ' i n t e n s i t é , et q u e chaque p i e r r e p o r t e l'empreinte
d e s actions chimiques et plutoniques auxquelles elle a été soumise tées p a r les Romains et les Vandales d a n s les p r e m i e r s siècles d e l'ère nou-velle , comme l'attestent encore a u j o u r d ' h u i les monceaux d e scories éparses
Exploi-s u r le Exploi-s o l , a i n Exploi-s i q u e deExploi-s traceExploi-s n o m b r e u Exploi-s e Exploi-s d'exploitation, leExploi-s m i n e Exploi-s d e fer deExploi-s
environs d e Bône ont été négligées p a r les A r a b e s , peuples ennemis de la
civilisation et d e l'industrie Il est réservé au génie d e la F r a n c e d e venger l'Afrique d e son état d'abaissement et de lui r e d o n n e r l'antique éclat d o n t elle a
b r i l l é , en continuant, p a r l'application d e s p r o g r è s d o n t l'industrie s'est e n r i
-c h i e , l'oeuvre si solidement -commen-cée par les vainqueurs du m o n d e
On comprend q u ' u n e contrée aussi tourmentée q u e les montagnes de l'Edough,
h é r i s s é e de tant d'inégalités du sol et ravinée p a r des fondrières profondes, soit
d ' u n accès difficile Aussi, après la prise de Bône, on d u t recourir à l'artillerie
p o u r forcer lés Kabyles r e t r a n c h é s d a n s des retraites q u e l a n a t u r e avait p r i s l e soin de si b i e n défendre : on d u t y arriver a u moyen d'une route q u i , tracée s u r
l e s flancs de l'Edough, s'élève successivement aux arêtes c u l m i n a n t e s , qu'elle
s u i t j u s q u ' à la base de Bou-Zizi Cette r o u t e sert d e plus à l'exploitation d ' u n e
forêt magnifique, jadis i m p é n é t r a b l e , et sillonnée aujourd'hui p a r u n réseau d e
s e n t i e r s aussi utile aux agents forestiers que commode pour les géologues
L e s roches dont la charpente de l'Edough est formée a p p a r t i e n n e n t au gneiss
et a u leptynite, au micaschiste, au cypolin et au fer oxydulé Elles a d m e t t e n t q u e l
Trang 24-q u e s couches subordonnées d ' a m p h i b o l e aciculaire v e r d â t r e , ainsi -q u e des schistes amphiboleux ; elles sont traversées d e plus p a r q u e l q u e s culots d e l h e r -zolite verdâtre grenatifère, espèce d'éclogite, dans laquelle l e pyroxène remplace
l e diallage Nous en esquisserons r a p i d e m e n t les principaux t r a i t s
A G N E I S S et L E P T I N I T E — Il est difficile de disjoindre dans u n e description ces
d e u x roches q u e l'on voit passer d e l ' u n e à l ' a u t r e , et se s u b s t i t u e r quelquefois
d a n s u n même b a n c Le gneiss se m o n t r e principalement dans le c œ u r d e la
montagne de l'Edough, et il n'offre guère d e variétés q u e dans la disposition d e
ses éléments C'est en général u n e roche grisâtre, à stratification schistọde, c o m posée d'un feldspath orthose b l a n c h â t r e , alternant avec des feuillets d e mica n o i r ,
-e t s-e débitant -en g r a n d -e s dall-es plat-es Ell-e a d m -e t q u -e l q u -e s v-ein-es d-e q u a r t z
a m o r p h e , l e q u e l , lorsqu'il devient a b o n d a n t , lui fait acquérir u n e plus g r a n d e
s o l i d i t é , et lui p e r m e t de se t e r m i n e r vers les affleurements en u n e série d e crêtes saillantes e t dentelées Les travaux n o m b r e u x , dont l'établissement d e la
r o u t e Randon a nécessité l'exécution dans la montagne d e l ' E d o u g h , ont e n t a m é
l e roc j u s q u ' a u vif, et s u r plusieurs points, d e sorte q u ' e n se r e n d a n t d e Bơne a u village des Forestiers, on coupe à divers niveaux la formation des schistes cris-
tallins dans tout son d é v e l o p p e m e n t , et on p e u t avoir u n e idée complète de l'ordre dans lequel les roches y sont d i s t r i b u é e s
Aux micaschistes, qui forment l'enveloppe extérieure sur les p r e m i e r s gradins
d e la r a m p e , succèdent des gneiss à teinte foncée, tantơt en couches planes, t a n tơt en couches plissées, et à plis t r è s r a p p r o c h é s les u n s des a u t r e s Ils passent
-d ' u n e m a n i è r e insensible à un gneiss p o r p h y r o ï -d e p a r l'interposition e n t r e les feuillets d e cristaux d'orthose b l a n c h e , h é m i t r o p e s ou mâclés Ces cristaux sont,
e n général, assez volumineux ; car, en m o y e n n e , ils atteignent d e 3 à 4 c e n t i m è
-t r e s de d i a m è -t r e , mais ils n e son-t pas n e -t -t e m e n -t -t e r m i n é s à l e u r p é r i p h é r i e ; ils se fondent insensiblement dans le feldspath a m o r p h e du gneiss, et ce n'est q u e d a n s
l e u r centre et p a r la cassure qu'ils manifestent l e u r s lames d e clivage Les gneiss porphyrọdes n e présentent rien de réglé d a n s l e u r dissémination ; ainsi, au lieu
d e se détacher en b a n d e s uniformes, ils sont disposés çà et là, et ils apparaissent plutơt comme le résultat d'un simple accident minéralogique q u ' u n t e r m e dis-tinct et séparé des couches auxquelles ils a p p a r t i e n n e n t et auxquelles ils sont
p a r conséquent s u b o r d o n n é s
Sur plusieurs points de la r o u t e , avant d'arriver à la b a r r a q u e des cantonniers,
le feldspath p r é d o m i n e et semble absorber le quartz et le mica dont il est o r d i nairement accompagné Sa s t r u c t u r e est g r e n u e et sa couleur b l a n c h e , suivant
-q u e les cristaux sont plus ou moins apparents ; la roche passe ou à u n e espèce d'eurite grenue parsemée de grains de quartz vitreux, ou à u n e leptynite à reflets miroitants maculée d e mica n o i r , ou bien à u n e véritable pegmatite Mais la liaison intime q u i u n i t ces roches diverses avec les gneiss c o m m u n s , sans q u ' i l soit possible de tracer e n t r e elles u n e ligne d e d é m a r c a t i o n , i n d i q u e suffisam-
Trang 25m e n t qu'elles se rattachent toutes à u n type u n i q u e dont elles sont seulement des
variétés Elles sont traversées, ainsi q u e les gneiss, par des filons irréguliers d e
quartz hyalin généralement parallèles à la direction des c o u c h e s , d'ó se d é t a
-chent d'autres filons plus petits, d e manière que l'ensemble donne le dessin d ' u n
réseau à larges mailles La tourmaline noire abonde au milieu des pegmatites ; elle
est le seul minéral q u e j ' y aie recueilli Lorsqu'on a dépassé la b a r a q u e des c a n
-tonniers et q u ' o n suit les crêtes de l'Edough, c'est-à-dire la ligne d e partage des
eaux, on n e r e n c o n t r e plus q u e les gneiss communs q u i s'élèvent j u s q u ' a u x cimes
d e Bou-Zizi et d e Kodiat-Sebaa, se trahissent dans tous les ravins dont le flanc
septentrional de la montagne est l a b o u r é , et viennent expirer dans les falaises
a b r u p t e s du littoral On doit donc les considérer comme étant la roche
fonda-mentale d u système
Nous mentionnerons seulement pour mémoire la présence d e q u e l q u e s bancs
d e calcaire saccharọde intercalés a u milieu du gneiss, et sur lesquels nous aurons
occasion de revenir en traitant des cipolins et des m a r b r e s des environs de Bơne
Nous renvoyons aussi à la fin du c h a p i t r e la description des produits éruptifs
consistant en roches amphiboliques et hypersténiques avec grenats, qui affleurent
en plusieurs points e n t r e le pied d e la r a m p e de la route Randon et la cabane
des cantonniers
On retrouve le m ê m e gneiss et les mêmes leptynites dans le mamelon s u r
lequel est bâtie la Cashba Ils y sont associés, comme dans l'Edough, à des
mica-schistes et à des cipolins Un bel exemple en est offert au n o r d d e Bơne, au h a u t
du col qui sépare l'anse des Caroubiers d u vallon par lequel on descend vers la
pépinière du gouvernement, et dont l'emplacement est occupé p a r u n dépơt de
magnifique lherzolite grenatifère A son voisinage, les couches d u gneiss sont
verticales et se laissent étudier avec netteté ; mais la région la plus favorable q u e
l'on puisse citer pour leur développement e s t , sans c o n t r e d i t , la portion des
falaises frangées p a r la m e r et comprises entre l'anse des Caroubiers et le fort
Génois Elles sont p r e s q u e exclusivement formées par des leptynites
feldspathi-ques blancs, schisteux, dont les feuillets sont si r a p p r o c h é s et dont l'orthose
s'égrène si facilement, qu'on croirait avoir affaire à u n grès fin, micacé, friable
Ce leptynite passe à sa partie s u p é r i e u r e à un micaschiste b l a n c , et à sa partie
inférieure à un gneiss formé p a r u n feldspath b l a n c , du quartz amorphe et du
mica argentin, également disséminés dans la masse, qui lui donnent une s t r u c t u r e
r u b a n é e et légèrement ondulée Du mica noir, logé en traỵnées parallèles aux
feuillets, mouchète la roche d ' u n e m a n i è r e fort agréable à l'œil et rehausse son
t o n généralement pâle On y r e m a r q u e aussi des tourmalines noires et de
petits grenats rouges Malgré sa schistosité bien p r o n o n c é e , ce gneiss possède
u n e ténacité assez grande pour être exploité, à la manière des granites, en
blocs d'un volume considérable Dans quelques carrières q u e l'on a ouvertes
au-dessus du chemin de cơte, on a taillé les colonnes destinées à orner l'église
Trang 26nouvelle de Bơne, ainsi q u e de grandes pièces p o u r les hauts fourneaux de
Bou-Hamra Cependant la tendance d u feldspath à se kaoliniser, q u a n d il est
exposé aux injures de l'air, r e n d r a i t son usage i m p r o p r e à la décoration
exté-r i e u exté-r e des m o n u m e n t s
Le gneiss existe encore sur u n si grand n o m b r e de p o i n t s , dans le t e r r i t o i r e
d e s Sidi-Aïssa et ailleurs, q u e nous aurions pu multiplier nos indications à
l'infini ; mais en a r r ê t a n t l'attention des géologues sur les gisements de la cơte
d e Bơne jusqu'au cap de Garde, et sur ceux de la r o u t e Randon, nous avons
choisi les contrées le plus favorablement placées pour l'étude, car les coupes
n a t u r e l l e s des falaises et des tranchées exécutées dans le massif de l'Edough
p e r m e t t e n t de saisir dans leur ensemble des r a p p o r t s de composition et d e distribution, qu'on rechercherait en vain dans les montagnes boisées de l'inté-
r i e u r On est d'ailleurs si bien familiarisé avec les roches de cette n a t u r e ,
d o n t les caractères sont uniformes et p r e s q u e identiques s u r tous les points du globe ó elles se m o n t r e n t au j o u r , q u e le simple signalement des variétés p r i n -cipales suffit p o u r en faire c o m p r e n d r e l'histoire
B MICASCHISTES. — Les Gneiss conduisent p a r gradation insensible, et par la
disparition du F e l d s p a t h , aux Micaschistes Dans le massif de l'Edough, ces d e r
-n i e r s -n'offre-nt aucu-ne particularité dig-ne d'être m e -n t i o -n -n é e Ils so-nt e-n gé-néral
n o i r â t r e s , traversés,par des veines irrégulières de Quartz, et plus ou moins solides suivant la proportion de Mica qu'ils admettent dans leur composition Quand ce
m i n é r a l p r é d o m i n e , la roche a u n e t e n d a n c e à se désagréger et à se convertir,
j u s q u ' à u n e certaine profondeur, en u n produit pourri que les eaux e n t a m e n t et
c r e u s e n t avec facilité Le Talc remplace quelquefois le Mica, ainsi qu'on l'observe
dans les coteaux au-dessous desquels s'abrite la plaine des Karesas, et l'on a alors
sous les yeux un passage du Micaschiste à des Talcschistes pailletés v e r d â t r e s ,
q u e l'on distingue aussi à leur plus grande onctuosité Comme les Micaschistes sont subordonnés aux Gneiss et qu'ils participent à leurs accidents stratigraphi-
q u e s , comme d'un a u t r e cơté des variations de nuances sont à peu près leurs seules particularités , nous ne nous engagerons pas plus avant dans des d i -gressions q u e l'aridité d u sujet r e n d r a i t sans b u t et p a r t a n t sans intérêt Cepen-
d a n t , en parlant des gisements de fer o x y d u l é , nous aurons occasion de m e n
-t i o n n e r dans leur voisinage l'abondance de Grena-ts cris-tallisés, qui r e n d e n -t les Micaschistes u n indice précieux pour la découverte de ces m i n e r a i s
C. CALCAIRES ET CIPOLINS. — C'est en couches et en bancs subordonnés aux Gneiss et aux Micaschistes, q u e les roches calcaires se présentent dans les envi-
Tons de Bơne Elles n'y sont pas rares et p r e s q u e partout elles accompagnent le
fer oxydulé E n t r e la colonne R a n d o n , au pied de l'Edough, et la cabane des
forestiers, on en observe plusieurs bancs intercalés dans le Gneiss, et ils se signalent de loin à l'attention des géologues par u n e teinte rubigineuse provenant
d e l'altération d e petits feuillets argilo-ferrugineux qui leur servent d'épontes
Trang 27L e calcaire dans le milieu de la masse est d'un b l e u t u r q u i n assez uniforme, relevé par des zones parallèles d'une couleur un peu plus foncée Il est saccharọde
à grains miroitants, et il se charge de q u e l q u e s paillettes d e Mica vers les points
ó il se soude aux Gneiss et aux Micaschistes Bien que sa stratification soit t r è s
n e t t e , il est facile de s'assurer, p a r sa puissance inégale sur divers points ó on
p e u t le suivre et p a r sa discontinuité sur d'autres, qu'il y existe en a m a s ou e n lentilles allongées plutơt q u ' e n bancs continus et réguliers Nous r e t r o u v e r o n s la
m ê m e r o c h e dans des conditions à peu près identiques sur la r o u t e de Bơne à Philippeville, ó on l'a entaillée dans quelques mamelons q u i descendent j u s -
q u ' a u lac Fetzara, et dans laquelle le génie militaire a r e t i r é des matériaux p r o p r e s
a u x travaux d ' a r t et à l ' e m p i e r r e m e n t de la voie commencée Mais on a affaire ici
à u n véritable m a r b r e b l a n c , grossièrement l a m e l l a i r e , que des fêlures d i r i g é e s
dans tous les sens, jointes à u n e s t r u c t u r e schisteuse, ne p e r m e t t e n t pas d ' e x t r a i r e
e n blocs volumineux I l n ' e n est p o i n t ainsi d ' u n banc plus consistant q u e l'on
coupe à la h a u t e u r d'Aïn-Mokhra, qui a fourni les pierres d ' a p p a r e i l avec
lesquelles on a érigé une fontaine alimentée p a r u n e source abondante et d o n t l'excellence des eaux est u n bienfait d'autant p l u s précieux p o u r les d o u a r s v o i -
s i n s , q u e les eaux du lac Fetzara n e sont point potables ( 1 ) Ce banc est le d e r nier q u e j ' a i e r e n c o n t r é à l'ouest d e Bơne ; il m'a été impossible de saisir des traces d e carbonate de chaux dans le massif de Hadid-Mekta (passage du fer),
-vraie montagne d e fer q u e l'on serait t e n t é de considérer au p r e m i e r coup d'œil plutơt c o m m e u n e coulée basaltique q u e comme u n e simple m i n e , et au delà d e laquelle se développent des roches arénacées de formation secondaire
Nous retrouverons les roches calcaires disséminées avec u n e g r a n d e a b o n d a n c e
dans les environs d e Bơne m ê m e ; plusieurs de ses couches y alimentent des f o u r s
à chaux Un des gỵtes les plus abondants est e n t r e la m e r et la Cashba, d a n s l e
voisinage d'un m a r a b o u t : il est exploité des deux cơtés d e la route q u i r e l i e
l'anse des Caroubiers à la ville Sous la c i t a d e l l e , il constitue un cipolin t r è s
c h a r g é d e m i c a , et il a l t e r n e à p l u s i e u r s reprises avec les Micaschistes en c o n s e r vant des surfaces de séparation très nettes Sa schistosité n e nuit pas toutefois à
-la solidité de -la roche ; car on en r e t i r e des dalles d'une t r è s grande d i m e n s i o n
q u e l'on emploie dans les constructions d e Bơne À m e s u r e q u e l'on se r a p p r o c h e
(1) Le lac Fetzara, dont la superficie peut être évaluée à 12 lieues carrées, a une profondeur
moyenne de 2 mètres Sa hauteur au-dessus du niveau de la mer est de 15 mètres environ Ses eaux, quoique limpides, possèdent une saveur amère et salée qui est due au chlorure de sodium e t
au chlorure de magnésium qu'elles contiennent, dans la proportion de 2,311 pour le premier
et de 5,186 pour le second, d'après M Fournel* Ce degré de salure n'a rien qui étonne ; car
plusieurs ruisseaux, et entre autres l'Oued-Melah, qui se jettent dans le lac, proviennent de terrains
salifères, et apportent par conséquent les chlorures dont l'analyse dévoile l'existence
* Richesse minérale de l'Algérie, tome I , page 96
Trang 28d e la cơte, le calcaire p r é d o m i n e et d o n n e , sans mélange de mica, une t r è s bonne p i e r r e à c h a u x Sa couleur est grise, b a r r é e de b a n d e s noires, et sa s t r u c -
t u r e fortement cristalline Sur le penchant occidental de la Cashba, au-dessous
m ê m e de l'aqueduc j e t é au-dessus d ' u n vallon à quelques centaines de mètres
de l'église de S a i n t - A u g u s t i n extra muros, on m a r c h e sur u n e couche d e
calcaire saccharọde blanc, intercalé dans des Micaschistes argentins t r è s g r e natifères
-Mais le cap de Garde recèle des masses colossales de ce même calcaire
saccha-rọde que les Romains ont exploité comme m a r b r e La profonde excavation des
c a r r i è r e s , qui p o r t e n t encore les e m p r e i n t e s des anciens travaux, d é m o n t r e le
p a r t i q u e ce peuple sut tirer des ressources de l'Afrique pour l'embellissement
de ses villes
« Les bancs calcaires, dit M F o u r n e l (1), alternent trois fois avec les roches micacées avant d'arriver à l'énorme banc du m ê m e calcaire m a r b r e sur lequel
s'élève le p h a r e de Bơne Au pied de ce p h a r e , et sur le versant qui r e g a r d e le
S - E , le calcaire saccharọde renferme e n t r e ses bancs des masses i r r é g u l i è r e s d'amphibole d'un vert foncé, présentant u n e m u l t i t u d e de petites aiguilles, tantơt droites et formant faisceau, tantơt c o n t o u r n é e s et Je plus souvent croisées en tous sens Cet ensemble est dirigé du S.-E au N - 0 , et e s t , en g é n é r a l , sensi-blement vertical Quand les couches forment u n petit angle avec la verticale, c'est vers le S.-O q u e cette inclinaison a lieu ; c e p e n d a n t , en s'éloignant de la p o i n t e
du cap, et longeant le rivage qui regarde le N - O , on trouve des inclinaisons
au N.-E »
Les carrières romaines, dont M Texier a d o n n é la description en 1835 (2), se trouvent au S.-O du p h a r e et sont ouvertes au milieu de bancs verticaux d ' u n calcaire saccharọde, à grains moyens, assez analogues aux m a r b r e s d e P a r o s
et de Campiglia, d'une couleur blanc sale , maculé de taches nuageuses ou
r u b a n é e s grises, qui lui donnent l'œil de certains bardigli d'Italie Ces b a n c s ,
dont la puissance totale dépasse 30 m è t r e s , sont encaissés dans des gneiss très micacés Le front d'abatage, qui a entamé les couches dans toute leur épaisseur, est sillonné p a r u n e infinité de petits liions d'amphibole verte aciculaire, q u i
se croisent dans tous les sens et se soudent à des masses plus considérables q u e l'on voit également noyées au milieu d u calcaire Si le contraste des couleurs et
la disposition des deux substances établissent des variétés minéralogiques r e m a r quables , la difficulté d e donner u n poli convenable à l'Amphibole a d û faire écarter les blocs qui en étaient mélangés ; aussi les Romains paraissent-ils avoir accordé la préférence à la portion des bancs situés à l ' o u e s t , et dans lesquels on n'aperçoit aucun mélange d e silicates
-(1) Richesse minérale de l'Algérie, tome Ie r , page 33
(2) Bulletin de la Société géologique de France, 1 série, tome IV, page 160
Trang 29Quand on se trouve au fond de la c a r r i è r r e et q u e l'on a sous les yeux cette q u a n tité innombrable de petits filons qui sont attachés d ' u n e m a n i è r e si intime à la roche calcaire, on se laisse entraỵner très facilement vers l'idée q u e les filons et le calcaire sont contemporains, et q u e les p r e m i e r s , qui se détachent comme des nerfs partant de ganglions plus volumineux, ont été tenus en dissolution dans un
-l i q u i d e Mais q u a n d on examine -les choses sous u n aspect p-lus généra-l et avec
u n œil e x e r c é , et q u a n d on étudie dans le voisinage d u p h a r e les coins énormes d'amphibole q u i se poussent au milieu d u gneiss et du calcaire, on c o m p r e n d le rơle éruptif q u e cette roche a j o u é , ainsi q u e le remplissage des fentes et des veines p a r des injections analogues à celles qui ont p é n é t r é de pyroxène r a d i é les calcaires saccharọdes de l'ỵle d'Elbe et d u Campiglièse Si les n o m b r e u x filons
d e la partie occidentale de la Toscane, dont l'apparition r e m o n t e après le dépơt
d u terrain n u m m u l i t i q u e , sont caractérisés d ' u n e m a n i è r e p l u s nette et p l u s
p r é c i s e , puisqu'ils constituent plusieurs b a n d e s parallèles de p l u s de 20 m è t r e s
d e puissance, il ne faut pas p e r d r e de vue que les travaux d'exploitation p o u r la
r e c h e r c h e d u cuivre ont non seulement p o r t é sur les artères principales, mais q u e les galeries intérieures et les puits foncés en dehors des dykes apparents ont coupé p l u s i e u r s systèmes secondaires, n o n apparents à la surface, dans lesquels des filons de 1 à 5 centimètres d'épaisseur se croisaient sous divers angles et r e -produisaient dans tous l e u r s détails d ' é p a r p i l l e m e n t et d'anastomose les accidents
capricieux que nous montre la c a r r i è r e d u cap de Garde Seulement en Afrique
les Romains fuyaient l'amphibole, à cause de sa stérilité en m é t a u x , tandis q u ' i l s
la r e c h e r c h a i e n t exclusivement dans l'antique É t r u r i e
Mon intention n'est p a s , comme on le pense b i e n , de revenir avec détail sur des faits déjà consignés dans plusieurs écrits ( 1 ) , et q u e les illustrations données par leurs auteurs ont mis complétement en l u m i è r e ; mais j ' a i d û faire ressortir u n p o i n t saillant d e ressemblance e n t r e deux contrées q u e n o u s a u r o n s
occasion de c o m p a r e r plus in extenso, lorsque nous traiterons des m a r b r e s blancs jurassiques du djebel Filfilah, des Granites m o d e r n e s q u i les t r a v e r s e n t , et des
filons de fer oligiste et oxydulé qui y sont enclavés La postériorité des Amphiboles
d u cap de Garde nous est d'ailleurs suffisamment d é m o n t r é e par leur voisinage,
nous dirions volontiers p a r leur c o m m u n a u t é d'origine avec des Amphibolites et des Lherzolites sans qu'on puisse constater le m o i n d r e passage entre elles et les Micaschistes qu'elles traversent Outre l'Amphibole r a d i é e , on r e n c o n t r e encore dans la c a r r i è r e r o m a i n e du talc verdâtre en tables hexắdriques, ainsi q u e des cristaux de fer sulfuré implantés dans le m a r b r e
On p o u r r a i t multiplier les indications de m a r b r e b l a n c subordonné aux Schistes
(1) Consulter Savi, Memorie per servire allo studio della costituzione fisica della Toscana Pise, 1839.— H Coquand, Note sur les substances rayonnées, fibreuses, qui accompagnent les minerais
de fer, de cuivre, de plomb dans le Campiglièse et l'ile d'Elbe — Bulletin de la Société gique de France, 2 série, tome VI, page 671 — Burat, Théorie des gỵtes métallifères
Trang 30géolocristallins dans les massifs du djebel Hamra et du djebel Belelieta, et dont q u e l
-ques gisements fournissent des moellons pour la bâtisse et de la p i e r r e à c h a u x
Les Romains avaient ouvert des carrières dans le mamelon d'Hippone M F a b r e
a exploité non loin de là u n m a r b r e b l a n c , un peu g r i s â t r e , q u i sert d e chapeau
à u n e mine de fer oxydulé Aux lignes de contact, le fer s'incorpore au calcaire
et il alterne avec lui sous forme d e bandes étroites ; vers les points au contraire
ó la roche se lie au Micaschiste, on recueille des Cipolins très beaux et v a r i é s , dont q u e l q u e s u n s sont p é n é t r é s de cristaux très nets d'Amphibole v e r t e , e t
constituent la roche désignée sous le nom d'hémithrène Le seul m i n é r a l a c c i
dentel q u e j ' a i e r e m a r q u é dans les bancs calcaires est l'Amphibole b l a n c h e b a cillaire ( G r a m m a t i t e ) que j ' a i recueillie en compagnie de M l'ingénieur D u b o c q ,
audessus des mines des monts Belelieta Il serait facile de d o n n e r p l u s d ' a m
-p l e u r à notre texte, si nous voulions mentionner toutes les localités ó affleurent les Cipolins Nous renvoyons les l e c t e u r s , avides d e détails p l u s é t e n d u s ,
à l'ouvrage de M Fournel Il nous a u r a suffi, p o u r a t t e i n d r e le b u t q u e n o u s nous étions proposé, de d o n n e r u n e indication générale des éléments constitutifs
d e la formation des Schistes c r i s t a l l i n s , ainsi q u e de l e u r o r d r e de distribution Nous a l l o n s p a r conséquent nous livrer à l'examen des gisements de fer
D M I N E R A I S DE F E R — Les mines de fer sont peut-être aussi abondantes dans
les Schistes cristallins des environs d e Bơne q u e les bancs calcaires q u e nous
venons de décrire Elles forment dans les montagnes q u i e n t o u r e n t le massif de
l'Edough, du cơté d e t e r r e , u n e série échelonnée de satellites, dont quelques
u n s affleurent au j o u r avec u n e puissance d e plus de 12 mètres Dans les monts
Belelieta, sur les bords du lac Fetzara, à u n e faible distance d u marabout Hamet-ben-Hadj, et surtout dans la montagne d e Hadid-Mekta, à l'ouest de Aïn- Mokhra, elles semblent constituer des dykes éruptifs plutơt que des couches s u b -
Sidiordonnées L e s mines de fer d e l'ỵle d'Elbe q u e j ' a i eu la faculté d ' é t u d i e r à p l u
-sieurs r e p r i s e s , soit à Rio la Marina, dans lesquelles l'oligiste compose la masse
p r e s q u e entière de la montagne ó sont ouvertes les excavations, soit au cap
Calam i t a , ó l'oxydule se Calam o n t r e en roches c o Calam p a c t e s , engagé dans d u pyroxène r a dié, ces mines avaient laissé dans mon esprit l'idée du t y p e l e plus parfait, s u r t o u t comme a b o n d a n c e , d e s gisements de cette substance utile, et l'examen de gisements analogues a u q u e l j e m e suis livré d e p u i s en Toscane, en E s p a g n e , dans les P y -rénées et les Alpes, n'avait n u l l e m e n t affaibli mes p r e m i è r e s i m p r e s s i o n s ; mais
-j e conviens q u ' a p r è s avoir visité les environs de Bơne, et s u r t o u t le
Mekta-el-Hadid, mon opinion s'est complétement modifiée, et q u e sous le r a p p o r t d e la
qualité, de la position et de la q u a n t i t é , l'Afrique peut r e v e n d i q u e r à j u s t e p r i x
la prééminence sur la Toscane et les autres régions les plus favorisées d e l'Europe méridionale Lorsque les c a p i t a u x , r a s s u r é s par la stabilité de n o t r e conquête et
l e développement progressif de n o t r e civilisation, afflueront dans nos possessions
de l'Algérie, il est hors de doute que la ville de Bơne ne soit appelée un j o u r à
Trang 31t e n i r l e p r e m i e r r a n g dans l ' i n d u s t r i e d u fer Les r o u t e s d e Bơne à Tebessa e t
d e Bơne à Philippeville, à peine é b a u c h é e s , p e r m e t t r o n t dans q u e l q u e s années
a u x c h a r b o n s fabriqués dans les magnifiques forêts d e Beni-Salah, ou d a n s les
m o n t a g n e s boisées d u l i t t o r a l , d e d e s c e n d r e j u s q u ' a u x u s i n e s , e t d e r e m p l a
-c e r en p a r t i e les -c o m b u s t i b l e s végétaux q u e l'on r é -c l a m e a u j o u r d ' h u i à la Corse e t à l'Italie (1) L'administration, q u i a p p l i q u e son système p r o t e c t e u r d e préservation, et d ' a m é n a g e m e n t dans p l u s i e u r s massifs, s ' é t e n d r a successivement
d a n s des districts livrés a u j o u r d ' h u i à la d é v a s t a t i o n , et q u i , m i s en défense,
p o u r r o n t d a n s q u e l q u e s a n n é e s , grâce à l'activité d e la végétation en Afrique,
a c c r o ỵ t r e nos ressources forestières et nous affranchir p l u s t a r d des p r o v e n a n c e s
é t r a n g è r e s
Nous suivrons, p o u r la description des divers gisements d e fer, l ' o r d r e adopté
(1) Nous trouvons dans le tome XX des Annales des mines, 4e série, quelques détails
statisti-ques intéressants consignés par M Dubocq dans le Compte rendu du service des mines dans la province de Constantine pendant l'année 1850, et dont nous extrayons les passages suivants :
« On rencontre dans la zone littorale de Bơne et de Philippeville trois beaux massifs boisés,
d'un peuplement variable comme essence, mais d'une importance comparable, au point de vue de la richesse forestière, et qui pourront offrir de précieuses ressources à l'industrie du fer de cette
contrée Ce sont les forêis de l'Edough, à l'ouest de Bơne, de l'Oued-Fendeck , du Djebel-Halia
et du Filfilah, entre l'Oued-Radjetas et Philippeville ; et au sud-est de Bơne, les forêts des Salah
Beni-» Dans le premier de ces groupes, qui a été plus spécialement soumis aux études du service tier, on a reconnu la possibilité de fournir annuellement h l'industrie du fer, en dehors des besoins locaux, 50,000 stères de bois, et le ministre avait arrêté en principe, que 25,000 stères de chauffage seraient affectés à chacune des deux Compagnies qui détenaient, en 1846, la concession de la
fores-Meboudja, et les concessions réunies du Bou-Hamra, du Karesas et d'Aïn-Mokrha Les deux
autres groupes de forêts offrant dés richesses au moins équivalentes, sinon supérieures, tration pourra, dans un délai plus ou moins rapproché, disposer de 150,000 stères de chauffage pour l'affouage des usines qui viendront à se créer dans l'intérieur du pays
l'adminis-» Les bois qui constituent le peuplement des massifs forestiers précités étant en moyenne des essences dures, on peut admettre qu'un stère de bois produira un quintal métrique de charbon Discutant les frais de fabrication et de transport, M Dubocq porte à 6 fr 44 c le prix de revient du quintal dans les halles Or, en France, le prix moyen des charbons employés dans la fabrication de
la fonte est de 7 fr 44 c., alors que l'on consomme pour 3 fr 73 c de minerai
» En accordant à chaque usine un affouage de 25,000 stères de chauffage, on permettrait aux sionnaires de maintenir en activité deux hauts fourneaux produisant chacun 3,000 kilogrammes de fonte par jour et marchant 300 jours par an Ces fourneaux produiraient ainsi 9000 quintaux de fonte avec les seules ressources tirées des forêts domaniales; en portant la consommation en charbon à
conces-130 pour 100 de fonte, ces 9000 quintaux correspondraient à 11,700 quintaux de charbon, soit, en tenant compte du déchet des halles qui est de 6 à 7 pour 100, à 12,500 quintaux métriques Les 150,000 stères de bois disponibles pourraient donc alimenter six usines et douze hauts fourneaux
» Les ressources forestières permettraient ainsi de produire annuellement, par l'exploitation des mines de fer des environs de Bơne, 108,000 quintaux de fonte, et créeraient une valeur annuelle de près de 2 millions de francs »
Trang 32p a r M F o u r n e l dans son ouvrage, dont n o t r e article ne sera souvent q u ' u n e analyse textuelle
Le petit massif des monts de BouHamra présente les gisements les p l u s r a p prochés de Bơne A 625 mètres au delà du pont d'Hippone, u n b a n c de minerai vient affleurer au b o r d de la g r a n d e r o u t e qui conduit au p o n t de Constantine, et
-il se dirige sous l'atelier des c o n d a m n é s , en plongeant au N - N - E Sa p u i s s a n c e , dans une tranchée q u e l'on a p r a t i q u é e sur la tête des affleurements, est d e 6 mètres environ Le fer oxydulé y est en connexion avec des Cipolins q u i sont eux-mêmes chargés d'aimant vers les points de c o n t a c t , ainsi qu'avec des Micaschistes grena-tifères On y voit avec la d e r n i è r e évidence q u e la masse est non seulement s u b -
o r d o n n é e auxSchistes cristallins, mais q u ' i l y a a l t e r n a n c e et passage des uns aux
a u t r e s La contemporanéité de l'ensemble n e saurait donc ê t r e d o u t e u s e
Les minerais d e cette localité a p p a r t i e n n e n t p r e s q u e exclusivement au fer
o x y d u l é , p l u s ou moins m a g n é t i q u e , selon qu'il contient p l u s ou moins d e gangue, ou plutơt selon qu'exposé p l u s ou moins longtemps aux influences
a t m o s p h é r i q u e s , il est mélangé de peroxyde h y d r a t é en g r a n d e ou en petite tité E n g é n é r a l , les échantillons agissent p u i s s a m m e n t s u r le b a r r e a u aimanté ;
quan-q u e l quan-q u e s u n s m ê m e sont magnétipolaires M F o u r n e l cite surtout, ceux quan-qu'il a
recueillis à Belelieta, au marabout de Sidi-Merzoug, à Bou-Rbeia, au n o r d du lac
Fetzara, et qui jouissent de celte p r o p r i é t é à un degré vraiment extraordinaire
Là p l u p a r t de ces masses de minerai ont l'éclat métallique, la cassure irrégulière
et g r e n u e , tantơt à grains fins comme l'acier, t a n t ơ t , et le p l u s souvent, à gros grains comme la fonte de p r e m i è r e fusion Malgré des recherches minutieuses, nous n'avons pas réussi à observer des cristaux réguliers de cette substance si
a b o n d a m m e n t r é p a n d u e dans ce coin d e l ' A f r i q u e , tandis qu'ils se m o n t r e n t en
g r a n d e quantité dans le massif du djebel Filfilah, ó, à vrai d i r e , ils n'occupent pas
la m ê m e position, car ils caractérisent des filons à gangue q u a r t z e u s e q u i versent la formation j u r a s s i q u e
tra-La masse des minerais de Bou-Hamra se compose de fer oxydulé mélangé d e
6 à 12 p o u r 100 d e gangue, comme il r é s u l t e des analyses suivantes :
II, 61,49 27,60
» 0,30 6,00 2,00 2,61
»
III
61,93 27,80 0,50
» 4,20 1,20 2,70 1,67
Fonte à l'essai
100,00 60,00
100,00 62,05
100,00 62,00
Trang 33Analyses qui peuvent s'écrire de la manière suivante
89,09 8,30 2,61
» 100,00
89,73 5,90 2,70 1,67 100,00 (1)
On p e u t citer douze ou quinze points ó le minerai de fer oxydulé vient
affleu-r e affleu-r dans les monts Bou-Hamaffleu-ra: d'aboaffleu-rd au sud des citeaffleu-rnes d'Hippone, dans la
propriété de M R i p e r t , ó il existe un banc de calcaire m a r b r e , encaissé entre
deux couches métallifères, q u e l'on p e u t suivre vers le S.-S.-O dans les coteaux
qui b o r d e n t la plaine de Sidi-Tamtam, l ' u n e des petites plaines qui s é p a r e n t les
divers groupes dont se composent les monts Bou-Hamra On en observe ensuite
dans le défilé q u i conduit de la plaine de Sidi-Tamtam à la plaine des Kharésas
Les affleurements les plus considérables sont ceux q u i , r a p p r o c h é s de la c a r r i è r e
du Haras, s'allongent du S.-S.-O au N - N - E ; les affleurements q u e l ' o n r e m a r q u e
au S.-O de l'usine de d'Hallaly, dans divers points qu'il devient impossible de fixer
d ' u n e manière précise M F o u r n e l fait r e m a r q u e r avec r a i s o n , q u e la direction
la plus h a b i t u e l l e des roches cristallines, dont le Bou-Hamra est exclusivement
composé, est du S.-S.-O au N.-N.-E., avec pendage à l'E.-S.-E Telles paraissent
être aussi la direction et l'inclinaison des affleurements les plus n e t s , dans l e s
-q u e l s , dès lors, il faudrait voir des affleurements de couches La d i s c o n t i n u i t é
des gisements tient à u n e disposition particulière d u minerai q u i , au lieu do
former des bancs bien r é g l é s , se trouve concentré de distance en distance en
grands rognons renflés, mais néanmoins subordonnés aux roches encaissantes
C'est en grand u n e disposition analogue à celle des rognons ou des couches de
silex au milieu des t e r r a i n s crétacés ou t e r t i a i r e s
Les affleurements d u Bou-Hamra p e u v e n t être c o n s i d é r é s , dit M F o u r n e l ,
dont nous répétons les paroles, comme distribués sur cinq lignes dirigées du
S.-S.-O au N.-N.-E La p r e m i è r e , en p a r t a n t de l'est, passerait par l'affleurement
signalé près de la carrière du Haras et p a r les indices r e m a r q u é s à l'angle sud
de la p r o p r i é t é de M de Saint-Léon, tout au b o r d de la r o u t e La seconde, tirée
des affleurements qui se m o n t r e n t au S.-O de l'usine Hallaly, vient r e n c o n t r e r
les minerais épars sur la crête de ceux des monticules du Bou-Hamra qui b o r d e n t
la grande r o u t e La troisième passerait p a r les affleurements de la p r o p r i é t é
R i p e r t Prolongée vers le N - N - E , elle irait r e n c o n t r e r les affleurements d e
l'atelier des condamnés ; prolongée vers le S.-S.-O., elle irait r e n c o n t r e r les
(1) Richesse minérale de l'Algérie, tome Ie r , page 61
Trang 34minerais épars qu'on trouve dans la partie Est du mamelon de 99 mètres (1)
La q u a t r i è m e passerait par les affleurements principaux du mamelon de 99 m è
-t r e s ; e-t enfin la cinquième rencon-trerai-t les affleuremen-ts observés sur les deux versants du mamelon de 150 mètres
Les monts Bélélieta sont séparés de ceux de Bou Hamra par un défilé assez large qui met la plaine des Kharézas en communication avec la plaine de Dréan
Ils forment une petite chaỵne isolée dont la crêle est dirigée de l'E.-N.-Ë à
l'O.-S.-O., chaỵne dont le profil s'élève graduellement à partir du pont de Constantine
j u s q u ' a u m a r a b o u t de Bou-Fernana Là le profil s'infléchit pour descendre dans
un col, mais aussitơt après l'arête se relève à u n e h a u t e u r à peu près égale à celle
du m a r a b o u t (290 mètres), et, à p a r t i r de ce point, elle s'abaisse successivement
j u s q u ' a u lac Fetzara D'un bout à l'autre de cette petite chaỵne qui a environ
1 5 , 0 0 0 mètres de longueur, et que j ' a i recoupée en divers endroits q u e lente description donnée par M F o u r n e l m'a épargné la peine de noter, on p e u t suivre une couche de fer oxydulé qui tantơt se manifeste par d'abondants frag-ments épars à la surface du sol, tantơt p r é s e n t e de très beaux affleurements, et
l'excel-d ' a u t r e s fois, comme vers la montagne l'excel-des chênes-liége et sur le lac Fetzara,
pousse hors du sol d'énormes masses de m i n e r a i Sur beaucoup de points, la d i rection et l'inclinaison de ces affleurements sont les mêmes que celles des roches qui les encaissent ; c'est en général un peu au-dessous de la c r ê l e , s u r le
-versant des Kharézas qu'on les observe
M F o u r n e l (2) a constaté de plus q u e , lorsqu'on traverse les monts Bélélieta
d u nord au sud, on coupe trois lignes d'affleurements qui p e r m e t t e n t de supposer
l'existence de trois couches A Meboudja, près du ravin de Chehiba, on a attaqué
u n e couche qui n'a pas moins de 5 m è t r e s de puissance, et elle est enclavée au toit et au m u r , dans des bancs calcaires q u i , au toit seulement, sont injectés de
m i n e r a i
Au delà du jardin du Dey, dans la concession dite du Kharézas, le fer oxydulé,
ayant p o u r m u r les Micaschistes grenatifères et p o u r toit le calcaire, se dresse en affleurements compactes de 8 à 10 mètres d e puissance ; il se m o n t r e des deux cơtés d'un ravin : mais il existe e n t r e les deux promontoires de fer une dépression dans laquelle le m i n e r a i disparaỵt, ce qui d é m o n t r e q u e , comme le c a l c a i r e , il est assujetti à des renflements et à des amincissements alternatifs D'ailleurs les difficultés p r e s q u e insurmontables que l'on a à vaincre p o u r p é n é t r e r à travers
les cistes et les broussailles, qui masquent la roche dans les monts Bélélieta,
n e p e r m e t t e n t pas de suivre la direction indiquée par les c o u c h e s , et c'est à grand'peine, q u a n d on a visité l'affleurement situé p l u s à l ' o u e s t , si l'on peut r e -trouver la place ó l'on a laissé son cheval
(1) Consulter la Carte topographique des environs de Bơne Paris, 1851
(2) Richesse minérale de l'Algérie, tome I , page 67
Trang 35La chaỵne des monts Bélélieta s'abaisse sensiblement à l'ouest, et elle se
ter-m i n e dans le voisinage du ter-m a r a b o u t Sidi-Ahter-met-ben-Hadj par u n ter-mater-melon à contours a r r o n d i s , qui expire dans les plaines alluviales du lac Fetzara Nous
retrouvons encore ici associés les Micaschistes et les Calcaires saccharọdes, dont la
coexistence dans les environs de Bơne forme le trait caractéristique des schistes
cristallins Les couches sont disposées en dơmes, c'est-à-dire qu'elles possèdent u n double pendage parallèle au profil du monticule lui-même E n t r e le m a r a b o u t
et la maison du cạd Ali, le terrain est d é p r i m é et la dépression est occupée p a r des Quartzites fins, gris, alternant avec des Schistes argileux de même couleur et traversés les u n s et les autres par des filons capricieux de quartz amorphe lai-teux Il n'existe pas de passage entre le système arénacé et les Micaschistes ; au sur-
p l u s la manière b r u s q u e avec laquelle les grès, vers la plaine de Dréan, viennent
b u t t e r et se plaquer contre les Schistes cristallins, indique très nettement une cordance de stratification et une formation plus m o d e r n e , dont nous détermine-
dis-rons l'âge en décrivant les monts Filfilah dans le chapitre suivant Les calcaires
saccharọdes affleurent au sommet du monticule et se projettent en bosses a r r o n dies et saillantes, parce qu'ils se laissent attaquer avec moins de facilité q u e les Micaschistes par les agents extérieurs Au-dessous se m o n t r e u n banc de fer
-o x y d u l é , d'une puissance m-oyenne de 5 à 6 mètres : il d-omine q u e l q u e s vations irrégulières, ouvertes à sa base et envahies aujourd'hui par la végétation, qui remontent incontestablement à l'époque romaine ou à l'époque vandale Les amas de scories que l'on r e n c o n t r e dans les c h a m p s environnants four-nissent la double p r e u v e d ' u n e exploitation ancienne et de l'établissement d e fonderies dans le voisinage de la mine Le calcaire est non seulement chargé
excade fer oxydulé vers les points excade contact, mais encore il alterne avec celle s u b stance à plusieurs reprises sur u n e t r a n c h e de 30 centimètres au m o i n s , et ce
-n ' e s t qu'à ce -niveau q u e le premier s'affra-nchit de sa ga-ngue
La composition du fer de Sidi-Ahmet-ben-Hadj e s t , suivant M F o u r n e l (1) :
Peroxyde de fer 6 2 , 3 0 ) ,
fer métallique : 64,9
Protoxyde de fer 28,10
Carbonate de chaux 5,30 Carbonate de magnésie 0,37
Silice 1,,00 Alumine 2,50
Trang 36versé p a r q u e l q u e s veines d e fer hydroxydé (oxydule décomposé), agissant a v e c énergie sur le b a r r e a u aimanté, m'a fourni les résultats suivants :
F e r oxydulé 91,60 fer métallique : 66,33
Eau 3,90
Silice 1,30 Carbonate de chaux 1,75
Alumine 1,45
100,00 Fonte à l'essai 65,00
On avait mélangé le minerai avec 3 g r a m m e s de v e r r e pilé, et l'on s'était servi
d u creuset b r a s q u é La fonte était grise, r é u n i e en un seul culot avec quelques grenailles disséminées dans la scorie Elle s'est fortement aplatie sous le m a r t e a u
et elle ne s'est étoilée q u ' a p r è s plusieurs chocs La scorie était limpide, u n p e u opaline, blanchâtre et huileuse
Si l'on voulait suivre l'auteur de la Richesse minérale de l'Algérie vers les autres gisements de fer q u ' i l décrit dans les monts Bélelieta, nous aurions à ajouter d e
n o m b r e u s e s indications à celles q u e nous avons déjà citées et qui r e n d e n t ce p r e
-m i e r gradin du djebel Edough un des points les plus i -m p o r t a n t s co-m-me les plus
intéressants de la province de Constantine, sous le r a p p o r t géologique et i n d u s triel ; mais comme il nous reste à mentionner les autres gỵtes qui se trouvent au
-n o r d et à l'ouest du lac Fetzara, -nous -nous e-n tie-ndro-ns à la descriptio-n succi-ncte
q u e nous venons d'esquisser
Je donnai u n e j o u r n é e entière au marabout de Sidi-Ahmet-ben-Hadj, et le lendemain j e cơtoyai le lac p o u r m e r e n d r e à Aïn-Mokhra Après avoir franchi
la plaine inondée qui s'étend e n t r e l'Edough et les Bélélieta, j e joignis les Gneiss
à grandes écailles, au milieu desquels est tracée la route de Philippeville à Bơne,
et à deux reprises j'observai des calcaires blancs subordonnés En face de la source
d'Aïn-Mokhra existe dans le massif de l'Edough u n e c o u p u r e connue sous le
n o m de Défilé des voleurs A p a r t i r de ce p o i n t , les cimes montagneuses
s'émous-s e n t graduellement en s'émous-s'abais'émous-ss'émous-sant et s'émous-se trans'émous-sformant en u n e s'émous-série de coteaux p e u
élevés, alignés du sud au nord et interposés entre la vallée de Saneudja et les plaines traversées p a r l'Oued Melah Quand d'Aïn-Mokhra on pousse d r o i t dans
la direction du N.-O., on a t t e i n t , après un parcours de 1,500 mètres e n v i r o n , la
base d'un coteau noirâtre q u e les Arabes désignent par le nom de Mekta-el-Hadid
(le passage de fer) Les c h a m p s voisins q u e le coteau domine sont l i t t é r a l e m e n t semés d e cailloux de fer oxydulé, provenant de la désagrégation d e la m i n e en place On p o u r r a i t , e n récoltant à la pelle les fragments accumulés à la surface, alimenter, à l'aide de ce simple t r a v a i l , p l u s i e u r s grands fourneaux p e n d a n t
n o m b r e d ' a n n é e s Mais si cette abondance vraiment extraordinaire frappe l ' a t t e n tion d u géologue, il oublie bien vite l'impression q u ' e l l e a laissée dans son esprit,
Trang 37-q u a n d il se trouve en face d'une montagne e n t i è r e m e n t composée de fer o x y d u l é compacte, qu'il faut parcourir p e n d a n t une demi-heure dans tous les sens pour saisir ses rapports avec les roches encaissantes Cette d e r n i è r e expression convient p e u
aux mines de Mekta-el Hadid, p u i s q u e le minerai n'y est pas recouvert On v o i t ,
en suivant les dépressions qui entament le coteau vers le n o r d , qu'il repose s u r des Micaschistes grenalifères ; à peine r e n c o n t r e - t - o n au milieu des chênes-liége q u i poussent e n t r e les masses d'oxydule quelques fragments de q u a r t z , seuls r e p r é -sentants des bancs des Schistes a u j o u r d ' h u i emportés, et qui, avant la d é n u d a t i o n ,
f o r m a i e n t le toit du gisement
Les anciens avaient entamé sur plusieurs points le Mekta-el-Hadid ;
l'excava-tion la plus r e m a r q u a b l e consiste en u n e grande c h a m b r e creusée dans le vif d u
m i n e r a i et entourée de blocs énormes et fendillés dans tous les sens On p e u t sans exagération assigner à ce gỵte, le plus imposant que j ' a i e jamais é t u d i é , u n e p u i s -sance de 10 à 12 mètres ; or, comme il constitue le revêtement extérieur du v e r -sant oriental du coteau sans solution de continuité et sans mélange ou g a n g u e
a p p a r e n t e , on peut p r é d i r e à cette mine des milliers d'années d'existence, q u e l q u e active q u e soit l'exploitation dont elle serait l'objet M F o u r n e l lui d o n n e
100 mètres environ de h a u t e u r au-dessus d u niveau de la plaine d u lac Fetzara
j u s q u ' à son sommet Ce n'est pas sans raison, comme on p e u t en j u g e r , q u e , p o u r
l'abondance des produits, j e comparais le Mekta-el-Hadid à u n e coulée basaltique
La composition de la masse est représentée par les analyses suivantes qui ont été fournies par trois échantillons détachés de divers points :
Peroxyde de fer 65,6 65,6 65,0 Protoxyde de fer 29,6 29,4 29,2 Carbonate de chaux 0,6 0,2 0,6 Carbonate de magnésie 2,4 2,2 2,2 Silice 0,4 0, 2 0,2 Alumine 1.4 0,6 2,0
Eau 0,0 1,8 0,8
100,0 100,0 100,0 Fonte obtenue à l'essai 68,0 68,2 67,6
Ces analyses peuvent s'écrire ainsi :
Fer oxydulé 95,2 95,0 94,2 Gangue 4,8 3,2 5,0 Eau 0,0 1,8 0,8
100,0 100,0 100,0
Ces minerais sont puissamment magnétiques, à grains fins ou e n masses c o m
-p a c t e s Malgré leur ex-position aux injures a t m o s -p h é r i q u e s , ils sont restés térables j u s q u ' à la surface
inal-Mon itinéraire m e conduisait vers le Djebel-Tạa, e t , a p r è s u n e longue station
Trang 38au Mekta-el-Hadid, je m e dirigeai vers Kssontina Kdima p o u r r e m o n t e r la vallée
de l'Oued-Mouger Je fus obligé, par c o n s é q u e n t , de négliger toute la portion
d e l'Edough traversée par l'Oued-el-Aneb et ses affluents, et dans l a q u e l l e
M Fournel cite des gisements de fer oxydulé analogues à ceux que nous avons décrits, mais moins i m p o r t a n t s Ils paraissent concentrés dans l'espace compris
e n t r e la limite orientale de !a concession d'Aïn-Mokhra vers l'ouest, le c o u r s de
l'Oued-el-Aneb au n o r d , l'Oued-Ouich-Aouna et le Défilé des voleurs à l'est, et le
bord septentrional du lac Fetzara au sud Les analyses qu'on a faites des minerais
de cette région dévoilent une composition identique avec celle des échantillons p r i s
dans le Mekta-el-Hadid Des indications n o m b r e u s e s se manifestent aussi à
Aïn-Ghouga,à Bou-Rheia, à Marouania et à Bou-Laba, stations échelonnées à divers
niveaux dans la vallée d'Oued-el-Aneb On y retrouve l'oxydule associé au Calcaire saccharọde et aux Micaschistes grenatifères, comme dans les monts Bélelieta et
Bou-Hamra ( l )
Nous ne recoupâmes p l u s , dans les ramifications q u e les monticules de
Kodiat-Djebana-ben-Terra poussent j u s q u ' a u delà de la plaine de Fetzara, que des
Micaschistes traversés p a r des diorites v e r d â t r e s ; nous entrâmes bientơt d a n s des grès et des marnes rougêtres d é p e n d a n t de la formation t r i a s i q u e , et après avoir observé u n affleurement de fer h y d r a t é encaissé dans u n calcaire du lias
avec Bélemnites p r è s du Mjez Soltan, j e saluai, pour ne plu s les revoir, les
magni-fiques sites dont les merveilles avaient captivé mon attention pendant douze
j o u r s
E D I O R I T E S — AMPHIBOLITES ET L H E R Z O L I T E S — Nous avons déjà eu l'occasion
de citer au cap de Garde, et dans les carrières d e m a r b r e qui l'avoisinent, des
amas considérables d'Amphibole radiée, injectés au milieu des Schistes c r i s t a l
-lins et des calcaires subordonnés La chaỵne de l'Edough présente d'autres
exem-p l e s de roches exem-pareilles, qu'il est utile de signaler et de connaỵtre
Le mamelon sur lequel est bâtie la Cashba de Bơne constitue le point c u l m i
-n a -n t d'u-n promo-ntoire limité à l'est p a r la plai-ne de Bơ-ne, et séparé des a u t r e s
montagnes de la cơte par un col d é p r i m é qui conduit de la Pépinière du nement à l'anse des Caroubiers Il est essentiellement composé de Gneiss, d e
gouver-Micaschistes et de Cipolins, roches que nous avons p r é c é d e m m e n t décrites, et qui sont redressées p r e s q u e verticalement avec direction du nord au sud On r e m a r -
q u e au milieu m ê m e d u col, sous forme de dơme surbaissé, un rocher massif, noirâtre, à formes r a b o t e u s e s , p a r s e m é de grenats rougêtres et traversé dans tous les sens par des veines de Quartz amorphe et carié Il est difficile de décider
à la simple vue si l'on a affaire à u n Diorite ou bien à u n e Lherzolite Sa s t r u c
-t u r e p r e s q u e massive ou faiblemen-t g r e n u e , j o i n -t e à son homogénéi-té, n e p e r m e -t pas de distinguer les éléments dont il est composé C'est, en effet, u n e roche d'un
(1) Richesse minérale de l'Algérie, tome I, page 77
Trang 39vert-bouteille foncé, à grains excessivement fins et miroitants à la l u m i è r e , pect u n peu vitreux dans les esquilles minces humectées par l'insufflation A n a -lysée au laboratoire de la F a c u l t é des sciences d e Besançon, elle a d o n n é les résul-tats suivants :
d'as-Oxygène Rapport
Silice 50,53 26,25 2 Protoxyde de fer 22,07 5,02
Magnésie 5,47 2,12 Eau 1,00
Protoxyde de fer 20,40 Alumine 1,83
98,77
Elle admet, comme p r i n c i p e accidentel, u n e q u a n t i t é très notable de grenats
d ' u n rouge incarnat qui se détachent sur le fond verdâtre de la masse en c r i s taux dodécaédriques mal conformés, ou bien sont groupés çà et là en nids plus
-ou moins volumineux, -ou s'isolent en traînées étroites, i r r é g u l i è r e s , q u i , vers leur p o u r t o u r , se fondent insensiblement avec la pâte de la roche On a donc u n e
r o c h e identique avec les Lherzolites des Pyrénées Or, celles du col d'Aulus c o n tiennent aussi des grenats, et semblent être les équivalentes des éclogites de la Bavière Les filons de Quartz n'offrent rien de particulier Ils r e p r é s e n t e n t , s u i -vant toute vraisemblance, la silice en excès, q u i , lors de la consolidation d e la
-m a s s e , ne trouvant a u c u n e base libre avec laquelle elle p û t se c o -m b i n e r , a dû cristalliser à p a r t
M Berthier avait déjà constaté les caractères de celte Lherzolite On t r o u v e ,
d i t ce savant (2), à u n e petite distance de Bône, u n e roche verdâtre q u e l'on a
p r i s e p o u r un minerai de fer, mais qui n'est qu'un pyroxène en masse, analogue
à la Lherzolite Cette roche fond sans a d d i t i o n , et ne donne à l'essai q u e
25 pour 100 de fonte Elle se compose d ' u n pyroxène vert-olive p â l e , à base d e protoxyde de fer et de c h a u x , inattaquable par les acides, et d'une autre p i e r r e
(1) Dufrénoy, Traité de minéralogie, tome III, page 606
(2) Annales des mines, 4 série, 1842, tome II, page 493
Trang 40qui est disséminée i r r é g u l i è r e m e n t dans la masse en particules a m o r p h e s , et qui
a tous les caractères du grenat
Le gîte du col d e l'anse des Caroubiers est fort limité ; sa surface n'excède
pas 400 mètres c a r r é s Comme la roche résiste très bien aux agents a t m o s p h é
-r i q u e s , on l'a exploitée p o u -r l'empie-r-rement des -routes des envi-rons de Bône,
mais elle est d'une ténacité désespérante, et elle présente une résistance p r e s q u e invincible aux attaques du m a r t e a u le mieux t r e m p é Heureusement la m i n e en
a d é t a c h é des éclats qui se m o n t r e n t un peu moins rebelles, et l'on peut en poser u n e suite r e m a r q u a b l e autant par la variété que par l'éclat des échantillons
com-L a verticalité des bancs de Gneiss au contact d e la com-Lherzolite, et la disposition de celle-ci en culot limité dans tous les s e n s , dévoilent clairement u n e origine
é r u p t i v e et u n de ces produits plutoniques q u i , comme les ophites des P y r é n é e s , ont été animés d'une force suffisante pour arriver à la surface
Si de l'anse des Caroubiers on se dirige vers la Pépinière en droite ligne,
c'est-à-dire par le fond du vallon, au lieu d e suivre le chemin des voitures, on
r e n c o n t r e , sous la Cashba, des blocs roulés de la même r o c h e , qui conduisent à
des affleurements peu importants et qui percent la t e r r e végétale Bien qu'ils soient distincts du principal culot, puisqu'ils en sont séparés par une b a n d e épaisse d e Schistes cristallins, on n'est pas e n d r o i t cependant de conclure de ce fait leur
i n d é p e n d a n c e , car leur proximité, leur groupement et l'identité de l e u r c o m position forcent d'admettre leur c o m m u n a u t é d'origine et leur réunion dans la
-p r o f o n d e u r
Nous retrouvons les mômes roches vertes au pied du DjebelEdough, et à p l u sieurs niveaux depuis les premiers gradins de la r o u t e Randon j u s q u ' à la Ba-
-raque des cantonniers Leurs caractères toutefois n e s'accordent pas exactement
avec ceux de la Lherzolite de l'anse des Caroubiers Au lieu de former u n e masse
h o m o g è n e , elles constituent u n e série de p r o d u i t s dans lesquels le silicate vert, qui p r é d o m i n e , il est v r a i , se présente tantôt sous forme de cristaux d'un vert très foncé, à clivage lamellaire paraissant a p p a r t e n i r à l'hyperstène ou à l ' a m -phibole h o r n b l e n d e , et tantôt est implanté en îlots au milieu d'un quartz g r e n u auquel on le dirait subordonné Cette p r é d o m i n a n c e du Quartz semble constituer une anomalie ; car on sait qu'il existe une espèce d'antipathie, de répulsion,
e n t r e la silice p u r e et les amphiboles A cette exception bien constatée, on doit ajouter u n e première exception que nous avions déjà indiquée pour les filons de
pyroxène radié du Campiglièse (1) Le grenat se m o n t r e dans l'Edough plus
abon-d a n t q u e p a r t o u t ailleurs Il n'est pas abon-difficile abon-d'en tailler abon-des échantillons assez
v o l u m i n e u x , p r e s q u e exclusivement composés d e celte substance
E n suivant les lacets p a r lesquels la r o u t e arrive vers les cimes de l'Edough,
on recoupe plusieurs fois ces filons de roches pyroxéniques, auxquels on peut
(1) Bulletin de la Société géologique de France, 2 série, tome VI, page 676