L'examen de ce tableau appelle immédiatement deux observations : 1° Bien qu'il y ait une grande inégalité dans la quantité de sédimen t prélevé en chaque point on remarque que la densité
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PARTIE SCIENTIFIQU E
SUR UNE FAUNULE DE MOLLUSQUES GASTROPODE S DANS LES SABLES DE LA PLAINE DE BRON (RHONE )
par Robert VILAIN *
Au mois de mars 1967, en prévision de la construction d'un collège technique régional, une large surface de terrain était nivelée aux abord s immédiats du boulevard de Ceinture, au lieu-dit « Sous Montchat » à proximité du carrefour boulevard de Ceinture - route de Genas Carte I.G.N Lyon n° 6-7 au 20 000°, coord Lambert : 799,90 — 86,50 k m (alt 185 m)
Ce nivellement substitua une large surface plane à une pente asse z marquée (fig 1) constituant la surface topographique à la base nor d
de l'extrémité de la « colline de Bron », en contrebas du chemin de l a Ferrandière et de l'hôpital cardiologique alors en construction
Entamant profondément cette pente à l'extrémité sud du terrain , les engins créèrent ainsi une coupe fraîche atteignant environ 4 m de hauteur On pouvait observer alors des couches de sables très fins à tendance limoneuse, doux au toucher, renfermant en certains points e t
Fig 1 — Vue générale du gisement de la plaine de Bron, après nivellemen t pour l'implantation du collège technique régional.
* Centre de Paléontologie Stratigraphique, associé au C N R S Faculté des Sciences de Lyon
Trang 3— 302 — particulièrement à la base de la formation ó elles abondaient, de s coquilles de mollusques gastropodes (fig 2)
Disséminés irrégulièrement sur toute la hauteur de la coupe, de minces lits de petits gravillons et de fines passées d'argile s'interstrati-fiaient dans la masse De plus, des concrétions carbonatées, allongées , irrégulières, fibreuses, étaient localisées surtout dans la moitié supé-rieure de la formation
Fig 2 — Vue de la coupe en direction ouest
Par ailleurs, un sondage de 2 m de profondeur environ, opéré à l a pelle mécanique, à la base et à une dizaine de mètres en avant de la face est de la coupe, révélait que les sables se poursuivaient sur un e profondeur de 1,20 m environ Immédiatement sous-jacent à cette for-mation, un niveau (0,30 m) à petits graviers noyés dans une matric e sableuse, surmontait un niveau sableux, grossier, épais d'environ 0,20 m qui reposait à son tour sur une formation de galets hétérométriques et hétérogènes, visible sur environ 0,30 m (fig 3)
Les sables ne montraient, dans leur aspect général, aucune diffé-rence granulométrique particulière Seuls les changements de couleur, encore que très sporadiques, ont permis de distinguer 3 couches, (le s références de couleurs se rapportent à celles données par le code expo-laire de A CAILLEUX et G TAYLOR — 1958) On notait ainsi, de bas e n haut :
— couche A, épaisseur : 1,20 m environ — couleur olive pâle (D 83) ,
— couche B, épaisseur : 2,80 m environ — couleur brun jaune (C 72),
Trang 4nouvel %mottai
cardiologique
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197m
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185 m
sables fins fossilifères b lit s d'argile intermittents
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moraine du type argileux b galet s striés
formation à galets homométriques e t hétérogènes,à matrice sableuse sables assez grossiers formation à galets hétérométriques e t hétérogènes avec peu ou sans matric e (structure ouverte)
lits de concrétions argileuses e t carbonatées
sables clairs,assez grossiers,à lit s intermittents de galets homométrique s émoussés ou roulés,hétérogènes
fig 3
schéma interprétatif de la colline
-Coupe schématique de la parue aupé rieure de la bulle de BROt1
O- Coupe nchémateque du dépot sableux inférieur Foaailifèrc
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couche C, épaisseur : 1,00 m environ — couleur gris brun clai r (D 81)
Une altération rouge surmontait cette dernière couche, suivan t une épaisseur très irrégulière mais sans dérangement des lits sableu x sous-jacents La coupe et les observations afférentes ont été relevées en compagnie de L DAVID1
ETUDE MALACOLOGIQU E
Les prélèvements pour l'étude des coquilles de mollusques gastro-podes ont été opérés non pas sur une même verticale, mais sélectivement , aux points paraissant les plus fossilifères et bien repérés sur la coupe Cinq prélèvements ont été ainsi répartis :
1 — B 0 à 0,30 m au-dessus de la base de la couche A ,
3 — B 1 — B 2 — B 3 respectivement à la base, au milieu et a u sommet de la couche B ,
1 — B 4 dans la couche C
Ces cinq prélèvements représentent un total de 76 kg de sédiment
Tableau I — Faune malacologique des sables de Bro n
(Collège technique régional)
UNITÉS TAXONOMIQUES
Arianta arbustorum (L.) var
Vallonia costata (Müll ) var
Pupilla muscorum (Müll ),
— var unidentata Pfeiffer 505 54 11 34 57
Total par prélèvement 1 509 347 135 151 301
1 Je ne saurais trop remercier ici, le P r Louis DAVID de l'aide et des encou-ragements qu'il m'a prodigués pour la réalisation de ce travail qui complète e t modifie son étude de 1967
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La malacofaune recueillie est étonnamment pauvre en genres : 6 seu-lement représentés chacun par une seule espèce ; mais 2 543 individu s ont été dénombrés et identifiés
Le tableau I donne leur répartition suivant les espèces et suivant les prélèvements
L'examen de ce tableau appelle immédiatement deux observations : 1° Bien qu'il y ait une grande inégalité dans la quantité de sédimen t prélevé en chaque point on remarque que la densité des coquilles es t supérieure à la base (B 0) et au sommet (B 4) de cette coupe
2° Pupilla muscorum est, de loin, l'espèce représentée par le plu s
grand nombre de coquilles L'amplitude des variations morphologique s
et leur fréquence est telle qu'il est apparu rapidement nécessaire d e déterminer cette espèce jusqu'aux variétés La distinction de ces der-nières amène des arguments non négligeables quant à la conclusion su r l'âge de cette formation
DESCRIPTION DES ESPÈCES RECUEILLIES LUMBRICIDAE : Deux corpuscules calcaires ont été seulement re-cueillis Le fait est assez étonnant car ils se rencontrent presque toujours
en plusieurs dizaines sinon plusieurs centaines d'exemplaires, voir e parfois plusieurs milliers Selon G MAZENOT (1953) leur dimension peu t être telle qu 'ils échappent aux opérations de tamisage
Fruticicola hispida (L.) :
Ce mollusque est signalé par G MAZENOT(1953) comme extrêmemen t commun dans le loess périglaciaire würmien de la partie sud-ouest d u
plateau dombiste, dans sa forme terrena Cless.
Or dans le gisement de Bron il n'est représenté que par la form e type
Il s'agit d'un gastropode témoignant d'un climat frais et humide Les coquilles recueillies ici sont assez souvent amputées du dernier tour,
leur test est altéré, blanchâtre Seules les coquilles de Fruticicola de B 0
sont mieux conservées
Arianta arbustorum (L.) variété intermedia Locard :
Cette espèce, bien pauvrement représentée ici, caractérise, ainsi qu e
le rappelait G MAZENOT (1964) « un climat périglaciaire un peu froid » (p 57) Ce même auteur l'a par ailleurs signalée comme presque toujour s présente, en assez faible quantité le plus souvent, dans les gisement s
du loess périglaciaire würmien de l'extrémité sud-ouest du plateau dom-biste (Fleurieu-sur-Saône, Fontaines-sur-Saône, Sathonay-Camp, Rillieux , Caluire, etc.) De ce fait, G MAZENOT l'a incluse dans la liste de s espèces typiques du loess périglaciaire würmien, mais en signalant qu 'il s'agissait d'une espèce peu commune
Il est à remarquer qu'elle n'est présente dans le gisement de Bro n que dans le sommet de coupe (prélèvement B 4)
L'état des coquilles est médiocre Sur le gisement nous avons not é
à proximité du lieu de prélèvement quelques fragments de coquille s difficilement identifiables mais appartenant selon toute vraisemblanc e
à cette espèce
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Vallonia costata (Mill ) variété helvetica Sterki :
Un seul individu déterminé de cette espèce, ce qui ne peut êtr e raisonnablement considéré comme significatif Il s'agit, ici, de la variét é xérophile dont G MAZENOT (1964) rappelait l'âge « très moderne », mai s qui s'accommode néanmoins d 'un climat assez frais
L'état physique de cette coquille n'offre rien de particulier sinon qu'elle a perdu un peu de son brillant et de sa couleur originelle
Pupilla muscorum (Müll.) :
Cette espèce vivant sous un climat frais et humide se rencontr e fréquemment dans le loess périglaciaire würmien du sud-ouest de l a Dombes (G MAZENOT — 1953) et est représentée ici par trois variétés bien distinctes :
— var simplex Locard, sans dent ,
— var unidentata Pfeiffer, avec une dent pariétale ,
— var alpicola de Charpentier, avec une petite dent pariétale e t
absence de bourrelet derrière le péristome
G MAZENOT (1964, p 58) remarquait « son déconcertant polymor-phisme » et ne croyait pas utile « présentement du moins, de distingue r les nombreuses variétés ou formes »
Cependant en 1953, dans la faune malacologique d'un loess récent würmien remanié et déposé sous forme de limon dans les fentes d u Mont-Cindre et complétant le remplissage du type sidérolithique d'âge
miocène, ce même auteur signalait que « Pupilla muscorum se fait
re-marquer par la présence constante d'une dent à l'ouverture, caractère qui manque souvent aux échantillons du loess » (Note infrapaginale) J'ai donc pensé qu'il serait utile de distinguer les variétés Il faut
signaler que, dans la variété unidentata, recueillie sur ce gisement, un e
quantité de coquilles adultes présente le passage de la dent pariétale , bien marquée, saillante, à la dent à peine visible Certaines coquilles , peu nombreuses, présentent également en plus, un pli palatal inférieu r toujours court et enfoncé
La longueur et le diamètre de ces coquilles restent dans tous le s cas, respectivement, aux environs de 3,2 mm et 1,8 mm
La variété alpicola est signalée par G MAZENOT (1953) comme
consti-tuant presque exclusivement la population de P muscorum de quelque s
gisements du loess périglaciaire würmien du plateau dombiste (Sa-thonay-Camp, Caluire)
En ce qui concerne l'état physique des coquilles de Pupilla, un fait
intéressant est à signaler : la présence de dendrites de manganèse su r
le test et parfois de taches rougêtres, ferriques probablement Cett e particularité s'observe uniquement sur les spécimens recueillis dans le s prélèvements B 0, B 3 et B 4
Lorsque le test n 'est pas ou fort peu intéressé par ces dépơts, il est soit brillant, ambré, soit blanc mat, altéré
Je n'ai noté aucune disposition préférentielle à cet état dans l'un e des trois variétés
Cette espèce offrant seule ce caractère d'encrỏtement assez parti-culier, je pense que celui-ci n'est pas intervenu au cours de la fossili-sation, mais antérieurement à elle Il s'agirait de coquilles ayant séjourn é longtemps, vides, à l'air libre dans des conditions particulières
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Si l'on s'en réfère à certains phénomènes physico-chimiques tels qu'ils ont été étudiés en pédologie, on est tenté de penser à des phéno-mènes de réduction permettant un passage plus facile des ions de fe r
et de manganèse qui deviennent plus solubles à l'état réduit et peuvent ainsi migrer plus facilement à l'extérieur d'un profil pédologique et s e concrétionner en surface Un tel phénomène est caractéristique d'un so l hydromorphe
Il est possible que ces coquilles aient séjourné assez longtemps su r
un sol humide, puis aient été ensuite emportées par une crue
Sur le tableau I on remarque la nette prédominance de la variét é
unidentata en ce qui concerne la couche A, ainsi que le grand nombr e
de fragments (partie sommitale de la coquille) qu'il ne m'a pas ét é possible d'identifier au-delà de l'espèce
Succinea oblonga Drap :
Cette « espèce fondamentale du loess lyonnais » (G MAZENOT —
1956) dans lequel elle est représentée par la variété elongata, est
abon-dante dans les trois prélèvements opérés dans la moitié inférieure d u dépôt sableux (B 0, B 1 et B 2) Mais ici aucune coquille ne présente l e
caractère élancé, typique de la variété elongata.
Cette constatation est extrêmement intéressante si l'on s'en réfère , entre autre, à ce qu'énonçait G MAZENOT (1964), à savoir que l'adaptation
de cette espèce à un climat froid se ferait par l'allongement de la colu-melle
Si l'on ne voulait prendre en considération les arguments stratigra -phiques qui attribuent un âge würmien au terrain sous-jacent, l a question pourrait se poser de l 'appartenance antéwürmienne ou post-würmienne de cette espèce Mais on devrait alors tenir compte du remarquable état de conservation des coquilles, surtout dans l a couche A (B 0), dont le test non altéré demeure très brillant et blanc
Un détail intéressant est encore à noter Il réside en la présenc e (particulièrement dans la couche A) d'individus de toutes tailles, indic e significatif d'une population vivant en un lieu peu éloigné du gisement
Je rappelle que cette espèce est l'indice d'un climat frais et humide
Planorbis sp :
Il s'agit des premières spires d'un petit planorbe, dont l'état d e conservation ne permet pas une détermination sûre De toute façon il n'est représenté que par un seul individu
EXAMEN MICROSCOPIQUE DES GRAINS DE SABL E
Prenant pour base les travaux de A CAILLEUX (1937-1942-1943), j'ai adjoint à l'étude des gastropodes, celle de la morphoscopie des grain s
de quartz de chaque prélèvement
Il s'agit en fait d'une étude sommaire, dont les résultats ne peuven t être tenus pour exhaustifs Je rappelle à ce propos que A CAILLEUX (1942 ) n'a pas omis de noter (p 12) dans son exposé du principe de l a méthode : « .Bien entendu plusieurs causes d'erreur interviennent qu i donnent à chaque pourcentage un caractère approximatif, erreur rela-tive, notable, de l'ordre de 20 % »
Trang 9— 308 — Malgré cela j'essaierai de tirer une signification des quelques consta-tations que l'on peut faire dans cette étude
Sur le tableau II sont notés les pourcentages des différents type s
de grains de chaque prélèvement
Plusieurs observations intéressantes sont à faire :
1 La brutale augmentation du pourcentage des grains émoussé s luisants dans B 1 et B 2 implique pour ces sédiments une origine typi-quement fluviatile On ne saurait mieux comparer l'allure générale d e ces sédiments qu'à celle du sable de la Loire à Nantes (analys e
A CAILLEUX, 1942, p 33) reproduite ci-dessous :
Non usés Emoussés luisants Ronds mats propres Ronds mats sale s 58
32
07
03
Tableau II.
Résultat de l'examen morphoscopique des grains de sable
Prélèvements NU EL Rmp Rms des grainsTota l
comptés Sables clairs de la morain e
du Vinatier :
Sables
de
la
plaine
de Bron :
B0 :
B1 :
B2 :
B 3
B4 :
NU : non usés — EL : émoussés luisants — Rmp : ronds mats propres — Rms : ronds mats sales
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Le fait est d'autant plus significatif qu'il s'agit de la fraction 0,8 mm , donc sensiblement identique à celle retenue pour l'étude des sables d e Bron, qui est comprise entre 0,68 mm et 1 mm
2 Toujours dans la couche B, à la suite de B 2, B 3 fait apparaîtr e une élévation non négligeable du pourcentage des « non usés » qui s e maintient dans B 4
Or si l'on s'en réfère au pourcentage de ce même type de grain s dans les sables gris qui constituent une partie importante de la morain e caillouteuse située au-dessus du gisement, on constate que ces grain s sont également abondants Il paraîtrait donc assez plausible de fair e intervenir pour la partie supérieure de la couche B (prélèvements B 3
et B 4) un apport par ruissellement depuis cette formation
3 Le type de grains ronds mats typiques du façonnement éolien e t dont la présence est bien affirmée dans la formation sableuse morai-nique, diminue progressivement au fur et à mesure que l'on monte dan s
la série sableuse fossilifère
Dans les conclusions générales nous verrons à l'appui de quel s arguments nous pouvons utiliser ces observations
CONSIDÉRATIONS STRATIGRAPHIQUE S
Dans l'ouvrage que L DAVID (1967) a consacré aux formations qua -ternaires de la région lyonnaise, sont figurées (p 84) des coupes schéma-tiques orientées SW-NE de l'Est lyonnais
Ces coupes peuvent se résumer ainsi :
sur un substratum molassique d'âge miocène, fortement érodé, à l a topographie préfigurant à peu près celle que l'on connaît actuellement , ont été déposées des alluvions quaternaires qui se répartissent suivan t deux modelés différents :
1) les collines radiales (cf collines radiales de F.BOURDIER — 1961) , 2) les couloirs d'écoulement (cf les couloirs de comblement d e
M THORAL — 1951)
Disposant d'un grand nombre de données fournies par des sondage s
et de grands travaux récents, à travers les importantes observations que '
A JAYET (1966) et L LLIBOUTRY (1965) apportent à la connaissance de s dépôts glaciaires, L DAVID a été amené à reconsidérer l'âge d'une parti e des formations glaciaires lyonnaises et à attribuer à toutes, non plus des âges divers (M THORAL 1951 — F BOURDIER 1961) mais un âg e würmien
Cet auteur conclut donc que les alluvions glaciaires, éminemmen t variables quant à leurs faciès et la disposition de ceux-ci, ne forment, dans le cas qui intéresse, qu'un seul et unique ensemble, correspondan t
à de multiples stades de retrait du même glacier
Les couloirs de comblement présentent, en surface, un matéria u propre, relativement ordonné correspondant au lessivage de la parti e supérieure de ce manteau morainique dans les couloirs et à l'apport , faible, de matériel venu d'amont Ce lessivage ayant été le fait des eaux de fusion du glacier, lorsque celui-ci perdant de son importanc e gagnait le stade de stationnement de Grenay