Dans quelques endroits, la molasse présente de petits nids et des veinules d'un c h a r -bon noir qui ressemble beaucoup à celui que l'on trouve, quoique rarement, dans le vrai macigno d
Trang 1géo-la craie , à géo-laquelle il est supérieur ; il m'a paru pour cegéo-la convenable de lui
don-n e r udon-n don-nom particulier, et j ' a i proposé celui de t e r r a i don-n hétruriedon-n M Élie de
Beau-mont, en appréciant les faits sur lesquels s'étayait mon o p i n i o n , me fit l'honneur
de m'écrire qu'il regardait mon terrain h é t r u r i e n comme un système parallèle
de ces terrains n u m m u l i t i q u e s des Pyrénées et des A l p e s , qui ont été dans ces derniers temps l'objet de grandes controverses parmi les géologues, dont q u e l -ques u n s , et notamment M Élie de Beaumont l u i - m ê m e , les r a p p o r t e n t à la partie supérieure du terrain crétacé, et d'autres à la portion inférieure des terrains t e r -tiaires Cette m a n i è r e de voir d'un géologue aussi éclairé était pour moi très satis-faisante , parce qu'elle tendait à rajeunir l'âge du m a c i g n o , ce qui s'accordait bien avec mes idées MM Dufrénoy et L e y m e r i e , q u i , avec leurs r e c h e r c h e s , ont jeté u n e si vive lumière sur les terrains nummulitiques des P y r é n é e s , ont considéré de m ê m e la formation du macigno comme liée aux terrains de Biaritz
et des Corbières Tout en m'accordant sous ce rapport avec les géologues gués que je viens de nommer, j e m'écartais seulement un peu de leur opinion en
distin-regardant le macigno italien comme la partie inférieure de ces t e r r a i n s , qui ont en
même temps des caractères crétacés et tertiaires Cependant, pour donner à mon opinion toute l'autorité des faits, il était nécessaire de trouver u n endroit ó le terrain n u m m u l i t i q u e que l'on vient de signaler se trouvât en contact avec un dépơt
de macigno bien caractérisé, et d'observer leurs relations Cet avantage s'est senté à moi d'une manière inattendue dans une excursion que j e viens d e faire dans l'Apennin qui sépare la Toscane de la Romagne ; e t , pour comble de b o n h e u r , j'ai trouvé le terrain n u m m u l i t i q u e non seulement en contact avec le macigno ,
Trang 2pré-mais aussi avec le terrain tertiaire qu'on n o m m e communément en Italie moyen
ou miocène
Comme les observations q u e j e vais rapporter peuvent éclaircir complétement les doutes sur l'âge des t e r r a i n s n u m m u l i t i q u e s contestés de l'Europe méridio-nale , et comme elles peuvent aussi changer u n e opinion aujourd'hui p r e s q u e généralement reçue en géologie, je demande la permission d'exposer les faits que j ' a i observés dans l'ordre ó ils se sont présentés
Lorsqu'on va de Florence à Arezzo, le chemin traverse u n e partie basse de l'Apennin, qui est composée de macigno bien caractérisé S e u l e m e n t , dans la belle vallée de Figline et Montevarchi, qui forme le val d'Arno supérieur, il y a
le célèbre dépơt de sables ossifères, qui remplit un grand bassin de macigno Je
ne m'arrêterai pas à décrire ce d é p ơ t , qui est si bien c o n n u ; il me suffỵt de dire
en passant q u e j e le regarde comme a p p a r t e n a n t positivement à la partie s u p é rieure du terrain s u b a p e n n i n
-En allant d'Arezzo à Borgo S S e p o l c r o , on passe de la vallée de l'Arno à celle
du T i b r e Les montagnes qui séparent ces deux vallées , et sur lesquelles est tracée la grande route qui conduit dans la Romagne, sont entièrement composées
de macigno La vallée de Borgo S Sepolcro est environnée de montagnes qui ont partout les formes caractéristiques du macigno; elles sont un prolongement des reliefs qui bordent la vallée pittoresque et sauvage du Casentino Lorsque de Borgo
S Sepolcro on va à la Pieve S Stefano , en remontant la vallée du Tibre près de
sa source , on voit près de ce pays un massif allongé d'ophiolite , qui traverse le calcaire du macigno dans la direction N 60° E Le calcaire est bien caractérisé
par ses fucọdes habituels, et par les impressions nommées communément
méan-drines J'ai eu occasion d'y trouver aussi quelques petites articulations de
crinọdes, et c'est la première fois qu'on a rencontré de ces fossiles dans le m a c i gno toscan Les couches calcaires sont entièrement brisées et redressées contre le massif d ' o p h i o l i t e , ce qui d é m o n t r e évidemment que cette roche a été soulevée après le dépơt du calcaire du macigno ; mais en même temps on observe d'autres faits , qui s e m b l e n t modifier la conséquence qu'on vient d'énoncer : car s i , d'un cơté, il y a des calcaires qui empâtent des fragments d'ophiolite, de l ' a u t r e , ou voit des couches d ' u n e espèce de grès ophiolitique alternant avec les marnes et le calcaire du macigno, comme le m o n t r e la fig 1 , pl IV Ces relations sont entiè-
-r e m e n t nouvelles p o u -r l'Italie , ca-r, d'ap-rès tout ce qui nous était connu j u s q u ' à
p r é s e n t , on avait conclu que l'apparition de toutes les ophiolites de notre sule était d ' u n âge postérieur à celui du macigno ; mais les circonstances que j e viens de faire connaỵtre annoncent de d e u x choses l'une : ou que les ophiolites de Pieve S Stefano étaient déjà formées avant le dépơt du m a c i g n o , et q u e l l e s
pénin-f u r e n t ensuite soulevées à l'état solide après la pénin-formation de ce terrain , ou bien qu'il y a eu dans ce pays deux périodes d'éruptions o p h i o l i t i q u e s , l'une a n t é -
r i e u r e , l'autre postérieure au macigno P e u t - ê t r e plusieurs massifs ophiolitiques
Trang 3de la Toscane et de la Ligurie se trouvent-ils dans le même cas q u e celui de la Pieve S Stefano On doit aussi r e m a r q u e r que les ophiolites de la vallée du Tibre près de Borgo S Sepolcro et la Pieve S Stefano m a r q u e n t en Toscane la limite la plus orientale des roches de cette n a t u r e
De Borgo S Sepolcro, en suivant la route de Romagne le long de la vallée du
T i b r e , on arrive à un endroit ó un torrent nommé l'Aggia aboutit au Tibre, à la
distance de p r e s q u e 6 milles de Citta di Castello (voyez la petite c a r t e , pl IV, fig 2) Si on remonte ce t o r r e n t depuis sa jonction et que l'on continue j u s q u ' à la vallée de Borgo S Sepolcro, en passant par Trevina, P a t e r n o , Monte S Maria, Monterchi et Villa, on traversera des montagnes qui offrent des accidents très importants par rapport au terrain h é t r u r i e n Afin de r e n d r e plus intelligibles les faits que j e vais exposer, j ' a i représenté dans une coupe la série des roches qu'on observe dans les montagnes q u e je viens de citer et leur gisement relatif (voyez
p l IV, fig 3)
Les premières montagnes qu'on rencontre à la droite du torrent Aggia, près
de sa jonction, sont composées d'un conglomérat qui est lui-même formé en grande partie de cailloux d e différentes dimensions d'une molasse compacte, que plus
t a r d nous aurons occasion d e voir en place.Sur quelques points, du cơté de la ferme
de Cerreto, par exemple, ce conglomérat p r é s e n t e des traces de stratification avec
u n e direction N 40° E et u n e inclinaison de presque 20° au S.-E (a)
Au-dessous du conglomérat on voit succéder des couches d'une molasse très friable, ou plutơt des sables agglomérés qui dans quelques endroits renferment
de gros fragments de lignite xylọde (b) Après les couches de sables
vienn e vienn t des couches d'uvienne m a r vienn e bleuâtre qui, lorsqu'elle est exposée à l'air, se d é lite facilement, et donne à la surface du sol u n e physionomie presque subapen-
-nine (c, c, c) Parmi ces couches marneuses on trouve intercalés des lits d'un
lignite schisteux q u i , lorsqu'il a été exposé à l'action de l'atmosphère, p r e n d un aspect t o u r b e u x ; mais il n'est pas rare d'y voir de petites couches de charbon compacte, noir, qui s'approche beaucoup de la houille de Monte Bamboli dans la
m a r e m m e toscane (d, d) On voit ces couches tantơt à la surface des collines
marneuses en décomposition, tantơt dans le fond des r a v i n s ; leur épaisseur varie d'un demi-mètre à un mètre et demi En général, elles sont peu inclinées, et leur inclinaison semble cọncider avec celle du conglomérat Dans une couche marneuse qui formait le mur d'un banc de lignite j ' a i trouvé beaucoup d'empreintes végé-tales se rapportant en grande partie à des plantes dicotylédones, telles que des feuilles de chêne , de hêtre , de s a u l e , e t c ; ces débris étaient mêlés avec d'au-tres de plantes p a l u s t r e s , et peut-être aussi avec de grands fucọdes La présence
d e ces corps suffisait pour indiquer q u e le dépơt qui les renfermait appartenait au
t e r r a i n tertiaire miocène, auquel on doit aussi rapporter le conglomérat que nous avons décrit et qui en forme la partie supérieure
Sous le terrain marneux à lignites on voit succéder un terrain de nature un peu
Trang 4différente; mais, à leur jonction, les couches de l'un se lient si intimement avec celles de l'autre, qu'il est impossible d'y observer aucune ligne de séparation Qu'on imagine la m a r n e devenir plus compacte, que parmi ses couches d'autres , d'une molasse solide, commencent à s'intercaler, et qu'enfin les couches de lignite
m a n q u e n t e n t i è r e m e n t , on aura u n e idée complète de la nouvelle formation à l a
-quelle on passe insensiblement (e, f, e, f) Cependant ce que je viens de dire ne
se rapporte qu'aux parties rapprochées des deux formations; mais si on s'avance
du cơté des parties plus anciennes de la formation inférieure, on observe de proche
en proche des différences très r e m a r q u a b l e s Il est nécessaire de suivre ces férences de la formation qui nous occupe, depuis son contact avec les couches marneuses à lignites j u s q u ' à celles qui en sont les plus éloignées
difLes p r e m i è r e s couches de molasse et de m a r n e compactes qui succèdent a u dessous aux m a r n e s miocènes sont généralement minces et peu inclinées Dans quelques endroits, la molasse présente de petits nids et des veinules d'un c h a r -bon noir qui ressemble beaucoup à celui que l'on trouve, quoique rarement, dans le vrai macigno de l'Apennin de Toscane (Pupiglio, Vernia, Lentula, e t c ) ;
-ce charbon diffère de -celui des marnes miocènes par sa n a t u r e aussi bien q u e p a r
sa forme ; il a les caractères de la stipite, et il ne se trouve jamais en couches comme
le lignite du terrain m a r n e u x , mais seulement en noyaux A m e s u r e que vateur s'éloigne des limites de la formation m a r n e u s e , il voit les couches de mo-lasse qui succèdent s'épaissir, et la roche devenir plus compacte ; on arrive ainsi
l'obser-à certains points ó elle p r e n d tout-l'obser-à-fait l'apparence du macigno Néanmoins l'alternance des couches marneuses grisâtres, l'absence du calcaire caractéristi-
que du macigno (alberèse), et surtout le m a n q u e de Fucọdes propres à cette roche,
empêchent encore le géologue de confondre ce terrain avec le vrai macigno Mais,
en poursuivant les observations dans les montagnes environnantes, on arrive à voir des accidents qui jettent beaucoup d'incertitude dans l'esprit de l'observateur
Dans le ravin de Boteto, près de la ferme d e Cerreto, on trouve dans la formation
qui nous occupe des couches de calcaire pétri de petites Nummulites qui ont la forme et la grandeur de lentilles En voyant cette roche dans un terrain qui déjà
commençait à m ' e m b a r r a s s e r , j e me demandai : Ces Nummulites sont-elles les
équi-valents des mêmes fossiles que l'on trouve dans le macigno de Mosciano, près de rence, ou bien de celles que l'on rencontre dans le calcaire contesté de Gassino en Piémont,
Flo-de Comabbio en Lombardie, Flo-de Val Ronca dans le Vicentin, e t c ? Pour résoudre cette
question, il fallait continuer les recherches vers les points ó cette formation douteuse s'approchait du macigno de Borgo S Sepolcro Ainsi, en gravissant les montagnes qui s'élèvent au-dessus du pays de Trevina, on r e m a r q u e des accidents qui feraient rapprocher cette formation plutơt du macigno que d ' u n terrain ter-tiaire En effet, aux couches de molasse solide et de marnes, on voit succéder des couches d'un calcaire marneux alternant avec d'autres composées de marnes fria-bles La stratification du terrain se montre tout-à-fait r e d r e s s é e ; elle suit une
Trang 5direction N 45° 0 avec u n e constance qu'on observe seulement dans les terrains secondaires Le sol s'élève en montagnes d'une considérable h a u t e u r En considé-rant les caractères minéralogiques des roches dont nous parlons, la f o r m e , le
relèvement, la direction constante de leurs couches, enfin le facies général des
montagnes qu'elles forment, on serait absolument entraîné à les rapporter à la formation du macigno Dans cette i n c e r t i t u d e , je m'adressai au pays de Trevina Quelle surprise ne dus-je pas éprouver en voyant des couches nombreuses
et bien suivies de silex noirâtre subordonnées à la formation q u e j e venais
de p a r c o u r i r ? Alors il me semblait sortir de tout embarras : ce terrain ne vait être certainement t e r t i a i r e , et je le rapportai décidément au macigno En descendant du pays de Trevina du côté de la Chapelle, j e rencontrai u n e autre fois les couches de silex noirâtre qui étaient superposées les unes aux autres en
pou-si grand n o m b r e qu'elles produisaient une sous-formation subordonnée à la grande formation calcaréo-marneuse dont elles suivaient la ligne générale de stratification La figure 4 , planche IV , représente ces relations curieuses
Je pensais q u e les observations qui me restaient à faire achèveraient de me vaincre que j e me trouvais dans un terrain de macigno ou dans quelque modifica-tion de celui-ci (1) Mais il en arriva tout autrement Le c a l c a i r e , q u i , dans les
con-environs de Trevina, m'avait présenté tous les caractères de l'alberèse, commença
insensiblement à offrir des variations dans sa texture et dans sa forme Je le vis
se changer en u n banc d'une grande épaisseur, qui formait la partie supérieure de
la montagne et qui suivait la direction générale de la stratification N 45° 0 Ce calcaire commença d'abord à se présenter composé de grandes plaques de forme lenticulaire et d'un demi-pied de d i a m è t r e : elles étaient agglutinées ensemble et disposées en plan parallèle Cette s t r u c t u r e , qu'on n'observe jamais dans le c a l -caire du macigno, suffit pour appeler mon attention Les plaques étaient compo-sées d'un calcaire gris sublamelleux et très solide En suivant le prolongement du banc je voyais la roche se transformer graduellement en un calcaire n u m m u l i -
tique tout-à-fait semblable à celui du ravin de Roteto, q u e j'ai fait connaître
précé-demment Enfin, la roche, perdant peu à peu sa structure lenticulaire, se changeait
en un calcaire grossier à surface tuberculeuse et caverneuse, ayant entièrement l'aspect d ' u n calcaire tertiaire Pour comble de s u r p r i s e , j e vis ce calcaire se remplir de Zoophytes de formes tertiaires, avec lesquels on remarquait des frag-
ments de Pecten, qui étaient aussi, à n'en pas d o u t e r , des espèces tertiaires Alors
j e me trouvais dans un embarras précisément inverse du p r é c é d e n t ; j e p a s s a i , dans l'intervalle de quelques heures et en suivant un même banc calcaire, d ' u n e
(1) Je dis ainsi, parce que dans le vrai macigno on ne trouve presque jamais de silex stratifié, comme je l'ai fait remarquer dans mon Mémoire sur ce terrain Cette circonstance m'indiquait une exception à la règle générale que j'avais établie, exception d'autant plus remarquable, que les couches
de silex de Trevina ressemblent tout-à-fait à celles qu'on trouve dans les vrais terrains crétacés de l'Italie
Trang 6conviction à une a u t r e Les faits que j'avais précédemment observés m'avaient convaincu que le terrain de Trevina appartenait au macigno; les autres qui sui-virent m'engageaient à le rapprocher des terrains tertiaires Il me restait seule-ment à savoir si le banc calcaire que j'examinais, se trouvant à la surface de la montagne, pouvait appartenir à q u e l q u e formation superposée au terrain du ma-cigno et i n d é p e n d a n t e de celui-ci Mais, en descendant les flancs de la montagne,
j'observai d'autres bancs calcaires tout-à-fait de la mơme n a t u r e , alternant avec les
couches calcaréo-marneuses que j'avais, rapportées au macigno (voyez la figure 5 ,
pl IV); j'observai ensuite en plusieurs autres endroits, et surtout au Monte S ria, des bancs de la même nature évidemment subordonnés à la grande formation calcaréo-marneuse On ne pouvait donc plus douter que les bancs de calcaires
Ma-n u m m u l i t i q u e s avec fossiles tertiaires Ma-ne fisseMa-nt partie de ce t e r r a i Ma-n , qui, d'après
ce q u e j ' a i dit plus h a u t , m'avait p r é s e n t é tous les caractères du macigno
Qu'était-ce donc que ce terrain énigmatique q u i , d'un cơté, présentait les roches,
la stratification et toutes les formes caractéristiques du macigno, et, de l'autre, frait des couches d'aspect tertiaire, en même temps qu'il se liait avec le terrain miocène? Pour arriver à cette connaissance qui piquait vivement ma curiosité, il
ofne restait d'autre moyen que de suivre ce terrain jusqu'à sa liaison avec le m a cigno bien caractérisé de la vallée de Borgo S Sepolcro Pour cela, il fallait tra-verser les montagnes qui, depuis le torrent de l'Aggia, se prolongent jusqu'à la vallée sus-mentionnée Je fis cette excursion en passant par Trevina, Monte
-S Maria, Monterchi et Villa (voyez la carte et la coupe n° 3 , pl IV)
Les observations que j ' e u s occasion de faire en parcourant les montagnes quées peuvent être présentées de la manière suivante :
indi-1° Le calcaire n u m m u l i t i q u e dont j ' a i parlé n e se trouve q u e dans les parties
de la formation arénacéo-marneuse qui s'approchent de la formation miocène à lignites
2° Les couches de la formation arénacéo-marneuse, en s'éloignant de la
forma-tion miocène, passent d'une manière tout-à-fait insensible à la formaforma-tion du macigno
de la vallée de Borgo S Sepolcro Il est impossible de tracer aucune ligne de s é
-paration entre ces deux séries de couches, qui forment un tout continu
En effet, lorsqu'on traverse les montagnes que j e viens de n o m m e r , et selon
la direction i n d i q u é e , on laisse les dernières couches de calcaire n u m m u l i t i q u e près du pays de Monte S Maria, ó elles sont subordonnées au terrain arénacéo-marneux Puis on descend et on remonte des montagnes composées de couches
de macigno, de marnes et de calcaire marneux entièrement semblables à celles qui renferment les couches nummulitiques Elles sont brisées, relevées, et elles suivent toujours la direction N 45° 0 On arrive ainsi à Monterchi, puis au ha-meau de Villa, ó l'on rejoint le chemin d'Arezzo à Borgo S Sepolcro, qui, d'après ce que j ' a i dit précédemment, est tracé sur des montagnes de vrai macigno
à Fucọdes
Trang 7Comme il est très important de fixer ce point, que la formation neuse avec couches nummulitiques renferme des roches qui ont tous les c a r a c -tères minéralogiques du macigno , il ne sera pas sans intérêt d'ajouter q u e , dans plusieurs endroits, le grès de cette formation est taillé et travaillé pour les mêmes usages que le macigno le plus parfait de Fiesole , près de F l o r e n c e , a u q u e l il ressemble tellement qu'il est impossible de pouvoir le distinguer de celui-ci Ainsi, dans le pays de Fratta dans la vallée du T i b r e , à u n e petite distance du confluent du t o r r e n t Aggia, on a jeté sur l'Assina un très beau pont, dont les matériaux sont formés d'un macigno du terrain a r é n a c é o - m a r n e u x , qui par sa couleur gris-bleuâtre, par l'homogénéité et la finesse d e son g r a i n , et
arénacéo-mar-p a r la manière avec laquelle il se arénacéo-mar-prêle aux travaux qui demandent le arénacéo-mar-plus de
p r é c i s i o n , fait croire qu'il a été retiré de Fiesole Les macignos qui sont e m ployés dans les bâtiments de Fratta ne diffèrent en aucune manière de ceux dont on fait usage dans la ville de Borgo S Sepolcro Cependant les uns p r o -viennent des montagnes arénacéo-marneuses à couches n u m m u l i t i q u e s t e r -tiaires , les autres des montagnes de la m ê m e n a t u r e appartenant au macigno à Fucọdes
Si j e me suis a r r ê t é un peu longuement sur l'exposition des faits qui p r é c è
-d e n t , c'est p a r c e qu'ils m ' o n t p a r u -d ' u n e importance -digne -d'attirer l'attention des géologues
Si j e ne me t r o m p e , les circonstances géologiques q u e l'on observe dans les montagnes qui bordent la vallée s u p é r i e u r e du T i b r e éclaircissent complétement
la grande question des terrains n u m m u l i t i q u e s douteux de l'Europe méridionale Les géologues qui ont étudié les dépơts de Biaritz et des Corbières dans les Pyré-nées , de Lauzanier dans les Alpes m a r i t i m e s , de Gassino en P i é m o n t , de Co-rnabbio en L o m b a r d i e , de Ronca dans le V i c e n t i n , peuvent déjà entrevoir toute l'analogie , j e dirai m ê m e l'identité absolue qu'il y a entre ces t e r r a i n s et celui que j e viens de faire connaỵtre Il i m p o r t e donc de discuter un peu la valeur des faits qui ont été observés dans ces différents endroits , en p r e n a n t pour point de départ le terrain n u m m u l i t i q u e de la vallée du Tibre
Lorsque l'on considère tous les traits qui caractérisent, le terrain marneux à couches n u m m u l i t i q u e s de la vallée p r é c é d e n t e , on peut y envisager les trois circonstances suivantes :
arénacéo-1° Sa liaison à la partie supérieure avec le terrain miocène ;
2° Les couches p l u s récentes, qui renferment les calcaires n u m m u l i t i q u e s avec traces de fossiles tertiaires ;
3e Les couches plus a n c i e n n e s , qui se soudent insensiblement avec celles du
m a c i g n o , caractérisées par les Fucọdes p r o p r e s à cette roche
A ces c a r a c t è r e s , il faut ajouter que les roches n u m 2 ressemblent par leur n a t u r e minéralogique à celles du macigno; que leur stratification est iden-tique avec celle qu'on observe dans cette d e r n i è r e formation ; enfin qu'elles ren-
22
Trang 8ferment des couches de silex de la même forme q u e ceux que l'on trouve dans les terrains secondaires les plus récents
Cependant il serait possible que q u e l q u e géologue, partisan exclusif des tères paléontologiques, s'appuyant exclusivement sur la n a t u r e des fossiles t e r -tiaires contenus dans les roches calcaires n u m m u l i t i q u e s , et sur l'absence de fossiles plus anciens dans les couches de notre t e r r a i n , se c r û t autorisé à r a p -
carac-porter ces couches aux terrains t e r t i a i r e s , et particulièrement au terrain éocène
J'ai la p l u s grande confiance sur la valeur des caractères organiques en géologie ; mais on ne peut pas la pousser si loin q u e la considération de quelques fossiles puisse l'emporter sur l'ensemble de tous les autres c a r a c t è r e s , tels q u e la c o m -position du terrain, la stratification, la forme, le passage, etc Et m ê m e , sans sor-tir du domaine des caractères paléontologiques, on p e u t r é p o n d r e que les cou-ches qui renferment les calcaires nummulitiques se nuancent graduellement avec
celles qui renferment les Fucoides intricatus, Targioni, les Méandrines et les
En-crines caractéristiques du macigno ; de manière q u ' i l est absolument impossible
de savoir ó se t e r m i n e n t les p r e m i è r e s couches et ó commencent les autres
En définitif, ce terrain ne p e u t pas être considéré comme tertiaire, parce qu'il
se joint avec le macigno à Fucọdes ; il n e p e u t être non plus regardé comme le macigno , parce qu'il renferme des fossiles t e r t i a i r e s , et qu'il se lie avec le terrain miocène En c o n s é q u e n c e , on a u n e démonstration complète qu'il est i n t e r m é -diaire entre ces deux séries d e terrains C'est en cela q u e j e fais consister toute l'importance de mon observation Le fait est incontestable J'ai mis le soin le plus minutieux à le constater
Cela p o s é , on se d e m a n d e n a t u r e l l e m e n t à laquelle des deux s é r i e s , tertiaire
ou du m a c i g n o , il faut lier ce terrain La réponse à cette d e m a n d e n'est pas cile En effet, lorsque l'on considère ;
diffi-1° Que les roches dont il est composé s'identifient p a r leur n a t u r e gique avec celle du macigno ;
minéralo-2° Que la forme de ses couches et la constance de leur direction rappellent tout-à-fait les couches du macigno prochain ;
3° Que les lits nombreux de silex, qu'on y trouve s u b o r d o n n é s , indiquent des formes plutơt secondaires q u e tertiaires ;
4° Enfin, q u e la liaison entre ce terrain et le macigno est plus intime et plus nuancée qu'entre lui et le terrain miocène ;
On d o i t , en bonne l o g i q u e , conclure q u e tous ces caractères doivent prévaloir sur les espèce s fossiles tertiaires q u e l'on trouve dans les calcaires n u m m u l i -tiques En conséquence , je crois très naturel de j o i n d r e ce terrain au macigno ,
et d'en former un étage p a r t i c u l i e r , qui constitue la partie supérieure de ce
d e r n i e r Jusqu'ici cet étage avait été reconnu d'une manière g é n é r a l e , mais on
n'avait pas bien fixé sa place précise dans la série des t e r r a i n s De là les
discus-sions continuelles sur les terrains n u m m u l i t i q u e s avec fossiles r é c e n t s , que
Trang 9quelques géologues considéraient comme tertiaires et d'autres comme crétacés
Ils n ' a p p a r t i e n n e n t exclusivement ni aux u n s ni aux a u t r e s , mais à tous les deux
e n s e m b l e , o u , pour p a r l e r plus exactement, ils constituent un étage particulier
immédiatement supérieur au macigno
J'ai déjà fait connaỵtre l'indépendance du macigno de la craie à laquelle il avait été jusqu'ici r é u n i J'ai aussi insisté sur la nécessité d e désigner ce terrain avec
un nom particulier, et j ' a i proposé celui de terrain hétrurien Dans mes premières
recherches, j e croyais que ce terrain formait u n e série u n i q u e Les recherches velles auxquelles j e viens me livrer m'ont donné pour résultat qu'il est divisible
nou-en deux étages binou-en caractérisés, dont u n inférieur, qui est constitué par le gno avec ses Fucọdes ; l'autre supérieur, auquel se r a p p o r t e n t tous les terrains
maci-nummulitiques du midi de l ' E u r o p e , qui présentent un mélange de caractères tertiaires et secondaires (1)
Dans la localité que j e viens de faire c o n n a ỵ t r e , les deux étages se trouvent réunis ensemble ; de là l'avantage de voir leurs relations M a i s , dans le plus grand n o m b r e de c a s , on trouve ou l'étage inférieur ou le supérieur isolément ; dans cette d e r n i è r e circonstance, comme il arrive très souvent q u e l'étage supé-
r i e u r se lie avec les t e r r a i n s t e r t i a i r e s , il s'ensuit qu'on le confond avec ces
t e r r a i n s
Une des localités les plus intéressantes que j e connaisse ó le terrain h é t r u rien s u p é r i e u r se m o n t r e très d é v e l o p p é , et ó il est séparé de l'étage infé-rieur, c'est la province de l'Abruzze ultra-première dans la province de Naples Dans un autre m é m o i r e , j ' a i eu occasion de mentionner la difficulté q u e j'avais éprouvée p o u r classer ce terrain lorsque j e l'examinai (2) Il forme des monta-
-gnes très élevées qui s'appuient au Gran Sasso d ' I t a l i e , et qui par leur hauteur rivalisent avec cette montagne, la plus élevée de l'Italie continentale Le Pizzo di
Sivo, qui en est u n e des plus hautes s o m m i t é s , atteint 8,000 pieds Dans
l'en-droit dont j e p a r l e , ce terrain est composé de couches alternantes de macigno
et de m a r n e s o l i d e , qui sont superposées au calcaire néocomien du Gran Sasso
Je ne pouvais pas le r a p p o r t e r au m a c i g n o , parce qu'il manquait complétement
(1) M Leymerie a donné aux couches qui correspondent à cet étage le nom de terrain
épicré-tacé D'après les faits que je viens d'établir, il semble que ce nom ne soit plus convenable, 1° parce
q u ê t e s couches auxquelles M Leymerie borne son nom font partie d'un terrain plus étendu ; 2° parce que son terrain épicrétacé n'est pas directement superposé à la craie, mais là ó les séries
sont complètes il y a le macigno interposé ; 3° parce que le nom d'épicrétacé a la même signification que celui de supracrétacé, avec lequel plusieurs géologues, M de Labèche entre autres, qualifient le
terrain tertiaire en général ; et comme dans le cas qui nous occupe il est essentiel d'éloigner toute réminiscence tertiaire, pour ne pas mettre de confusion dans les i d é e s , il vaut mieux choisir un
nom qui ne tienne à aucune fausse relation D'ailleurs, le nom d'hétrurien réunit à l'avantage d'une
signification indifférente celui d'une euphonie plus conforme aux principes de la nomenclature g é o logique actuelle
-(2) Saggio comparativo de' terrent che compongono il suolo d'Italia, § I I I , c
Trang 10de Fucọdes, ni au terrain tertiaire m o y e n , parce q u e la forme de ses montagnes presque alpines empêchait de le r a p p o r t e r à u n e époque aussi récente Cepen-
d a n t , comme il se trouvait lié avec u n terrain miocène à lignites , j e jugeai plus
à propos de le r é u n i r à ce d e r n i e r Mais à présent q u e j e me rappelle sa c o m p o sition , sa f o r m e , son gisement to,ut-à-fait semblable à ce q u ' o n observe dans le terrain arénacéo - marneux de la vallée supérieure du T i b r e , j e n'hésite pas à l e rapporter au terrain h é t r u r i e n supérieur J'indique aussi cette localité comme très intéressante, parce qu'elle fait voir u n e transition bien évidente du terrain subapennin au terrain tertiaire m i o c è n e , et de celui-ci au terrain h é t r u r i e n supérieur
-D'après tout ce qui p r é c è d e , on voit que la question sur l'âge géologique des terrains nummulitiques des Pyrénées et des Alpes vient d'être complétement éclairée Les terrains de B i a r i t z , des C o r b i è r e s , de G a s s i n o , d e C o m a b b i o , d u Vicentin, sont les étages supérieurs du terrain h é t r u r i e n Ces gisements ont p r é -senté des caractères en partie tertiaires, en partie crétacés Les premiers ont été considérés d'une plus grande v a l e u r , p a r c e q u e dans les localités qu'on vient de citer m a n q u e n t les relations avec le terrain inférieur ou avee le macigno, r e l a -tions qu'on voit t r è s bien dans la vallée supérieure du T i b r e De là il est résulté que leur â g e , immédiatement antérieur aux terrains tertiaires, est resté masqué ;
d e là toutes les controverses auxquelles ces circonstances ont donné lieu Mais les faits exposés dans ce Mémoire mettent en plein j o u r la question en m o n t r a n t que les terrains dont on p a r l e ne sont pas vraiment t e r t i a i r e s , mais qu'ils doivent être rapportés au t e r r a i n h é t r u r i e n supérieur
Quant au terrain n u m m u l i t i q u e du Vicentin en p a r t i c u l i e r , j'avais aussi p e n ché j u s q u ' i c i à le considérer comme appartenant au terrain tertiaire inférieur, en
-me fondant avec la p l u p a r t des géologues sur la prédominance qu'on y observe de coquilles fossiles tertiaires (1) Mais maintenant je commence à accorder un plus grand poids aux autres caractères organiques qui semblent exclure l'idée d'un âge tertiaire On sait très bien qu'avec les espèces de coquilles tertiaires on en a trouvé dans le Vicentin quelques unes qui sont rapportées généralement à la craie,
telles q u e la Gryphœa columba Mais, sans tenir compte de cette espèce isolée, si on
p r e n d en considération les autres fossiles qui se r e n c o n t r e n t dans le même terrain, c'est-à-dire les poissons et les plantes du mont Bolca, on trouve que leurs c a r a c -tères n'annoncent pas une période tertiaire M Agassiz d'une p a r t , et M G œ p -pert de l ' a u t r e , se sont accordés d'une manière r e m a r q u a b l e en cela, que l'un a placé les poissons fossiles du Bolca et l'autre les plantes de la m ê m e localité dans
u n e division spéciale intermédiaire e n t r e la craie et les terrains tertiaires (2) Il
(1) Saggio cit., § I I I , d
(2) Agassiz, Tableau général des poissons fossiles rangés par terrains; Goeppert, Exposé
som-maire du nombre des espèces de plantes fossiles (Comptes-rendus de l'Acad des scienc de Paris ,
t X X , n° 1 2 )
Trang 11paraît donc que les naturalistes que je viens de nommer ont admis tacitement, chacun de son côté, un terrain spécial dans la constitution physique du mont Bolca, et qui n'était ni tertiaire ni crétacé Mes observations viennent confirmer d'une manière aussi précise que r e m a r q u a b l e cette vue des deux grands natura-
listes cités, en m o n t r a n t p a r une autre voie que cette espèce d'incompatibilité à
l'é-gard des idées communément reçues de nos jours est réelle La faune et la flore
spé-ciale qui caractérisent le mont Bolca sont propres au terrain hétrurien supérieur Cet accord de la géologie et de la paléontologie h é t r u r i e n n e s , et l'arrivée par trois voies différentes à u n e même conséquence, sont la plus grande preuve que l'on puisse avoir de la vérité d'un fait dans notre science
C'est une chose bien connue q u e , lorsque M Brongniart fit connaître les fossiles tertiaires de la montagne des Diablerets, les géologues hésitèrent à considérer comme tertiaire ce dépôt, et depuis on a continué à le maintenir dans la craie, malgré les espèces décidément tertiaires qu'on y trouve, c'est-à-dire q u ' u n certain nombre d'espèces récentes dans le terrain h é t r u r i e n supérieur ne doit être j u g é
un caractère et u n e plus grande valeur que les accidents géologiques et
strati-g r a p h i q u e s , surtout si à ces accidents se joint la présence de quelques espèces douteuses et abondantes, comme, dans notre question, les Nummulites et d'autres
espèces positivement crétacées, comme la Gryphœa columba du Vicentin, le
Pla-giostoma spinosa de Biaritz, etc (1)
Nous avons vu que le terrain hétrurien supérieur se lie en Italie, d ' u n e part avec
le terrain h é t r u r i e n inférieur, d e l'autre avec le terrain tertiaire miocène, quoique
p l u s intimement avec le premier qu'avec le second Quels sont donc les caractères qui peuvent le faire distinguer de l'un e t de l'autre? L'examen de cette question exige quelque détail
Le terrain h é t r u r i e n supérieur ordinairement ne diffère pas beaucoup de
l'in-(1) Je viens de recevoir la deuxième édition de l'Aperçu de la structure géologique dès Alpes, par M Studer Dans la série des terrains crétacés alpins, ce géologue distingué indique au-dessus
du calcaire néocomien et du gault : 1° le calcaire de Sewen; 2° le calcaire à nummulites; 3° le
flysch ou macigno alpin I l assure que dans l'étage du calcaire de Sewen on a trouvé l' Ananchites ovata, si commune dans la craie blanche Si donc le macigno alpin est supérieur an calcaire de
S e w e n , on a aussi dans les Alpes une preuve décisive que le terrain hétrurien est supérieur à la craie blanche, ce qui confirme l'indépendance du premier du terrain crétacé Il reste maintenant
à définir dans les Alpes les deux étages du terrain hétrurien M Studer place le calcaire à n u m m u
-lites des Diablerets, avec Cérithes, Ampullaires et autres fossiles tertiaires, au-dessous du macigno, avec Fucoides intricatus, œqualis, Targioni La même place relative est assignée par M Sismonda
au calcaire nummulitique de Lauzanier, qui est tout-à-fait identique avec celui des Diablerets dant mes observations, consignées dans ce mémoire, me portent à placer le calcaire nummulitique
Cepen-avec fossiles tertiaires dans la partie supérieure du macigno, et à en former le terrain hétrurien
su-périeur Je désire que mes respectables a m i s , que je viens dé nommer, éclaircissent cette
impor-tante question , pour décider positivement si les calcaires nummulitiques, avec fossiles tertiaires, sont placés inférieurement ou supérieurement au vrai macigno