Le texte de Trọng Đức fait employer à Charlesle le mình [toi conjugal] envers Emma selon la coutume campagnarde, et le texte de Bạch Năng Thi le em [toi conjugal] mais plus nuancé dans l
Trang 1TRADUCTIONS DE « MADAME BOVARY »
AU VIỆT NAM, VUES DES MARQUEURS DE PERSONNES
DANS LES DIALOGUES
Phùng Ngọc Kiên
Institut de Littérature (Hà Nội) Académie des Sciences sociales du Việt Nam
Partant d’une observation connue de Walter Benjamin sur la fidélité illusoire dans la traduction littéraire, idée également partagée par un écrivain polyglotte comme Louis Borges, nous proposons une hypothèse sur l’interprétation multiple dans la traduction littéraire En fait, comme la « traductibilité [des œuvres traduisibles – PNK] exprime une
certaine signification, immanente aux originaux »1, chaque traducteur en tant que lecteur devrait concrétiser en traduction sa propre compréhension confinée dans un autre contexte culturel Il s’agit de la compréhension toujours partielle, fortement limitée par le contexte et par le sujet de l’acte d’interprétation Une traduction ne couvre jamais tous les sens potentiels et éventuels d’un texte comme représentation totale portant une vérité unique2 Ce point de vue changé fait appel au remplacement de la doctrine de l’écriture polysémique par l’hypothèse des différentes
1 Walter Benjamin, « La tâche du traducteur », Œuvres 1, Gallimard, p 246.
Nous soulignons.
2 Cf Hans-Robert Jauss, Pour une esthétique de la réception, Gallimard 1978,
p 268
Trang 2manières d’interpréter dans la traduction3 Ainsi dans cette communication nous voulons attirer l’attention sur les différentes concrétisations, dues à l’interprétation partielle, des dialogues de Flaubert traduits en vietnamien au niveau des marqueurs de personnes L’une est faite par Tr ng Đ c etọ ứ l’autre par B ch Năng Thiạ 2 Ce vocabulaire, avec la catégorie du temps, fait partie des catégories fondamentales du discours pour constituer et pour révéler des « relations interpersonnelles »3 Se composant de signes « vides », « non référentiels par rapport à la ‘réalité’, toujours disponibles, et qui deviennent ‘pleins’ dès qu’un locuteur les assume dans chaque instance de son discours »4, ce type d’embrayeur constitue une sorte de l’autoréférence5
En français, hors contexte, en l’absence de renseignements complémentaires fournis par le contexte, le déictique de pronom dans l’énoncé devient opaque pour le lecteur On manque de
1 Cf Antoine Berman dans Pour une critique des traductions : John Done (Gallimard, 1999), U Eco dans Dire presque la même chose Expériences de
traduction (Bernard Grasset, 2007, p 177) Ines Oseki-Dépré dans De Walter Benjamin à nos jours… Essais de traductologie (Honoré Champion, 2007, p.
20) Traduction=Interprétation, Interprétation=Traduction Actes du colloque
international de l’Université de Ratisbonne (Honoré champion éditeur, 1998, p 81).
2 Dans cette communication, nous avons comme corpus les traductions faites respectivement, en même année (1976) et dans un même éditeur (Ed Văn học,
Hà Nội), par Trọng Đức et Bạch Năng Thi Pour qu’on se concentre dans le travail traductologique, il faut bien noter que ces deux traducteurs sont tous sortis du lycée et ont été professeurs avant 1945 Donc leur niveau de linguistique ne serait pas mis en doute.
3 Émile Benveniste, « Le Langage et l’expérience humaine » in Problèmes de
linguistique générale 2, Gallimard, 1974, p 67
4 Émile Benveniste, « La nature du pronom », Problèmes de linguistique
générale 1, Gallimard, 1966, p 257, et Roman Jakobson, « Les embrayeurs,
les catégories verbales et le verbe russe », Essais de linguistique générale,
Minuit, 1963 (2003), p.179.
5 ibid.
Trang 3repères pour la relation dans la conversation Aussi le lecteur a–t–il
du mal à établir les relations sociales entre des personnages s’il veut déchiffrer leur lien social et narratif Le vietnamien, au contraire, contextualise plus strictement les pronoms, au point que
le locuteur doit obligatoirement montrer son évaluation, implicite
ou explicite, dans l’énonciation Le pronom alors implique toujours l’attitude subjective du locuteur et les positions supposées des interlocuteurs au cours du dialogue C’est dans ces valeurs ajoutées des pronoms vietnamiens que nous envisagerons les interprétations multiples des dialogues traduits de Flaubert
1 D IALOGUES FLAUBERTIENS
C Gothot-Mersch remarque que, jusqu’au début des années
80 rares sont les études sur la parole des personnages de Flaubert, qui a accordé de l’importance au dialogue romanesque Au début,
il pense aux temps forts ó les nœuds de l’histoire sont développés, comme sa lettre à George Sand, à Amélie Bosquet1 Mais son idée sur le rơle du dialogue change au fur er à mesure à tel point qu’il y a des contradictions Il se plaint parfois d’une part
de la difficulté du dialogue tout en affirmant sa nécessité, et
d’autre part il « manifeste ainsi une méfiance de plus en plus poussée à l’égard du style direct »2 Pour Flaubert d’alors, un
dialogue « ne représente pas plus la vérité vraie (absolue) que tout
le reste » et il vaut mieux de servir de la description3 Effectivement, Flaubert est de plus en plus économe dans la restitution de la parole des personnages Pour C Duchet, ses dialogues sont vides, monotones, et ne représentent pas les moments forts comme dans le roman de Balzac Ils signifient
1 Cf Béatrice Didier, préface de Madame Bovary,Librairie générale française,
1983, p 388.
2 Claudine Gothot-Mersch, « La parole des personnages », Travail de
Flaubert, Le Seuil, 1983, p 202 Nous soulignons.
3 Cf Claudine Gothot-Mersch (1983), op cit., p 201
Trang 4plutơt les « insignifiants »1 puisque les répliques sont indifférentes
à la situation d’interlocution, et « ne caractérisent pas les
personnages » Ce critique renonce à l’opinion d’Albert Thibaudet alors couramment admise sur la variété du dialogue de Flaubert2
Se produit dans ce dispositif du récit la cọncidence au niveau temporel entre le temps de lecture, de perception et le temps réel3 C’est grâce à ce rapprochement de la durée que le dialogue semble devenir plus « objectif » linguistiquement et peut émerger au premier plan4 Ainsi les pronoms des dialogues
« sortent » du contrơle du narrateur pour être régis par l’auteur implicite, qui « choisit, consciemment ou inconsciemment, ce que nous lisons »5 L’autonomie due à la sortie du contrơle du narrateur permet d’établir les rapports directs entre les personnages En considérant cette « autonomie », on peut voir comment les auteurs implicites des traductions ont différemment construits le monde flaubertien dans le contexte d’arrivée
2 D ES INTERPRÉTATIONS PARTIELLES EN MOUVEMENT
On se focalise ici sur les changements particuliers, sur les transformations éventuelles des pronoms au cours de la lecture concrétisée en vietnamien, dite traduction Les valeurs des termes sont en mouvement en fonction du contexte et du locuteur pour
1 Philippe Dufour, Flaubert et le Pignouf, Essais sur la représentation
romanesque du langage, Presses Universitaires de Vincennes, 1993, p 69.
2 Cf la discussion sur les italiques comme indice sociale dans l’écriture de Flaubert, Revue Europe, 1969.
3 Voir Gérard Genette, « Frontières du récit », Figures II, Le Seuil, 1966.
4 Henri Mitterand, Dialogue et littéralité romanesque, cité d’après Yves Stalloniy, op cit., 2006, p 61.
5 Wayne Booth, The Rhétoric of Fiction, Chicago, 1961, p 74-74, cité d’après Jaap Linvelt, op cit, José Corti, 1981, p 19.
Trang 5déterminer la signification en vietnamien Il s’agit des valeurs ajoutées des pronoms vietnamiens, qui varient au fur et à mesure
de la concrétisation de la traduction Par conséquence nous aurons les analyses textuelles comparatives entre le debut et la fin de l’histoire Nous focaliserons sur ce qu’on peut appeler
« événement traductologique » en tant qu’une définition limitée de
la traduction littéraire
a Au début de l’histoire
Dans le texte romanesque en français,, on a généralement deux groupes de pronoms en fonction des relations, intimes et sociales, qui sont tutoiement et vouvoiement Il en est complètement différent dans le texte en vietnamien ó les pronoms
du dialogue révèlent en même temps les attitudes des locuteurs, leurs allusions, leurs positions sociales, leurs tons, les caractéristiques dans leurs relations, etc Ainsi, la même formule d’expression intime en français serait éventuellement concrétisée par différentes formules d’expression et par différents pronoms en vietnamien en fonction de l’interprétation des traducteurs Considérons de près une conversation entre deux personnages principaux lors de la décision de renvoyer la bonne Le texte de
Trọng Đức fait employer à Charlesle le mình [toi conjugal] envers
Emma selon la coutume campagnarde, et le texte de Bạch Năng
Thi le em [toi conjugal] mais plus nuancé dans le sens amoureux Les deux Charles s’appellent tơi dans la relation familiale Le
Charles de Trọng Đức est donc moins bourgeois que celui de Bạch Năng Thi dans la vie conjugale :
Thế mình đuổi nĩ đi thật đấy
à ? Cuối cùng hắn hỏi
Ừ Ai cấm tơi! Cơ ta đáp.
(Trọng Đức, p 89)
Thế em đuổi cơ ta đi thật đấy à ?
Cuối cùng hắn hỏi
Thật chứ Ai cấm tơi nào ! Nàng
đáp (Bạch Năng Thi, p 77)
– Est–ce que tu l'as renvoyée pour tout de
bon ? dit–il enfin.
– Oui Qui m'en empêche ? répondit–elle.
Trang 6Le pronom de la première personne, employé par les deux
Emma de Trọng Đức et de Bạch Năng Thi tơi [moi], dans ce
dialogue se refère à un « moi social », donc ce terme évoque l’attitude hautaine qu’elle adopte à l’égard de son mari1 On remarque deux aspects de ce pronom singulier dans la définition, selon le Dictionnaire : « dans le rapport avec l’interlocuteur de même rang » qui veut « ne pas exprimer clairement l’attitude et sentiment individuel » Force est de constater que ce « pronom social » n’est utilisé dans la vie conjugale des bourgeois par la femme qu’il y a des différences importantes et même une rupture éventuelle au sein du couple Comme Nguyễn Phú Phong décrit le système de pronoms vietnamien, « dans le système de termes de
parenté employés comme substantifs pronominaux à la place de je
et de tu dans un contexte interlocutif de type familial, il ne peut et
ne doit pas exister un terme étranger, nommément EGO, qui est en situation de rupture avec tout autre terme du système »2 On n’entend pas vraiment dans ce dialogue l’écho du tutoiement de la vie conjugale à la vietnamienne C’est avec ce pronom vietnamien que la situation narrative insiste sur l’air hautain impliqué dans l’attitude de l’hérọne à l’égard de son mari Le son discordant retentit fortement dans leur conversation en vietnamien Ce décalage fait découvrir ce que le proverbe vietnamien dit souvent sur la discordance dans la vie conjugale : « đồng sàng dị mộng » [on est dans un même lit aux rêves différents] Confrontons les pronoms utilisés dans la conversation entre le couple modèle de la bourgeoisie provinciale, les Homais Ils
emploient le couple de pronom réversible, mình-tơi Leur tutoiement en français est traduit en mình [tutoiement conjugal]
pour exprimer l’attachement conjugal :
1 Hồng Phê, dir., Từ điển tiếng Việt [Dictionnaire du Vietnamien], Ed Khoa
học xã hội (Sciences sociales), Hồ Chí Minh ville, 1990, p 1042 : « Tơi 3 : đ,
từ cá nhân dùng để tự xưng với người ngang hàng hoặc khi khơng cần bày tỏ thái độ tình cảm gì »
2 Nguyễn Phú Phong, « Les substituts pronominaux », in Questions de
linguistique vietnamienne, les classificateurs et les déictiques, Presse de
l’EFEO, 1995, p 208.
Trang 7Vậy là mình định biến chúng
thành dân mọi Caraip hay
Bơtơquyđơt à ? (Trọng Đức, p.
167)
Vậy là mình định biến chúng
thành dân mọi Caraip hay Bơtơquyđơt à ? (Bạch Năng Thi,
p 155)
Tu prétends donc en faire des Carạbes ou des
Botocudos ? (Flaubert, p 207)
Madame Homais emploie également le même pronom mình
(toi conjugal) à l’égard de son mari :
Khơng mình đừng mĩ vào (Trọng
Đức et Bạch Năng Thi)
Non ! n'y touche pas ! (Flaubert, p 378)
Visiblement les deux auteurs implicites, de Trọng Đức et de
Bạch Năng Thi, ne se diffèrent pas quand ils traitent ce dialogue
conjugal du couple de pharmacien Cette ressemblance dans cette
situation n’est pas vraiment hasarde puisqu’elle montre clairement
que dans ce détail, qui ne joue pas vraiment un rơle diégétique, ils
suivent facilement les normes langagières de la traduction Au
contraire, la différence d’interprétation survenue spontanément ou
consciemment ne se tient que quand le traducteur se situe face au
couple du médecin L’attitude d’Emma convient à l’exclusion de
Charles dans son soliloque avec le pronom de la troisième
personne hắn [lui méprisé] Les deux Emma, de Trọng Đức et de
Bạch Năng Thi, ne résistent pas la tentation de « murmurer » ce
pronom dans la visite de la filature On a affaire à un « événement
sémiotique » dans le récit à travers la transformation des pronoms :
À, nàng thầm nghĩ, hắn ta mang dao trong túi
như một người nhà quê ! (Bạch Năng Thi, p 124)
À, cơ ta nghĩ thầm, hắn mang dao trong túi như
một người nhà quê ! (p Trọng Đức, 135).
Ah ! se dit-elle, il porte un couteau dans sa
poche, comme un paysan ! (Flaubert, p 189)
Les deux traducteurs emploient le pronom hắn (ta) [lui
méprisé] pour traduire le « il », censé neutre en français, de
Charles Sa nuance annonce clairement l’exécration de la femme
Trang 8envers son mari, donc implique visiblement son exclusion de la
perspective du locuteur Ce pronom ne contient pas seulement
l’atmosphère campagnarde, mais aussi insiste sur la dégradation
axiologique de Charles dans la perspective de sa femme La
différence d’interprétation s’intensifiera au fur et à mesure de la
traduction On s’occupe ensuite des traductions des pronoms dans
la fin du récit
b Vers la fin de l’histoire
Dans le monde diégétique de la version de Trọng Đức, il n’y
a rien de changé au fil du roman Quand Charles, dans la
Troisième Partie, ne se contient plus et va à Rouen chercher Emma
qui reste toute la nuit dans la ville après la rencontre avec Léon :
- Qui t'a retenue hier ?
- J'ai été malade (Flaubert, p 412)
Ai giữ mình lại, hôm qua ?
Tôi ốm (Trọng Đức, tr 374)
Ai giữ em, hôm qua ?
Em ốm (Bạch Năng Thi, tr 366)
L’auteur implicite de Trọng Đức garde intact leur appellation
employée du début du récit, qui annonce la distance existant
toujours entre eux L’auteur implicite propose aux personnages le
couple mình-tôi [toi conjugal – moi social] dans lequel on entend
une discordance entre deux voix, de Charles et d’Emma D’un côté
c’est une voix pleine de souci que Charles adresse à sa femme
avec le pronom de la deuxième personne mình [toi conjugal] De
l’autre, c’est une voix indifférente, peut-être un peu embarrassée
mais « étrangère », que la femme accorde à son mari Son attitude
hautaine dans la relation conjugale est même renforcée
Différemment pour l’interprétation de Bạch Năng Thi, son Emma,
à la question du mari, répond par le pronom em [moi conjugal] Ce
pronom convient au couple réversible de pronom anh-em
[tutoiement conjugal] plein d’affection qu’elle adopte également
avec ses amants Au moins, à travers l’emploi de ce pronom du
couple anh-em [tutoiement conjugal], l’Emma de Bạch Năng Thi
Trang 9témoigne d’un attachement formel avec son mari Cet attachement
formel se lie à une sorte de transformation intérieure de l’hérọne,
qui annonce peut-être un double mouvement paradoxal dans les
dernières étapes : le mensonge conscient à l’égard du mari et le
commencement de la réconciliation entre eux dans le lien
conjugal Cette transformation sort-elle du dessein du traducteur ?
On n’en est pas sûr Il est certain que dans la vision de l’auteur
implicite de Bạch Năng Thi, il se produit tacitement une
transformation inattendue représentée par des pronoms du
dialogue Veut-il annoncer le changement intérieur chez la femme
du médecin comme le repentir, la réconciliation après les illusions,
ou la velléité ? Veut-il justifier les erreurs de l’hérọne ? La
différence d’attitude de l’Emma de Bạch Năng Thi est alors
d’autant plus importante et plus sensible si on fait la comparaison
avec celle de Trọng Đức dans les derniers moments À la réponse
de Charles à la vue de la porcelaine, l’Emma de Trọng Đức dit en
continuant le couple anh-tơi [tutoiement social avec distance], qui
évoque le ton sec de la femme envers le mari :
Ồ, để tơi yên (Trọng Đức, p 424)
- Oh ! laisse-moi ! (Flaubert, p 459)
Khơng phải, anh lầm đấy (p 425)
Non, tu te trompes ! (Flaubert, p 460)
Il faut attendre les dernières répliques pour que, plus douce
dans le réconfort adressé à son mari, l’Emma de Trọng Đức
n’emploie que le couple mình-tơi [tutoiement conjugal] La
transformation dans leur lien conjugal représentée par les pronoms
survient vraiment au dernier moment :
Đừng khĩc ! – cơ ta bảo hắn – Sắp tới tơi sẽ
chẳng làm khổ mình nữa (p 426) - Ne pleure pas ! lui dit-elle Bientơt je ne tetourmenterai plus ! ! (Flaubert, p 462)
Le tơi [moi social] dans le rapport avec le mình [toi
conjugal] est nuancé On entend cette fois-ci la même nuance que
le pronom mình [toi conjugal] utilisé par son mari Ce changement
signifie un virage intérieur chez elle dans la traduction de Trọng
Đức Cette transformation mérite d’être considérée comme
Trang 10événement au sens sémiotique La femme emploie le même mình
[toi conjugal et d’affection] que son mari C’est à ce moment que
l’hérọne revient au rơle habituel de la femme dans la famille Cet
événement sémantique marque visiblement la perte de l’illusion
dont elle est consciente à ce moment important Peut-on parler de
la réconciliation conjugale, qui ne se produit qu’au dernier
moment de sa vie, ou seulement du retour d’Emma au rơle
conjugal dans la traduction de Trọng Đức ? On se souvient de la
remarque du traducteur Trọng Đức dans la préface : « En fait,
Emma Bovary est une hérọne complexe, à la fois pitoyable et
blâmable, donc l'attitude de Flaubert envers elle est
ambivalente »1 Pour Trọng Đức, elle est pitoyable car elle a osé
résister à la vie morne, itérative de la province C’est partiellement
à cause de son mari imbécile qu'elle a souffert sa tragédie Mais au
contraire, « elle est blâmable d’abandonner sa famille »
L’hérọne de Bạch Năng Thi semble être plus douce dans
cette réponse, avec le retour du couple em-anh [tutoiement
conjugal] comme on le voit Dans cette circonstance particulière
de la vie, le couple de em-anh [tutoiement conjugal] de Bạch Năng
Thi n’est plus parole de mensonge comme leur rencontre surprise
le matin à Rouen Il est plein de l’affection éprouvée de la femme
envers le pauvre mari :
Đừng khĩc ! – nàng bảo anh – Chẳng bao lâu
nữa em sẽ khơng cịn làm khổ anh (p 421)
Ne pleure pas ! lui dit-elle Bientơt je ne te
tourmenterai plus ! (Flaubert, p 462)
L’Emma de Bạch Năng Thi avait employé ce couple de
pronoms em-anh [tutoiement amoureux] pour ses amants dans sa
quête de l’amour idéal puisqu’elle croit à « l’effet » du langage
Mais cet effet n’est qu’un mirage, l’amour idéal n’existe pas dans
l’adultère Ainsi chez l’Emma de Bạch Năng Thi, les pronoms
anh-em [tutoiement conjugal] cọncident avec le tutoiement
amoureux Ils révèlent visiblement le réveil de l’idée de retour à la
famille, à l’amour conjugal dans les derniers moments de sa vie
1 Trọng Đức, Bà Bơvary, Ed Văn học, Hà Nội, 1976, p 17.