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The Project Gutenberg EBook of Nouveaux souvenirs entomologiques - Livre II, by Jean-Henri Fabre docx

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XVI—LA LARVE PRIMAIRE DES MÉLOÉSXVII—L'HYPERMÉTAMORPHOSE Pour tous les yeux attentifs, c'est unspectacle à la fois étrange et d'unegrandeur singulière que celui des insectesindustrieux d

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The Project Gutenberg EBook of Nouveaux souvenirs entomologiques - Livre II, by Jean-Henri Fabre

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with this eBook or online at

Author: Jean-Henri Fabre

Release Date: March 30, 2006 [EBook

#18081]

Language: French

Trang 3

*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK NOUVEAUX SOUVENIRS ***

Produced by www.ebooksgratuits.com and Chuck Greif

Jean-Henri Fabre NOUVEAUX SOUVENIRS

Trang 4

ENTOMOLOGIQUES

Trang 6

VIII—HISTOIRE DE MES CHATS IX—LES FOURMIS ROUSSES X—FRAGMENTS SUR LA

PSYCHOLOGIE DE L'INSECTE XI—LA TARENTULE À VENTRE NOIR

XII—LES POMPILES

XIII—LES HABITANTS DE LA RONCE

XIV—LES SITARIS

XV—LA LARVE PRIMAIRE DES SITARIS

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XVI—LA LARVE PRIMAIRE DES MÉLOÉS

XVII—L'HYPERMÉTAMORPHOSE

Pour tous les yeux attentifs, c'est unspectacle à la fois étrange et d'unegrandeur singulière que celui des insectesindustrieux déployant dans leurs travauxl'art le plus raffiné L'instinct porté ainsi

au plus haut degré dont la nature offre desexemples, confond la raison humaine Letrouble de l'esprit augmente, lorsqueintervient l'observation patiente etminutieuse de tous les détails de la viedes êtres les mieux doués sous le rapport

de l'instinct

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E Blanchard.

Trang 9

L'HARMAS

C'est là ce que je désirais, hoc erat in

votis: un coin de terre, oh pas bien grand,

mais enclos et soustrait aux inconvénients

de la voie publique; un coin de terreabandonné, stérile, brûlé par le soleil,favorable aux chardons et auxhyménoptères Là, sans crainte d'êtretroublé par les passants, je pourraisinterroger l'Ammophile et le Sphex, melivrer à ce difficultueux colloque dont lademande et la réponse ont pour langagel'expérimentation; là, sans expéditions

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lointaines qui dévorent le temps, sanscourses pénibles qui énervent l'attention,

je pourrais combiner mes plans d'attaque,dresser mes embûches et en suivre les

effets chaque jour, à toute heure Hoc erat

in votis; oui, c'était là mon vœu, mon

rêve, toujours caressé, toujours fuyantdans la nébulosité de l'avenir

Aussi n'est-il pas commode de s'accorder

un laboratoire en plein champs, lorsqu'onest sous l'étreinte du terrible souci du pain

de chaque jour Quarante ans j'ai luttéavec un courage inébranlable contre lesmesquines misères de la vie; et lelaboratoire tant désiré est enfin venu Cequ'il m'a cỏté de persévérance, de travailacharné, je n'essayerai pas de le dire Ilest venu, et avec lui, condition plus grave,

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peut-être un peu de loisir Je dis peut-être,car je traỵne toujours à la jambe quelquesanneaux de la chaỵne de forçat Le vœus'est réalisé C'est un peu tard, ơ mesbeaux insectes! je crains bien que la pêche

ne me soit présentée alors que jecommence à n'avoir plus de dents pour lamanger Oui, c'est un peu tard: les largeshorizons du début sont devenus vỏtesurbaissée, étouffante, de jour en jour plusrétrécie Ne regrettant rien dans le passé,sauf ceux que j'ai perdus, ne regrettantrien, pas même mes vingt ans, n'espérantrien non plus, j'en suis à ce point ó, brisépar l'expérience des choses, on sedemande s'il vaut bien la peine de vivre

Au milieu des ruines qui m'entourent, unpan de mur reste debout, inébranlable sur

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sa base bâtie à chaux et à sable; c'est monamour pour la vérité scientifique Est-ceassez, ô mes industrieux hyménoptères,pour entreprendre d'ajouter dignementencore quelques pages à votre histoire?Les forces ne trahiront-elles pas la bonnevolonté? Pourquoi aussi vous ai-jedélaissés si longtemps? Des amis me l'ontreproché Ah! dites-leur, à ces amis, quisont à la fois les vôtres et les miens, dites-leur que ce n'était pas oubli de ma part,lassitude, abandon; je pensais à vous;j'étais persuadé que l'antre du Cercerisavait encore de beaux secrets à nousapprendre, que la chasse du Sphex nousménageait de nouvelles surprises Mais letemps manquait; j'étais seul, abandonné,luttant contre la mauvaise fortune Avant

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de philosopher fallait-il vivre Dites-leurcela et ils m'excuseront.

D'autres m'ont reproché mon langage, quin'a pas la solennité, disons mieux, lasécheresse académique Ils craignentqu'une page qui se lit sans fatigue ne soitpas toujours l'expression de la vérité Si

je les en croyais, on n'est profond qu'à lacondition d'être obscur Venez ici, toustant que vous êtes, vous les porte-aiguillon et vous les cuirassés d'élytres,prenez ma défense et témoignez en mafaveur Dites en quelle intimité je vis avecvous, avec quelle patience je vousobserve, avec quel scrupule j'enregistrevos actes Votre témoignage est unanime:oui, mes pages non hérissées de formulescreuses, de savantasses élucubrations,

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sont l'exact narré des faits observés, rien

de plus, rien de moins; et qui voudra vousinterroger à son tour obtiendra mêmesréponses

Et puis, mes chers insectes, si vous nepouvez convaincre ces braves gens parceque vous n'avez pas le poids del'ennuyeux, je leur dirai à mon tour: «Vouséventrez la bête et moi je l'étudie vivante;vous en faites un objet d'horreur et depitié, et moi je la fais aimer; voustravaillez dans un atelier de torture et dedépècement, j'observe sous le ciel bleu,

au chant des cigales; vous soumettez auxréactifs la cellule et le protoplasme,j'étudie l'instinct dans ses manifestationsles plus élevées; vous scrutez la mort, jescrute la vie Et pourquoi ne

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compléterais-je pas ma pensée: lessangliers ont troublé l'eau claire desfontaines; l'histoire naturelle, cettemagnifique étude du jeune âge, à force deperfectionnements cellulaires, est devenuechose odieuse, rebutante Or, si j'écrispour les savants, pour les philosophes quitenteront un jour de débrouiller un peul'ardu problème de l'instinct, j'écris aussi,j'écris surtout, pour les jeunes, à qui jedésire faire aimer cette histoire naturelleque vous faites tant hạr; et voilàpourquoi, tout en restant dans lescrupuleux domaine du vrai, je m'abstiens

de votre prose scientifique, qui tropsouvent, hélas! semble empruntée àquelque idiome de Hurons»

Mais ce ne sont pas là, pour le moment,

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mes affaires; j'ai à parler du coin de terretant caressé dans mes projets pour devenir

un laboratoire d'entomologie vivante, coin

de terre que j'ai fini par obtenir dans lasolitude d'un petit village C'est un

harmas On désigne sous ce nom, dans le

pays, une étendue inculte, caillouteuse,abandonnée à la végétation du thym C'esttrop maigre pour dédommager du travail

de la charrue Le mouton y passe auprintemps quand par hasard il a plu etqu'il y pousse un peu d'herbe Mon

harmas toutefois, à cause de son peu de

terre rouge noyée dans une masseinépuisable de cailloux, a reçu uncommencement de culture: autrefois, dit-

on, il y avait là des vignes Et, en effet,des fouilles, pour la plantation dequelques arbres, déterrent çà et là des

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restes de la précieuse souche, à demicarbonisés par le temps La fourche à troisdents, le seul instrument de culture quipuisse pénétrer dans un pareil sol, a doncpassé par là; et je le regrette beaucoup,car la végétation primitive a disparu Plus

de thym, plus de lavande, plus de touffes

de chêne kermès, ce chêne nain formantdes forêts au-dessus desquelles on circule

en forçant un peu l'enjambée Comme cesvégétaux, les deux premiers surtout,pourraient m'être utiles en offrant auxHyménoptères de quoi butiner, je suisobligé de les réinstaller sur le terrain d'ó

la fourche les a chassés

Ce qui abonde, et sans mon intervention,

ce sont les envahisseurs de tout sol remuéd'abord, puis longtemps abandonné à lui-

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même Il y a là, en première ligne, lechiendent, le détestable gramen dont troisans de guerre acharnée n'ont pu voirencore la finale extermination Viennentaprès, pour le nombre, les centaurées,toutes de mine revêche, hérissées depiquants ou de hallebardes étoilées Cesont la centaurée solsticiale, la centauréedes collines, la centaurée chausse-trape,

la centaurée âpre La première prédomine

đà et là, au milieu de l'inextricablefouillis des centaurées, s'élève, encandélabre ayant pour flammes d'amplesfleurs orangées, le féroce scolymed'Espagne, dont les dards équivalent pour

la force à des clous Il est dominé parl'onoporde d'Illyrie, dont la tige, isolée etdroite, s'élève de un à deux mètres et setermine par de gros pompons roses Son

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armure ne le cède guère à celle duscolyme N'oublions pas la tribu deschardons Et d'abord le cirse féroce, sibien armé que le collecteur de plantes nesait pas ó le saisir; puis le cirselancéolé, d'ample feuillage, terminant sesnervures par des pointes de lance; enfin lechardon noircissant, qui se rassemble enune rosette hérissée d'aiguilles Dans lesintervalles rampent à terre, en longuescordelettes armées de crocs, les pousses

de la ronce à fruits bleuâtres Pour visiterl'épineux fourré lorsque l'Hyménoptère ybutine, il faut des bottes montant à mi-jambe ou se résigner à de sanglantschatouillements dans les mollets Tant que

le sol conserve quelques restes des pluiesprintanières, cette rude végétation nemanque pas d'un certain charme, lorsque

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au-dessus du tapis général, fumé par lescapitules jaunes de la centauréesolsticiale, s'élèvent les pyramides duscolyme et les jets élancés de l'onoporde;mais viennent les sécheresses de l'été, et

ce n'est plus qu'une étendue désolée ó laflamme d'une allumette communiqueraitd'un bout à l'autre l'incendie Tel est, ouplutơt tel était lorsque j'en prispossession, le délicieux Eden ó jecompte vivre désormais en tête à tête avecl'insecte Quarante ans de lutte à outrance

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les hyménoptères Sa puissante végétation

de chardons et de centaurées me les attiretous à la ronde Jamais, en mes chassesentomologiques, je n'avais vu réunie en unseul point pareille population; tous lescorps de métier s'y donnent rendez-vous

Il y a là des chasseurs en tout genre degibier, des bâtisseurs en pisé, desourdisseurs en cotonnades, desassembleurs de pièces taillées dans unefeuille ou les pétales d'une fleur, desconstructeurs en cartonnage, des plâtriersgâchant l'argile, des charpentiers forant lebois, des mineurs creusant des galeriessous terre, des ouvriers travaillant labaudruche; que sais-je enfin?

Quel est celui-ci? C'est un Anthidie Ilrâtisse la tige aranéeuse de la centaurée

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solsticiale et s'amasse une balle de cotonqu'il emporte fièrement au bout desmandibules Il s'en fera sous terre dessachets en feutre d'ouate pour enfermer laprovision de miel et l'œuf.—Et ces autres,

si ardents au butin? Ce sont desMégachiles, portant sous le ventre labrosse de récolte, noire, blanche, ou rouge

de feu Elles quitteront les chardons pourvisiter les arbustes du voisinage et ydécouper sur les feuilles des piècesovales, qui seront assemblées en récipientpropre à contenir la récolte.—Et ceux-ci,habillés de velours noir? Ce sont desChalicodomes, qui travaillent le ciment et

le gravier Sur les cailloux de l'harmasaisément nous trouverions leursmaçonneries.—Ceux-ci encore, quibourdonnent bruyamment avec un essor

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brusque? Ce sont les Anthophores,établies dans les vieux murs et les talusensoleillés du voisinage.

Voici maintenant les Osmies L'uneempile ses cellules dans la rampe spiraled'une coquille vide d'escargot; une autreattaque la moelle d'un bout sec de ronce etobtient, pour ses larves, un logiscylindrique, qu'elle divise en étapes pardes cloisons; une troisième fait emploi ducanal naturel d'un roseau coupé; unequatrième est locataire gratuite desgaleries disponibles de quelque abeillemaçonne Voici les Macrocères et lesEucères, dont les mâles sont hautementencornés; les Dasypodes, qui possèdentaux pattes postérieures, pour organes derécolte, un volumineux pinceau de poils;

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les Andrènes, si variées d'espèces; lesHalictes, au ventre fluet J'en passe et enfoule Si je voulais le poursuivre, cedénombrement des hôtes de mes chardonspasserait à peu près en revue toute la gentmellifère Un savant entomologiste deBordeaux, M le professeur Pérez, à qui jesoumets la dénomination de mestrouvailles, me demandait si j'avais desmoyens spéciaux de chasse pour luienvoyer ainsi tant de raretés, denouveautés même Je suis chasseur trèspeu expert, encore moins zélé, carl'insecte m'intéresse beaucoup plus livré àson œuvre que transpercé d'une épingle aufond d'une boîte Tous mes secrets dechasse se réduisent à ma pépinière touffue

de chardons et de centaurées

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Par un hasard des plus heureux, à cettepopuleuse famille d'amasseurs de miel setrouvait associée la tribu des chasseurs.Les maçons avaient distribué çà et là,

dans l'harmas, de grands tas de sable et

des amas de pierres, en vue de laconstruction des murs d'enceinte Lestravaux traînant en longueur, ces matériauxfurent occupés dès la première année LesChalicodomes avaient choisi lesinterstices des pierres comme dortoir pour

y passer la nuit, en groupes serrés Lerobuste Lézard ocellé, qui, traqué de tropprès, court sus, gueule béante, tant àl'homme qu'au chien, s'y était choisi unantre pour guetter le scarabée passant; leMotteux Oreillard, costumé endominicain, robe blanche et ailes noires,perché sur la pierre la plus élevée, y

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chantait sa courte et rustique chansonnette.Dans le tas, quelque part, devait être lenid, avec ses œufs bleus, couleur de ciel.Avec les amas de pierres, le petitdominicain a disparu Je le regrette: c'eûtété un charmant voisin Je ne regrette pas

du tout le Lézard ocellé

Le sable donnait asile à une autrepopulation Les Bembex y balayaient leseuil de leurs terriers en lançant en arrièreune parabole poudreuse; le Sphexlanguedocien y traînait par les antennesson Éphippigère; un Stize y mettait encave ses conserves de Cicadelles À mongrand regret, les maçons finirent pardéloger la tribu giboyeuse; mais si je veux

un jour la rappeler, je n'ai qu'à renouvelerles tas de sable: ils seront bientôt tous là

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Ce qui n'a pas disparu, la demeure n'étantpas la même, ce sont les Ammophiles, que

je vois voleter, l'une au printemps, lesautres en automne, sur les allées du jardin

et parmi les gazons, à la recherche dequelque chenille; les Pompiles, qui vontalertes, battant des ailes et furetant dansles recoins pour y surprendre unearaignée Le plus grand guette la Lycose

de Narbonne, dont le terrier n'est pas raredans l'harmas Ce terrier est un puitsvertical, avec margelle de fétus de gramenentrelacés de soie Au fond du repaire onvoit reluire, comme de petits diamants, lesyeux de la robuste aranéïde, objet d'effroipour la plupart Quel gibier et quellechasse périlleuse pour le Pompile! Voicimaintenant, par une chaude après-midid'été, la Fourmi amazone, qui sort des

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dortoirs de sa caserne en longs bataillons

et s'achemine au loin pour la chasse auxesclaves Nous la suivrons dans sesrazzias en un moment de loisir Voiciencore, autour d'un tas d'herbagesconvertis en terreau, des Scolies d'unpouce et demi de long, qui volentmollement et plongent dans l'amas,attirées qu'elles sont par un riche gibier,larves de Lamellicornes, Oryctes etCétoines

Que de sujets d'étude, et ce n'est pas fini!

La demeure était aussi abandonnée que leterrain L'homme parti, le repos assuré,l'animal était accouru, s'emparant de tout

La Fauvette a élu domicile dans les lilas;

le Verdier s'est établi dans l'épais abrides cyprès; le Moineau, sous chaque tuile,

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a charrié chiffons et paille; au sommet desplatanes est venu gazouiller le Serinméridional, dont le nid douillet est grandcomme la moitié d'un abricot; le Scopss'est habitué à y faire entendre le soir sanote monotone et flûtée; l'oiseaud'Athènes, la Chouette, est accourue ygémir, y miauler Devant la maison est unvaste bassin alimenté par l'aqueduc quifournit l'eau aux fontaines du village Là,d'un kilomètre à la ronde, se rendent lesBatraciens en la saison d'amour LeCrapaud des joncs, parfois large commeune assiette, étroitement galonné de jaunesur le dos, s'y donne rendez-vous pour yprendre son bain; quand arrive lecrépuscule du soir, on voit sautiller surles bords le Crapaud accoucheur, le mâle,portant appendue, à ses pattes

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postérieures, une grappe d'œufs groscomme des grains de poivre; il vient deloin, le débonnaire père de famille, avecson précieux paquet pour le mettre à l'eau

et s'en revenir après sous quelque dalle,

ó il fait entendre comme un tintement declochette Enfin, quand elles ne sont pas àcoasser parmi la feuillée des arbres, lesRainettes se livrent à de gracieuxplongeons En mai, dès que vient la nuit,

le bassin devient donc un orchestreassourdissant; impossible de causer àtable, impossible de dormir Il a fallu ymettre ordre par des moyens peut-être unpeu trop rigoureux Comment faire? Quiveut dormir et ne le peut, devient féroce.Plus hardi, l'Hyménoptère s'est emparé

de l'habitation Sur le seuil de ma porte,

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dans un sol de gravas, niche le Sphex àbordures blanches; pour entrer chez moi,

je dois veiller à ne pas endommager sesterriers, à ne pas fouler sous les pieds lemineur absorbé dans son ouvrage Voilàbien un quart de siècle que je n'avais pasrevu le pétulant chasseur de Criquets.Quand je fis sa connaissance, j'allais levisiter à quelques kilomètres; chaque foisc'était une expédition sous l'accablantsoleil du mois d'aỏt Aujourd'hui je leretrouve devant ma porte, nous sommesd'intimes voisins L'embrasure desfenêtres closes fournit au Pélopée unappartement à température douce Contre

la paroi en pierres de taille est fixé le nid,maçonné avec de la terre Pour rentrerchez lui, le chasseur d'araignées profited'un petit trou accidentellement ouvert

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dans les volets fermés Sur les mouluresdes persiennes, quelques Chalicodomesisolés bâtissent leur groupe de cellules; à

la face intérieure des contreventsentrebâillés, un Eumène édifie son petitdôme de terre, que surmonte un courtgoulot évasé La Guêpe et le Poliste sontmes commensaux; ils viennent sur la tables'informer si les raisins servis sont bien àmaturité

Voilà certes, et le dénombrement est loind'être complet, voilà une société aussinombreuse que choisie, et dont laconversation ne manquera pas de charmer

ma solitude si je parviens à savoir laprovoquer Mes chères bêtes d'autrefois,mes vieux amis, d'autres de connaissanceplus récente, tous sont là, chassant,

Trang 33

butinant, construisant dans une étroiteproximité D'ailleurs, s'il faut varier leslieux d'observation, à quelques centaines

de pas est la montagne, avec ses maquisd'arbousiers, de cistes et de bruyères enarbre; avec ses nappes sablonneuseschères aux Bembex; avec ses talusmarneux exploités par diversHyménoptères Et voilà pourquoi,prévoyant ces richesses, j'ai fui la villepour le village, et suis venu à Sérignansarcler mes navets, arroser mes laitues

On fonde à grands frais sur nos cơtesocéaniques et méditerranéennes deslaboratoires ó l'on dissèque la petite bêtemarine, de maigre intérêt pour nous; onprodigue puissants microscopes, délicatsappareils de dissection, engins de capture,

Trang 34

embarcations, personnel de pêche,aquariums, pour savoir comment sesegmente le vitellus d'un Annélide, chosesdont je n'ai pu saisir encore toutel'importance, et l'on dédaigne la petitebête terrestre, qui vit en perpétuel rapportavec nous, qui fournit à la psychologiegénérale des documents d'inestimablevaleur, qui trop souvent compromet lafortune publique en ravageant nosrécoltes À quand donc un laboratoired'entomologie ó s'étudierait, non l'insectemort, macéré dans le trois-six, maisl'insecte vivant; un laboratoire ayant pourobjet l'instinct, les mœurs, la manière devivre, les travaux, les luttes, lapropagation de ce petit monde, aveclequel l'agriculture et la philosophiedoivent très sérieusement compter Savoir

Trang 35

à fond l'histoire du ravageur de nos vignesserait peut-être plus important que desavoir comment se termine tel filetnerveux d'un Cirrhipède; établirexpérimentalement la démarcation entrel'intelligence et l'instinct, démontrer, encomparant les faits dans la sériezoologique, si oui ou non la raisonhumaine est une faculté irréductible, toutcela devrait bien avoir le pas sur lenombre d'anneaux de l'antenne d'uncrustacé Pour ces énormes questions, unearmée de travailleurs serait nécessaire, et

il n'y a rien La mode est au mollusque et

au zoophyte Les profondeurs des merssont explorées à grand renfort de dragues;

le sol que nous foulons aux pieds resteméconnu En attendant que la mode

change, j'ouvre le laboratoire de l'harmas

Trang 36

à l'entomologie vivante, et ce laboratoire

ne cỏtera pas un centime à la bourse descontribuables

Trang 37

L'AMMOPHILE HÉRISSÉE

Un jour de mai, allant et revenant, j'épiais

ce qui pouvait se passer de nouveau dans

le laboratoire de l'harmas Favier n'étaitpas loin, occupé au travail du jardinpotager Qu'est-ce que Favier? Autant vaut

en dire tout de suite quelques mots, car ilreviendra dans mes récits

Favier est un ancien soldat Il a dresséson gourbi sous les caroubiers del'Afrique, il a mangé des oursins àConstantinople, il a chassé l'étourneau enCrimée quand chômait la mitraille Ayant

Trang 38

beaucoup vu, il a beaucoup retenu Enhiver, alors que le travail des champs setermine vers quatre heures et que lessoirées sont si longues, le râteau, lafourche et la brouette rentrés, il vients'asseoir sur la haute pierre du foyer de lacuisine ó flambent les rondins de chênevert La pipe est tirée, méthodiquementbourrée avec le pouce humecté de salive,

et fumée religieusement Depuis delongues heures, il y songe; mai il s'estabstenu car le tabac est cher Aussi laprivation a-t-elle redoublé l'attrait, et pasune bouffée n'est perdue, revenant parintervalles réglés

Cependant la conversation s'engage.Favier est, à sa guise, un de ces conteursantiques qui, pour leurs récits, étaient

Trang 39

admis à la meilleure place du foyer,seulement mon narrateur s'est formé à lacaserne N'importe, toute la maisonnée,grands et petits, l'écoute avec intérêt; si saparole est fortement imagée, elle esttoujours décente Ce serait, pour noustous, vif désappointement s'il ne venait, letravail fini, faire sa halte au coin du feu.Que nous dit-il donc pour se faire désirerainsi? Il nous raconte ce qu'il a vu du coupd'État qui nous a valu l'empire abhorré; ilnous parle des petits verres distribués etpuis de la fusillade dans le tas Lui,m'affirme-t-il, visait toujours contre lemur; et je le crois sur parole tant il meparaît navré, honteux, d'avoir pris unepart, même très innocente, à ce coup debandit.

Trang 40

Il nous raconte ses veillées dans lestranchées autour de Sébastopol; il nousparle de sa panique lorsque de nuit, étantisolé aux avant-postes et blotti dans laneige, il vit tomber à côté de lui ce qu'ilappelle un pot à fleurs Cela flambait,fusait, rayonnait, illuminait les alentours.D'une seconde à l'autre, l'infernalemachine allait éclater; notre homme étaitperdu Il n'en fut rien: le pot à fleurss'éteignit paisiblement C'était un engind'éclairage lancé pour reconnaître dansles ténèbres les travaux de l'assaillant.

Au drame de la bataille succède lacomédie de la caserne Il nous dit lesmystères du rata, les secrets de lagamelle, les comiques misères du bloc Etcomme le répertoire ne s'épuise jamais,

Ngày đăng: 28/06/2014, 19:20

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