Membre du CRGNA / CERL, France.Usure professionnelle : perceptions des salariés et influence sur la gouvernance des entreprises Résultats d’une analyse empirique L’usure professionnell
Trang 1Membre du CRGNA / CERL, France.
Usure professionnelle :
perceptions des salariés et
influence sur la gouvernance des entreprises
Résultats d’une analyse empirique
L’usure professionnelle («burnout») est de plus en plus largement présentée comme
un phénomène récurrent et structurel qui «parasite» la motivation et l’implication des salariés dans les organisations (De Linares, 2002) La montée observée de ce phéno-mène pourrait avoir des répercussions importantes sur la gouvernance et les stratégies des entreprises En effet, les responsables des ressources humaines ne peuvent ignorer les manifestations de ces difficultés dont l’accroissement pourrait déstabiliser le déve-loppement pérenne des organisations.
S’il est évoqué sous des appellations
dif-férentes - déprime au travail, dépression
professionnelle, épuisement
profession-nel … (Pezet, 1993; Zucman, 1999) -,
ce concept traduit toujours les difficultés
psychologiques croissantes que
ren-contrent les salariés dans l’exercice de
leurs fonctions (Densten, 2001)
Dans ce contexte, l’objectif de cet
article est double :
1) Circonscrire le concept d’usure
professionnelle en en distinguant les
symptômes individuels et collectifs;
2) Analyser les résultats d’une recherche empirique qui vise l’étude
du phénomène dans une organisation publique, phénomène alors considéré dans ses manifestations collectives et organisationnelles
Ainsi, nous présenterons dans une pre-mière partie le cadre théorique de notre recherche (origine du concept, définitions, causes, manifestations et effets de l’usure professionnelle) Puis, dans une seconde partie, nous justifie-rons les choix méthodologiques que nous avons réalisés dans le cadre de
Trang 2cette recherche exploratoire L’objet de
la troisième partie sera d’analyser les
résultats obtenus, de les discuter et
d’en analyser les implications
mana-gériales Enfin, nous conclurons notre
article en en présentant les limites et
prolongements
Cadre théorique :
origine du concept,
définitions, causes,
manifestations et effets
de l’usure professionnelle
Origine
La naissance de l’usure professionnelle
est liée au statut même du travail qui,
lors de la révolution industrielle, est
devenu une source nécessaire de
reve-nu économique et non globalement
une activité agréable, enrichissante et
gratifiante (Sekiou & alii., 2001)
Si depuis ces changements
fondamen-taux d’exercice du travail (mise à
dis-position de la force de travail auprès
d’un acteur extérieur, rétribution
moné-taire…) le sentiment d’épuisement lié
au travail a vraisemblablement
tou-jours été ressenti, le terme de
“bur-nout” apparaît en 1974, dans la
litté-rature scientifique anglo-saxonne
(Frendenberger, 1974), et il
commen-ce à être utilisé, repris dans le monde
du travail, en particulier dans l’univers
médico-socio-éducatif, par les
profes-sions basées sur la relation d’aide Il est logique que les praticiens de ce secteur aient très tôt manifesté de l’em-pathie pour ce concept car leurs pra-tiques quotidiennes les exposent dans leurs composantes affectives Ils ont en effet très souvent à faire face à des situations émotionnellement exi-geantes C’est d’ailleurs sous l’impul-sion d’une praticienne (E Zucman) que ce concept a été importé en France en 1982, à la suite d’un
voya-ge d’études aux Etats-Unis
Définitions de l’usure professionnelle et discussion
A quels sentiments renvoie l’usure pro-fessionnelle1? Nous proposons une ap-proche holistique avant que les défi-nitions soient discutées
Elle correspond aux sentiments de se sentir brûler à l’intérieur, vidé, d’avoir
de moins en moins le cœur à
l’ouvra-ge Elle se traduit par une perte de motivation, d’enthousiasme, d’intérêt
et d’énergie pour son travail
Plusieurs définitions du concept ont été proposées Nous allons les discuter car elles traduisent les différences d’appréhension du concept
1 Nous privilégierons l’expression d’”usure professionnelle” plutôt que celle de “burn out”, marquant ainsi notre attachement à un terme francophone Ce choix s’affirme d’autant plus que le terme d’”usure” lui-même est évocateur
de la réalité du phénomène (analogie avec le tissu) : processus long, lent et pas immédiate-ment visible.
Trang 3L’une des premières définitions
(Freudenberger, 1974) et l’une des
plus récentes (Sekiou & alii., 2001)
font le choix de relier l’usure
profes-sionnelle à la poursuite d’un idéal
inaccessible L’hypothèse sous-jacente
est alors que cette poursuite d’un but
utopique serait la principale cause de
l’usure Aubert & de Gaulejac (1991)
évoquent ainsi la maladie de l’idéalité
• Définition de Freudenberger
(1985) : «C’est un auto-épuisement
causé par un énorme effort pour
atteindre un but utopique»
• Définition de Sekiou & alii
(2001) : «C’est un état d’épuisement
physique, émotif et mental au travail,
caractérisé par des sentiments
d’im-puissance, de vide, de concept négatif
de soi et des autres, qui engendre une
impression d’échec et d’insatisfaction
dans la poursuite d’un idéal.»
Or, la question qui se pose alors est
liée à l’expérience qu’en font les
sala-riés : est-ce le but lui-même qui est
uto-pique ou bien est-ce la projection
idéa-lisée qu’ils construisent qui s’avère
inaccessible ?
La définition proposée par Pines (1998)
se focalise sur trois sources d’épuisement
et propose une analyse plus
approfon-die des conséquences, manifestations
de l’usure Il introduit également dans sa
proposition le facteur temporel (l’usure
est bien un processus) :
• Définition de Pines (1998) : «C’est
un état d’épuisement physique, émo-tionnel et mental ; il se manifeste par
un épuisement physique et une fatigue chronique, par un sentiment de décou-ragement et d’isolement et par le déve-loppement d’une vision négative de soi et d’attitudes négatives vis-à-vis du travail, de la vie et des autres.» Enfin, la définition de Zucman (1998)
se centre, elle, sur le mouvement du
processus Elle apporte un élément psychologique déterminant puisqu’elle propose que l’usure soit identifiée à un lent processus réversible de déviation
du travail Il s’opère alors entre le pro-fessionnel et le destinataire et/ou les collègues
• Définition de Zucman (1998) :
«C’est un gauchissement progressif et réversible»
Dans le prolongement des définitions données, il est également nécessaire
de bien marquer la différence entre le stress et l’usure professionnelle Le stress est une agression brutale, “cri-tique”, liée en général à l’aggravation
de la situation, entraînant une réaction immédiate, temporaire et souvent catastrophique (Zucman, 1998), alors que l’épuisement professionnel est un processus plus insidieux, progressif, aggravé dans la durée
Trang 4Causes de l’usure
professionnelle
Nous allons tout d’abord analyser les
causes définies par les gestionnaires
pour ensuite présenter celles liées à la
relation professionnelle d’aide, car ces
dernières permettent un éclairage
approfondi des racines de l’usure
pro-fessionnelle
Causes définies par les gestionnaires
Sekiou & alii (2001) identifient deux
niveaux de causes à l’usure
profes-sionnelle : des causes globales et des
causes liées à l’individu dans son rôle
professionnel
Les causes globales (niveau macro)
sont l’abondance d’informations
émises et partagées, des sociétés
nor-matives et des structures
bureaucra-tiques complexes
Les causes liées à l’individu en tant que
professionnel sont le manque
d’appré-ciation et de reconnaissance de sa
valeur, l’absence d’encouragement,
des exigences de rendement trop
éle-vées, des conflits interpersonnels, le
peu de possibilités de création,
d’ini-tiative, le manque de collaboration
et/ou la forte concurrence entre
col-lègues
La question qui se pose est de savoir si
cet inventaire des difficultés d’exercice
du travail contemporain est spécifique
au concept d’usure Il nous semble alors intéressant de compléter cette analyse des causes de l’usure profes-sionnelle en étudiant le cas de la rela-tion d’aide
Causes dans le cas des professions basées sur la relation d’aide
Il est riche d’enseignements de se tour-ner vers ce domaine d’expériences professionnelles, car il exacerbe les manifestations de l’usure profession-nelle : les dimensions affectives sont particulièrement présentes dans les pratiques professionnelles Ce même schéma théorique peut être transposé dans le cas des organisations à but lucratif Zucman (1998) distingue les facteurs individuels des facteurs collec-tifs Dans ce premier cas, l’individu est considéré en tant que professionnel isolé Cinq causes d’usure sont identi-fiées
• Le domaine d’activité : Il s’agit tout d’abord du fait que le travail s’exerce dans un domaine dévalorisé Il faut évoquer ici la représentation négative
du handicap dans le corps social Ce dernier transfert vers une minorité la prise en charge du handicap, qui concerne le plus souvent des enfants et des adultes qui ne peuvent guérir L’absence de résultats visibles et mesu-rables est difficile à supporter Or, ces facteurs usants restent le plus souvent non-verbalisés
Trang 5• La nature des motivations initiales
dans le choix d’un métier d’aide : La
force initiale qui conduit au choix du
métier d’aide est l’idéal de soi Elle
pousse à choisir un métier dans lequel
l’individu se sentira valorisé dans
l’ai-de à autrui L’usure naỵt insidieusement
de l’écart entre l’idéal de soi
(toute-puissance) et la réalité de la pratique
professionnelle Freudenberger (1985)
explique qu’il y aurait un clivage du
Moi en deux instances : le moi-image
et le “véritable moi”, le moi réel Or, le
regard de la société, des familles, des
personnes soignées ramène à de
modestes réalités, d’autant que la
légi-timité du travail d’aide peut être
contestée (cỏt et absence de
rentabi-lité)
• L’obligation pour le professionnel
de partager la souffrance du sujet et
de son environnement familial : Il est
très difficile - voire impossible - pour lui
d’être sourd à la honte, au sentiment
de rejet ressenti par le sujet et plus
encore par l’environnement familial Il
y a une quasi obligation d’empathie,
d’autant plus usante que le
profession-nel s’en défend (mécanisme de
défen-se qui le conduit à moins bien
tra-vailler) Il y a ambivalence des
senti-ments par la volonté contradictoire que
le soigné aille mieux et dans le même
temps, que la souffrance finisse
• Les difficultés du travail quotidien :
Les tâches sont répétitives,
dévalori-sées et le professionnel doit faire reconnaỵtre la valeur de ses actes Ce travail s’avère d’autant plus difficile que l’âge des patients avance et que l’espoir d’une amélioration de la situa-tion s’amenuise
• La difficulté à trouver la “juste dis-tance” : Outil d’autodiscipline, elle est, pour le professionnel, très difficile à concevoir et à maintenir Il doit s’effor-cer de construire une relation chaleu-reuse, souple et distanciée Le piège est de trop s’attacher aux personnes en charge et de se positionner (même inconsciemment) en parents de rem-placement
A ces causes individuelles se superpo-sent des facteurs collectifs, organisa-tionnels, les premières étant amplifiées par les seconds C’est en effet l’articu-lation entre le niveau individuel interne
et le niveau organisationnel externe qui renforce les difficultés ressenties par le professionnel Les causes collec-tives sont des personnels en nombre insuffisant, un travail très hiérarchisé, l’absence de lieu ou d’instance de parole pour mettre en mots les difficul-tés évoquées ci-dessus, le risque de contagion dans le cas ó d’autres pro-fessionnels sont déjà entrés - même en l’ignorant - dans le processus d’usure, des structures qui sont fermées, cen-trées sur elles-mêmes, l’absence de renouvellement, de mobilités interne et externe, de formation continue…
Trang 6Processus et manifestations
de l’usure professionnelle
Selon Sekiou & alii (2001), le
dévelop-pement de l’usure professionnelle
sui-vrait quatre phases : l’enthousiasme, la
stagnation, la frustration et l’apathie
Il est nécessaire de présenter les
mani-festations, les signes de l’usure
profes-sionnelle Elle peut être appréhendée
comme un syndrome, i.e la
conver-gence de plusieurs signes Là encore,
des manifestations individuelles se
superposent à des signes collectifs
Les manifestations individuelles
peu-vent être au nombre de quatre2
• Une fatigue physique dès le début
de la journée : celle-ci ressemble aux
facteurs de dépression; cette perte de
forme physique se traduit par une
somatisation et donc par plus d’arrêts
de travail au sein de la structure
• Un épuisement émotionnel : il a
pour conséquence une plus grande
fra-gilité, un ressenti plus important des
évè-nements : le professionnel fait preuve de
plus d’empathie par rapport à la
souf-france (caractère injuste du handicap,
par exemple) ou aux difficultés
affec-tives ressenties par les autres salariés
• Un épuisement psychique : le
pro-fessionnel commet plus d’oublis, a plus
de mal à organiser sa tâche
• De plus grandes difficultés à commu-niquer : le professionnel a alors moins
de disponibilité, est plus silencieux; c’est une forme d’épuisement social
L’ensemble de ces signes est “coloré” par la personnalité et les motivations intrinsèques initiales du professionnel Interviennent également les mécanismes
de défense qu’il a pu développer : selon
le cas, ils peuvent être des modes de défense introvertis ou extravertis
La convergence de ces manifestations individuelles se cristallise en un ensem-ble de manifestations collectives Elles sont de trois ordres : une organisation bloquée et rigidifiée, une organisation qui perd confiance en elle-même et en ses interlocuteurs, une incapacité à réa-liser un travail collectif alors que les pro-fessionnels appartiennent à une même structure (ils créent des coupures et cloi-sonnent leurs activités)
Ainsi, après avoir cerné le concept d’usure professionnelle, nous formulons
notre question de recherche : «quels
sont les indicateurs de l’usure profes-sionnelle perçus par les salariés ?».
Choix méthodologiques
Dans le cadre d’une recherche-action, nous avons été sollicitées pour exploi-ter un questionnaire réalisé par une équipe de travail Elle regroupait huit salariés d’une entreprise publique accueillant des personnes
(principale-2 Sekiou & alii (2001) mettent particulière-ment l’accent sur la méfiance, l’isoleparticulière-ment et l’in-sécurité ressentis par les professionnels.
Trang 7ment des enfants) handicapées
visuelles partielles ou totales En effet,
ces salariés avaient été mandatés par
le CHS-CT (Comité d’Hygiène et de
Santé et des Conditions de travail,
ins-tance officielle) pour mesurer
l’existen-ce ou non d’une usure professionnelle
au sein de leur organisation
Il est nécessaire de préciser trois points
relatifs à ces modalités originales de
collecte de l’information :
• Les rédacteurs du questionnaire
étaient des “non-initiés” aux techniques
relatives à ce domaine et donc le
médium de recueil des données
présen-tait certaines limites : logique de
pro-gression de la pensée qui
n’accompa-gnait pas suffisamment le répondant,
questions maladroites en début de
ques-tionnaire, qui ne permettaient pas de
respecter totalement l’anonymat
(cer-tains salariés ont abandonné le
ques-tionnaire immédiatement pour ces
rai-sons), termes inappropriés… De plus,
les rédacteurs n’ont pas eu recours à
des échelles de mesure existantes : ils
n’en avaient pas la connaissance et ils
souhaitaient partir de l’observation de
leur réalité organisationnelle
• Si les rédacteurs ne maîtrisaient
pas les techniques de création de
questionnaires, ils avaient en
contre-partie une très bonne connaissance
intuitive du phénomène d’usure
profes-sionnelle En non-spécialiste, le risque
était cependant qu’ils favorisent le sens
commun
• Le souhait initial des salariés était une approche quantitative (choix à vrai dire non-explicité) Or, le questionnaire réalisé se révèle être à la croisée de deux approches méthodologiques : 1) un outil de recueil de données qui correspond à une approche
quantitati-ve (éléments factuels faciles à restituer pour le répondant) avec
2) des objectifs de nature plus qualita-tive (motivations, causes explicaqualita-tives
de phénomènes individuels )
Le questionnaire conçu par les salariés comprenait cinq séquences (identifiées
a posteriori) : 1) l’identification des répondants, 2) les questions en lien avec la fonction, les formations initiale et continue, les compétences perçues et inexploitées, 3) l’évolution de la population accueillie, 4) le temps et les conditions de travail et 5) les questions relatives à la défini-tion de postes de travail
Ce questionnaire auto-administré a été diffusé à l’ensemble des 255 salariés
de l’organisation publique L’échan-tillon “spontané” des 64 répondants (taux de réponse de 25%) est repré-sentatif de la structure démographique
de l’entreprise L’objet de la recherche présentée ici est le traitement des réponses aux questions ouvertes L’analyse des données textuelles a été réalisée avec le logiciel ALCESTE Elle vise à découvrir l’information
essentiel-le contenue dans essentiel-le texte Elessentiel-le permet
Trang 8d’interpréter les unités de contexte
dans un cadre cognitif comme des
représentations élémentaires Le
logi-ciel procéde de manière automatique
et quantifiée à l’analyse de ces
réponses (Bournois & al., 2002) Cette
méthodologie de traitement des
don-nées est adaptée à notre analyse car
elle est centrée sur la notion de
contex-te et a fait l’objet de nombreuses
appli-cations pour l’étude des
représenta-tions sociales (Mathieu, 2004)
Les questions ouvertes ont été
regrou-pées selon deux logiques définies a
posteriori : 1) elles étaient considérées comme des causes ou des effets de l’usure pro-fessionnelle,
2) elles étaient liées à l’exercice de la fonction ou à la formation (il s’agit là des principaux thèmes traités par les questions ouvertes)
Ce sont les principaux groupes d’in-dicateurs qui ont été choisis par les sa-lariés pour mesurer l’usure profession-nelle
Tableau 1 : Modalités d’analyse des réponses aux questions ouvertes
Causes • motivations (à l’entrée dans l’Institut • formation répondant à une demande
• polychronie dans le travail
• concrétisation possible des propositions
• expression possible dans le service sur les compétences inexploitées
• travail jeunes handicapés, facteur d’usure professionnelle ? + incidences de l’évolution
de la population accueillie sur le travail
• adéquation formation initiale / fonction actuelle
• évaluation de la charge de travail
• correspondance fiche de poste (si elle existe) et réalité du travail
Effets • propositions au niveau du poste de travail
(2 questions )
• état en début et fin de journée + attribution
de l’état décrit
• souhait fin de carrière à l’Institut et dans mêmes fonctions
• satisfaction de l’évolution de carrière
• sentiment d’être concerné(e) par les projets
et décisions prises au niveau de l’établissement, du service et des jeunes.
• en cas de changement de fonction ou de suivi de formation, modifications du temps
de travail et du salaire
Trang 9Résultats et discussion
Résultats
Les traitements des données ont
per-mis, parmi le verbatim (ensemble du
corpus textuel), d’identifier quatre
classes lexicales
La première classe se centre :
1) sur les conditions de travail en lien
avec le handicap visuel (les deux
prin-cipaux segments répétés de la classe)
et
2) sur les motivations dans le travail et
le risque potentiel d’usure du fait des
relations avec les jeunes handicapés
accueillis Les mots les plus significatifs
de cette classe sont : visuel, emploi,
intérêt, handicap, adulte, conditions,
enrichir En somme, cette classe révèle
la confrontation, l’ambiguïté, le
para-doxe qui tourne autour des motivations
dans le travail (enrichissement) et le
handicap des jeunes malvoyants
La seconde classe concerne l’évolution
des conditions d’exercice de la
fonc-tion au sein de l’entreprise Les
ques-tions illustrant la classe sont liées à ce
thème : «Est-ce que je souhaite
termi-ner ma carrière au sein de
l’entrepri-se ? Est-ce que j’ai des possibilités de
promotion ? Est-ce que je peux
m’ex-primer sur mes compétences inexploi-tées (qui pourraient améliorer mes pra-tiques futures) ? Quelles incidences a sur mon travail le fait que la popula-tion accueillie a évolué ?3» Les mots significatifs de cette classe sont : évo-lution(s) (première occurrence),
carriè-re, actuel (elle, elles), initiale, fonction, institut, adapter, enseigner, évoluer, occuper L’évolution de la carrière et
la formation initiale sont les deux asso-ciations de mots les plus fréquentes de
la classe 2
La troisième classe concerne l’état dans lequel se sentent les salariés en début et en fin de journée Les mots-clés de la classe sont : fatigué(e), ner-veux (se, sement), âge, dynamique (dynamisme), attentif (de l’attention), difficile(s), normale, seul, comporte-ment(s), sens, ambiance, donner, élèves Ces mots révèlent à la fois les causes et les effets de l’état ressenti
La quatrième classe concerne les rela-tions hiérarchiques, et plus précisé-ment le rôle joué par les chefs de ser-vice dans les relations avec le person-nel et ses attentes Les mots-clés sont : chef(s) (16 occurrences), groupe(s) (10), prise(s) (13), concertation (9), concerter (1), personnel (nom masculin
et non adjectif) (13), décision(s) (7), écouter (7), meilleure (7) “Chefs de service” et “prises en charge” sont les deux associations de mots les plus fré-quentes de la classe 4
3 Les personnes accueillies (ouverture aux
adultes) présentent de plus en plus souvent des
Trang 10Il faut aussi préciser que «chef(s) de
service» est l’association de mots la
plus présente dans tout le corpus
ana-lysé Les deux questions illustrant le
mieux la classe sont des questions de
synthèse très ouvertes : “Avez-vous des
propositions à formuler ?” et
“Avez-vous des choses à ajouter ?” Ceci
semble indiquer que cette classe s’est
constituée à partir du discours
sponta-né et le plus abouti des répondants
(ces questions se situaient en fin de
questionnaire) Les autres questions
concernées ici sont autant de causes
de l’usure professionnelle identifiées,
lorsque le travail d’analyse a porté sur
le traitement des questions fermées : la
polychronie (première cause d’usure
identifiée dans l’analyse des réponses
aux questions fermées), la
concrétisa-tion possible des proposiconcrétisa-tions faites
par les salariés, la charge de travail,
la correspondance entre le travail
demandé et le travail effectué, le
senti-ment d’être concerné par les projets et
les décisions prises
Ces éléments semblent montrer un lien
entre le rôle joué par les chefs de
ser-vice (incarnant la structure
hiérar-chique) et certaines causes de l’usure
professionnelle
En somme, quatre thèmes ressortent de
ces analyses :
• le lien entre les motivations et les
spécificités du public accueilli
• les conditions d’évolution de
l’exer-cice de la fonction
• l’état personnel ressenti en début et fin de journée
• les relations hiérarchiques
Il s’agit ici vraisemblablement des quatre facettes déterminantes du vécu des professionnels au sein de leur organisation
Les deux mappings suivants présentent les quatre classes identifiées (résultats issus du logiciel ALCESTE)
Il faut noter que le mot «jeunes» est pratiquement au cœur du mapping (jeune en tant que personne accueillie, usager) Cela tendrait à indiquer la conscience des salariés que toute l’or-ganisation est orientée vers le jeune : elle serait le fondement même de sa légitimité
Il est également intéressant de noter que les quatre classes ont des positions très nettes et opposées sur le mapping Cela renforce leur capacité explicative (indépendance statistique) et illustre une forme d’opposition entre les classes :
• La classe 1 (motivations indivi-duelles face au handicap des enfants) s’oppose à la classe 4 (relations hié-rarchiques); cela pourrait signifier qu’il n’y a pas de «collaboration», de par-tage d’intérêt, ou de même niveau de conscience entre les acteurs de ces relations hiérarchiques et ceux qui