Le Tân đính luân lý giáo khoa thư (Manuel de morale, nouvelle version ; ou Nouvelle version) est un manuel de morale rédigé, gravé et imprimé à l’école Đông Kinh Nghĩa Thục pour servir de base à l’enseignement donné dans cette école La rédaction des manuels scolaires a toujours reflété les idées, les connaissances, les choix de valeurs d’une époque et leur étude fournit nécessairement des éclairages puissants sur les sociétés qui les ont émis, mais cette caractéristique est d’autant plus affirmé[.]
Trang 1Le Tân đính luân lý giáo khoa thư (Manuel de morale, nouvelle version ; ou Nouvelle version) est un manuel de morale rédigé, gravé
et imprimé à l’école Đông Kinh Nghĩa Thục pour servir de base à l’enseignement donné dans cette école La rédaction des manuels scolaires a toujours reflété les idées, les connaissances, les choix de valeurs d’une époque et leur étude fournit nécessairement des éclairages puissants sur les sociétés qui les ont émis, mais cette caractéristique est d’autant plus affirmée dans le cas de Đông Kinh Nghĩa Thục, qu’elle n’était pas seulement une école privée qui dispensait des cours, mais un des maillons importants dans le mouvement Duy Tân alors en pleine effervescence du Nord au Sud L’étude et l’analyse détaillée du contenu de la Nouvelle version pourraient donc contribuer à une meilleure compréhension
de l’évolution des idées des lettrés au début du XXe siècle, et de l’histoire des idées au Vietnam en général
1 Ce manuel a été traduit en quốc ngữ par Vũ Văn Sạch, puis publié à Hanoi
en 1997 par les éditions ( )
2Nous avons travaillé sur l’unique exemplaire de ce manuel conservé dans les fonds de la Résidence de Nam Định au Centre national d’archives n° 1 à Hanoi dans le dossier 2629 intitulé Les textes visant
à critiquer et à abaisser le Gouvernement du Protectorat, 1907-1908
Le texte en caractères chinois1 compte trente-six feuilles recto verso, donc soixante-douze pages ; la présentation est traditionnelle et la lecture se fait du haut en bas La préface a été rédigée le 27 du 2e mois
de l’année Đinh mùi (1907) Les citations sont accompagnées du numéro des pages et de face A ou B Nous laisserons de côté ici l’analyse sémantique et stylistique, ainsi que les aspects techniques pour nous borner à l’analyse des idées de morale contenues dans ce manuel Avant d’analyser sa nouveauté, ainsi que les révisions des
Trang 2lettrés modernistes par rapport à la morale confucéenne traditionnelle, il convient de présenter rapidement quelques points clés de l’idéologie et de la morale du confucianisme classique
La structure générale de
la Nouvelle Version et les bases
de la morale confucéenne
traditionnelle
3La morale vietnamienne traditionnelle n’est pas construite d’après
le confucianisme du temps de Confucius et de Mencius (Ve siècle av J.-C.), mais d’après la conception morale telle qu’elle a été établie à partir des Tần Hán (IIIe siècle av J.-C – IIIe siècle apr J.-C.) Le contenu
de cette morale est complexe, mais en résumé l’on peut dire qu’elle est exprimée d’une façon concentrée et systématique dans les Trois Relations (Tam cương : souverain-sujet, père-fils, époux-épouse) et les Cinq Relations (Ngũ luân : souverain-sujet, père-fils, époux-épouse, entre les frères, entre les amis) Le système des Trois Relations est considéré comme le pilier de la morale confucéenne et entraîne des conséquences en termes de hiérarchie et de préséance, selon un ordre immuable que les lettrés confucéens ont développé au niveau de l’ordre universel, celui d’un univers aussi stable que la Terre et le Ciel L’esprit des relations dans le système des Trois Relations réside dans la Fidélité (Trung), la Piété filiale (Hiếu), la Loyauté à toute épreuve (Tiết nghĩa) Ce sont les catégories morales les plus importantes : les sujets doivent être fidèles au souverain ; l’enfant doit être pieux envers ses parents ; les époux doivent être respectueux et fidèles
Trang 34Les deux premières catégories (Trung et Hiếu) concernent la morale individuelle, mais ont des conséquences politiques suivant la séquence suivante : perfectionnement individuel ; fonctionnement de
la famille ; gouvernement du pays ; conquête du monde (tu thân – tề gia – trị quốc – bình thiên hạ) Cette morale inclut l’aspect intérieur
du perfectionnement moral de l’individu et l’aspect extérieur de l’action sociale Des relations étroites lient la Fidélité et la Piété : la piété dans la famille est la condition pour avoir des sujets fidèles La fidélité du sujet vis-à-vis du souverain est conçue comme l’élargissement et le développement de la piété filiale Dans un même mouvement la piété filiale implique nécessairement la fidélité au souverain Dans l’histoire du Vietnam, les catégories morales Fidélité
et Piété sont très tôt mentionnées Les Annales consignent un rite institué sous les Lý après la révolte des Trois princes (loạn Tam Vương) qui consiste à faire venir, au début du printemps au temple
de Ðồng Cổ, tous les membres de la famille royale et les mandarins pour prêter au souverain le serment suivant : « celui qui est sujet infidèle et fils impie sera mis à mort par les génies » Dès la dynastie des Lý au XIe siècle, ces deux concepts sont donc l’objet d’une attention toute particulière À partir du XVe siècle, dans toutes les manifestations du confucianisme, depuis les rédactions aux concours, les poèmes et les proses, les lois, les ouvrages divers enseignés dans la famille et dans le lignage, etc le système moral des Trois Relations et les catégories Fidélité – Piété occupent toujours une place centrale, stratégique et extrêmement importante Jusqu’au milieu du XIXe siècle, dans son ensemble ce système reste sacré et domine le système des valeurs dans la société vietnamienne
5Dans la Nouvelle version qui est un manuel destiné au grand public, les sujets abordés sont considérés comme des modules de
Trang 4connaissances que les rédacteurs désirent transmettre aux élèves La distribution des sujets en chapitres et en sous-chapitres, ainsi que leur ordre, exprime les centres d’intérêts des rédacteurs et leur volonté de souligner les questions abordées
6La Nouvelle version est divisée en sept chapitres avec les chapitres suivants :
sous-1 Généralités (Tổng luận) : Honneur national (Quốc thể) – Fidélité (Trung Hiếu) ;
2 Par rapport au Pays (Đối quốc) : Pays (Quốc) ; Respecter le souverain, aimer le pays (Tôn vương ái quốc) ; Lois (Thủ pháp) ; Armée (Binh
dịch) ; Impôt (Nạp thuế) ; Élection des députés (Tuyển cử nghị viên) ; Éducation des enfants (Giáo dục tử nữ) ;
3 Par rapport à la famille (Ðối gia) : Famille (Gia tộc) ; Époux (Phu thê) ; Parents et enfants (Phụ tử) ; Aînés et cadets (Huynh đệ) ;
4 Par rapport à soi-même (Ðối kỷ) : Soi-même (Kỷ) ; Hygiène (Vệ sinh) ; Connaissance (Dũ trí) ; Morale (Tiến đức) ;
5 Par rapport à l’autrui (Ðối nhân) : Respect du maître (Tôn sư) ; Respect
de l’aîné (Kính trưởng) ; Amis (Giao hữu) ;
6 Par rapport à la société (Ðối xã hội) : Société (Xã hội) ; Cause publique (Công nghĩa) ; Bienfait (Công đức) ;
7 Par rapport à la nature (Ðối thứ vật) : Tolérance (Bác ái) ; Animaux
Trang 5Cependant ces idées sont mises en valeur à la manière d’un manifeste, dès le début du manuel, parce qu’elles sont considérées comme la base de tout ce qui suivra La distinction entre « honneur national » et « fidélité » est un fait remarquable Les manuels traditionnels de morale posent en effet la « fidélité-piété » (trung hiếu) comme la première question à débattre2, mais le concept
« fidélité » (trung) comprend déjà les problématiques de la nation et
du pays (quốc) La Nouvelle version innove donc en réservant la première place à la nation d’une part, en la distinguant d’autre part
du souverain : la fidélité au souverain et l’attitude par rapport à la patrie sont désormais deux notions distinctes Dans le contexte d’un pays sous domination étrangère le souverain n’est plus synonyme du pays, car le pays n’est plus celui du roi
8La Nouvelle version propose par ailleurs une structure logique différente de la morale traditionnelle Dans l’esprit confucéen, le modèle suit généralement le chemin de l’auto-perfectionnement (Nội thánh) qui permet d’emprunter la voie de la vertu (Ngoại vương) vis-à-vis d’autrui Logiquement, soi-même (kỷ) est le point de départ d’un itinéraire qui aboutit à la société (thiên hạ) : la sincérité dans l’âme entraîne une vie spirituelle poursuivant le juste chemin, puis la connaissance du monde extérieur ou bien, le perfectionnement individuel permet de gérer la famille, puis de gouverner le pays, puis
de faire régner la paix dans le monde (thành ý – chính tâm – cách vật – trí tri – tu thân – tề gia – trị quốc – bình thiên hạ) Ce cheminement des racines au sommet, du proche au lointain, permet de résoudre toutes les questions de l’individuel et du collectif, de l’intérieur et de l’extérieur Le cheminement dans l’autre sens (de l’extérieur à l’intérieur et du général au concret) est parfois pratiqué, mais toujours dans un enchaînement linéaire La Nouvelle version suit le
Trang 6schéma suivant : pays – famille – soi-même – autrui – société – nature
Ce n’est pas une logique habituelle : elle ne va pas vers le général, ni vers le concret comme dans les ouvrages traditionnels La première séquence de ce schéma – du pays à l’individu – représente un système
à l’horizontale, du général au concret La deuxième séquence – de l’individu à la nature – a une structure verticale Cela est une nouveauté La société est considérée comme une famille étendue avec les relations morales familiales élargies Dans le système de morale traditionnelle la notion de société n’existe pas : soi-même et autrui sont inclus dans les étapes du schéma « perfectionnement moral – gérer la famille – conquérir le monde » L’attention accordée à un autre ensemble de relations morales d’un type nouveau s’oriente ici vers la construction d’une société avec des membres qui ne sont pas seulement sujets, mais aussi citoyens Le système moral proposé par les lettrés modernistes peut ainsi être considéré à la fois comme nouveau et ancien dans son ensemble Il s’agit ici d’une morale qui s’adresse à la fois aux sujets et aux citoyens
9Cette morale correspond tout à fait à l’idée de monarchie constitutionnelle Dans le chapitre « Par rapport au pays », les parties
« Élections des députés » et « Lois » représentent d’ailleurs des problématiques inconnues du système traditionnel Au premier regard, les chapitres « Par rapport à autrui » et « Par rapport à la société » semblent faire double emploi : les relations envers autrui sont aussi celles envers les autres membres de la société Cependant, par la distinction introduite entre ces deux parties, les rédacteurs veulent exposer deux systèmes différents Les relations envers autrui concernent les relations communautaires de l’ancien type qui incluent
le respect du maître, de l’aîné et les relations amicales La société inclut, quant à elle, des relations d’un type tout à fait nouveau ;
Trang 7l’accent est ici mis sur les vertus citoyennes comme les bienfaits, les causes publiques, les cérémonies, etc Cette juxtaposition s’explique peut-être par la nécessité de concilier une conception ancienne encore bien vivante et une nouvelle conception qui ne s’est pas encore imposée La structure du chapitre « Par rapport à la famille » montre également des différences par rapport à la morale traditionnelle : les relations des « Époux », y précèdent « Parents-Enfants » et « Aînés et cadets », alors que dans les manuels traditionnels de morale, les relations parents-enfants sont mises en premier lieu Le fait d’intervertir l’ordre des relations par rapport aux Trois Relations traditionnelles et par là de mettre l’accent sur les relations entre les époux peut être considéré comme une innovation dans la morale familiale Cela traduit probablement une certaine influence de l’esprit d’égalité des philosophies européennes et américaines dont les lettrés modernistes ont pu avoir connaissance
10Le quatrième chapitre concerne l’attitude par rapport à soi-même (Đối kỷ) Les lettrés confucéens considèrent cette question comme le point de départ pour l’enchaînement des comportements et des relations C’est pour cela qu’il faut ce perfectionnement moralement (tu kỷ) afin d’accomplir correctement les autres relations Se perfectionner moralement est un entraînement visant la résolution correcte des relations : ce que je veux pour moi je le ferai pour autrui (suy kỷ cập nhân) ; si je suis moralement bon je peux avoir une bonne influence sur autrui (tu kỷ an nhân) ; donc quand je me perfectionne moralement cela représente aussi une condition pour faire de la politique et faire régner l’harmonie dans le monde (tu kỷ để an bách tính) Le chapitre « Par rapport à soi-même » dans la Nouvelle version comprend quatre parties selon l’ordre suivant : soi-même – hygiène – connaissances – morale Cet enchaînement ne considère
Trang 8pas la morale comme primordiale, mais la morale ne peut être respectée correctement que s’il y a une attitude correcte par rapport
à soi-même, et l’intelligence ne peut se développer que grâce à un corps en bonne santé, c’est l’ensemble de ces conditions qui mène à une bonne morale La morale représente toujours un objectif important à atteindre, mais exposé en dernier lieu Dans le raisonnement de cette dernière partie sur la morale, on voit qu’elle a toujours un rôle très important, mais dans la logique du raisonnement et la conception de l’éducation de l’individu sont déjà introduits beaucoup d’éléments nouveaux, assez proche de l’idée de l’éducation globale dans la pédagogie actuelle Le sixième chapitre,
« Par rapport à la société », et le dernier chapitre, « Par rapport à la nature », sont nouveaux : les manuels traditionnels n’abordent presque jamais ces questions
11Dans l’ensemble, la structure logique de la Nouvelle version, ainsi que l’ordre des sujets développés, montrent que le système moral proposé par les lettrés modernistes est différent, l’ancien système subsistant cependant à travers des éléments isolés Le manuel tente
de concilier la morale du sujet et celle du citoyen et c’est ce qui oblige les rédacteurs à introduire des changements dans la structure du système Par contre, il ne propose pas de système globalement nouveau, mais un élargissement constitué d’ajouts et de coupures
Les nouveautés
12Après une appréciation globale sur la structure générale de
la Nouvelle version, il faut maintenant considérer ce qui est nouveau dans les points de vue développés, les concepts utilisés, les problématiques ainsi que les explications des auteurs
Trang 913Le concept « honneur national » (quốc thể) est en lui-même une nouveauté que le lettré confucéen n’utilisait pas d’habitude Dans ce manuel, il est présenté dans l’esprit de quốc thông – thể et thông font référence à l’honneur et à la nécessité de garder la face Les rédacteurs ont souligné en particulier l’origine du pays des Viêts et leurs ancêtres légendaires Hồng Lạc, la transmission à travers les liens
du sang Le pays est considéré comme une grande famille grâce aux relations familiales, la famille étant sa base Les auteurs soulignent également la question de la solidarité nationale (đoàn kết), considérée comme l’esprit de la communauté nationale (feuille 3B) Le concept quốc thống subit une certaine influence du concept confucéen đạo thống qu’on peut interpréter comme la transmission des valeurs de génération en génération « Honneur national » est basé sur le sang qui se transmet de génération en génération Le pays (quốc) étant imaginé comme une famille élargie, toute la population d’un pays reçoit ainsi les faveurs des ancêtres communs C’est pour cette raison que les membres d’un même pays doivent être solidaires,
se doivent le respect et s’aimer comme les aînés et les cadets d’une même famille L’attachement des membres du pays doit venir d’un sentiment naturel comme l’amour entre père et fils, entre frères et sœurs, et non pas sur la base d’un calcul d’intérêt ou d’un contrat social :
Si les êtres humains ne se réunissent pas, ils ne peuvent pas gagner dans
la concurrence pour exister L’origine de la solidarité n’est pas unique Si l’on calcule le pour et le contre afin de se mettre d’accord, si l’on prend le contrat comme lien d’attache, cette solidarité vient de la volonté humaine
et ne peut pas être solide et durable Elle ne peut qu’exister provisoirement avant de se dissoudre inéluctablement C’est pour cette raison que seule
la solidarité par le sang est précieuse La solidarité par le sang est une solidarité née de l’amour respectueux que les membres de la même
Trang 10communauté témoignent vis-à-vis des ancêtres communs Par cette solidarité est née une association des gens qui sont redevables vis-à-vis des bienfaits des ancêtres communs et gardent la paix collective Cette association, c’est la famille quand elle est de petite taille, et c’est le pays quand elle acquiert une taille importante Cette solidarité est d’origine naturelle, la force humaine n’atteindra jamais son ampleur (feuille 3A)
14Le fait de mettre « honneur national » (quốc thể) en premier lieu témoigne de la demande et de la question morale la plus importante pour les Vietnamiens à ce début du XXe siècle Dans le contexte de la perte de la souveraineté, la question de la fierté nationale et la solidarité nationale en vue de la régénération du peuple, est considérée comme la question morale suprême et la plus urgente Cette solidarité est basée sur les liens du sang, sur l’amour des « gens nés des mêmes entrailles » (tình đồng bào) et non pas sur un contrat social abstrait Poser « l’honneur national » comme le premier principe moral est une nouveauté par rapport à la morale confucéenne traditionnelle qui considère la fidélité au souverain (trung quân) comme la valeur suprême Les auteurs de la Nouvelle version, en remplaçant la « fidélité au souverain » par « l’honneur national » répondent à un besoin concret d’un moment de l’histoire
du Vietnam « L’honneur national » est considéré comme une sorte
de morale nationale transcendante Mais cette morale est construite sur un modèle auquel est habitué le lettré confucéen, c’est-à-dire imaginer la patrie selon le modèle de la famille élargie, ce dont témoigne le terme même, quốc gia, qui est composé de quốc (pays)
et gia (famille) Ici les relations sociales sont converties en relations familiales, soudées par la conscience de l’humanité et le sentiment
de l’être Les lettrés modernistes connaissent la problématique du contrat social Cependant ils le considèrent comme inférieur, moins solide que l’alliance basée sur les sentiments naturels par le sang
Trang 11L’alliance sociale basée sur l’intérêt et le contrat sont considérés comme une affaire d’individus vils et mesquins Suite à Confucius dans les Entretiens, le lettré confucéen dit que « le gentilhomme est solidaire sans être dans une clique, tandis que l’individu mesquin est dans une clique sans être solidaire » C’est une contradiction qui ressortira plus tard quand les auteurs discutent avec passion des questions d’organisation sociale qui relèvent au fond du contrat social La Nouvelle version distingue la solidarité (đoàn kết) et l’union (cố kết), solidarité et clique (bè đảng) L’appel à la solidarité nationale vise la sauvegarde du pays et la régénération du peuple ; il est essentiellement pathétique et vise plus à émouvoir le lecteur qu’à le convaincre par la raison
3 Ce sont les catégories les plus importantes de la piété filiale qui
s’organisent de la façon suiva ( )
15Les auteurs de la Nouvelle version abordent ensuite les concepts
de fidélité et de piété (trung-hiếu), deux concepts de base de la morale traditionnelle Leur place dans le premier chapitre montre leur importance, d’autant qu’ils sont les plus développés dans la suite de l’ouvrage En évoquant la fidélité (trung), les auteurs ne peuvent passer sous silence l’idée de la fidélité au souverain (trung quân), et ils en parlent donc, mais sans plus de détail et notamment sans indiquer la façon d’être fidèle au souverain Les auteurs ne parlent d’ailleurs plus du trône suprême, ni de l’obéissance inconditionnelle
à un individu sacré, ni de la relation souverain-sujet au sens classique Quant à la piété filiale (hiếu), on n’y trouve pas non plus le contenu habituel du respect envers les parents et des honneurs qui leur sont dus (kính, dưỡng, kế chí, thuật sự ou dương danh hiển thân) comme dans la conception traditionnelle3 Le passage sur la fidélité
et la piété est constitué essentiellement du raisonnement sur l’origine
Trang 12commune (nhất bản) des deux concepts et les auteurs combattent l’opinion selon laquelle la fidélité entière (tận trung) n’est pas compatible avec la piété entière (tận hiếu) Les auteurs abordent ensuite les moyens de les mettre en œuvre en même temps, puisqu’ils
ne sont pas contradictoires et ils estiment qu’il est possible de les pratiquer dans tous les actes ordinaires de la vie : le mandarin doit être consciencieux et travailleur, les aînés et les cadets doivent être
en bons termes, les amis doivent conserver la confiance, les soldats doivent être courageux sur le champ de bataille, etc Quand on accomplit consciencieusement ces actes, les parents sont forcément contents et le souverain satisfait Les auteurs arrivent finalement à la conclusion que tous les autres aspects de la morale se trouvent inclus dans les concepts trung-hiếu qui sont donc un élément essentiel, et non pas un simple maillon d’un système comme dans la morale traditionnelle
16Les auteurs soulignent de plus le concept de la « grande cause » (đại nghĩa), mais dans le sens de « fidélité suprême » (đại trung) et aussi de « piété suprême » (đại hiếu), différente du concept souverain-sujet traditionnel :
Ne pas faire grand cas de sa vie pour atteindre son idéal, c’est cela la piété suprême ; la piété et la fidélité ont la même racine, elles ne sont pas en contradiction, mais au contraire se complètent ; elles sont vraiment à l’origine de toutes les vertus et qualités Tous les actes au quotidien ne sortent pas du domaine de la piété et de la fidélité (feuille 4B)
17Le concept de la « grande cause » peut donc signifier que les enfants du pays, dans un moment critique pour leur patrie, peuvent être amenés à faire le sacrifice de leur vie pour leur patrie Il signifie également que le perfectionnement moral a également pour but la sauvegarde de la patrie, comme le montre la fin du premier chapitre :