Ce à quoi on a pourtant accordé peu d’attention jusqu’ici, c’est le fait que l’énonciation laisse ses traces dans l’énoncé, comme un des phénomènes de l’activité langagière, celui que la
Trang 1Trần Anh Hà
INTERVENTION ÉNONCIATIVE
SUR LA PHRASE
SỰ CAN THIỆP CỦA HOẠT ĐỘNG THÔNG BÁO
TRÊN BÌNH DIỆN CÂU
Chuyên ngành: Lý luận và Phương pháp Dạy học môn Tiếng Pháp
Trang 2REMERCIEMENTS
Je tiens à exprimer mes remerciements à :
- Monsieur HUYNH THANH TRIEU, professeur à l’Université de Pédagogie
de Ho Chi Minh-ville, mon directeur de recherche, pour ses conseils, ses encouragements et son soutien
- Madame NGUYEN XUAN NGOC HUYEN qui m’a beaucoup aidée et encouragée
- Madame VERONIQUE NGUYEN pour ses conseils et sa lecture de mon mémoire
- Tous les professeurs et le personnel du Département de Français de l’Université de Pédagogie de Ho Chi Minh-ville et de l’Université de Qui Nhon qui ont crée des conditions favorables pour mon travail
- Ma famille qui m’a beaucoup aidée et encouragée à réaliser ce mémoire
Trang 3INTRODUCTION
Motivation de recherche
Connaître un pays signifie étudier sa culture, y compris sa langue Et communiquer dans une langue c'est maitriser, entre autres, sa grammaire Cela explique pourquoi l’ensemble de la problématique grammaticale dans l’enseignement - apprentissage des langues étrangères se trouve toujours au centre d’intérêt des didacticiens
Notre intérêt porte justement sur le rôle de cette discipline, précisément sur la façon de donner du sens à l’activité grammaticale et de satisfaire l’attente des
élèves « Je suis disposé à m’en servir si je sais à quoi ça sert »
(CHRISTIANNE.B., CORDULA F., 1993 : 6)
Pourtant, dans la perspective théorique d’une linguistique des opérations
énonciatives, on ne peut dissocier syntaxe et sémantique, et on n’évacue pas ce qui relève de l’activité langagière de prise en charge par un énonciateur… Une grammaire de l’énonciation prend, par exemple, nécessairement en compte la négociation du sens et les ajustements nécessaires dans la compréhension et la production et ne peut se réduire aux procédés purement morpho - syntaxique Les
valeurs sémantiques de base doivent subir le filtrage du contexte et de la connaissance du monde (CHRISTIANNE.B., CORDULA.F., 1993 : 90-91)
Ce concept suggère un regard sur la relation entre l’activité énonciative et la grammaire L’énonciation rattache entre eux les facteurs suivants : la communication, l’énonciateur et les règles grammaticales Ce à quoi on a pourtant accordé peu d’attention jusqu’ici, c’est le fait que l’énonciation laisse ses traces dans l’énoncé, comme un des phénomènes de l’activité langagière, celui que la linguistique a donc pour tâche de théoriser L’énoncé doit être regardé alors non seulement comme un instrument « neutre » destiné à transmettre des messages mais aussi comme un procédé de « faire remarquer » celui qui parle
Trang 4Pourtant, les ouvrages mettant en valeur le lien entre l’énonciation et la grammaire ne sont pas abondants Pour nos étudiants, la linguistique énonciative semble assez étrangère Pour tester leur sensibilité des facteurs énonciatifs, nous avons mis en œuvre une enquête sous forme d’une pratique réfléchie Nous leur avons demandé de traduire quelques exemples - du français en vietnamien et inversement - qui contiennent des éléments énonciatifs à tenir en compte Le résultat obtenu confirme ce que nous supposions Les erreurs sont nombreuses Un grand nombre d’étudiants ne sont pas arrivés à identifier l’énonciation dans les structures phrastiques Cette lacune nous a suggéré à prendre la perspective
énonciative pour notre mémoire Notre sujet de recherche s'intitule donc «Les
interventions énonciatives sur la phrase»
Question de recherche
Les travaux consacrés à l’étude énonciative sont nombreux : La théorie des
actes de paroles de John A Austin, L’appareil formel de l’énonciation d’Emile Benveniste, La polyphonie énonciative d’Oswald Ducrot, L’opération énonciative d’Antoine Culioli, L’approche de l’énonciation de Dominique Maingueneau, La
subjectivité du sujet parlant et Les implicites de Catherine Kerbrat-Orecchioni…
Pourtant, le domaine de l’énonciation est trop vaste pour qu’on puisse en avoir une conception complète ou achevée Observant la langue courante, on peut trouver qu’il existe un grand nombre de termes de phrases qui ne sont analysables que par une référence au niveau énonciatif, sinon ils seraient laissés dans un état
confus Examinons l’usage de bien et bien sûr dans les exemples suivants :
Elle chante bien.
Bien sûr elle est belle
Dans le premier exemple, bien joue le rôle d’adverbe pour modifier la forme verbale chante, ce qui permet de conclure que sa place appartient à la syntaxe phrastique Dans le deuxième exemple, Bien sûr est un élément qui a pour fonction
de marquer l’attitude du sujet parlant vis-à-vis de tout ce qu’il dit, ce qui permet de
Trang 5conclure qu’il est détaché de la phrase et qu’il se trouve hors de la syntaxe phrastique
Comme nous l’avons signalé, il ne nous semble pas que ce genre de problème soit abondamment abordé dans les ouvrages linguistiques Partant des observations que nous avons pu faire sur le phénomène en question, nous cernons attention autour des questions suivantes :
• Comment fonctionnent les interventions énonciatives sur la phrase ?
• Comment peut-on les identifier ?
• Au point de vue scientifique, comment les théoriser ?
Une étude plus ou moins approfondie de la phrase demande donc qu’on l’examine dans une relation étroite avec la dimension qui la produit, la dimension énonciative
Objet de recherche
Nous poursuivons notre recherche dans la perspective suivante : d’abord fonder notre réflexion sur les connaissances de base en linguistique énonciative Ensuite, essayer d’ouvrir une porte sur une prise en compte de l’énonciation dans l’analyse des catégories grammaticales observées dans une phrase Le concept traditionnel de « catégories grammaticales » est trop rigoureux, il faut donc
éviter « un enseignement trop restreint, issu d’un concept appauvrie de la
grammaire, limitée à des propriétés purement formelle, comme cela est souvent pratique. »
(CHRISTIANNE.B., CORDULA.F., 1993 : 91)
Il en découle de tout ce qui a été dit que nous devons observer l’usage des éléments extra-syntaxiques en contexte, surtout dans son rapport avec les facteurs énonciatifs Ce point de vue doit aider à expliquer les ambiguïtés rencontrées dans
la langue courante mais auxquelles peu de gens s'intéressent En ce qui concerne notre enseignement, nous espérons pouvoir fournir des dispositifs didactiques que
Trang 6nos élèves puissent utiliser pour la maîtrise d’un point grammatical assez particulier
du français
Histoire de recherche
Au cours de notre recherche, nous avons consulté des ouvrages de la linguistique énonciative, des sites d’internet et des articles concernant la théorie en question, avec l’espoir de pouvoir réaliser notre projet Le contenu de ces documents porte sur les différents aspects de l’activité énonciative : la structure formelle des énoncés, l’opération de l’activité énonciative, les traces énonciatives dans la structure des énoncés, la subjectivité du sujet parlant et l’aspect pragmatique des énoncés Nous avons pourtant rencontré des difficultés, car les documents abordant directement notre problème ne sont pas à notre portée Pour traiter notre problème, dans la plupart de cas, nous avons dû recourir à nos propres expériences C’est vraiment un obstacle dans l’objectif d’approfondir notre recherche, mais c’est aussi une belle occasion d’observer de près le fonctionnement d’un fait de langue sur son propre terrain, dans ses propres expressions
Après la partie théorique, suit la description d’un bon nombre de cas d’adverbes de jugement, grâce à laquelle nous avons pu trouver ce que nous attendions Nous avons découvert que les éléments énonciatifs insérés dans la structure phrastique révèlent d’un mécanisme naturel mais peu abordé de la parole : elle transmet un fait et à la fois l’attitude de celui qui parle vis-à-vis de ce fait Nous axons donc notre recherche sur les éléments détachés de la syntaxe phrastique afin d’éviter un exposé décousu ou superficiel, dans l’intention de sensibiliser à un aspect nouveau de l’enseignement de la grammaire Ce que nous proposons dans notre mémoire vise à offrir une conception plus large sur l’organisation syntaxique, et extra-syntaxique aussi, d’un énoncé, surtout en ce qui concerne l’image du locuteur qui s’y trouve
Trang 7CHAPITRE 1 : CADRE THÉORIQUE
Les années 70 ont été marquées, en Europe, et notamment en France, par les travaux de Bally, Jakobson, Benveniste, qui se sont intéressés à la linguistique énonciative, une réaction contre le structuralisme Le structuralisme a étudié la langue du côté théorique avec les recherches sur les règles syntagmatiques Par contre, la linguistique énonciative fournit un point de vue plus élargi, en prenant en compte la pratique de la parole, surtout ses situations d’énonciation, autrement dit
« la manifestation de la langue dans la communication vivante » (PAVEAU M-A.,
SARFATI G-E., 2003 : 166)
L’apparition de cette perspective est devenue vite la plus importante pour dépasser les limites des linguistiques de la langue et enrichir le champ des
connaissances ouvert à l’énonciation « C’est une volonté de l’étude des faits de
parole : la production des énoncés par les locuteurs dans la réalité de la communication » (PAVEAU M-A., SARFATI G-E., 2003 : 166) Elle se base sur l’observation des situations d’énonciation, depuis les locuteurs jusqu’aux facteurs psychologiques et circonstanciels qui les entourent La phrase n’est plus l’unité ultime à analyser, car le sens du message est construit aussi par les éléments autres que le lexique et la syntaxe L’objet d’étude de la linguistique passe ainsi de la langue au discours, et la notion de communication a crée des unités plus grandes que la phrase, celles de discours et de texte par exemple
Cette procédure offre une série de paramètres de la communication, parmi lesquelles il y a l’attitude du sujet parlant On peut maintenant y voir les facteurs comme son ton, son sentiment, son jugement, son égard vis-à-vis de ce qu’il raconte, vis-à-vis de celui à qui il adresse sa parole…
La théorie de l’énonciation se partage cependant en deux conceptions : Une conception restreinte (linguistique) qui étudie les traces du procès d’énonciation dans l’énoncé : les déictiques personnels, spatio-temporels, les temps verbaux et les modalités Une conception élargie (discussive) considère l’énonciation comme une
Trang 8activité, fait d’actes de langage, entre deux personnes, locuteur et allocutaire dans le cadre d’une situation d’interaction L’énonciation relève, dans cette conception, d’une étude générale du comportement linguistique de l’homme dans la société Vu
sa singularité, notre champ de recherche se confine dans la première conception
Ce chapitre vise ainsi à fournir une description rapide de la théorie énonciative en expliquant pourquoi nous avons décidé de choisir notre sujet de recherche Afin de donner un vu plus large sur le courant énonciatif, faisons un tour sur l’origine et les grandes théories de ce penchant linguistique
1.1 Description générale de la linguistique énonciative
La phrase est l’unité formelle de la grammaire qui doit respecter les règles morpho - syntaxiques Par contre, l’énoncé est l’unité fondamentale de la pragmatique Celle-ci cerne son champ d’investigations dans la fonction de la langue dans la communication
Pour avoir une nette conception sur la nature du problème, nous croyons nécessaire de revoir la définition de trois termes qui vont apparaître dans notre mémoire : « phrase », « énonciation » et « énoncé » Au cours de notre recherche, nous avons pu constater qu’il existe plusieurs définitions autour de ces trois termes
Il faut donc choisir la plus pertinente pour notre recherche
1.1.1 Définitions des notions principales 1.1.1.1 Phrase
Les définitions de la phrase sont multiples, et selon le point de vue adopté,
elles varient considérablement D’abord, dans Bescherelle, La Grammaire pour
tous, version 2006, nous trouvons :
Une phrase est un ensemble de mots dont le premier commence par une majuscule et dont le dernier est suivi d’un point Cette suite de mot constitue un sens complet En règle générale, une phrase se construit autour d’un verbe qui en est le pivot. (BESCHERELLE, 2006)
Trang 9La phrase est considérée par les auteurs du Dictionnaire Larousse comme
« une unité élémentaire d’un énoncé, formée de plusieurs mots ou groupes de mots
(propositions) dont la construction présente un sens complète » (Dictionnaire
Larousse, 2009)
Pour Guy Spielmann, Faculté de français, Université de Georgetown,
Washington (textes et écriture de L'énonciation, édition 2007), La phrase suppose
l'existence d'une structure syntaxique, manifeste ou non: «Je ne m'intéresse pas à
la politique» est clairement une phrase, dont la structure est facile à analyser
La phrase se définit sans référence à l'instance de sa production, et selon des relations purement internes (sujet – verbe - complément, ou groupe nominal/ groupe prédicatif) Sa construction obéit à des critères formels de morphologie
(forme et variation des mots) et de syntaxe (agencement des mots en séquence) Son sens est donc déterminé par le sens des mots tel qu'on le trouve dans un dictionnaire (la dénotation) : « s'intéresser à », « la politique »
www9.georgetown.edu/ /enonciation.htm
On peut voir que quel que soit le point de vue qu’on adopte pour définir la phrase, celle-ci est complètement détachée de la dimension énonciative On ne peut pas reprocher cette approche « purement grammaticale », mais cela montre qu’on risquera une fautive conception à son égard en la tenant toujours dans une organisation trop « close », et qu’une vision plus élargie pour cette unité linguistique est nécessaire
1.1.1.2 Énonciation
C’est en Europe, à la suite des travaux des formalistes russes, que les grandes écoles linguistiques de Prague avec Jakobson, de Genève avec Bailly, de France avec Benveniste, de Copenhague avec Hjelmslev que s’est élaboré le concept d’énonciation Au cours du temps, l’énonciation est présentée sous différentes approches
C’est chez E Benveniste (1902-1976) qu’on trouve la première et canonique
définition de l’énonciation : « L’énonciation est une mise en fonctionnement de la
Trang 10langue par un acte individuel d’utilisation » (BENVENISTE E., 1974 : 80) A son
époque, il a commencé à sensibiliser au rôle du sujet parlant Benveniste a considéré
l’énonciation « comme une appropriation de la langue » (BENVENISTE E., 1974 :
80) C’est une opération du sujet parlant qui maitrise la langue et transmet des informations à son interlocuteur Cette procédure révèle des indices spécifiques que
Benveniste appelle « des déictiques » Bien que cette définition soit limitée au cadre
de la phrase, on a grâce à elle une première approche grammairienne de l’énonciation
Les linguistiques du texte et du discours élargiront ce concept au-delà de la phrase Une autre définition « fondatrice » en France par O Ducrot (né en 1930) est
proche à celle de Benveniste Nous en donnons ici la reformulation récente : « C’est
l’événement historique constitué par le fait qu’un énoncé a été produit, c'est-à-dire qu’une phrase a été réalisée » (PAVEAU M-A., SARFATI G-E., 2003 :171) Ici, l’énonciation est considérée comme une activité destinée à produire un énoncé Comme la définition d’E Benveniste, celle-ci examine l’énonciation sous l’aspect totalement linguistique Suivant l’évolution de la linguistique, deux définitions d’E Benveniste et d’O Ducrot ont guidé le travail scientifique vers la linguistique énonciative
Récemment, nous avons trouvé une définition du terme « énonciation » dans
Dictionnaire pratique de didactique du FLE : « L’énonciation désigne la
production individuelle d’un énoncé réalisé par un acte de parole dans le cadre d’un discours lié à une situation d’énonciation qui s’inscrit dans une situation de communication » (GALLISON R., COSTE D., 2002 : 64)
La linguistique vise ainsi à avoir une définition plus pertinente de ce terme dans le sens de la production et tenant en compte des facteurs situationnels On peut voir que l’énonciation, en tant qu’une procédure, s’attache à trois éléments : le discours, le contexte et la communication
L’étude de l’acte de l’énonciation permet de repérer des paramètres de la situation de communication et l’attitude du locuteur à l’égard du discours émis Elle
Trang 11revient à déterminer comment le locuteur manifeste son énoncé, quelle relation il entretient avec le locuteur à travers son texte et quelle est son attitude par rapport à
ce qu’il dit Pour avoir des connaissances plus complètes sur l’énonciation, il est donc nécessaire de prendre en compte le rơle du sujet parlant dans sa production d’énoncés
1.1.1.3 Énoncé
Etant le résultat de l’énonciation, l’énoncé est vu de différents points de vue
Dans Dictionnaire pratique de didactique du FLE, nous trouvons certaines définitions de ce terme: « En langue usuelle, un énoncé est une phrase ou un
ensemble de phrase orales ou écrites » ou « segment de la chaỵne parlée ou écrite »
(GALLISON R., COSTE D., 1988) Ici, le terme « énoncé » est considéré de la même manière que la phrase
Dans une autre source documentaire, Le dictionnaire Graffito, l’énoncé est le produit de l’acte d’énoncer et il est issu du latin « enuntiave » qui veut dire
« exprimer par les mots, exposer » (GALLISON R., COSTE D., 1988)
Dans Textes et écriture de L'énonciation, version 2007, de Dr Guy
Spielmann, Faculté de Français, Université de Georgetown, Washington, cet auteur prend en considération un autre aspect de l’énoncé :
Un énoncé, … s'envisage selon trois paramètres: un temps, un lieu, et un sujet Son sens ne peut être déterminé qu'en fonction d'un cadre énonciatif et d'une
fonction communicative Par exemple, en tant qu'énoncé, «Je ne m'intéresse pas à
la politique» changera de sens selon la référence du «Je» (venant d'un homme politique par exemple, cette assertion serait pour le moins insolite, paradoxale, peut-être provocatrice), et sa valeur varie selon l'ambiance culturelle du lieu et du moment: en période électorale, dans un pays totalitaire ó «s'intéresser à la politique» (ou le dire) peut s'avérer dangereux, etc www9.georgetown.edu/ /enonciation.htm
Trang 12On peut voir que l’auteur considère l’énoncé comme le reflet de l’énonciation qui dépend elle-même du contexte Il est aussi l’image d’une phrase prononcée dans une situation donnée de communication Nous employons, en fonction de son environnement, tantôt « phrase » tantôt « énoncé », pour décrire notre problème Certes, deux notions ne sont pas équivalentes : la phrase n’est considérée comme un énoncé que lorsqu’elle doit être rapportée à l’activité d’un énonciateur qui prend en charge son discours L’unité « phrase » est ainsi plus simple que celle d’« énoncé » et ne se réfère pas au contexte d’énonciation
conjugué
(ex Je n'aime pas beaucoup le poisson surgelé)
d'énonciation dans une situation donnée
Il ne s'agit pas forcément d'une phrase
(ex Moi, le poisson surgelé, bof…)
(www.linguistes.com/ /courants.html
La différence entre phrase et énoncé tient donc du type d'analyse La
grammaire considère la phrase comme unité fondamentale, et décrit les actes de
langage du point de vue phrastique, à savoir comme des séquences qui peuvent être
tronquées, elliptiques, déstructurées ou « transformées » La pragmatique ne
s'intéresse pas tant à la forme d’un message qu'à sa fonction communicative, et donc
au contexte ainsi qu'aux mécanismes de référence à ce contexte et à l'énonciation
elle-même (la deixis) www9.georgetown.edu/ /enonciation.htm
Trang 13
1.1.2 Origine de la linguistique énonciative
La recherche sur la linguistique se divise en deux axes : linguistiques internes
et linguistiques externes Les premières sont des disciplines autonomes qui cernent les questions purement linguistiques Les deuxièmes étudient la langue en relation avec les autres disciplines comme la sociolinguistique ou la psycholinguistique
On remarque que la « linguistique énonciative » relève des linguistiques internes Étant contre la conception purement « instrumentale », qui privilégie le code de la langue, la linguistique énonciative considère la langue comme un acte de parole, placé dans une situation de communication particulière
(www.linguistes.com/ /courants.html)
Les linguistiques internes, à leur tour, se divisent en deux axes : structurale et énonciative A leur temps, les élèves de F Saussure ont fait publier « Cours de linguistique générale » Après, on a connu une grande étape de développement du structuralisme, celle de 1930 à 1975 Enfin, la linguistique énonciative hérite d'une partie de la linguistique structurale Elle se développait avec l’ouvrage « La nature des pronoms » d’E Benveniste mais cette branche n'a plus évolué depuis
Trang 14STRUCTURALISME ET LINGUISTIQUES ÉNONCIATIVES
(www.linguistes.com/ /courants.html)
1.1.3 Les grands auteurs de la linguistique énonciative
Avant d’aborder notre sujet, faisons un tour des grands auteurs de la linguistique énonciative pour mieux voir la raison du choix de notre sujet de recherche Etymologiquement, le mot énonciation relève du mot latin
« enunciatio », qui signifie « proposition, énoncé »
Son sens linguistique s’est fixé vers 1920, avec Bally Du point de vue langagier, l’énonciation se définit comme l’ensemble d’actes effectués par le sujet parlant afin de construire dans un énoncé un ensemble de représentations communicables Bally et Sechehaye, disciples de Ferdinand de Saussure, dont ils
ont publié Le Cours de Linguistique Générale, mirent les bases d’une théorie de
l’énonciation La théorie de Charles Bally postule que tout énoncé communique une
pensée et comprend deux composantes : le dictum, qui correspond au contenu représenté, à ce qui est dit du monde de référence, et le modus, qui correspond à
l’attitude exprimée par l’auteur de l’énoncé
Trang 15Par suite, il y a eu un grand nombre d'auteurs qui ont apporté des contributions importantes à ce domaine : Roman Jakobson, Emile Benveniste, Mikhạl Bakhtine, Catherine Kerbrat - Orrecchioni, Oswald Ducrot, Antoine Culioli et D Maingueneau Leurs travaux sur l’énonciation se sont organisés autour de trois noyaux en fonction de leurs préoccupations :
+ L’ancrage énonciatif et la deixis contextuelle, le présupposé théorique concernant le fait que tout énoncé est porteur des traces de son énonciation et est relié aux circonstances qui l’ont vu naỵtre (Roman Jakobson, Emile Benveniste, Antoine Culioli, Catherine Kerbrat - Orrecchioni)
+ La subjectivité énonciative et la modalisation, qui suppose que tout énoncé est porteur des choix opérés par son auteur dans une situation d’interlocution réelle
ou virtuelle (Charles Bally, Albert Sechehaye, Patrick Charaudeau)
+ L’intertextualité et la polyphonie, qui suppose que certains énoncés sont rapportés et attribués à une source extérieure au locuteur et que dans toute énonciation il y a une part d’emprunts à des énonciations antérieures (Oswald Ducrot)
Une description sommaire de la linguistique de l’énonciation pourrait être illustrée par le schéma suivant dont les composants tels des poupées gigognes
« s’emboỵteraient » les unes dans les autres, de la plus petite à la plus grande :
« signes – énoncés – acte de parole – discours – situation d’énonciation – situation
de communication.» (GALLISON R., COSTE D., 1988 : 64)
Ces mots sont les signes qui permettent la réalisation d’énoncés qui sont autant de formulations d’actes de parole nécessaires à l’élaboration d’un discours dans le cadre d’une situation d’énonciation (qui relève de la situation de communication)
Pour notre mémoire, nous concentrons notre attention sur les théories qui guident notre recherche : celles qui se penchent sur la fonction expressive du
Trang 16langage, ce qu’on trouve dans le schéma de communication de R Jakobson (1963), avec la fonction expressive
Par suite, c’est l’apparition de la théorie des actes de langages de J.A
Austin (1962) en Angleterre Elle manifeste sa réflexion sur l’énonciation effectuée
par les verbes performatifs Cette théorie distingue trois types d’actes de langages :
locuteur, illocutoire et perlocutoire Un acte locutoire a fonction de produire une parole Un acte illocutoire est accompli en disant quelque chose Un acte perlocutoire correspond à l’effet produit sur l’interlocutoire par l’acte illocutoire Rendant hommage à R Jakobson, E Benveniste (1966), pour sa part, ouvre
la voie aux études linguistiques sur la subjectivité dans le langage La subjectivité
est la capacité du locuteur à se poser comme sujet Nous rencontrons dans sa théorie des réflexions sur le système des personnes grammaticales, le système temporel en relation avec une personne grammaticale (récit/discours), les verbes de modalité, la performativité et plus tard un essai de définition de l’appareil formel de l’énonciation C’est Benveniste qui est l’auteur de la définition primaire de l’énonciation
Enfin, nous cernons notre attention sur deux concepts : modalisation et
modalité
La Modalisation est une catégorie de langue qui regroupe l’ensemble des procédés strictement linguistiques lesquels permettent d’exprimer explicitement le point de vue locutoire du locuteur (CHARAUDEAU P., 1992 : 347)
L’auteur de ce concept considère la modalisation comme une expression
linguistique qui a pour fonction de révéler le point de vue du sujet parlant envers ce qu’il dit Autrement dit, ce concept signifie la marque donnée par le sujet parlant à son énoncé Elle s’agit de la manière dont le sujet met en fonction la langue selon sa subjectivité Dans la langue courante, la modalisation peut s’exprimer à l’aide des moyens linguistiques très divers : lexicaux, grammaticaux et syntaxiques Par
exemple, les adverbes de jugement (peut-être, sans doute, sûrement,
évidemment…), les temps verbaux (futur simple, conditionnel, imparfait),
Trang 17l’expression de pronoms personnels « je » avec les verbes performatifs et les propositions incises
D’un autre côté, le terme de modalité, en linguistique, est emprunté aux
logiques et applique dans les différents champs Son acception varie selon les auteurs et les époques, de la plus restreinte (mode), à la plus étendue (modalisation)
Si modalité renvoie davantage aujourd’hui aux approches syntaxiques et grammaticales des langues, modalisation renvoie plutôt aux approches énonciatives
et pragmatiques des usages langagiers
La définition du terme « modalité » chez Bally, en 1920, est considérée
comme l’âme de la phrase, et de même que la pensée Elle est constituée essentiellement par l’opération active du sujet parlant Cela signifie que les études
de la modalité sont liées au sujet parlant Les recherches sur les modalités du discours ont été suivies par d’E Benveniste et après par C Kebrat - Orrecchioni La recherche de Catherine Kebrat - Orrecchioni s’arrête cependant aux traces lexicales
de l’énonciation
Dans la linguistique énonciative, il existe parallèlement deux concepts :
modalités énonciatives et modalités des énoncés D’abord, il y a quatre modalités
énonciatives qui correspondent aux quatre types de phrases fondamentaux dans la phrase
Interrogative Tu restes souvent silencieux ?
Exclamative Tu restes souvent silencieux !
Les modalités des énoncés se divisent en modalités appréciatives et modalités logiques Ils comprennent deux types d’attitudes de modalités qui correspondent à l’affectivité et le jugement du sujet parlant Cette branche de recherche traite la
« distance » établie entre le locuteur et son message, ou son lien au message Le
Trang 18message est vu alors non seulement comme une transmission d’information, mais aussi comme la manifestation de la manière dont le locuteur effectue cette transmission, que cette manière soit explicite ou implicite
Une réflexion sur la modalisation nous permettra ainsi de repérer les commentaires énonciatifs qui ne peuvent s’analyser syntaxiquement qu’en liaison avec l’énoncé en raison d’exprimer une appréciation de celui qui parle, acte qui se rapporte à l’ensemble de l’énoncé, au lieu de se trouver au sein de celui-ci
1.2 Présentation du sujet de recherche
Si tout acte d’énonciation est bien un événement unique, supporté par un énonciateur et un destinataire particuliers dans le cadre d’une situation particuliers, et si la parole c’est précisément le domaine de l’individu, de chaque événement historique qui constitue un acte de communication accompli, ne doit on pas renvoyer l’énonciation au domaine de la parole, puisque la linguistique moderne se réclame du couple saussurien langue/parole ? L’énonciation, activité indispensable mais inconnaissable, qui s’efface derrière son produit, l’énoncé, seul objet d’étude du linguiste ? Les progrès spectaculaires de la linguistique tout au long du XX e ne semblent – ils pas liés au choix de prendre en considération la seule architecture interne de la langue ? (MAINGUENEAU D., 1981 : 7)
Suivant l’optique de Maingueneau, notre réflexion s'appuie d’abord sur la présence du deuxième facteur de l’activité langagière auquel on n’avait pas accordé
suffisamment d’attention - l’énonciation Nos raisonnements se basent sur les
fonctions naturelles de la langue, et celles-ci nous permettent au moins d’affirmer que la structure formelle de l’énoncé transmet le contenu du message alors que l’énonciation laisse voir l’intervention du locuteur dans son propre message
Deuxièmement, nous cernons notre attention sur le concept modalité Chaque
acte de langage possède ses différentes modalités qui révèlent son système et son sous-système et qui marquent trahit le sujet parlant par rapport à son message A ce
Trang 19propos, il est utile de rappeler que John Austin définit l’acte locutoire comme le fait
de dire la parole, et dans La grammaire du sens et de l’expression, Patrick Charaudeau dit : « Toute modalité implique un acte locutoire » (CHARAUDEAU
P., 1992 : 576) De son cơté, et dès les années 1960, R Jakobson a révélé aussi la
fonction expressive du langage
Mais il faut reconnaỵtre que les traces l’énonciation et les modalités dans une phrase soulèvent des phénomènes linguistiques ambigus pour les études linguistiques et il est donc nécessaire de trouver ces facteurs dans les manifestations linguistiques ó elles se trouvent Ce sont d’abord certains éléments grammaticaux qui peuvent échapper à l’analyse syntaxique traditionnelle mais qui apportent une part importante à l’énoncé pour marquer l’attitude de sujet parlant Ces éléments peuvent être des mots, des modes verbaux ou des propositions
ÉNONCÉ Éléments grammaticaux
Trang 20La réunion s’est heureusement terminée
Selon une première interprétation, cet énoncé signifierait que la réunion s’est
terminée de manière heureuse L’adverbe heureusement serait alors considéré comme adverbe de manière qui modifie s’est terminée, ce qui est pourtant faux pour
l’usage du français
Une seconde interprétation fait intervenir la modalité prosodique
d’intonation : une intonation montante sur heureusement, précédée et suivie d’une pausette, détache l’adverbe du noyau prédicatif la réunion est terminée
Heureusement ne porte plus sur le verbe, mais sur l’ensemble de l’énoncé qui est
considéré alors comme un fait Autrement dit, heureusement renvoie à l’opinion du
locuteur comme une modalité On peut voir que le locuteur en avait assez de cette
réunion : ouf, elle est finie
Trang 21Obviously, he must have been aware of her lack of money from the start
the start Obviously
nó làm được Chắc chắn
Trang 22J’aimerais aller à la mer
Pierre s’est marié, j’en suis sûre
Trang 23Dans cet exemple, l’attitude du sujet parlant est marquée par une proposition
courte détachée de la structure phrastique : j’en suis sûre
Il est à remarquer que la majorité d’ouvrages linguistiques n’abordent pas ce cas comme intervention énonciative Les grands auteurs les traitent rapidement dans les cours grammaticaux sans les classer dans une catégorie spécifique
Trang 24CHAPITRE 2 : ÉTUDE DE CAS
Dans le chapitre précédent, nous avons fait une description des grandes théories de la linguistique énonciative, et par cela même nous avons expliqué pourquoi nous avons décidé de poursuivre la perspective que nous avons choisie L’objectif de ce deuxième chapitre vise à identifier les interventions énonciatives sur la phrase à partir de certains exemples que nous avons pu collecter au cours de notre travail
Afin de distinguer les indices de l’énonciation dans un message, nous utilisons deux facteurs : d’une part, la situation de communication qui doit nous
permettre d’identifier les références que sont les déictiques ; d’autre part,
l’ensemble des éléments qui expriment l’attitude de locuteur par rapport à son
propre message : la modalisation
Nos exemples concernent la modalité expressive qui marque l’attitude du sujet parlant L’attitude est marquée par des moyens linguistiques très divers, lexicaux comme syntaxiques…
Nous focalisons notre attention sur les énoncés qui ne peuvent pas être décodés ou interprétées si l’on ne prend pas en compte la situation de communication Formellement, nous distinguons les interventions énonciatives en trois types : lexical, grammatical et phrastique Tout d’abord, il s’agit d’un mot ou d’un groupe de mots ; c’est la mise en jeu des adverbes, des conjonctions de
coordinations, et du verbe devoir Ensuite, ce sont les modes verbaux, les moyens
d’expression indissociables de la forme verbale Enfin, ce sont des propositions incises, qui représentent des organisations phrastiques complètes
2.1 Interventions lexicales
Pour les interventions lexicales, nous distinguons quatre types : adverbes de
jugements, adverbes exclamatifs, conjonctions de coordinations et le verbe devoir
Trang 25Je suis infiniment reconnaissance de votre aide
Mais, les adverbes de l’énonciation sont différents Indépendants de la structure phrastique, ils modifient non pas un élément mais toute une phrase Morphologiquement, ils appartiennent à la classe des adverbes, mais ils sont autonomes par rapport à la syntaxe phrastique et se rapprochent des interjections ou des incises
Pour O Ducrot (1995: 605), dans la cadre de l’énonciation, plus spécifiquement, un adverbe d’énonciation “qualifie l’énonciation dans laquelle l’énoncé est apparu” et l’auteur ajoute de tels que de tels adverbes” participent à une représentation de l’événement énonciatif à qui ils attribuent tels ou tels caractère.” (analilit.free.fr/adverbe.htm)
Cette définition souligne le rôle des adverbes énonciatifs qui marquent l’apparition de l’activité énonciative dans la phrase et porte les caractères de cette procédure
Trang 26simples (certes, volontiers…), des adverbes formés à l’aide d’un suffixe (assurément, certainement, naturellement, heureusement, précisément, parfaitement, sûrement, probablement, apparemment, évidemment, vraisemblablement… ) ou des locutions adverbiales (peut-être, bien sûr, sans doute,
sans aucun doute …)
Sémantiquement, on peut les classer en deux critères : adverbes affectifs qui correspondent aux émotions du sujet parlant, et adverbes évaluatifs qui marque une évaluation faite par celui-ci
ÉNONCÉ Adverbes de jugements
Trang 27Adverbes appréciatifs
Trang 28Félicitation Bizarrement
Étrangement
Heureusement dans Heureusement il était là est détaché de la syntaxe phrastique
pour signifier la joie du sujet parlant : il regarde ce fait comme une chance
Considéré comme adverbe d’énonciation, Heureusement peut être suivi par
« que » : Heureusement qu’elle a guérie
ÉNONCIATION
2.3
« BIZARREMENT - CURIEUSEMENT »
a) Alfred travaille bizarrement
b) Bizarrement, Alfred travaille
Ces phrases ne sont pas équivalentes Dans a) bizarrement modifie le verbe
travaille Celui-ci porte sur le fait comment Alfred travaille Dans b) il s’agit d’un
commentaire fait par le sujet parlant sur l’idée Alfred travaille : pour lui, ce fait est
bizarre
Il en est même pour Curieusement :
c) La porte grinça curieusement
… il n’était là Heureusement
Trang 29d) Curieusement, la porte grinça
Dans c) curieusement signifie que le grincement est curieux Par contre, dans
d) il marque une opinion du locuteur envers tout un fait : le fait que la porte grince
« MALHEUREUSEMENT »
Malheureusement, elle n’a pas réussi aux examens
Au même titre qu’heureusement, malheureusement exprime un sentiment du
locuteur vis-à-vis de ce qu’il énonce, cette fois c’est un regret envers ce qui n’a pas
pu être évité dans le passé Ce type d’adverbe peut être suivi par que :
Malheureusement qu’elle n’a pas réussi aux examens
« FRANCHEMENT »
e) Il ne se conduit pas franchement avec toi
f) Franchement, il se conduit mal
Dans e) franchement porte sur le verbe et précise la façon de se conduire de
celui dont on parle Dans f) il marque l’attitude du locuteur vis-à-vis du fait énoncé :
Quand je le dit qu’il se produit mal, je suis franc
2.1.1.2 Adverbes évaluatifs
Afin d’illustrer mieux le problème, nous proposons une liste d’adverbes évaluatifs qui doivent faire partie de ceux qui expriment un jugement Une comparaison avec l’anglais nous semble utile pour l’éclaircissement du problème :
Adverbes évaluatifs /Incertitude, Probabilité
Trang 30Manière d’énoncer
Trang 31ÉNONCIATION
2.4
On appelle adverbes évaluatifs l'ensemble des mots impliquant un jugement
de valeur de celui qui s'exprime Ces mots sont valorisants ou dévalorisants, et
ÉNONCÉ Adverbes évaluatifs
Trang 32révèlent le point de vue de l’auteur Par l'emploi de ce vocabulaire, il cherche à partager son opinion à son interlocuteur, et à lui faire ainsi admettre son point de vue
« SÛREMENT, SANS DOUTE, CERTAINEMENT »
Il y a les adverbes qui ont deux interprétations concernant l’attitude du sujet
parlant tels que sûrement, sans doute, certainement, vraiment Le sens de ces
adverbes peut créer certaines ambiguïtés car ils expriment à la fois la certitude et la probabilité Afin de les interpréter avec exactitude, il est nécessaire de les examiner
en contexte En tant qu’adverbes énonciatifs, ils peuvent être suivi par que
SÛREMENT Le tribunal va sûrement le
condamner
Il arrivera sûrement
SANS DOUTE Il est sans doute en retard Sans doute, la neige
conduit-elle les sons de façon particulière Sans doute qu’il a tort
certainement
Il est certainement le plus douté
VRAIMENT Il a vraiment réussi Ah ! vraiment, on ne
peut te faire confiance !
« FORCÉMENT »
Dans Cela doit forcément se produire (Robert Micro, 1995 : 552) l’adverbe
forcément signifie « d’une manière nécessaire, par une conséquence inévitable » Le locuteur annonce l’événement comme inévitable
Trang 33ÉNONCIATION
2.5 Pour l’expression d’une évaluation, il existe aussi des locutions adverbiales Observons quelques exemples :
« PEUT-ÊTRE »
i) Il n'est pas rentré chez lui avant 2 heures du matin : ce peut être lui l'assassin Le 1er exemple implique une possibilité Rien de subjectif dans ce discours : le sujet parlant suit la déduction
j) Il n'est pas rentré avant 2 heures ; c'est peut-être lui l'assassin Ici, le sujet
parlant émet une hypothèse, tout en soulignant que cette hypothèse n’est pas certaine
Lorsque peut-être est en tête de phrase, il commande une inversion du sujet dans
la langue écrite tout au moins : « Peut-être a-t-il été retardé…" Mais si on utilise la formule "peut-être que"…, l'inversion du sujet est exclue: Peut-être qu’il a été
retardé
« BIEN SÛR / BIEN ENTENDU »
k) Bien sûr elle est belle
h) La duchesse et sa fille firent leur entrée, sans un mot d’excuse, bien entendu
… celà doit se produire Forcément
Trang 34Ces locutions adverbiales donnent une certitude sur la vérité marquée par l’information précédente
« SANS AUCUNE DOUTE »
Cette addition est sans aucun doute fausse Cet adverbe, qui est plus long que les autres, marque aussi la certitude du sujet parlant, au même titre que
vraiment, certainement, sûrement
2.1.2 Adverbe d’exclamation
L’usage des adverbes exclamatifs permettent d’exprimer les émotions du sujet parlant en regardant l’événement raconté de face Nous avons pu collecter les adverbes suivants :
Trang 35Zut Dépit
Nous centrons cependant notre attention sur les adverbes qui servent à exprimer
le sentiment du sujet parlant tels que la joie, la surprise, la douleur, la colère,
l’encouragement, l’étonnement, etc Observons les exemples suivants :
(la présence de l’énonciation)
Vous aidez le directeur à
Vous regrettez ce que
vous ne ferez pas dans le
Ah, c’est possible Je suis étonné
Lorsque la réunion s’est
terminée
Ouf, cette réunion est finie
Il en a assez, il souhaite que la réunion finisse tôt
Trang 36de coordinations, ces sept monosyllabes sont limités à un pur rôle de lien : et, ni,
ou, mais, or, car, donc. (CHARAUDEAU P., 1992 : 497)
Les conjonctions sont ainsi les mot-liens qui créent une relation entre deux idées indépendantes, selon l’intention du sujet parlant Elles mettent en fonction des argumentations précises Au cours de notre recherche, nous avons pu repérer un grand nombre de conjonctions ayant cette fonction:
Mais, et, pourtant, cependant,
or, néanmoins, au contraire, en revanche, toutefois, au reste, d’ailleurs, par contre …
Trang 37explication, une raison
conclusion Faire une conclusion
C’est pourquoi, enfin, ainsi, en bref, en effet, du reste, de fait,
en fait, en un mot, en réalité, en vérité, en somme, bref, après tous, sommes tous, …
Est toujours suivi d’un virgule, sert à introduire une idée dans le raisonnement
nature qu’une conjonction de subordination Dans Bien qu’il soit fort, il est bête
l’élément conjonctif Bien que appartient à la structure de la proposition subordonnée Il soit fort pour modifier la proposition principale Il est bête Mais la
fonction d’une conjonction de coordination est différente : elle relie les
Trang 38propositions indépendantes et les mettent en relation, acte qui relève de la volonté
du sujet parlant plutôt que d’une logique objective ou d’une règle grammaticale
exprime « l’intention de les rapprocher pour les mettre en regard l’une de l’autre »
(CHARAUDEAU P., 1992 : 499) Elle marque une addition, vise à lier deux idées
dans un énoncé en ajoutant une information à une autre :
Conjonction de coordination
Trang 39Tous les jours, tu arraches les mauvaises herbes et tu arroses le jardin
Relation
logique
Exemple
Simultanéité Le soleil s’est couché, et le vent est tombé
Parallèle La table est bancale, et la chaise est branlante
Opposition L’un est grand et gros, et l’autre est petit et mince
Conséquence Recommence, et tu verras Si tu pars très tôt, tu n’auras
pas d’embouteillage sur la route
tu arraches tu arroses les mauvaises le jardin
herbes
et
Trang 40Il est fort mais Il est bête
Parfois elle indique simplement une transition d’idée
Jacques n’est toujours pas là, or je dois le voir avant mon départ
Mais, quelle que soit sa valeur sémantique, elle a le même nature énonciative
que et et mais, dans la mesure ó elle se trouve hors de la syntaxe phrastique pour
relier deux propositions indépendantes
« OU »
Wagner et Pichon disent : « ou pose un choix, une alternative, un rapport
d’exclusion » (CHARAUDEAU P., 1992 : 506) Sémantiquement, et à l’opposé de
et, la conjonction ou permet d'indiquer une idée de sélection, de choix, entre les termes qu'elle coordonne : Il boit ou il mange ?
« DONC »