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Les locutions imagees exprimant des emotions (dans passer l’hiver et falaises d’olivier adam) mémoire de master

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De plus, ces études apportent une compréhension globale et complète des expressions imagées sans tenir compte des contextes dans lesquels ces expressions ont été utilisées.. Bref, notre

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UNIVERSITE NATIONALE DE HANOI UNIVERSITE DE LANGUES ET D’ETUDES INTERNATIONALES DEPARTEMENT D’ETUDES POST-UNIVERSITAIRES

ĐINH HỒNG NHUNG LES LOCUTIONS IMAGEES EXPRIMANT DES EMOTIONS

(dans Passer l’hiver et Falaises d’Olivier ADAM)

Mémoire de Master

Spécialité : Linguistique Code : 60.22.20

HANOI - 2013

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UNIVERSITE NATIONALE DE HANOI UNIVERSITE DE LANGUES ET D’ETUDES INTERNATIONALES DEPARTEMENT D’ETUDES POST-UNIVERSITAIRES

ĐINH HỒNG NHUNG LES LOCUTIONS IMAGEES EXPRIMANT DES EMOTIONS

(dans Passer l’hiver et Falaises d’Olivier ADAM)

Mémoire de Master

Spécialité : Linguistique Code : 60.22.20

Directeur de mémoire : Pr Dr.ĐINH Hồng Vân

HANOI - 2013

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Table des matières

REMERCIEMENTS 1

INTRODUCTION 5

1 Raisons du choix 5

2 Questions de recherche 8

3 Méthodologie de recherche 9

CHAPITRE 1 : FONDEMENT THEORIQUE 11

1 Définition 11

2 Les caractéristiques des locutions imagées 14

3 Classifications des locutions imagées 20

4 Les sources de création des locutions imagées 23

CHAPITRE 2 : LA COMPREHENSION DES LOCUTIONS IMAGEES 28

1 Les difficultés des interlocuteurs non natifs dans la compréhension et le réemploi des locutions imagées 28

2 Comment les locutions imagées se comprennent-elles ? 35

CHAPITRE 3 : LES LOCUTIONS IMAGEES EXPRIMANT DES EMOTIONS DANS "PASSER L‟HIVER" ET "FALAISES" D‟OLIVIER ADAM 46

1 Rire aux éclats 51

2 Fondre en larmes 58

3 Etre à bout de souffle 61

4 Avoir le cœur qui bat (saute) dans la poitrine 62

5 Avoir le cœur au bout des doigts 63

6 Tomber en miettes 64

CONCLUSION 66

BIBLIOGRAPHIE 68

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REMERCIEMENTS

En préambule à ce travail de recherche, je souhaite adresser mes remerciements les plus sincères aux personnes qui m'ont apporté leur aide et qui ont contribué à l'élaboration de ce mémoire

Mes remerciements s‟adressent d'abord à Monsieur TRẦN Thế Hùng, pour son introduction à la lexicologie, pour ses conseils et son aide inconditionnel Mes remerciements s‟adressent aussi à Madame Régine HAUSERMANN, vice-présidente de PREFASSE, pour son orientation vers le premier contact avec l‟auteur Olivier Adam ainsi que pour ses conseils bibliographiques

Je tiens à exprimer ma reconnaissance envers mes parents pour leur contribution, leurs encouragements et leur patience qu‟ils m‟ont réservée tout

au long de la rédaction

J'adresse mes plus sincères remerciements à tous mes proches et amis, qui m'ont toujours soutenue et encouragée au cours de la réalisation de ce mémoire

Enfin, je tiens à remercier sincèrement Monsieur ĐINH Hồng Vân, qui, en tant que Directeur de recherche, reste toujours à l'écoute tout au long de la réalisation de ce mémoire Son érudition, sa grande responsabilité ainsi que sa patience m‟ont encouragée non seulement à achever ce travail de recherche mais m‟inspirent aussi le souhait de devenir un professeur tel il est

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Il y avait bien des travaux de recherche sur les locutions imagées, comme ceux qui portaient sur les parties du corps humain, les chiffres, les phénomènes naturels, etc Par contre, ces recueils sommatifs des locutions imagées n‟aident pas les apprenants à les réemployer de façon efficace En effet, ils répertorient des expressions imagées en un index, c'est-à-dire par ordre alphabétique des mots-clés de chaque expression De plus, ces études apportent une compréhension globale et complète des expressions imagées sans tenir compte des contextes dans lesquels ces expressions ont été utilisées Dans ce mémoire, nous essayons d‟analyser expressions imagées portant sur

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le thème "sentiment et émotion" permettant aux apprenants de les réutiliser en fonction de ce qu‟il veut exprimer Par exemple, pour exprimer une forte tristesse, les apprenants peuvent utiliser les expressions telles que „fondre en larmes‟ ou "être à bout de souffle"…

1.2 Le choix du corpus

D‟abord, les exemples tirés d‟œuvres littéraires contemporaines qui sont proches du langage courant aideront efficacement les apprenants étrangers à mieux communiquer

La langue, comme les autres produits de la société, se développe très rapidement En rédigeant mon mémoire de fin d‟études universitaires intitulé

"Les locutions imagées formant avec le mot cœur", je constatais que les exemples tirés d‟œuvres littéraires classiques sont déjà vieux par rapport au français contemporain Analysons maintenant le cas de l‟expression "casser sa

pipe" ; on l‟a trouvée dès le XVIIe siècle, dans les mazarinades, dans le sens

de "se mettre en colère", "avoir un accès de colère" Par glissement sémantique inexpliqué à ce jour, on est passé de cette première acception à une seconde, seule aujourd'hui admise : "mourir" En ce sens, on retrouve l'expression ancienne employée sous le premier empire durant les guerres napoléoniennes Sur les champs de bataille de l‟époque, les médecins militaires ne disposaient pas du matériel nécessaire pour anesthésier le soldat avant de l'amputer Pour résoudre ce problème, on avait trouvé une bien maigre solution Il s‟agissait de donner une pipe en terre cuite au patient qu‟il place entre ses dents, pour éviter que ce dernier ne crie Dans le cas ó le médecin échouait lors de l‟opération et que le soldat succombait, il lâchait alors la pipe qu‟il tenait entre ses mâchoires, et celle-ci tombait en se brisant Actuellement dans le langage familier, cette expression signifie donc

“mourir” mais on la rencontre très rarement Ainsi, l‟évolution de la langue en

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général et celle des expressions idiomatiques nous ont poussés à choisir un corpus dans le français contemporain qui pourrait faciliter la compréhension ainsi que la production chez les apprenants

Olivier ADAM est un jeune auteur contemporain qui est connu par beaucoup

de romans dont certains ont été adaptés au cinéma Ses œuvres parlent de la vie quotidienne des Français portant des états sentimentaux lourds… Ces romans et nouvelles apportent une vision d'un monde qui n‟est pas rose, remplie de conflits intérieurs, de désespoirs et de doutes Il y a donc un nombre considérable des expressions imagées exprimant des sentiments et des émotions qu‟aborde notre travail de recherche

Bref, notre travail a pour un simple objectif de contribuer à l‟approfondissement d‟un vieux sujet et de fournir une façon efficace de comprendre profondément des expressions idiomatiques : c‟est une analyse descriptive des locutions imagées dans des contextes précis

Notre mémoire se compose de trois chapitres Le premier présente un aperçu théorique des locutions avec la définition, les caractéristiques et la classification des locutions imagées en fonction des critères différents

La deuxième est réservée à une présentation des locutions figées exprimant des sentiments/émotions dans les deux œuvres "Passer l‟hiver" et "Falaises"

du jeune écrivain français Olivier ADAM tout en classifiant ces expressions sur le plan sémantique et grammatical De plus, on analyse des difficultés des apprenants étrangers dans la compréhension de ces locutions

La troisième partie traite un corpus des vingt-trois locutions imagées qui expriment des sentiments/émotions D‟abord, on va essayer de les comprendre grâce à leurs origines et sous l‟effet des procédés stylistiques Et puis, l‟analyse de ces expressions idiomatiques dans des contextes courants de

la communication quotidienne nous aidera à comprendre parfaitement des

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nuances de chaque variante Cette compréhension permettra aux apprenants

de réemployer ces locutions pour exprimer leurs propres sentiments/émotions

A l‟appui de ce corpus, nous appliquons la méthode descriptive et analytique

du contenu langagière pour en tirer des remarques sur les locutions imagées exprimant des sentiments

2 Questions de recherche

Il est indéniable que les locutions sont des "façons de s‟exprimer et des formes figées du discours, formes convenues, toutes faites, héritées par la tradition ou fraîchement crées, qui comportent une originalité de sens par rapport aux règles normales de la langue." (Rey, A : Préface du Dictionnaire des expressions et locutions P VII.) Ces expressions sont le plus souvent imagées et elles mettent dans le discours une couleur que les énoncés régulièrement produits n‟ont pas En même temps, elles ont un degré de figement plus ou moins important Certes les locutions imagées ont une forte fréquence mais Bien qu‟on les rencontre chaque jour dans la vie quotidienne ainsi que dans la littérature, on a du mal à bien comprendre les locutions imagées et encore moins de les réemployer de façon pertinente

Comme les unités lexicales simples, les locutions ont aussi souvent changé au niveau du signifiant ou au niveau du signifié Nous avons suivi ces changements dans notre travail Dans ce but, nous avons consulté ces

dictionnaires modernes de locutions : Le dictionnaire des expressions et locutions de Rey-Chantreau, Dictionnaire du français contemporain de Jean Dubois, Le bouquet des expressions imagées de Duneton, le Dictionnaire de compréhension et de production des expressions imagées de Robert Galisson

et le Dictionnaire des locutions françaises de M Rat

Dans ce mémoire, nous cherchons à répondre aux trois questions suivantes :

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2.1 Question 1: Quelles sont les difficultés des interlocuteurs non natifs

dans la compréhension et l’utilisation de ces expressions figées ?

2.2 Question 2 : Comment les locutions imagées se comprennent-elles ? 2.3 Question 3: Est-ce que les mêmes locutions expriment-elles la même

émotion dans des contextes différents ?

plus métaphorique au plus plat car l‟essentiel devait concerner des expressions toutes faites et figurées, qui ont pris naissance d‟une image, d‟une métaphore, d‟un glissement de sens Ainsi notre travail ne porte pas sur les emplois figures des mots simples

Une fois les locutions citées, nous allons analyser leur système syntaxique et les relations sémantiques entre leurs composants, les classer et les étudier du point de vue lexical dans le but de pouvoir distinguer une locution figée d‟une expression figurée figée ou créative, etc

Pour bien répondre à ces questions ci-dessus, plusieurs méthodes de recherche ont été utilisées de recherche telles que :

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3.1 Méthode descriptive

3.2 Méthode synthétique

3.3 Méthode analytique

Le rapport de notre recherche est divisé en trois chapitres :

Puisque le premier porte sur le fondement théorique sur lequel se base l‟analyse de notre corpus, cela est une synthèse de l‟ensemble des définitions

et cadres de références des concepts liés au phénomène linguistique des expressions idiomatiques

Le deuxième chapitre met l‟accent sur les facteurs pour bien comprendre des locutions ainsi que des difficultés des locuteurs non natifs dans la compréhension et le réemploi de ces expressions

Le troisième chapitre constitue la partie analytique du corpus des locutions imagées dans les nouvelles d‟Olivier Adam qui répond aux questions suscitées en se basant sur le socle théorique

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CHAPITRE 1 : FONDEMENT THEORIQUE

1 Définition

1.1 Définition de “locution imagée" et ses synonymes

Le mot locution venant du latin “locutio, loqui” (parler, parole) marque en

général, “la manière de former le discours, d‟organiser des éléments

disponibles dans la langue pour produire une forme fonctionnelle” (A Rey et

S Chantreau - Dictionnaire des expressions et locutions figurées)

En linguistique, ce terme désigne une “forme particulière de la langue, arrangement, groupe de mots figés” La langue française connaît en effet plusieurs définitions de locution au cours de son histoire dont les suivantes font partie :

En grammaire traditionnelle, “La locution est un groupe de mots (nominal, verbal, adverbial) dont la syntaxe particulière donne à ces groupes le caractère de groupe figé et qui correspondent à des mots uniques (J Dubois

et al – Dictionnaire de linguistique et des sciences du langage, p.289)

Selon L Guilbert, une locution est un groupe de mots figé, occupant la même

fonction d‟un mot simple dans l‟organisation syntaxique de la phrase: tenir tête est une locution verbale, au dessus de une locution prépositive, en vain est une locution adverbiale…” (Grand Larousse de la langue française, p.3097)

Locution est un groupe de mots ayant une valeur grammaticale particulière:

 Locution verbale : formé d‟un verbe, suivi d‟un nom généralement sans article

 Locution adverbiale : à valeur d‟adverbe

 Locution conjonctive : à valeur de conjonction

 Locution interjective : à valeur d‟interjection

 Locution prépositive : à valeur de préposition

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(P Robert – Le Petit Robert, p.1003)

Une locution imagée est une unité fonctionnelle plus longue que le mot

graphique, fondée sur une image, appartenant à la langue comme forme stable susceptible d‟assumer la fonction d‟intégrant et dont le sens global ne résulte pas de la juxtaposition du sens de ses constituants

Les locutions imagées ont pris naissance d‟une image et par la suite, d‟une métaphore, d‟un glissement de sens “elles impliquent une rhétorique et une stylistique Elles supposent le plus souvent le recours à une figure: métaphore,

métonymie Elles ont dans l‟usage social une vitalité” (A Rey et S Chantreau - Dictionnaire des locutions et expressions, p.7)

Le mot “locution imagée” a bien des synonymes tels que "expression imagée" (C Duneton 1981, R Galisson 1984), "locution verbale idiomatique" (Vittoz Canuto 1983), "idiotisme" (A Rey 1987), "locution figurée" (C Duneton 1990, M Heinz 1993), "figement lexical" (C Bally 1905),

"syntagme figé" (F de Saussure 1967), "stabilité formelle" (A.J Greimas 1960), "forme globale" (P Guiraud 196, E Coseriu 1966), “en bloc" (Pottier

1969, A Rey 1989, Burger 1982, Gross 1996) Ces mots portent une seule notion mais chacun insiste sur une des caractéristiques des locutions imagée qu‟on va aborder dans la deuxième partie (unité de forme et de sens, écart de

la norme grammaticale et lexicale)

1.2 Distinction entre “locution” et “expression”

Essayons dans cette partie d‟éclaircir la terminologie qu‟on va utiliser dans

les parties qui suivent : locution et expression Il n‟est pas facile de définir ces deux termes, mais c‟est absolument nécessaire Les termes “locution” et

“expression” sont souvent considérés comme synonymes car la différence

entre les deux est, en effet très subtile Alain Rey nous fournit une explication

convaincante de la locution : “la locution est une unité fonctionnelle la plus

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longue que le mot graphique, appartenant au code de la langue en tant que forme stable et soumise aux règles syntaxiques de manière à assumer la fonction d’intégrant.” On pourrait recopier la même phrase complexe pour

définir l‟expression, mais une légère distinction apparaît lorsqu‟on met l‟accent sur la genèse de chaque terme

1.2.1 Locution

La locution est “une unité fonctionnelle plus longue que le mot graphique,

appartenant au code de la langue (devant être apprise) en tant que forme stable et soumise aux règles syntactiques de manière à mesurer la fonction

d‟intégrant (au sens de Benveniste)” et, ayant recours à l‟étymologie, il

ajoute : "Locution […] est exactement "manière de dire", manière de former

le discours, d‟organiser les éléments disponibles de la langue pour produire une forme fonctionnelle C‟est pourquoi on peut parler de "locutions adverbiales" ou "prépositives", alors que ces mots grammaticaux complexes

ne seraient jamais appelés des “expression”

1.2.2 Expression

L‟expression est la "manière d’exprimer quelque chose, elle suppose le plus souvent le recours à une "figure", métaphore, métonymie, etc."

Les locutions relèvent alors de deux catégories, l‟une correspondant à des

groupes de mots formant une unité et ne pouvant pas être modifiée à volonté, renfermant en particulier des groupes nominaux et, l‟autre, à des groupes de mots grammaticaux complexes, également non modifiables, mais qui correspondent à des catégories linguistiques bien établies comme par exemple : locution adverbiale, locution verbale, locution adjective Dubois généralise ainsi : "La locution est un groupe de mots (nominal, verbal, adverbial) dont la syntaxe particulière donne à ces groupes le caractère d‟expression figée et qui correspondent à des mots uniques" (1994 : 289)

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Selon le Dictionnaire du français contemporain – Larousse (J Dubois et al.),

on constate que locutions et expression sont deux notions différentes En effet, locution est "un groupe figé de mots constituant une unité sur le plan du sens" tandis que expression est "un mot, groupe de mots qui exprime une

pensée ou un sentiment" Par contre, une "expression imagée" porte la même notion que "locution" C‟est-à-dire "expression imagée", comme "locution" est figée, on ne peut donc pas ajouter ou supprimer un élément dans l‟"expression imagée" ni changer leur ordre tandis que l‟autre qui contient des procédés stylistiques demeure plus flexible La signification de toute l‟expression n‟est pas toutefois établie par le sens des éléments ; ces éléments

se comportent en effet comme de faux constituants puisqu‟ils n‟ont de sens que dans leur combinaison Ainsi, cela explique pourquoi la compréhension des locutions imagées ne peut pas se faire dans presque tous les cas d‟une manière linéaire et cumulative à partir de leurs constituants

2 Les caractéristiques des locutions imagées

2.1 Unité de forme et de sens

2.1.1 La forme

Sur le plan formel, les constituants des locutions créent entre eux une

cohésion absolue, si bien qu‟ils accordent aux locutions le même statut qu‟une unité lexicale On peut parler dans ce cas d‟unité syntaxique indissoluble La manifestation linguistique de cette unité de fonctionnement se traduit donc par l‟impossibilité de séparer, de changer les éléments combinés ou d‟ajouter un

autre élément dans ce bloc Ainsi, la locution “faire chou blanc” n‟accepte pas noir ou rouge… à la place de blanc bien qu‟ils appartiennent tous au même

champ lexical de couleur sur l‟axe paradigmatique Nous ne pouvons pas non

plus y ajouter des adverbes comme complètement, bien, …C‟est pourquoi, il

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est possible de considérer qu‟une locution se comporte comme un mot simple

et qu‟il faut le mémoriser dans son ensemble, fonctionnant comme tel

2.1.2 Le sens

Sur le plan sémantique, les locutions forment une unité sémique Leur

signifié est global Il ne résulte pas de la somme des significations de ses composantes C‟est-à-dire que la combinaison de plusieurs mots peut donner naissance à une unité nouvelle dont la signification ne se réduit pas au produit des significations des unités combinées mais fonctionnant comme une unité simple

Prenons l'exemple de "Mettre le cœur sur le carreau"

 En tant qu‟un groupe verbal libre

La signification du groupe est constituée par la combinaison de celle de 6 éléments : poser le cœur sur la nappe à carreaux de la table

 En tant qu‟une locution

Signifiant Mettre le cœur sur le carreau

Signifié Vomir

La signification de toute l‟expression n‟est pas établie par le sens de 6

éléments mais correspond au sens de “vomir” Ces constituants ne

fonctionnent plus comme éléments autonomes, indépendants, ils ne gardent plus leurs valeurs linguistiques potentielles : leur vraie valeur se reconnaît dans l'ensemble de la combinaison

Ainsi, cela explique pourquoi la compréhension des locutions imagées ne peut pas se faire dans presque tous les cas d‟une manière linéaire et cumulative à partir de leurs constituants

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En résumé, considérées comme des blocs de signifiants correspondant à un seul signifié, les locutions présentent un caractère idiomatique Cela veut dire qu‟elles sont intraduisibles telles quelles dans une langue étrangère, autrement dit la traduction par transcodage des locutions figées dans une langue étrangère est quasiment impossible

2.2 Ecart de la norme grammaticale ou lexicale

Les locutions sont des façons d'exprimer et des formes figées du discours, formes convenues, toutes faites, héritées par la tradition ou fraichement crées, qui comportent une originalité de sens par rapport aux normes lexicales et grammaticales de la langue Ces locutions sont le plus souvent imagées et elles apportent aux discours une couleur que les autres expressions n'en ont pas mais ça ne les empêche pas d'en apporter au discours

Ainsi, les locutions présentent souvent des particularités dans leur forme, leur contenu et constituent des idiotismes intralinguistiques Ces anomalies résultent principalement d‟archạsmes lexicaux et morphosyntaxiques

2.2.1 Les particularités lexicales

a) Les locutions sont souvent formées avec les mots du vocabulaire de tous les jours Il s‟agit d‟abord des mots qui concernent

- les activités quotidiennes :

+ lever le coude : boire beaucoup

+ avoir un verre dans le nez : être un peu ivre

+ piquer un somme : faire une petite sieste

- les animaux :

+ rire comme une baleine : rire sans retenue

+ avoir mangé du cheval : faire preuve d‟une énergie inhabituelle

+ avoir un mal de chien de faire quelque chose : avoir beaucoup de

difficultés pour faire quelque chose

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- les émotions :

+ boire du petit lait : être très satisfait de soi-même, se réjouir

+ se mordre le doigt de quelque chose : se repentir vivement,

amèrement d‟avoir fait quelque chose

+ avoir du vague à l’âme : se sentir un peu triste, mélancolique

- les parties du corps :

+ avoir quelqu’un sur le bras : avoir quelqu‟un à charge, entretenir

quelqu‟un

+ de bouche à l’oreille : de façon non officielle, des rumeurs ou des

confidences

+ la bouche en cœur : faire des moues, des manières

Ils sont le plus souvent monosyllabiques, faciles à prononcer et à retenir Créées il y a bien longtemps, les locutions contiennent encore des traces lexicales du passé Il s‟agit d'archạsmes, c‟est-à-dire des mots qui ne sont plus employés Il existe dans les locutions un très grand nombre de mots archạques qui n‟est plus figuré sur la liste des mots contemporains dans le

dictionnaire Prenons l‟exemple “en guise de”, le mot guise a disparu du vocabulaire du français moderne Dans “au fur et à mesure”, le mot fur (taux,

proportion) est sorti de l‟usage depuis le XVIIIe

siècle Dans “à la queue leu leu”, le mot leu est éliminé par le nouveau terme loup au XIe siècle Ainsi, le lexique français comporte effectivement une série de mots qui ne sont conservés que dans les locutions De plus, certains de ces archạsmes ont

survécu dans les substitutions qui ne sont plus reconnaissables “Tomber dans les pommes” vient de “tomber dans les pasmes” issu de “se pâmer”, ou

“copains comme cochons” ó cochons est issu de socon qui signifiait à l‟époque compagnon

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A cơté des archạsmes de mots, il existe aussi des archạsmes de sens Prenons

par exemple la locution “Il n’y a pas le péril en la demeure” (plutơt : il n'y a pas péril en la demeure) Le mot “demeure”, en tant que le mot isolé est

vivant aujourd‟hui, mais il n‟est plus utilisé dans le sens que suppose la

locution : attente Il n‟y a donc pas perte de mot mais perte de sens

2.2.2 Les particularités grammaticales

Une bonne quantité des locutions survivent en marge de la syntaxe vivante et constitue également des archạsmes

Il s‟agit d‟abord de l‟omission de l‟article Ce phénomène est très fréquente,

surtout dans les locutions verbales: tenir parole, rendre justice, prendre froid, mettre fin, faire mouche… Si on ajoute l‟article dans ce groupe, il ne s‟agit plus d‟une locution et le sens change aussi Comparons “prendre part à” et

“prendre une part” Le premier signifie participer tandis que le seconde exprime le fait de tenir une partie de quelque chose

L‟ordre syntaxique est parfois renversé: le complément d‟objet peut précéder

le verbe comme “sans coup férir” Au lieu de suivre le verbe, le complément d‟objet direct “coup” se trouve avant “férir” “A son corps défendant” s‟évade

de la norme grammaticale avec l‟utilisation de “à” à la place de “en” pour exprimer le gérondif et le réfléchi “son corps” au lieu de “se” (en se

défendant)

Une autre particularité grammaticale concerne l‟absence de préposition dans les structures ó elles auraient dû figurer On rencontre souvent des

compléments de nom sans préposition comme dans “à la queue leu leu” (leu

= loup) Et il faut interpréter la formule comme “à la queue le leu”, dire à la queue du loup) ou même comme “ à la queue le leu le leu (c‟est-à-

(c‟est-à-dire à la queue du loup le loup, un loup à la queue de l‟autre, tous les loups, l‟un derrière l‟autre)

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En outre, le subjonctif dans “à Dieu ne plaise” et le gérondif sans préposition comme dans “Tambour battant” ou “Chemin faisant” se voient souvent dans

les locutions

2.3 Les valeurs particulières

Des formes et des valeurs stylistiques remarquables sont toujours exprimées dans les locutions La plupart des locutions sont prises dans un sens stylistiques

2.3.1 Métaphore

La métaphorisation de l‟abstrait est une des fonctions essentielles du langage

et les notions abstraites, dans leur presque totalité, sont exprimées à partir d‟images concrètes

- Peser vos mots

- Découvrir le pot aux roses

2.3.2 Hyperbole

L‟hyperbole consiste à exagérer sa pensée, soit inconsciemment sous le coup d‟une émotion et d‟un sentiment très vif, soi délibérément en vue d‟en

marquer l‟importance et l‟urgence

- Etre mort de peur/de fatigue

- Couper un cheveu en quatre

- Suer sang et eau

2.3.3 Antiphrase

L‟antiphrase est une forme affective du discours ; elle exprime tout

particulièrement l‟ironie Sous sa forme la plus simple et la plus populaire, elle consiste en une comparaison du type :

- Aimable comme une porte de prison

- Léger comme un éléphant

- Clair comme de l‟eau de vaisselle

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2.3.4 Ellipse

L‟ellipse est liée à des figures de langue, à des constructions et tours de

phrase particuliers

- En dire de belle, en voir de dures

- Piquer des deux

- Joindre les deux bouts

2.3.5 Comparaison

Sous la forme la plus fruste, articulée sur l‟adverbe comme, la comparaison est la figure essentielle dans les constructions locutives

- Etre pauvre comme Job

- Heureux comme un roi

- Riche comme Crésus

2.3.6 Assonnance

L‟allitération est un ornement de style qu‟on retrouve dans de nombreuses locutions ; et tout porte à penser que le plus souvent les hasards de la forme phonétique suggèrent le choix d‟une image par ailleurs indifférente

- Qui se ressemble s‟assemble

- Qui s‟excuse s‟accuse

- A bon chat bon rat

- Tout nouveau tout beau

3 Classifications des locutions imagées

3.1 Sur le plan sémantique

D‟après la classification sémantique, on peut répartir les locutions françaises

en trois types essentiels:

- les groupements synthétiques (unité indécomposable)

- les groupements intermédiaires (synthético-analytique)

- les groupements analytiques

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3.1.1 Les groupements synthétiques

Ces groupes se caractérisent par le plus haut degré de la fusion de leurs parties composantes Les significations des mots isolés y cessent d‟avoir une existence indépendante et forment un tout sémantique indissoluble

Exemple : Juger à huit clos

Ne pas être dans son assiette

Tirer le diable par la queue

3.1.2 Les groupements synthético-analytiques

Les groupements synthético-analytiques occupent une position intermédiaire entre deux types polaires de locutions Ils ne sont pas entièrement indécomposables mais ils ne sont non plus conformes à la norme grammaticale du français d‟aujourd‟hui On peut déduire du sens des parties composantes le sens global de la locution

Exemple: Avoir faim

Faire peur

À belles dents

3.1.3 Les groupements analytiques

Le français à nos jours abonde en périphrases de toutes sortes (verbales, nominales, adverbiales, prépositives, conjonctives) La majeure partie de ces périphrases est entièrement conforme à la syntaxe du français d‟aujourd‟hui,

ce qui permet de les rapporter aux locutions analytiques Pourtant, ce sont des locutions dont les significations sont phraséologiquement liées et dont l‟alliance avec les autres mots est traditionnellement consacrée par l‟usage

Exemple : Subir un examen

Subir un échec

Subir une défaite

Subir un interrogatoire

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Subir un changement

On trouve en français un nombre considérable de locutions à valeur expressive plus ou moins fortement prononcée, fondée sur l‟emploi métaphorique, plus rarement métonymique de toute la locution Il en est de même pour les locutions contenant une hyperbole ou des pléonasmes Ce sont pour la plupart des locutions proverbiales:

- tomber de la poêle dans la braise

- donner la brebis à garder au loup

- le jeu ne vaut pas la chandelle

- œil pour œil, dent pour dent

- à bon vin, point d’enseigne

- donner un œuf pour avoir un bœuf

- être cousu d’or

- à tort et à travers

3.2 Sur le plan structuro-grammatical

Outre la classification sémantique basée sur le degré de la fusion des composantes d‟une locution, il y a la classification structuro-grammaticale des groupements stables On peut répartir toutes les locutions phraséologiques en:

Locutions nominales: coup de main, arme blanche, colombe de la paix… Locutions verbales: avoir soif, se mettre en colère, voir clair, garder le

silence…

Locutions pronominales: tout le monde, quelque chose…

Locutions adverbiales: tout-à-coup, sur-le-champ, jamais de la vie, à belles

dents…

Locutions prépositives ou conjonctives: à cause de, histoire de, de peur

que, de crainte que…

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4 Les sources de création des locutions imagées

4.1 L’héritage social

La langue, mode d‟expression de la réalité, reflète les choses qu‟elle nomme :

la nature, l‟homme, la vie, ses mœurs, ses institutions, ses techniques et aussi ses façons de sentir, de concevoir le monde et ses semblables

Ceci dit, il est clair que la langue est un produit de l‟histoire et traduit un milieu et une expérience dont elle est issue Mais si les causes d‟origine externe (géographie, économie, histoire, etc.) sont de très loin les plus nombreuses, une minorité de faits qui prennent leur source dans la forme même de la langue sont les plus caractéristiques ; les plus obscurs aussi et partant les plus intéressants du point de vue du linguiste Ceci est particulièrement vrai des locutions

Commençons cependant par les examiner dans leur rapport avec la collectivité qui les a crées, ses modes de vie, son histoire Dans cette première partie, on rassemble quelques expressions nées de la vie quotidienne, des techniques, des institutions

4.1.1 La vie quotidienne

Les activités quotidiennes se reflètent dans les mots qui les expriment, elles sont la source d‟images, de façons de dire, qui en traduisent les caractères objectifs ou subjectifs

- Voler de ses propres ailes : agir sans le secours d‟autrui

- Avoir le bras long : avoir de l‟influence, du pouvoir

- Rentrer dans sa coquille : se retire prudemment d‟une discussion

4.1.2 La vie économique et sociale (la féodalité, l’Eglise, la chasse,

l’équitation et la guerre, les jeux)

Si les expressions tirées de la vie quotidienne sont claires et évidentes, il en va autrement d‟images qui dérivent de la vie sociale En effet, les institutions, les

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techniques, voire les coutumes et les mœurs évoluent et en tombant en désuétude abandonnent dans la langue des mots et des métaphores qui ont perdu tout contact avec la réalité dont ils sont issus

- Se porter garant : garantir la vérité d‟une affirmation

- Faire amende honorable : avouer ses torts

- Avoir voix au chapitre : avoir le droit de donner son avis

- Faire de gorges chaudes de quelqu’un : se moquer de quelqu‟un

- Tirer au flanc : échapper à sa tâche

- Damer le pion : surpasser

4.2 L’héritage culturel

Si le langage reflète la vie, l‟homme et la société, il a sa source aussi dans les livres ; non seulement dans notre littérature sous sa double forme, cultivée et populaire, mais encore et surtout dans la littérature ancienne à travers laquelle nous a été transmise une culture dont nous sommes des héritiers La Bible, d‟autre part, nous a été une source inépuisable d‟exemples, de paraboles et partant de métaphores et de locutions L‟histoire enfin avec ses grands faits, ses personnages, alimente la sagesse ou la verve de la communauté – beaucoup moins qu‟on le croit, d‟ailleurs, comme on le verra

Cette deuxième partie présente quelques locutions qui sont issues de l‟Antiquité grecque et latine, de la Bible, de la littérature et de l‟histoire

4.2.1 L’Antiquité grecque et latine

Les Grecs et les Latins ont, comme tout les peuples, une abondance phraséologie basée sur leur mœurs, leurs techniques, leur histoire Beaucoup

de leurs locutions sont passées en français sous forme de calques dont il n‟est pas toujours facile d‟établir ou de retracer l‟origine Mais ces locutions qui sont complètement assimilées par notre langue réfèrent à une sagesse

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universelle et sans patrie On ne mentionnera que ce qui a gardé un caractère indigène

- Etre ravi au septième ciel : éprouver un immense ravissement

- Jurer ses grands dieux : faire un serment solennel

- Tomber de Charybde en Scylla : de mal en pis

4.2.2 La Bible

La Bible est le livre par excellence, « le commencement et la fin », la source

de toute sagesse et de toute connaissance Aussi les situations, les personnages, les paraboles et les métaphores bibliques sont la source de nombreuses locutions

- Pauvre comme Job : être très pauvre

- Adore le veau d’or : faire bassement sa cour aux riches et aux puissants

- Porter sa croix : être sujet à des peines journalières

- Séparer le bon grain de l’ivraie : séparer les bons des méchants

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individu qu‟on s‟aperçoit qu‟il est impossible d‟en trouver la trace ou qu‟il est très postérieur à la naissance de l‟expression

- Faire comme le nègre : continuer

- Aller à Canossa : faire amende honorable d‟une façon humiliante

4.3 L’héritage linguistique

Beaucoup d‟expressions se sont figées à partir du moment ó les choses qu‟elles désignent ont disparu et ont cessé d‟être connues

Mais indépendamment de la réalité nommée, l‟évolution de la langue aboutit

au même résultat Dans chercher noise, cherche querelle, nous ne

reconnaissons plus un vieux mot autrefois très vivant ; et dans n‟avoir pas un sou vaillant, nous ne sentons pas une forme nominale du verbe valoir

Ainsi, non seulement la vie mais la langue elle-même déposent dans le langage des formes mortes et qui ont cessé d‟être comprises ; les unes appartiennent au lexique, les autres à la grammaire

4.3.1 Le lexique (le vocabulaire opérationnel, les mots disparus, les

formes marginales)

Le vocabulaire opérationnel est formé d‟un petit nombre de mots, tous très anciens et d‟un usage très fréquent ; des verbes comme dire ou faire, des adjectifs comme beau ou bon, etc

Le lexique se renouvelle et abandonne nombre de mots au cours de son histoire (les mots disparus) Certains disparaissent à jamais et nous n‟avons plus d‟occasion de les employer, mais d‟autres se conservent isolés dans des

locutions comme noise (qui signifiait autrefois « bruit, dispute, querelle ») dans chercher noise

Les formes marginales est une autre source d‟obscurité et de confusion et partant de survie et de succès de la locution, qui est dans une forme excentrique : argot, dialecte, emprunt étranger dont le sens et la valeur

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primitive ne sont pas compris Le malentendu ne tient plus ici à l‟évolution chronologique, mais au passage entre deux groupes sociaux sans contact

- Mourir de sa belle mort : mourir au moment ó il convient et comme il

est naturel de la faire

- Un beau matin : un matin, au milieu de la matinée

- Aller à vau-l’eau : péricliter, courir à sa perte

- Etre de mèche : être complice

- Faire la pige : surpasser quelqu‟un dans une compétition

4.3.2 La grammaire

La cristallisation de certaines expressions a aussi sa source dans la grammaire ; il s‟agit de constructions archạques aujourd‟hui arriérées et souvent à l‟origine de confusions ou d‟obscurités qui survivent en marge de la syntaxe vivante On peut facilement les repérer, les expliquer et les classer dans le cadre des principales évolutions qui caractérisent l‟histoire de notre grammaire

- N’avoir pas un sou vaillant : n‟avoir la valeur d‟un sou

- Le diable m’emporte, cỏte que cỏte : que cela cỏte ce que ça peut

bien cỏter

- Echapper belle : échapper par chance d‟un péril imminent

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CHAPITRE 2 : LA COMPREHENSION DES LOCUTIONS IMAGEES

1 Les difficultés des interlocuteurs non natifs dans la compréhension

et le réemploi des locutions imagées

Pour les natifs, il n‟est pas toujours évident de bien comprendre des locutions imagées car cela demande des connaissances extralinguistiques comme les légendes, les dialectes, les contes, etc Il est d‟autant plus difficile pour les locuteurs non natifs de saisir le sens des locutions Dans cette première partie

du deuxième chapitre, on cherche à relever les difficultés les plus fréquentes dans la compréhension des expressions idiomatiques qui nous empêchent de réemployer de façon correcte et naturelle

1.1 Les différences de traits culturels des deux pays

Le français comme le vietnamien est une langue très riche en locutions et les œuvres littéraires constituent effectivement un trésor inépuisable d‟expressions imagées D‟autre part, chaque pays a sa propre culture, son propre mode de vie, sa propre vision du monde qui ont recours aux locutions considérées comme un "miroir d‟un peuple" Il est donc très difficile de les comprendre correctement avec les seules connaissances purement linguistiques Alors, pour bien comprendre ces expressions, les apprenants doivent s‟équiper des connaissances linguistiques et extralinguistiques Les malentendus proviennent de leur ignorance de tel ou tel élément culturel dans

la langue source Prenons l‟exemple du proverbe "un travail de Pénélope" Les Vietnamiens proposent des interprétations comme :

- Làm việc như trâu

(Travailler péniblement comme le buffle)

- Hùng hục như trâu húc bờ

(Travailler sans réfléchir comme le buffle heurtant le bord du champ)

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Ce sont là des confusions regrettables dues à une méconnaissance de la mythologie grecque, selon laquelle Pénélope, femme du héro Ulysse, attend le retour de son mari de la guerre de Troie causée par l‟enlèvement d‟Hélène, la plus belle femme de cette époque Pendant les vingt années d'absence d'Ulysse, durant et après la guerre de Troie, Pénélope garde une fidélité absolue à l'épreuve de toutes les sollicitations Jour après jour, mois après mois, pendant dix ans elle n‟a aucune nouvelle d‟Ulysse Plusieurs hommes puissants dans son pays natal lui demandent en mariage Pour les refuser, Pénélope promet que dès elle finira la toile qu‟elle tisse, elle décidera de se remarier avec le meilleur d‟entre eux En fait, Pénélope fait sa toile toute la journée pourtant le soir elle la défait, alors elle ne l‟a pas finie malgré le temps passé Ainsi, "un travail de Pénélope" doit être interprété comme un travail qui n‟abouti jamais au résultat attendu malgré la peine qu‟on s‟est donné Nous pouvons maintenant trouver sans difficulté l‟équivalence du proverbe en vietnamien C‟est peut-être le proverbe :

"Dã tràng xe cát biển Đông

Nhọc nhằn mà chẳng nên công cán gì"

Il est évident que la méconnaissance de la mythologie grecque constitue un piège pour la compréhension quoique nous manipulions les moyens d‟expression connus

Quant aux francophones interrogés, ils ont connu la même situation : on révèle peu de personnes qui comprennent correctement le vouloir-dire du proverbe : "Nói dối như Cuội" (mentir comme Cuội) et "Nợ như chúa Chổm" (Endetté comme le seigneur Chổm) Ils sont nombreux à ignorer "Cuội" et

"Chổm" Ces derniers sont-ils les personnages de la mythologie ou de la légende vietnamienne ? En fait, "Cuội" apparaît dans la littérature orale populaire comme un homme intelligent, mais son nom est souvent utilisé pour

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désigner ceux qui trompent les autres, ce qui rapproche ce proverbe de celui

en français "mentir comme un arracheur de dents"

A ce propos du "seigneur Chổm", endetté dans sa jeunesse, il menait une vie dure, est néanmoins devenu plus tard seigneur Quand il est rentré dans son pays natal, il a rendu de l‟argent à ses créditeurs Cette histoire réelle a donné naissance au proverbe : "endetté comme le seigneur Chổm" dont l‟équivalence français "pauvre comme Job"

En conclusion, pour trouver de bonnes équivalences, on doit bien connaître la culture dont la langue est issue pour que les expressions ne résonnent pas faussement ou illogiquement

1.2 Les différences entre le sens "littéral" et le sens

métaphorique des locutions

Nous savons que lors du passage d‟une langue à une autre, il ne suffit pas toujours de traduire mot à mot pour comprendre le sens global de la locution

De plus, les locutions comprennent des anomalies lexicales donc ils ont fréquemment perdu le lien sémantique avec le sens primitif des mots constituants Prenons un exemple :

- Bán mặt cho đất, bán lưng cho trời

La traduction mécanique ou littérale de ce proverbe : "vendre le visage à la terre, le dos au ciel" reflète l‟incompréhension chez les francophones Au

contraire, le vouloir-dire de cette formule proverbiale est de travailler péniblement aux champs En effet, le mot "bán", employé métaphoriquement, doit être interprété par être exposé à ou être face à Littéralement, cette locution sera traduite en français "le dos exposé au ciel, le visage face à la terre"

D‟autres exemples affirment aussi que le vouloir-dire d‟un proverbe ne tient pas compte de sens des mots constituants Plusieurs francophones ont mal

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Les francophones, ils pensent en majorité que le dragon signifie la personne

"grande", puissant et que la crevette désigne la personne pauvre et "petite" Il résulte les mauvaises interprétations :

- le riche vient chez le pauvre

- le dragon drague la crevette

- l‟éléphant dans un magasin de porcelaine (l‟éléphant cassera tout à cause

de sa grande taille)

L‟expression exprime la joie, la surprise et plus au moins le reproche de l‟hôte

ou de la maîtresse de maison adressés à l‟invité qui ne vient pas chez eux depuis longtemps Pour cela, en français on a "quel vent t‟amène ?"

Bref, le signifié d‟une locution est global, il ne correspond pas à la somme des signifiés des composants La locution ne conserve son sens et son identité que sous sa forme figée, elle ne se laisse donc pas librement décomposer

1.3 L’ignorance des situations d’utilisation des expressions

Grâce au contexte précis, le lecteur trouve sans peine l‟équivalence française "les cordonniers sont souvent les plus mal chaussés" C‟est le même

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Les erreurs dans la traduction et l‟interprétation sont dues à des divergences culturelles, à l‟absence des connaissances du contexte d‟utilisation et au fait que la totalité du sens des mots constituants ne donne pas celui de toute l‟expression Alors, une fois examiner tous ces facteurs pour comprendre le vouloir-dire de la locution, nous constatons une transmission, une transposition esthétique et expressive d‟une langue à une autre

Comme son nom l‟indique, les locutions imagées peuvent véhiculer ou évoquer des messages culturels ou illustrer des notions abstraites, qui colorent

le langage et frappent l‟imagination

Mais revenons à la définition d‟"expression imagée" proposée par Robert Galisson Le linguiste définit les expressions imagées comme des expressions toutes faites qui présentent à la fois des particularités de forme et de contenu

En ce qui concerne la forme, elles représentent normalement des unités lexicales longues, difficiles à mémoriser Concernant le contenu, la compréhension de chacun des constituants ne permet pas souvent de déchiffrer l‟ensemble (Galisson 1984 : 3)

Héritées de la tradition, empruntées à une autre langue ou fraîchement créées pour représenter de nouvelles réalités, les expressions imagées peuvent connaître une évolution de sens, voire des glissements de sens plus ou moins importants dès leur naissance ou au cours d‟une évolution séculaire :

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On peut suivre aisément l‟évolution de "jeter son bonnet par-dessus les moulins", qui signifie depuis le XIXe siècle - appliqué seulement à une femme, censée porter cette coiffure - "mener tout à coup une joyeuse vie, sexuellement dissolue, après une longue période de conformité aux bonnes mœurs"… A sa première apparition, au XVIIe siècle (une époque ó les hommes portaient encore des bonnets), la locution voulait dire "renoncer à savoir ou à raconter la suite d‟une histoire" et se rapportait vraisemblablement

à un jeu populaire ou campagnard Ici, on saisit sans peine le passage d‟un employé à l‟autre, à partir de l‟idée de renoncement : renoncer à la vertu, aux bonnes manières, avec l‟imagination facile d‟un geste désinvolte, voire égrillard et provocateur de la part d‟une "personne du sexe"

Et c‟est justement à l‟intérieur du domaine concernant l‟évolution de sens que l‟on peut inscrire le phénomène de la polysémie, c‟est-à-dire l‟ajout de nouvelles acceptions à une expression imagée

Au lieu d’être dotées d’une signification unique, bien repérable dans un usage fermement établi (ce qui est le cas de quelques-unes d’entre elles), beaucoup de locutions en possèdent plusieurs, souvent assez éloignées, et se retrouvent ici, par conséquent, dans deux ou trois thèmes différents (D 1990 :

11)

Par exemple, "reprendre du poil de la bête" peut signifier :

• reprendre le dessus, se ressaisir après des ennuis ;

• se remettre d’une maladie ;

• chercher son remède dans la cause du mal

Précisons encore qu‟il y a un autre phénomène concernant les expressions imagées: la déformation

Tantơt cette déformation affecte la seule graphie, tantơt elle bouscule les mots mêmes, substituant à des termes désuets des termes par le son voisins, mais

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tous autres […] C‟est le cas de tomber dans les pâmes, devenu tomber dans les pommes ; pour à tors et à travers, expression de la langue des fileuses ou filandières, ó tors faisait allusion au fil tordu, et qu‟on écrit maintenant à tort

et à travers (Rat1999 : 10)

De plus, les expressions imagées sont souvent des euphémismes auxquels on

a recours pour aborder un sujet délicat ou tabou tel que la mort, le sexe, la politique, l‟argent ou la misère C‟est une façon d‟atténuer des propos qui pourraient choquer ou blesser Plutơt que de dire à quelqu‟un qu‟il se ménage

un intérêt dans deux partis, de deux cơtés opposés, afin de ne pas perdre, on

lui dira : "Tu joues sur les deux tableaux" ; ou encore, plutơt que de dire à quelqu‟un qu‟il se vante prématurément, on lui fera cette mise en garde : "Ne mange pas ton blé en herbe" De même, pour dire qu‟une jeune fille a perdu

sa virginité, on utilise l‟expression "avoir vu le loup" Parfois ces expressions

peuvent dévoiler la façon particulière de concevoir d‟autre cultures et d‟autres

façons d‟organiser la réalité Prenons par exemple l‟expression suivante: "filer

à l’anglaise", c‟est-à-dire s‟éclipser sans attirer l‟attention Cette expression,

qui date du temps de Bonaparte, a été inventée par les Français pour critiquer leurs ennemis anglais ; en effet les Anglais, eux, ont été les ennemis mortels, quasi permanents des Français, pendant sept longs siècles et davantage La conséquence amusante est que, pour se venger, les Anglais ont retourné l‟expression : "to take french leave" (prendre congé à la française) pour exprimer le même sens (D 1978 : 196-197)

Les expressions imagées jouent donc un rơle très important dans une langue parce qu‟elles nous permettent d‟accéder à la culture, aux valeurs et aux idées s‟exprimant à travers cette langue Or, on ne pourrait pas être parfaitement à l‟aise dans une langue étrangère sans une certain maỵtrise de ces expressions très usuelles : dans les conversations informelles, à la télévision, à la radio,

Ngày đăng: 22/10/2015, 14:29

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